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Des chercheurs anglais ont enfin trouvé l'origine de l'odeur de transpi.

par Denis Hadzovic | 30 juillet 2020

Mauvaise enzyme

Sous les fenêtres de l’uni­ver­sité de York, dans le nord de l’An­gle­terre, l’herbe est toujours verte en cette fin du mois de juillet 2020. Alors que les tempé­ra­tures pari­siennes frôlent les 30°C, le ciel de cette ville de 200 000 habi­tants se cache derrière les nuages, et le mercure plafonne à 20°C. Gavin Thomas n’est pas près d’avoir trop chaud. Il n’em­pêche, ce biolo­giste a essuyé quelques gouttes de sueur quand, saisi par l’ex­ci­ta­tion, il a vu son article se diffu­ser dans la commu­nauté scien­ti­fique et au-delà. Avec ses collègues de l’uni­ver­sité, Thomas venait de publier une étude, lundi 27 juin, expliquant enfin d’où vient l’odeur de la sueur.

Au terme d’in­tenses recherches, ils sont remon­tés à sa source et se sont rendus compte qu’elle prove­nait d’une enzyme conte­nue dans un microbe vivant sous nos bras. Pour confondre cette enzyme, les cher­cheurs l’ont trans­fé­rée à un microbe dit « inno­cent » des aisselles, c’est-à-dire à un microbe qui, sans cette enzyme, ne produi­rait pas d’odeur parti­cu­lière. Avec elle, il s’est mis à émettre une mauvaise odeur, confir­mant l’hy­po­thèse de Gavin Thomas et ses collègues. 

Le Staphy­lo­coc­cus homi­nis

L’être humain ne produit pas direc­te­ment cette enzyme respon­sable de la mauvaise odeur. Elle est engen­drée par une réac­tion chimique, au moment où des microbes se déposent sur la peau. Les scien­ti­fiques ont même trouvé le respon­sable : une espèce de bacté­rie bapti­sée Staphy­lo­coc­cus homi­nis relâche des effluves nauséa­bondes en consom­mant un compo­sant, le Cys-Gly-3M3SH, qui est généré par la suda­tion sous les aisselles. Ce mélange crée ce qu’on appelle des « thio­al­cools », ou « thiols ».

« La bacté­rie mange une partie de la molé­cule, mais rejette le reste, et ce résidu est l’une des molé­cules qui composent l’odeur corpo­relle », précise Thomas. Cette décou­verte peut avoir des appli­ca­tions très concrètes : le fait de connaître le rôle de la bacté­rie Staphy­lo­coc­cus homi­nis dans la trans­pi­ra­tion pour­rait permettre de créer de meilleurs déodo­rants.

Les glandes

Pour mener une telle étude, Gavin Thomas s’est appuyé sur l’ex­per­tise de neuf collègues, plus ou moins sensibles à la ques­tion. C’est un fait : en trans­pi­rant, certaines personnes émettent des odeurs plus fortes que d’autres. Les scien­ti­fiques ont remarqué que les effluves de trans­pi­ra­tion étaient par exemple plus intenses chez les personnes obèses. Car souvent, le taux de sel dans leur sueur est trop élevé pour permettre l’in­hi­bi­tion de la bacté­rie qui produit du thio­al­cool. Mais cela dépend égale­ment de l’en­droit d’où provient la sueur, et donc des glandes impliquées.

Il existe deux types de glandes sudo­ri­pares. Les glandes eccrines recouvrent le corps et sont surtout présentes au niveau des paumes des mains, sous les pieds et sur le front. Elles sont essen­tielles au refroi­dis­se­ment corpo­rel, notam­ment pendant un effort physique. Les glandes apocrines se trouvent pour leur part sous les aisselles, autour des mame­lons et au niveau des parties géni­tales. Elles sont plus grosses que les glandes eccrines et débouchent sur des touffes de poil comme le cuir chevelu ou les dessous de bras. Leur rôle n’est pas encore bien connu des scien­ti­fiques, mais leur odeur, si.

Gavin Thomas (en pull marron) et son équipe à l’uni­ver­sité de York

« Notre nez est très doué pour détec­ter les thiols à un seuil très bas », constatent les cher­cheurs. « Ils ont une odeur âcre très carac­té­ris­tique se rappro­chant du fromage ou de l’oi­gnon, que tout le monde connaît. » Chaque indi­vidu a une odeur corpo­relle unique, qui peut être modi­fiée par le régime alimen­taire, le sexe, l’état de santé et les trai­te­ments médi­caux. Les cher­cheurs ont égale­ment remarqué que les personnes qui présentent un défi­cit en magné­sium produisent une odeur corpo­relle plus forte que les autres. 

Pour réduire son odeur corpo­relle, il peut donc être utile d’adop­ter une alimen­ta­tion saine. Mais faire la guerre au Staphy­lo­coc­cus homi­nis n’est pas chose aisée. À en croire Gavin Thomas, cette enzyme a une longue histoire. « Ce n’est pas nouveau », affirme-t-il. « On peut imagi­ner qu’elle a joué un rôle impor­tant dans l’évo­lu­tion humaine. Avant que nous commen­cions à utili­ser des déodo­rants et des anti-trans­pi­rants, ces 50 ou 100 dernières années, tout le monde puait. » Grâce aux scien­ti­fiques de York, ce sera peut-être bien­tôt de l’his­toire ancienne. En s’ap­puyant sur leur décou­verte, ils vont pouvoir cher­cher un moyen d’em­pê­cher le Staphy­lo­coc­cus homi­nis d’émettre des thio­al­cools.


Couver­ture : Billie


 

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