par Greg Nichols | 26 novembre 2015

30 secondes chrono

C’était supposé être un coup d’une fois. Deux inspec­­teurs de la Cali­­for­­nia High­­way Patrol (« Brigade des auto­­routes de Cali­­for­­nie », CHP) ont été infor­­més par une source confi­­den­­tielle des acti­­vi­­tés d’un voleur de motos local et ont pu conve­­nir d’un rendez-vous sous couver­­ture. Le suspect opérait dans West­­side, à Los Angeles, où il tirait toutes les motos spor­­tives qui passaient sous sa main. La plupart des vols de véhi­­cules impliquent le trai­­te­­ment de la pape­­rasse frau­­du­­leuse, la visite de casses auto­­mo­­biles, la mise en place d’une surveillance. Les opéra­­tions coup-de-poing ne sont pas dans les habi­­tudes de la Vehicle Theft Unit, la section de la CHP en charge de la gestion des vols de véhi­­cules, une unité compo­­sée de détec­­tives privés établie au cœur d’un amas de vieux bâti­­ments aux allures de bunkers, dans Korea­­town. Mais Guy Trudeau* et Mike Watson, collègues de longue date aux états de service impres­­sion­­nants, après avoir fait pres­­sion sur leur supé­­rieur, ont reçu le feu vert pour orga­­ni­­ser une descente.

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Les bikers postent leurs exploits sur YouTube

Le crimi­­nel s’est spécia­­lisé dans les crotch rockets, des spor­­tives légères, essen­­tiel­­le­­ment des modèles d’im­­por­­ta­­tion japo­­nais coûtant entre 5 000 et 25 000 dollars. Son mode opéra­­toire : lorsqu’il repère un de ces modèles garés dans la rue ou sur une place de parking, il recule une four­­gon­­nette-appe­­lée « boîte à chaus­­sures » à sa hauteur, ouvre d’un grand coup les portes arrières et, moyen­­nant l’as­­sis­­tance d’un complice, embarque le deux-roues comme un vulgaire sac de linge sale. Montre en main, le tout ne prend pas plus de 30 secondes. En l’ab­­sence de gros bras pour le secon­­der, il oublie la four­­gon­­nette et se contente de forcer le démar­­rage à l’aide d’un tour­­ne­­vis, pour se faire la belle au guidon. Il revend ensuite la moto (ou ses pièces déta­­chées) en échange d’argent liquide. Trudeau et Watson ont emmené avec eux un jeune inspec­­teur, Gary Clif­­ford, nouvelle recrue de l’unité.


Le trio a déjà un plan : Watson et Clif­­ford, deux grands gaillards pouvant aisé­­ment se faire passer pour des indi­­vi­­dus peu recom­­man­­dables, voire pour de véri­­tables caïds, joue­­ront le rôle de membres de la pègre arri­­vant de Vegas. (Les réseaux de voleurs de véhi­­cules haut de gamme qui ont été déman­­te­­lés à Las Vegas ces dernières années appor­­te­­ront une touche de crédi­­bi­­lité en plus à leur histoire). Les agents sous couver­­ture – UC, pour under­­co­­ver offi­­cers, dans le jargon poli­­cier – seront présen­­tés au suspect par l’in­­ter­­mé­­diaire d’un indic et préten­­dront recher­­cher des motos et des pièces déta­­chées à rame­­ner dans le Nevada, où les véhi­­cules imma­­tri­­cu­­lés en Cali­­for­­nie sont diffi­­ciles à retrou­­ver. Trudeau, le spécia­­liste du détail, sera chargé de la surveillance et de coor­­don­­ner une équipe de sécu­­rité prête à agir. Après avoir effec­­tués quelques tran­­sac­­tions, les « agents provo­­ca­­teurs » rédi­­ge­­ront un rapport mettant en cause le marau­­deur de motos, pour l’ac­­ca­­bler d’in­­for­­ma­­tions l’in­­cri­­mi­­nant et l’ar­­rê­­ter. Juste avant la première tran­­sac­­tion, le suspect contacte le télé­­phone profes­­sion­­nel craqué de Watson, un ancien modèle à clapet devenu vintage depuis 2011. « D’ac­­cord », dit l’homme, d’un ton guindé semblable à celui d’un homme d’af­­faires, « avant qu’on ne démarre quoi que ce soit, est-ce que vous ou l’un de vos colla­­bo­­ra­­teurs êtes liés de près ou de loin à la police ? »

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Suzuki GSXR 750
La moto la plus volée de L.A.

« Oui », répond Watson. « Vous êtes en état d’ar­­res­­ta­­tion. » Un moment de silence s’ins­­talle, puis une seconde de réflexion. Le suspect laisse échappé un « Aaah » plain­­tif comme le font ceux qui se sont fait piéger. Quelques minutes plus tard, les inspec­­teurs rencontrent un homme noir de forte corpu­­lence sur le parking d’un restau­­rant. S’il s’est montré nerveux au télé­­phone, il est en revanche plus que ravi de dévoi­­ler les rouages inté­­rieurs de son opéra­­tion lui-même. Telle­­ment bavard qu’il en vient spon­­ta­­né­­ment à parler de ses complices aux deux inspec­­teurs. Il dévoile égale­­ment qu’un vaste réseau de voleurs de motos sévit autour d’une commu­­nauté d’ama­­teurs de motos de sports, un loisir en plein essor à Los Angeles.

