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par Mark G. Hanna | 9 février 2017

À bras ouverts

En 1701, Moses Butter­­worth crou­­pis­­sait en prison à Midd­­le­­town, dans le New Jersey, accusé de pira­­te­­rie. Comme beau­­coup de jeunes hommes basés en Angle­­terre ou dans ses colo­­nies, il avait rejoint un équi­­page qui sillon­­nait l’océan Indien dans le but de piller des navires de l’Empire moghol musul­­man. Au cours des années 1690, ces pirates avaient déva­­lisé des vais­­seaux remplis d’or, de bijoux, de soie et de cali­­cot en route pour faire leur hajj vers La Mecque. Après de grandes victoires, nombre de ces hommes rejoi­­gnirent l’At­­lan­­tique en passant par Mada­­gas­­car, puis les côtes nord-améri­­caines, où ils accos­­tèrent tranquille­­ment et s’ins­­tal­­lèrent, que ce fût à Char­­les­­ton, à Phila­­del­­phie, dans le New Jersey, à New York, à Newport ou Boston.

Un bâteau pirate
Crédits : Howard Pyle

Lors de son arres­­ta­­tion, Butter­­worth avoua aux auto­­ri­­tés qu’il avait servi sous les ordres du célèbre capi­­taine William Kidd et que c’était avec lui qu’il avait débarqué à Boston avant de venir s’ins­­tal­­ler dans le New Jersey. Après ces aveux acca­­blants, le gouver­­neur Andrew Hamil­­ton et son entou­­rage se hâtèrent de pour­­suivre Butter­­worth pour ses crimes.  Mais Butter­­worth le fanfa­­ron ne manquait pas de soutiens. Dans un retour­­ne­­ment de situa­­tion inat­­tendu, Samuel Willet, un chef local, envoya un tambour, Thomas John­­son, sonner l’alarme et rassem­­bler un groupe d’hommes armés de pisto­­lets et de gour­­dins pour attaquer le tribu­­nal.

D’après un rapport, on ne comp­­tait pas moins d’une centaine de rési­­dents de l’est du New Jersey déchaî­­nés de fureur. Les cris des hommes et les batte­­ments du tambour rendirent impos­­sible tout inter­­­ro­­ga­­toire de Butter­­worth au sujet de ses rela­­tions sociales et finan­­cières avec la bour­­geoi­­sie de Monmouth. Armés de bâtons, Benja­­min et Richard Borden, qui habi­­taient la ville, libé­­rèrent Butter­­worth des auto­­ri­­tés colo­­niales. Le juge et le shérif dres­­sèrent leurs épées et bles­­sèrent les deux Borden dans la bagarre. Peu après cepen­­dant, le juge et le shérif furent repous­­sés par la foule qui parvint à faire s’échap­­per Butter­­worth. Les émeu­­tiers s’em­­pa­­rèrent ensuite du gouver­­neur Hamil­­ton et de ses suppor­­ters, ainsi que du shérif, et les firent prison­­niers dans la demeure de Butter­­worth. Un témoin assura que ce n’était pas un soulè­­ve­­ment spon­­tané mais « un plan établi de longue date », étant donné que les meneurs « abri­­taient un pirate depuis un bon moment, menaçant toute personne propo­­sant de le faire arrê­­ter ». Le gouver­­neur Hamil­­ton sentait que sa vie n’avait tenu qu’à un fil. Si les Borden avaient été tués dans la mêlée, dit-il, il aurait été exécuté. Il fut retenu quatre jours, jusqu’à ce que Butter­­worth fût libre et en sécu­­rité. Les évasions et les émeutes en soutien à de suppo­­sés pirates étaient monnaie courante dans l’Em­­pire britan­­nique à la fin du XVIIe siècle. Les chefs poli­­tiques locaux proté­­geaient ouver­­te­­ment des hommes qui avaient commis des actes de pira­­te­­rie contre des forces alliées ou en paix avec l’An­­gle­­terre.

En fait, la plupart d’entre eux se proté­­geaient eux-mêmes : les colons voulaient empê­­cher des dépo­­si­­tions prou­­vant qu’ils avaient accueilli des pirates dans leurs ports ou acheté leurs biens. Certains insti­­ga­­teurs avaient des pirates comme beau-fils. Il y avait aussi des raisons moins maté­­ria­­listes expliquant pourquoi des membres haut placés de la commu­­nauté se rebel­­laient pour soute­­nir les marau­­deurs des mers.

