par Matthew Cole | 2 mai 2016

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Iron Fist

Pendant six mois, les diri­­geants de FSG n’ont quasi­­ment pas eu de nouvelles du projet Mike, qui devait appuyer la campagne mili­­taire du gouver­­ne­­ment malien contre le groupe terro­­riste affi­­lié à Al-Qaïda. Prince avait invoqué le job comme prétexte pour lancer l’ac­qui­­si­­tion de l’ap­­pa­­reil Thrush au début de l’an­­née 2014. Mais cela ne les a pas surpris. Au regard de son expé­­rience, ils savaient que Prince était toujours à la recherche du prochain contrat et qu’il finis­­sait souvent par concré­­ti­­ser ses plans sur la comète. « Aucun des projets dont Erik parlait n’a été réalisé», affirme notre source à l’in­­té­­rieur de FSG. « Erik passait son temps à courir partout en parlant de choses qui pour­­raient arri­­ver, mais pas une seule ne s’est réali­­sée. »


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Les modi­­fi­­ca­­tions addi­­tion­­nelles permet­­tant l’ajout de mitrailleuses
Crédits : Airborne Tech­­no­­lo­­gies

À l’été 2014, Prince a soumis un projet à FSG qui pouvait servir selon lui d’es­­sai aux avions Thrust modi­­fiés. Le contrat impliquait le Soudan du Sud, où Prince avait long­­temps opéré à l’époque de Black­­wa­­ter. Avant l’in­­dé­­pen­­dance du pays en 2011, Black­­wa­­ter avait proposé un contrat de sécu­­rité aux forces loyales au leader rebelle Salva Kiir, chré­­tien fervent et futur président du Soudan du Sud indé­­pen­­dant. Près d’une décen­­nie plus tard, alors que Prince négo­­ciait le contrat pour FSG, le Soudan du Sud était gouverné par Kiir – son chapeau de cow-boy emblé­­ma­­tique était un cadeau George W. Bush. Durant l’été 2014, le jeune pays riche en pétrole était aux prises avec une guerre civile qui avait réduit d’un tiers la produc­­tion, et Kiir avait besoin du soutien de Prince. Mais, comme c’était le cas avec de nombreuses propo­­si­­tions de Prince, les services qu’il offrait étaient radi­­ca­­le­­ment diffé­­rents des moyens dont il dispo­­sait en réalité. D’après la propo­­si­­tion de Prince, FSG four­­ni­­rait au minis­­tère du Pétrole et des mines sud-souda­­nais des services logis­­tiques pour aider à remettre en état de marche les champs de pétrole et les raffi­­ne­­ries du pays.

Ce contrat de 12 mois, d’une valeur de 150 millions de dollars d’après les diri­­geants de la société, prévoyait que la société effec­­tue des vols de surveillance au-dessus de plusieurs champs de pétrole du Soudan du Sud, bâtisse des campe­­ments équi­­pés à côté des champs, et assure le trans­­port des employés des ferrys et des ingé­­nieurs par héli­­co­­ptère et par avion. Cette volonté d’opé­­rer au cœur d’une guerre civile reflé­­tait l’ap­­pé­­tit de la jeune société pour le risque, et FSG y a vu l’op­­por­­tu­­nité de réali­­ser des béné­­fices dans une partie du conti­nent afri­­cain où la concur­­rence avait peur de s’aven­­tu­­rer. Mais selon diffé­­rentes sources, FSG n’avait pas compris que les services qu’elle four­­ni­­rait au Soudan du Sud inclu­­raient une aide mili­­taire. L’en­­tre­­prise n’avait jamais fait la demande des licences rela­­tives à l’ex­­por­­ta­­tion d’ar­­me­­ment requises auprès du gouver­­ne­­ment améri­­cain, et elle n’en possé­­dait aucune. « Il ne s’agit pas de soute­­nir l’ar­­mée », a assuré Gregg Smith à Bloom­­berg News en décembre 2014. « Le contrat stipule clai­­re­­ment que nous travaillons avec le minis­­tère du Pétrole et des mines pour prêter main forte aux services d’ex­­ploi­­ta­­tion pétro­­lière, afin de s’as­­su­­rer que la produc­­tion de pétrole se pour­­suive. » Mais d’après une copie des plans que nous nous sommes procu­­rés, en Autriche, Airborne avait déjà conçu des sché­­mas détaillant la façon dont les diffé­­rentes confi­­gu­­ra­­tions d’ar­­me­­ment affec­­te­­raient la consom­­ma­­tion en essence et le temps de vol des appa­­reils Thrush. Les sché­­mas présen­­taient trois options de confi­­gu­­ra­­tion : missions d’at­­taque mixte, missions d’ISR et missions de bombar­­de­­ments ou de tirs de missiles.

