par Eric Velasco | 27 juillet 2015

Le nouveau maire

Lorsqu’il est devenu maire en 2010, Mitch Landrieu a arpenté la Nouvelle-Orléans et il s’est mis en colère. Les milliers de maisons aban­­don­­nées, en train de pour­­rir au cœur de la ville, cinq ans après l’ou­­ra­­gan Katrina ? Les milliers de terrains vides sur lesquels des mauvaises herbes de trois mètres de haut pous­­saient libre­­ment ?

Ça, c’étaient « les proprié­­taires se désen­­ga­­geant de leurs respon­­sa­­bi­­li­­tés, lais­­sant au reste de la commu­­nauté le soin de nettoyer leurs salo­­pe­­ries », a tran­­ché Landrieu.

Non pas que la ville n’ait rien fait depuis que la mons­­trueuse tempête l’a frappé en août 2005. De nombreux proprié­­taires de maisons et de commerces se sont atte­­lés à la recons­­truc­­tion. Les secteurs privés et publics ont aidé de nombreux habi­­tants sinis­­trés à se réins­­tal­­ler. Le gouver­­ne­­ment a acheté et rasé les biens immo­­bi­­liers des proprié­­taires absents n’ayant aucune inten­­tion de reve­­nir. Mais en dépit de ces efforts, la Nouvelle-Orléans était toujours en pole posi­­tion de la décré­­pi­­tude quand Landrieu a repris les rênes de la ville. Elle était en bien pire état que Detroit, Cleve­­land ou Balti­­more.

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La Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina

Le nouveau maire a décidé qu’il était grand temps que les proprié­­taires contre­­ve­­nants passent la vitesse supé­­rieure, ou bien s’écartent de sa route.

« J’ai dit à mon équipe que nous devions visi­­ter tous les coins des États-Unis où l’on règle ce genre de problèmes épineux », dit Landrieu. « Nous devions non seule­­ment comprendre ce qu’ils faisaient, mais aussi pourquoi ils le faisaient. Ensuite, on impor­­te­­rait les meilleures pratiques chez nous. »

La ville a donc adopté, ou adapté des idées déve­­lop­­pées dans des villes comme Boston ou Phila­­del­­phie, des lignes télé­­pho­­niques directes pour signa­­ler des cas de dégra­­da­­tions jusqu’aux études de marché aidant les urba­­nistes à mieux choi­­sir dans quelles zones foca­­li­­ser leurs efforts. La Nouvelle-Orléans a ainsi implé­­menté de nouveaux outils, l’un après l’autre : en créant une base de données à la pointe de la tech­­no­­lo­­gie permet­­tant de suivre le statut de chaque propriété sinis­­trée ; en promul­­guant des lois qui permettent à la ville d’ap­­pliquer des mesures contre les dégra­­da­­tions en quatrième vitesse (du moins aussi vite que la bureau­­cra­­tie le permet) ; et en ciblant des quar­­tiers spéci­­fiques qui, s’ils n’étaient pas sans soucis avant Katrina, étaient sur le point de sombrer tota­­le­­ment à cause de la crimi­­na­­lité et de l’ins­­ta­­bi­­lité auxquelles les dégra­­da­­tions ont contri­­bué.

L’ad­­mi­­nis­­tra­­tion de Landrieu a atteint l’objec­­tif qu’elle s’était fixée de démo­­lir, réha­­bi­­li­­ter ou répa­­rer 10 000 des 44 000 terrains rési­­den­­tiels dégra­­dés de la ville au cours de son premier mandat, quand le programme d’éra­­di­­ca­­tion a été initié à l’au­­tomne 2010. Envi­­ron un an après le début de son deuxième mandat, le comp­­teur était monté à 13 000 proprié­­tés, d’après les élus.

Mitch Landrien, maire de la Nouvelle-Orléans depuis 2010Crédits
Mitch Landrieu, maire de la Nouvelle-Orléans depuis 2010
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« L’ou­­ra­­gan Katrina a été un événe­­ment effroyable », déclare Ryan Berni, l’adjoint de Landrieu. « Mais il a offert l’op­­por­­tu­­nité à la Nouvelle-Orléans de deve­­nir le labo­­ra­­toire de ce pays, un terrain fertile pour l’in­­no­­va­­tion et le chan­­ge­­ment. »

La lutte contre les dégra­­da­­tions urbaines a contri­­bué à la récente recru­­des­­cence : la Nouvelle-Orléans a retrouvé 85 % de sa popu­­la­­tion pré-Katrina. La ville, fondue de gastro­­no­­mie, compte désor­­mais 1 400 restau­­rants, soit bien plus qu’a­­vant Katrina. De nouvelles socié­­tés high-tech parti­­cipent à diver­­si­­fier l’éco­­no­­mie. Le tourisme, cet employeur de masse, est bel et bien revenu en force : près de 9,5 millions de visi­­teurs y ont dépensé la somme record de 6,8 milliards de dollars en 2014, atti­­rés par le carna­­val de Mardi Gras, le New Orleans Jazz and Heri­­tage Festi­­val, le Sugar Bowl, les diverses conven­­tions, les croi­­sières en bateau et les très nombreuses soirées orga­­ni­­sées chaque semaine dans les diffé­­rents quar­­tiers de la ville.

