par Lyra McKee | 9 décembre 2016

Johnny

L’en­­re­­gis­­tre­­ment a presque 40 ans mais on le distingue clai­­re­­ment : le visage empâté, roux, le type plus irlan­­dais qu’i­­ta­­lien.

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Johnny Lira

« Certains d’entre vous auront peut-être remarqué la genouillère sur la jambe gauche de Johnny Lira », dit le présen­­ta­­teur Howard Cosell. « Il y a des éclats de plomb dans ce genou. Vous vous souve­­nez que je vous ai raconté que Lira avait eu une enfance pertur­­bée ? Le plomb est là à cause d’une guerre entre gangs. » Il fait une pause. « Ce sont les faits. » Lira est un combat­­tant féroce et déter­­miné, il a séjourné plusieurs fois en prison par le passé. Il tourne autour du ring alors que lui et le boxeur véné­­zué­­lien Ernesto España échangent des coups. España porte des gants mexi­­cains marron foncé, avec des coutures appa­­rentes aux endroits où le cuir rejoint la peau. Au neuvième round, elles déchi­­re­­ront la joue de Lira et ouvri­­ront une entaille profonde au-dessus de son œil droit. Son visage sera trempé de sang. Mais il ne le sait pas encore. Nous ne sommes qu’au sixième round.

Jusqu’ici, le combat était assez équi­­li­­bré, mais les choses commencent à chan­­ger au septième round. « Dans un round comme celui-ci, il me semble que le style plus élégant d’Es­­paña ressort mieux », commente Cosell. « Oh ! Ce contre du droit de Lira ! Il a assommé España ! » Fred, l’ami de Lira, bondit sur la table en criant, tandis que l’an­­cien chauf­­feur d’Al Capone affiche une mine réjouie sur le ring. Ernesto España, le cham­­pion du monde des poids légers, est battu par un voyou italo-améri­­cain. C’est le premier KO du combat. España se remet péni­­ble­­ment sur pieds. « On ne va pas rendre l’an­­tenne tout de suite », dit Cosell. Le septième round approche de son terme : 15, 14, 13… « Lira joue son avenir sur ce combat. On peut comprendre la hargne qui anime ce jeune homme. Comme je vous l’ai dit, boxer a changé sa vie : une enfance diffi­­cile, son impli­­ca­­tion dans la guerre des gangs, ses crimes passés et main­­te­­nant, le voilà qui se bat pour un titre de cham­­pion ! » La cloche reten­­tit. « Il n’y a aucun doute sur le score de ce round. C’était le round de Johnny Lira. »

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Lira vs. España

Mais ce n’est pas fini. Au round suivant, España contre-attaque. Il met Lira au tapis à quelques secondes de la fin. Au neuvième round, les deux hommes conti­­nuent à en découdre sans temps mort. « Et là ! España a réussi son upper­­cut, on a pu voir la tête de Lira se rele­­ver bruta­­le­­ment ! Il y a du sang partout ! C’est le sang qu’on sentait venir juste avant, au-dessus de son œil droit. Lira est dans de sales draps ! » En regar­­dant la séquence image par image, on peut voir l’ins­­tant précis auquel le cerveau de Lira a dû bondir à l’in­­té­­rieur de son crâne, comme un élas­­tique qui casse. Commo­­tion céré­­brale ? Howard Cosell n’en a pas conscience, mais ce qu’il narre, c’est le début de la fin de Johnny Lira. Le méde­­cin du ring arrête le combat après le neuvième round. España est déclaré vainqueur par KO tech­­nique. C’était il y a des décen­­nies. Les foules sont rentrées chez elles à présent. Cosell est mort depuis long­­temps. Il n’y a plus de public. Johnny est foutu. Il le sait. Il oublie des choses. Il picole trop. Il est para­­noïaque et ne peut pas se contrô­­ler. À tel point qu’un jour, il perd les pédales à la banque et menace de faire tout sauter. Il a du mal à arti­­cu­­ler. Il s’ap­­puie de plus en plus sur sa maîtrise du langage des signes, qu’il a appris au contact d’un jeune boxeur sourd qu’il entraî­­nait jadis. Il l’avait repéré par hasard dans un club de boxe. David Davis, le Silent Bomber. Sa carrière a été gâchée par un acci­dent de bagnole.

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Johnny Lira entouré de sa famille

Jerry Lucieno est le meilleur ami de Johnny depuis qu’ils sont gamins. Ils ont travaillé ensemble, ils ont boxé ensem­­ble… Quand Johnny avait besoin d’argent pour payer sa caution à trois heures du matin, c’était Jerry qu’il appe­­lait. À présent, ils sont assis dans la voiture de Jerry, à l’ex­­té­­rieur de l’ap­­par­­te­­ment de Johnny. Ils essaient d’y voir clair dans la situa­­tion. « Qu’est-ce qui va arri­­ver à ces types qui ont le cerveau en compote à force de se prendre des coups ? » demande Johnny à Jerry. « Tu sais, ces boxeurs sur lesquels tout le monde veut se faire du fric mais à qui personne ne rend la monnaie de leur pièce. Ils les aban­­donnent juste sur le bord de la route. C’est pas juste ! » Il parle autant de sa propre expé­­rience que de celle des autres. Son foie lui fait faux bond. Il a 61 ans et plus beau­­coup de temps devant lui. Le petit monde de la boxe de Chicago se montre soli­­daire et collecte des fonds pour payer ses médocs, mais lorsqu’il meurt quelques mois plus tard, c’est sans un sou en poche.