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Des tech­­ni­­ciens autri­­chiens travaillent sur l’équi­­pe­­ment de surveillance
Crédits : Airborne Tech­­no­­lo­­gies

Contrai­­re­­ment à ce qui avait été dit aux employés d’Air­­borne, le Thrush n’était pas destiné à une opéra­­tion kényane. L’avion a fina­­le­­ment été expé­­dié depuis l’Au­­triche jusqu’à Juba, au Soudan du Sud. Paral­­lè­­le­­ment à cela, l’avia­­tion civile de Saint-Marin a vu la photo­­gra­­phie du Thrush postée par l’ama­­teur d’avions et pris la déci­­sion d’an­­nu­­ler l’en­­re­­gis­­tre­­ment de l’ap­­pa­­reil. Ils ont informé FSG que l’avion ne ressem­­blait pas à l’ap­­pa­­reil civil qu’ils avaient homo­­lo­­gué. En l’es­­pace de quelques semaines, le Thrush a été trans­­porté de Juba jusqu’à un hangar situé dans un autre pays d’Afrique de l’Est, où il demeure encore à ce jour. À la fin de l’an­­née 2014, le gouver­­ne­­ment sud-souda­­nais a cessé de payer FSG. Quand les diri­­geants de FSG se sont enquis de la situa­­tion auprès du minis­­tère du Pétrole, les Sud-Souda­­nais sont restés évasifs en disant qu’ils ne parle­­raient qu’à Prince. « Ils ont cessé de payer et n’ac­­cep­­taient de parler à personne. Ils nous ont dit : “Il faut que vous nous envoyiez Prince” », se souvient la source fami­­lière des opéra­­tions de l’en­­tre­­prise. « Ils refu­­saient de nous parler, ils refu­­saient de nous payer, ils refu­­saient tout en bloc. » FSG a envoyé du person­­nel à Juba pour comprendre la raison pour laquelle le contrat tombait à l’eau. Le gouver­­ne­­ment refu­­sait de dire à FSG quel était le problème, mais un haut-respon­­sable sud-souda­­nais a confié à un employé de FSG présent dans le pays que Prince avait promis au gouver­­ne­­ment de leur four­­nir un avion de combat. Les Sud-Souda­­nais, d’après une personne très au fait de la rencontre, ont d’abord été décon­­te­­nan­­cés, puis fran­­che­­ment en colère en voyant que les avions mili­­ta­­ri­­sés n’ar­­ri­­vaient pas.

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Salva Kiir
Crédits : Jenny Rockett

« Ils pensaient sérieu­­se­­ment qu’ils ache­­taient des avions de combat avec lesquels ils pour­­raient frap­­per les rebelles », raconte la source de FSG. « Erik leur avait promis des choses, mais nous ne dispo­­sions pas des moyens et nous ne les aurions jamais eus. » Prince avait promis au gouver­­ne­­ment du Soudan du Sud une force merce­­naire étran­­gère s’ils enga­­geaient FSG pour assu­­rer la logis­­tique et la surveillance aérienne. Prince n’a pas informé les diri­­geants de FSG de cet accord connexe, leur disant qu’il n’avait proposé que « de surveiller les champs de pétrole et toute acti­­vité se dérou­­lant à l’in­­té­­rieur ou à l’ex­­té­­rieur de ceux-ci, pour donner au gouver­­ne­­ment la vista néces­­saire afin de conti­­nuer à produire du pétrole », d’après une source à l’in­­té­­rieur de FSG. « Erik leur a promis de l’ISR, des avions capables de larguer des bombes, des héli­­co­­ptères d’at­­taque, des possi­­bi­­li­­tés d’éva­­cua­­tion médi­­cale, une équipe de choc, et l’en­­traî­­ne­­ment de 4 000 soldats », nous a confié une deuxième personne ayant eu connais­­sance du projet. « Le contrat en lui-même n’in­­cluait que le soutien logis­­tique et la construc­­tion du camp, des choses desti­­nées à proté­­ger les champs de pétrole. Pour le reste, Prince n’a fait que des promesses en l’air. »

