par Mark Hay | 7 septembre 2014

L’éveil d’une pratique ances­­trale

Anatoly Tokar a attrapé son premier éper­­vier à l’ins­­tinct. Encou­­ragé par les chants d’oi­­seau et les contes des marchés aux oiseaux de Kiev, sa ville natale en Ukraine, il avait commencé à attra­­per des passe­­reaux dès l’âge de douze ans. Lorsqu’un jour, il vit un faucon fondre sur un passe­­reau qu’il avait capturé, il décida alors de le captu­­rer, lui-aussi, dans son filet. « C’est sans doute ainsi que [l’in­­ven­­tion de la faucon­­ne­­rie] a vu le jour il y a plusieurs siècles », précise Tokar. « Il faut juste fran­­chir le pas. » L’Ukraine n’ayant pas de commu­­nauté de faucon­­niers, il a dû s’en­­traî­­ner seul à la faucon­­ne­­rie en utili­­sant unique­­ment ses rares connais­­sances et les dix pages d’un manuel du XIXe siècle en russe sur l’art d’at­­tra­­per des cailles grâce à des éper­­viers. Plus tard, devenu herpé­­to­­lo­­giste et s’étant installé dans le nord de l’État de New York, Tokar pensait alors que ses histoires de faucons n’in­­té­­res­­saient que lui.

Bien que la faucon­­ne­­rie ait souvent été asso­­ciée à l’Eu­­rope médié­­vale ou aux steppes de l’Asie centrale, elle a aussi marqué l’his­­toire de l’Amé­­rique.

Mais il s’avère que le gouver­­ne­­ment des États-Unis est tout aussi inté­­ressé par la faucon­­ne­­rie. Assez pour que, en 2008, l’édi­­tion améri­­caine de Fish and Wild­­life Service publie un rapport de 64 pages sur les huit règles essen­­tielles qui limite la capture de jeunes faucons pèle­­rins par des faucon­­niers. Le rapport stipule que l’on peut captu­­rer 116 pous­­sins et jeunes faucons à l’ouest du 110e méri­­dien, Alaska inclus ; et 36 jeunes faucons à l’est du même méri­­dien. À travers des centaines de pages sur la légis­­la­­tion et la régu­­la­­tion liées à la faucon­­ne­­rie, les auto­­ri­­tés fédé­­rales et étatiques ont demandé que les rapaces hybrides – issus de croi­­se­­ments entre faucons pèle­­rins, faucons sacres et faucons gerfauts, et d’autres croi­­se­­ments qui combinent leurs meilleurs quali­­tés afin de créer des super-rapaces – aient deux trans­­met­­teurs radio atta­­chés à leur corps ; et que les maîtres faucon­­niers accré­­di­­tés par l’État ne possèdent pas plus de trois aigles royaux. La faucon­­ne­­rie est un sport ancien, pratiqué par l’homme depuis 3 000 ou 12 000 ans (suivant les pratiques consi­­dé­­rées et les preuves archéo­­lo­­giques). C’est à l’apo­­gée du Moyen-Âge, quand même les paysans anglais possé­­daient des éper­­viers et des autours, que des volumes entiers, comme le Livre de saint Alban, furent écrits sur les types d’oi­­seaux auxquels pouvaient prétendre les diffé­­rentes classes de la société anglaise. Et bien que la faucon­­ne­­rie ait souvent été asso­­ciée à l’Eu­­rope médié­­vale ou aux steppes de l’Asie centrale, elle a aussi marqué l’his­­toire de l’Amé­­rique, où les immi­­grants, dans les années 1800, ont propagé cet art dans leur conquête de l’Ouest, comme une bonne alter­­na­­tive, complé­­men­­taire à la chasse. De plus, certaines agences d’État, comme le New York State Depart­­ment of Envi­­ron­­men­­tal Conser­­va­­tion, prennent la peine de surveiller cela, deman­­dant à tous les faucon­­niers de four­­nir un rapport annuel sur tous les oiseaux en leur posses­­sion : ache­­tés, captu­­rés, libé­­rés, perdus ou tués (dans les dix jours suivant l’ac­­ci­dent) ; et toutes leurs dispo­­si­­tions et pratiques concer­­nant la faucon­­ne­­rie. Avec le temps, cepen­­dant, il est devenu de plus en plus diffi­­cile de chas­­ser avec des faucons. Les distinc­­tions sociales et les valeurs asso­­ciées à la faucon­­ne­­rie ont décliné et disparu ; et avant la fin du XIXe siècle, cet art était devenu une excen­­tri­­cité dans la plupart des terri­­toires de l’Ouest. C’était devenu un tel vestige, qu’au début des années 1930, T.H. White – l’au­­teur de la saga La Quête du Roi Arthur – s’en­­traî­­nait à chas­­ser avec un autour en se réfé­­rant au Bert’s Trea­­tise of Hawks and Hunting, un manuel de 1619, habillé d’une tunique médié­­vale.