L’al­­liance des bikers

Los Angeles est une ville multi­­cul­­tu­­relle. La plupart de ses habi­­tants traversent ses diffé­­rents mondes sur le chemin de la maison. C’est un tableau fréquent : vendredi soir, une famille juive ortho­­doxe croise sur le pavé la cabale de ciné­­philes qui se rendent au cinéma de New Beverly. Mais les plus bruyants, qui ne se contentent pas des ruelles et se fraient un chemin en faisant hurler leurs moteurs vers le boule­­vard de Santa Monica, ceux-là méritent notre atten­­tion. Depuis le début des années 2000, grâce à des vendeurs japo­­nais expé­­ri­­men­­tés – qui flambent les prix du carbu­­rant – et au soleil qui brille presque toute l’an­­née, le commerce des motos spor­­tives a décollé. Des bandes de jeunes se réunissent et bati­­folent au guidon de leurs Honda, Yamaha, Kawa­­saki et Suzuki, en traver­­sant un à un les quar­­tiers de la ville, de Cren­­shaw à la Valley, faisant rugir leurs moteurs qui déclenchent sur leur passage les alarmes des voitures.

Pendant la semaine, des casca­­deurs travaillent leurs acro­­ba­­ties sur des parkings vides ou dans des complexes indus­­triels à ciel ouvert – il n’est guère diffi­­cile de les suivre à la trace, au vu des balafres noires que leurs pneus laissent sur l’as­­phalte. Mais la fina­­lité de tout ça, c’est d’être remarqué, et on peut les voir qui foncent sur Melrose le samedi après-midi, roues en l’air, déga­­geant de grands panaches de fumée dans les airs et lais­­sant des piétons débous­­so­­lés dans leur sillage. La plupart de leurs pitre­­ries dépassent les bornes d’à peine ce qu’il faut pour s’ex­­po­­ser à des aver­­tis­­se­­ments et des contra­­ven­­tions. Mais en tirant aussi fort sur leurs engins, ces casse-cous ont créé une demande impor­­tante de pièces déta­­chées qui, elle, a entraîné le déve­­lop­­pe­­ment d’une écono­­mie souter­­raine alimen­­tée par le vol orga­­nisé à grande échelle, orches­­tré par des réseaux crimi­­nels. L’été dernier, à la fête foraine d’An­­te­­lope Valley, une jeune femme connue sous le nom de Randie Raige était accro­­chée à une moto de sport rouge et jaune. « Accro­­chée » n’est pas le meilleur terme : elle se faisait tirer par la moto. Son petit-ami, Enrique « Bird­­man » Ponce, était aux commandes, serrant les poignées et s’at­­te­­lant à garder la roue avant de son CBR 600 en l’air. Les jambes de Raige étaient enrou­­lées autour de son torse et l’ar­­rière de son casque rico­­chait sur l’as­­phalte comme la pointe de lecture d’un tourne disque. Sa veste de motard noire remon­­tée sur son ventre lais­­sait paraître une peau d’un banc laiteux, et ses bras éten­­dus n’étaient pas sans rappe­­ler le Christ subis­­sant les affres de la cruci­­fixion – si tant est qu’Il eût porté un slim rose.

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Enrique “Bird­­man” Ponce et Randie Raige
Crédits : David Weathers

Raige et Bird­­man sont des casca­­deurs profes­­sion­­nels instal­­lés à Santa Clarita. Ils se produisent dans le monde entier et incarnent la facette légale de la culture under­­ground de la cascade en moto. Raige parti­­cipe à des bike nights, une acti­­vité qui s’est déve­­lop­­pée à travers tout le sud de la Cali­­for­­nie dans les années 1990 et le début des années 2000. Les casca­­deurs se retrouvent dans des repères pour s’échan­­ger des conseils et se détendre entre fidèles de la même paroisse. « Imagine des motos genre Fast and Furious », dit Raige, qui avait 16 ans lorsqu’elle a commencé à assis­­ter à ces rencontres, assise à l’ar­­rière du bolide de son cousin. « Toutes les couleurs, toutes les courses, tous les genres de cylin­­drées. C’était éner­­gique et instruc­­tif. Il y avait une sensa­­tion de liberté, on sentait qu’on se trou­­vait au bon endroit. » Dans ce monde, les fron­­tières conven­­tion­­nelles de L.A., cultu­­relles ou sociales, ne semblent pas s’ap­­pliquer – contrai­­re­­ment au diktat des perfor­­mances. Les motards n’hé­­sitent pas à modi­­fier leurs engins pour en avoir un meilleur contrôle pendant les cascades les plus tech­­niques, apla­­tis­­sant par exemple leurs réser­­voirs en métal pour stabi­­li­­ser leurs sièges lors de celles qui néces­­sitent qu’on passe les jambes par-dessus le guidon. Les bike nights ont fait naître des clubs de moto d’un genre nouveau. Contrai­­re­­ment aux Hell’s Angels ou aux Mongols, gangs de bikers hors-la-loi au long passé crimi­­nel, ces clubs concernent davan­­tage les casse-cous à la recherche de sensa­­tions fortes et les frau­­deurs du dimanche.

