par Jamie Maddison | 22 septembre 2016

« Avec le bicen­­te­­naire de la mort de l’ex­­plo­­ra­­teur britan­­nique Mungo Park qui approche, j’ai pensé que ce serait lui rendre un bel hommage que de recréer ses voyages dans l’Afrique de l’Ouest post-colo­­niale. J’ai l’in­­ten­­tion de suivre le parcours tracé pour lui par l’Afri­­can Asso­­cia­­tion en 1795 pour décou­­vrir le fleuve Niger et suivre son cours jusqu’à son delta, inconnu à l’époque. »

Quelques temps après avoir écrit ces mots, Chris Velten a disparu sans lais­­ser de trace. C’était en avril 2003, quelque part près de Bamako, la capi­­tale du Mali. Enfin pas exac­­te­­ment. Treize ans plus tard, plusieurs personnes disent avoir aperçu l’homme aujourd’­­hui âgé d’une quaran­­taine d’an­­nées, vivant et en bonne santé au Kenya, à près de 6 900 km et sept pays de l’en­­droit où il a disparu. Si ces témoi­­gnages sont avérés, comment cet ancien diplômé de zoolo­­gie brillant et charis­­ma­­tique s’est-il retrouvé de l’autre côté du conti­nent afri­­cain ? Qu’a-t-il pu se passer dans les contrées chaudes et sauvages du Mali pour que le jeune homme au regard vif, âgé de 27 ans à l’époque, reste éloi­­gné de sa famille et de ses amis jusqu’à ce jour ? Je me suis penché sur la vie et les ambi­­tions de Chris avant de contac­­ter sa sœur Hannah, qui conti­­nue de recher­­cher son frère à Nairobi. Car désor­­mais, son monde est inex­­tri­­ca­­ble­­ment lié à celui de l’ex­­plo­­ra­­teur perdu.


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Chris Velten pris en photo devant une carte de l’Afrique
Crédits : Sear­­ching for Chris Velten/Face­­book

L’en­­fant du Sussex

Chris­­tian Carl Velten est né le 7 juillet 1975. C’était le second enfant de Tim et Pauline Velten, né 14 mois après sa grande sœur Hannah. Instal­­lés dans le décor idyl­­lique de la campagne du Sussex de l’Est, en péri­­phé­­rie de Wadhurst, les deux enfants ont connu les joies de la vie rurale dans la ferme de la famille. Ils jouaient constam­­ment, suivant des parcours du combat­­tant ou faisant des bonds sur leurs vélos dans la basse-cour, quand ils ne causaient pas du grabuge quelque part autour de la maison – le lot de tous les enfants de la campagne. « Nous parta­­gions la ferme avec mon oncle, donc nous avions nos cousins dans le coin », me raconte Pauline autour d’un café et d’une assiette de biscuits. Nous sommes assis dans sa char­­mante maison située aux abords d’Uck­­field, un autre pate­­lin du Sussex de l’Est. Les dessins de ses enfants sont fière­­ment expo­­sés partout dans la maison. « Mais à part ça, nous étions pas mal coupés du monde… Chris­­tian et moi étions très proches car nous jouions tout le temps ensemble en plus d’être frère et sœur. On se ressem­­blait beau­­coup ; les gens pensaient souvent que nous étions jumeaux. On passait telle­­ment de temps ensem­­ble… » Mais comme c’est souvent le cas avec les enfants, le temps passe trop vite et après l’école primaire, les vies d’Han­­nah et de Chris ont commencé à diver­­ger dras­­tique­­ment.

À l’âge de sept ans, Chris a été admis à la Holme­­wood House School. Au départ, il rentrait les week-ends, puis il est devenu pension­­naire à temps complet. À 11 ans, il est devenu pension­­naire à la Char­­te­­rhouse School, une école privée fondée en 1611 où nombre d’élites anglaises ont étudié – dont Robert Jenkin­­son, Premier ministre du royaume de 1812 à 1827. « On ne se voyait plus beau­­coup après ça », pour­­suit Hannah. « Lorsqu’il rentrait à la maison, quelque chose avait changé en lui… son odeur, ses cheveux… c’était diffé­rent. Ce n’était plus vrai­­ment mon frère. Ça me faisait bizarre. » Hannah a suivi sa route, Chris a suivi la sienne, étudiant la zoolo­­gie à Édim­­bourg, où il a inté­­gré l’équipe de boxe de l’uni­­ver­­sité. Tales of Chris est un blog sur lequel ses proches et ses connais­­sances peuvent évoquer leurs souve­­nirs de l’homme qui a soudai­­ne­­ment disparu de leurs vies. En lisant leurs posts, on prend la mesure de ce qui faisait de Chris un type en or : sa bonne humeur inébran­­lable, son solide sens de l’hu­­mour, sans parler de son tempé­­ra­­ment aven­­tu­­reux. « Il était très doué avec les gens, il avait du charisme », se rappelle Pauline, sa mère. Ancien mannequin, elle est aujourd’­­hui juge de dres­­sage et passion­­née de jardi­­nage. « Quand il entrait dans une pièce, tout le monde retrou­­vait le sourire car il était drôle, il faisait rire les gens. C’était un vrai person­­na­­ge… je dis c’était… C’est un vrai person­­nage. »

