par Matt Cetti-Roberts | 2 octobre 2015

De la musique kurde grésille dans les vieilles enceintes du bus dans lequel je me trouve. Certains passa­­gers tapent dans leurs mains au rythme de la musique, pendant que les plus vieux indiquent des points du paysage aride qui défile par la fenêtre. Ils apprennent aux plus jeunes et aux voya­­geurs les moins expé­­ri­­men­­tés le nom des collines et des villages auprès desquels nous passons. Les passa­­gers du bus sont tous des pesh­­mer­­gas, des combat­­tants kurdes, mais la route que nous emprun­­tons ne mène pas jusqu’à la ligne de front avec l’État isla­­mique, comme partout ailleurs au Kurdis­­tan. Ces pesh­­mer­­gas font route en direc­­tion d’une autre ligne de front, que les plus vieux d’entre eux n’ont pas vu depuis plus de vingt ans. Nous faisons route vers la fron­­tière de l’Irak avec l’Iran.

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Le soleil se lève sur les montagnes de Qandil
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Rojhe­­lat

Ce sont tous des exilés du Kurdis­­tan iranien, membres du Parti démo­­cra­­tique kurde d’Iran, connu sous l’acro­­nyme KDP-I. L’his­­toire du KDP-I est compliquée, comme c’est de coutume dans la région. Le KDP-I origi­­nel a été formé en 1945 à Maha­­bad, la capi­­tale du Kurdis­­tan iranien. C’était un parti natio­­na­­liste kurde démo­­crate-socia­­liste. Il précède le parti kurde d’Irak, le PDK, d’un an. Le KDP-I ressemble beau­­coup à homo­­logue irakien, à ceci près que les ques­­tions tribales n’entrent pas en compte dans sa poli­­tique. Le parti vise à l’amé­­lio­­ra­­tion des droits des Kurdes en Iran, et il combat les forces iraniennes depuis de nombreuses années, avant même la révo­­lu­­tion de 1979. Les Kurdes vivent depuis long­­temps sous le joug de nations, et la terre de leur patrie est morce­­lée entre la Syrie, la Turquie, l’Irak et l’Iran.

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Un pesh­­merga kurde iranien durant son tour de garde
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Le moins qu’on puisse dire est que ces pays ont maille à partir avec les droits de l’homme, et le Kurdis­­tan iranien, que les Kurdes nomment Rojhe­­lat, n’échappe pas à la règle. En 1989, l’in­­sur­­rec­­tion a connu un renou­­veau avec l’as­­sas­­si­­nat à Vienne du leader du KDP-I de l’époque, Abdul Rahman Ghas­­sem­­lou, par des hommes soupçon­­nés d’être des agents iraniens. Un combat sanglant entre le KDP-I et le régime iranien s’en est suivi, faisant des morts en Iran et dans d’autres pays. En juillet 1996, les troupes iraniennes sont entrées au Kurdis­­tan iranien, où le groupe avait sa base, déplaçant des milliers de personnes et provoquant la mort d’une ving­­taine de membres du KDP-I. Le 4 août de la même année, le KDP-I a déposé les armes, annonçant qu’il mettait un terme aux raids lancés de l’autre côté de la fron­­tière pour empê­­cher d’autres incur­­sions de l’Iran au Kurdis­­tan irakien.

Nous nous diri­­geons vers un camp de montagne, non loin des villages bombar­­dés par l’avia­­tion turque.

Dans les années 2000, le parti a été divisé en deux factions distinctes, en raison de vues stra­­té­­giques diffé­­rentes. Désor­­mais, il y a le KDPI (aussi connu comme le PDKI), et le… KDP-I. Tomber sur des partis poli­­tiques aux noms simi­­laires est chose courante dans la région. On compte actuel­­le­­ment trois groupes distincts  s’ap­­pe­­lant Komala qui combattent l’Iran, chacun d’entre eux obser­­vant certaines diffé­­rences poli­­tiques et stra­­té­­giques. Pour plus de clarté, j’ap­­pel­­le­­rai l’autre groupe le PDKI – en dépit du fait que les deux factions songent de plus en plus à la réuni­­fi­­ca­­tion. Aujourd’­­hui, le KDP-I s’est retiré dans des bases instal­­lées le long de la fron­­tière avec l’Iran, dans les montagnes de Qandil – souvent consi­­dé­­rées comme le centre des opéra­­tions du Parti des travailleurs du Kurdis­­tan, le PKK. Mais d’autres partis sont égale­­ment actifs dans la zone, le PDKI notam­­ment. Une inten­­si­­fi­­ca­­tion poten­­tielle du rythme des opéra­­tions menées contre le régime iranien est à prévoir. Cette situa­­tion découle du fait que les viola­­tions des droits de l’homme perpé­­trées par l’Iran dans la région du Kurdis­­tan iranien ne semblent pas devoir s’ar­­rê­­ter. Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a établi qu’il y avait eu 753 exécu­­tions en Iran durant l’an­­née 2014, la plupart d’entre elles en réponse à des crimes jugés peu graves au regard des critères inter­­­na­­tio­­naux. Le KDP-I n’a pas pour ambi­­tion de déta­­cher le Rojhe­­lat de l’Iran, mais seule­­ment de veiller à ce que les Kurdes du pays voient leurs droits respec­­tés. En 2015, l’Iran est en bonne voie pour surpas­­ser ce nombre, puisqu’il y a eu 694 exécu­­tions entre le début de l’an­­née et le mois de juillet dernier, et ce malgré l’élec­­tion du président modéré Hassan Rouhani en 2013.