Les confron­­ta­­tions entre clubs rivaux sont rares. Les vraies batailles se jouent en ligne. Seules les meilleures perfor­­mances (et les plus risquées) atter­­rissent sur YouTube, où leurs vidéos génèrent des centaines de milliers de vues. Bien sûr, les casca­­deurs font beau­­coup de casse, ce qui implique que la recherche de pièces déta­­chées ne s’ar­­rête jamais. Les vols ont augmenté à l’échelle de tout le comté ces dernières années. Des indi­­vi­­dus issus de diffé­­rents clubs sont en contact pour suivre le commerce du marché noir et certains membres des clubs les plus impor­­tants ont commencé à ache­­ter des « boîtes à chaus­­sures » et à mission­­ner des équipes entières. Au début, ces équipes, soute­­nues par leur club, ne reven­­daient qu’à leurs membres, mais Craig-list et eBay ont étendu le marché. Des publi­­ci­­tés conte­­nant un langage codé s’af­­fiche sur les écrans : « fête du détail » veut dire tout vendre à part le cadre et le bloc moteur – qui portent tous deux un numéro de série – et une « piste » est une moto complète impos­­sible à traquer pour le Dépar­­te­­ment des véhi­­cules moto­­ri­­sés, l’or­­ga­­nisme gouver­­ne­­men­­tal chargé de l’en­­re­­gis­­tre­­ment des véhi­­cules.

Le comté de L.A. est le plus touché par les vols de motos à l’échelle de toute l’Amé­­rique.

Les membres de club qui en avaient marre de retrou­­ver leurs motos désos­­sées ont trouvé une solu­­tion. La Southern Cali­­for­­nia Biker Alliance (l’Al­­liance des motards du sud de la Cali­­for­­nie) englobe onze clubs et existe expres­­sé­­ment pour déman­­te­­ler les orga­­ni­­sa­­tions frau­­du­­leuses. Mais son réel inté­­rêt est que les motos de ses membres sont désor­­mais hors d’at­­teinte des équipes faisant partie de l’Al­­liance. Une vignette sur un pare­­brise est pour les voleurs de motos comme le sang d’un agneau sur un enca­­dre­­ment de porte, ce qui signi­­fie que la chasse aux pièces déta­­chées s’étend au-delà du cercle de l’Al­­liance, et bien souvent aux dépends des motards indé­­pen­­dants peu méfiants. Ces dernières années, le comté de L.A. est le plus touché par les vols de motos à l’échelle de toute l’Amé­­rique. Les services de police n’ont pas su comment gérer le problème et ne se sont pas sentis obli­­gés d’in­­ter­­ve­­nir. Les bikers sont consi­­dé­­rés au mieux comme une nuisance, au pire comme une menace par les poli­­ciers et les honnêtes auto­­mo­­bi­­listes. À côté des voitures, la plupart des motos spor­­tives ne valent pas grand-chose et sont seule­­ment utili­­sées par une poignée d’in­­di­­vi­­dus. Il n’est donc guère surpre­­nant qu’elles aient été le cadet des soucis des offi­­ciers spécia­­li­­sés. Mais en 2010, Trudeau et ses deux ambi­­tieux collègues des services d’in­­ves­­ti­­ga­­tion de la CHP ont décidé de sévir. La première phase de l’opé­­ra­­tion Wheel Spin, une opéra­­tion coup-de-poing qui allait durer plus de deux ans et saisir près d’un million de dollars de bien volés, était lancée.

Les infil­­trés

Après une poignée de tran­­sac­­tions fruc­­tueuses, Trudeau, Watson et Clif­­ford relâchent leur suspect initial. S’ils le flanquaient en prison direc­­te­­ment, cela mettrait un terme à leur histoire de Vegas, et ils veulent pous­­ser l’enquête plus loin. Trudeau, angoissé de nature, est pessi­­miste quant à leurs chances de réus­­site. Il croit qu’ils ont forcé leur chance en deman­­dant à être envoyés en infil­­tra­­tion. Ils sont membres de la CHP, rappelle-t-il à ses collègues, une agence bien connue pour sa rete­­nue et non pour des bouf­­fon­­ne­­ries dignes d’un épisode de 21 Jump Street. Watson et lui ont tous deux servi dans l’équipe d’in­­ter­­ven­­tion de la Regio­­nal Auto Theft Preven­­tion (l’Unité de préven­­tion des vols auto­­mo­­biles), fruit d’une colla­­bo­­ra­­tion entre plusieurs agences, le tout sous la direc­­tion du dépar­­te­­ment du shérif qui a à son actif de nombreuses opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion. Ainsi, ils savent à quel point l’équi­­pe­­ment moderne, le finan­­ce­­ment et le dévoue­­ment person­­nel sont impor­­tants pour la réus­­site d’une opéra­­tion. L’Unité de préven­­tion de la CHP n’est pas équi­­pée pour ça. « Ne t’inquiète pas », persiste Watson. D’un natu­­rel joyeux, une voix de bary­­ton et des tatouages plein les bras, il a mis au point un plan pour déman­­te­­ler les cercles de vols de motos à travers la région. Trudeau trouve l’idée insen­­sée, mais il accepte malgré tout de la soumettre à la hiérar­­chie, qui, à sa grande surprise, donne rapi­­de­­ment son appro­­ba­­tion.

