fbpx

L'ex-compagne de Jeffrey Epstein doit faire face à la justice dans une affaire de pédocriminalité qui implique de hautes personnalités.

par Denis Hadzovic | 26 juillet 2020

En termi­nant une phrase, Donald Trump pointe son index vers un jour­na­liste. Dans la salle de presse de la Maison-Blanche, les places sont tenues à distance par une chaise vide. « La Chine aurait dû arrê­ter ça », vient d’ac­cu­ser le président améri­cain avant de deman­der une nouvelle ques­tion. Cette confé­rence de presse sur la pandé­mie de Covid-19 orga­ni­sée le mardi 21 juillet 2020 va alors sortir légè­re­ment des clous : l’en­voyé spécial qui vient d’être pointé est là pour parler du coro­na­vi­rus mais aussi et surtout de l’ar­res­ta­tion de Ghis­laine Maxwell le 2 juillet dernier.

L’ex-compagne de Jeffrey Epstein est accu­sée d’avoir joué un rôle central dans un réseau de pédo­phi­lie mené par l’homme d’af­faires milliar­daire améri­cain. Ce dernier s’est donné la mort en prison le 10 août 2019. Les sour­cils fron­cés, dode­li­nant de la tête, Trump semble écou­ter avec une grande concen­tra­tion la ques­tion du jour­na­liste. Mais sa réponse est surpre­nante.

Donald et Mela­nia Trump avec Jeffrey Epstein et Ghis­laine Maxwell
Crédits : Davi­doff Studios Photo­gra­phy

« Je lui souhaite bonne chance, sincè­re­ment », répond le président améri­cain, cette fois-ci en haus­sant les sour­cils avec un air d’hon­nê­teté. Trump explique n’avoir pas suivi cette affaire, lui qui, avoue-t-il dans la foulée, a rencon­tré Ghis­laine Maxwell et son ex-mari Jeffrey Epstein à plusieurs reprises lorsqu’il habi­tait à Palm Beach, en Floride. Aujourd’­hui, il a toutes les raisons de vouloir se tenir éloi­gné de cette sordide affaire. Car de plus en plus de noms célèbres y sont mêlés. « Les complices d’Ep­stein et Maxwell doivent être bien stres­sés en ce moment », devine Lisa Bryant, réali­sa­trice de la série docu­men­taire de Netflix Jeffrey Epstein : Filthy Rich.

La pièce maîtresse

Si Jeffrey Epstein a emporté de sombres secrets en se pendant dans sa cellule à l’été 2019, Ghis­laine Maxwell en sait beau­coup sur les agis­se­ments du pédo­cri­mi­nel réci­di­viste. Selon un article du Daily Mail paru le 6 juillet dernier, elle dispose d’une cachette dans laquelle sont gardées des sextapes ainsi que des infor­ma­tions essen­tielles concer­nant l’af­faire. « Si Ghis­laine tombe, elle entraî­nera tout le monde avec elle », assure le jour­nal britan­nique, suggé­rant que le couple n’agis­sait pas seul.

Cette riche héri­tière franco-britan­nique ne pourra pas tout garder pour elle. Le jeudi 23 juillet, la juge new-yorkaise Loretta Preska a ordonné le dévoi­le­ment de docu­ments concer­nant la vie privée et sexuelle de Maxwell, ainsi que sa rela­tion avec Epstein. Jusqu’ici, les avocats de Maxwell ont refusé de les four­nir au tribu­nal, arguant que leur dévoi­le­ment serait intru­sif. Mais la juge a décidé que l’in­té­rêt public avait en l’es­pèce plus d’im­por­tance que la préser­va­tion de sa vie privée. Ce maté­riel contien­drait les noms de célé­bri­tés proches de Jeffrey Epstein.

