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Critiqué pour la pauvreté de son vocabulaire et ses réflexions à l'emporte pièce, Trump affirme pourtant être un champion des tests de QI.

par Denis Hadzovic | 13 juillet 2020

Malin génie

Une voix fami­lière résonne dans l’oreillette de Sean Hannity. Ce 9 jeudi juillet 2020, le visage carré du commen­ta­teur poli­tique s’illu­mine sur l’an­tenne de Fox News. « Comment va Mark ? » vient de lui deman­der Donald Trump, invité pour une inter­view au télé­phone. Le président améri­cain demande des nouvelles d’un autre invité, l’avo­cat Mark Levin, comme s’il parlait à un ami. Il se sait en terrain conquis ici.

À 117 jours de l’élec­tion prési­den­tielle, Trump est cordia­le­ment inter­rogé sur le scru­tin à venir, le Covid-19 et son programme. Quand Sean Hannity lui demande si son adver­saire Démo­crate, Joe Biden, a les capa­ci­tés mentales néces­saires pour être président, il a une réponse cinglante : « Il n’a passé aucun test cogni­tif car il ne pour­rait pas en réus­sir un seul », attaque-t-il. 

« Moi j’en ai passé un très récem­ment », enchaîne le milliar­daire, « quand la gauche radi­cale deman­dait si j’avais tous mes moyens, et j’ai prouvé que j’avais tous mes moyens car j’ai réussi brillam­ment le test. » Trump explique avoir fait preuve d’une grande intel­li­gence devant des méde­cins du Walter Reed Natio­nal Mili­tary Medi­cal Center. Ces derniers étaient d’après lui « très surpris ». « C’est quelque chose d’in­croyable. Rares sont les gens qui font ce que vous venez de faire », auraient-ils déclaré.

Crédits : Shea­lah Crai­ghead

Aucune infor­ma­tion supplé­men­taire n’a toute­fois filtré à propos de ce test. En janvier 2018, Donald Trump avait bien obtenu un score parfait à un test cogni­tif, selon un méde­cin de la Maison-Blanche, mais cela ne suffit pas à prou­ver qu’il est « supé­rieu­re­ment » intel­li­gent : il s’agis­sait d’un test pour détec­ter des problèmes cogni­tifs chez les personnes âgées, consis­tant à iden­ti­fier des animaux, dessi­ner une horloge et réali­ser de simples exer­cices de mémoire. 

Pour ses contemp­teurs, les récentes décla­ra­tions de Trump ont au contraire valeur de mauvais test. Lors du brie­­fing quoti­­dien de la Maison-Blanche sur la crise du coro­­na­­vi­­rus le jeudi 23 avril, le chef d’État a estimé qu’il pour­­rait être inté­­res­­sant d’étu­­dier l’ef­fet d’une injec­­tion de désin­­fec­­tant direc­te­ment dans l’or­ga­nisme de patients. Il a aussi consi­déré l’uti­­li­­sa­­tion de la lumière du soleil pour combattre le nouveau coro­­na­­vi­­rus. « J’ai vu que le désin­­fec­­tant pouvait anéan­­tir le virus en une minute. Une minute ! Y a-t-il un moyen de faire quelque chose comme ça, avec une injec­­tion ? » se deman­dait le président, lais­sant les experts et méde­cins inter­dits.

Trump veut aussi croire que 99 % des cas de Covid-19 recen­sés aux États-Unis sont « bénins », alors que 20 % des infec­tions entraînent une hospi­ta­li­sa­tion. Selon le jour­na­liste du Los Angeles Times Michael McGough, Donald Trump est tout simple­ment igno­rant et n’a pas le sérieux que l’on attend d’un président. Mais si ces idio­ties ont une fin, ne prouvent-elle pas le sens de la stra­té­gie du président ?

Le QI mystère

Trump n’a pas attendu d’être président pour vanter son intel­li­gence. « Désolé les losers et les haineux, mais mon QI est l’un des meilleurs et vous le savez tous ! » twee­tait-il le 9 mai 2013. « S’il vous plaît ne vous sentez pas stupides ou anxieux, ce n’est pas de votre faute. »

En janvier 2004, il était invité sur le plateau du Today Show, une émis­sion de télé­vi­sion mati­nale améri­caine, pour faire la promo­tion de son programme de télé-réalité The Appren­tice. Donald Trump a tout de suite compli­menté les compé­tences intel­lec­tuelles incom­pa­rables des personnes qui lui envoyaient des candi­da­tures pour travailler dans l’une de ses entre­prises. « Ils sont brillants. Ils ont envi­ron 200 de QI, tous » et un « incroyable cerveau ». Et celui qui les recrute ne peut bien sûr pas l’être moins.

En mars 2016, en pleine campagne prési­den­tielle, l’uni­ver­sité Carne­gie-Mellon publiait une étude analy­sant les discours des candi­dats à la primaire Répu­bli­caine. Elle parve­nait à la conclu­sion que Donald Trump utili­sait un voca­bu­laire digne d’un enfant en classe de cinquième. Pour le maga­zine Poli­tico, ce résul­tat ne prouve pas pour autant que Trump est simplet. Il montre plutôt qu’il parle un langage très courant, avec une grande écono­mie de mots.

Crédits : Maison-Blanche

Durant sa campagne et son mandat prési­den­tiel, Donald Trump n’a cessé de faire les éloges… de Donald Trump. À plusieurs reprises, le Répu­bli­cain se féli­ci­tait et assu­rait qu’il était « quelqu’un de très intel­li­gent », comme il l’a déclaré le 25 octobre 2017. Quelques mois aupa­ra­vant, en juillet, il frôlait l’auto-idolâ­trie. « À l’ex­cep­tion du grand Abra­ham Lincoln, je peux être le président le plus compé­tent de tous les prési­dents qui ont tenu ce rôle », décla­rait-il sous les accla­ma­tions du public.

Ce n’est pour­tant pas l’avis de tous. Lors d’un dîner orga­nisé le 18 juillet 2017 à Washing­ton, le conseiller à la sécu­rité natio­nale Herbert Raymond McMas­ter l’a quali­fié d’idiot et de crétin, doté de l’in­tel­li­gence d’un enfant de mater­nelle. Selon des sources bien placées, le secré­taire d’État de l’époque, Rex Tiller­son, l’a quali­fié d’im­bé­cile à la même période, lors d’un rendez-vous au Penta­gone. « Je pense que c’est une fausse infor­ma­tion », avait répondu Donald Trump. « Mais s’il l’a dit, je pense qu’il faudra compa­rer nos tests de QI. Et je peux vous dire qui va gagner. »

En mai 2019, Donald Trump s’est aussi quali­fié de « génie très stable », comme s’il avait besoin de ce mantra pour convaincre. « Une grande partie de son obses­sion provient de sa crainte de ne pas être perçu comme quelqu’un d’in­tel­li­gent », déclare un ancien fonc­tion­naire de la Maison-Blanche. Donald Trump n’a cessé de parler de son intel­li­gence et de ses réus­sites excep­tion­nelles aux tests cogni­tifs et pour­tant, aucun résul­tat offi­ciel n’a jamais été publié. « S’il a vrai­ment passé un test de QI, alors pourquoi il ne poste pas les résul­tats ? » s’in­ter­roge le psycho­logue améri­cain Dean Keith Simon­ton. Une ques­tion à laquelle seul le président améri­cain a la réponse.


Couver­ture : US Air Force


 

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