Pour­­tant, malgré tous ces progrès, la Nouvelle-Orléans compte presque autant de proprié­­tés dévas­­tées qu’a­­vant Katrina. C’est la preuve que si les dégra­­da­­tions sont faciles à repé­­rer, il est hélas bien moins facile de s’y attaquer.

Là où les recons­­truc­­tions vont bon train, on trouve peu de loge­­ments à des prix abor­­dables – les classes les plus modestes sont exclues du marché. Et les progrès sont extrê­­me­­ment lents à venir dans nombre de quar­­tiers très peuplés, histo­­rique­­ment déca­­tis et au taux de pauvreté élevé, comme le Lower Ninth Ward – la commu­­nauté qui a fourni pendant Katrina les images iconiques des rési­­dents sur le toit de leurs maisons submer­­gées, faisant des signes fréné­­tiques aux héli­­co­­ptères de secours.

Le quar­­tier du Lower Ninth pouvait à une époque se targuer d’avoir le taux de propriété le plus élevé parmi les Afro-Améri­­cains de la Nouvelle-Orléans. Près de 18 000 personnes habi­­taient 5 400 maisons et appar­­te­­ments quand Katrina s’est abattu sur la ville. Seules 1 800 rési­­dences y rece­­vaient du cour­­rier à la mi-2014. Ce chiffre indique qu’un grand nombre de gens ont recom­­mencé leur vie ailleurs, et à quel point le quar­­tier doit lutter pour se recons­­truire depuis dix ans.

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Un projet de maison Make It Right
Crédits : makei­­tright.org

Certes, la fonda­­tion de Brad Pitt Make It Right a parti­­cipé à la construc­­tion de cent loge­­ments colo­­rés et futu­­ristes dans le Lower Ninth, et elle compte en construire encore une cinquan­­taine. La ville a dépensé des dizaines de millions pour construire une nouvelle maison de quar­­tier ainsi qu’une nouvelle caserne de pompiers.

Mais dix ans après l’ou­­ra­­gan, seules trois douzaines de rési­­dences privées sont habi­­tées le long des onze blocs que traverse par Flood Street dans le Lower Ninth, près de la maison qu’Harry Simms a rebâ­­tie. « Il y avait des maisons tout le long de la rue », dit-il. « Regar­­dez les dalles de béton. Il y avait une maison ici, une autre là, et encore trois autres juste à côté avant Katrina. »

Du doigt, il me montre une maison en ruines au coin de la rue.

« Vous voyez cette maison ? » me demande-t-il. « Elle n’a toujours pas été détruite. »

Il indique une autre struc­­ture sur Flood Street, vide et prête à s’écrou­­ler. Les proprié­­taires ?

« Ils sont dans l’Ohio. »

La recons­­truc­­tion

La Nouvelle-Orléans crou­­lait sous les dégra­­da­­tions bien avant Katrina.

Une orga­­ni­­sa­­tion à but non-lucra­­tif avait préparé une étude pour remé­­dier au problème, elle devait rendre son rapport le 1er septembre 2005. Katrina a frappé la Nouvelle-Orléans deux jours plus tôt, donnant lieu à davan­­tage de dégra­­da­­tions dans davan­­tage de quar­­tiers. La popu­­la­­tion de la ville a dégrin­­golé ; 105 000 maisons ont été l’objet de dégra­­da­­tions majeures et/ou sévères, voire carré­­ment détruites.

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Les séquelles de Katrina
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Plusieurs des auteurs du rapport sur les dégra­­da­­tions ont contri­­bué au déve­­lop­­pe­­ment de la stra­­té­­gie voulue par Landrieu. Leurs objec­­tifs étaient simples : « Préser­­ver les maisons qui en ont besoin, détruire celles qui devaient l’être et veiller à la conser­­va­­tion des terrains vides », explique Jeff Hebert, qui a rejoint l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion durant l’été 2010 et dirige désor­­mais la New Orleans Rede­­ve­­lop­­ment Autho­­rity.