Lors d’un raid orga­nisé en juillet 2019 au domi­cile d’Ep­stein, la police a retrouvé des milliers d’images et de vidéos de femmes nues. Le milliar­daire améri­cain a été mis en examen pour exploi­ta­tion sexuelle de mineures et pour asso­cia­tion de malfai­teurs en vue d’ex­ploi­ter sexuel­le­ment des mineures. Deux jours après son arres­ta­tion le bureau du procu­reur de Manhat­tan affir­mait qu’il avait abusé sexuel­le­ment de dizaines d’ado­les­centes, dont certaines âgées de 14 ans, entre 2002 et 2005. Il a été empri­sonné puis retrouvé mort dans sa cellule.

Un an plus tard, les juges consi­dèrent que Ghis­laine Maxwell détient des copies ainsi que d’autres vidéos et infor­ma­tions liées à cette affaire. Recher­chée par le FBI, elle a été arrê­tée le 2 juillet 2020. « Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais contente pour les victimes, qui voulaient voir la complice d’Ep­stein pour­sui­vie », indique Lisa Bryant. « On les a empê­chées d’ob­te­nir justice quand il s’est suicidé. » Maxwell est suspec­tée d’avoir mené une vraie chasse aux mineures pour le milliar­daire. Des jeunes femmes qu’elle aurait atti­rées et mises en confiance en faisant mine de s’in­té­res­ser à leur vie, en les amenant au cinéma ou en orga­ni­sant des sessions shop­pings.

Elle a ainsi joué « un rôle essen­tiel » en aidant Epstein à agres­ser ses victimes, juge la procu­reure de New York Audrey Strauss. « Elle a même parti­cipé aux abus dans certains cas », affirme-t-elle. Or en paral­lèle, Ghis­laine Maxwell a aussi joué un rôle majeur dans le carnet d’adresses d’Ep­stein. C’est elle qui lui a présenté le prince Andrew, fils de la reine Eliza­beth, l’an­cien président améri­cain Bill Clin­ton et quan­tité d’autres célé­bri­tés qui sont désor­mais suspec­tées d’avoir parti­cipé aux soirées du couple.

Un réseau de haut-stan­ding

Née à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines, d’une mère histo­rienne française et d’un père britan­nique magnat des médias, Ghis­laine Maxwell a rencon­tré Jeffrey Epstein à New York, peu après la mort de son père, retrouvé noyé dans les Caraïbes en 1991. « Il ne s’est pas suicidé », refuse-t-elle de croire, s’op­po­sant aux conclu­sions de l’enquête. « C’est simple­ment incom­pa­tible avec son carac­tère. Je pense qu’il a été assas­siné. » Maxwell partage alors la vie d’Esp­tein. Tandis que des employés de la maison la quali­fient de « petite amie prin­ci­pale », Epstein préfère la décrire comme sa « meilleure amie ». Elle s’oc­cupe notam­ment de la gestion de ses proprié­tés à travers le monde.

En 2000, elle emmé­nage dans une maison de Manhat­tan, à quelques pas de chez Epstein. Selon certaines victimes, elle orga­nise aussi la vie sexuelle du milliar­daire en y invi­tant certaines person­na­li­tés recon­nues mondia­le­ment. C’est elle qui l’a intro­duit auprès du prince Andrew, le deuxième fils d’Eli­za­beth II, à la toute fin des années 1990. Aujourd’­hui, une ex-employée de l’homme d’af­faires affirme au Sun avoir surpris Epstein et Maxwell en train de regar­der une vidéo du prince Andrew avec une jeune femme nue. 

Le prince Andrew en compa­gnie de Virgi­nia Roberts et Ghis­laine Maxwell (2001)
Crédits : Capi­tal Pictures / KCS PRESSE

Epstein, Maxwell et le Duc de York passent du temps ensemble à Saint-Tropez ou encore en Thaï­lande. Jeffrey Epstein prête même de l’argent (envi­ron 10 000 euros) à l’ex-femme du prince Andrew, Sarah Fergu­son, en décembre 2010 afin de l’ai­der à rembour­ser plusieurs dettes. Celle-ci le recon­naît en 2011, évoquant « une immense erreur de juge­ment ». Le nom du prince est désor­mais atta­ché à ce dossier. Virgi­nia Roberts, l’une des victimes, l’ac­cuse notam­ment d’avoir eu des rela­tions sexuelles avec elle lorsqu’elle était mineure.