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Une nouvelle jour­­née commence
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Qandil

Le route depuis le QG prin­­ci­­pal des pesh­­mer­­gas – une ancienne forte­­resse de l’ar­­mée irakienne à Koya, située à envi­­ron 50 kilo­­mètres à l’ouest d’Er­­bil – jusqu’à la ville de Choman repré­­sente un long voyage. Quelques heures après notre départ, la plupart des passa­­gers commencent à ronfler, leurs têtes brin­­gue­­ba­­lant au rythme des mouve­­ments du véhi­­cule. Les Kala­ch­­ni­­kov s’étalent sur toutes les surfaces planes où il n’y a pas de bagages, ou sont posées bien sage­­ment sur les genoux des soldats endor­­mis. Le bus fait halte aux abords de Choman, dans la nuit noire. On crie des noms dans les ténèbres, et les passa­­gers sont trans­­fé­­rés un à un dans d’autres véhi­­cules, à desti­­na­­tion de diffé­­rents avant-postes instal­­lés le long de la fron­­tière iranienne. Je monte à bord d’un 4×4 avec le géné­­ral Khalid, leader des pesh­­mer­­gas du KDP-I. C’est un homme bourru aux manières inva­­ria­­ble­­ment profes­­sion­­nelles, comment on peut s’y attendre de la part d’un soldat qui s’est battu dans les montagnes pendant de nombreuses années avant que le groupe ne dépose les armes, en 1996. Khalid prononce à haute voix les noms des villages qui jalonnent la route jusqu’à notre desti­­na­­tion. Nous nous diri­­geons vers un camp de montagne situé à une dizaine de kilo­­mètres de l’Iran, non loin des villages bombar­­dés par l’avia­­tion turque, qui les dit habi­­tés par des combat­­tants du PKK.

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Le géné­­ral Khalid
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Un autre jour commence. Le soleil se lève au-dessus d’un pano­­rama de montagnes d’une beauté stupé­­fiante, alors que les pesh­­mer­­gas dorment encore dans leurs sacs de couchage et sous les couver­­tures. Un soldat vété­­ran fait bouillir de l’eau pour le thé dans une casse­­role en métal. Les montagnes qui marquent la fron­­tière avec l’Iran semblent trom­­peu­­se­­ment proches. Un pesh­­merga s’écarte pour aller fumer une ciga­­rette sur un promon­­toire rocheux, couvant du regard ses cama­­rades encore enfa­­ri­­nés de sommeil. Le paysage aux alen­­tours est couvert de brous­­sailles et de pierres, et d’étroites bandes de fumée s’élèvent dans le loin­­tain alors que des fermiers font brûler du feuillage sec – une méthode fréquem­­ment employée pour déclen­­cher les vieilles mines aban­­don­­nées par l’ar­­mée irakienne durant la guerre Iran-Irak, il y a trente ans. À quelques kilo­­mètres de là, je distingue un nuage plus épais. Un pesh­­merga le montre du doigt : c’est une déto­­na­­tion de mine. Le coin isolé où se dessine le cham­­pi­­gnon de fumée, qui se dissipe lente­­ment, suggère qu’elle n’a pas été déclen­­chée par une personne – du moins nous l’es­­pé­­rons. Nous sommes arri­­vés tard au camp. Les pesh­­mer­­gas nous ont montré où dormir, à l’in­­té­­rieur d’une large tente ouverte faite de toile de jute et de pièces de tissus rappor­­tés. La soirée a été fraîche à cette alti­­tude, une brise légère souf­­flant dans l’abris à un rythme apai­­sant.

