par Loche | 0 min | 9 mai 2016

Toun­­gouska

Le mardi 18 août 2015, la NASA a publié un commu­­niqué de presse inti­­tulé « La Terre n’est mena­­cée par aucun asté­­roïde ». Un gros titre alar­­mant, surtout pour ceux qui igno­­raient qu’une partie de la popu­­la­­tion crai­­gnait sincè­­re­­ment de voir un asté­­roïde percu­­ter la terre… En réalité, les craintes de ces gens étaient telles qu’à force de les voir s’agi­­ter et multi­­plier les articles de blogs, l’agence spatiale la plus respec­­tée de la planète s’est vue contrainte de publier un démenti. « De nombreux blogs affirment, de manière tota­­le­­ment erro­­née, qu’un asté­­roïde entrera en colli­­sion avec la Terre entre le 15 et le 28 septembre 2015 », pouvait-on lire dans le commu­­niqué. Dans les locaux du Jet Propul­­sion Labo­­ra­­tory de Pasa­­dena en Cali­­for­­nie, Paul Chodas, direc­­teur du dépar­­te­­ment NEO dédié à l’étude des objets géocroi­­seurs (Near-Earth Objects), a déclaré le même jour : « Il n’existe aucune donnée scien­­ti­­fique, et pas l’ombre d’une preuve qui porte­­rait à croire qu’un asté­­roïde frap­­pera la Terre à cette période. » D’après le commu­­niqué, le programme d’ob­­ser­­va­­tion des objets géocroi­­seurs de la NASA « affirme n’avoir observé ni asté­­roïde ni aucune comète suscep­­tible d’en­­trer en colli­­sion avec la Terre dans un avenir proche ». gallery-1446238930-chelyabinski-vidHors contexte, cela ressem­­blait à un article tout droit sorti de The Onion ou du Gorafi. Il n’est pas rare que des rumeurs incroyables se propagent, mais il l’est davan­­tage de les voir prendre autant d’am­­pleur, au point que le direc­­teur d’un labo­­ra­­toire scien­­ti­­fique réputé se sente obligé de s’ex­­pri­­mer et de publier un commu­­niqué de presse. Ainsi va pour­­tant l’uni­­vers étrange et méconnu de la défense plané­­taire, au sein duquel une commu­­nauté gran­­dis­­sante de scien­­ti­­fiques mène des recherches et se prépare à l’éven­­tua­­lité qu’un gros caillou venu de l’es­­pace pénètre notre atmo­­sphère et percute la Terre, entraî­­nant la destruc­­tion violente et injuste de notre planète. Histo­­rique­­ment, il y a pour­­tant des raisons de s’inquié­­ter. Au matin du 15 février 2013, les habi­­tants de la ville de Tche­­lia­­binsk en Russie se réveillaient à peine lorsqu’une intense traî­­née de lumière est appa­­rue à l’est et a traversé l’ho­­ri­­zon avant d’ex­­plo­­ser. On a tout d’abord cru à un missile nucléaire, mais il s’agis­­sait d’un asté­­roïde. L’objet mesu­­rait envi­­ron 17 mètres de diamètre et se déplaçait à une vitesse de 67 600 km/h. Grâce à la fric­­tion de l’at­­mo­­sphère, il a chauffé et fini par explo­­ser bien au-dessus du sol. Ce phéno­­mène, que les scien­­ti­­fiques appellent « onde de choc », a fait explo­­ser des fenêtres, s’ef­­fon­­drer des murs et endom­­magé des toitures. Bilan : plus de 1 500 bles­­sés à cause de projec­­tions d’éclats de verre. En son point le plus intense, la lumière émise par l’objet en pleine explo­­sion était 30 fois plus vive que celle du soleil, causant chez certains habi­­tants des brûlures de la peau et de la rétine. Si quelques frag­­ments de roche ont bien fini par s’écra­­ser au sol – notam­­ment un bloc assez lourd pour trans­­per­­cer la couche de glace d’un lac gelé –, 99 % de la masse de l’as­­té­­roïde s’est désin­­té­­grée en vol, libé­­rant une éner­­gie équi­­va­­lente à 500 kilo­­tonnes de TNT. Chaque nuit, de petits frag­­ments de roche venus de l’es­­pace pénètrent notre atmo­­sphère et s’y désin­­tègrent : ce sont les étoiles filantes. Ces frag­­ments dépassent rare­­ment la taille d’un ballon de basket (et souvent, leurs dimen­­sions seraient plutôt compa­­rables à celle d’un grain de sable), mais il arrive que de plus gros objets nous parviennent sans crier gare. Entre 1994 et 2013, le gouver­­ne­­ment des États-Unis a enre­­gis­­tré la forma­­tion de 556 petites boules de feu (plus commu­­né­­ment appe­­lées « bolides ») causées par l’ex­­plo­­sion d’as­­té­­roïdes à la surface de la Terre. La plupart de ces explo­­sions ont eu lieu au-dessus de l’océan et sont donc passées inaperçues. Si l’épi­­sode de Tche­­lia­­binsk est tant resté dans les mémoires, c’est qu’il s’agis­­sait d’un des rares cas où un bolide d’une telle ampleur a survolé, en plein jour, une zone habi­­tée. Des dizaines de camé­­ras embarquées ont immor­­ta­­lisé l’évé­­ne­­ment, contri­­buant à le rendre aussi réel à nos yeux.

