par MaloChe | 29 novembre 2016

Masyaf, en Syrie, vers 1191. Le jour éclaire la ville d’une lumière blanche et crue. Des cris d’hommes et de la fumée émanent de la foule qui occupe la place prin­­ci­­pale de la ville, au pied de l’église. Depuis le clocher, l’axe en plon­­gée offre une vue impre­­nable sur la scène. Sur l’es­­trade de la place, tradi­­tion­­nel­­le­­ment réser­­vée aux exécu­­tions, trois gardes Templiers paradent. Ils parcourent les planches de bois de long en large, armés jusqu’aux dents, écar­­tant régu­­liè­­re­­ment les pans de leurs surcots pour lais­­ser appa­­raître leurs lourdes épées. Un faucon trône sur le bras de l’un deux. Un heaume d’acier leur barre le visage. La croix pattée blanche floquée sur leur poitrine ne laisse aucun doute quant à la nature de leur fonc­­tion.

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L’an­­tique cita­­delle de Masyaf
Crédits : DR

Sur le pavé, la foule en liesse crie, hue, en réac­­tion au spec­­tacle qui se déroule sur l’es­­trade et que nul ne peut igno­­rer : trois corps pendus flottent dans le vent. Les visages ont été recou­­verts d’un linge. De son poste d’ob­­ser­­va­­tion haut perché, au sommet du clocher, le maître Assas­­sin guette. Il est vêtu d’une longue bure blanche, ornée une cein­­ture rouge et de four­­reaux dans lesquelles il a dissi­­mulé ses armes et ses muni­­tions. Il est équipé d’une épée, d’une dague et d’une lame secrète, savam­­ment cachée dans la manche de son poignet gauche. Une large capuche dissi­­mule son regard. Seul le bas de son visage appa­­raît. La cloche reten­­tit. Dans un cri stri­dent, le faucon prend son élan et s’élance à pleine vitesse vers le clocher de l’église. En quelques secondes, le maître Assas­­sin a quitté son perchoir pour se fondre dans la foule, clair­­se­­mée mais vivace. Le visage dissi­­mulé sous sa capuche, il avance discrè­­te­­ment vers sa proie, serpen­­tant entre les badauds. Il en effleure quelques-uns. Personne ne le remarque. Parvenu au pied de l’es­­trade, l’homme bran­­dit une arba­­lète et exécute le premier Templier, avant que quiconque n’ait eu le temps de réagir. Il gravit furti­­ve­­ment les quelques marches qui le séparent désor­­mais de la scène. Il évite le second Templier, armé de son épée monu­­men­­tale et lancé vers lui à pleine vitesse, puis l’exé­­cute en lui plan­­tant l’arc de son arba­­lète en pleine poitrine. Les gestes sont vifs et savam­­ment calcu­­lés. Le dernier Templier, plus impo­­sant que les autres et mieux armé, trône désor­­mais face à lui. Le maître Assas­­sin prend son élan et, d’un bond verti­­gi­­neux, s’élance vers le ciel. Le Templier tient son épée d’une main solide et assu­­rée, prêt à contrer l’as­­saillant qui redes­­cend douce­­ment vers lui. La cloche reten­­tit. La lame secrète du maître Assas­­sin vient lente­­ment se loger dans la gorge du Templier. Le coup est fatal. Et dans un vacarme menaçant, le vainqueur du duel s’échappe, dispa­­rais­­sant dans les faubourgs de la ville, aussi rapi­­de­­ment qu’il était arrivé.

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Crédits : Ubisoft

Ainsi débute le premier volet de la saga Assas­­sin’s Creed. Sorti en 2007, ce jeu vidéo a massi­­ve­­ment popu­­la­­risé une légende qui court depuis le XIe siècle : celle de la secte des Assas­­sins. Tantôt décrite comme une société secrète, un groupe de tueurs à gage ou une orga­­ni­­sa­­tion terro­­riste, les Assas­­sins obéis­­saient à des codes hiérar­­chiques et idéo­­lo­­giques extrê­­me­­ment cadrés. Les sources histo­­riques authen­­tiques sont rares. Seuls quelques histo­­riens spécia­­listes des Croi­­sades ont pu effleu­­rer la vérité ce groupe mystique, qu’on asso­­cie souvent à un mode opéra­­toire très codi­­fié et à la consom­­ma­­tion de haschisch et autres psycho­­tropes. Hasan-i Sabbah, fonda­­teur des Assas­­sins à l’aura mystique, consti­­tue la pièce centrale de ce mythe fasci­­nant du monde arabo-musul­­man. Du temps des Croi­­sades aux romans contem­­po­­rains, et jusqu’à la fran­­chise ludique qui se perpé­­tue depuis 2007, comment s’est construite la légende de la secte de Assas­­sins ? Est-il encore possible de distin­­guer l’illu­­sion de la réalité ?