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Chris (8 ans) et sa sœur Hannah (9 ans)

Nombreux sont les anciens amis de Chris à faire écho à ces senti­­ments chaleu­­reux, comme son ancien cama­­rade d’Édim­­bourg Char­­lie Cogh­­lan : « Après quelque verres, Chris a parié qu’il était capable de descendre une bouteille de sauce chili. On a versé la sauce dans un verre de vin et Chris l’a bue d’un trait. Il a dû boire des litres de bière et de vin pour calmer la douleur ! Il était complè­­te­­ment bourré quand on est rentré à l’ap­­part’. » Mais Chris n’était pas qu’un simple blagueur. « Je l’ai vu au coude-à-coude avec un type qui a gagné le cham­­pion­­nat de boxe univer­­si­­taire dans sa caté­­go­­rie cette année-là », se rappelle son ancien coloc de l’uni­­ver­­sité Nick Black­­ford. « Le combat ne s’est arrêté que lorsque Chris s’est foulé la cheville. On savait que quelque chose d’in­­croyable se passait, on avait tous arrêté ce qu’on faisait pour regar­­der. Ça n’était jamais arrivé et ça n’est plus arrivé depuis. Il m’a donné l’exemple et j’ai conti­­nué la boxe pendant 15 ans après l’uni­­ver­­sité ensuite. » Hannah a vu les nombreuses facettes du carac­­tère de son frère. « D’un autre côté… » – dit-elle en parlant plus lente­­ment, comme si elle pesait le sens de chaque mot avant de se déci­­der à le pronon­­cer – « Chris pouvait être très buté. Il était très… je ne dirais pas obsédé, mais il pouvait deve­­nir agres­­sif s’il pensait qu’il avait raison. Il était très direct avec les gens, il s’ai­­mait beau­­coup et il aimait avoir le contrôle des événe­­ments ; surtout lorsqu’il voya­­geait. Il était parfois très soli­­taire. »

Pendant les grandes vacances, Chris partait en voyage. Une fois, c’était un tour d’Eu­­rope avec deux amis durant lequel il a fini dans un commis­­sa­­riat bosniaque sous la menace d’une arme, pendant la guerre qui a fait rage dans le pays entre 1992 et 1995 – il était monté dans le mauvais train par erreur. Une autre fois, il a passé un an en Austra­­lie, à travailler comme guide lors de randon­­nées équestres et comme fermier sur une propriété de 400 hectares. Il a conduit le bétail dans les montagnes Bleues pendant deux semaines. Plus tard, il s’est aven­­turé profon­­dé­­ment dans l’out­­back pour entraî­­ner les pur-sang d’un éleveur pour les prépa­­rer aux courses hippiques de Bris­­bane. Sur la route, un violent orage a inondé la région que traver­­sait son bus. Le véhi­­cule s’est noyé dans la boue et les secours ont mis deux semaines à récu­­pé­­rer Chris. Son envie de voya­­ger est deve­­nue plus forte après l’uni­­ver­­sité. Le jeune diplômé en zoolo­­gie a passé l’été 1996 à voya­­ger en Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Bots­­wana et en Nami­­bie avec ses amis. Deux ans après, il a passé 18 mois à explo­­rer 27 îles dans les Antilles. Il y menait des recherches pour les besoins d’un ouvrage détaillé sur la faune cari­­béenne commandé par Penguin Books. À son retour, il a subvenu à ses besoins en servant des pintes dans un bar de Brigh­­ton, mais son contrat est tombé à l’eau. Penguin disait que le texte était trop acadé­­mique, ils voulaient quelque chose de plus simple que les touristes pour­­raient assi­­mi­­ler faci­­le­­ment et empor­­ter partout. Deux ans de travail remisé aux tiroirs, dont il n’a tiré aucun béné­­fice. L’an­­nu­­la­­tion a mis un coup à Chris, qui a alors redou­­blé d’ef­­forts pour se faire un nom, du haut de ses 27 ans. « Je pense qu’a­­près son périple dans les Caraïbes, il avait besoin de faire autre chose », dit Hannah. « D’en­­tre­­prendre un grand projet. Quelque chose de drama­­tique. »

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Chris (à droite) voyage en Europe avec ses amis

Bamako

« Bamako ! J’en ai marre d’en­­tendre parler de cette saleté de Bamako », répon­­dait Pauline à son fils lorsqu’il la seri­­nait avec le voyage de Mungo Park, cet explo­­ra­­teur britan­­nique méconnu. Alors instal­­lée en Cornouailles, Hannah a appris pour la première fois que Chris prévoyait de partir en expé­­di­­tion en Afrique en passant son coup de fil hebdo­­ma­­daire à sa mère – qui y semblait tota­­le­­ment oppo­­sée. Elle avait de bonnes raisons de l’être. En 1795, Park s’em­­barqua dans ce qui était alors l’in­­connu, pour repous­­ser les fron­­tières de l’ex­­plo­­ra­­tion afri­­caine. L’Écos­­sais effec­­tua une périlleuse mission au cours de laquelle il affronta des bandits toua­­regs et peuls avant d’être empri­­sonné quatre mois par les Maures.