Curt

Quand on parle des dangers de la boxe, c’est souvent pour évoquer tout ce qui peut aller de travers durant un combat. Des acci­­dents comme celui qui a eu lieu en 1982 lors d’une rencontre entre Barry McGui­­gan et Young Ali, qui a laissé Ali dans un coma dont il n’est jamais sorti. Ces risques sont toujours là. À la fin de l’an­­née 2015, Hamzah Aljahmi est mort dans l’Ohio à la suite de son premier combat profes­­sion­­nel. En 2016, le boxeur écos­­sais Mike Towell est mort après un combat à Glas­­gow, et le boxeur anglais Nick Black­­well a dû partir en retraite anti­­ci­­pée à 26 ans après une grave bles­­sure à la tête durant un combat.

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Crédits : Gabby Laurent

Cepen­­dant, les boxeurs de cette histoire ne sont pas morts sur le ring, mais à cause de lui. Des années plus tard, alors que les nez ensan­­glan­­tés et les lèvres fendues avaient depuis long­­temps guéri. À l’époque où Johnny combat­­tait, on appe­­lait ça le syndrome « Punch Drunk » – abruti par les coups. Aujourd’­­hui, on appelle ça l’encé­­pha­­lo­­pa­­thie trau­­ma­­tique chro­­nique (ETC). Mais alors que la recherche s’est appuyée sur les boxeurs et leurs cerveaux pour défi­­nir cette affec­­tion céré­­brale et la faire accep­­ter par le corps médi­­cal, leur contri­­bu­­tion a depuis été large­­ment oubliée.

~

Ça se passe dans une petite ville de l’ouest du Canada. Ça commence des années avant la fin. Para­­noïa. Sautes d’hu­­meur. Violence. Une nuit, il oublie où il a bien pu lais­­ser son outil. Elle le rassure, ils en parlent ensemble. Ils finissent par se dire qu’il a dû le lais­­ser dans la ville voisine, sur le chan­­tier où il travaille. Il prend sa voiture et s’y rend. Il l’ap­­pelle en chemin : « Je sais que je suis là pour une raison. J’ai ma remorque atta­­chée au camion… mais je ne sais pas pourquoi je suis là. » Un autre soir. Ils vont dîner chez un ami quand ils reçoivent un appel télé­­pho­­nique. Dayer*, leur plus jeune fils, a menacé Caiden*, l’aîné, avec un couteau lors d’une dispute. Ils rentrent vite à la maison. Elle – Maryse – demande à Dayer ce qu’il s’est passé. Le garçon subit un stress énorme. Quelques jours plus tôt, son mari, Curtis Hatch, s’est caché derrière le garage. Quand Dayer est passé par là, il a bondi sur lui et tenté de l’étouf­­fer. Son neveu a vu la scène et il est venu la cher­­cher en courant. « Tata, oncle Curtis a sauté sur Dayer et il lui fait du mal ! » Curtis était un ancien boxeur, trois fois cham­­pion du Canada. Si elle n’était pas arri­­vée à temps, il aurait pu le tuer.

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Crédits : Gabby Laurent

Curt s’avance et inter­­­rompt Maryse. « Quand les services sociaux seront là mon gars, je vais leur deman­­der de te prendre avec eux. » Dayer s’en­­fuit en courant dans sa chambre et se recroque­­ville contre le mur. Leur fille de neuf ans entoure les jambes de son père de ses bras et le supplie : « Papa, s’il te plaît ne fait pas ça ! » Maryse craque. Elle attrape Curt par le bras et traverse la cuisine pour l’em­­me­­ner dans leur chambre. « Fais tes affaires », lui dit-elle. « Tu te moques de moi, c’est ça ? » dit-il. Après l’in­­ci­dent avec Dayer, il a proposé de partir. Elle lui a dit de rester. Dayer lui a dit qu’il ne pour­­rait pas vivre sous le même toit que son père. Elle lui a dit que tout irait bien. Dans quelques jours, il serait aux sports d’hi­­ver. « Je vais m’as­­su­­rer que Papa reste loin de toi, et quand tu seras revenu, nous aurons trouvé de l’aide. On aura des réponses et tout ira mieux. » Trois jours plus tard, ça ne va pas mieux. Elle n’est pas parve­­nue à trou­­ver de l’aide. « Fais tes affaires et tire-toi », répète-t-elle. Il s’avance vers le dres­­sing de leur chambre. Elle trouve ça bizarre. Est-ce qu’il a un sac là-dedans ? Elle ne prend conscience de ce qu’il est en train de faire que lorsqu’elle aperçoit l’arme noire dans sa main. Trop tard pour l’em­­pê­­cher de se tirer dans la poitrine. Elle décroche le télé­­phone. Oublie le numéro qu’elle est suppo­­sée compo­­ser. 911 ? 411 ? Après un moment qui semble durer une éter­­nité, ça lui revient. L’opé­­ra­­trice lui dit de rester où elle est. Les secours sont en route. On lui demande d’al­­lu­­mer et d’éteindre les lumières. Elle s’exé­­cute. Puis la voix d’un agent de police surgit au bout du fil : « Sortez de la maison, main­­te­­nant ! » La maison est en chan­­tier, ils ne l’ont pas termi­­née. Il n’y a pas de porche, alors elle prend sa fille dans ses bras et sort par la porte du garage. Quelques instants plus tard, un agent de police – un ami, le même qui a arrêté son mari quelques semaines plus tôt lors d’un autre inci­dent – confirme qu’il est mort. Elle était trop choquée sur le moment pour réali­­ser qu’elle avait entendu deux coups de feu. La seconde fois, il a braqué l’arme sur sa tempe.