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La forêt dévas­­tée de Toun­­gouska

Ce n’était pas la première fois que la Russie se trou­­vait ainsi confron­­tée à des débris spatiaux. Le 30 juin 1908, là encore aux premières heures du jour, un asté­­roïde déchira le ciel aux abords de la rivière Toun­­gouska et causa une explo­­sion spec­­ta­­cu­­laire au-dessus de la taïga sibé­­rienne. Aucun être humain ne se trou­­vait dans les envi­­rons immé­­diats. Plus tard, un homme alors tranquille­­ment assis sur le perron d’un poste de traite, à 65 kilo­­mètres de là, racon­­te­­rait avoir été éjecté de son siège et exposé à une chaleur si intense qu’il avait cru que ses vête­­ments avaient pris feu. Il faudra attendre 19 ans pour qu’en 1927, le conser­­va­­teur de la collec­­tion de météo­­rites du musée de Saint-Péters­­bourg mène une expé­­di­­tion scien­­ti­­fique et tente pour la seconde fois de traver­­ser la forêt sauvage. En arri­­vant enfin sur le site, ils décou­­vrirent que 2 000 kilo­­mètres carrés de forêt semper­­vi­­rente avaient été entiè­­re­­ment rasés. Plus de 80 millions d’arbres fauchés repo­­saient au sol, étalés en cercles concen­­triques s’éloi­­gnant peu à peu de l’épi­­centre. L’as­­té­­roïde de Toun­­gouska était d’une taille bien supé­­rieure à celui de Tche­­lia­­binsk. Les scien­­ti­­fiques estiment qu’il mesu­­rait envi­­ron 36 mètres de diamètre, pesait près de 100 000 tonnes et se déplaçait à une vitesse de 54 000 km/h lorsqu’il explosa dans la basse atmo­­sphère, libé­­rant une éner­­gie équi­­va­­lente à 185 bombes d’Hi­­ro­­shima. Les baro­­mètres perçurent l’onde de choc jusqu’en Angle­­terre. Plus tard, des indi­­vi­­dus habi­­tant à des kilo­­mètres du site racon­­tèrent comment « le ciel s’était ouvert en deux » et qu’un « grand feu » semblait s’être déclaré, suivi d’une déto­­na­­tion assour­­dis­­sante. Comme l’a un jour déclaré Don Yeomans, ancien direc­­teur du dépar­­te­­ment NEO de la NASA et ancien collègue de Paul Chodas : « Pour lancer une discus­­sion sur les asté­­roïdes, rien de plus facile : il suffit de pronon­­cer le mot Toun­­gouska. »

Morris­­son

L’as­­té­­roïde de Toun­­gouska aurait pu raser une ville de la taille de Londres et ses envi­­rons. Pour­­tant, la pers­­pec­­tive de voir cette menace se concré­­ti­­ser dans un avenir proche n’inquiète pas grand monde. La fréquence à laquelle de gros asté­­roïdes viennent entrer en colli­­sion avec la Terre reste plutôt faible et la majeure partie de notre planète reste inha­­bi­­tée, puisqu’elle est recou­­verte à 71 % d’eau. Ainsi, même si un asté­­roïde de taille supé­­rieure appa­­rais­­sait soudai­­ne­­ment, il aurait peu de chances de mena­­cer la civi­­li­­sa­­tion. Cela étant, l’avis des scien­­ti­­fiques concer­­nant les asté­­roïdes a beau­­coup évolué au cours des dernières décen­­nies et nous avons pris conscience de plusieurs choses. D’une part, les impacts de corps célestes font partie inté­­grante de la vie au sein du système solaire. D’autre part, si l’on fait des prévi­­sions à très long terme, il s’avère que des objets bien plus gros que Toun­­gouska – qui pour­­raient raser des régions entières, voire détruire l’hu­­ma­­nité – parcourent l’es­­pace en ce moment même et fini­­ront bien par entrer en colli­­sion avec la Terre, dans 500, 10 000 ou un million d’an­­nées. À moins que nous ne repé­­rions ces menaces par avance afin de les étudier et de tenter de les parer si besoin. L’in­­ci­dent de Tche­­lia­­binsk aura permis de capter momen­­ta­­né­­ment l’at­­ten­­tion du monde. Au Capi­­tole, le comité scien­­ti­­fique de la Chambre des repré­­sen­­tants a convoqué une audience et demandé au géné­­ral William Shel­­ton d’ex­­pliquer, entre autres, si un tel événe­­ment aurait pu être prédit. Shel­­ton, chef d’État-Major de la force spatiale de l’US Air Force, a répondu que cet axe de recherche avait reçu trop peu de finan­­ce­­ments. « Que pouvons-nous faire dans l’im­­mé­­diat ? » lui a demandé le président du comité. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que si quoi que ce soit devait arri­­ver dans trois semaines, il ne nous reste­­rait plus qu’à prier. En trois semaines, je ne pour­­rais rien faire du tout, car cela fait des décen­­nies qu’on remet cette ques­­tion à plus tard. »

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David Morri­­son
Crédits : NASA