La seconde expé­­di­­tion de Park, en 1805, fut plus tragique encore : il se noya dans des rapides à Boussa, au Nige­­ria, à seule­­ment 34 ans. « Ce qui rend ses périples vrai­­ment incroyables, c’est que contrai­­re­­ment à tous les explo­­ra­­teurs qui l’ont succédé, Park voya­­geait seul », a écrit Chris dans une note d’in­­ten­­tion adres­­sée à la maison de produc­­tion pour laquelle il filme­­rait son aven­­ture. « J’ai trouvé l’idée de rele­­ver un tel défi parfai­­te­­ment irré­­sis­­tible. C’est un person­­nage très inspi­­rant et je suis fasciné par les moti­­va­­tions qui l’ont poussé à se lancer dans une mission aussi périlleuse et ambi­­tieuse dans l’in­­connu. Aucun Euro­­péen ne s’était alors embarqué dans une telle aven­­ture. » Il ne fait aucun doute que l’ex­­pé­­di­­tion de Chris était auda­­cieuse. Ce voyage de six mois l’en­­traî­­ne­­rait à travers les contrées les plus sauvages du Séné­­gal, du Mali, du Niger et du Nige­­ria, sur plus de 3 200 km qu’il parcour­­rait à pieds et, pour traver­­ser le fleuve, en pirogue. Juste avant son départ, Hannah est rentrée à la maison (où Chris vivait depuis six mois avec ses parents pour faire des écono­­mies) depuis la Cornouailles pour lui dire au revoir. Elle se rappelle avoir été décon­­te­­nan­­cée de trou­­ver sa chambre dans un tel désordre : des piles de livres, d’ar­­ticles, de cartes et de diction­­naires – tous liés à son voyage – couvraient les moindres recoins de la pièce.

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L’ex­­plo­­ra­­teur en pleine nature

« Il avait méti­­cu­­leu­­se­­ment plani­­fié chaque jour, il n’avait rien laissé au hasard. Malgré ça, maman n’était toujours pas à l’aise avec cette idée », ajoute Hannah. « Mais Chris avait 27 ans. Qu’est-ce qu’on pouvait faire ? On ne pouvait pas l’em­­pê­­cher de partir. »

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On estime à 250 000 le nombre de citoyens britan­­niques qui dispa­­raissent chaque année, dont envi­­ron 425 à l’étran­­ger. De toutes ces personnes, 91 % sont retrou­­vées dans les 48 heures et 99 % des affaires sont clas­­sées au cours de l’an­­née. Mais c’est ce 1 % restant qui divise tant. Certaines dispa­­ri­­tions, comme celles de Lucie Black­­man en 2000 ou de Made­­leine McCann en 2007, font les gros titres et donnent lieu à de longs articles. D’autres, comme celles de Ian Mogford en 1996 et d’An­­gela Reynolds en 2014, font à peine l’ac­­tua­­lité. Malheu­­reu­­se­­ment, c’est ce qui s’est passé avec la dispa­­ri­­tion de Chris.

Au début, personne ne s’est rendu compte qu’il avait disparu : avant son départ le 7 février 2003, il avait prévenu sa famille et ses amis qu’il y avait peu de chance qu’ils aient de ses nouvelles pendant sa traver­­sée des contrées sauvages de l’Afrique de l’Ouest. Un cousin de Tim Velten avait un ami en Gambie, et Chris a passé un week-end chez eux avant que le véri­­table voyage ne commence. C’est la dernière fois qu’un membre de la famille l’a vu. Le voya­­geur n’avait pas emporté de télé­­phone portable pour son voyage – il disait qu’il n’au­­rait pas la possi­­bi­­lité de le rechar­­ger – et pas de GPS. C’était en 2003 et il n’exis­­tait pratique­­ment pas de connexions Inter­­net acces­­sibles dans ces endroits. Il trans­­por­­tait malgré tout de nombreuses batte­­ries pour sa caméra, qui prenaient presque toute la place dans son sac à dos. La maison de produc­­tion avec qui il était en rapport voulait qu’il soit accom­­pa­­gné d’un preneur de son et d’un came­­ra­­man, mais Chris a refusé. Il voulait y aller seul. Où qu’il aille – même dans les profon­­deurs de l’Afrique –, Chris inspi­­rait la bien­­veillance, et beau­­coup d’en­­fants qu’il a rencon­­trés durant ses voyages ont envoyé des lettres à l’adresse des Velten. C’était sa façon de nouer des amitiés et de se faire accep­­ter par les commu­­nau­­tés locales. Quand il tombait par hasard sur un télé­­phone, Chris en profi­­tait toujours pour appe­­ler la maison. Le 23 mars, il a télé­­phoné depuis la ville fron­­ta­­lière de Kita, l’une des capi­­tales de la région de Kayes, dans l’ouest du Mali. Il avait déjà parcouru plus de 1 000 kilo­­mètres. Il appe­­lait pour souhai­­ter un joyeux anni­­ver­­saire à sa mère et à son père, dont les dates de nais­­sance tombaient à deux jours d’écart.