Selon Hebert, la mise en œuvre était complexe : « Il nous fallait comprendre le marché immo­­bi­­lier et déve­­lop­­per une stra­­té­­gie de réaf­­fec­­ta­­tion afin de donner l’im­­pul­­sion du renou­­veau. Et tout cela devait être contrôlé. »

Le Center for Commu­­nity Progress, établi en janvier 2010 grâce au finan­­ce­­ment des fonda­­tions Char­­lotte Stewart Mott et Ford, a colla­­boré avec les élus de la Nouvelle-Orléans pour visi­­ter et étudier les programmes mis en place dans des villes comme Cleve­­land, Boston ou New York.

À l’ordre du jour : comment comp­­ta­­bi­­li­­ser effi­­ca­­ce­­ment les proprié­­tés dégra­­dées et suivre la mise en place des proto­­coles ? La tâche est plus complexe qu’il n’y paraît. Compi­­ler les infor­­ma­­tions prove­­nant de douze services d’ur­­ba­­nisme diffé­­rents impliqués dans la lutte contre la dégra­­da­­tion urbaine a demandé de la rigueur, car il n’exis­­tait aucun lien entre eux. Personne ne savait ce que faisaient les autres.

Les efforts de recons­­truc­­tion se sont concen­­trés dans les zones abri­­tant les quar­­tiers rési­­den­­tiels et les couloirs commer­­ciaux.

« 18 mois durant, nous avons lutté avec un système qui n’était pas conçu pour ce qu’on voulait faire », explique Oliver Wise, qui est à la tête du bureau Perfor­­mance and Accoun­­ta­­bi­­lity.

Il leur fallait des réca­­pi­­tu­­la­­tifs sur chaque terrain acces­­sibles en un clic, présen­­tant infrac­­tions, procès-verbal, dates d’au­­dience et permis de construire. « On devait trou­­ver une solu­­tion suffi­­sam­­ment inno­­vante pour tirer une section de carte de la ville et dispo­­ser de données pour chaque propriété dans cet espace », ajoute Hebert, qui est égale­­ment respon­­sable des services de rési­­lience de la ville, soutenu par le programme 100 Resi­­lient Cities de la fonda­­tion Rocke­­fel­­ler.

Les élus de la Nouvelle-Orléans ont trouvé l’ins­­pi­­ra­­tion dans des logi­­ciels de loca­­li­­sa­­tion décou­­verts lors de leurs séjours d’enquête à Balti­­more et Phila­­del­­phie. De retour au bercail, ils ont commencé à implé­­men­­ter certaines spéci­­fi­­ca­­tions à leur propre système de données terrain par terrain, four­­nis­­sant les infor­­ma­­tions néces­­saires à la lutte contre chaque étape de dégra­­da­­tion et permet­­tant la créa­­tion de stan­­dards de perfor­­mance afin d’en mesu­­rer l’ef­­fi­­ca­­cité. La ville a mis toutes ces infor­­ma­­tions ainsi que les rapports de progrès en ligne, recon­­nais­­sant la néces­­sité d’im­­pliquer la commu­­nauté et de réno­­ver la confiance bran­­lante à l’égard le service public.

Les habi­­tants peuvent suivre les mesures mises en place via BlightS­­ta­­tus, un portail en ligne conçu par un sous-trai­­tant de Code for America ayant par la suite créé une société, Civic Insight, pour gérer spécia­­le­­ment le site. Il évoque des sites de livrai­­son de pizzas à domi­­cile, avec lesquels le client peut loca­­li­­ser sa commande, du four à la récep­­tion.

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De nombreux proprié­­taires ont aban­­donné leur maison après l’ou­­ra­­gan
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« Le public voit exac­­te­­ment la même infor­­ma­­tion que les preneurs de déci­­sion ont sous les yeux pendant leurs réunions », déclare Oliver. « Il y a peu de villes à propo­­ser ce service. »

La Nouvelle-Orléans a égale­­ment emprunté l’idée du numéro d’ap­­pel 311 déve­­loppé par la ville de Boston, une alter­­na­­tive non-urgente au 911 [le numéro d’ur­­gence de la police aux USA]. Il permet aux habi­­tants de consta­­ter les dégra­­da­­tions, et assure que leurs plaintes sont correc­­te­­ment trans­­mises dans le laby­­rinthe de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion muni­­ci­­pale. Les réunions mensuelles, surnom­­mées BlightSTAT, auxquelles assistent les élus de chaque service public majeur de la ville, offrent égale­­ment un forum de discus­­sion au public.