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Crédits : Gabby Laurent

Mort par suicide. Le dernier geste déses­­péré d’un homme violent et para­­noïaque. C’est un cas d’école : un homme terro­­rise et violente sa famille, puis retourne sa haine contre lui-même. Certains hommes sont simple­­ment mauvais, que voulez-vous. Mais Maryse sait que ce n’est pas ça. Elle sait que quelque chose n’al­­lait pas avec son cerveau. Il lui faut simple­­ment trou­­ver quoi.

La bombe à retar­­de­­ment

Quand on regarde la couver­­ture média­­tique de l’en­­cé­­pha­­lo­­pa­­thie trau­­ma­­tique chro­­nique (ETC), on pour­­rait croire que ça n’a jamais été un vrai problème dans le milieu de la boxe. Les recherches abou­­tissent à de nombreux joueurs de foot­­ball améri­­cain, mais à très peu de boxeurs. La recherche scien­­ti­­fique n’en est qu’à ses débuts sur le sujet : on sait que l’ETC touche les gens qui ont souf­­fert d’une commo­­tion céré­­brale par le passé et de coups répé­­tés à la tête. Ce qui inclue de très nombreuses personnes, allant des survi­­vants de violences domes­­tiques aux joueurs de la NFL. L’af­­fec­­tion touche le cerveau, causant des problèmes aussi divers que des pertes de mémoire, une lenteur des mouve­­ments et des accès de fureur – même chez des gens d’or­­di­­naire adorables.

Les souve­­nirs affluent dans le désordre, comme les scènes d’un trai­­ler décousu.

Si l’on s’en tient au fait que l’ETC est causée par des coups répé­­tés à la tête, on pour­­rait s’at­­tendre à ce que des légions de boxeurs lèvent la main pour dire qu’ils en souffrent. Mais ce n’est pas ce qu’on constate. Soit c’est qu’ils n’ont jamais entendu parler de l’ETC, soit ils ne veulent pas en parler. Pour les boxeurs que j’ai rencon­­trés, c’est de cela qu’il s’agis­­sait : « Je ne veux pas parler de quelque chose qui risque de nuire à la boxe », m’a-t-on dit. La plupart des autres personnes du milieu que j’ai contac­­tées, des entraî­­neurs aux respon­­sables de fédé­­ra­­tions, n’ont simple­­ment pas répondu à mes solli­­ci­­ta­­tions du tout. Avec le temps, j’ai commencé à comprendre pourquoi. Les joueurs de foot­­ball améri­­cain ont des équipes entières de gens pour s’oc­­cu­­per d’eux, des méde­­cins aux nutri­­tion­­nistes en passant par les agents.

Tout comme les boxeurs profes­­sion­­nels. Mais la plupart des boxeurs sont des amateurs. Pendant que les joueurs de la NFL ont des mana­­gers pour s’oc­­cu­­per du busi­­ness, les boxeurs amateurs – du moins ceux qui essaient de passer pro – doivent écrire eux-mêmes aux spon­­sors et à d’autres dona­­teurs poten­­tiels. Ce sont des vendeurs, la boxe est un vrai busi­­ness. Les affec­­tions céré­­brales ne sont pas bonnes pour les affaires, c’est pourquoi personne ne veut en parler. J’ai néan­­moins un ami sur lequel j’ai pu comp­­ter. « Je peux t’as­­su­­rer que tu ne trou­­ve­­ras pas beau­­coup de victimes », dit-il en bras­­sant l’air avec ses mains pour souli­­gner ses propos. Marty* mesure 1,80 m, il a des cheveux noirs coupés courts, une barbe four­­nie et de larges épaules. Assis dans un café de Belfast, il donne l’im­­pres­­sion d’at­­tendre en perma­­nence le prochain mec à qui il va infli­­ger une clé de bras amicale. Marty a pratique­­ment grandi sur le ring : il a servi de spar­­ring-part­­ner avant de s’en­­traî­­ner lui-même, de dispu­­ter des combats et main­­te­­nant d’en orga­­ni­­ser. Le sport a été géné­­reux avec lui : fils d’ou­­vrier sans quali­­fi­­ca­­tions, il a quitté l’école à 16 ans et appris les affaires en regar­­dant les orga­­ni­­sa­­teurs négo­­cier les contrats et faire jouer les RP pour atti­­rer les combats pro. Comme dans une guerre théâ­­tra­­li­­sée. Aujourd’­­hui, il est lui-même entre­­pre­­neur et touche à divers domaines de l’évé­­ne­­men­­tiel. Il a récem­­ment pensé à louer des groupes pour des mariages. Impos­­sible de se plan­­ter avec les mariages, selon lui : « Tout le monde se marie et il y en a toute l’an­­née. »