Pendant ce temps, l’un des lieu­­te­­nants de Prince, un offi­­cier des forces spéciales sud-afri­­caines en retraite, a commencé à élabo­­rer une propo­­si­­tion que Prince pour­­rait présen­­ter au président Kiir. Sous le nom de code Project Iron Fist (« projet poigne de fer »), elle stipu­­lait que Prince et ses collègues avaient été « invi­­tés » au Soudan du Sud pour « élabo­­rer une offre » dans le cadre d’ « un entraî­­ne­­ment à la sécu­­ri­­sa­­tion des champs de pétrole, à l’in­­ter­­ven­­tion de sécu­­rité et aux services de protec­­tion du gouver­­ne­­ment du Soudan du Sud ». Les asso­­ciés de Prince ont établi une struc­­ture orga­­ni­­sa­­tion­­nelle claire pour le contrat qui rendait impos­­sible toute tenta­­tive de remon­­ter jusqu’à eux, d’après un docu­­ment que nous sommes parve­­nus à nous procu­­rer. Ils pensaient que cela leur permet­­trait de dissi­­mu­­ler les viola­­tions des régle­­men­­ta­­tions rela­­tives à l’ex­­por­­ta­­tion d’ar­­me­­ment améri­­caines et inter­­­na­­tio­­nales. Au moment où le plan était en train d’être mis en place, les Conseil de sécu­­rité des Nations unies envi­­sa­­geait d’émettre une série de sanc­­tions ainsi qu’un embargo sur les armes à l’en­­contre de Salva Kiir et de la faction armée de son oppo­­sant poli­­tique. La propo­­si­­tion de Prince à 300 millions de dollars pour prêter main forte aux forces de Kiir faisait expli­­ci­­te­­ment appel à des assauts au sol et dans les airs, devant être menés par une unité de combat étran­­gère compo­­sée de 341 indi­­vi­­dus. Les forces de Prince effec­­tue­­raient « des attaques déli­­bé­­rées, des raids et des embus­­cades » contre « des objec­­tifs rebelles ». Les diffé­­rentes ébauches de la propo­­si­­tion que nous nous sommes procu­­rés révèlent une plani­­fi­­ca­­tion méti­­cu­­leuse, jusqu’au nombre de muni­­tions et au type spéci­­fique de radios porta­­tives qui seraient ache­­tées. Iron Fist requé­­rait l’achat d’au moins 600 bombes, 3 500 missiles, 7 500 mortiers et plus de 30 millions de cartouches de muni­­tions. Parmi les appa­­reils compris dans le plan figu­­raient deux avions Thrush mili­­ta­­ri­­sés et équi­­pés pour la surveillan­­ce…

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L’une des confi­­gu­­ra­­tions déve­­lop­­pées par Airborne Tech­­no­­lo­­gies

Iron Fist repré­­sente, plus que tout autre docu­­ment porté à notre connais­­sance, la vision d’Erik Prince de la guerre contem­­po­­raine sur le conti­nent afri­­cain, où la seule exis­­tence d’un avion d’épan­­dage mili­­ta­­risé est une oppor­­tu­­nité de mettre en échec une rébel­­lion, un groupe terro­­riste ou une insur­­rec­­tion. Tandis que l’ac­cent de la propo­­si­­tion était expli­­ci­­te­­ment mis sur la protec­­tion de l’in­­dus­­trie pétro­­lière du Soudan du Sud, deux personnes connais­­sant inti­­me­­ment Prince affirment que son inten­­tion réelle était de four­­nir une force étran­­gère loyale au président Kiir, utili­­sée dans le cadre d’une guerre civile large­­ment moti­­vée par des conflits ethniques et reli­­gieux. Prince et son équipe avaient ensuite prévu d’en­­traî­­ner des hommes pour défendre le programme du président Kiir. Ils offri­­raient égale­­ment au président des déta­­che­­ments de l’unité merce­­naire étran­­gère, toujours d’après l’ébauche du projet Iron Fist. Après que le contrat logis­­tique de FSG se soit effon­­dré et que le gouver­­ne­­ment ait mis fin à ses verse­­ments, Prince s’est rendu seul au Soudan du Sud plusieurs fois au début de l’an­­née 2015, dans l’es­­poir de sauver le deal. Plusieurs diri­­geants de FSG racontent que Prince n’a jamais fait part à l’en­­tre­­prise de la teneur de ces réunions, et qu’ils n’ont jamais reçu d’ex­­pli­­ca­­tion en bonne et due forme de ce qu’ils avaient manqué de four­­nir au gouver­­ne­­ment sud-souda­­nais. « Nous n’avons jamais été payés et j’ai pris la déci­­sion de clore le dossier », dit Smith.

Luttes internes

En mars 2015, Prince a voyagé dans un pays d’Asie centrale où il tentait de décro­­cher un contrat. Il a émis l’idée d’uti­­li­­ser le Thrush pour faire pencher la balance, mais les diri­­geants de FSG ont coupé court à l’idée en raison des possibles viola­­tions des régle­­men­­ta­­tions améri­­caines.

