Au Soudan, les femmes participent aujourd'hui à la révolte comme jamais dans l'histoire du pays. Pourront-elles changer l'avenir du pays ?

par Malaurie Chokoualé Datou | 22 avril 2019

Lady Liberty

La nuit commence déjà à tomber sur le gigan­­tesque terre-plein qui fait face à l’état-major de Khar­­toum. Derrière ces murs, le président se terre dans sa rési­­dence, sourd aux cris des dizaines de milliers de personnes massées aux portes. L’am­­pleur de la mani­­fes­­ta­­tion est excep­­tion­­nelle. En cette soirée du 8 avril, presque autant de smart­­phones diffusent en direct sur Inter­­net une scène déjà iconique.

Debout sur le capot d’une voiture, Ala’a Salah chante la gloire de la révo­­lu­­tion. Tour à tour, elle bat des mains et encou­­rage les mani­­fes­­tants à se joindre à elle. Accom­­pa­­gnée par un tam-tam, la foule qui l’en­­cercle est déchaî­­née. « Thawra ! » (révo­­lu­­tion) crie-t-elle avec ferveur. Ala’a appelle à la chute du régime du président Omar Al-Bashir qui aura duré près de 30 ans, et tous·tes reprennent son appel.


La photo­­graphe Lana Haroun la fige à jamais, altière, drapée d’un thoub blanc, le doigt pointé vers le ciel en « hommage aux luttes des femmes souda­­naises et à leur parti­­ci­­pa­­tion à la mobi­­li­­sa­­tion ». Sur les réseaux sociaux, le surnom de « Lady Liberty » émerge rapi­­de­­ment, au milieu des dizaines de memes qui fleu­­rissent déjà à son image. Deve­­nue symbole des femmes souda­­naises protes­­ta­­taires, son air de défi fait le tour du globe.

Véri­­table cocotte-minute à deux doigts de siffler, la situa­­tion poli­­tique au Soudan prend un nouveau tour­­nant en décembre 2018. La révolte a débuté le 19 décembre 2018 dans un Soudan en pleine réces­­sion. La crise écono­­mique déjà diffi­­cile était deve­­nue inte­­nable et accu­­mule les facteurs : une infla­­tion de 70 % depuis la séces­­sion du Soudan du Sud en 2011, l’em­­bargo des États-Unis entre 1997 et 2017 ou le mandat d’ar­­rêt de la Cour pénale inter­­­na­­tio­­nale à l’in­­ten­­tion de Omar al-Bashir. Cette situa­­tion a pu conti­­nuer jusqu’à aujourd’­­hui grâce au soutien à Omar al-Bashir de certaines nations comme l’Ou­­ganda.

« Mais le temps a passé », complète la cinéaste Alexan­­dra Sicotte-Lévesque, réali­­sa­­trice du docu­­men­­taire À jamais, pour toujours. « Le Soudan s’est retrouvé de plus en plus isolé et rece­­vait de moins en moins d’at­­ten­­tion au niveau inter­­­na­­tio­­nal. » Une nouvelle augmen­­ta­­tion du coût du pain et du pétrole achève d’at­­ti­­ser la colère des Souda­­nais·es.

Les Souda­­nais·es descendent alors en masse dans les rues pour dévis­­ser Omar al-Bashir d’un trône qu’il ne veut plus quit­­ter, les femmes en tête de cortège. Depuis le début de la contes­­ta­­tion, 65 personnes sont mortes selon un bilan offi­­ciel, mais les mani­­fes­­ta­­tions ont pris de l’am­­pleur, Ala’a Salah comme symbole. Le 11 avril 2019, un coup d’État mili­­taire joue le prélude de leur liesse.

Les femmes et la rue

Depuis le début de la dernière vague de mani­­fes­­ta­­tions quoti­­diennes il y a trois mois, plus de 70 % des mani­­fes­­tant·e·s anti-régime sont des femmes. « S’il m’est impos­­sible de confir­­mer ce chiffre, je peux toute­­fois affir­­mer que le nombre de femmes lors des mani­­fes­­ta­­tions était incroya­­ble­­ment élevé », approuve Ikhlas Nouh Osman, profes­­seure adjointe à l’Ins­­ti­­tut régio­­nal pour le genre, la diver­­sité, la paix et les droits de l’uni­­ver­­sité Ahfad pour les femmes.