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Crédits : Gabby Laurent

C’est la boxe qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’­­hui, et en ce qui le concerne, le jeu en valait ample­­ment la chan­­delle. Il me raconte une histoire : « J’or­­ga­­ni­­sais un événe­­ment pour cols blancs quand cette femme est venue me voir. Elle m’a supplié de lais­­ser son fils parti­­ci­­per. Il avait essayé de mettre fin à ses jours plusieurs fois et elle avait tout essayé, sans succès… J’ai accepté. Et tu sais quoi ? Ça lui a sauvé la vie. » L’en­­traî­­ne­­ment lui a permis de rester concen­­tré, ça lui a donné un but, du sens. « Je le vois encore s’en­­traî­­ner au gymnase, des fois. »

~

« Je suis seule­­ment choquée par le fait que personne ne veut nous parler. Et là, soudai­­ne­­ment, tu fais un voyage 8 000 km pour nous rencon­­trer », me dit Nina Lira-Santiago. L’his­­toire n’a rien d’ex­­tra­or­­di­­naire. J’ai envoyé un email à Lisa McHale, la direc­­trice des rela­­tions aux familles de la Concus­­sion Legacy Foun­­da­­tion, un insti­­tut de Nouvelle-Angle­­terre qui se consacre à faire avan­­cer la recherche en matière de trau­­ma­­tismes céré­­braux chez les athlètes et autres popu­­la­­tions à risque. Cela m’a mené aux noms de deux boxeurs qui ont souf­­fert d’ETC. L’un d’eux était Johnny Lira. Délinquant multi­­ré­­ci­­di­­viste dans sa jeunesse, il a pris sa vie en main quand un juge, Marvin Aspen, s’est montré clément en l’échange de la promesse qu’il se donne­­rait à fond dans la boxe. Ça a payé. Aujourd’­­hui, sa fille Nina Lira-Santiago est assise face à moi. Je ne l’avais pas réalisé avant d’y être, mais le lieu de notre rencontre est un gymnase aménagé dans la cave d’un foyer pour jeunes de Chicago où des boxeurs légen­­daires comme Floyd Patter­­son et Moha­­med Ali se sont entraî­­nés. Des images d’Ali tapissent les murs. À l’ex­­té­­rieur, le proprié­­taire du gymnase, Glenn Leonard – un sosie de Rocky Balboa d’1,80 m aux épaules carrées –, me salue et m’in­­vite à le suivre. Il a aban­­donné sa carrière de boxeur après quatre ou cinq ans de compé­­ti­­tion pour travailler comme entraî­­neur. Désor­­mais, il ne monte sur le ring que pour entraî­­ner les jeunes.

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Crédits : Gabby Laurent

« Je peux savoir pourquoi vous ne pouviez plus vous battre ? » « Oh, eh bien… j’avais des migraines. C’est un signal d’alarme. » Je m’at­­ten­­dais à ne rencon­­trer que Nina et deux autres membres de la famille, mais il y a déjà six personnes à l’in­­té­­rieur. Quand je suis partie, j’en avais inter­­­viewé au moins dix, dont la sœur de Johnny, qui a fait le trajet depuis Salt Lake City pour l’oc­­ca­­sion. Quand vient le tour de Nina, elle me raconte des histoires à propos de son père. Les souve­­nirs affluent dans le désordre, comme les scènes d’un trai­­ler décousu. Leurs conver­­sa­­tions n’avaient aucun sens, elles ne faisaient que tour­­ner en rond. Elle me raconte une histoire que sa petite sœur Gina lui a racon­­tée : quelques années avant sa mort, Johnny, dans un accès de folie, se croyant de retour sur le ring pour affron­­ter un adver­­saire, a roué Gina de coups alors qu’elle tentait de le faire sortir de son appar­­te­­ment. Ce n’est que lorsque Nina lui a raconté une histoire simi­­laire – son père refu­­sait de partir de chez elle après qu’elle lui a dit qu’il puait l’al­­cool, il a voulu se battre avec elle – que ça a fini par sortir. « Papa n’était plus lui-même », me raconte Gina. « Il me regar­­dait comme si j’étais un chien errant qu’il s’ap­­prê­­tait à frap­­per. J’ai déjà vu mon père se bagar­­rer. Cette fois-là, il me regar­­dait comme si j’étais un type dans un bar. » La même chose est arri­­vée dans la maison de Joanne, la sœur de Johnny, où il était venu récu­­pé­­rer des affaires à lui. « Tout d’un coup, il est devenu très violent avec elle », dit Nina. Le fils de Joanne est inter­­­venu : « Oncle Johnny, arrête ! » a-t-il crié. « Il faut que tu te calmes. » Quelques jours plus tard, Nina a parlé avec sa tante de ce qu’il s’était passé. « Je n’avais jamais eu peur de votre père », a dit Joanne. « Jusqu’à ce jour-là. » Et puis il y a eu l’épi­­sode de la banque. Persuadé que sa sœur et sa banque essayaient de lui voler son argent, Johnny a demandé à tout reti­­rer, menaçant de faire explo­­ser le bâti­­ment dans la foulée. « On sait bien qu’il a un sale carac­­tère », a dit Nina à un proche à l’époque, « mais cette fois c’est diffé­rent. C’est une vraie bombe à retar­­de­­ment. »