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Chris durant l’été 1996 au Bots­­wana

Il avait l’air d’al­­ler bien. Jusque là, il avait utilisé un âne qu’il avait échangé contre une char­­rette quand le terrain était devenu trop escarpé pour l’ani­­mal. Son arri­­vée à Bamako était prévue quinze jours plus tard. Chris prévoyait de rejoindre ensuite le fleuve Niger, dont il suivrait le cours pendant le reste de son périple jusqu’à la côte nigé­­rienne, à Brass Island. On l’a vu pour la dernière fois une semaine ou deux plus tard, marchant sur la route condui­­sant à Bamako – bien que d’autres témoi­­gnages situent la dernière posi­­tion connue de Chris dans un café, lui aussi en péri­­phé­­rie de Bamako. Il n’y a plus eu de lettres. Plus de coups de télé­­phone.

Au départ, ses proches ne se sont pas inquié­­tés – ils n’at­­ten­­daient pas son appel. Mais au bout de deux mois, ils se sont dit qu’il aurait dû avoir atteint une autre grande ville, peut-être Tombouc­­tou ou Mopti. Son expé­­di­­tion devait prendre fin le 6 juillet, mais Chris n’était pas dans l’avion qui devait le rapa­­trier chez lui, le 22 juillet. L’inquié­­tude s’est lente­­ment muée en anxiété, puis en actes. Ses parents ont contacté le Bureau des Affaires étran­­gères et du Common­­wealth pour deman­­der de l’aide afin de retrou­­ver leur fils disparu. « Pendant tout ce temps, je télé­­pho­­nais à l’of­­fice d’Afrique de l’Ouest du Bureau des Affaires étran­­gères », raconte Pauline au cours d’une longue conver­­sa­­tion télé­­pho­­nique que nous avons eue tard un soir – elle reve­­nait d’une compé­­ti­­tion de dres­­sage. « L’homme à qui je parlais n’ar­­rê­­tait pas de répé­­ter : “Ne vous inquié­­tez pas, madame Velten. Si quoi que ce soit était arrivé, nous le saurions. Le Mali est un endroit sûr, il ne s’y passe jamais rien.” » Les mois qui ont suivi ont plongé la famille dans un mélange de confu­­sion, de peur et de frus­­tra­­tion infi­­nies. Les quelques articles écrits au mois de septembre après la dispa­­ri­­tion de Chris parlent du « cauche­­mar de bureau­­cra­­tie et de silence » des Velten. Ils se sont sentis exclus de la procé­­dure et du dispo­­si­­tif habi­­tuel­­le­­ment employé par l’État dans la recherche de personnes dispa­­rues sur le terri­­toire. Il leur a semblé qu’il n’y avait aucun proto­­cole formel mis en place pour aider à retrou­­ver un citoyen britan­­nique disparu à l’étran­­ger.

Le 16 août, la mère de Chris a télé­­phoné à la police du Sussex. La première chose qu’ils ont faite a été de fouiller la maison de la famille. « Ils nous ont dit que c’était parce que dans la plupart des affaires de personnes dispa­­rues, on les retrouve chez eux. Non mais vous y croyez ? » se désole Pauline. « C’est complè­­te­­ment ridi­­cule. » Vicky Pater­­son a vécu avec Chris durant leur dernière année à l’uni­­ver­­sité. Elle est deve­­nue membre de la campagne Missing in West Africa | Chris­­tian Velten, et a aidé à mettre en ligne le site web. Elle est aussi parve­­nue à entrer en contact avec Violet Diallo, l’an­­cienne vice-consul géné­­ral du Mali, dont le chauf­­feur – un homme du nom de Samake –, allait deve­­nir le premier à se lancer sur les traces de l’ex­­plo­­ra­­teur disparu. Samake s’est rendu à Kita, le dernier endroit où Chris avait été préci­­sé­­ment loca­­lisé. Là-bas, le chauf­­feur a pu retra­­cer le chemin de Chris sur 200 kilo­­mètres vers l’est, aux abords de Bamako, mais la piste s’est arrê­­tée là.

Pauline et Tim ont été mis en contact avec le chef d’un village malien et un sorcier.