Le Vieux de la Montagne

L’his­­toire mystique d’Hasan-i Sabbah commence en plein Moyen-Âge, dans la période tour­­men­­tée des Croi­­sades. Dans l’is­­lam médié­­val, Sabbah est la tête pensante et le fonda­­teur de la secte chiite des Assas­­sins (ou Hasha­­shins). À l’ori­­gine, dans le monde arabo-musul­­man, les chiites sont des parti­­sans d’Ali, cousin et gendre du prophète Maho­­met. Suite à l’as­­sas­­si­­nat d’Ali en 661, ses parti­­sans ont déve­­loppé une escha­­to­­lo­­gie (une doctrine portant sur le sort ultime de l’homme après sa mort) et un ésoté­­risme à l’égard du Coran (qui, selon eux, possède un sens caché que seuls les initiés peuvent connaître).

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Hasan-i Sabbah

Aujourd’­­hui, le terme de « secte des Assas­­sins » est souvent remplacé par celui d’ « État ismaé­­lien nizâ­­rite ». Car la légende se base sur l’his­­toire des nizâ­­rites, une commu­­nauté chiite qui s’est formée en Perse au XIe siècle. Les nizâ­­rites étaient des adeptes de l’is­­maé­­lisme, un des trois courants de l’is­­lam chiite, mino­­ri­­taire dans la Perse – par ailleurs prin­­ci­­pa­­le­­ment sunnite en ce temps-là. Ces chiites ismaé­­liens ont été très actifs poli­­tique­­ment dans la période de l’Is­­lam médié­­val, exerçant des pratiques telles que la dissi­­mu­­la­­tion (tagiyya) pour croître et diffu­­ser leur foi.  À l’ori­­gine, les ismaé­­liens nizâ­­rites consti­­tuaient donc une branche du chiisme, quelque peu mystique. Les nizâ­­rites consi­­dé­­raient qu’une lecture litté­­rale des textes sacrés en dissi­­mu­­lait plusieurs sens cachés et empê­­chait d’en saisir la signi­­fi­­ca­­tion profonde. Leur vision du Coran s’ap­­puyait ainsi sur un degré d’in­­ter­­pré­­ta­­tion très fort. Par la suite, une muta­­tion s’est opérée au sein de la commu­­nauté nizâ­­rite. Acces­­sible aux seuls initiés, le nizâ­­risme est devenu une pratique élitiste du Coran, quasi-exclu­­sive, ce qui a parti­­cipé à créer une forte distinc­­tion entre ses adeptes et le reste des musul­­mans. Les ismaé­­liens pratiquaient égale­­ment une science secrète, censée confé­­rer à ses adeptes des pouvoirs magiques. Cette science, parfois appe­­lée « la doctrine du droit chemin », s’in­­té­­grait en sept étapes qu’on désigne histo­­rique­­ment par l’étude des « Sept Sebayah ». Parmi ces Sebayah, on trou­­vait le bon usage du haschisch, des drogues sous toutes leurs formes, des poisons, des esprits et de l’hyp­­no­­tisme. Des décen­­nies plus tard, le déclin de cette commu­­nauté a fait entrer l’is­­maé­­lisme réformé des nizâ­­rites dans la clan­­des­­ti­­nité. Pour autant, le mouve­­ment ismaé­­lien a perduré sous le couvert du soufisme (taçaw­­wuf), une pratique mystique de l’Is­­lam, qui existe aujourd’­­hui aussi bien chez les chiites que chez les sunnites. Aux fonde­­ments de leur idéo­­lo­­gie, les nizâ­­rites cher­­chaient à promou­­voir « la paix entre les hommes par l’exal­­ta­­tion du libre-arbitre », selon les mots de l’imam et calife Nizar, duquel une des maximes a servi de credo à l’idéo­­lo­­gie des Assas­­sins : « Rien n’est vrai, tout est permis. » Que sait-on vrai­­ment des Assas­­sins et de leurs fonda­­teurs ? Il est aujourd’­­hui très diffi­­cile de camper sur des certi­­tudes, tant les sources histo­­riques sont minces. Jacques Paviot, profes­­seur d’his­­toire du Moyen Âge à l’uni­­ver­­sité Paris-Est Créteil et spécia­­liste des Croi­­sades nous éclaire sur le fonda­­teur des Assas­­sins, person­­nage central de la légende à venir. Hasan-i Sabbah serait né à Qom, en Perse, en 1050. Dès son plus jeune âge, il aurait reçu une éduca­­tion reli­­gieuse rigou­­reuse et conven­­tion­­nelle, au sein d’une famille qui pratiquait le chiisme duodé­­ci­­main – le courant chiite majo­­ri­­taire. Étudiant en théo­­lo­­gie à l’uni­­ver­­sité de Nisha­­pur, en Perse, Hasan y a rencon­­tré deux cama­­rades : Abou-Ahi-Hasan et Omar Khayyam. À eux trois, ils ont décidé d’un pacte qui les lierait à vie : « Celui d’entre nous qui attein­­dra la gloire et la fortune devra parta­­ger à égalité avec les deux autres. » Abou-Ahi-Hasan devien­­dra par la suite Nizam al-Mulk, grand vizir de Perse, et Omar Khayyam se distin­­guera comme l’un des plus grands mathé­­ma­­ti­­ciens du Moyen Âge.