La ville a embau­­ché des agents supplé­­men­­taires pour répondre à l’ac­­crois­­se­­ment du nombre de dossiers. Les données de la ville montrent qu’en 2014, ces derniers ont procédé à plus de 67 000 inspec­­tions et traîné 15 000 proprié­­taires devant les tribu­­naux. Les alté­­ra­­tions appor­­tées au système mis en place ont réduit de moitié – à 80 jours – le temps entre les procès-verbal et les compa­­ru­­tions. « Nous n’y serions jamais parve­­nus si nous ne nous étions pas appuyés sur ce système tech­­no­­lo­­gique », assure Hebert.

Les données ont joué un rôle déter­­mi­­nant en aidant les élus de la Nouvelle-Orléans à déter­­mi­­ner où accen­­tuer les efforts de remise en état de la ville. Prenant exemple sur Balti­­more, Pitts­­burgh et Phila­­del­­phie, la ville a commandé une analyse détaillée de chaque quar­­tier.

L’étude, complé­­tée en 2013 et prête à être mise à jour, expose les statis­­tiques démo­­gra­­phiques par quar­­tier, les condi­­tions socio-écono­­miques, la densité de popu­­la­­tion, les taux de crimi­­na­­lité, les progrès en terme de recons­­truc­­tion, le temps moyen pour la vente des proprié­­tés, ainsi que le prix de vente de ces dernières.

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Fusillade à Central City
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Les chiffres ont permis d’iden­­ti­­fier les quar­­tiers où les crimes et la dégra­­da­­tion galo­­pante menaçaient d’at­­teindre le point de non retour. Dans de pareils cas, les quar­­tiers deviennent des cibles prio­­ri­­taires pour les forces de l’ordre, et béné­­fi­­cient d’in­­ci­­ta­­tions fiscales pour la réha­­bi­­li­­ta­­tion ou la construc­­tion de loge­­ments à coût abor­­dable.

« Ça nous a permis de mieux savoir où inves­­tir dans la ville, et ainsi de prendre des déci­­sions plus adap­­tées », explique Oliver, le roi de la respon­­sa­­bi­­lité civile.

Avec cette approche, le quar­­tier de Central City, une commu­­nauté compo­­sée majo­­ri­­tai­­re­­ment de loca­­taires, au taux de pauvreté appro­­chant des 50 %, a été déclaré prio­­ri­­taire. Décati et gangrené par la crimi­­na­­lité avant Katrina, les effets ont été décu­­plés par les inon­­da­­tions liées à la tempête.

Les efforts de recons­­truc­­tion se sont tout d’abord concen­­trés dans les zones abri­­tant les quar­­tiers rési­­den­­tiels, ainsi que les couloirs commer­­ciaux comme le boule­­vard Oretha Castle Haley. Dans ce quar­­tier très compact, près de 80 maisons ont été démo­­lies depuis 2011, et plus d’une centaine de terrains ont été rasés depuis septembre, selon les infor­­ma­­tions four­­nies par le système. Désor­­mais, la commu­­nauté a retrouvé 95 % de son taux de rési­­dences pré-Katrina.

Le programme

Quar­­tier : Freret Popu­­la­­tion : 1 774 habi­­tants Revenu moyen : 36 215 $ Âge moyen : 33 ans

Le 4 avril, près de 20 000 habi­­tants et touristes ont assisté au Freret Street Festi­­val, qui célèbre la renais­­sance dans ce quar­­tier rési­­den­­tiel situé à l’est de Jeffer­­son Avenue.

Avant Katrina, le quar­­tier avait une répu­­ta­­tion douteuse chez les étudiants de l’uni­­ver­­sité voisine de Loyola, située à l’ouest de Jeffer­­son Avenue. « J’avais pour habi­­tude de dire à mes étudiants : “Ne traver­­sez pas Jeffer­­son. Il n’y a rien pour vous là-bas, que du crack” », raconte Kellie Grengs, une profes­­seure d’arts plas­­tiques.

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Le Freret Street Festi­­val
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Une rési­­dence aux loyers abor­­dables à Freret a poussé Grengs à traver­­ser Jeffer­­son en 2005, pour y vivre et déve­­lop­­per un studio avec son mari, lui aussi artiste. Katrina a frappé huit mois plus tard, inon­­dant les maisons et détrui­­sant quasi­­ment toute la zone commer­­ciale.