Cette décou­­verte a déclen­­ché une lutte interne au sein de FSG.

À ce moment-là, FSG avait déjà commencé à explo­­rer la possi­­bi­­lité de vendre les deux appa­­reils Thrush. Après l’échec du Soudan du Sud, la direc­­tion a décidé que four­­nir des avions de surveillance ne ferait plus partie à l’ave­­nir du busi­­ness model de la compa­­gnie. Dans le but d’éva­­luer la valeur des avions, FSG a commencé à exami­­ner le coût des modi­­fi­­ca­­tions appor­­tées aux appa­­reils en avril 2015. En juin, Prince a informé FSG qu’Air­­borne souhai­­tait acqué­­rir les appa­­reils. Du point de vue de la direc­­tion de FSG, les deux avions Thrush – dont l’un était immo­­bi­­lisé en Afrique de l’Est et l’autre bien au chaud dans le hangar d’Air­­borne en Autriche – deve­­naient une source d’en­­nuis et ils voulaient à tout prix les éjec­­ter des comptes de la société. FSG a procédé à une inspec­­tion préli­­mi­­naire de l’avion d’Afrique de l’Est dans le but de déter­­mi­­ner sa valeur.

À la suite de l’ins­­pec­­tion, les diri­­geants de FSG ont été infor­­més que l’avion avait été modi­­fié au-delà des capa­­ci­­tés de surveillance dont ils avaient eu connais­­sance. « On s’est dit : “Putain de merde, on ne sait même pas ce qu’on possède.” Nous n’avions jamais vu physique­­ment aucun des avions », raconte la source interne à FSG. « Personne n’en avait eu l’oc­­ca­­sion, à l’ex­­cep­­tion d’Erik, de Serge et des types qui avaient effec­­tué les modi­­fi­­ca­­tions », ajoute-t-il. Quand les inspec­­teurs ont fait part de leurs décou­­vertes à FSG, l’en­­tre­­prise a réalisé qu’elle avait poten­­tiel­­le­­ment un grave problème avec les régle­­men­­ta­­tions améri­­caines. Le premier Thrush, d’après l’ins­­pec­­tion, était pourvu de points de fixa­­tion sur les ailes, d’un cock­­pit blindé, de vitres pare-balles, de capa­­ci­­tés de vision nocturne et d’autres amélio­­ra­­tions para­­mi­­li­­taires. Crai­­gnant que FSG puisse être en situa­­tion de viola­­tion des régle­­men­­ta­­tions du gouver­­ne­­ment améri­­cain, la société s’est tour­­née vers un conseiller juri­­dique. Par précau­­tion, on leur a conseillé de consi­­dé­­rer l’avion comme un « article de défense exté­­rieure » – une arme volante que  l’en­­tre­­prise ne pouvait pas vendre sans licence. Les avocats ont égale­­ment conclu que si FSG était le proprié­­taire légi­­time de l’avion modi­­fié, tout citoyen améri­­cain qui tente­­rait de négo­­cier sa vente ou son utili­­sa­­tion par une puis­­sance étran­­gère serait en posi­­tion de viola­­tion de la loi améri­­caine. Leur opinion légale était qu’il s’agis­­sait d’un « risque maté­­riel » que le gouver­­ne­­ment accu­­se­­rait Prince et FSG d’avoir tenté de négo­­cier sans auto­­ri­­sa­­tion. Les avocats étaient si préoc­­cu­­pés par la ques­­tion qu’ils ont conseillé à l’en­­tre­­prise d’en­­vi­­sa­­ger de faire part d’elle-même du problème au gouver­­ne­­ment.

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Des slides du plan initial de Prince pour mili­­ta­­ri­­ser le Thrush 510G