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Portrait du capi­­taine William Kidd

Beau­­coup de colons crai­­gnaient que les mesures répres­­sives à l’en­­contre de la pira­­te­­rie ne masquent en réalité des inten­­tions plus sombres : l’im­­po­­si­­tion de l’au­­to­­rité royale, l’ins­­tau­­ra­­tion de tribu­­naux de la marine sans juge­­ment de ses pairs, ou l’éta­­blis­­se­­ment forcé de l’église angli­­cane. Aider ouver­­te­­ment un pirate à s’éva­­der était aussi une façon de mani­­fes­­ter son désac­­cord avec une poli­­tique qui inter­­­fé­­rait dans le commerce de lingots, d’es­­claves ou de produits de luxe comme la soie et le cali­­cot de l’océan Indien. Les actes de rébel­­lion répé­­tés contre les auto­­ri­­tés royales en soutien à des hommes qui avaient commis des actes crimi­­nels flagrants m’ont poussé à passer dix ans à faire des recherches sur les pirates. J’ai analysé dans un livre l’avè­­ne­­ment et la chute de la pira­­te­­rie inter­­­na­­tio­­nale, du point de vue des colo­­nies de l’An­­gle­­terre, depuis les débuts de l’em­­pire jusqu’à sa conso­­li­­da­­tion admi­­nis­­tra­­tive. Alors qu’on les décrit souvent comme des aven­­tu­­riers des hautes mers, les pirates ont joué un rôle crucial à terre, en contri­­buant au déve­­lop­­pe­­ment commer­­cial et écono­­mique des infra­s­truc­­tures des villes portuaires dans les colo­­nies améri­­caines. On trou­­vait des pirates dans presque toutes les villes de la côte Atlan­­tique. Mais seules certaines d’entre elles étaient connues comme des « nids à pirates », un terme péjo­­ra­­tif utilisé par les roya­­listes et les douanes offi­­cielles. Beau­­coup des pirates les plus célèbres ont commencé leur carrière dans ces ports.

D’autres établirent des liens encore plus forts avec ces villes, en deve­­nant des membres respec­­tés de l’élite locale. Contrai­­re­­ment aux monstres grognant et complè­­te­­ment ivres qui peuplent les livres pour enfants, ces pirates-là dépen­­saient leurs butins en poulets et en cochons, dans l’es­­poir de se construire des vies plus placides et une sécu­­rité finan­­cière à terre.

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Char­­les­­ton, nid à pirates

La vérité sur les pirates

Enfant, je ne m’in­­té­­res­­sais pas du tout à la pira­­te­­rie. Je ne me suis jamais déguisé en pirate pour Hallo­­ween, et je n’ai même jamais lu d’his­­toires de pirates. J’ai fait mes études à Harvard, en espé­­rant écrire au sujet de la pater­­nité dans les premiers temps de l’Amé­­rique. Durant ma troi­­sième année, j’ai présenté à mes collègues un essai de trente pages qui devien­­drait, je l’es­­pé­­rais, un chapitre de ma thèse. L’es­­sai concer­­nait William Harris, un des premiers colons de Rhode Island, qui s’est consti­­tué un immense domaine grâce à des tech­­niques de commerce astu­­cieuses et des contrats pas toujours très légaux. Puri­­tain, Harris adopta le style d’un Abra­­ham du Nouveau Monde prêt à peupler un nouveau Canaan. Il rédi­­gea un testa­­ment qui couvrait sept géné­­ra­­tions. En 1680, cepen­­dant, le vieil homme faisait route vers Londres lorsque son navire fut saisi par des pirates algé­­riens. Sur le marché central de la grande ville forti­­fiée d’Al­­ger, Harris fut vendu comme esclave à un riche marchand. L’homme, autre­­fois puis­­sant, envoya des lettres de suppli­­ca­­tion à Rhode Island, suppliant ses amis de payer une rançon et deman­­dant à sa femme de vendre une partie de ses biens. Il suppliait : « Si vous ne payez pas la somme à temps, je vais sûre­­ment mourir. Mon ravis­­seur est telle­­ment cruel et avide. Je ne vis que de pain et d’eau. » Après deux années d’abject escla­­vage, Harris devint l’un des rares chan­­ceux à être échangé contre une rançon. Le patriarche retourna à Londres où, après quelques semaines passées sur le sol chré­­tien, il mourut, épuisé.