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Crédits : Gabby Laurent

Seuls contre tous

Seul contre tous, un film de 2015 avec Will Smith, est libre­­ment inspiré d’une série d’évé­­ne­­ments réels. Il raconte l’his­­toire de l’étude de l’ETC chez les joueurs de la NFL par un neuro­­logue patho­­lo­­giste nigé­­rian du nom de Bennet Omalu, et du refus de la League de recon­­naître ses décou­­vertes. En 2002, le corps d’un ancien joueur de foot­­ball améri­­cain, Mike Webs­­ter, a atterri dans le bureau d’Omalu à Pitts­­burgh. Un examen de son cerveau a révélé quelque chose d’anor­­mal. « J’ai dû véri­­fier que les résul­­tats étaient bien ceux de Mike Webs­­ter », a raconté Omalu dans l’émis­­sion PBS Front­­line au cours d’un entre­­tien en 2013. « J’ai regardé à nouveau. J’ai observé des chan­­ge­­ments qui ne devraient pas se trou­­ver dans le cerveau d’un homme de 50 ans, ni dans un cerveau en appa­­rence normal. » Ceux qui ont vu le film ont très bien pu s’ima­­gi­­ner que l’ETC était un problème ne touchant que la NFL. Il est vrai que les recherches récentes sur l’af­­fec­­tion tendent à ne s’in­­té­­res­­ser qu’aux rela­­tions entre l’ETC et le foot­­ball améri­­cain. Mais les premières descrip­­tions de l’af­­fec­­tion ont été réali­­sées d’après les cas de boxeurs. Elles sont l’œuvre d’un méde­­cin du New Jersey, Harri­­son Mart­­land, qui a décrit l’af­­fec­­tion dans un article inti­­tulé « Punch drunk », paru en 1928 dans un jour­­nal spécia­­lisé.

En 1937, un autre docteur, J. A. Mills­­paugh, a baptisé l’af­­fec­­tion demen­­tia pugi­­lis­­tica. On admet aujourd’­­hui qu’il s’agit d’un type d’ETC. On ne sait pas combien de boxeurs sont touchés par cette affec­­tion inflam­­ma­­toire. Mais l’ac­­cu­­mu­­la­­tion de trau­­ma­­tismes céré­­braux à chaque combat mène avec le temps à la sécré­­tion d’une protéine appe­­lée tau, commune à toutes les mala­­dies céré­­brales, dont Alzhei­­mer. La protéine tau se répand dans le cerveau et érode les fonc­­tions asso­­ciées aux parties qu’elle touche. 

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Crédits : Gabby Laurent

Les joueurs de la NFL souffrent parfois de commo­­tions à cause des chocs qu’ils reçoivent à la tête sur le terrain. Une étude de la Cleve­­land Clinic a démon­­tré que même les chocs légers – les coups à la tête n’en­­traî­­nant pas de commo­­tion – pouvaient mener à des dégâts céré­­braux impor­­tants pour un athlète sur le long-terme. Mais dans la boxe, le but même de la rencontre est de frap­­per la tête de votre adver­­saire. Si quelqu’un s’ex­­pose à cette affec­­tion, ce sont bien les boxeurs. Alors pourquoi n’en­­ten­­dons-nous pas davan­­tage parler d’eux ?  « La raison la plus évidente est que la plupart de ces boxeurs sont pauvres », dit Nina. « Ils manquent d’édu­­ca­­tion, leurs familles aussi, et il est diffi­­cile pour eux de se défendre seuls. » « Je me suis dispu­­tée de nombreuses fois avec des groupes de recherche. Je passe mon temps à leur répé­­ter que pour la préven­­tion de l’ETC chez les boxeurs, ils faut aller dans les quar­­tiers défa­­vo­­ri­­sés. Car c’est là qu’ils se trouvent. Nous avons aussi parlé aux fédé­­ra­­tions de boxe, mais… je ne sais pas », dit-elle. « J’ai travaillé dans le domaine de la santé. Je sais que les fonds néces­­saires existent. Mais il y a un réel manque de volonté. »

~

J’avais l’im­­pres­­sion que tout irait bien jusqu’à ce que je me retrouve devant la plaque en métal accro­­chée sur la porte. Elle dit : « Pieds en premier, tête en dernier. » Derrière, un étudiant sort un cerveau de son conte­­neur. Je dois me concen­­trer pour ne pas vomir.

Les symp­­tômes sont insi­­dieux, rampants.