FSG a entre­­pris une évalua­­tion interne. Ses audi­­teurs n’ont pas tardé à décou­­vrir une série d’ar­­ran­­ge­­ments que Prince et Durrant avaient menés sans infor­­mer l’en­­tre­­prise de leur véri­­table objet. À ce moment-là, Prince faisait pres­­sion sur FSG pour qu’ils vendent les appa­­reils à LASA en Bulga­­rie. LASA, à son tour, les vendrait à l’ache­­teur de Prince en Asie centrale. Des docu­­ments montrent que Prince voulait vendre les deux avions pour 16 millions de dollars. Smith raconte s’être fait du souci à propos de la tran­­sac­­tion. Vendre les avions à une entre­­prise sur laquelle ils ne trou­­vaient quasi­­ment aucune infor­­ma­­tion dans un pays réputé pour son trafic d’armes pour­­rait mal finir. En coulisse, Prince a tenté de faire pres­­sion sur un diri­­geant de FSG pour qu’il donne son aval au projet. Il a refusé. En dépit du désir exprimé par FSG de vendre les appa­­reils, Prince, Airborne et LASA ont pour­­suivi leurs efforts pour ache­­ver la mili­­ta­­ri­­sa­­tion du second avion. Plus tôt en 2015, Airborne avait envoyé deux de ses employés en Ukraine et en Bulga­­rie pour visi­­ter des usines d’ar­­me­­ment dans le but d’éva­­luer le maté­­riel néces­­saire pour finir le travail, selon l’an­­cien employé d’Air­­borne. Le Thrush du hangar d’Air­­borne en Autriche, qui avait été modi­­fié pratique­­ment de la même manière que l’ap­­pa­­reil immo­­bi­­lisé en Afrique, a fait le voyage jusqu’en Bulga­­rie. « Toutes les modi­­fi­­ca­­tions ont été réali­­sées en Autriche à l’ex­­cep­­tion de la fixa­­tion des pylônes, qui devait être effec­­tuée en Bulga­­rie », nous a confié l’an­­cien employé.

En septembre 2015, le conseil de FSG a été averti que l’avion bloqué en Afrique de l’Est avait été modi­­fié de façon à pouvoir être équipé d’armes et qu’il serait proba­­ble­­ment consi­­déré comme un article de défense exté­­rieure par le gouver­­ne­­ment améri­­cain. Une seconde inspec­­tion a été deman­­dée, cette fois-ci pour exami­­ner l’ap­­pa­­reil de Bulga­­rie. Quand l’équipe de Prince a eu vent de l’ins­­pec­­tion immi­­nente, ils ont entre­­pris d’en­­tra­­ver les efforts des enquê­­teurs et de dissi­­mu­­ler l’éten­­due véri­­table des modi­­fi­­ca­­tions. D’après deux sources internes, Prince et ses adjoints ont caché le fait qu’ils prépa­­raient le Thrush à être mili­­ta­­risé, et l’un d’eux affirme qu’ils ont « déli­­bé­­ré­­ment passé sous silence » leur objec­­tif.

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L’un des deux avions modi­­fiés
Crédits : Airborne Tech­­no­­lo­­gies

Les hommes de Prince étaient paniqués. Matthews, le pilote du Thrush, a confié en privé à un collègue ses inquié­­tudes sur le fait que Prince n’avait pas l’air de mesu­­rer ce qui était en train de se passer, et il a demandé si les diri­­geants de FSG étaient conscients de l’éten­­due des modi­­fi­­ca­­tions. Il a recom­­mandé de déca­­ler l’ins­­pec­­tion de l’avion en Bulga­­rie afin qu’ils puissent subrep­­ti­­ce­­ment reti­­rer l’équi­­pe­­ment mili­­taire. Car au moment où ils ont appris qu’il y allait avoir une inspec­­tion, l’avion était déjà équipé pour les essais d’ar­­me­­ment. Il était à un stade si avancé de son déve­­lop­­pe­­ment « qu’on aurait pu le trans­­for­­mer en avion mili­­ta­­risé en une semaine », affirme l’an­­cien employé d’Air­­borne. D’après deux sources qui ont eu vent du rapport, quand les inspec­­teurs de FSG sont arri­­vés en Bulga­­rie à la fin du mois de septembre pour exami­­ner le Thrush, ils ont décou­­vert un blin­­dage sur le cadre et le nez de l’ap­­pa­­reil, de l’équi­­pe­­ment de visée laser, des vitres pare-balles, ainsi qu’un maillage anti-explo­­sif installé à l’in­­té­­rieur du réser­­voir de carbu­­rant. Ils ont égale­­ment trouvé des modi­­fi­­ca­­tions à l’in­­té­­rieur du cock­­pit permet­­tant de contrô­­ler les systèmes d’ar­­me­­ment, et des systèmes de fixa­­tion pour pouvoir équi­­per l’ap­­pa­­reil de bombes, de missiles et de mitrailleuses. Les inspec­­teurs ont noté que le complexe bulgare où les modi­­fi­­ca­­tions avaient soi-disant été effec­­tuées ne semblait pas dispo­­ser de l’équi­­pe­­ment et du person­­nel adéquat pour réali­­ser le travail. Cette décou­­verte a déclen­­ché une lutte interne au sein de FSG. Les cadres supé­­rieurs accu­­saient Prince de placer les diri­­geants de l’en­­tre­­prise – parmi lesquels un amiral décoré à la retraite – dans une situa­­tion légale inte­­nable vis-à-vis du gouver­­ne­­ment améri­­cain. L’un d’eux accu­­sait ouver­­te­­ment Prince de « mener un programme secret au cœur même de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion ».