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Une splen­­dide mosquée chiite bâtie sous l’em­­pire safa­­vide

Dans sa jeune adoles­­cence, Hasan est entré en contact avec des daï ismaé­­liens envoyés par les Fati­­mides, dynas­­tie cali­­fale chiite ismaé­­lienne qui régnait sur un empire qui s’éten­­dait de l’Afrique du Nord à la Sicile en passant par une partie du Moyen-Orient. À l’âge de 17 ans, Hasan s’est converti à l’is­­maé­­lisme et a prêté allé­­geance au calife fati­­mide. Musul­­man assidu et convaincu, il très vite devenu à son tour un prédi­­ca­­teur à l’aura excep­­tion­­nelle.

En 1076, afin de parfaire sa culture reli­­gieuse, et peut-être pour fuir la répres­­sion, Hasan a décidé de mettre les voiles. Il a alors entre­­pris une série de voyages qui l’ont mené en Azer­­baïdjan, en Syrie, en Irak puis en Égypte, où il a posé ses valises en 1078. Le jeune homme y a terminé ses études de théo­­lo­­gie. Trois années durant, l’étu­­diant appliqué et fin prosé­­lyte s’est attelé à propa­­ger la doctrine ismaé­­lienne à la cour du calife Al-Mustan­­sir. Avant d’être reli­­gieux, le projet d’Ha­­san en Égypte était avant tout poli­­tique : il avait l’am­­bi­­tion de porter sur le trône d’Égypte le prince Nizar, un calife chiite, et orches­­trer par son entre­­mise la reconquête de la Perse, alors sunnite. Il s’est alors opposé au vizir et chef de l’ar­­mée Badr al-Djamali. Contraint à l’exil par le vizir, Hasan-i Sabbah n’a eu d’autre choix que de plier bagages une seconde fois, cette fois-ci vers la Syrie. La légende dit qu’en chemin, au milieu des flots battants, alors qu’une tempête faisait rage et menaçait son embar­­ca­­tion, Hasan a décidé de s’age­­nouiller pour s’adon­­ner à des incan­­ta­­tions. À mesure que l’homme débi­­tait ses sourates, les yeux fermés, les flots se sont apai­­sés, les vagues se sont faites plus douces. Une fois parvenu sur les côtes syriennes, Hasan a quitté le navire porté par une nuée de nouveaux fidèles, tota­­le­­ment subju­­gués par l’aura mystique du jeune prédi­­ca­­teur.