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Sufi, 61 ans, pesh­­merga
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les combat­­tants tournent entre diffé­­rents avant-postes, passant souvent jusqu’à 40 jours dans les montagnes avant de rentrer à la base de Koya. Pour rejoindre le KDP-I, il faut être âgé de 18 ans au moins, et la plupart des nouvelles recrues sont envoyées à ce camp en premier lieu. Face à l’af­­flux de nouveaux – et souvent très jeunes – pesh­­mer­­gas en prove­­nance du Kurdis­­tan iranien, le KDP-I fait passer aux soldats une période proba­­toire, pour élimi­­ner les espions iraniens. Et même s’il arrive que des soldats plus âgés connaissent person­­nel­­le­­ment les familles de certains jeunes, ils les surveillent malgré tout. Une fois que les nouvelles recrues ont prouvé leur valeur, les combat­­tants sont envoyés dans des avant-postes situés de plus en plus proche de l’Iran. Les pesh­­mer­­gas les plus expé­­ri­­men­­tés et dignes de confiance traver­­se­­ront la fron­­tière, pour opérer à l’in­­té­­rieur de leur terri­­toire natal. L’un des plus vieux pesh­­mer­­gas est un vété­­ran de 61 ans appelé Sufi. Il porte une Kala­ch­­ni­­kov prise à un soldat iranien il y a 21 ans, et marche à l’aide d’un bâton après s’être fait battre par des gardiens de prison iraniens durant les six ans de son incar­­cé­­ra­­tions – dont 15 mois passés en isole­­ment total. En dépit de sa jambe bles­­sée, il parvient toujours à grim­­per les collines.

Au QG

Le quar­­tier géné­­ral depuis lequel Khalid commande ses troupes est situé au pied de la colline sur laquelle est installé notre camp. Là-bas, la routine mati­­nale est bien enclen­­chée. Des pesh­­mer­­gas préparent le petit déjeu­­ner et font bouillir du thé, pendant que d’autres préparent l’équi­­pe­­ment. Un petit groupe de combat­­tants construisent un bunker en pierre pour créer un empla­­ce­­ment perma­nent. Les pesh­­mer­­gas ont établi leur centre d’opé­­ra­­tions de manière à pouvoir obser­­ver de près un chemin qui sert de route prin­­ci­­pale pour les réfu­­giés. Il n’y a aucun problème avec les véri­­tables réfu­­giés, mais les pesh­­mer­­gas veulent s’as­­su­­rer que les travailleurs forcés ne passent pas. Ils sont ouver­­te­­ment oppo­­sés à l’es­­cla­­vage et veulent y mettre un terme.

C’est un endroit stra­­té­­gique pour le KDP-I, et on comprend faci­­le­­ment pourquoi en regar­­dant aux alen­­tours.

« C’est un centre de commande et de contrôle », m’ex­­plique Khalid. « Hier, nous avons envoyé un grand nombre de pesh­­mer­­gas en Iran. Les ordres venaient de là, c’est d’ici que nous diri­­geons toutes les opéra­­tions. » C’est un endroit stra­­té­­gique pour le KDP-I, et on comprend faci­­le­­ment pourquoi en regar­­dant aux alen­­tours. Des sentiers étroits traversent les collines, et ils sont parfois diffi­­ciles d’ac­­cès pour les 4×4. Il semble impos­­sible de dépê­­cher des forces trop nombreuses à pied dans la zone, ni même des véhi­­cules blin­­dés, qui se déplacent lente­­ment et craignent les embus­­cades. Et c’est sans comp­­ter les champs de mine alen­­tours. Les mili­­taires iraniens ont envahi cette région monta­­gneuse durant la guerre Iran-Irak, mais ils ne sont pas parve­­nus à la conqué­­rir. « Les Iraniens se sont cassés les dents sur cet endroit pendant des années », dit Khalid. Même si le KDP-I est de retour dans la région et que le parti a envoyé des combat­­tants en Iran, le groupe ne cherche pas à se frot­­ter direc­­te­­ment aux forces iraniennes, du moins pour le moment. Malgré cela, il y a eu un accro­­chage en septembre avec une milice kurde iranienne pro-gouver­­ne­­ment, dans la ville de Shino. « Nous faisons notre possible pour éviter le contact physique avec le régime », raconte Khalid. « Nous n’en­­trons pas en conflit direct avec eux. L’objec­­tif prin­­ci­­pal est d’être présents dans notre pays pour voir les nôtres, rencon­­trer nos agents, nos parte­­naires poli­­tiques, et répandre nos idées poli­­tiques afin que les gens sachent pourquoi nous nous battons. »