À ce moment-là, Tim et Pauline voulaient déses­­pé­­ré­­ment savoir ce qui était arrivé à leur fils. Un ancien offi­­cier gorkha ainsi qu’un autre ex-colo­­ca­­taire de Chris, Sam Rice-Edwards, ont proposé leur aide. Une équipe a été formée et envoyée pour reprendre les choses où Samake les avait lais­­sées. Durant sept semaines, ils ont voyagé à travers le conti­nent, passant par Tombouc­­tou et Gao. Leurs recherches se sont éten­­dues sur plus de 1 120 kilo­­mètres. Ils deman­­daient à tous ceux qu’ils croi­­saient et suivaient souvent des fausses pistes. À un moment du voyage, ils ont vu leurs espoirs ravi­­vés quand ils ont appris qu’un homme blanc voya­­geant seul avait été repéré sur le fleuve, mais il s’est avéré être un Alle­­mand menant sa propre expé­­di­­tion sur le Niger. Personne n’avait vu Chris et l’équipe a fina­­le­­ment été contrainte de rentrer à la maison les mains vides. Quelques mois plus tard, grâce à une série de connexions alam­­biquées parties d’un appel à la station de la BBC locale, Pauline et Tim ont été mis en contact avec le chef d’un village malien et un sorcier. « Il nous a dit : “Je pense qu’il peut retrou­­ver la trace de votre fils” », raconte Pauline. « Est-ce que vous avez quoi que ce soit que je peux utili­­ser pour retrou­­ver sa trace ? Quand Chris­­tian est revenu des Antilles, il s’était laissé pous­­ser les cheveux, un peu comme des dread­­locks mais natu­­rel­­le­­ment bouclés. Quand il a fini par les couper, j’en ai gardé une partie. Et je les ai envoyés à cet homme. » Le chef a quitté son village pendant deux années entières pour traquer les dépla­­ce­­ments de Chris. Ce qu’il y a d’ex­­tra­or­­di­­naire avec cette histoire – à part la durée éton­­nante pendant laquelle un pisteur malien était appa­­rem­­ment prêt à partir à la recherche d’un parfait inconnu –, c’est que la piste de Chris semblait se diri­­ger vers le sud, en Guinée, et non à l’est en direc­­tion du Niger comme c’était supposé être le cas. Le pisteur a donné une infor­­ma­­tion cruciale aux Velten par le biais d’un inter­­­mé­­diaire : Chris aurait été vu dans une gargote au bord de la grande route au sud de Bamako. En parlant au proprié­­taire de cette modeste auberge, le chef a appris qu’un grand groupe de mineurs d’argent avaient fait halte ici avec un Anglais parmi eux, « qui n’était pas leur prison­­nier mais semblait sous leur contrôle ». L’étran­­ger a donné son sac à dos bleu au proprié­­taire, qui l’a montré au chef. Le sac à dos de Chris était bleu lui aussi. Mais ce récit n’a jamais été corro­­boré par d’autres témoins, et Samake n’est pas parvenu à retrou­­ver l’au­­berge en ques­­tion, pas plus que son mysté­­rieux proprié­­taire en posses­­sion du sac à dos bleu d’un voya­­geur anglais. La piste refroi­­dis­­sait une fois de plus. Mais il y a eu d’autres témoi­­gnages.

Un jour, un chauf­­feur de camion de l’as­­so­­cia­­tion Isla­­mic Relief, qui avait vu les photos de Chris diffu­­sées dans la presse, a dit l’avoir possi­­ble­­ment repéré près de Gourma-Rharous, dans la région de Tombouc­­tou. D’après l’ar­­ticle de la BBC : « Le chauf­­feur l’a remarqué depuis quelques mois et il sait qu’il se rend fréquem­­ment au bourg le plus proche pour ache­­ter des boîtes de sardines, après quoi il agit de façon bizarre. » Une autre fois, un homme visi­­tant l’An­­gle­­terre depuis le Mali a dit avoir rencon­­tré Chris person­­nel­­le­­ment, mais il est mort d’une insuf­­fi­­sance rénale avant de pouvoir entrer dans les détails. Au cours d’une confé­­rence de presse à la même époque, Pauline Velten a fait part des espoirs de la famille de retrou­­ver Chris : « Personne ne nous a dit que quoi que ce soit était arrivé à Chris­­tian et nous devons nous accro­­cher à cela. » 1-u4wv7_ofqata2_cmvd9i0gLa Cornouailles est bien loin du Sussex de l’Est – 11 heures de train et un gouffre cultu­­rel. Tandis que les recherches pour retrou­­ver son frère étaient à leur zénith, Hannah se trou­­vait trop éloi­­gnée de l’ac­­tion dans le West Coun­­try, prise par sa propre vie et sa carrière d’au­­teure bour­­geon­­nante. Du fait de la distance, elle a été préser­­vée de la valse cauche­­mar­­desque des hauts et des bas quoti­­diens dont Pauline et Tim ont fait l’ex­­pé­­rience. Les pistes promet­­teuses et les espoirs anéan­­tis, trans­­mis conti­­nuel­­le­­ment par le fax qui vrom­­bis­­sait dans un coin de la maison. « C’est diffi­­cile à expliquer… Maman et papa vivait ça à chaque seconde en étant là-bas », dit-elle. « Leur maison était le QG des opéra­­tions. » « Une fois que les médias s’en désin­­té­­ressent – parce qu’on n’a pas de nouvelles infor­­ma­­tions à leur donner –, les gens ont tendance à penser qu’il est évident qu’il ne revien­­dra pas. Tout le monde s’en va et reprend sa vie. Mais quand vous êtes la famille, la situa­­tion ne vous quitte pas d’une semelle. Vous n’avez nulle part où fuir. » Hannah confesse que pour préser­­ver sa santé mentale, elle a dû se dire que Chris­­tian était mort. « Je me suis même convain­­cue qu’il avait dû être mangé par un hippo­­po­­tame sur le fleuve, car c’était le scéna­­rio le plus facile à accep­­ter. Pas de coupable. »

Le renard et l’étoile

« J’ai réflé­­chi longue­­ment et dure­­ment à ce que je m’ap­­prête à dire… Je détes­­te­­rais vous donner une fausse piste mais je me souviens avoir vu ce visage en 2005, au Ghana… mais il était très maigre et il mendiait ! Il était posté au feu près de ma vieille maison (à Accra, la capi­­tale du Ghana). D’ha­­bi­­tude je les ignore mais c’était inha­­bi­­tuel de voir un mendiant blanc. J’ai baissé ma vitre pour lui deman­­der quel était son problème et il m’a dit qu’il voya­­geait de pays en pays à la recherche de sa famille.