Alors qu’elle vendait tempo­­rai­­re­­ment des œuvres d’art sur Freret Street dans une cara­­vane four­­nie par l’État qu’elle surnom­­mait le « studio FEMA », Grengs a parti­­cipé à l’or­­ga­­ni­­sa­­tion de ce qui est devenu l’as­­so­­cia­­tion des commerçants et proprié­­taires de New Freret. De retour à son domi­­cile/studio depuis 2010, elle conti­­nue d’agir en tant que co-prési­­dente du groupe.

La famille de Bruce John­­son a contri­­bué au déve­­lop­­pe­­ment de Freret il y a de cela un demi-siècle. Pendant Katrina, lui et sa mère se sont retran­­chés à l’étage tandis que les eaux inon­­daient le rez-de-chaus­­sée. Si les John­­son possé­­daient une bonne assu­­rance et ont béné­­fi­­cié d’aides de l’État, ils n’ont terminé les travaux de réno­­va­­tion qu’en 2009. « Quatre ans avant que le quar­­tier ne commence à revivre », dit-il.

Près de 4 000 maisons ont été détruites avec le programme de Landrieu.

Le quar­­tier est construit autour d’une zone commer­­ciale de huit pâtés de maison sur Freret Street, compor­­tant quinze restau­­rants, deux salles de concert et vingt-six autres commerces, pour la plupart ouverts après 2011. « Les réno­­va­­tions ne concernent pas que les rues et les habi­­ta­­tions », explique Michael Casey, diplômé de l’uni­­ver­­sité de Tulane en 2006 qui a ouvert le restau­­rant Liberty Cheese Steaks sur Freret Street en 2013. Il est égale­­ment co-président de l’as­­so­­cia­­tion pour les commerçants et proprié­­taires de New Freret. « Ça vous force à vous adap­­ter, à rester inven­­tif. Je crois que c’est la raison pour laquelle le dyna­­misme commer­­cial cartonne tant dans cette ville. »

Les proprié­­taires qui sont reve­­nus chez eux ont réalisé de nombreuses réno­­va­­tions dans les maisons de Freret. Les inves­­tis­­seurs s’y sont mis eux aussi, répa­­rant et faisant des profits. Certaines personnes ont eu accès à la propriété grâce au programme contre la dégra­­da­­tion urbaine.

Le revers de la médaille ?

« Il y a davan­­tage de maisons qui ont été reven­­dues que de familles à s’y être instal­­lées », explique Leslie John­­son, la femme de Bruce. « Les prix flam­­bent… mais comment contrô­­ler les prix du marché afin de permettre aux gens qui habi­­taient le quar­­tier de s’y réins­­tal­­ler ? »

Près de 4 000 maisons ont été détruites avec le programme de Landrieu, plusieurs centaines étant encore en attente. Mais la ville a égale­­ment noué des parte­­na­­riats avec des asso­­cia­­tions commu­­nau­­taires pour répa­­rer plus de 500 loge­­ments habi­­tés par des proprié­­taires n’ayant pas les moyens de les prendre en charge.

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La recons­­truc­­tion conti­­nue à la Nouvelle-Orléans
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« Il ne s’agit pas que d’al­­ler détruire des maisons », raconte Berni, un proche conseiller du maire. « Vous devez avoir plus d’un outil à votre dispo­­si­­tion. »

Un des outils les plus effi­­caces mis en place par la ville est un système agres­­sif de nantis­­se­­ments et de saisies de biens.

Voilà comment il fonc­­tionne : les pouvoirs publics déclarent insa­­lubre une maison ou rési­­dence. Si le proprié­­taire est déclaré coupable, ne fait pas appel de la déci­­sion et ne débute pas les travaux de restau­­ra­­tion sous 30 jours, la ville décrète un nantis­­se­­ment. Si ce dernier n’est pas payé sous 30 jours, la ville décrète la saisie du bien, pour que les services du shérif le mettent aux enchères et qu’une tierce partie puisse l’ac­qué­­rir afin d’y mener les travaux.

« Nous avons signé plus d’or­­don­­nances de saisie que n’im­­porte quelle autre ville », explique le premier adjoint au maire Andy Kopplin, qui a parti­­cipé au déve­­lop­­pe­­ment du programme de lutte contre la dégra­­da­­tion urbaine. « Ça a retenu l’at­­ten­­tion des gens. Ils ont commencé eux-mêmes les répa­­ra­­tions de leurs biens, ou les ont reven­­dus à des personnes qui pour­­raient le faire. »

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Mitch Landrieu au carna­­val en 2013
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La ville n’avait saisi que huit proprié­­tés durant les cinq années suivant Katrina, sous l’égide du maire Ray Nagin. Avec le programme contre la dégra­­da­­tion urbaine de Landrieu, les chiffres se sont envo­­lés : près de 2 000 biens – pour la plupart des proprié­­tés desti­­nées à la loca­­tion, – ont été vendus ou sont en attente de l’être. Les prix des biens mis aux enchères ont doublé depuis l’an­­née dernière, jusqu’à approxi­­ma­­ti­­ve­­ment 800 dollars le m2.