Défense plané­­taire. C’est sous cette appel­­la­­tion que le public connaît le mieux cette mission dont le but est de repé­­rer les menaces d’as­­té­­roïdes et de mettre en place des moyens pour les déjouer. Son origine remonte à 1994, lorsque les astro­­nomes ont observé avec horreur la gigan­­tesque comète Shoe­­ma­­ker-Levy 9 écla­­ter en 22 frag­­ments qui, l’un après l’autre, sont entrés en colli­­sion avec Jupi­­ter. Chaque morceau de la comète a percuté l’at­­mo­­sphère de Jupi­­ter dans une explo­­sion spec­­ta­­cu­­laire, lais­­sant dans sa couche nuageuse une cica­­trice plus large que la Terre. Pour la première fois, l’hu­­ma­­nité obser­­vait une colli­­sion entre deux corps du système solaire. Si la comète avait percuté la Terre plutôt que Jupi­­ter… Disons simple­­ment que vous ne liriez pas ces lignes à l’heure qu’il est. « Cet événe­­ment a fait office de signal d’alarme », explique David Morri­­son. « D’ailleurs, la sortie deux ans plus tard de Deep Impact et d’Ar­­ma­­ged­­don n’a rien d’une coïn­­ci­­dence. » Cher­­cheur en chef pour la NASA au sein du Ames Research Center de Moun­­tain View, en Cali­­for­­nie, Morri­­son fait office de baro­­mètre de la menace asté­­roïde. Il suffit d’ob­­ser­­ver cet homme au regard de limier, cerclé de lunettes à monture métal­­lique, pour comprendre l’his­­toire de la défense plané­­taire. Il y a une tirade célèbre dans le milieu : « Quand on a commencé à s’in­­té­­res­­ser à ces ques­­tions, l’équipe au complet aurait été tout juste suffi­­sante pour faire tour­­ner un McDo. » Au cours de mes entre­­tiens, je l’ai enten­­due de la bouche de trois personnes. Cette tirade, c’est celle de Morri­­son. « Je crois que la phrase exacte faisait mention d’un seul service dans un McDo­­nald’s, mais je suis sûr qu’on en est à trois aujourd’­­hui », clari­­fie-t-il lors de notre rencontre dans un salon à l’am­­biance tami­­sée de l’Ames Research Center. C’est l’hy­­po­­thèse d’Al­­va­­rez, comme on l’ap­­pelle, qui a tout d’abord attiré l’at­­ten­­tion de Morri­­son en 1980. Cette hypo­­thèse appor­­tait une réponse plau­­sible à un mystère pour le moins ancien : l’ex­­tinc­­tion des dino­­saures. Leur dispa­­ri­­tion serait due à l’im­­pact d’un asté­­roïde géant dans la pénin­­sule du Yucatán au Mexique, il y a 65 millions d’an­­nées. Mesu­­rant entre 10 et 15 kilo­­mètres de diamètre, l’objet aurait libéré une éner­­gie un milliard de fois plus destruc­­trice que les bombes atomiques d’Hi­­ro­­shima et Naga­­saki. Sa taille et sa vitesse étaient telles qu’il s’est enfoncé de 30 kilo­­mètres dans la surface de la Terre avant d’ex­­plo­­ser, anni­­hi­­lant tout être vivant à des milliers de kilo­­mètres à la ronde. (Selon certaines théo­­ries, il se serait écoulé envi­­ron 3 minutes entre cette première explo­­sion et la dispa­­ri­­tion des dino­­saures au Canada.) En outre, l’ex­­plo­­sion aurait projeté d’énormes quan­­ti­­tés de terre, de roche, de vapeur et de flammes dans l’at­­mo­­sphère, assom­­bris­­sant le ciel au point que pendant deux ans, aucun rayon de soleil n’a atteint la surface de la planète.

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Le cratère de Barrin­­ger en Arizona
Crédits : USGS/D