Nouvelles envo­­lées

Néan­­moins, au cours des cinquante dernières années, la faucon­­ne­­rie aux États-Unis a marqué son retour, jouis­­sant d’une visi­­bi­­lité et d’une popu­­la­­rité crois­­santes. On ne le soupçonne peut-être pas, mais nous sommes à ce que certains appellent l’âge d’or de la faucon­­ne­­rie améri­­caine, dû au nombre de faucon­­niers, au respect que porte la faucon­­ne­­rie inter­­­na­­tio­­nale aux oiseaux améri­­cains, et à l’en­­goue­­ment popu­­laire pour ce sport. Il paraît un brin exagéré de parler d’âge d’or ; mais de mémoire d’homme, il y a eu un énorme progrès. Ce retour ne consti­­tue cepen­­dant pas une retraite dans les mythes d’un Moyen-Âge idéa­­lisé ; mais plutôt une fusion entre l’an­­cien ethos du faucon­­nier chas­­seur-natu­­ra­­liste, qui visait à proté­­ger son art en même temps que l’en­­vi­­ron­­ne­­ment, et les mouve­­ments envi­­ron­­ne­­men­­taux qui essaient de sauver les oiseaux. Tout a commencé avec la quasi extinc­­tion des faucons pèle­­rins, long­­temps les plus prisés par les faucon­­niers. À partir des années 1950, l’uti­­li­­sa­­tion crois­­sante des pesti­­cides DDT a conduit à un rétré­­cis­­se­­ment radi­­cal des coquilles d’œuf des pèle­­rins, dimi­­nuant dras­­tique­­ment le nombre de pous­­sins qui nais­­saient dans la nature. À l’ap­­proche des années 1970, certains esti­­maient que seule­­ment 39 couples de pèle­­rins persis­­taient encore dans l’Ouest améri­­cain. Et beau­­coup d’entre eux étaient loin d’être en pleine forme, et encore moins aptes à la faucon­­ne­­rie.

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Le faucon­­nier
Central Park
Crédits : Charles Smith

Le déclin du nombre d’oi­­seaux n’in­­té­­res­­sait pas vrai­­ment la plupart de la popu­­la­­tion. Les nouveaux coûts et l’exi­­gence élevés de la faucon­­ne­­rie, n’étaient pas valo­­ri­­sés par rapport à la quan­­tité de viande rame­­née ; ce qui signi­­fiait que les oiseaux faisaient moins partie de la vie améri­­caine qu’ils ne l’avaient été au temps de la conquête de l’Ouest. Entre l’abri, la nour­­ri­­ture, le trans­­port, les pivots, les gants, les cloches, les laisses, les bagues, les appâts, les perches, les capu­­chons, l’équi­­pe­­ment télé­­mé­­trique et l’en­­traî­­ne­­ment, le faucon­­nier moderne peut payer jusque 9 000 dollars lors de sa première année de pratique, et cela par oiseau. Sans comp­­ter l’heure quoti­­dienne d’en­­traî­­ne­­ment et les neuves heures de chasse, par oiseau, comme le recom­­mande le maga­­zine spécia­­lisé Ameri­­can Falconry. Ceux qui se sont passion­­nés pour cet art, dans les années 1960, faisaient partie d’un petit groupe qui était moins motivé par la chasse à des fins nour­­ri­­cières et les tech­­niques de vol que par un profond amour des oiseaux et de leur compor­­te­­ment. Tokar, ainsi que ses mentors Ed Pitcher et Steve Chind­­gren, n’aiment pas l’idée d’en­­trai­­ner les oiseaux à la gymnas­­tique aérienne, ou de les sortir dans le but d’at­­tra­­per un certain nombre de proies. Leur amour des faucons se base plutôt sur l’ob­­ser­­va­­tion de leur compor­­te­­ment, en les dorlo­­tant le moins possible, afin de les voir gran­­dir grâce à leur instinct. Étant à la recherche de cette connexion avec la nature, ils ont consa­­cré toute leur vie aux oiseaux. Lars Sego, un éleveur du Nouveau-Mexique, a eu son premier rapace à l’âge de 8 ans, après s’être entraîné avec un poulet qu’il tenait perché sur son bras à l’aide d’une lanière et d’un capu­­chon, le regar­­dant se nour­­rir d’in­­sectes. Tokar lui-même possède actuel­­le­­ment sept faucons et six buses. Dans le même temps, alors que ces amou­­reux des oiseaux sauvages s’inquié­­taient du déclin du nombre de pèle­­rins, les écolo­­gistes ont commencé à faire mûrir l’idée de mettre en place des programmes de grande échelle de conser­­va­­tion de la nature. Fina­­le­­ment, les deux partis se sont rencon­­trés, et les apôtres de la faucon­­ne­­rie ont rejoint les rangs de défen­­seurs de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment, comme Tom Cade de l’Uni­­ver­­sité de Cornell, pour créer la Pere­­grine Fund. Durant les trente années de colla­­bo­­ra­­tion entre les faucon­­niers et les biolo­­gistes, en utili­­sant les réserves des éleveurs et les connais­­sances des scien­­ti­­fiques concer­­nant le retour des couples de rapaces sauvages, la fonda­­tion est deve­­nue l’un des projets de conser­­va­­tion les plus couron­­nés de succès. Quand en 1999, la campagne a réussi à reti­­rer le pèle­­rin des espèces en voie d’ex­­tinc­­tion (anti­­da­­tée par la fonda­­tion), l’al­­liance entre faucon­­niers et scien­­ti­­fiques avait réussi à initier de nouvelles tactiques qui peuvent être utili­­sées dans la réha­­bi­­li­­ta­­tion d’autres popu­­la­­tions d’oi­­seaux, à valo­­ri­­ser le statut autre­­fois margi­­na­­lisé des faucon­­niers, et à inté­­res­­ser un bon nombre d’éco­­lo­­gistes et de biolo­­gistes à s’in­­té­­res­­ser à ce sport ; augmen­­tant ainsi le nombre de faucon­­niers dans le pays, la visi­­bi­­lité et les ambi­­tions de cette pratique.