Les contre­­ve­­nants traî­­nés devant les tribu­­naux ont réha­­bi­­lité 3 500 proprié­­tés. « Il s’agit d’un contre­­coup posi­­tif à la dureté du système mis en place par les auto­­ri­­tés », assure Ava Rogers, respon­­sable du respect des pouvoirs publics. « Nous ne voulons pas faire main basse sur les maisons des gens, et nous ne voulons assu­­ré­­ment pas les démo­­lir : nous voulons qu’elles soient répa­­rées. »

La ville a collecté près de 4 millions de dollars grâce aux ventes et nantis­­se­­ments de proprié­­tés insa­­lubres entre janvier 2011 et mars 2015. Elle a collecté plus de 1,8 million en amendes d’in­­sa­­lu­­brité en 2014, soit plus du double de ce que l’en­­semble de la ville avait récolté en 2009, avant que Landrieu ne soit élu.

L’an­­née dernière, le conseil muni­­ci­­pal a voté une loi permet­­tant aux terrains en friche d’être tondus sous 30 jours ; le proces­­sus prenait des mois, car la ville devait mener les proprié­­taires devant les tribu­­naux. Désor­­mais, un agent des forces de l’ordre n’a besoin que d’af­­fi­­cher une noti­­fi­­ca­­tion comme quoi la ville compte débar­­ras­­ser le terrain, si le proprié­­taire ne coopère pas.

Selon les données rendues dispo­­nibles par la ville, près de 600 terrains ont été tondus dans les six mois suivant le lance­­ment du programme en septembre. Près de 20 % des proprié­­taires assi­­gnés ont réglé le problème d’eux-mêmes. La ville s’est asso­­ciée à Cove­­nant House – une asso­­cia­­tion venant en aide aux jeunes sans domi­­cile fixe – pour payer ses clients et aména­­ger le reste.

« Nous avions besoin d’op­­tions rapides », déclare Rogers. « Nous ne prenons pas posses­­sion du domi­­cile de quelqu’un, nous n’avons donc pas à lancer de longues procé­­dures offi­­cielles. »

Le renou­­veau

Quar­­tier : Lake­­view Popu­­la­­tion : 6 593 habi­­tants Revenu moyen : 73 936 $ Âge moyen : 33 ans

Il existe un dicton à la Nouvelle-Orléans : les inon­­da­­tions ne font pas de discri­­mi­­na­­tion entre les riches et les pauvres. La commu­­nauté de Lake­­view en est la preuve.

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Une maison de Lake­­view
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Ce quar­­tier chic, à majo­­rité blanche, se situe sur une pénin­­sule faisant face au lac Pont­­char­­train, bordée par deux canaux. De nombreux habi­­tants y ont péri durant Katrina, et sur près de 13 000 habi­­ta­­tions, 7 200 ont été détruites ou sérieu­­se­­ment endom­­ma­­gées. Le quar­­tier de Lake­­view est arrivé en 2e posi­­tion derrière le Lower Ninth Ward au rang des rachats gouver­­ne­­men­­taux.

La recons­­truc­­tion de Lake­­view a été alimen­­tée par les proprié­­taires, mais aussi par les promo­­teurs à la recherche du gain rapide, profi­­tant de la hausse du marché géné­­rée par le programme contre le déclin urbain. Envi­­ron 70 maisons ont été démo­­lies pour être recons­­truites avec le nouveau programme, comme en attestent les données de la ville. Des dizaines d’autres maisons ont été répa­­rées suite aux condam­­na­­tions de leurs proprié­­taires.

Jesse Dean, venu d’Ore­­gon, a acheté sa maison en janvier 2012. Il fait partie des nombreux nouveaux venus dans le quar­­tier. « Il y a eu de nombreux efforts de faits contre la dégra­­da­­tion urbaine depuis qu’on s’est installé », raconte Dean. « Ils ont été béné­­fiques. Cette zone a connu des recons­­truc­­tions notables au cours des trois, voire cinq dernières années. »

Le renou­­veau du quar­­tier de Lake­­view montre que restau­­rer les maisons le long d’une rue donnée n’est qu’une partie du problème auquel est confron­­tée la Nouvelle-Orléans. L’état des rues elles-mêmes est effroyable. Les infra­s­truc­­tures vieillis­­santes et les eaux stag­­nantes (certaines zones de la ville ont mis des mois à être drai­­nées) ont déformé les voies de circu­­la­­tion à travers toute la ville. Des centaines de kilo­­mètres ont été répa­­rés, prin­­ci­­pa­­le­­ment autour des axes commer­­ciaux et des routes prin­­ci­­pales, mais de nombreuses voies privées sont encore en piteux état.