Créée en 1966, cette univer­­sité privée pour femmes est située dans la ville d’Om­­dour­­man, sur les rives occi­­den­­tales du Nil, en face de Khar­­toum. Loin de vouloir encou­­ra­­ger une certaine ségré­­ga­­tion, « la philo­­so­­phie de notre univer­­sité est de rassem­­bler les femmes et d’en­­cou­­ra­­ger leur auto­­no­­mi­­sa­­tion ». La vue de ces femmes unies et orga­­ni­­sa­­trices de mani­­fes­­ta­­tions la rend donc parti­­cu­­liè­­re­­ment fière. « Nous nous sommes battu·e·s pour que les jeunes femmes haussent la voix », ajoute-t-elle. « Pendant long­­temps, les femmes n’ont pas été en première ligne, c’est donc un bonheur de les voir si actives et créa­­tives pour faire entendre leurs opinions. »

Quelques jours après le début des mani­­fes­­ta­­tions, les univer­­si­­tés du pays ont fermé leurs portes. Étant une insti­­tu­­tion privée, l’uni­­ver­­sité Ahfad pour Femmes a fina­­le­­ment rouvert ses portes le 6 avril dernier, annonçant qu’elle portait elle aussi les idées de la révolte. Dans le soutien de la lutte de ses étudiantes, l’uni­­ver­­sité se veut flexible. Les étudiantes ont désor­­mais cours le matin et l’après-midi est consa­­cré aux mani­­fes­­ta­­tions. « Elles mani­­festent même dans l’uni­­ver­­sité ! » s’ex­­clame Ikhlas, ravie. « Elles entonnent des chants et encou­­ragent tout le monde à parti­­ci­­per. »

L’Uni­­ver­­sité fémi­­nine Ahfad

Vu l’im­­por­­tance de la répres­­sion sous le régime d’Al-Bashir, comment expliquer l’am­­pleur de l’ac­­tuelle mobi­­li­­sa­­tion des femmes ? La profes­­seure nomme sans hési­­ter les respon­­sables de ces chan­­ge­­ments progres­­sifs mais impres­­sion­­nants. « Les réseaux sociaux ont joué un rôle capi­­tal dans la sensi­­bi­­li­­sa­­tion de la cause des femmes », raconte-t-elle. Surpris par l’am­­pleur prise par les mani­­fes­­ta­­tions, le gouver­­ne­­ment l’avait bien compris en privant les habi­­tants d’In­­ter­­net en décembre 2018, pour ne réta­­blir le signal qu’au mois de mars. « Encore aujourd’­­hui, il vaut mieux que nous utili­­sions un VPN pour parta­­ger notre lutte sur les réseaux sociaux », ajoute fort à propos Ikhlas après deux coupures d’ap­­pel.

Tagwa Warrag, Lujain Alse­­deg et Omnia Shaw­­kat – respec­­ti­­ve­­ment créa­­trice de contenu digi­­tal, commu­­nity mana­­ger et fonda­­trice d’Anda­­riya, plate­­forme numé­­rique cultu­­relle pour les Souda­­nais et les Sud-Souda­­nais – sont du même avis : la majo­­rité des mani­­fes­­tant·e·s ont entre 20 et 30 ans. « Cette géné­­ra­­tion de l’ère numé­­rique est plus ouverte au monde grâce aux tech­­no­­lo­­gies et elle a vu le régime Bashir au pouvoir toute sa vie », expliquent les trois femmes, qui s’ex­­priment d’une seule et même voix pour l’oc­­ca­­sion. « Cela pour­­rait être un facteur contri­­bu­­tif qui les distingue des géné­­ra­­tions précé­­dentes. » En outre, contrai­­re­­ment aux pays arabes qui n’ont connu que récem­­ment des révo­­lu­­tions dans leur histoire, « le peuple souda­­nais a déjà renversé plusieurs gouver­­ne­­ments, mais nous avions besoin de temps pour tirer des leçons de nos erreurs ».