Elle affirme qu’Ep­stein l’a forcée « à avoir des rela­tions sexuelles » à trois reprises avec le prince Andrew alors qu’elle était adoles­cente. D’après son témoi­gnage, ces faits auraient eu lieu à New York, au domi­cile londo­nien de Ghis­laine Maxwell, et lors d’une « orgie avec de nombreuses autres jeunes filles mineures ». Elle décrit égale­ment la façon dont Ghis­laine lui a expliqué ce qu’elle « devait faire pour Andrew ». Le palais de Buckin­gham a toujours nié ces accu­sa­tions, tout comme le prince a caté­go­rique­ment réfuté tout contact sexuel avec Virgi­nia Roberts.

Maxwell aurait égale­ment présenté Epstein à Bill Clin­ton. En 2010, elle est aperçue au mariage de Chel­sea Clin­ton, la fille de l’an­cien président des États-Unis. Après leur rencontre, Epstein donne des millions de dollars à Bill Clin­ton pour sa fonda­tion huma­ni­taire, puis finance la campagne de sa femme, Hillary. En 2002, Epstein propose à Bill Clin­ton son avion pour un voyage en Afrique consa­cré au déve­lop­pe­ment écono­mique du conti­nent et à la lutte contre le VIH.

Le porte-parole de Bill Clin­ton, Angel Ureña, a déclaré dans un commu­niqué publié le 9 juillet 2020 que l’an­cien président avait voyagé quatre fois à bord de cet avion, entre 2002 et 2003. La même année, Donald Trump décrit son ami « Jeff » pour un portrait réalisé par le New York Maga­zine. Les deux hommes ont commencé à se côtoyer dans les années 1980. Sur une vidéo de 1992, on peut les aper­ce­voir danser et accos­ter des femmes lors de soirées.

« Cela fait quinze ans que je connais Jeff. C’est un gars génial, on s’amuse bien avec lui. La rumeur dit même qu’il aime autant les femmes que moi, et que beau­coup d’entre elles sont plutôt jeunes », déclare Trump en 2002. Epstein semble être un bon ami avec qui il aimait passer du temps. Mais son discours a aujourd’­hui changé. Le 9 juillet dernier, il a assuré qu’il connais­sait Epstein « comme tout le monde le connais­sait à Palm Beach ». Trump a ajouté qu’il avait eu une dispute avec Epstein et qu’ils ne s’étaient pas parlés depuis 15 ans : « Je n’étais pas un grand fan de lui, je peux vous l’as­su­rer. »

En 2013, le président améri­cain a lui-même été accusé d’avoir violé une jeune fille de 13 ans en 1994, lors d’une soirée à Manhat­tan, chez Epstein. La plainte a été reti­rée en 2016. Elle pour­rait reve­nir dans l’ac­tua­lité si le nom de Trump figure dans les docu­ments main­te­nus secrets par Ghis­laine Maxwell, sans comp­ter que ces révé­la­tions pour­raient écla­bous­ser d’autres intimes d’Esp­tein. « Je pense qu’il pour­rait y avoir quelques bombes », imagine Lisa Bryant. « C’est une histoire bien plus vaste que ce qu’on pouvait imagi­ner, un scan­dale inter­na­tio­nal. »

En atten­dant, Ghis­laine Maxwell dort derrière les barreaux. « Peut-être qu’elle finira par coopé­rer », songe aussi Lisa Bryant. « Elle est habi­tuée à un style de vie bien plus luxueux que celui de sa cellu­le… » Mais l’ou­ver­ture de son procès n’est prévue que le 12 juillet 2021.


Couver­ture : Davi­doff Studios Photo­gra­phy


 

Plus de monde