Je lui ai demandé d’où il venait et il m’a dit : “De France, je crois”, mais il parlait avec un accent anglais. Je lui ai demandé pourquoi sa famille était en Afrique et il m’a répondu qu’elle n’y était pas – il me donnait des réponses contra­­dic­­toires et semblait très confus. Il a dit qu’il mendiait pour écono­­mi­­ser et s’ache­­ter un billet pour rentrer chez lui. Ce qui me fait dire que je suis sûre à 80 % que c’était votre frère, c’est ce qu’il disait quand il deman­­dait de l’argent : “Vous êtes chré­­tienne, m’dame ? Pouvez-vous m’ai­­der s’il vous plaît ? Mon nom est Chris­­tian…” »

Ce commen­­taire a été posté sur Sear­­ching For Chris Velten, une page Face­­book créée par Hannah Velten en mars 2016, 13 ans après la dispa­­ri­­tion de Chris et dix ans après la ferme­­ture de leur premier site web. Les raisons pour lesquelles les recherches ont repris après si long­­temps reposent tout autant sur des convic­­tions que sur de nouveaux témoi­­gnages. Elles sont inti­­me­­ment liées à Hannah, qui l’est elle-même étroi­­te­­ment au destin de son frère disparu. Les premières équipes de recherche sont reve­­nues les mains vides, aucun acte de décès n’a jamais été publié pour Chris et il n’y a jamais eu d’en­­ter­­re­­ment. « Le pire dans tout ça, c’est de ne pas pouvoir faire son deuil », dit Hannah, des larmes embuant son regard intense et déter­­miné. « On avait de l’es­­poir, on n’a jamais vrai­­ment pu tour­­ner la page. »

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La photo de Chris aux Antilles

En juillet 2015, elle a orga­­nisé une fête d’an­­ni­­ver­­saire pour les 40 ans de Chris, invi­­tant tous ses amis et sa famille éten­­due pour rendre hommage à l’être cher qui a disparu de leurs vies. Pour elle, ça a été l’élé­­ment déclen­­cheur. Quelques années plus tôt, Hannah était tombée par hasard sur des photos de Chris en faisant du range­­ment sur son ordi­­na­­teur portable. L’une d’elles était une photos de son frère aux Antilles. En sueur, il fixe l’objec­­tif en tenant dans ses mains un serpent de deux mètres. Elle aimait la photo et l’a publiée sur son blog profes­­sion­­nel – un coin tranquille d’In­­ter­­net sur lequel elle montre des exemples de son travail en tant que biographe (une carrière préci­­pi­­tée par le besoin de racon­­ter l’his­­toire de Chris). Un site que peu de gens visitent ou lisent hormis ses clients, ses amis ou sa famille. Avance rapide jusqu’à cette année. Ayant retrouvé espoir, Hannah a décidé de se convaincre à nouveau que Chris était vivant. Ils n’ont après tout jamais reçu de preuve concluante suggé­­rant le contraire. Elle est allée à la radio et a lancé les comptes Twit­­ter et Face­­book de Sear­­ching for Chris.

Cette impul­­sion a ravivé l’in­­té­­rêt de la presse, grâce à laquelle une acti­­viste envi­­ron­­ne­­men­­tale kényane du nom de Raabia Hawa a entendu parler des recherches. Hannah raconte ce qu’il s’est passé ensuite : « Elle a pris contact avec moi via un ami commun et m’a dit : “Je connais les photos que vous avez postées. Celle du garçon avec l’ana­­conda, je l’ai déjà vue. Il y a envi­­ron deux ans, il m’a envoyé une demande d’ami sur Face­­book.” » Hélas, ne le connais­­sant pas, Raabia a supprimé l’in­­vi­­ta­­tion et tous les efforts déployés depuis pour retrou­­ver le compte ont échoué. La signi­­fi­­ca­­tion de cette histoire a mis du temps à infu­­ser. Ce n’est qu’a­­près quelques jours qu’Han­­nah a réalisé que seul Chris aurait pu utili­­ser la photo. Il aurait pu traquer sa famille en ligne, suivre son travail et trou­­ver une bonne photo de lui à utili­­ser sur les réseaux sociaux. Il avait peut-être contacté Raabia pour travailler à nouveau au contact de la faune – un contact utile à avoir si vous cher­­chez à vous établir dans ce genre de vie. 13620302_1762701507337239_2000341776016768466_n Tout d’un coup, des témoi­­gnages de gens l’ayant aperçu ont afflué de Nairobi : on l’avait vu traî­­ner dans les bidon­­villes, sans abris, prêcheur dans un bus, ou entrant dans un hôtel avec une pros­­ti­­tuée. Au début, Hannah était scep­­tique. Elle s’ex­­plique lors d’une conver­­sa­­tion devant une nouvelle cafe­­tière. « Vous savez… » commence-t-elle avant de se reprendre. « Enfin vous ne  pouvez pas savoir, mais lorsque vous perdez quelqu’un, il y a beau­­coup de gens qui vous disent l’avoir vu. C’est la nature humaine. Mais personne ne pouvait me montrer de photo ou de vidéo. Et sans ce genre de preuve, on ne peut rien faire. » Pour­­tant, l’image de Chris vivant et en Afrique est restée vivace dans son esprit. Hannah ne pouvait s’en défaire, surtout après la conver­­sa­­tion avec la femme qui disait l’avoir vu près d’un feu rouge à Accra. « Il est certain que quelqu’un a trouvé Chris au Mali, s’est occupé de lui et l’a orienté dans la bonne direc­­tion, vers le Ghana, où il serait en sécu­­rité [beau­­coup d’ONG sont basées à Accra]. Elle a dit qu’il avait des coups de soleil, qu’il était sale et très maigre, comme s’il venait de sortir de l’hô­­pi­­tal. Quand il s’agit de votre frère… » Hannah s’in­­ter­­rompt. « Je ne peux pas trop y penser, ça me boule­­verse trop. En tout cas, à ce stade, il était dans cet état. » « Ce qui explique pourquoi nous n’avions pas eu de nouvelles », conti­­nue-t-elle. « Certaines personnes pensent que lorsque Chris a disparu, c’était par choix et qu’il a profité du voyage pour se “perdre” et ne pas reve­­nir, s’en­­fuir, je ne sais quoi. On sait qu’il n’au­­rait jamais fait ça, mais ce genre de témoi­­gnages prouvent que quelque chose s’est très mal passé et qu’à un certain point, il a perdu la tête. » En discu­­tant avec Pauline, il est clair que cette histoire est vraie pour toute la famille : Chris a été attaqué, détroussé et frappé à la tête. Il a perdu la mémoire et l’es­­prit. Mais cette version des événe­­ments n’est pas sans faiblesses.