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La flotte anglo-néer­­lan­­daise dans la baie d’Al­­ger, au XVIIe siècle

L’épi­­sode d’Al­­ger était margi­­nal dans mon exposé plus large sur la pater­­nité. Mais les conver­­sa­­tions qui suivirent n’avaient qu’un seul centre d’in­­té­­rêt : la pira­­te­­rie. C’était quelques années avant que le film Pirate des Caraïbes ait le succès qu’on connaît. Un de mes collègues, qui travaillait sur les familles vivant en Amérique, avait remarqué que les habi­­tants de Caro­­line du Sud avaient semblé étran­­ge­­ment peu surpris de voir des pirates débarquer dans les années 1680. Un autre collègue était tombé sur l’his­­toire d’un pirate qui, arrivé à Newport dans les années 1690, avait acheté des terres, s’était installé et était devenu offi­­cier des douanes. J’étais tiraillé entre cet inté­­rêt notable pour les pirates et mon inté­­rêt pour les pères fonda­­teurs. J’avais déjà passé mes examens. Je ne connais­­sais rien à la pira­­te­­rie. Et puisque peu d’uni­­ver­­si­­taires avaient écrit sur les pirates, je me disais que ce n’était pas un sujet impor­­tant. Pour­­tant il était là, à l’abor­­dage de mon programme de recherche sans en avoir reçu l’au­­to­­ri­­sa­­tion. Perturbé, j’ai trouvé un accord avec mon tuteur pour pouvoir passer un mois dans les archives à exami­­ner les rapports gouver­­ne­­men­­taux et les corres­­pon­­dances offi­­cielles et trou­­ver plus d’in­­for­­ma­­tions. Il m’est vite apparu que les pirates étaient partout. Mais ils n’étaient pas ce qu’ils semblaient être. Ce n’étaient pas des fous furieux anti­­so­­ciaux. Du moins pas au XVIIe siècle. Comme Moses Butter­­worth, beau­­coup d’entre eux étaient bien accueillis dans les commu­­nau­­tés colo­­niales. Ils épou­­saient des femmes locales, et ache­­taient des terres et du bétail. Le pirate James Brown a même épousé la fille du gouver­­neur de Penn­­syl­­va­­nie, avant d’être nommé à l’as­­sem­­blée de l’État.

C’est là que mon absence d’in­­té­­rêt pour la pira­­te­­rie étant enfant a payé.

Il semblait que les pirates pouvaient être civils, bons voisins et respec­­tueux de la loi. Pourquoi personne n’en avait jamais parlé ? J’ai décidé d’en faire ma spécia­­lité. En se foca­­li­­sant trop sur le détail de leurs champs d’ex­­per­­tise respec­­tifs, les histo­­riens avaient omis de remarquer à quel point la pira­­te­­rie avait pris part à la vie colo­­niale. La place réelle de la pira­­te­­rie dans l’his­­toire améri­­caine n’a jamais été recon­­nue, juste­­ment parce qu’elle était trop connue du monde anglo-saxon du XVIIe siècle. Au début de l’ère des colo­­nies, les attaques de pirates étaient monnaie courante, une plaie inévi­­table de la vie mari­­time, et elles ne faisaient l’objet que d’anec­­dotes diver­­tis­­santes et secon­­daires. La préva­­lence de la pira­­te­­rie dans les histoires pour enfants et les block­­bus­­ters a aussi compliqué la tâche aux histo­­riens voulant débar­­ras­­ser le sujet de cette image­­rie roman­­tique. C’est là que mon absence d’in­­té­­rêt pour la pira­­te­­rie étant enfant a payé. Je me suis embarqué dans ces recherches en pur histo­­rien, pas en fan.