« Les cerveaux, ça me fait rien », dit Don, le garçon enthou­­siaste qui s’oc­­cupe des RP et coor­­donne ma visite. Nous nous trou­­vons dans la morgue d’un hôpi­­tal pour anciens combat­­tants situé en péri­­phé­­rie de Boston, entouré de champs verdoyants et de bosquets. Le tableau ferait presque oublier l’état des rési­­dents du complexe, des hommes pour la plupart, bles­­sés durant la guerre – du Viet­­nam à l’Af­­gha­­nis­­tan. « Une fois, j’en ai vu un alors qu’il se trou­­vait encore dans le crâne de quelqu’un. C’était en Irak. Le type venait de se faire explo­­ser la tête. » Il dit cela avec une telle désin­­vol­­ture que je soupçonne qu’il en a vu beau­­coup durant son service sous les drapeaux. Ann McKee finit par arri­­ver, lunettes perchées sur le bout du nez, enfi­­lant sa blouse blanche tout en marchant. Plusieurs critiques ont repro­­ché au film Seul contre tous de ne pas parler de McKee. « Il est un peu étrange que l’his­­toire soit centrée autour d’Omalu alors qu’Ann McKee, de l’uni­­ver­­sité de Boston, mène ses recherches depuis tout aussi long­­temps », disait un article de Wired. Mais c’est du nom de McKee que les familles se rappellent. Quand les cerveaux de leurs proches sont collec­­tés auprès de la morgue locale et envoyés au centre d’étude de l’ETC de Boston, c’est dans son labo­­ra­­toire qu’ils atter­­rissent. C’est elle qui dissèque les tissus et qui, avec l’aide d’un collègue, contacte chaque famille pour confir­­mer que l’ETC est la raison pour laquelle la personne qu’ils aimaient s’est chan­­gée en tortion­­naire. Les sections du cerveau touchées par les protéines tau sont colo­­rées, le parant de zones marron foncé. McKee conserve dans son bureau des boîtes portant des étiquettes comme « Joueurs de la NFL, âges 51—100 ». Ces petites boîtes en verre contiennent des échan­­tillons de leurs cerveaux qu’elle montre aux visi­­teurs. Elles témoignent de la déliques­­cence de leur vie : ces tâches marrons sur le tissu se tradui­­saient par des accès de fureur, de peur, de para­­noïa, des pertes de mémoire et des phases de confu­­sion.

7/7/09 10:57:35 AM -- Boston, MA Ann C. McKee, M.D. Associate Professor of Neurology and Pathology Boston University School of Medicine is photographed for provost research publication. . Photo by Kalman Zabarsky for Boston University Photography
Ann McKee
Crédits : Boston Univer­­sity

L’his­­toire de McKee commence en 2003, avec un boxeur du nom de Paul Pender. Ancien combat­­tant dans les marines, Pender a été deux fois cham­­pion du monde et s’est battu contre Sugar Ray Robin­­son. Vingt ans après la fin de sa carrière de boxeur, alors dans sa cinquan­­taine, sa person­­na­­lité a commencé à chan­­ger. Il est devenu dépres­­sif et irri­­table, jusqu’à être inca­­pable de faire son travail. « C’était la première fois qu’il venait ici, à l’hô­­pi­­tal pour vété­­rans. Même si son cas ne semblait pas habi­­tuel, on lui a diagnos­­tiqué la mala­­die d’Alz­­hei­­mer. »

Il a ensuite commencé à avoir des problèmes de mémoire et des phases de confu­­sion. « Quand il est mort, c’est moi qui ai procédé à l’au­­top­­sie et je m’at­­ten­­dais à voir Alzhei­­mer », confesse-t-elle. « Mais ce n’était pas du tout ça. » Son cerveau manquait d’abord de plaques Bêta-amyloïdes – un autre type de protéines systé­­ma­­tique­­ment présent dans les cas d’Alz­­hei­­mer. Et bien qu’on trouve des protéines tau dans les deux cas, dans celui de l’ETC, les enche­­vê­­tre­­ments de protéines se logent toujours autour des vais­­seaux sanguins. « J’étu­­die les cerveaux, j’en ai fait ma vie. Mais je n’avais jamais vu ça. La façon dont se compor­­taient les protéines tau dans son cerveau était parfai­­te­­ment extra­­or­­di­­naire. » McKee a tenté, sans succès, d’exa­­mi­­ner les cerveaux d’autres boxeurs. Et puis un jour, le cerveau d’un homme est arrivé qui avait lui aussi été diagnos­­tiqué d’Alz­­hei­­mer. « On aurait dit celui de Paul Pender. » Elle n’a trouvé aucun passé de boxeur dans les archives, aussi a-t-elle contacté sa famille. « A-t-il déjà fait quelque chose d’in­­ha­­bi­­tuel ? Pratiquait-il des sports en parti­­cu­­lier ? » leur a-t-elle demandé. Oui. Lorsqu’il avait la ving­­taine, il était boxeur profes­­sion­­nel.