Les géologues et les astro­­phy­­si­­ciens ont depuis long­­temps établi le lien entre les cratères et les chutes d’as­­té­­roïdes, explique Morri­­son. Ces impacts sont visibles chaque soir à la surface de la lune, et il en existe des dizaines sur la Terre, tel que le célèbre cratère Barrin­­ger en Arizona, profond de 170 mètres. « Par contre, le fait qu’un de ces impacts ait pu engen­­drer une extinc­­tion massive et alté­­rer l’évo­­lu­­tion biolo­­gique… Ça, personne n’y avait pensé avant la décou­­verte d’Al­­va­­rez. » Pour­­tant, il a fallu attendre plusieurs années avant que la commu­­nauté spatiale au sens large ne prenne le sujet au sérieux, et aujourd’­­hui encore, beau­­coup restent scep­­tiques. « Pendant long­­temps, le “facteur humo­­ris­­tique” a été l’une des expres­­sions employées le plus couram­­ment parmi nous : dès que nous parlions de se “proté­­ger des chutes d’as­­té­­roïdes”, on ne nous prenait pas au sérieux. » En 1988, Morri­­son a co-écrit avec Clark Chap­­man, cher­­cheur en sciences spatiales, l’ou­­vrage Cosmic Catas­­trophes, dont le but était d’ex­­pliquer en des termes simples mais néan­­moins sérieux que la menace asté­­roïde était une réalité. D’après Morri­­son et Chap­­man, il s’agis­­sait, en prin­­cipe, d’un problème soluble. Trois ans plus tard, le Congrès deman­­dait à la NASA d’étu­­dier (sous la direc­­tion de Morri­­son) les risques d’im­­pact et, en juillet 1994, la comète Shoe­­ma­­ker-Levy 9 a fait parler d’elle dans les jour­­naux du monde entier. Enfin, en 1998, le Congrès s’est décidé à légi­­ti­­mer la ques­­tion et a demandé à la NASA d’iden­­ti­­fier 90 % des asté­­roïdes dont le diamètre dépas­­se­­rait un kilo­­mètre, seuil au-delà duquel on consi­­dère qu’un objet pour­­rait détruire une part impor­­tante de notre planète – à défaut d’éra­­diquer l’hu­­ma­­nité tout entière. À l’époque, on ne devait pas avoir réper­­to­­rié plus de 50 objets de cette taille. L’enquête de la NASA, connue sous le nom de Space­­guard Survey, avait pour but de complé­­ter cette liste. L’enquête était rela­­ti­­ve­­ment simple à mettre en œuvre. Il suffi­­sait de monter des appa­­reils photo sur des téles­­copes terrestres et de photo­­gra­­phier le ciel de nuit pour mettre en évidence des corps lumi­­neux en mouve­­ment par rapport aux étoiles connues. Cet objec­­tif de 90 % a été atteint en 2005. Aujourd’­­hui, on dénombre plus de 12 000 objets géocroi­­seurs (ou Near Earth Objects, NEO) cata­­lo­­gués dans une base de données publique qui regroupe d’autres données critiques à leur sujet, notam­­ment la trajec­­toire de leur orbite. gallery-1445982955-jupiterLe simple fait d’avoir iden­­ti­­fié ces meur­­triers poten­­tiels a permis à la commu­­nauté spatiale de réduire sensi­­ble­­ment le risque de catas­­trophe plané­­taire. Cela ne veut pas dire qu’au­­cun de ces asté­­roïdes géants ne vien­­dra croi­­ser l’or­­bite de la Terre dans les cent ou les mille ans à venir, mais cela signi­­fie que nous le verrons venir suffi­­sam­­ment long­­temps à l’avance pour avoir une chance de faire quelque chose. Malheu­­reu­­se­­ment, ce n’est pas la seule menace qui pèse sur notre planète. « C’est une chose de pouvoir dire que dans les cent années à venir, aucun asté­­roïde ne va nous percu­­ter et causer une catas­­trophe plané­­tai­­re… C’en est une autre d’ad­­mettre qu’il existe des centaines de milliers d’as­­té­­roïdes assez gros pour rayer une ville entière de la carte », ajoute Morri­­son. Ceux-là restent encore trop diffi­­ciles à détec­­ter, et c’est sans parler des objets plus petits mais néan­­moins dange­­reux, comme celui qui a explosé au-dessus de Tche­­lia­­binsk. « Comme le dit Don Yeomans », pour­­suit Morri­­son en citant l’un des gourous du Jet Propul­­sion Labo­­ra­­tory : « La première étape, c’est de les trou­­ver. La deuxième, c’est de les trou­­ver. La troi­­sième, c’est de les trou­­ver. Après, on peut passer au reste : calcu­­ler les orbites, prédire les impacts, imagi­­ner des façons de les dévier… Mais si vous ne les avez pas trou­­vés en premier lieu, le reste ne sert à rien. »