Anda­­riya dési­­rait depuis le début de la révolte en cours « docu­­men­­ter un moment impor­­tant pour le Soudan ». Mais en tant que média apoli­­tique, fixer leur posi­­tion­­ne­­ment n’a pas été chose aisée. « Nous avons toujours été du côté du peuple et de sa volonté, sachant que la lourde censure sur les médias au Soudan signi­­fiait que nous devions à la fois parta­­ger nos points de vue et reflé­­ter nos opinions sans compro­­mettre la sécu­­rité de nos colla­­bo­­ra­­teurs·­­rices et de notre équipe », expliquent Tagwa, Lujain et Omnia, fières d’être membres d’une entre­­prise diri­­gée par des femmes, ampli­­fiant leur voix et leur leader­­ship. En effet, jusqu’à la mi-avril, un para­­graphe de la loi d’ur­­gence inter­­­di­­sait aux médias d’écrire ou de faire des repor­­tages sur tout ce qui avait un rapport avec les mani­­fes­­ta­­tions. « C’était alar­­mant pour nous car nous voulions captu­­rer ce moment sans restric­­tion, mais nous avons conti­­nué tout en étant conscient·e·s des consé­quences », ajoutent-elles.

Ikhlas décrit égale­­ment cet espoir d’un avenir meilleur que les femmes ne peuvent pas décro­­cher si faci­­le­­ment. La « situa­­tion au Soudan est telle­­ment catas­­tro­­phique » que beau­­coup d’hommes ont choisi de quit­­ter le pays. « Mais dans la tradi­­tion souda­­naise, les femmes n’ont pas les mêmes chances que les hommes et il est diffi­­cile pour elles de pouvoir riva­­li­­ser avec eux », pour­­suit Ikhlas. En effet, les femmes souda­­naises ne peuvent pas voya­­ger ou faire des études à l’étran­­ger aussi aisé­­ment que le feraient leurs homo­­logues mascu­­lins. « Beau­­coup de femmes sont donc frus­­trées de se retrou­­ver coin­­cées dans une atmo­­sphère où elles ne peuvent pas évoluer comme elles le voudraient », explique la profes­­seure. « Mais le niveau d’édu­­ca­­tion des femmes a tout de même énor­­mé­­ment progressé, ce qui a contri­­bué à créer un noyau de femmes qui connaissent leurs droits. »

« Depuis 30 ans, les femmes souda­­naises luttent contre les oppres­­sions »

« Depuis 30 ans, les femmes souda­­naises luttent contre les oppres­­sions, il n’est donc pas surpre­­nant qu’elles soient en nombre impor­­tant aujourd’­­hui », et ce qu’im­­porte leur condi­­tion sociale, explique Hala Al-Karib, acti­­viste souda­­naise pour les droits des femmes qui a elle aussi risqué sa vie en battant le pavé.

Les pion­­nières

En 1946, Khalida Zahir, l’une des premières femmes méde­­cins du pays, descen­­dait dans les rues pour s’in­­sur­­ger contre les colons britan­­niques. Arrê­­tée et battue, elle est restée dans les mémoires comme une des premières grandes figures fémi­­nistes souda­­naises. « Khalida Zahir fait partie des pion­­nières qui ont contri­­bué à ouvrir la voie à des avan­­cées comme cette loi de 1973 accor­­dant un salaire égal pour un travail égal », explique Ikhlas Nouh Osman.

Comme Zahir, d’autres femmes se sont consa­­crées à l’époque à la lutte pour l’éga­­lité des droits sociaux et écono­­miques. Dans son étude publiée en février 2006, Balghis Badri, direc­­trice de l’Ins­­ti­­tut régio­­nal pour le genre, la diver­­sité, la paix et les droits de l’uni­­ver­­sité Ahfad pour les femmes, n’hé­­si­­tait pas à les quali­­fier de « mères du fémi­­nisme moderne au Soudan contem­­po­­rain ». Elle explique qu’à cette époque, en dépit des diffi­­cul­­tés, « beau­­coup de femmes ont réussi à faire des études supé­­rieures, ont obtenu un docto­­rat, occupé diffé­­rents emplois, voyagé et vécu en dehors du Soudan, adopté diffé­­rents styles de vie, usé de diffé­­rentes manières de se vêtir ».

Ce contexte laïque flexible au niveau privé a prévalu jusqu’en 1983. Cette année-là, le président Gaafar Nimeiry a alors instauré la charia, qu’il a décla­­rée comme étant le « code unique de conduite et source de légis­­la­­tion ». Cette inter­­­pré­­ta­­tion conser­­va­­trice de la loi isla­­mique sera réaf­­fir­­mée par Omar al-Bashir quelques années plus tard, lors de son acces­­sion au pouvoir en 1989 par un coup mili­­taire qui a renversé un gouver­­ne­­ment élu démo­­cra­­tique­­ment.