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Les agents infil­­trés et leur prise
Crédits : CHP

Watson a pris Clif­­ford sous son aile. Afin de garder les idées claires en gérant l’ad­­mi­­nis­­tra­­tif de l’opé­­ra­­tion nais­­sante, Trudeau recrute un quatrième membre. Tim Vega est toujours impec­­ca­­ble­­ment coiffé, son bureau est toujours propre, et c’est ce qui a attiré l’at­­ten­­tion de l’ins­­pec­­teur. Trudeau est le plus perfec­­tion­­niste de toute l’unité, un trait qui fait de lui un logis­­ti­­cien au talent rare mais égale­­ment un angoissé de classe mondiale. Et c’est cette même méti­­cu­­lo­­sité qu’il a perçue chez son protégé. Une fois tous les membres de l’équipe en place, ils s’at­­tellent à cher­­cher un deuxième suspect. Quan­­tité de voleurs ramassent des motos spor­­tives à travers Los Angeles, mais cela ne faci­­lite pas leur loca­­li­­sa­­tion pour autant. En passant au peigne fin les profils sur CraigList et eBay, les enquê­­teurs sont à l’af­­fût des publi­­ci­­tés conte­­nant un langage suspect. Watson demande à des compa­­gnies d’as­­su­­rance de four­­nir des pièces déta­­chées. Clif­­ford et lui emballent leur inven­­taire sous cello­­phane, plon­­gés dans leurs person­­nages, et parcourent les boutiques de motos des alen­­tours en propo­­sant leurs appâts à la vente ou à l’échange. Watson, toujours enthou­­siaste, se charge de la parlotte. Clif­­ford est plus jeune, c’est un bon garçon origi­­naire d’une petite ville du nord de la Cali­­for­­nie. Un peu raide de prime abord, puis il laisse échap­­per quelques jurons, comme des parents qui se mettent à parler en argot. Les proprios des boutiques ont tôt fait de cerner les deux gaillards aux cheveux courts qui portent des pièces déta­­chées embal­­lées, et refusent l’offre tout net. La CHP a eu beau créer de fausses cartes de visites que les enquê­­teurs distri­­buent dans toute la ville, personne ne semble enclin à faire affaire avec eux. CHP_Logo_3.svgWatson se souvient alors qu’il a l’ai­­sance d’un jeunot en ce qui concerne les réseaux sociaux. Son humour et sa maladresse jouent en sa faveur en ligne. Il s’ins­­crit alors sur des forums de moto et crée un compte Face­­book pour se rappro­­cher de leurs membres. Si les hommes mettent du temps à répondre, les femmes, elles, acceptent ses invi­­ta­­tions avec joie. Plus il aura d’amis fémi­­nins, moins les bikers mascu­­lins se méfie­­ront de lui. Il dispose bien­­tôt d’un large porte­­feuille d’in­­dics malgré eux. Grâce à ces contacts, et en effec­­tuant des analyses croi­­sées avec les comptes qui postent fréquem­­ment des publi­­ca­­tions sur CraigList et eBay, l’équipe tombe sur un suspect poten­­tiel. Lorsque Clif­­ford contacte le proprié­­taire d’une Suzuki CSXR dont une photo a été publiée sur CraigList, l’homme se présente sous le nom de Biscuit.

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Août 2011. Watson et Clif­­ford rencontrent Biscuit à l’en­­trée d’un maga­­sin de paysa­­gisme tenu par son oncle au sud de L.A. Il a la ving­­taine, le visage potelé et le teint brun clair. Biscuit tient un atelier de moto à l’ar­­rière du bâti­­ment. La boutique de fortune respire l’ama­­teu­­risme à plein nez ; des pièces et des outils en jonchent le sol. L’ins­­pec­­teur a étudié le cas de la Suzuki, et lorsque Biscuit mentionne de manière désin­­volte qu’il ne l’a pas faite imma­­tri­­cu­­ler, il lui demande pourquoi. La voix de Biscuit vacille, il a peut-être des soupçons. Avant d’ar­­rê­­ter un indi­­vidu pour recel de bien volés, les enquê­­teurs doivent en géné­­ral prou­­ver que le suspect a connais­­sance du fait que sa marchan­­dise a été acquise de manière illé­­gale. Watson et Clif­­ford ont bien préparé leur coup, les conces­­sions d’un duo sous couver­­ture solide. Watson, en bara­­ti­­neur né, excelle à désta­­bi­­li­­ser les gens, même s’il lui arrive parfois de le faire par totale inad­­ver­­tance. « J’avais l’ha­­bi­­tude de coucher avec ce gars », dit-il, testant une anec­­dote humo­­ris­­tique à propos de son service mili­­taire. Biscuit jette un regard à Clif­­ford et éclate de rire. En suivant la conver­­sa­­tion depuis une camion­­nette de surveillance, Trudeau et Vega en font autant. Clif­­ford commence à trou­­ver qu’il fait des progrès dans son travail d’in­­fil­­tra­­tion, et profite d’un moment oppor­­tun pour abor­­der la ques­­tion de la Suzuki, à propos de laquelle Biscuit insiste quant au fait qu’elle n’est pas volée. Clif­­ford décide de pous­­ser un peu plus loin.

