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En siphonnant le fonds souverain malaisien, Jho Low est devenu assez riche pour dilapider son argent dans des soirées avec Leonardo DiCaprio, Paris Hilton ou Busta Rhymes.

par Mathilda Caron | 18 septembre 2019

Tranqui­­lity

Au large d’Amalfi, à la lisière entre le golfe de Naples et la mer Tyrrhé­­nienne, le Soleil baigne ses rayons dans le sillage d’un yacht immense. À bord, un petit groupe de célé­­bri­­tés en maillot de bain célèbre l’an­­ni­­ver­­saire de la plus jeune milliar­­daire de l’his­­toire. Kylie Jenner a 22 ans. Avec son compa­­gnon, le rappeur Travis Scott, elle s’élance du haut de l’im­­pres­­sion­­nant navire pour atter­­rir dans l’eau. Ce plon­­geon vaut de l’or. Kylie a dépensé plus d’un million d’eu­­ros pour s’of­­frir un séjour d’une semaine sur le pont du vais­­seau, au sud-ouest de l’Ita­­lie.

Aujourd’­­hui amarré dans le Vieux Port de Cannes, sur la Côte d’Azur, le Tranqui­­lity n’est pas un navire comme les autres. Il a appar­­tenu à Jho Low, de son vrai nom Low Taek Jho, un homme d’af­­faires malai­­sien mêlé à un scan­­dale finan­­cier inter­­­na­­tio­­nal. Avec lui, plusieurs personnes dont le Premier ministre malai­­sien, Najib Razak, ont été accu­­sées d’avoir détourné des milliards de dollars du fonds d’in­­ves­­tis­­se­­ment 1MDB, qui était géré par le gouver­­ne­­ment de Malai­­sie.

Grâce à cette vaste escroque­­rie, ainsi qu’à une ribam­­belle d’opé­­ra­­tions occultes, Jho Low s’est notam­­ment offert ce magni­­fique yacht de 91,5 m, ancien­­ne­­ment appelé Equa­­ni­­mity, conçu par l’en­­tre­­prise Oceanco pour la modique somme de 230 millions d’eu­­ros. À l’époque, il flam­­bait aussi son argent dans des soirées déli­­rantes aux côtés de Paris Hilton, Brit­­ney Spears ou Leonardo DiCa­­prio. Le FBI a fini par s’in­­té­­res­­ser à lui et par saisir son yacht, entre autres biens, pour épon­­ger une partie de ses dettes. Mais Jho Low reste introu­­vable.

Crédits : Kylie Jenner

Aujourd’­­hui, l’an­­cien proprié­­taire du Tranqui­­lity est un des fugi­­tifs les plus recher­­chés au monde. Début septembre 2019, la justice malai­­sienne a entendu des témoins qui le décrivent comme un « maître mani­­pu­­la­­teur ». L’avo­­cat de Razak, Tan Sri Muham­­mad Shafee Abdul­­lah, affirme par exemple que Low était si convain­­cant qu’il « aurait pu vendre de la glace aux Eski­­mos ». D’autres témoins indiquent qu’il était capable d’ob­­te­­nir tout ce qu’il voulait grâce à sa force de persua­­sion et à l’argent d’1MDB.

1MDB, pour Malay­­sia Deve­­lop­­ment Berhad, est le nom du fonds souve­­rain malai­­sien. Il était chargé de gérer l’épargne appar­­te­­nant à l’État en l’in­­ves­­tis­­sant de diverses façons, par exemple en ache­­tant des actions ou des biens immo­­bi­­liers. D’après l’enquête, près de 3,5 milliards de dollars issus de ce fonds ont été détour­­nés au profit de ses direc­­teurs, des hommes d’af­­faires proches du pouvoir et du Premier ministre malai­­sien lui-même. Jho Low en tête.