Les étudiantes de l’uni­­ver­­sité Ahfad

Avec la montée du fonda­­men­­ta­­lisme isla­­mique au Soudan, une longue période de discri­­mi­­na­­tions accrues s’est alors ouverte. Selon l’édi­­tion 2019 du rapport Gender Index de l’Or­­ga­­ni­­sa­­tion de coopé­­ra­­tion et de déve­­lop­­pe­­ment écono­­miques (OCDE), la charia au Soudan a globa­­le­­ment aggravé les discri­­mi­­na­­tions au sein de la famille, restreint l’in­­té­­grité physique des Souda­­naises, limité leur accès aux ressources produc­­tives et finan­­cières, et entravé leurs liber­­tés civiles. Voyant leurs liber­­tés réduites à diffé­­rents niveaux, les inéga­­li­­tés se sont creu­­sées et les femmes – relé­­guées à une posi­­tion subor­­don­­née de droits – ont rapi­­de­­ment été décou­­ra­­gées à s’en­­ga­­ger dans la sphère publique, domi­­née par les hommes.

Certaines d’entre elles ont toute­­fois bravé la peur des repré­­sailles. Les mani­­fes­­ta­­tions se sont succé­­dées, tour à tour inspi­­rées par le Prin­­temps arabe au début de l’an­­née 2011 ou par la séces­­sion du Soudan du Sud suite à un réfé­­ren­­dum plus tard dans l’an­­née. Le nombre d’abus a malheu­­reu­­se­­ment grandi avec les mobi­­li­­sa­­tions.

Dans un rapport d’une soixan­­taine de pages publié le 23 mars 2016 par Human Rights Watch, l’ONGI déclare que les forces de sécu­­rité « ont eu recours à la violence sexuelle, à l’in­­ti­­mi­­da­­tion et à d’autres formes de violence » pour réduire au silence « les femmes défen­­seures des droits humains dans tout le pays ». Le rapport précise en outre que « leurs homo­­logues mascu­­lins sont moins suscep­­tibles de subir certains de ces abus ». À l’époque, Daniel Bekele, direc­­teur de Human Rights Watch pour l’Afrique, expliquait que « les respon­­sables de la sécu­­rité profitent souvent des lois discri­­mi­­na­­toires et des conven­­tions sociales pour les faire taire ».

Trois ans plus tard, rien n’a changé. Au début du mois d’avril 2019, Human Rights Watch rappor­­tait une fois de plus des actes de violence perpé­­trés contre des protes­­ta­­tions paci­­fiques. « Les forces gouver­­ne­­men­­tales ont utilisé des balles réelles contre les mani­­fes­­tant·e·s, tuant des dizaines de personnes et en bles­­sant beau­­coup d’autres, et ont arbi­­trai­­re­­ment arrêté des centaines de civil·e·s, notam­­ment des membres de partis de l’op­­po­­si­­tion, des mani­­fes­­tant·e·s, des étudiant·e·s, des jour­­na­­listes, des méde­­cins et des avocat·e·s. »

Depuis la chute d’Al-Bashir le 11 avril 2019 – il est incar­­céré à la prison de Kobar à Khar­­toum depuis le 17 avril –, les mani­­fes­­tant·e·s ont conti­­nué de défi­­ler et le message qu’iels ont offert est clair. Le 16 avril, devant le quar­­tier géné­­ral de l’ar­­mée, la foule a affirmé sa déter­­mi­­na­­tion à obte­­nir un pouvoir civil et réclame la disso­­lu­­tion du Conseil mili­­taire de tran­­si­­tion, désor­­mais aux commandes du pays pour deux ans. Parmi les mani­­fes­­tant·e·s, les femmes ont conti­­nué de guider, tout en restant les plus expo­­sées aux déci­­sions arbi­­traires des auto­­ri­­tés, mais leurs regards désor­­mais remplis d’un espoir nouveau.

Le futur du Soudan

La repré­­sen­­ta­­tion massive des femmes dans les mani­­fes­­ta­­tions et leur rôle dans leur orga­­ni­­sa­­tion aura « une influence sur la condi­­tion des femmes souda­­naises », assure Ikhlas. Si l’ac­­ti­­viste se montre opti­­miste, l’ave­­nir n’en reste pas moins incer­­tain. Cette révolte est déjà une victoire par le départ d’Al-Bashir, mais le combat n’est pas terminé et les semaines qui viennent seront capi­­tales pour le futur du Soudan.