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Des bikers à l’œuvre

« Un de mes four­­nis­­seurs vend des motos volées complètes pour 300 dollars », dit-il. Dans leur camion­­nette de surveillance, Trudeau et Vega retiennent leur souffle. « Vous les ache­­tez où pour 300 ? » demande Biscuit. « D’ha­­bi­­tude on me les vend pour au moins 1 000. » De retour au QG à Korea­­town, les inspec­­teurs sont enfié­­vrés par la conver­­sa­­tion. Et si Biscuit était un jeune lascar faisant tour­­ner un petit commerce bidon au profit d’un plus grand dirigé par son oncle ? C’est un crimi­­nel, un distri­­bu­­teur bona fide de pièces déta­­chées au profit d’un club de moto impor­­tant. Même Trudeau commence à envi­­sa­­ger le genre d’opé­­ra­­tion de grande enver­­gure dont Watson parle depuis le début. L’équipe suit Biscuit à travers tout le comté de L.A., et après un lent démar­­rage, le bouche-à-oreille commence à opérer : des types venus de Las Vegas achètent des motos spor­­tives pour les écou­­ler en dehors de l’État. Une bande de Long Beach propose de leur vendre une ou deux voitures volées. Ils n’ont les fonds que pour une seule, qu’ils s’em­­pressent d’ache­­ter. De nouvelles tran­­sac­­tions alimentent peu à peu leur crédi­­bi­­lité et en 2012, ce sont les voleurs eux-mêmes qui les contactent pour se présen­­ter. Leur prin­­ci­­pal suspect, celui qui a demandé à Watson s’il était de la police, a été arrêté pour un crime d’un autre genre, et Clif­­ford est surpris de rece­­voir un appel de la femme de ce dernier. Elle demande de l’aide pour la caution. Watson reçoit ensuite un appel d’un des voisins du voleur, qui profite de son arres­­ta­­tion pour étendre son propre busi­­ness. « Les affaires avec lui, c’est fini ; main­­te­­nant c’est avec moi », lui dit-il d’un ton menaçant, garan­­tis­­sant une fois de plus à Watson que leur couver­­ture est solide.

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Les agents dormants achètent des motos aux suspects
Crédits : CHP

Pour le trans­­port des motos et des pièces déta­­chées, l’équipe cherche un véhi­­cule spécia­­lisé. En 2002, Watson a arrêté un suspect au volant d’une Chevy Astro déglin­­guée, et le van pour­­rit depuis dans un garage. Les pneus sont usés et les freins ne vont pas mieux, mais ils savent que les méca­­nos de la CHP pour­­ront lui donner une seconde vie. Mais comme aucun supé­­rieur ne veut prendre la respon­­sa­­bi­­lité de cette requête inha­­bi­­tuelle, celle-ci traîne inter­­­mi­­na­­ble­­ment dans les rouages de la bureau­­cra­­tie de la CHP. Les infil­­trés en ont bien­­tôt marre d’at­­tendre. La camion­­nette de fonc­­tion de Clif­­ford a besoin de nouveaux pneus, les vieux trouvent donc refuge sur l’As­­tro. Avant de conclure une tran­­sac­­tion, Watson et Clif­­ford activent leurs appa­­reils enre­­gis­­treurs, chargent les pièces qu’ils prévoient d’échan­­ger et se préparent menta­­le­­ment à leur infil­­tra­­tion. Et puis quand vient l’heure d’y aller, le van leur claque dans les doigts. Le moteur lâche sur le chemin d’une tran­­sac­­tion et lorsque Clif­­ford passe la tête par la fenêtre pour consta­­ter les dégâts, le vent emporte son chapeau. En fouillant, ils trouvent une chambre à air à l’ar­­rière du van. Elle est vieille et craque­­lée, mais ils s’en servi­­raient volon­­tiers si seule­­ment ils avaient eu un cric… En fin de compte, ils se présentent au client avec le pneu crevé. Si le van est une prise de tête sans nom, la pape­­rasse, elle, est un cauche­­mar litté­­ral.

Toute inter­­ac­­tion avec un suspect doit faire l’objet d’un rapport de la part de l’agent dormant, qui sera ensuite inté­­gré à un rapport plus impor­­tant destiné à placer la tran­­sac­­tion dans le contexte global de l’opé­­ra­­tion coup-de-poing. Appels télé­­pho­­niques, enre­­gis­­tre­­ments de conver­­sa­­tions et suivis de tran­­sac­­tions doivent être tenus méti­­cu­­leu­­se­­ment, à l’ins­­tar de chaque pièce à convic­­tion que l’équipe achète ou échange. La majeure partie de cette gestion revient à Trudeau et Vega, qui passent des heures à remplir fréné­­tique­­ment des tableurs. Les agents reçoivent main­­te­­nant des offres de tout le pays, ce qui implique des heures de conduite et d’at­­tente de tran­­sac­­tions qui n’abou­­tissent pas forcé­­ment. Les voleurs de motos ne sont jamais ponc­­tuels et ne travaillent pas selon les horaires conven­­tion­­nels. Watson et Clif­­ford doivent répondre à des appels au beau milieu de la nuit, reprendre leur rôle à moitié endor­­mis. Et comme l’unité ne peut pas être radine sur les effec­­tifs, les membres de l’équipe doivent gérer une montagne de travail en plus de leurs acti­­vi­­tés. Chaque matin, les enquê­­teurs englou­­tissent des litres de café, et ce n’est qu’une ques­­tion de temps avant que les premières erreurs n’ap­­pa­­raissent.