Comprendre

« Les symp­­tômes de l’af­­fec­­tion ne se déclarent pas avant de nombreuses années après que la personne a cessé de rece­­voir des impacts répé­­tés à la tête », explique le collègue de McKee, Robert Stern, à son bureau du campus de l’uni­­ver­­sité de Boston. « Il y a quelque chose dans cette expo­­si­­tion répé­­tée aux impacts crâniens – qu’ils soient symp­­to­­ma­­tiques, comme les commo­­tions, ou non-symp­­to­­ma­­tiques – qui déclenche l’af­­fec­­tion. » Les symp­­tômes sont insi­­dieux, rampants. Tandis que l’af­­fec­­tion progresse, explique Stern, elle impacte la personne de plusieurs façons. Elle atteint ses capa­­ci­­tés cogni­­tives, comme la mémoire, le juge­­ment, mais aussi ses capa­­ci­­tés orga­­ni­­sa­­tion­­nelles. Son humeur et son compor­­te­­ment peut lui aussi chan­­ger, avec un risque d’apa­­thie, de dépres­­sion, d’ac­­cès de fureur, d’agres­­si­­vité et de perte de contrôle. Elle peut aussi déve­­lop­­per des problèmes moteurs : une rigi­­dité ou une lenteur des mouve­­ments, des trem­­ble­­ments et des expres­­sions faciales limi­­tées. « Ce qui est inté­­res­­sant », dit-il, « c’est que ces expres­­sions faciales limi­­tées sont fréquem­­ment obser­­vées chez les boxeurs mais très rare­­ment chez les joueurs de foot­­ball améri­­cain. Nous essayons de comprendre pourquoi. » Les recherches de Stern et McKee se basent sur des entre­­tiens avec les familles et les amis des victimes, ainsi que sur l’exa­­men atten­­tif de leurs dossiers médi­­caux. Ils savent ainsi qu’il y a deux types de patients souf­­frant d’ETC : ceux qui présentent initia­­le­­ment des problèmes compor­­te­­men­­taux, habi­­tuel­­le­­ment dans leur tren­­taine, et ceux qui présentent au départ des problèmes cogni­­tifs, qui se déclarent après 50, 60 ou 70 ans. Mais on ne sait pas encore pourquoi certains boxeurs contractent l’af­­fec­­tion et d’autres pas.

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Crédits : Gabby Laurent

« Impos­­sible de nier que fumer provoque le cancer du poumon », dit Stern. « Pour autant, tous les fumeurs n’ont pas le cancer. C’est la même chose avec les impacts répé­­tés à la tête. Certaines personnes en ayant subi déve­­loppent une ETC. Mais pas toutes. » Tous ceux qui ont contracté l’af­­fec­­tion ont une chose en commun, cepen­­dant : ils ont reçu des impacts répé­­tés au cerveau. « J’avais l’ha­­bi­­tude de dire que nous étions aux premières heures de la connais­­sance scien­­ti­­fique en matière d’ETC », dit Stern. « Aujourd’­­hui, je pense que nous en sommes aux premières semai­­nes… Il y a beau­­coup de choses qu’on ne sait pas. » Le plus gros problème auquel font face les cher­­cheurs est que l’af­­fec­­tion ne peut être diagnos­­tiquée qu’a­­près la mort. Avant d’ar­­ri­­ver à savoir comment diagnos­­tiquer l’ETC du vivant du patient, dit-il, ils ne peuvent pas effec­­tuer le genre d’études qui leur donne­­raiennt des réponses. C’est l’objec­­tif actuel de la recherche.

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« Je sens bien que ça s’est emparé de moi », a-t-il dit à Jerry. « Parfois, je peux encore sentir les coups. » Quelques mois après leur conver­­sa­­tion dans la voiture de Jerry, Johnny Lira était mort. Les nécro­­lo­­gies ont parlé de Lira comme d’un boxeur quasi-cham­­pion du monde. Aucune ne faisait mention des réali­­tés de la dernière partie de sa vie, de ses problèmes d’élo­­cu­­tion, de son inap­­ti­­tude à se contrô­­ler ou de sa tendance à beau­­coup boire. Alors que les proches de Johnny – et même Johnny certaines fois – avaient commencé à suspec­­ter que quelque chose ne tour­­nait pas rond dans son cerveau, ce n’est qu’a­­près sa mort que sa fille Nina a pu comprendre de quoi il s’agis­­sait. Un examen minu­­tieux de son cerveau réalisé par McKee a confirmé qu’il souf­­frait d’ETC.

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Crédits : Gabby Laurent

Quelques mois après la mort de Curtis, Maryse Hatch était à Salt Lake City quand elle est tombée sur une inter­­­view de la veuve d’un joueur de la NFL, Shane Dronett, qui avait été diagnos­­tiqué d’une ETC après sa mort à l’âge de 38 ans. Comme Curtis, dans les années qui ont précédé sa mort, il est devenu inha­­bi­­tuel­­le­­ment para­­noïaque. Il pensait que des gens le suivaient et passaient en voiture devant sa maison pour le surveiller. Et comme Curtis, il est mort après s’être tiré une balle dans la tête. « Elle disait : “Il est allé dans la cuisine et lorsque j’ai mis ma main sur la porte, j’ai entendu la déto­­na­­tion” », se rappelle Maryse. « Lorsque j’ai lu ça pour la première fois, j’étais… c’est comme si je pouvais voir son mari, le regard qu’il a eu à ce moment-là. Tout. J’ai lu ça et j’ai compris. Quel que soit ce qu’il avait, Curt avait eu la même chose. » Elle a envoyé un email à l’uni­­ver­­sité de Boston. Par chance, le méde­­cin légiste cana­­dien avait conservé trois morceaux du cerveau de Curtis, qu’il a envoyés à Boston à sa demande. « J’étais certaine que quelque chose n’al­­lait pas avec Curt, même si nous savions qu’il s’était suicidé », dit-elle. Une autop­­sie complète réali­­sée à sa demande n’avait rien révélé.