Le fléau

Histo­­riens et roman­­ciers ont tous décrit les pirates comme reti­­rés de la vie civi­­li­­sée. Hubert Deschamps, dans son livre de 1949, Les pirates à Mada­­gas­­car, a établi ce qui est devenu un refrain stan­­dard : « Les pirates étaient une race à part, née de la mer et d’un rêve brutal, un peuple libre, déta­­ché des autres socié­­tés humaines et du futur, sans enfant ou personnes âgées, sans maisons et sans cime­­tières, sans espoir mais non sans audace, un peuple pour qui l’atro­­cité était un choix de carrière et la mort une certi­­tude du lende­­main. »

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Une carte de Mada­­gas­­car

D’après les termes employés par le juge de la Marine Sir Leoline Jenkins, les juristes du XVIIe siècle défi­­nis­­saient les pirates comme hostis humani gene­­ris, c’est-à-dire « enne­­mis non d’une nation ou d’un type d’hu­­main, mais de toute l’hu­­ma­­nité ». Étant donné que les pirates ne béné­­fi­­ciaient de la protec­­tion légale d’au­­cun prince, nations ou organe de loi, « tout un chacun peut être commis­­sionné et armé contre eux, comme contre des rebelles et des traîtres, pour les soumettre et les défaire ». Les histo­­riens contem­­po­­rains ont eu tendance à utili­­ser les pirates à leurs propres fins, en les décri­­vant comme des rebelles contre les conven­­tions. Leurs pirates s’en prennent au capi­­ta­­lisme nais­­sant et remettent en ques­­tion les normes sexuelles oppres­­sives. Ils sont consi­­dé­­rés comme pro-fémi­­nistes et soute­­nant l’uto­­pie de l’ho­­mo­­so­­cia­­lité. Ils s’op­­posent aux hiérar­­chies sociales oppres­­sives en faisant l’éta­­lage d’une grande élégance ou en portant des vête­­ments flam­­boyants bien au-dessus de leur classe sociale. Ils défient la notion de race, en prou­­vant leur déta­­che­­ment par la présence à bord de membres d’équi­­page noirs. Moses Butter­­worth, cepen­­dant, ne faisait rien de tel. Les vrais rebelles étaient des gens comme Samuel Willet, les figures de l’ordre établi à terre qui menèrent des émeutes contre l’au­­to­­rité de la couronne. Ce sont des membres de l’élite de la société colo­­niale, gouver­­neurs ou marchands, qui ont soutenu la pira­­te­­rie en géné­­ral, pas des gens issus du prolé­­ta­­riat. La culture popu­­laire a enfermé les pirates dans l’image d’anar­­chistes au langage fleuri et aux vête­­ments iden­­ti­­fiables par n’im­­porte quel enfant de cinq ans.

En réalité, l’image qu’on se fait des pirates ne corres­­pond qu’à une décen­­nie de l’his­­toire : de 1716 à 1726. Avant ça, la pira­­te­­rie recou­­vrait un large spectre d’ac­­ti­­vi­­tés, de la plus folle à la plus héroïque. Beau­­coup d’his­­to­­riens, comme beau­­coup d’ama­­teurs d’his­­toires de pirates, écrivent sur la pira­­te­­rie comme sur un phéno­­mène homo­­gène. C’est sur cette base que sont fondés des événe­­ments comme la Jour­­née inter­­­na­­tio­­nale du parler pirate (le 19 septembre) ou le costume porté par Jack Spar­­row. Quand on me demande si ces faits sont exacts, je donne la réponse typique d’his­­to­­rien : ça dépend où et quand. Pour la période précé­­dant les trai­­tés d’Utrecht de 1713, mieux vaut évoquer des marins commet­­tant des actes de pira­­te­­rie, plutôt que des « pirates » à propre­­ment parler. Imagi­­nez un gamin de dix ans qui se fait prendre à voler des bonbons dans une épice­­rie. S’il tire les leçons de son acte, il serait injuste de le quali­­fier de voleur à l’âge adulte. S’il passe un docto­­rat et devient un histo­­rien respecté, il sera plus logique de le quali­­fier de profes­­seur. Il y a certai­­ne­­ment eu des capi­­taines flam­­boyants au statut légen­­daire qui n’ont jamais consi­­déré faire carrière dans le commerce légal. Mais la plupart espé­­raient juste faire un gros coup et utili­­ser leur butin pour rejoindre les classes moyennes ou huppées de la société colo­­niale.