L’af­­faire a éclaté en 2015, suite aux révé­­la­­tions de Xavier Justo, ancien direc­­teur admi­­nis­­tra­­tif de la firme pétro­­lière PetroSaudi, par où tran­­si­­taient des fonds prove­­nant de 1MDB. Ce dernier, mécon­tent de son indem­­nité de départ, était parti avec une clé USB conte­­nant des données confi­­den­­tielles de PetroSaudi. Il l’a remise à la jour­­na­­liste britan­­nique Clare Newcastle Brown, qui a tout dévoilé de l’af­­faire 1MDB sur son blog Sara­­wak Report, notam­­ment l’im­­pli­­ca­­tion du Premier ministre.

Le lanceur d’alerte Xavier Justo (à droite)

C’est Low en personne qui aurait suggéré au chef du gouver­­ne­­ment malai­­sien de créer le fonds. Quand l’af­­faire a éclaté, le monde a décou­­vert un person­­nage haut en couleur, qui est parvenu, à grand renfort de soirées fastueuses, à se rappro­­cher d’une foule de célé­­bri­­tés améri­­caines comme Paris Hilton et Leonardo DiCa­­prio. Il s’est même lancé dans la musique, aidé par Pharell Williams, Busta Rhymes et Swizz Beats, avant de réali­­ser des dons présu­­més illé­­gaux pour la campagne de Barack Obama – avec la compli­­cité, elle aussi présu­­mée, de l’an­­cien membre des Fugees, Pras Michel.

Son entre­gent a aussi béné­­fi­­cié à la produc­­tion du Loup de Wall Street, dont il fréquen­­tait étroi­­te­­ment  l’ac­­teur prin­­ci­­pal, Leonardo DiCa­­prio. Mais comment cet homme, aujourd’­­hui introu­­vable, s’est-il taillé une telle stature à coups d’ar­­naques ?

Le Gatsby asia­­tique

Jho Low est né en 1981 au sein d’une très riche famille de Malai­­sie. Alors qu’il était étudiant à Whar­­ton, en Penn­­syl­­va­­nie, il s’est lié d’ami­­tié avec un certain Riza Aziz, dont le beau-père était Najib Razak, qui devien­­drait Premier ministre du pays de 2009 à 2018. Low a vite commencé à orga­­ni­­ser des fêtes, plus déme­­su­­rées les unes que les autres. À l’oc­­ca­­sion de son ving­­tième anni­­ver­­saire, il a priva­­tisé un club en vogue de Phila­­del­­phie, le Sham­­poo, pour la modique somme de 40 000 dollars.

Cet amour pour le luxe déme­­suré ne le quit­­tera plus. Il était capable de tout pour impres­­sion­­ner des stars comme Paris Hilton, Lind­­say Lohan, ou encore Miranda Kerr. Avec les sommes astro­­no­­miques qu’il dépen­­sait, il menait un train de vie dépas­­sant de loin celui de ses riches amis. « Lors de la Fashion Week 2009, il a dépensé 160 000 dollars dans les bars de Manhat­­tan en un soir seule­­ment », écrivent les jour­­na­­listes améri­­cains Tom Wright et Brad­­ley Hope dans leur livre Billion Dollar Whale: The Man Who Fooled Wall Street.

Jho Low avait pour habi­­tude de débour­­ser des milliers de dollars en bouteilles de cham­­pagne hors de prix, qu’il se plai­­sait ensuite à vider par terre. « Entre octobre 2009 et juin 2010 – une période de seule­­ment huit mois –, Low et son entou­­rage ont dépensé 85 millions de dollars en alcool, jeux d’argent à Vegas, jets privés, loca­­tion de super yachts et rému­­né­­ra­­tion de play­­mates et de célé­­bri­­tés holly­­woo­­diennes », racontent les auteurs.

Crédits : Asia Senti­­nel

Il a d’ailleurs long­­temps mené cette vie de débauche auprès de Paris Hilton, dont il était amou­­reux. Au début, Low payait la jeune héri­­tière pour l’ac­­com­­pa­­gner lors de ses soirées : 100 000 dollars par événe­­ment. Pour son 29e anni­­ver­­saire au Palazzo de Las Vegas, Low lui a offert une montre Cartier. L’en­­tou­­rage du « Gatsby asia­­tique » s’est mis à penser qu’il agis­­sait comme si l’argent n’était pas le sien. Et pour cause.