Mission Senti­­nel

L’Aca­­dé­­mie des sciences de Cali­­for­­nie est un muséum d’his­­toire natu­­relle qui a pour mission « d’ex­­plo­­rer, expliquer et préser­­ver la vie sur Terre », explique Ryan Wyatt. Direc­­teur du Morri­­son Plane­­ta­­rium, c’est sur une petite estrade instal­­lée dans l’atrium du musée que Wyatt inau­­gu­­rait Aste­­roid Day, la toute première jour­­née mondiale des asté­­roïdes, au matin du 30 juin 2015. « Diffi­­cile d’ima­­gi­­ner que la vie telle que nous la connais­­sons puisse être mena­­cée par quelque chose de plus dange­­reux qu’un asté­­roïde gravé à notre nom. À votre arri­­vée, vous êtes passés devant un sque­­lette de T-Rex qui vous a souhaité la bien­­ve­­nue… Comme vous le savez, les dino­­saures ont eu quelques problèmes avec le leur, d’as­­té­­roïde. » Conçu pour atti­­rer l’at­­ten­­tion sur la ques­­tion de la défense plané­­taire, Aste­­roid Day a néces­­sité plus d’un an de prépa­­ra­­tifs et mobi­­lisé toute une coali­­tion de scien­­ti­­fiques et de person­­na­­li­­tés de l’in­­dus­­trie spatiale qui n’en pouvaient plus d’at­­tendre une action du gouver­­ne­­ment améri­­cain. L’objec­­tif de cette jour­­née était de faire de la publi­­cité ainsi que de présen­­ter le mouve­­ment 100X qui, sous la forme d’une péti­­tion, invite le monde à agir et à multi­­plier par 100 notre capa­­cité à détec­­ter des asté­­roïdes. Wyatt a ensuite cédé la parole à Rusty Schwei­­ckart, ancien astro­­naute au sein du programme Apollo et cofon­­da­­teur de l’As­­so­­cia­­tion des explo­­ra­­teurs de l’es­­pace ainsi que de la Fonda­­tion B612, l’un des prin­­ci­­paux spon­­sors de Aste­­roid Day. gallery-1446048052-bennu-3-1024 « On m’a demandé de vous faire un cours d’in­­tro­­duc­­tion sur les asté­­roïdes », annonce Schwei­­ckart en plai­­san­­tant. Premier homme à tester le module lunaire dans l’es­­pace, Schwei­­ckart a pour­­tant la noncha­­lance d’un direc­­teur d’école tout droit sorti d’une sitcom, et il arbore une remarquable cheve­­lure blanche qui lui donne un air de géné­­ral de la guerre d’in­­dé­­pen­­dance des États-Unis. L’an­­cien astro­­naute dresse alors un bref histo­­rique du système solaire et explique que les asté­­roïdes sont des frag­­ments de maté­­riaux plané­­taires qui, pour diverses raisons, « ne sont jamais parve­­nus à s’as­­sem­­bler pour former des planètes ». La plupart se situent dans une gigan­­tesque cein­­ture aux confins de notre système solaire, mais parfois, la force de gravité de Jupi­­ter en détourne certains et les rapproche sensi­­ble­­ment de la Terre, si bien qu’ils croisent quelque­­fois l’or­­bite de notre planète. Les asté­­roïdes de la taille de celui qui a fait dispa­­raître les dino­­saures ne sont pas une menace, assure-t-il ensuite à son audi­­toire. « Il n’en existe que dix et aucun ne menace de percu­­ter la Terre. » Même des objets larges de plusieurs centaines de mètres ne devraient pas nous inquié­­ter, car ils ne frappent la Terre que tous les 300 000 ans envi­­ron. Ceux qui inquiètent véri­­ta­­ble­­ment Schwei­­ckart et les autres insti­­ga­­teurs d’As­­te­­roid Day, ce sont ceux de la même taille que l’as­­té­­roïde qui a frappé la Sibé­­rie en 1908. À n’im­­porte quelle époque, « il y a 20 % de chances pour qu’un asté­­roïde semblable à celui de Toun­­gouska nous percute. À moins que nous ne nous en rendions compte à l’avance et que nous puis­­sions l’ar­­rê­­ter. » À l’ori­­gine, Aste­­roid Day a été imaginé par le réali­­sa­­teur Grigo­­rij Rich­­ters et le docteur Brian May, un astro­­phy­­si­­cien plus connu du public pour ses perfor­­mances de guita­­riste au sein du groupe Queen. (Oui, vous avez bien lu.) Comme ils se trou­­vaient tous les deux à Londres pour orga­­ni­­ser leur propre événe­­ment, c’est Ed Lu qui a dû animer la jour­­née à San Fran­­cisco. Astro­­naute à la retraite, Lu a pris part à deux missions de la navette spatiale améri­­caine et a passé six mois dans la Station spatiale inter­­­na­­tio­­nale. Depuis son plus jeune âge, le mystère de la dispa­­ri­­tion des dino­­saures le fascine. Il se souvient de son livre préféré dans les moindres détails : il était rempli de « formi­­dables illus­­tra­­tions de dino­­saures » et se termi­­nait sur un cliff­­han­­ger : « Qu’est-ce qui a fait dispa­­raître les dino­­saures ? Nous l’igno­­rons. » Ce n’est que plus tard que l’hy­­po­­thèse d’Al­­va­­rez a répondu à cette ques­­tion. « Après ça, j’ai eu la chance d’al­­ler dans l’es­­pace et de voir les cratères de la Lune. On peut même voir des cratères sur la surface de la Terre, depuis là-haut. Et là, on tombe à la renverse. »

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Lance Benner
Crédits : Plane­­tary Defense Confe­­rence

En 2001, peu après les atten­­tats du 11 septembre, Lu et son ami Piet Hut, célèbre astro­­phy­­si­­cien de Prin­­ce­­ton, ont décidé de rassem­­bler des cher­­cheurs pour discu­­ter des risques liés aux asté­­roïdes et des solu­­tions éven­­tuelles. Ils ont convié un petit groupe de collègues triés sur le volet, dont Rusty Schwei­­ckart faisait partie, au John­­son Space Center de Hous­­ton. Sur le papier, cela n’avait rien de glamour : la réunion devait se tenir un week-end et les parti­­ci­­pants devaient tout payer de leur poche. Lu s’en souvient encore : « J’avais réservé une salle de confé­­rence et je leur avais dit : “Si chacun de vous contri­­bue, on pourra ache­­ter des beignets et du café.” Pour­­tant, tous ceux que nous avions invi­­tés ont répondu présent. » C’est lors de cette réunion que la Fonda­­tion B612 a vu le jour, avec à sa tête Ed Lu, Rusty Schwei­­ckart et Piet Hut. Le groupe doit son nom à l’as­­té­­roïde dont était origi­­naire le Petit Prince, célèbre person­­nage du conte pour enfants. Pendant les dix années qui ont suivi, les membres de la fonda­­tion – qui avaient tous d’autres occu­­pa­­tions à côté – ont déve­­loppé des concepts et mené des recherches pour déter­­mi­­ner comment la tech­­no­­lo­­gie pour­­rait permettre de faire face à cette menace. En 2012, Lu a donné une présen­­ta­­tion sur la défense plané­­taire dans les locaux de Google, où il diri­­geait le dépar­­te­­ment des tech­­no­­lo­­gies avan­­cées. Après avoir posé les bases de la menace, il a expliqué qu’on ne pouvait dévier ce qu’on ne pouvait voir et que la chose la plus impor­­tante à faire pour proté­­ger la Terre des asté­­roïdes, c’était d’en­­voyer dans l’es­­pace un téles­­cope infra­­rouge opti­­misé pour repé­­rer et iden­­ti­­fier les objets dange­­reux. Malheu­­reu­­se­­ment, aucun projet de ce type n’exis­­tait. Quelqu’un dans l’as­­sis­­tance lui a alors posé une ques­­tion qui a changé le cours de ses recherches : « Pourquoi vous ne vous en char­­gez pas, vous ? » Ce soir-là, Lu a appelé Schwei­­ckart et les objec­­tifs de B612 ont profon­­dé­­ment changé : désor­­mais, le groupe solli­­ci­­te­­rait acti­­ve­­ment des finan­­ce­­ments privés pour déve­­lop­­per un téles­­cope infra­­rouge spatial et, à terme, pour le mettre en orbi­­te… Le plus tôt serait le mieux. Ce projet a été baptisé « Mission Senti­­nel ».