À Lake­­view, où les maisons peuvent se vendre 400 000 dollars, des entailles le long des routes pleines d’or­­nières mettent en évidence que même les conduc­­teurs les plus atten­­tifs peuvent avoir de mauvaises surprises. Des panneaux de signa­­li­­sa­­tion rouges martèlent le slogan : « Répa­­rez nos rues. Nous payons nos impôts. »

La Nouvelle-Orléans vit dans le moment présent, mais elle mise son avenir sur l’ex­­ploi­­ta­­tion de son passé, c’est-à-dire l’in­­dus­­trie du tourisme, bâtie autour du Quar­­tier Français et de ses bâti­­ments érigés au XVIIIe siècle – qui ont survécu à Katrina presque indemnes.

Les cités HLM bondées ont laissé place à des co-proprié­­tés abri­­tant des commu­­nau­­tés dispa­­rates aux reve­­nus variables.

Comment passé, présent et futur doivent se rejoindre est le point central d’un débat concer­­nant la sélec­­tion des bâti­­ments histo­­riques à réno­­ver ou à détruire, ainsi que du déve­­lop­­pe­­ment des quar­­tiers et des zones où les recons­­truc­­tions ne sont pas une si bonne idée.

La Nouvelle-Orléans a embrassé le XXIe siècle dans sa quête de renou­­veau. Des indices de perfor­­mance modernes tels que la comp­­ta­­bi­­lité, l’ana­­lyse, la recherche d’objec­­tifs, la mesure de résul­­tats et les ajus­­te­­ments basés sur les données collec­­tées sont désor­­mais en appli­­ca­­tion à tous les niveaux admi­­nis­­tra­­tifs de la muni­­ci­­pa­­lité, de l’éla­­bo­­ra­­tion des budgets et des marchés d’ap­­pels d’offres aux mesures de surveillance et d’aide aux sans-abris.

Cette volonté de résul­­tats requiert aussi des méthodes plus arti­­sa­­nales. Par exemple, les respon­­sables de la lutte contre la dégra­­da­­tion urbaine réclament des photo­­gra­­phies de chaque terrain, mises à jour régu­­liè­­re­­ment afin de suivre les progrès et les dété­­rio­­ra­­tions. Sans ressources pour sous-trai­­ter la mission, ils ont arrimé des appa­­reils photo à des camions de pompiers, dispo­­sant ainsi d’une alter­­na­­tive à moindre coût simi­­laire au Street View de Google.

« Nous mettons en appli­­ca­­tion ce type de gouver­­nance », explique Landrieu. « Chacun est assis à la table, parti­­cipe, en totale coopé­­ra­­tion, sans se braquer sur des points idéo­­lo­­giques. Il nous faut trou­­ver des réponses. Il n’existe pas d’idéo­­lo­­gie propre à répa­­rer un nid de poule. »

Les cités HLM bondées ont laissé place à des co-proprié­­tés abri­­tant des commu­­nau­­tés dispa­­rates aux reve­­nus variables. Les écoles muni­­ci­­pales sont deve­­nues des écoles privées sous contrat. Le nouveau CHU en construc­­tion inclura un pôle de recherche biolo­­gique.

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Le tourisme bat toujours son plein en 2015
Crédits

« C’est une toute autre atmo­­sphère, conti­­nue Landrieu. Nous n’avons pas perdu notre iden­­tité. Nous avons bâti grâce à cette fonda­­tion. »

Le melting-pot évolue à la Nouvelle-Orléans, dont la popu­­la­­tion est esti­­mée à 380 000 habi­­tants en 2013 [hors agglo­­mé­­ra­­tion]. La popu­­la­­tion noire compte pour 59%, contre 67% en 2000. La popu­­la­­tion blanche pour 31% en 2013, contre 27% en 2000. Le taux de popu­­la­­tion asia­­tique est monté à presque 3%. Les hispa­­niques sont bien plus nombreux que durant le recen­­se­­ment de 2000.

Le programme de lutte contre le déclin urbain de Landrieu est une des facettes du chan­­ge­­ment dans « la ville Crois­­sant ». Il lui a donné de l’élan, et est symbole de progrès.