Après ses études à l’école de commerce de Whar­­ton, et grâce à ses liens avec Riza Aziz, Low a réussi à faire affaire avec Najib, qui était alors ministre en Malai­­sie. Maître des réseaux inter­­­na­­tio­­naux et du finan­­ce­­ment offshore, il a appris à créer des socié­­tés écrans pour couvrir des opéra­­tions occultes.

Alors que le Premier ministre cher­­chait de nouveaux moyens de finan­­cer le gouver­­ne­­ment, Low a suggéré la créa­­tion d’un fonds souve­­rain. Voilà comment 1MDB a vu le jour, dont le but offi­­ciel était « d’in­­ves­­tir dans les éner­­gies vertes et le tourisme pour créer des emplois de haute qualité pour tous les Malai­­siens ». Ce serait la première d’une série de manœuvres de ce type car, selon Wright et Hope, Low a fina­­le­­ment trans­­féré plus de cinq milliards de dollars du fonds dans ses comptes person­­nels pour réali­­ser son rêve. Il allait enfin pouvoir deve­­nir le roi d’Hol­­ly­­wood.

Le loup d’Hol­­ly­­wood

En 2013, Low enre­­gistre le morceau « Voyd of a Legend », au Jungle City Studios de Londres. Quelques-unes de ses connais­­sances dont le beat­­ma­­ker Swizz Beatz lui donnent un coup de main. Busta Rhymes et Pharell Williams sont aussi de la partie. Low est bien entouré et aussi bien bourré. Soudain, il se tourne vers Busta Rhymes et s’écrie : « Yo, t’es à moi, t’es ma bitch ! » créant un profond malaise. Pharell parvient à calmer le rappeur, fou de rage.

Low faisait gros­­siè­­re­­ment réfé­­rence aux 100 millions de dollars qu’il venait de débour­­ser pour s’of­­frir des parts d’un des labels les plus pres­­ti­­gieux du monde, EMI Music Publi­­shing, dont faisait partie Rhymes. Ce déra­­page ne corres­­pon­­dait pas avec le carac­­tère de Jho Low, qui trai­­tait géné­­ra­­le­­ment ses amis avec beau­­coup de respect, et faisait preuve d’une géné­­ro­­sité sans pareille à leur égard, comme lorsqu’il a offert l’équi­­valent de 9,2 millions de dollars d’œuvres de Basquiat à son cher ami, Leonardo DiCa­­prio.

La star de Tita­­nic figure en tête de liste des person­­na­­li­­tés qui ont laissé l’es­­croc malai­­sien s’ap­­pro­­cher d’un peu trop près. D’après le FBI, le budget du film de Martin Scor­­sese Le Loup de Wall Street a profité d’une petite partie des milliards de dollars d’argent public siphon­­nés par les proches du pouvoir malai­­sien. Sans comp­­ter le fait que DiCa­­prio a été aperçu avec Jho Low à plusieurs reprises, et pas seule­­ment pour la promo­­tion du film dont il avait le rôle prin­­ci­­pal. Il appa­­raît dans l’enquête du FBI sous le nom « Holly­­wood actor 1 » et il est mentionné lors d’une virée à Las Vegas en compa­­gnie de Jho Low et Riza Aziz. Ensemble, ils auraient plus que profité des fonds publics détour­­nés en jouant notam­­ment plus d’1,5 million de dollars à la roulette. L’argent se trou­­vait sur l’un des comptes bancaires de l’homme d’af­­faires malai­­sien.