Pour quelle raison une personne ayant été agres­­sée ne se présen­­te­­rait pas à la première ambas­­sade pour deman­­der de l’aide ? Même si Chris avait perdu la mémoire et son bon sens après une terrible agres­­sion aux abords de Bamako, comment inter­­­pré­­ter son voyage de toute évidence bien orches­­tré et sans passe­­port vers le Ghana, puis poten­­tiel­­le­­ment le Kenya, à près de 7 000 km de là ? Le récit se heurte à nouveau un mur, pour Pauline comme pour Hannah, au moment où Chris retrouve la mémoire – ce qui, si l’on croit à l’his­­toire de la demande d’ajout sur Face­­book, doit être arrivé. Pour accep­­ter cela, la famille doit aussi accep­­ter l’idée que Chris sait qui il est, et qu’il a donc déli­­bé­­ré­­ment décidé de ne pas renouer le contact avec son ancienne vie. Tout ceci est bien trop diffi­­cile à conce­­voir pour les Velten. ulyces-explorerlost-01 « J’ai du mal à croire qu’il est au Kenya, pour être honnête », admet Pauline. « Je ne peux pas croire qu’il soit encore en Afrique. S’il est encore vivant, pourquoi reste­­rait-il en Afrique si c’est c’est là qu’il s’est retrouvé coincé ? Je sais que lorsqu’il voya­­geait, il aimait toujours le moment de rentrer à la maison. Hannah semble penser que Chris pour­­rait croire qu’on ne veut plus de lui après tout ce temps, mais je n’y crois pas. Ça ne lui ressemble pas. Je ne sais pas. Personne n’en sait rien », finit-elle par concé­­der. L’es­­pace d’un instant, la fatigue s’im­­misce dans ses paroles mesu­­rées et son raffi­­ne­­ment.  Hannah est plus passion­­née. Le feu de la convic­­tion de savoir son frère vivant brûle en elle. Ces derniers mois, elle a fait publier des appels à se mani­­fes­­ter desti­­nés à Chris dans tous les grands jour­­naux kényans : The Stan­­dard, The Star et The Nation, sans comp­­ter. Aujourd’­­hui, son télé­­phone est toujours allumé, posé contre la fenêtre à l’en­­droit où la récep­­tion est la meilleure, au cas où Chris appel­­le­­rait sur un des deux numé­­ros indiqués dans l’an­­nonce et qui le mettrait en commu­­ni­­ca­­tion avec la British High Commis­­sion à Nairobi, puis avec Hannah. « C’est devenu si person­­nel », dit-elle alors que l’in­­ter­­view touche à sa fin. Nous avons bu beau­­coup de café et je dois prendre un train pour Londres. « J’ai peur de m’être trop inves­­tie dans tout ça. J’ai tout donné. Mais je me dis que si c’est ce que je dois faire pour récu­­pé­­rer Chris, alors… » Elle s’éteint à nouveau. « Je n’ar­­rive pas à croire qu’il ne se mani­­feste pas. Je dois, je dois juste… je ne sais pas. » Je lui demande si elle croit au destin. Hannah prend un moment pour réflé­­chir à ma ques­­tion, la répé­­tant à haute voix pour elle-même, comme si elle réexa­­mi­­nait ces années de manque et de douleur sous un angle nouveau, peut-être cosmique. « Oui », finit-elle par dire. « Je crois que Chris­­tian doit être retrouvé, à présent. Mais à ce stade, je ne sais pas ce que tout cela signi­­fie. Je ne sais pas pourquoi il nous a fallu vivre avec tout cela pendant 13 ans. Si j’y pense trop, ça me met en colère. Mais il y a forcé­­ment une raison, parce que je ne peux pas croire qu’il traver­­se­­rait tout ça pour rien. »