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Le drapeau kurde flotte sur les posi­­tions
Crédits : Matt Cetti-Roberts

D’autres partis kurdes iraniens ont déclaré la guerre au régime, au rang desquels le PDKI, mais outre la récente fusillade, le pire que le groupe de Khalid ait fait jusqu’ici a été d’ache­­mi­­ner des armes de l’autre côté de la fron­­tière. « C’est là-bas que vit notre peuple, c’est là-bas que vivent nos familles », ajoute Khalid. Contrai­­re­­ment à ce qu’on pour­­rait penser, l’am­­bi­­tion du groupe n’est pas de sépa­­rer le Rojhe­­lat de l’Iran, mais bien de conqué­­rir davan­­tage de liberté pour les Kurdes en Iran. Une pers­­pec­­tive bien diffé­­rente de celle des factions du Kurdis­­tan irakien, qui réclament ouver­­te­­ment l’in­­dé­­pen­­dance face à Bagdad. La mobi­­li­­sa­­tion du KDP-I et d’autres groupes ont néan­­moins provoqué la réponse de Téhé­­ran. Il y a seule­­ment deux mois, l’ar­­mée iranienne avait peu de troupes en poste à la fron­­tière bordant le Kurdis­­tan irakien.

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Un tout jeune combat­­tant
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Récem­­ment, le contre-amiral Ali Sham­­khani, secré­­taire du Conseil suprême de sécu­­rité natio­­nale iranien, a fait une appa­­ri­­tion à la télé­­vi­­sion pour dénon­­cer l’œuvre du KDP-I, décla­­rant que le parti cher­­chait à provoquer une guerre avec l’Iran. Depuis lors, l’Iran a dépê­­ché un grand nombre de troupes à proxi­­mité de la fron­­tière, ainsi qu’une centaine de tanks, des batte­­ries de missiles Katiou­­cha et d’autres armes lourdes, dans une tenta­­tive d’ar­­rê­­ter toute incur­­sion dans le pays. « Nous sommes conscients des réac­­tions que provoque notre présence », admet Khalid. Ils ont même des soucis du côté irakien de la fron­­tière. « Le PKK a rencon­­tré des problèmes avec le PDKI, le groupe dont nous nous sommes sépa­­rés il y a plusieurs années », dit Khalid. En mai 2015, le PKK s’est accro­­ché avec le PDKI après que ce dernier a établi des bases dans les régions fron­­ta­­lières des montagnes de Qandil – une zone aux mains du PKK depuis que les rebelles anti-iraniens ont quitté la région. Les chaînes locales ont fait état de deux morts dans les rangs des combat­­tants kurdes iraniens à l’is­­sue du combat. Khalid affirme que le KDP-I, pour sa part, a évité tout conflit avec le PKK, bien que les deux groupes soient proches l’un de l’autre. Il n’y a que très peu de combat­­tants du PKK dans les envi­­rons, même si l’on peut aper­­ce­­voir les bombar­­de­­ments de l’avia­­tion turque depuis les posi­­tions du KDP-I.

Être libres

Khalid prend congé de moi pour assis­­ter à une réunion et je regagne le camp où nous avons dormi la nuit dernière. La zone autour des deux camps est jonchée d’obus non-explo­­sés de diffé­­rentes sortes – des reliques de la guerre Iran-Irak. Les soldats ont nettoyé les sentiers autour des deux camps, mais ils nous aver­­tissent de ne pas nous aven­­tu­­rer dans la nature. De retour dans la tente, des pesh­­mer­­gas jouent aux échecs – selon des règles diffé­­rentes de celles que nous utili­­sons en Occi­dent. Cette version se joue à un rythme beau­­coup plus rapide, et les soldats sont souvent en désac­­cord avec le posi­­tion­­ne­­ment des pièces. Au milieu des combat­­tants qui jouent aux échecs, il y a Ryan O’Leary, une excep­­tion à l’une des règles que le KDP-I observe depuis très long­­temps. Bien qu’il soit vêtu de l’ha­­bit kurde tradi­­tion­­nel, il n’est pas kurde iranien mais améri­­cain. C’est un vété­­ran de l’ar­­mée améri­­caine qui sert en tant que volon­­taire étran­­ger.