La légis­­la­­tion du Pygargue Empe­­reur

Par consé­quent, nous savons qu’il y a aujourd’­­hui approxi­­ma­­ti­­ve­­ment 5 000 licences octroyées aux États-Unis (dont 563 en Cali­­for­­nie, bien que les terri­­toires sauvages et boisées du Wyoming, de l’Idaho, de l’Alaska, du Nouveau-Mexique et du Dakota du Sud aient le plus de faucon­­niers par tête). Bob Collins, l’ar­­chi­­viste de la Pere­­grine Fund, pense que seule­­ment 3 000 parmi ceux qui ont une licence possèdent et font voler des oiseaux ; mais malgré tout, cela repré­­sente le double du nombre de faucon­­niers depuis le début du recen­­se­­ment.La crois­­sance de la faucon­­ne­­rie, combi­­née à l’en­­goue­­ment pour des espèces comme le faucon pèle­­rin, le Pygargue à tête blanche et l’aigle royal, ont fina­­le­­ment mené le gouver­­ne­­ment à mettre en place des mesures de régu­­la­­tion. La première légis­­la­­tion fédé­­rale a vu le jour en 1972, lorsque qu’un traité avec le Mexique a débou­­ché sur une loi sur la posses­­sion et l’uti­­li­­sa­­tion de rapaces. Avant l’an­­née 1976, le gouver­­ne­­ment avait formé une légis­­la­­tion complète en ce qui concerne la pratique de la faucon­­ne­­rie. Prin­­ci­­pa­­le­­ment, cela concer­­nait l’oc­­troi de licences afin de surveiller et de régu­­ler les quotas de la faucon­­ne­­rie et la capture d’oi­­seaux sauvages dans le monde.

Pour l’es­­sen­­tiel, les déci­­deurs avaient pour tâche de mettre au point des infra­s­truc­­tures basées sur la hiérar­­chie des guildes d’ar­­ti­­sans du Moyen-Âge.