Avant mon départ, Hannah me montre un livre que quelqu’un lui a récem­­ment envoyé, lorsqu’elle a repris les recherches. The Fox and the Star (Le Renard et l’étoile) raconte l’his­­toire de l’ami­­tié entre un renard soli­­taire et l’étoile qui le guide à travers une forêt profonde, dense et incroya­­ble­­ment noire. Une nuit, l’étoile n’est pas là et le renard déses­­péré est forcé de se confron­­ter seul aux ténèbres froides de la forêt. Il se lance dans un périple pour retrou­­ver son amie perdue, vers un lieu bien au-delà du monde qu’il connaît. En route, le regard découvre des bois peuplés de nouveaux amis, de nouvelles aven­­tures, et ce n’est que lorsque l’ani­­mal finit par accep­­ter la dispa­­ri­­tion de son amie et appré­­cier la vie à nouveau que son rêve le plus cher se réalise : un immense et brillant ciel rempli d’étoiles.

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Crédits : cb-smith.com

Les recherches pour Chris Velten se pour­­suivent. Si vous pensez avoir la moindre infor­­ma­­tion sur ce qui est advenu de lui, vous pouvez contac­­ter Hannah via sa page Face­­book : Sear­­ching for Chris Velten.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Explo­­rer Lost », paru dans Love Nature. Couver­­ture : Chris Velten. (Ulyces)


SUR LES PAS D’UN AVENTURIER FRANÇAIS DISPARU EN ALASKA

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François Guenot avait 35 ans, c’était un explo­­ra­­teur et un idéa­­liste. Disparu dans les contrées sauvages d’Alaska, Bren­­dan Borrell est allé sur ses traces.

Le matin du 26 mai 2014, deux biolo­­gistes de l’État d’Alaska étaient à bord d’un hydra­­vion Cessna, comp­­tant les pois­­sons depuis le hublot de l’ap­­pa­­reil. Le pilote les menait à travers la pénin­­sule alas­­kaienne, qui s’avance telle un harpon de terre recourbé vers l’ex­­tré­­mité sud-est de la Russie. Ils étaient main­­te­­nant près de la baie Kami­­shak, sur la côte nord du parc natio­­nal de Katmai.

I. L’aven­­tu­­rier français

Vu d’en haut, le paysage de la pénin­­sule ressemble à un souf­­flé dégou­­li­­nant, un oreiller craquelé et ridé de toun­­dra mous­­seuse, perforé de centaines de lacs pareils à des tâches d’encre. Au loin, les biolo­­gistes pouvaient voir des glaciers se déta­­cher des flancs du mont Douglas, le volcan de 2 140 m qui garde l’un des plus périlleux passages d’eau : le détroit de Cheli­­khov. Aucune route ne mène jusqu’ici, et pour atteindre le village le plus proche, il faut marcher pendant plusieurs jours dans la nature sauvage, à travers une jungle d’aulnes infes­­tée de grizz­­lis.

Photo aérienne de la baie de KamishakCrédits
Photo aérienne de la baie de Kami­­shak

Soudain, l’un des hommes a aperçu les flot­­teurs en liège blancs d’un filet de pêche. « Ouah ! C’est un filet maillant », a crié Glenn Hollo­­well à son compa­­gnon, Ted Otis, par-dessus le vrom­­bis­­se­­ment du moteur. Le filet était tendu en travers de l’em­­bou­­chure d’Amak­­de­­dori Creek, inter­­­di­­sant tout accès. Ils regar­­daient, incré­­dules, cette viola­­tion flagrante des régle­­men­­ta­­tions sur la pêche, dans un endroit où des saumons rouges étaient censés arri­­ver d’ici deux semaines. La mer était remarqua­­ble­­ment calme et le pilote a proposé de faire atter­­rir l’avion. Quand les biolo­­gistes ont débarqué sur la plage, ils ont été accueillis par un homme au large sourire parlant avec un fort accent français. « I am François ! » a-t-il lancé en leur tendant la main. François était un homme sec et musclé, d’en­­vi­­ron 35 ans. Il avait un coup de soleil sur le nez, la barbe hirsute et un bandana était noué autour de son crâne presque chauve. Ses vête­­ments étaient sales et en piteux état, et il empes­­tait un mélange de feu de bois et de sécré­­tions corpo­­relles. On aurait dit un orphe­­lin sauvage, un Petit Prince sorti de la puberté qui aurait passé trop d’an­­nées coincé dans le Sahara. Tandis que François condui­­sait les hommes vers le filet, il leur a dit qu’il venait juste de le rele­­ver et qu’il n’avait attrapé qu’un seul flet étoilé. « Il ne devait pas se rendre compte que c’était illé­­gal », raconte Otis, qui travaille dans la région depuis la fin des années 1980. Otis a expliqué à François qu’il était obligé de confisquer le filet et de rappor­­ter ce qu’il avait vu aux Alaska Wild­­life Troo­­pers, la divi­­sion de la police en charge de la protec­­tion de la faune et de la flore dans l’État. « Vous avez des papiers ? » lui a-t-il demandé.

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