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Jeu d’échecs
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Après onze années de service dans l’in­­fan­­te­­rie et des tour­­nées en Irak et en Afgha­­nis­­tan, O’Leary était venu dans la région pour combattre l’État isla­­mique, comme la plupart des volon­­taires occi­­den­­taux. Mais après avoir rencon­­tré le comman­­de­­ment du KDP-I, il a décidé de se joindre au groupe à la place. Aban­­don­­nant le plateau d’échecs pour un instant, O’Leary m’em­­mène faire un tour le long de la crête. Nous passons devant une ancienne posi­­tion du KDP-I, hors service pour le moment, même si le drapeau kurde y flotte toujours bien haut. Des douilles de mitrailleuses 23 mm jonchent le sol. Les soldats affirment que la zone rocheuse située face à la posi­­tion est minée, bien qu’au­­cun panneau d’aver­­tis­­se­­ment ne le signale. Derrière l’avant-poste se dresse un pic qui mène à une pente. O’Leary la montre du doigt : encore un autre champ de mines, mais celui-ci est flanqué d’un panneau rouge trian­­gu­­laire pour s’as­­su­­rer que personne ne marche trop près.

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Ryan O’Leary s’est engagé au côté du KDP-I
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Les vestiges des guerres passées recouvrent toute la région. Le KDP-I a décou­­vert un missile de Katiou­­cha 122 mm près d’une autre posi­­tion. Ils se demandent encore ce qu’il faut en faire : le ramas­­ser ou le faire explo­­ser sur place. O’Leary raconte qu’il a eu affaire à ce genre de muni­­tions en Afgha­­nis­­tan. D’après lui, il faut trou­­ver assez de corde pour pouvoir l’ex­­traire du sol. Une route de contre­­ban­­diers serpente en contre­­bas et file au-delà de la fron­­tière iranienne. L’Iran a fait fermer la route, aussi l’avant-poste est-il en sommeil, mais les pesh­­mer­­gas pour­­raient le remettre en état de marche si le passage s’ou­­vrait à nouveau. De retour à la tente, certains des combat­­tants qui voya­­geaient à bord du bus sont venus prendre le thé. « J’ai quitté mon foyer pour deve­­nir pesh­­merga », me confie Kowsa. Kowsa est une Kurde iranienne de Maha­­bad – le site de récentes mani­­fes­­ta­­tions après que l’em­­ployée d’un hôtel se soit défe­­nes­­trée après une tenta­­tive de viol. Kowsa m’ex­­plique que les droits des femmes sont limi­­tés en Iran, et qu’être à la fois femme et kurde complique double­­ment la vie.

Le gouver­­ne­­ment a proposé à Kowsa de deve­­nir espionne pour le compte de l’Iran.

En 2014, l’Iran a imposé davan­­tage de restric­­tions aux droits des femmes, et condamné une femme anglo-iranienne pour « propa­­gande contre l’État » après qu’elle eut protesté en raison de l’in­­ter­­dic­­tion faite aux femmes de regar­­der les matchs de volley-ball mascu­­lins. Aujourd’­­hui, Kowsa est ensei­­gnante au dépar­­te­­ment d’édu­­ca­­tion du KDP-I. Ses parents se sont oppo­­sés au fait qu’elle rejoigne les pesh­­mer­­gas, car ils crai­­gnaient pour sa sécu­­rité. Le gouver­­ne­­ment iranien s’y est égale­­ment opposé, telle­­ment qu’ils lui ont proposé de deve­­nir espionne pour leur compte – elle a décliné l’offre. Même si elle déci­­dait de retour­­ner au pays, il pour­­rait y avoir des consé­quences. « Parfois, des gens qui rentrent en Iran ou qui se rendent aux auto­­ri­­tés se voient admi­­nis­­trés des drogues par les Iraniens », explique-t-elle. Les pesh­­mer­­gas du KDP-I affirment qu’au moins un de leurs combat­­tants s’est vu admi­­nis­­trer des opia­­cés par le régime, avec l’in­­ten­­tion de le rendre accro. Lorsqu’il a rejoint le groupe au Kurdis­­tan irakien, il a dû faire face à un sevrage brutal.

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Une combat­­tante pesh­­merga kurde iranienne
Crédits : Matt Cetti-Roberts

« La vie par ici n’est pas mauvaise, être pesh­­mer­­gas est une bonne chose, car nous sommes libres ! » dit Kowsha. Une nuit sans lune tombe dans les montagnes, et les ténèbres enve­­loppent rapi­­de­­ment l’avant-poste. Un drapeau kurde flotte dans l’air du soir, et des soldats prennent leur tour de garde pendant que d’autres se glissent sous les couver­­tures et s’ap­­prêtent à dormir. Demain est un autre jour.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Into the Moun­­tains With Kurdish Rebels Figh­­ting Iran », paru dans War Is Boring. Couver­­ture : Un combat­­tant du KDP-I dans les montagnes de Qandil.


LA RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE D’IRAN EN SEPT HISTOIRESvol-teheran

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