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L’as­­cen­­sion est périlleuse jusqu’à la forte­­resse
Crédits : DR

Le premier lieu de refuge d’Ha­­san en Syrie était une forte­­resse nichée dans le Daylam, une zone monta­­gneuse quasi-inac­­ces­­sible qui surplombe la mer Caspienne. La forte­­resse d’Ala­­mût avait été construite en 840 sous la dynas­­tie des Abbas­­sides. Le chef zaydite Mahdi y avait alors établi son quar­­tier géné­­ral, accueillant fidèles et vaga­­bonds. Hasan a décidé d’y loger quelques temps, dans l’ano­­ny­­mat, se mêlant un temps aux mission­­naires de la forte­­resse avant de finir par se présen­­ter offi­­ciel­­le­­ment au maître des lieux, Mahdi. Pers­­pi­­cace et fin stra­­tège, mais surtout jeune homme avide de pouvoir, Hasan a rapi­­de­­ment séduit Mahdi. Il a gagné ses faveurs et celle d’une bonne partie des rési­­dents d’Ala­­mût. Peu à peu, la majo­­rité de la popu­­la­­tion de la forte­­resse a délaissé le zaïdisme pour embras­­ser l’is­­maé­­lisme.

En 1090, avec quelques fidèles, Hasan s’est emparé d’Ala­­mût sans verser le moindre sang. Menacé dans son auto­­rité et désa­­voué, Mahdi a simple­­ment quitté la forte­­resse, qu’Ha­­san a par la suite racheté pour 3 000 dinars d’or. D’autres forte­­resses ont ensuite été prises dans la même région. Réfu­­gié dans les tréfonds du massif de l’El­­bourz, Hasan-i Sabbah a alors fondé l’État ismaé­­lien indé­­pen­­dant. Alamût était donc devenu à la fois un lieu de repré­­sen­­ta­­tion étatique et un lieu de fana­­ti­­sa­­tion pour les membres de cette secte chiite ismaé­­lienne qui reje­­taient tous les prin­­cipes de l’is­­lam conven­­tion­­nel – les Hasha­­shins. Ils se sont égale­­ment instal­­lés, progres­­si­­ve­­ment, dans les montagnes de Syrie, où ils ont gagné plusieurs forte­­resses entre 1126 et 1141. Les Assas­­sins ont alors déve­­loppé une hiérar­­chie stricte : le maître, les grands mission­­naires, les mission­­naires, les compa­­gnons et les adhé­­rents. Hasan-i Sabbah a fina­­le­­ment élu domi­­cile dans ce qui s’ap­­pa­­ren­­tait à un véri­­table bunker, et ce pour le reste de ses jours. On dit qu’il n’en serait plus jamais sorti, pous­­sant le senti­­ment de para­­noïa à son paroxysme. On imagine aisé­­ment que cette vie de réclu­­sion était égale­­ment une manière pour lui d’être vénéré par ses fidèles et craint de ses enne­­mis. Les sites choi­­sis pour y ériger ces forte­­resses n’étaient évidem­­ment pas anodins. Plus le relief était acci­­denté, mieux c’était. « Les pentes très raides servaient à empê­­cher l’ins­­tal­­la­­tion de mines ou d’en­­gins de siège, dans des régions très boisées. Elles permet­­taient d’uti­­li­­ser la pierre pour les construc­­tions et les recons­­truc­­tions. Les terres y étaient fertiles et bien arro­­sées. Les châteaux devaient former un réseau pour assu­­rer leur défense réci­­proque. Ils consti­­tuaient des centres d’en­­sei­­gne­­ment pour les daï (les mission­­naires) », précise le profes­­seur Jacques Paviot. Il ajoute qu’on sait aujourd’­­hui très peu de choses de la vie que ces mission­­naires menaient derrière les murs des forte­­resses. Les quelques sources sûres dont on dispose parlent de conflits de voisi­­nage dans la région et de stra­­té­­gies de défense contre des tenta­­tives d’oc­­cu­­pa­­tion. La vie dans cette vallée de l’El­­brouz semblait parti­­cu­­liè­­re­­ment étrange. Vers la fin du XIIIe siècle, Marco Polo a traversé la Perse. Dans ses récits de voyage, il a tenté de décrire cette région, faisant par la même occa­­sion la descrip­­tion de la demeure d’Ala­­mût, même si la véra­­cité de ses dires n’est pas prou­­vée et demeure contes­­tée.