Une des raisons qui font que la pira­­te­­rie était plus une phase qu’un choix de vie pour ces hommes est que les êtres humains ne sont pas faits pour vivre sur les mers. La mer est un milieu hostile qui offre peu des plai­­sirs propo­­sés par la société à terre. Les pirates avaient besoin de nettoyer et répa­­rer leurs bateaux, de se réap­­pro­­vi­­sion­­ner en bois et en eau, de recru­­ter des équi­­pages, de faire des papiers, de vendre leurs biens et d’ob­­te­­nir satis­­fac­­tion sur le plan sexuel. Pour faire simple : à quoi bon avoir de l’or et de l’argent en pleine mer ? pourquoi risque­­rait-on sa vie dans un monde marin hostile s’il n’y a en réalité aucune chance de pouvoir dépen­­ser son butin ? « Une vie courte et heureuse » n’était pas le mot d’ordre de la majo­­rité des pirates de la fin du XVIIe siècle. Jusqu’aux années 1710, les pirates anglais avaient presque tous un endroit où aller dépen­­ser leur argent, se ranger quelques jours ou même pour de bon. Aux Archives natio­­nales d’An­­gle­­terre, on trouve notam­­ment une péti­­tion signée par 48 femmes de pirates recon­­nus, suppliant la couronne de pardon­­ner leurs maris afin qu’ils puissent rentrer à la maison s’oc­­cu­­per de leurs familles. Rentrer à Londres n’était pas une option envi­­sa­­geable pour la plupart de ces marins ; s’ins­­tal­­ler dans les colo­­nies améri­­caines était ce qui s’en rappro­­chait le plus.

Henry Morgan
Crédits : Edward Mortel­­mans

Le soutien à la pira­­te­­rie en péri­­phé­­rie de l’éta­­blis­­se­­ment de l’em­­pire d’An­­gle­­terre remonte aux premières tenta­­tives de traver­­sée des océans par des capi­­taines anglais. Les nids à pirates appa­­raissent d’abord dans l’An­­gle­­terre de la reine Eliza­­beth, où la pira­­te­­rie béné­­fi­­cie de la protec­­tion active de commu­­nau­­tés portuaires, à Devon et à Corn­­wall. L’as­­cen­­sion de Jacques Iᵉʳ coïn­­cide avec la migra­­tion de l’éco­­no­­mie de butins de l’An­­gle­­terre vers des côtes éloi­­gnées. Des commu­­nau­­tés puri­­taines d’Ir­­lande, bien­­tôt rejointes par les commu­­nau­­tés nais­­santes de James­­town, des Bermudes, de New Plymouth et de Boston, se mirent à soute­­nir les marau­­deurs des mers hors-la-loi. Avec la conquête de la Jamaïque en 1655, Port Royal devint un nid à pirates célèbre, dirigé par Henry Morgan, dont les attaques contre les Espa­­gnols étaient défen­­dues par le gouver­­neur de la colo­­nie et son conseil.

Dès les années 1680, les pirates, habi­­tués à marau­­der le long de la route mari­­time espa­­gnole ou le long des côtes chiliennes et péru­­viennes dites des mers du Sud, se mirent à jeter l’ancre dans les colo­­nies nord améri­­caines. Dans les années 1690, des hommes comme Moses Butter­­worth rejoi­­gnirent des équi­­pages quit­­tant les ports colo­­niaux pour l’océan Indien, pour s’éta­­blir à Mada­­gas­­car. À partir de 1696, le soutien à la pira­­te­­rie commença à être menacé par les efforts du parle­­ment pour réfor­­mer l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion légale et poli­­tique des colo­­nies. Les premières tenta­­tives visant à mieux régu­­ler les colo­­nies s’étaient heur­­tées à une résis­­tance compa­­rable aux émeutes ayant provoqué l’éva­­sion de Moses Butter­­worth en 1701. Les repré­­sen­­tants offi­­ciels du royaume se battaient avec l’élite colo­­niale pour le contrôle du système judi­­ciaire, le choix des gouver­­neurs, des poli­­tiques écono­­miques et d’autres sujets. Mais la trans­­for­­ma­­tion de la loi, des poli­­tiques, de l’éco­­no­­mie, et même de la culture popu­­laire sur une période de temps rela­­ti­­ve­­ment courte, convainquit bien­­tôt les colons de l’avan­­tage des béné­­fices à long terme du commerce légal par rapport aux béné­­fices à court terme du marché de la pira­­te­­rie. Après avoir été tiré de prison, Moses Butter­­worth se rendit à Newport où, en 1704, il devint le capi­­taine d’un sloop qui navi­­guait aux côtés d’un navire de guerre anglais à la pour­­suite de marins anglais déser­­teurs. L’an­­cien pirate était devenu un chas­­seur de pira­­tes…