La mise en place d’un gouver­­ne­­ment civil permet­­trait selon les mani­­fes­­tant·e·s d’en­­ga­­ger une série de réformes pour instal­­ler un nouveau système plus équi­­table où les femmes pour­­raient reven­­diquer leurs droits avec dignité. « La vérité est que dans la plupart des ménages et de la société en géné­­ral, les femmes souda­­naises jouent un rôle moteur, mais lorsqu’il s’agit de recon­­naître ce rôle, cela devient un problème, prin­­ci­­pa­­le­­ment en raison de tradi­­tions et de croyances reli­­gieuses », ajoutent Tagwa, Omnia et Lujain. « Nous devons créer des conver­­sa­­tions diffi­­ciles mais nova­­trices qui abordent nos normes de front et encou­­ra­­ger les femmes à assu­­mer leurs rôles et leur impact. »

Mani­­fes­­ta­­tion devant le QG de l’ar­­mée le 8 avril
Crédits : M.Saleh/Wiki­­me­­dia commons

La condi­­tion des femmes était consi­­dé­­rée par le gouver­­ne­­ment d’Al-Bashir, mais « le problème est que le gouver­­ne­­ment travaillait sur les mêmes sujets que nous, la société civile, mais abso­­lu­­ment pas selon les mêmes pers­­pec­­tives », explique Ikhlas, soudain plus véhé­­mente. « Par exemple, l’au­­to­­no­­mi­­sa­­tion des femmes est bien à l’agenda du gouver­­ne­­ment, mais rien n’a été implé­­menté car il s’agit là plus d’une ques­­tion d’image – parce que le sujet est débattu partout à l’in­­ter­­na­­tio­­nal – qu’autre chose. » Il en va de même pour les ques­­tions des violences sexistes : les élu·e·s ne vont pas en profon­­deur. « Iels ne proposent aucune aide aux victimes, n’or­­ga­­nisent aucune campagne de préven­­tion, ce qui est insensé », s’ex­­clame Ikhlas qui place ainsi beau­­coup d’es­­poir dans ce gouver­­ne­­ment civil.

Les droits des femmes seront-ils désor­­mais une prio­­rité au Soudan ? « Les femmes ont été à la pointe de cette révo­­lu­­tion, leurs problèmes sont très visibles en ce moment en raison de leur impli­­ca­­tion et il est temps que nous en fassions une prio­­rité », précisent les trois repré­­sen­­tantes d’An­­da­­riya. « La Décla­­ra­­tion de liberté et de chan­­ge­­ment contient un para­­graphe sur le respect de la posi­­tion de la femme souda­­naise dans la société et la recon­­nais­­sance de ses droits, ce qui laisse espé­­rer un meilleur état des droits de la femme à l’ave­­nir. »

Cette Décla­­ra­­tion, propo­­sée par la coali­­tion qui regroupe l’op­­po­­si­­tion et l’As­­so­­cia­­tion des profes­­sion­­nels souda­­nais, fer-de-lance de la contes­­ta­­tion, indique clai­­re­­ment vouloir « renfor­­cer le pouvoir des femmes souda­­naises et lutter contre toutes les formes de discri­­mi­­na­­tion et les pratiques oppres­­sives à leur encontre ». Reste à savoir si cette reven­­di­­ca­­tion se trans­­for­­mera en actes concrets. Car les mani­­fes­­tant·e·s sont méfiant·e·s. Iels craignent que l’ar­­mée ne cherche à affai­­blir la contes­­ta­­tion pour contrô­­ler cette période de tran­­si­­tion, alors qu’elle est au cœur du pouvoir depuis près de 30 ans.

Dre Ikhlas Nouh Osman

« La situa­­tion est beau­­coup plus complexe qu’on peut imagi­­ner », confirme Alexan­­dra Sicotte-Lévesque. « Il règne en ce moment au Soudan une atmo­­sphère inquiète pour l’ave­­nir évidem­­ment, mais aussi et surtout exci­­tée et effer­­ves­­cente. » Il ne sera pas simple de « répa­­rer tout ce qu’O­­mar al-Bashir a réalisé pendant trente ans », en appor­­tant plus de confiance et de trans­­pa­­rence. « Mais j’ai espoir que nos demandes répé­­tées abou­­tissent et que nous puis­­sions avoir le nouveau Soudan que nous méri­­tons tou·­­te·s », conclut Ikhlas. En atten­­dant, la révolte conti­­nuera de faire battre le cœur de Khar­­toum.


Couver­­ture : Mani­­fes­­ta­­tions à Khar­­toum le 13 avril 2019. (workers.org)


 

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