Le coup de filet

Trudeau se tient dans le Bocal, une salle de brie­­fing dont les fenêtres vont du sol au plafond, empri­­son­­nant le soleil de l’au­­tomne cali­­for­­nien, qui rend la chaleur étouf­­fante. Il parcourt lente­­ment le plan de la jour­­née. Nous sommes au climax de l’enquête et bien qu’à présent les offi­­ciers se tiennent à leur routine, Trudeau semble toujours inca­­pable de réali­­ser une brève synthèse. Ils ont fait une autre tran­­sac­­tion avec un nouveau suspect dans l’après-midi, dit-il. Ils ont convenu d’un autre « code d’in­­ter­­ven­­tion » en cas de problème et d’un signal de sécu­­rité de la main. Les micros qu’ils portent sont suscep­­tible de lâcher, comme la plupart de leur équi­­pe­­ment. Au cas où le dispo­­si­­tif de sécu­­rité vient à échouer, Trudeau a indiqué à ses agents infil­­trés un chemin de repli.

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L’uni­­forme de l’unité cali­­for­­nienne
Crédits : CHP

Il veut qu’ils fassent atten­­tion aux divers signaux suscep­­tibles d’in­­diquer une embus­­cade de la part du vendeur – coups d’œil furtifs, mouve­­ments convul­­sifs, etc. Watson et Clif­­ford ont mémo­­risé leur bara­­tin et s’en­­tassent dans le Bocal avec un super­­­vi­­seur. Ils veulent en finir avec ce job. « L’équipe de sécu­­rité », insiste Trudeau, « vous devez être sur les lieux, en posi­­tion et prêts à l’ac­­tion, tenues et équi­­pe­­ment opéra­­tion­­nels. » La jour­­née ne commence pas du bon pied. Trudeau et Vega étouffent dans leur véhi­­cule de surveillance. À une centaine de mètres de là, sur le parking d’un super­­­mar­­ché en plein soleil, les agents dormants sont instal­­lés dans l’As­­tro, micros bran­­chés. Ils ont parlé au suspect par télé­­phone, lui ont envoyé des SMS, entrent et sortent de la voiture, et se mettent à jurer. Le vendeur s’est dégon­­flé. Il leur demande pourquoi ils ne peuvent pas lui rendre visite chez lui. Hors de ques­­tion, pense Trudeau. Une rési­­dence privée repré­­sente un envi­­ron­­ne­­ment incon­­trô­­lable. Trop risqué. Alors que le crépus­­cule approche, Watson perd patience. Il pense qu’ils doivent se rendre au domi­­cile du suspect. Trudeau trouve un compro­­mis. Se rendre chez le suspect est incons­­cient, mais s’en rappro­­cher le persua­­dera peut-être de venir à leur rencontre. La camion­­nette de surveillance s’éloigne du super­­­mar­­ché en passant devant les agents et parcourt un peu plus de deux kilo­­mètres pour faire halte aux abords d’un fast-food très fréquenté. Trudeau et Vega écoutent, atten­­dant que les micros dissi­­mu­­lés des agents soient à portée. Une odeur de graillon vient tapis­­ser l’at­­mo­­sphère. Quelques centaines de mètres plus loin, la vieille Astro arrive au domi­­cile du suspect. Déso­­béis­­sant aux ordres, Watson s’écarte du plan. Alors que le suspect vient les accueillir, Watson sort comme un fou de la voiture et peste contre lui pour les avoir faits attendre. Clif­­ford, que le fait de sortir des rails de la procé­­dure ne met pas à l’aise, émerge lente­­ment du van et se fait engueu­­ler par un voisin qui ne veut pas qu’on piétine sa pelouse. En inspec­­tant la moto qu’ils doivent ache­­ter, Watson commence à discu­­ter le prix avec le suspect.