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Le cock­­pit de l’avion
Crédits : Airborne Tech­­no­­lo­­gies

Smith a ordonné l’exa­­men complet de toutes les commu­­ni­­ca­­tions internes de l’en­­tre­­prise et de son réseau infor­­ma­­tique pour rassem­­bler des données sur la façon et la raison pour laquelle les avions avaient été modi­­fiés, d’après trois personnes ayant assisté aux événe­­ments. Les cadres de FSG ont trouvé des dossiers – dont les factures ne concor­­daient pas avec les montants des contrats signés – indiquant que Prince et Durrant avaient secrè­­te­­ment auto­­risé près de deux millions de dollars de modi­­fi­­ca­­tions addi­­tion­­nelles. « Ils ont œuvré de concert pour mini­­mi­­ser les modi­­fi­­ca­­tions. Mais il y a une diffé­­rence entre modi­­fi­­ca­­tion et mili­­ta­­ri­­sa­­tion ! » dit un membre de FSG. « Si Gregg Smith savait que les avions étaient en train d’être modi­­fiés ? Évidem­­ment qu’il savait. Mais la mili­­ta­­ri­­sa­­tion, c’est autre chose. Elle a été déli­­bé­­ré­­ment cachée à la direc­­tion. »

Réunion au sommet

Au mois d’oc­­tobre dernier s’est tenue la réunion semes­­trielle du conseil de Fron­­tier Services Group à Hong Kong. Gregg Smith y a fait part des résul­­tats de l’enquête interne, qui ne lais­­saient que peu de doutes sur le fait que Prince, le président et fonda­­teur de FSG, avait fait usage de sa posi­­tion pour finan­­cer la fabri­­ca­­tion d’un proto­­type en vue de créer une armée de l’air privée. Prince savait déjà ce qu’il aurait à affron­­ter lors de la réunion. Les diri­­geants de FSG avaient contraint son lieu­­te­­nant Serge Durrant à prendre un congé admi­­nis­­tra­­tif, après avoir décou­­vert qu’il avait aidé à mettre en place la mili­­ta­­ri­­sa­­tion non-auto­­ri­­sée des Thrush et dissi­­mu­­lée volon­­tai­­re­­ment à la direc­­tion de l’en­­tre­­prise. Prince a révélé qu’il possé­­dait en partie Airborne, mais il a nié avoir la moindre connexion avec LASA Engi­­nee­­ring. Le conseil a égale­­ment appris de Prince qu’une autre de ses entre­­prises avait été payée pour la fabri­­ca­­tion de l’équi­­pe­­ment destiné à la construc­­tion d’un des camps du Soudan du Sud. Prince a avoué l’exis­­tence de quatre autres socié­­tés en sa posses­­sion qui avaient reçu des paie­­ments de FSG pour diffé­­rents services.

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Des modi­­fi­­ca­­tions addi­­tion­­nelles sont appor­­tées à l’ap­­pa­­reil
Crédits : Airborne Tech­­no­­lo­­gies

Smith et le conseil ont voté pour qu’on ferme inté­­gra­­le­­ment le dépar­­te­­ment de la firme spécia­­lisé dans l’avia­­tion, ainsi que pour l’évic­­tion de Durrant et de plusieurs autres employés enga­­gés par Prince. En tout, plus de 20 personnes ont été mises à la porte. Le conseil a formel­­le­­ment décidé d’amor­­tir la dépense de 8 millions de dollars pour les deux avions agri­­coles Thrush et leurs modi­­fi­­ca­­tions. Les avions seraient soient déséqui­­pés de leur compo­­sants mili­­taires déjà instal­­lés, dans une tenta­­tive de les vendre, soit ils seraient envoyés à la casse. Le conseil a égale­­ment déchu Prince de toute auto­­rité sur les opéra­­tions quoti­­diennes de la compa­­gnie. « La Compa­­gnie réaf­­firme sa poli­­tique de ne pas acqué­­rir ou modi­­fier les appa­­reils sous son contrôle » en accord avec les régle­­men­­ta­­tions rela­­tives à l’ex­­por­­ta­­tion d’ar­­me­­ment améri­­caines, dit une réso­­lu­­tion du conseil que nous avons pu exami­­ner. Elle ajoute que FSG « ne s’en­­ga­­gera pas dans des acti­­vi­­tés requé­­rant » l’ob­­ten­­tion de licences du gouver­­ne­­ment. Les pers­­pec­­tives de crois­­sance de FSG pour 2016 étaient à part cela consi­­dé­­rables, et les diri­­geants de l’en­­tre­­prise étaient convain­­cus qu’ils étaient enfin parve­­nus à se débar­­ras­­ser des soucis causés par le président. La réso­­lu­­tion finale réaf­­fir­­mait d’ailleurs que l’ac­­ti­­vité de FSG se borne­­rait au trans­­port et à la logis­­tique – et que toute acti­­vité en dehors de celles décrites dans le docu­­ment néces­­si­­tera l’ap­­pro­­ba­­tion d’un comité « à haut risque » présidé par le plus éminent membre du conseil de FSG : l’ami­­ral en retraite William Fallon.