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Le Large Synop­­tic Survey Teles­­cope (LSST)
Crédits : LSST Obser­­va­­tory

D’ici dix ans, avec le finan­­ce­­ment adéquat, Lu estime que les scien­­ti­­fiques pour­­ront détec­­ter long­­temps à l’avance tous les objets géocroi­­seurs qui risquent de percu­­ter la Terre, même ceux de la taille de l’as­­té­­roïde de Toun­­gouska. « C’est le Saint Graal », m’a-t-il confié pendant une pause durant Aste­­roid Day. Pour y parve­­nir, il faudra envoyer un téles­­cope infra­­rouge dans l’es­­pace (soit Senti­­nel, soit un projet concur­rent de la NASA appelé NEOCam) et, en paral­­lèle, instal­­ler un téles­­cope géant connu sous le nom de Grand Téles­­cope d’étude synop­­tique (LSST, Large Synop­­tic Survey Teles­­cope) actuel­­le­­ment en construc­­tion au Chili et dont la mise en service est prévue pour 2020. Bien que l’objec­­tif du projet Senti­­nel soit noble, on lui reproche surtout d’être un véri­­table gouffre finan­­cier. Sur dix ans, les coûts de concep­­tion, de construc­­tion, de lance­­ment et de fonc­­tion­­ne­­ment du téles­­cope spatial sont esti­­més à 450 millions de dollars. Par ailleurs, l’équipe d’Ed Lu a eu du mal à lever des fonds : à l’au­­tomne 2015, ils n’avaient récolté que 10 millions de dollars. À moins qu’un événe­­ment ne vienne susci­­ter un élan d’in­­té­­rêt ines­­péré pour le projet – disons, la destruc­­tion du Capi­­tole par un asté­­roïde qu’on n’au­­rait pas vu venir –, ce chiffre a peu de chances d’aug­­men­­ter. Les diffi­­cul­­tés de B612 à trou­­ver des finan­­ce­­ments ont fait couler beau­­coup d’encre au cours de l’an­­née 2015, mais Lu ne perd pas espoir. « Dans n’im­­porte quel projet, c’est toujours au début que se situent les plus gros risques, quand on n’a qu’un capi­­tal infor­­mel », explique-t-il. Senti­­nel dispose d’un modèle tout à fait réali­­sable, de conseillers et d’in­­gé­­nieurs très compé­­tents, ainsi que d’un parte­­naire indus­­triel, Ball Aeros­­pace, qui est en mesure de construire le téles­­cope. Dans le contexte des budgets natio­­naux, les sommes mises en jeu sont déri­­soires. « Le budget annuel de la NASA dépasse les 18 milliards de dollars. Cela signi­­fie qu’au cours des dix prochaines années, la NASA va dépen­­ser au moins 180 milliards. Nous parlons d’à peine 1 % de ce chif­­fre… La NASA dépense sûre­­ment davan­­tage en café et en beignets. »

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Edward T. Lu
Crédits : NASA

Bref coup d’œil à sa montre. La pause touchait à sa fin et il souhai­­tait retour­­ner à l’étage pour discu­­ter avec l’in­­ter­­ve­­nant suivant. « Quand nous avons commencé à parler des asté­­roïdes en 2001, personne d’autre ne s’in­­té­­res­­sait à ces ques­­tions. Nous ne faisions que parler dans le vide. Voyez où nous en sommes aujourd’­­hui : le LSST est entiè­­re­­ment financé et prêt à passer à l’étape suivante. Senti­­nel n’exis­­tait même pas, à l’époque. Tout cela est très récent. » En tant qu’as­­tro­­naute, Lu dispose d’une certaine crédi­­bi­­lité. C’est un homme brillant et respecté par ses collègues. Le mouve­­ment dont il s’est fait le porte-parole et la figure de proue béné­­fi­­cie gran­­de­­ment de ses quali­­tés. Son opti­­miste inébran­­lable consti­­tue l’un de ses atouts majeurs, même lorsqu’il paraît infondé. « Je suis sûr que les recherches dans le domaine avancent bien », dit-il. « Les choses n’avancent pas aussi vite qu’on le voudrait évidem­­ment, on préfé­­re­­rait que tout soit prêt pour hier. Mais la vérité, c’est que quelque chose pour­­rait très bien s’écra­­ser sur nous après-demain… C’est juste qu’on ne le sait pas encore. » Des mots pronon­­cés sans la moindre trace d’af­­fo­­le­­ment, avec un sourire. « À mes yeux, c’est l’oc­­ca­­sion de faire un pas en avant en tant qu’es­­pèce humai­­ne… En tant que civi­­li­­sa­­tion », déclare-t-il. « Pensez-y : nous allons modi­­fier le système solaire pour éviter les impacts d’as­­té­­roïdes. Pour moi, c’est une occa­­sion d’al­­ler de l’avant. » Dix minutes plus tard, il était de retour sur scène pour clore la mati­­née. « Le message qu’As­­te­­roid Day veut faire passer n’est pas un message de peur », annonce-t-il à l’as­­sem­­blée. « C’est plutôt l’idée que nous avons le pouvoir d’agir. En un siècle, nous pouvons faire énor­­mé­­ment de progrès et passer du tout premier vol spatial habité à une réor­­ga­­ni­­sa­­tion du système solaire pour éviter les impacts d’as­­té­­roïdes. » Avec un sourire, il laisse cette idée faire son chemin. « La Terre aura connu deux grandes phases : une première phase d’im­­pacts aléa­­toires, qui aura duré 4 milliards d’an­­nées. » Les dino­­saures n’y ont pas survécu. « Et la phase à venir, au cours de laquelle une espèce aura décidé de ne plus lais­­ser les asté­­roïdes frap­­per sa planète. Grâce aux hommes, à la tech­­no­­lo­­gie et à la science, c’est tout à fait possible. C’est cela, l’enjeu d’As­­te­­roid Day. »