La Nouvelle-Orléans s’est fixée une date anni­­ver­­saire pour prendre la pleine mesure de son déve­­lop­­pe­­ment : son tri-cente­­naire, le 7 mai 2018. La ville met tout en œuvre pour accé­­lé­­rer les efforts de réno­­va­­tion et de construc­­tion avant la célé­­bra­­tion.

« Avec un peu de chance, pour notre 300ème anni­­ver­­saire, nous pour­­rons expri­­mer au peuple améri­­cain  »nos remer­­cie­­ments pour les inves­­tis­­se­­ments auxquels vous avez consenti, et voici notre retour sur inves­­tis­­se­­ment », déclare le maire, tenu par la loi de ne pas employer un autre terme. Nous avons créé un stan­­dard et un modèle pour que l’Amé­­rique puisse retrou­­ver sa force, qu’elle puisse aller de l’avant. »

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Quar­­tier : Lower Ninth Ward Popu­­la­­tion : 3 007 habi­­tants Revenu moyen : 43 233 $ Âge moyen : 38 ans

Flood Street [la rue des inon­­da­­tions] scinde le Lower Ninth Ward en deux du nord au sud, où le terrain s’élève en appro­­chant du fleuve Missis­­sippi. La rue est repré­­sen­­ta­­tive de la situa­­tion ici : la déso­­la­­tion persiste au nord, des progrès sont réali­­sés au sud.

La ville a démoli plus d’une ving­­taine de maisons le long de Flood Street grâce au programme contre les dégra­­da­­tions, et près de 400 dans tout le quar­­tier. Mais les maisons aban­­don­­nées sont encore légion, certaines toujours marquées du sceau des équipes de secours à pied d’œuvre durant Katrina : des infor­­ma­­tions en forme de X, compor­­tant la date en haut, les dangers poten­­tiels à droite, l’iden­­tité de l’équipe de secours à gauche, et le nombre de victimes en bas.

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Une rési­­dence sinis­­trée du Lower Ninth Ward

De nombreux proprié­­taires qui s’étaient acquit­­tés de leurs prêts il y a long­­temps déjà n’étaient pas assez bien assu­­rés pour recons­­truire le Lower Ninth. Le sort de plusieurs maisons de famille reste incer­­tain, le temps de dénouer les droits de succes­­sion entre héri­­tiers.

Les réno­­va­­tions éparses dans de nombreuses zones du Lower Ninth Ward n’a pas motivé les inves­­tis­­seurs. Fonds de commerce et rési­­dences manquent cruel­­le­­ment. La ville a proposé des crédits fonciers pour aider au déve­­lop­­pe­­ment des proprié­­tés, dont certains sites où Make It Right avait construit. Mais le succès de l’opé­­ra­­tion dépend de la renta­­bi­­lité des terrains contrô­­lés par la muni­­ci­­pa­­lité, afin de construire des loge­­ments abor­­dables suffi­­sam­­ment rappro­­chés les uns des autres pour justi­­fier un déve­­lop­­pe­­ment commer­­cial et un attrait rési­­den­­tiel, d’après les respon­­sables.

Les permis de construire et les panneaux « à vendre » pullulent dans la partie sud du Lower Ninth. Les travaux d’in­­fra­s­truc­­ture sont en cours. Une phar­­ma­­cie de la chaîne CVS doit ouvrir prochai­­ne­­ment.

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Les initia­­tives de Make It Right dans le Lower Ninth Ward
Crédits

Comme d’autres personnes qui ont recons­­truit dans le Lower Ninth Ward, Harry Simms entre­­tient son terrain sur Flood Street. Il tond égale­­ment la parcelle voisine, ainsi que celle qui jouxte l’église baptiste où il va prier. Il apprend aux enfants à boxer sur un ring en exté­­rieur qu’il a lui-même construit, entre sa maison et l’église.

Côté nord, Simms laisse entre­­voir ses propres visions d’un espoir qui tarde à venir : une maison est en construc­­tion près de Flood Street. Pendant la jour­­née, les gens passent devant en vélo, notant les adresses de proprié­­tés qui présentent de bonnes oppor­­tu­­ni­­tés de déve­­lop­­pe­­ment. Un vendeur de glaces vient d’ou­­vrir. Il s’agit du premier nouveau commerce ouvert près de chez lui depuis Katrina.

« C’est un nouveau départ, mon pote. »


Traduit de l’an­­glais par Gwen­­dal Pado­­van d’après l’ar­­ticle « The Battle for New Orleans », paru dans Poli­­tico Maga­­zine.

Couver­­ture : La Nouvelle-Orléans après le passage de l’ou­­ra­­gan Katrina.

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