Les deux hommes ont été vus à plusieurs fêtes orga­­ni­­sées à leurs frais partout dans le monde. Dans une rare inter­­­view accor­­dée au South China Morning Post, Low révèle que c’est lui qui a présenté DiCa­­prio à Red Granite Pictures, une société de produc­­tion ciné­­ma­­to­­gra­­phique améri­­caine dont le cofon­­da­­teur et président n’est autre que Riza Aziz. C’est ce qui a conduit DiCa­­prio à inter­­­pré­­ter le rôle de Jordan Belfort, l’an­­ti­­hé­­ros du Loup de Wall Street, produit par Red Granite. Ironie de l’his­­toire, le grand film de Scor­­sese sur la fraude finan­­cière à été financé par l’un de ses plus grands scan­­dales. Mais l’ac­­teur n’a fina­­le­­ment pas été pour­­suivi.

En Malai­­sie, Jho Low a soutenu et financé en liquide le Premier ministre Najib Razak, grâce à 1MDB, lors des élec­­tion de 2013. Il avait égale­­ment orga­­nisé un concert gratuit à Penang avec en tête d’af­­fiche les rappeurs Busta Rhymes et Luda­­cris. Un proche de Low affirme qu’il s’agis­­sait d’un concert de bien­­fai­­sance.

L’an­­cien Premier ministre malai­­sien Najib Razak Crédits : Krem­­lin

Aujourd’­­hui, Jho Low est toujours recher­­ché par les auto­­ri­­tés améri­­caines et malai­­siennes. Selon les procu­­reurs améri­­cains, Low a utilisé le fonds 1MDB comme une caisse noire person­­nelle servant entre autres à influen­­cer des respon­­sables poli­­tiques. Une enquête est égale­­ment en cours concer­­nant la banque d’in­­ves­­tis­­se­­ment Gold­­man Sachs, qui a récolté des milliards de dollars pour le fonds. L’argent lui était emprunté avant d’être détourné dans des para­­dis fiscaux.

Tim Leiss­­ner, un banquier de Gold­­man Sachs, a récem­­ment plaidé coupable à des accu­­sa­­tions de corrup­­tion et de blan­­chi­­ment d’argent, et a accepté de payer une amende 43,7 millions de dollars (38,3 millions d’eu­­ros) dans l’af­­faire. Un autre employé de la banque d’in­­ves­­tis­­se­­ment devrait être extradé de Malai­­sie vers les États-Unis, où il fera face à des accu­­sa­­tions simi­­laires.

Plus récem­­ment, le minis­­tère de la Justice a accusé le rappeur Pras Michel, membre des Fugees, d’avoir reçu des fonds illé­­gaux desti­­nés à finan­­cer la campagne de Barack Obama. Ils lui auraient été trans­­mis par Jho Low lui-même. Ce dernier a beau clamer son inno­­cence, il risque jusqu’à quarante ans de prison ferme dans son pays natal. Huit chefs d’ac­­cu­­sa­­tion pèsent contre lui, notam­­ment blan­­chi­­ment d’argent. Où se terre-t-il ? Certains estiment qu’il échappe à la justice en demeu­­rant en Chine. Selon le quoti­­dien malai­­sien en langue chinoise Sin Chew Daily, le fugi­­tif aurait récem­­ment voyagé entre Hong Kong, Macao, Shan­­ghai, Shenz­­hen, Beijing et Hainan.

Son père Larry Low Hock Peng l’ac­­com­­pa­­gne­­rait dans sa cavale. Le gouver­­ne­­ment malai­­sien a même gelé sept comptes bancaires de ce dernier, d’une valeur d’en­­vi­­ron 15,96 millions de dollars singa­­pou­­riens, rappor­­tait The Edge le 28 mars 2019. En mai dernier, la police malai­­sienne a affirmé que s’il se rendait, il béné­­fi­­cie­­rait de sa protec­­tion ; le chef de la police Datuk Seri Abdul Hamid Bador, a fait une décla­­ra­­tion à la télé­­vi­­sion pour l’en assu­­rer. Mais Low se cache toujours. Pour quelqu’un qui aime se montrer aux côtés de stars, il est devenu bien secret.


Couver­­ture : SCMP


 

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