En créant une régu­­la­­tion par licence, les 49 États auto­­ri­­sant la faucon­­ne­­rie (Hawaii et Washing­­ton, D.C n’au­­to­­risent pas sa pratique) ont dû déve­­lop­­per des tests d’ap­­ti­­tude, des études de maté­­riaux, des grada­­tions et des contrôles sur le nombre et le type de faucon qu’un faucon­­nier peut garder selon son niveau d’ex­­pé­­rience. Pour l’es­­sen­­tiel, les déci­­deurs avaient pour tâche de mettre au point des infra­s­truc­­tures basées sur la hiérar­­chie des guildes d’ar­­ti­­sans du Moyen-Âge. Et voici leur conclu­­sion : d’après la légis­­la­­tion fédé­­rale, on peut deve­­nir un apprenti faucon­­nier à l’âge de 12 ans (avec une permis­­sion paren­­tale) et on peut possé­­der un oiseau, pour autant que ce ne soit pas un Pygargue à tête blanche ou à queue blanche, un Pygargue empe­­reur ou un aigle royal ; un Milan à queue four­­chue ; une Buse de Swain­­son ou une buse rouilleuse ; un faucon des prai­­ries ou un faucon pèle­­rin ; un Busard Saint-Martin ; ou un Petit-duc nain, une chevêche des terriers ou un Hibou des marais. L’ap­­prenti doit se former au mini­­mum deux ans sous l’égide d’un « Gene­­ral Falco­­ner » ou d’un Maître Faucon­­nier, qui l’éva­­luera afin qu’il/elle puisse passer au grade supé­­rieur. On peut atteindre le grade de « Gene­­ral Falco­­ner » à l’âge de 13 ans. Les Gene­­rals peuvent possé­­der jusqu’à trois oiseaux, pour peu que ce ne soit pas des aigles, et doivent se former pendant cinq ans grâce aux conseils d’un Maître. Lorsque le maître le consent et l’État lui donne un permis, le Gene­­ral est reçu au rang de Maître Faucon­­nier, ce qui lui permet d’avoir jusqu’à cinq oiseaux sauvages, trois aigles royaux, et un nombre illi­­mité de buses, de faucons ou d’hi­­boux nés en capti­­vité. Tous ont la permis­­sion d’at­­tra­­per deux oiseaux sauvages annuel­­le­­ment. Bon nombre de ces restric­­tions ont vu le jour récem­­ment. En impo­­sant le grade de Maître, le gouver­­ne­­ment peut empê­­cher toute personne n’ayant pas une forma­­tion pous­­sée et une haute idée de la faucon­­ne­­rie de prendre part à des battues, au cours desquelles les faucons effraient les oiseaux des champs ; et ainsi éviter les colli­­sions entre les avions envi­­ron­­nants et les mouettes. (Beau­­coup d’en­­tre­­prises gérant ce genre de services sont basées en Cali­­for­­nie, dû au nombre de licences de faucon­­ne­­rie dans cet État ; bien que leurs tech­­ni­­ciens ne partagent pas toujours l’éthique noble et senti­­men­­tale du faucon­­nier moderne. Par exemple, ils entraînent seule­­ment leurs oiseaux à chas­­ser les mouettes dans des champs arti­­fi­­ciels, au lieu de leur lais­­ser la liberté de suivre leur instinct natu­­rel de préda­­teur.) De plus, le fait de limi­­ter les espèces d’oi­­seaux permet, à certains niveaux, de proté­­ger leurs popu­­la­­tions. Dans le même temps, la dyna­­mique de rapport annuel permet au gouver­­ne­­ment de s’as­­su­­rer qu’au­­cun oiseau hybride – les éleveurs améri­­cains s’étant spécia­­li­­sés dans les croi­­se­­ments entre Faucons sacres, pèle­­rins et gerfauts pour leur vitesse – ne s’échappe dans la nature.

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Un faucon­­nier améri­­cain
Buse à queue rousse
Crédits

La source de ce voca­­bu­­laire dans les nouvelles régu­­la­­tions – comme la prise d’oi­­seau, Maître Faucon­­nier, capu­­chons – est à cher­­cher dans la faucon­­ne­­rie tradi­­tion­­nelle. La conser­­va­­tion et la protec­­tion, gouver­­ne­­men­­tale ou privée, des faucons ont eu un succès excep­­tion­­nel. Elles ont sauvé les faucons et l’art de la faucon­­ne­­rie ; et ont fait taire leurs critiques. Elles ont aussi donné à la faucon­­ne­­rie une nouvelle vie en l’ou­­vrant à un nouveau public ; et pas seule­­ment aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni. Presque tous les jours, au moins un groupe de familles se rend au Millet’s Farm Falconry Center – l’un de ces bastions qui s’acharne à main­­te­­nir les tradi­­tions rurales anglaises, et qui se trouve à une demi-heure au sud-ouest d’Ox­­ford – afin de voir des éleveurs lâcher leurs oiseaux pour leur offrir des spec­­tacles volants. Les hiboux, les buses, et même les très popu­­laires vautours impo­­sants survolent les hectares, pour­­chas­­sant leur bout de viande, montrant les hauteurs qu’ils peuvent atteindre. Pendant ce temps, les faucon­­niers parlent avec le public enchanté de la conser­­va­­tion, de l’hé­­ri­­tage, de la valeur et de la beauté de ces oiseaux sauvages. Cepen­­dant, malgré le succès de ce centre de faucon­­ne­­rie, et de ceux basés aux États-Unis, la faucon­­ne­­rie moderne souffre toujours d’être taxée d’ex­­tra­­va­­gance : une lutte entre le mythe et la moder­­nité, le tout sous l’œil de rapace vigi­­lant du gouver­­ne­­ment fédé­­ral.


Traduit de l’an­­glais par Siavash Bakh­­tiar d’après l’ar­­ticle « The New Falconry », paru dans Roads & King­­doms Couver­­ture : un faucon en vol

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