Pendant ce temps, à la NASA…

yNkPVJBien que l’ef­­fer­­ves­­cence semble surtout prove­­nir du secteur privé, c’est bien à la NASA qu’on doit la plupart des avan­­cées visant à proté­­ger la Terre des explo­­sions de rochers venus de l’es­­pace. L’enquête Space­­guard, comman­­di­­tée à l’ori­­gine par le Congrès pour loca­­li­­ser tous les objets géocroi­­seurs de plus d’un kilo­­mètre de diamètre, est depuis deve­­nue une faction à part entière au sein de l’agence, qui se consacre à l’amé­­lio­­ra­­tion des défenses de notre planète. Ses acti­­vi­­tés sont surtout concen­­trées au Jet Propul­­sion Labo­­ra­­tory (JPL), sur les collines ombra­­gées de Pasa­­dena en Cali­­for­­nie. C’est là que Paul Chodas dirige le dépar­­te­­ment d’étude des objets géocroi­­seurs, un modeste dédale de bureaux dont la devise est la suivante : « Garder un œil sur les cailloux de l’es­­pace. » Chodas ressemble à une version plus âgée de Sam Neill, l’ac­­teur néo-zélan­­dais qui tient le rôle du père dans Juras­­sic Park. De son bureau recou­­vert de livres sur les asté­­roïdes et les comètes, il a vue sur un parc boisé. Notre rencontre a eu lieu quelques semaines après Aste­­roid Day, auquel il n’a pas pris part car selon lui, la péti­­tion 100X « manque cruel­­le­­ment de réalisme et n’est proba­­ble­­ment pas néces­­saire ». Plutôt que de s’at­­ta­­cher à trou­­ver « des millions d’objets géocroi­­seurs », m’ex­­plique-t-il, « il vaudrait mieux se concen­­trer sur les asté­­roïdes poten­­tiel­­le­­ment dange­­reux » – aussi appe­­lés PHA. Cela fait main­­te­­nant 20 ans qu’il étudie ces objets, après qu’un astro­­nome d’Ari­­zona a repéré l’as­­té­­roïde XF11 en 1997. Celui qui diri­­geait alors le Minor Planet Center avait affirmé que l’as­­té­­roïde « nous frôle­­rait de très près » en 2028 et que le risque d’im­­pact était à envi­­sa­­ger. Cette décla­­ra­­tion a causé un bref tumulte et même fait la une du New York Times, mais plusieurs astro­­nomes, parmi lesquels se trou­­vait Chodas, ont refait les calculs et déclaré que le risque était nul. Cet inci­dent a pour­­tant amené la NASA à créer un dépar­­te­­ment dédié à la recherche des objets géocroi­­seurs, qui servi­­rait égale­­ment de réfé­­ren­­tiel pour toutes les données rela­­tives aux asté­­roïdes iden­­ti­­fiés. (Et qui aurait la respon­­sa­­bi­­lité de s’ex­­pri­­mer chaque fois qu’une bande de givrés commen­­ce­­rait à faire des remous sur la toile et à craindre un impact d’as­­té­­roïde imagi­­naire, comme cela a été le cas en août dernier.) Le dépar­­te­­ment d’étude des objets géocroi­­seurs (NEO Office) a ouvert ses portes en 1999. Depuis, ce programme de la NASA a déve­­loppé la plupart des outils et logi­­ciels qui permettent de trou­­ver, suivre et contrô­­ler les objets géocroi­­seurs connus. Jusqu’en 2006, la plupart des décou­­vertes ont été faites via LINEAR, le projet de recherche d’as­­té­­roïdes géocroi­­seurs du labo­­ra­­toire Lincoln (Lincoln Near-Earth Aste­­roid Research network), en recy­­clant des dizaines de téles­­copes opto­é­lec­­tro­­niques de l’Air Force déve­­lop­­pés pour la surveillance spatiale pendant la guerre froide, et en les utili­­sant pour chas­­ser les asté­­roïdes à la place. Depuis, c’est le Cata­­lina Sky Survey en Arizona qui occupe la première place, mais le téles­­cope Pan-STARRS d’Ha­­waï occupe un rôle de plus en plus impor­­tant.

