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Pendant près de 40 ans, les Balkany ont régné sur Levallois en multipliant les frasques et les fraudes.

par Denis Hadzovic | 3 juin 2020

Une famille en or

Dans les couloirs du Palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité, Patrick Balkany avance d’un pas lourd comme sa peine. Les mains dans les poches ou dans le dos, l’an­cien maire de Leval­lois-Perret n’offre qu’un regard vide, derrière ses lunettes tein­tées de violet, aux micros des jour­na­listes. Ce 27 mai 2020, cette figure de la droite française vient d’être condam­née à 5 ans de prison ferme, sans incar­cé­ra­tion immé­diate, pour blan­chi­ment de fraude fiscale aggra­vée. Sa femme, Isabelle, a écopé de 4 ans. Une peine de 10 ans d’iné­li­gi­bi­lité a été pronon­cée contre le couple, qui devra aussi payer deux amendes de 100 000 euros et faire une croix sur le moulin de Giverny « sous réserve des droits de Vanessa et Alexandre Balkany, nus-proprié­taires de ce bien ».

En 1997, les époux Balkany ont trans­féré leur rési­dence prin­ci­pale à leurs enfants. Depuis, rien ne va plus au sein de la famille. Avant d’an­non­cer qu’il porte­rait l’af­faire en cassa­tion, mardi 2 juin 2020, Patrick Balkany s’en est pris ouver­te­ment à son ancienne direc­trice de cabi­net, Agnès Pottier-Dumas, alors qu’il la soute­nait jusqu’ici dans sa course à la mairie. Sur Face­book, il a proposé de lui offrir un aller simple pour Oulan-Bator, la capi­tale de la Mongo­lie. Une blague qui n’a pas fait rire ses enfants.

« Papa svp retire ce poste atroce !!! [sic] Ne sombre pas toi non plus dans cette patho­lo­gie des réseaux sociaux !!! », écri­vait Vanessa Balkany. « Tu es odieux, pathé­tique et tu as encore raté une occa­sion de te taire », renché­ris­sait Alexandre Balkany. « Ta parole ne vaut plus rien. Bon vent ! Ton fils. » Patrick Balkany aurait retiré son appui à Agnès Pottier-Dumas après qu’elle a refusé de promettre des postes au couple en cas d’élec­tion. Mais Vanessa et Alexandre restent du côté de la candi­date.

Sous un message de soutien publié par la première, Isabelle Balkany a contre-attaqué : « Ma chérie, comme je suis contente de voir que tu as attendu 43 ans pour te préoc­cu­per de Leval­lois, toi qui as toujours détesté cette ville. » Ces derniers mois, l’an­cienne première adjointe affirme même avoir reçu plus d’amour des Leval­loi­siens que de sa fille. À en croire Paris Match, Isabelle Balkany a commis une deuxième tenta­tive de suicide en avril.

Et pour ne rien arran­ger à la situa­tion catas­tro­phique des Balkany, un repor­tage de 2002 a refait surface en février dernier. Une émis­sion de Ça vous regarde consa­crée au racisme contre les Asia­tiques a exhumé une séquence où l’on voit Isabelle Balkany à la mairie de Leval­lois il y a 18 ans, en compa­gnie d’un homme qu’elle appelle « Grain de riz ». Un repor­tage qui, en plus de susci­ter l’in­di­gna­tion, témoigne de l’ab­sence du couple. C’est comme ça qu’il a mené sa vie poli­tique pendant près de 40 ans.

Les rois de l’éva­sion

Patrick et Isabelle Balkany se sont rencon­trés par hasard, lors d’un anni­ver­saire surprise. « Patrick vient d’ar­ri­ver comme les cara­bi­niers », raconte Isabelle Balkany au jour­na­liste Julien Martin, dans le livre Les Balkany. « Je tombe folle­ment amou­reuse. On se marie au bout de trois mois, le 13 avril 1976. Je suis déjà enceinte. Je fais un break d’un an pour pondre ma fille, puis Patrick décide de ne faire plus que de la poli­tique, et moi avec lui. » Vanessa naît en 1976, Alexandre en 1980.

Après avoir brigué un siège de député dans l’Yonne, Patrick Balkany ravit la mairie de Leval­lois en 1983. À peine installé, il mani­feste peu d’égards pour les règles. De 1985 à 1995, il paye trois employés muni­ci­paux avec l’argent de la commune pour entre­te­nir son appar­te­ment person­nel de Leval­lois ainsi que le moulin de Giverny. Cette prise illé­gale d’in­té­rêts entraîne sa desti­tu­tion en 1995. Le tribu­nal de grande instance de Nanterre le condamne, le 7 mai 1996, à 15 mois de prison avec sursis, deux ans d’iné­li­gi­bi­lité, 30 000 euros d’amende et 120 000 euros de dommages et inté­rêts. Le couple décide alors de se faire oublier en se réfu­giant à Saint-Martin dans les Caraïbes.

Mais les ennuis ne s’éloignent pas. Alors qu’il s’est séparé d’Isa­belle pendant une courte période, une jeune femme deve­nue la nouvelle compagne de Patrick Balkany l’ac­cuse de « viol et menace avec arme ». Cette dernière assure qu’il l’a forcée à lui faire une fella­tion « sous la menace d’un 357 Magnum ». Il est défendu par son ex-femme, Isabelle Balkany, avec laquelle il entame une nouvelle rela­tion amou­reuse à partir de 1997. Tout semble être rentré dans l’ordre mais à leur retour en 1999, personne ne les a oubliés et encore moins la chambre des comptes d’Ile-de-France. Celle-ci condamne Patrick Balkany à rembour­ser les salaires des soi-disant employés muni­ci­paux, soit un total de 523 898 euros.

Plus déter­miné que jamais, l’an­cien maire récu­père ses fonc­tions à la mairie de Leval­lois-Perret en 2001 et y instaure un train de vie qui inquiète la cour régio­nale des comptes. Et il y a de quoi s’inquié­ter puisqu’en 2011, Leval­lois-Perret est consi­dé­rée comme la commune la plus endet­tée de France avec 725 millions d’eu­ros d’em­prunts pour une ville de 65 000 habi­tants, soit plus de 11 000 euros par personne. C’est huit fois plus que la moyenne des communes de taille semblable où l’on compte envi­ron 1 405 euros par habi­tant selon l’Ob­ser­va­toire des finances locales. En octobre 2013, le couple Balkany évite même l’Im­pôt sur la fortune grâce à des entour­loupes finan­cières et se détend dans ses palais situés à Marra­kech, aux Caraïbes ou encore à Giverny.

Ces pour­suites judi­ciaires finissent par rattra­per Isabelle Balkany, placée en garde à vue en 2014. Pour la première fois, elle avoue être la proprié­taire de la villa Pample­mousse à Saint-Martin, dans les Caraïbes, une demeure faisant partie des biens immo­bi­liers non-décla­rés aux impôts par le couple pendant des années. « Fati­guée » de toutes ces histoires, elle déclare au JDD qu’elle n’au­rait « jamais dû faire de la poli­tique ». Les dernières sanc­tions pronon­cées par le tribu­nal ce mercredi 27 mai viennent couron­ner le tout. Le couple est au plus bas, doit s’ac­quit­ter de plusieurs centaines de milliers d’eu­ros d’amende et devra purger des peines de plusieurs années, à moins que son pour­voi en cassa­tion ne vienne lui sauver la mise. Tout cela ressemble à la fin d’une ère.


Couver­ture : Isabelle Balkany/Face­book


 

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