Une reconstitution de la forteresse d'Alamût
Une recons­­ti­­tu­­tion imagi­­naire de la forte­­resse d’Ala­­mût

Il évoquait une forte­­resse en « nid d’aigle », au jardin luxu­­riant et à la biblio­­thèque abon­­dante. Il dépei­­gnait un château majes­­tueux perché au sommet d’un pic et dissi­­mulé dans la roche. Le jardin secret d’Ala­­mût, compa­­rable à un véri­­table para­­dis et dont seul Hasan déte­­nait les clés, était exclu­­si­­ve­­ment réservé aux initiés dési­­gnés par le maître, puis invi­­tés à y péné­­trer. « Marco Polo rapporte qu’Ha­­san-i Sabbah y avait fait faire, dans une vallée, un magni­­fique jardin où coulaient du vin, du lait, du miel, de l’eau », raconte Jacques Paviot. « Elle évoquait ainsi le para­­dis, ce qui est le propre de tous les jardins musul­­mans. » Hasan est progres­­si­­ve­­ment devenu celui que l’on appelle le « Vieux de la Montagne », dont la demeure, Alamût, était le bastion et le centre névral­­gique des Assas­­sins. Sa secte était progres­­si­­ve­­ment deve­­nue un des groupes les plus redou­­tés et mysté­­rieux opérant qui opéraient dans le monde arabo-musul­­man et en Perse en ce temps-là.

Nais­­sance d’un mythe

Une fois la supré­­ma­­tie d’Ala­­mût établie dans la région, les Assas­­sins ont eu pour mission de répandre la parole ismaé­­lienne dans la vallée, afin de conver­­tir les popu­­la­­tions locales à cette branche mino­­ri­­taire de l’is­­lam chiite. Par leur entre­­mise, le Vieux de la Montagne a tissé peu à peu un réseau d’in­­fluence occulte et poli­­tique sur toute l’Asie occi­­den­­tale, orches­­trant exécu­­tions de haut gradés et dispa­­ri­­tions forcées. Il usait abon­­dam­­ment de ces pratiques pour asseoir la puis­­sance de son groupe, faire régner la terreur et impo­­ser le respect. Bien­­tôt, la majo­­rité de la popu­­la­­tion du Daylam s’est conver­­tie à l’is­­maé­­lisme. Hasan-i Sabbah est devenu le chef de gang le plus puis­­sant, le plus craint et le plus impi­­toyable de la région. Les sources histo­­riques fiables – arabes pour la plupart – permet­­tant de conter la véri­­table histoire des Assas­­sins, sont très rares. Nous connais­­sons surtout l’his­­toire des nizâ­­rites chiites à travers ce que les sunnites en ont raconté.

À la fin du XIe siècle, les Assas­­sins ont trans­­formé la forte­­resse en un quar­­tier géné­­ral impé­­né­­trable.

À partir de la Troi­­sième Croi­­sade, des écri­­vains et histo­­riens qui faisaient partie de l’en­­tou­­rage de Frédé­­ric Barbe­­rousse, empe­­reur germa­­nique, Philippe Auguste, roi de France, et Richard Cœur de Lion, roi d’An­­gle­­terre, sont entrés en contact avec l’his­­toire des Assas­­sins. Dans le monde occi­­den­­tal, le premier à évoquer les Assas­­sins, dans la deuxième moitié du XIIe siècle, vers 1270, est Benja­­min de Tudèle (1130 – 1173), un rabbin juif espa­­gnol qui avait entre­­pris un pèle­­ri­­nage en Terre Sainte. Dans ses carnets de voyage, il raconte l’his­­toire de ce groupe et de son chef charis­­ma­­tique, qu’il a rencon­­tré en Syrie. Mais ses écrits, rédi­­gés en hébreu, ont peu circulé dans le monde latin. Guillaume de Tyr (1130 – 1184), grand histo­­rien de l’Orient latin, a égale­­ment parti­­cipé à la construc­­tion du maigre héri­­tage que nous possé­­dons aujourd’­­hui. Homme très cultivé, histo­­rien des Croi­­sades maîtri­­sant l’arabe, il a beau­­coup décrit les Assas­­sins. Son récit est certai­­ne­­ment le plus proche de la réalité, même s’il a gran­­de­­ment parti­­cipé à la diffu­­sion de la légende dans toute l’Eu­­rope et en France. Nasir al-Din al-Tusi (1201 – 1274) était un des philo­­sophes et intel­­lec­­tuels les plus impor­­tants du chiisme duodé­­ci­­main, en son temps.