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Le Cata­­lina Sky Survey
Crédits : Univer­­sity of Arizona

Repé­­rer un nouvel asté­­roïde ne suffit pas. Pour que cette obser­­va­­tion soit utile, il faut suivre l’or­­bite de l’objet afin de déter­­mi­­ner sa trajec­­toire dans le futur et ses chances de rencon­­trer la Terre. Les rencontres rappro­­chées ne sont pas des phéno­­mènes uniques : un asté­­roïde qui nous manque de peu revien­­dra de nouveau nous frôler dans le futur, peut-être même dans un futur très loin­­tain. Au début, les calculs de ces orbites devaient être faits à la main ; aujourd’­­hui, ils sont auto­­ma­­ti­­sés. Les décou­­vertes faites chaque nuit sont trans­­mises au Minor Planet Center de l’Union astro­­no­­mique inter­­­na­­tio­­nale, un dépar­­te­­ment de cinq personnes établi à Harvard qui se présente comme « le système nerveux central de la détec­­tion d’as­­té­­roïdes dans le système solaire ». C’est là que les données sont rassem­­blées et compa­­rées avec celles préexis­­tantes, et s’il s’avère que l’objet est bel et bien une nouvelle décou­­verte, on lui attri­­bue un nom et on calcule une première trajec­­toire d’or­­bite. L’objet est ensuite ajouté à une base de données publique. Au rythme actuel, le Minor Planet Center ajoute plus de 100 objets géocroi­­seurs par mois. La plupart ne présentent aucune menace pour la Terre. Chodas prend connais­­sance de chaque nouvel ajout. Si les données suggèrent qu’un objet pour­­rait croi­­ser l’or­­bite de la Terre à un moment donné, un logi­­ciel qui s’exé­­cute auto­­ma­­tique­­ment et en continu calcule où et quand l’im­­pact pour­­rait avoir lieu. C’est un système qui fonc­­tionne, et qui a même été éprouvé en situa­­tion réelle, notam­­ment dans le cas de l’as­­té­­roïde 2008 TC3. Cet objet de taille rela­­ti­­ve­­ment petite (de 3 à 5 mètres de diamètre) a été repéré en octobre 2008 par l’ob­­ser­­va­­toire Cata­­lina aux abords de Tucson, en Arizona, moins de 24 heures avant qu’il ne s’écrase sur Terre. L’équipe de Chodas a calculé sa trajec­­toire et prédit le point d’im­­pact, au nord du Soudan, avec tant de préci­­sion que les scien­­ti­­fiques ont pu en retrou­­ver les frag­­ments dans le désert. Mais c’est la comète Shoe­­ma­­ker-Levy 9 qui a le plus marqué Chodas. « Cela nous a montré que de gros impacts peuvent surve­­nir, et cela a vrai­­ment souli­­gné l’im­­por­­tance de notre travail », explique-t-il. « Mais c’est un événe­­ment très rare. Nous devons bien sûr y prêter atten­­tion et il est impor­­tant de repé­­rer ces objets et de véri­­fier qu’ils ne frap­­pe­­ront pas la Terre. C’est d’ailleurs l’is­­sue la plus probable : ils ne feront que nous frôler. Mais nous possé­­dons les téles­­copes et les puis­­sances de calcul néces­­saires, donc nous devons nous effor­­cer d’en iden­­ti­­fier le plus possible. » L’enquête Space­­guard a remporté un succès consi­­dé­­rable, mais en 2005, le Congrès a élevé la barre et demandé à la NASA de trou­­ver au moins deux tiers des objets géocroi­­seurs mesu­­rant au mini­­mum 140 mètres de diamètre. Cela consti­­tue un défi bien plus diffi­­cile à rele­­ver, car ces objets sont beau­­coup plus petits et nombreux. Autre problème de taille : deux prési­­dents se sont succédé à la Maison-Blanche depuis que le programme existe et il n’a encore reçu aucun finan­­ce­­ment. Le Congrès souhaite que l’enquête soit termi­­née avant 2020. « Nous n’y arri­­ve­­rons pas avant 2020 », admet Chodas.

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Une Terre primi­­tive dévas­­tée par les asté­­roïdes
Crédits : NASA

Il a vu l’in­­té­­rêt de la NASA pour les asté­­roïdes croître de manière constante depuis qu’il y travaille. Il se montre très opti­­miste concer­­nant un projet baptisé Aste­­roid Redi­­rect Mission qui a été approuvé, mais qui n’en est encore qu’à ses premières phases de plani­­fi­­ca­­tion. Sa mission sera d’en­­voyer un vais­­seau spatial robo­­tisé en direc­­tion d’un objet géocroi­­seur de grande taille et d’en préle­­ver un « gros morceau lourd de plusieurs tonnes ». Ce morceau sera ensuite ramené et placé en orbite autour de la Lune pour que les astro­­nautes puissent s’y rendre et l’étu­­dier. Selon la NASA, l’objec­­tif est de « faire progres­­ser les nouvelles tech­­no­­lo­­gies ainsi que condi­­tions de vol dans l’es­­pace pour, à terme, pouvoir envoyer une mission habi­­tée sur Mars ». Mais cela permet­­trait égale­­ment aux cher­­cheurs en défense plané­­taire d’étu­­dier la compo­­si­­tion et le compor­­te­­ment d’un asté­­roïde de façon directe – autant de ques­­tions qui deviennent vite essen­­tielles lorsqu’on cesse d’iden­­ti­­fier des asté­­roïdes et qu’on commence à se deman­­der comment résoudre les problèmes qu’ils posent.

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PEINTURE, TALC, OGIVES NUCLÉAIRES… TOUT EST BON POUR ARRÊTER LES ASTÉROÏDES

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Traduit de l’an­­glais par Emilie Barbier d’après l’ar­­ticle « The Aste­­roid Hunters », paru dans Popu­­lar Mecha­­nics. Couver­­ture : Un asté­­roïde frôle la Terre (NASA).
 
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