L’ex­­pan­­sion du commerce, parti­­cu­­liè­­re­­ment celui des esclaves, cimenta un ordre social colo­­nial de plus en plus menacé par l’ins­­ta­­bi­­lité en mer et de moins en moins tolé­­rant à l’égard de la mobi­­lité sociale à terre. Ce chan­­ge­­ment d’at­­ti­­tude mena à la période qu’on appelle « la guerre contre les pirates » – de 1716 à 1726, grosso modo – et à l’avè­­ne­­ment des marau­­deurs des mers qui, avec peu d’es­­poir de pouvoir un jour retour­­ner vivre à terre, s’en prenaient à leur propre nation. C’est l’époque de person­­nages comme Barbe Noire (Edward Teach), Bartho­­lo­­mew Roberts, et de femmes pirates comme Anne Bonny et Mary Read, des rebelles hauts en couleur qui vivaient dange­­reu­­se­­ment et incar­­naient parfai­­te­­ment la légende. Alors que pendant des siècles les pirates avaient navi­­gué sous le pavillon de leur nation ou de princes étran­­gers, ils voguaient à présent – et ils étaient pendus – sous des drapeaux de leur propre inven­­tion. Doré­­na­­vant reje­­tés par les élites colo­­niales, ces vais­­seaux hors-la-loi se détour­­naient des côtes qui abri­­taient autre­­fois les nids à pirates. En 1718 et en 1723, dans les ports de Newport, à Rhode Island, et de Char­­les­­ton, en Caro­­line du Sud, des équi­­pages, de respec­­ti­­ve­­ment 23 et 26 pirates, furent jugés et pendus. Ce sont les deux plus grandes exécu­­tions de masse qui n’im­­pliquent pas des esclaves ayant eu lieu dans l’Amé­­rique colo­­niale. En consé­quence de quoi, à la fin des années 1720, le fléau de la pira­­te­­rie avait large­­ment disparu.

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Anne Bonny

Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret d’après l’ar­­ticle « A Lot of What Is Known about Pirates Is Not True, and a Lot of What Is True Is Not Known », paru dans Huma­­ni­­ties. Couver­­ture : Le capi­­taine Kidd dans le port de New York. (Jean Leon Gerome Ferris)


HISTOIRE POLITIQUE DE LA PIRATERIE

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De la Grèce antique jusqu’à la Soma­­lie contem­­po­­raine : 3 000 ans d’aven­­ture et de brigan­­dage en mer.

En l’an 78 avant Jésus-Christ, un jeune homme aux manières précieuses et à l’air hautain prend la mer. Banni de Rome par Sylla, il se rend à Rhodes accom­­pa­­gné d’es­­claves, afin de s’ins­­truire des arts perfides de la rhéto­­rique. Une troupe de pirates le capture alors et demande une rançon de 20 talents contre sa vie. Orgueilleux à souhait, le bel éphèbe rétorque que sa vie en vaut au moins 50, et que son ravis­­seur n’en­­tend rien à son propre métier s’il n’est pas capable de mesu­­rer la valeur d’un homme. Ce jeune homme n’est autre que Jules César. Il échappa mira­­cu­­leu­­se­­ment à une mort cruelle, fit brûler ses tortion­­naires et devint l’homme qu’on connaît. Main­­te­­nant, suppo­­sons un instant que le plus mythique des géné­­raux latins eut succombé : que serait deve­­nue la péren­­nité de Rome, ses lois, sa culture, ses conquêtes ? La face de l’his­­toire eut été radi­­ca­­le­­ment chan­­gée par la pira­­te­­rie. Ils sont sangui­­naires, impi­­toyables, naviguent sous des voiles noires et rendent la mer rouge de sang. Ils s’en­ivrent de rhum et voguent à la conquête de tous les vices, capturent les belles et massacrent les braves gens : les rêve­­ries filan­­dreuses de notre enfance, tout le folk­­lore cultu­­rel de la pira­­te­­rie est souvent véri­­fiable. Mais, en marge de ces anec­­dotes, le pirate est un para­­site obstiné qui traversa les siècles et influença le cours de l’His­­toire à maintes reprises. De la Grèce antique à la Corne de l’Afrique en passant par Tortuga, il est le « commu­­nis hostis omnium » : l’en­­nemi commun à tous. Pour­­tant, l’idée de pira­­te­­rie est toujours l’objet d’un attrait diffi­­ci­­le­­ment palpable.

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