Au début du XIIIe siècle, il a beau­­coup fréquenté la biblio­­thèque d’Ala­­mût. Il en a conservé quelques ouvrages scien­­ti­­fiques, comp­­tant ainsi parmi les rares témoins histo­­riques de la confré­­rie des Assas­­sins. Il était présent lors de la prise d’Ala­­mût par les Mongols. Il en a fait le récit dans son ouvrage La Convo­­ca­­tion d’Ala­­mût, Rawdat al-taslîm (litté­­ra­­le­­ment, « le jardin de la soumis­­sion »). Le reste de l’en­­tou­­rage des belli­­gé­­rants des Croi­­sades a progres­­si­­ve­­ment diffusé des écrits qui ne s’at­­ta­­chaient plus vrai­­ment à la réalité mais qui, au contraire, la défor­­maient partiel­­le­­ment. En 1192, la mort de Conrad de Mont­­fer­­rat, roi dési­­gné de Jéru­­sa­­lem qui n’avait pas encore été investi, auraient été ourdie par deux membres de l’ordre des Assas­­sins. Cet acte a énor­­mé­­ment impres­­sionné, tous les histo­­riens l’ont raconté ce qui a immé­­dia­­te­­ment donné une portée plus impor­­tante au groupe.

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Les ruines de la forte­­resse d’Ala­­mût
Crédits : DR

Ces écrits ont construit la légende des Assas­­sins qu’on connaît aujourd’­­hui. Celle d’un groupe de fana­­tiques déli­­rants, aux pratiques mystiques, à l’uni­­vers fantas­­tique, dont le mythe et la réalité sont deve­­nus indis­­so­­ciables.

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À partir de la fin du XIe siècle, les Assas­­sins ont trans­­formé la forte­­resse accro­­chée à flan de colline en un quar­­tier géné­­ral impé­­né­­trable, si bien que les récits souvent fantas­­ma­­go­­riques sur lesquels nous nous appuyons aujourd’­­hui relèvent parfois de l’ima­­gi­­naire. À Alamût, des systèmes de défense simplistes mais infaillibles empê­­chaient suppo­­sé­­ment toute attaque enne­­mie ou tenta­­tive de prise de la base. D’énormes blocs de roches étaient stockés au sommet de l’unique chemin escarpé qui permet­­tait d’ac­­cé­­der au sommet. Quiconque osait entre­­prendre l’as­­cen­­sion de la montagne s’ex­­po­­sait alors à une dégrin­­go­­lade inopi­­née de caillasse. Le bunker renfer­­mait d’in­­nom­­brables silos à grains et d’énormes réserves d’eau qui, en cas de siège, auraient permis aux Assas­­sins de tenir durant deux années entières. Le relief rendait visible à des kilo­­mètres le moindre mouve­­ment ennemi. Aucune source d’eau ne risquait d’être empoi­­son­­née, et aucune faille n’était permise.

On sait qu’A­­la­­mût n’était pas l’unique fief des Assas­­sins, qui à mesure qu’ils avaient gagné en puis­­sance, avaient déve­­loppé de nouveaux quar­­tiers géné­­raux, jusqu’en Syrie. La légende raconte que les diffé­­rentes forte­­resses des nizâ­­rites étaient toutes connec­­tées par un système basé sur des signaux lumi­­neux, simple­­ment trans­­mis à l’aide de miroirs. Une monnaie alter­­na­­tive aurait circulé à Alamût, affir­­mant le désir d’in­­dé­­pen­­dance étatique d’Ha­­san-i Sabbah. L’aura parti­­cu­­lière de Sabbah tenait d’une part à son impre­­nable demeure, mais égale­­ment à l’in­­fluence et à l’au­­to­­rité qu’il parve­­nait à exer­­cer au-delà de ses murs, par l’in­­ter­­mé­­diaire de ses subal­­ternes. Son obses­­sion de l’iso­­le­­ment et sa para­­noïa, plutôt que de lui nuire, lui ont permis de déve­­lop­­per une incroyable capa­­cité à mener ses troupes d’une main de fer. « Il faut que votre foi vous rende entre mes mains aussi dociles que le cadavre entre celles du laveur des morts », scan­­dait-il régu­­liè­­re­­ment à ses fidèles de la première heure.

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La forte­­resse se dres­­sait jadis au sommet
Crédits : DR

LISEZ ICI LA SUITE DE L’HISTOIRE

COMMENT LA SECTE DES ASSASSINS EST DEVENUE IMMORTELLE

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Couver­­ture : Un artwork d’As­­sas­­sin’s Creed. (Ubisoft)


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