En février dernier, Airborne a présenté les avions modi­­fiés lors d’un salon de l’ar­­me­­ment à Singa­­pour.

Mais Prince a pour­­suivi ses acti­­vi­­tés non-auto­­ri­­sées. Il a notam­­ment parti­­cipé à une réunion secrète avec le rensei­­gne­­ment chinois à Pékin et a ouvert un compte bancaire à la Banque de Chine à Macau. En janvier 2016, les diri­­geants de FSG s’inquié­­taient de plus en plus de la situa­­tion, et les acti­­vi­­tés de Prince en Chine sont tombées sous le coup d’une enquête menée par le gouver­­ne­­ment améri­­cain. Victo­­ria Toen­­sing, l’une des avocates de Prince, nous a affirmé que le compte de son client à la banque chinoise était conforme aux régle­­men­­ta­­tions améri­­caines. En février, d’après de nombreuses personnes ayant assisté aux événe­­ments, des repré­­sen­­tants de FSG ont fait le voyage à Washing­­ton pour rencon­­trer des hauts-fonc­­tion­­naires du dépar­­te­­ment de la Justice améri­­cain. Lors de cette réunion, ils ont divul­­gué des preuves rela­­tives aux modi­­fi­­ca­­tions des appa­­reils Thrush, à la tenta­­tive de négo­­cier leur vente en Asie centrale, ainsi qu’aux réunions de Prince en Chine. Parmi les hauts-respon­­sables qu’ont rencon­­trés les repré­­sen­­tants de FSG figu­­raient le direc­­teur de la divi­­sion de la Sécu­­rité inté­­rieure du dépar­­te­­ment de la Justice améri­­cain, ainsi qu’un procu­­reur géné­­ral spécia­­lisé dans le contrôle des impor­­ta­­tions, issu de la section du contre-espion­­nage de la divi­­sion. Mais rien de tout cela ne semble avoir ralenti le programme des Thrush modi­­fiés. Prince a indiqué qu’il y avait au Moyen-Orient et en Afrique des ache­­teurs très inté­­res­­sés par les Thrush modi­­fiés, d’après une source ayant parti­­cipé aux réunions internes d’Air­­borne. La produc­­tion future de 100 à 150 avions a été évoquée.

En février dernier, Airborne a présenté les avions modi­­fiés lors d’un salon de l’ar­­me­­ment à Singa­­pour. L’en­­tre­­prise à égale­­ment publié sur son site un texte écrit du point de vue d’un appa­­reil Thrush. « Je me carac­­té­­rise par un design sévère combiné à une endu­­rance de longue-durée, et cela me rend fiable et robuste dans les périodes diffi­­ciles », est-il écrit. « Je suis doté d’un corps d’acier, et je suis habi­­tué à porter de lourdes charges sans effort. Je suis capable d’opé­­rer sous la pres­­sion et je suis solide sur mes posi­­tions quand on m’at­­taque. En somme, je suis le parfait bour­­reau de travail n’im­­porte où et dans n’im­­porte quelle situa­­tion. » Une note suivant le texte fait réfé­­rence à l’ar­­mure de « tank » du Thrush ainsi qu’à son cadre « renforcé ». « Du fait de son incroyable robus­­tesse et de sa concep­­tion fiable et durable, l’aé­­ro­­nef Thrush est toujours prêt à l’usage quand d’autres ont atteint leurs limites », déclare Wolf­­gang Grumeth, le CEO d’Air­­borne. Sur son site, Airborne a commencé à faire la promo­­tion active de la vente d’avions Thrush modi­­fiés. La publi­­cité s’ac­­com­­pagne d’une photo d’un des avions de FSG. Un légis­­la­­teur autri­­chien, qui enquête sur le trafic d’armes depuis des années, en est au stade préli­­mi­­naire de ce qu’il pense pouvoir deve­­nir une enquête crimi­­nelle sur Prince et Airborne Tech­­no­­lo­­gies. Peter Pilz, un membre du parle­­ment autri­­chien, dit qu’il prévoit de présen­­ter au minis­­tère public des preuves docu­­men­­taires sur les modi­­fi­­ca­­tions des Thrush et les plans de mili­­ta­­ri­­sa­­tion des appa­­reils. « Nous sommes abso­­lu­­ment certains que tout cela va à l’en­­contre de notre légis­­la­­tion sur la neutra­­lité », nous a confié Pilz. Il ajoute que l’enquête exami­­nera aussi de possibles viola­­tions des régle­­men­­ta­­tions rela­­tives à l’ex­­por­­ta­­tion d’ar­­me­­ment autri­­chiennes. « Prince et tous les autres ne sont pas coupables tant qu’il n’y a pas d’af­­faire et de procès. Mais le dossier est solide. Cela va se trans­­for­­mer en affaire crimi­­nelle, c’est certain. » En parlant de l’his­­toire de Black­­wa­­ter en Irak et « du busi­­ness du merce­­na­­riat », Pilz ajoute qu’il « est inac­­cep­­table d’avoir des gens comme Erik Prince en Autriche. Il faut que ce soit bien clair. »