En novembre dernier, elle a reçu un appel de Boston. « On m’a litté­­ra­­le­­ment fait un cadeau », dit Maryse. « De savoir. De compren­­dre… J’étais telle­­ment en colère contre lui. Main­­te­­nant, je peux respi­­rer davan­­tage. » Connaître la vérité sur la méta­­mor­­phose terri­­fiante d’un homme peut aider ses proches à faire leur deuil et à se le rappe­­ler comme ils l’ai­­maient. Les fans aussi se rappellent. Dans un musée à 20 km à l’est de la ville où vivaient Maryse et Curtis se trouve un petit Temple de la Renom­­mée spor­­tive. Dans la section réser­­vée à l’an­­née 1993 sont expo­­sées neuf photo­­gra­­phies dans des cadres marrons. Au milieu de la rangée du bas, on trouve un cliché en noir et blanc d’un jeune homme paré d’une veste blanche, regar­­dant droit dans l’objec­­tif, ses points rele­­vés en posi­­tion de combat. La légende dit : « Curtis Hatch. Né le 1er février 1970. Athlète — Boxeur. »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Can Boxing Survive Its Brain Inju­­ries? », paru dans Mosaic. Couver­­ture : © Gabby Laurent


LE JOUR OÙ JE SUIS DEVENU L’AMI ET LE CONFIDENT DE MOHAMED ALI

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Spécia­­liste de Moha­­med Ali, Davis Miller l’a fina­­le­­ment rencon­­tré par hasard en 1989. Après cette incroyable jour­­née, ils sont deve­­nus insé­­pa­­rables.

I. Ma rencontre avec Ali

J’at­­ten­­dais ça depuis des années. Et quand c’est fina­­le­­ment arrivé, les choses ne se sont pas du tout passées comme je l’avais imaginé. En même temps, il avait dupé la plupart d’entre nous pendant la majeure partie de nos vies. Depuis six mois, plusieurs de ses amis avaient essayé de me faire entrer en contact avec lui, dans sa ferme du Michi­­gan. Quand l’oc­­ca­­sion de le rencon­­trer s’est fina­­le­­ment présen­­tée, ce n’était pas dans le Michi­­gan, et je n’avais pas de rendez-vous. Je suis simple­­ment passé en voiture devant la maison de sa mère à Louis­­ville.

FILE - In this April 4, 1963 file photo, heavyweight boxer Cassius Clay is seen with his mother, Odessa Grady Clay, in a car outside their home in Louisville, Ky. The man who became the world's most recognizable athlete was a baby sitter, a jokester and a dreamer in the predominantly black West End neighborhood of Louisville where he grew up and forged lasting friendships while beginning his ascent toward greatness. Now, as the iconic boxer slowed by Parkinson's disease prepares to turn 70 next week, he's coming home for a birthday bash at the downtown cultural center and museum that bears his name. (AP Photo/H.B. Littell, File)
Moha­­med Ali devant la maison de sa mère à Louis­­ville
Crédits : H.B. Littell

C’était le milieu de l’après-midi du 31 mars, trois jours avant Pâques. Un camping-car énorme imma­­tri­­culé en Virgi­­nie était garé juste devant la maison. Même s’il ne venait pas souvent en ville à l’époque, je savais qu’il s’agis­­sait de son véhi­­cule. J’étais sûr que c’était le sien car je connais­­sais son style et sa façon de faire.

Depuis 1962, il pouvait voya­­ger tranquille­­ment dans le pays, et il avait toujours préféré les camping-cars ou les cara­­vanes aux voitures. Il possé­­dait une autre ferme en Virgi­­nie. Le lien était évident. Certains étudient les failles de la croûte terrestre, d’autres le compor­­te­­ment des tempêtes ou des galaxies, en espé­­rant trou­­ver un sens au monde et à leur vie. D’autres méditent sur la vie et l’œuvre d’un mouve­­ment social parti­­cu­­lier, ou sur la trajec­­toire d’un seul homme. Depuis que j’ai 11 ans, je suis un spécia­­liste de Moha­­med Ali. Je me suis garé derrière son camping-car et j’ai attrapé de vieux maga­­zines ainsi qu’une pile d’ar­­ticles que j’avais rangés sous le siège passa­­ger en atten­­dant le jour de ma rencontre avec  Ali, qui arri­­ve­­rait à coup sûr. Comme tout le monde, je me deman­­dais dans quelle forme était Le Cham­­pion. J’avais entendu beau­­coup de choses à propos de sa mala­­die de Parkin­­son et je l’avais vu se prendre les pieds dans les cordes pendant sa présen­­ta­­tion lors de gros combats récents. Mais quand je pensais à Ali, je me souve­­nais de lui comme je l’avais vu des années plus tôt, lorsqu’il était éblouis­­sant.

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