En fin de compte, les agents n’ont pas assez pour l’ache­­ter. Alors que les deux hommes pour­­suivent la négo­­cia­­tion, une voiture déboule en trombe dans la rue. À l’in­­té­­rieur, le chef de l’équipe char­­gée de la sécu­­rité de l’opé­­ra­­tion. Tandis que les agents ont dévié du plan, ils sont sortis du champ de portée du véhi­­cule de surveillance. Trudeau est assis à l’in­­té­­rieur de celui-ci, fou de rage. Il ne comprend pas comment son plan si méti­­cu­­leu­­se­­ment préparé a pu tomber à l’eau. La tran­­sac­­tion ruinée met tout le monde en rogne, et une autre opéra­­tion est en atten­­te… En ache­­tant des dizaines de motos, les agents ont fait leur part d’ef­­fort physique. La plupart des motos spor­­tives pèsent moins de 200 kilos, suffi­­sam­­ment léger pour que deux personnes soulèvent une roue chacun pour char­­ger et déchar­­ger. Après un achat réussi, Watson et Clif­­ford emmènent leur char­­ge­­ment de motos volées à une four­­rière de la CHP. Un après-midi, alors qu’ils déchar­­geaient, l’une d’elle a glissé. Watson l’a rete­­nue pour l’em­­pê­­cher de tomber hors du van. La sensa­­tion qui l’a envahi à ce moment-là n’était pas de la douleur à propre­­ment parler ; c’était comme si un liquide chaud s’était déversé le long de son dos. Après avoir boité pendant quelques jours, il a consulté et on lui a annoncé qu’il avait une hernie discale et un tendon froissé au niveau du coude. Sa conva­­les­­cence le tien­­drait éloi­­gné des opéra­­tions pendant de longs mois. Watson était une source de bonne volonté et d’hu­­mour paillard, faisant un équi­­libre avec Trudeau. C’est Clif­­ford qui est le plus touché par cette perte. Watson est son pote, sa moitié profes­­sion­­nelle, et à présent il se retrouve seul. Avec l’aide de son parte­­naire, il a gagné en moral et en confiance pendant les tran­­sac­­tions. À présent, le charisme des opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion ne repose plus que sur lui, de même que le savoir-faire-avouer aux suspects.

Un offi­­cier muni d’un bélier se tenait prêt, mais après un instant, Biscuit appa­­rut dans l’en­­ca­­dre­­ment de la porte.

À la mi-2013, l’opé­­ra­­tion est deve­­nue coûteuse. L’équipe pour­­rait conti­­nuer à monter de nouveaux coups indé­­fi­­ni­­ment, mais le prix person­­nel à payer est trop grand. Un homme en moins, et les trois autres sont épui­­sés. Trudeau et Vega commencent à prépa­­rer des rapports pour le bureau de l’avo­­cat géné­­ral. Depuis que l’enquête a commencé plus de deux ans plus tôt, ils ont perdu le contact avec la plupart de leurs vendeurs initiaux. Pour avoir leur coup de filet, il leur faut tout d’abord réta­­blir un contact. Clif­­ford appelle Biscuit qui, contre toute attente, semble avoir pris du galon rapi­­de­­ment. Il a quitté l’en­­tre­­prise de son oncle et a ouvert sa propre boutique en ville. À l’en­­tendre, il est devenu un four­­nis­­seur essen­­tiel de pièces de motos pour le comté de Los Angeles. Les enquê­­teurs se souviennent du gamin crédule qui avait essayé de leur vendre de la marchan­­dise volée lors de leur première entre­­vue. Ils décident de faire une tran­­sac­­tion de plus afin de mettre à jour le dossier qu’ils tiennent sur lui. Watson blessé, Clif­­ford assume seul la couver­­ture, mais à l’oc­­ca­­sion de sa rencontre avec Biscuit, il décide de recru­­ter un jeune inspec­­teur du nom de Jason Gonza­­lez.

Ce dernier n’a jamais travaillé sous couver­­ture, et Clif­­ford veut lui montrer les ficelles du métier, comme Watson l’a fait pour lui. La nouvelle boutique de Biscuit se trouve à Hunting­­ton Park. Lorsque les agents arrivent à un fast-food situé à proxi­­mité, Biscuit se pointe dans un pickup Nissan et les conduit jusqu’à son domi­­cile, dont l’en­­trée se trouve dans une allée. Clif­­ford et Gonza­­lez ont concocté une couver­­ture dont ils sont sûrs qu’elle fera mouche avec Biscuit : ils se sont rencon­­trés lors d’une fête à Las Vegas, se sont bien amusés et cherchent à pour­­suivre de plus belle à San Diego. « Z’al­­lez voir, vous allez adorer Gaslamp », leur dit Biscuit. Sa boutique est impres­­sion­­nante. Un open-space propre, plein d’ou­­tils profes­­sion­­nels, à mille lieues du taudis qu’il tenait dans l’en­­tre­­prise de son père. Biscuit les conduit dans un loft à l’étage. Une boule à facette pend au plafond et une gigan­­tesque pipe à eau repose contre le mur. Il leur propose des bières, mais en se souve­­nant qu’il ne lui en reste qu’une, revient sur son offre. Il a voyagé en Europe, signe de son expan­­sion, et a hâte de racon­­ter à Gonza­­lez ses conquêtes fémi­­nines. Plus en retrait, Clif­­ford se promène en prenant des photos de la boutique.

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Les bikers réalisent leurs cascades en pleine ville

Alors qu’ils partent avec un moteur de Yamaha R6, les enquê­­teurs remarquent une Suzuki noire arri­­ver. Trudeau, depuis la camion­­nette de surveillance, contacte Clif­­ford et lui demande d’y retour­­ner afin d’en contrô­­ler le pilote. Il n’est jamais trop tard pour piéger un suspect, et Trudeau est immen­­sé­­ment fier de voir gran­­dir le nombre de dossiers de son unité. Les agents reviennent en annonçant qu’ils ont changé d’avis concer­­nant la deuxième moto. Biscuit se porte garant d’eux, et le pilote de la Suzuki leur parle sans gêne de ses acti­­vi­­tés crimi­­nelles. La liste de suspects compte un nouveau membre.

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Les arres­­ta­­tions sont effec­­tuées stra­­té­­gique­­ment sur une période de six mois par une équipe de la CHP qui dispose d’un mandat. En tenue tactique des pieds à la tête, les enquê­­teurs de l’opé­­ra­­tion Wheel Spin se dispersent afin d’ap­­pré­­cier le point culmi­­nant de ces deux années et demie de dur labeur. Trudeau super­­­vise l’ar­­res­­ta­­tion Biscuit. Alors que l’équipe manda­­tée entre dans sa boutique, ils trouvent son pickup Nissan garé à l’en­­trée de l’al­­lée. Ils devront enfon­­cer la porte de la boutique si Biscuit ne coopère pas, et ils ont donc besoin d’avoir l’ac­­cès libre à l’al­­lée. Une dépan­­neuse déplace le Nissan. Un membre de l’équipe manda­­tée s’an­­nonce alors  en frap­­pant à la porte. « Police ! Nous avons un mandat ! Ouvrez la porte ! » Un offi­­cier muni d’un bélier se tient prêt, mais après quelques instants, Biscuit appa­­rait dans l’en­­ca­­dre­­ment de la porte. La police le saisit et les membres de l’équipe se hâtent d’ins­­pec­­ter la boutique. On passe les menottes à Biscuit et on l’amène à Trudeau. Biscuit n’a jamais vu l’homme qui l’es­­corte – ce n’est pour lui qu’un flic parmi tant d’autres, sapés comme des comman­­dos –, mais Trudeau, lui, a regardé Biscuit à travers le pare-brise de la camion­­nette de surveillance pendant des années. De retour à l’unité, les supé­­rieurs directs de Trudeau et les grands pontes de la CHP, réunis dans une salle, reçoivent un compte rendu détaillé de l’ac­­tion à l’aide de photos prises en temps réel et d’ex­­pli­­ca­­tions textuelles. Une salve d’ap­­plau­­dis­­se­­ments est donnée à la vue d’une photo de Trudeau procé­­dant à l’ar­­res­­ta­­tion de Biscuit.

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Une partie du butin de l’opé­­ra­­tion
Crédits : CHP

L’opé­­ra­­tion Wheel Spin a donné lieu à 51 arres­­ta­­tions. L’équipe a récu­­péré un total de 110 véhi­­cules volés d’une valeur marchande de 848 140 dollars. Les avocats de la défense se ruent sur les vices de procé­­dures lors d’enquêtes complexes comme celle-ci, et appuient fort sur ces failles. Mais le duo Trudeau/Vega, armés de leurs dossiers minu­­tieu­­se­­ment orga­­ni­­sés, n’ont laissé que peu de chances à une telle occa­­sion. À partir de ces dossiers, un seul des cas est allé jusqu’à l’au­­dience préli­­mi­­naire, tandis que les autres suspects ont plaidé coupable ou n’ont pas contesté les charges en échange de réduc­­tions de peines. Biscuit, dont les enre­­gis­­tre­­ments datant d’avant Wheel Spin n’étaient pas perti­­nents, a plaidé coupable pour 18 vols et a béné­­fi­­cié d’une liberté condi­­tion­­nelle de cinq ans. Au vu de l’an­xiété que les inspec­­teurs ont suppor­­tée, des nuits blanches et de la douleur physique qu’ils ont endu­­rées, le manque de sentences fermes pour les plus gros cas leur est appa­­rue décou­­ra­­geante. Mais ils sont néan­­moins opti­­mistes à l’idée que le véri­­table succès de Wheel Spin pourra être appré­­cié lors de la publi­­ca­­tion des résul­­tats 2014 des vols de motos. 1 589 vols de motos ont été recen­­sés en 2013 à l’échelle du comté, et tout indique que les chiffres de l’an­­née d’après auront signi­­fi­­ca­­ti­­ve­­ment baissé. Il est incon­­tes­­table que les motards honnêtes de L.A. devront large­­ment remer­­cier la CHP. Malgré le succès de l’opé­­ra­­tion Wheel Spin, Trudeau a déclaré à qui voulait l’en­­tendre qu’il ne diri­­ge­­rait plus jamais une opéra­­tion d’in­­fil­­tra­­tion. Leader d’un groupe de heavy metal, il se concen­­trait sur la prochaine sortie d’un EP.  « Il lui faut juste un peu de temps pour se détendre », pense Clif­­ford. Et il avait raison. En janvier dernier, Trudeau a été trans­­féré dans une nouvelle unité. Lorsque je lui demande s’il a en tête une autre opéra­­tion de ce genre, il répond avec un sourire : « Sait-on jamais. »

Wheelie
Whee­­lie

Certains noms ont été chan­­gés pour proté­­ger l’iden­­tité des personnes.


Traduit de l’an­­glais par Marc-Antoine Castillo d’après l’ar­­ticle « Gone in 30 Seconds: Motor­­cycle Thieves, Stunt Riders, and One Wild CHP Sting », paru dans Los Angeles Maga­­zine. Couver­­ture : Un biker rené­­gat sur les routes du comté de Los Angeles.

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