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Kris­­tof Nagl et Wolf­­gang Grumeth avec le maire de la ville
Crédits : Airborne Tech­­no­­lo­­gies

Le hangar d’Air­­borne est à deux pas de ce qui était autre­­fois l’usine de construc­­tion aéro­­nau­­tique de Wiener Neus­­tadt, que les nazis utili­­saient pour fabriquer des avions de combat pendant la Seconde Guerre mondiale. Les bombar­­diers alliés ont pris de nombreuses fois l’usine pour cible et ils ont fini par réduire la tota­­lité de la ville de Wiener Neus­­tadt à un tas de gravats. « Il y a une entre­­prise à Wiener Neus­­tadt qui construit à nouveau des avions de combat, alors qu’ils sont préci­­sé­­ment la raison pour laquelle la ville a été complè­­te­­ment détruite autre­­fois », explique l’an­­cien employé d’Air­­borne. Ce fait n’a pas échappé aux rési­­dents de la ville, d’après Pilz. « Je pense que quand les habi­­tants de Wiener Neus­­tadt seront infor­­més de ce qu’il se passe dans cette zone de leur ville, cela donnera lieu à un scan­­dale poli­­tique majeur », dit-il. Airborne ne semble pas s’en soucier. Au début du mois de mars, ses diri­­geants ont posé les premières pierres d’un nouveau complexe à l’aé­­ro­­port de Wiener Neus­­tadt. Le maire de la ville était présent pour célé­­brer l’évé­­ne­­ment, aux côtés de Nagl et de Grumeth. Un commu­­niqué de presse d’Air­­borne a annoncé que l’en­­tre­­prise avait récem­­ment décro­­ché « un certain nombre de commandes impor­­tantes de la part de forces de police et de forces mili­­taires inter­­­na­­tio­­nales ». L’en­­tre­­prise prévoit une crois­­sance sans précé­dent et une augmen­­ta­­tion consé­quente de sa force de travail. Parmi les struc­­tures qu’elle prévoit de construire d’ici septembre figure un vaste hangar qui accueillera les projets sensibles. Une récente propo­­si­­tion commer­­ciale de LASA faite à un gouver­­ne­­ment étran­­ger, que nous avons pu exami­­ner, offre de four­­nir des appa­­reils Thrush dras­­tique­­ment modi­­fiés et prêts à être mili­­ta­­ri­­sés. Elle parle ouver­­te­­ment de la capa­­cité de LASA à équi­­per les avions de missiles, de bombes et de mitrailleuses, en préci­­sant que les armes en ques­­tion ne sont pas comprises dans l’achat. L’ar­­gu­­men­­taire de vente contient de multiples photos d’un Thrush modi­­fié en vol. Son numéro de queue corres­­pond à celui de l’avion immo­­bi­­lisé en Afrique de l’Est.

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Dans les semaines qui ont précédé la réunion du conseil de FSG en mars à Hong Kong, une guerre faisait rage au sein de la compa­­gnie. D’un côté se tenaient Smith et l’ami­­ral Fallon, et de l’autre se trou­­vait Erik Prince, soutenu par les membres du conseil repré­­sen­­tant les parts du gouver­­ne­­ment chinois dans la société. Quand la direc­­tion améri­­caine de FSG a rencon­­tré les hauts-fonc­­tion­­naires du gouver­­ne­­ment, certains des diri­­geants ont été encou­­ra­­gés à rompre les rapports commer­­ciaux avec Prince. On les a infor­­més du fait que l’enquête du gouver­­ne­­ment se pour­­sui­­vait, et que cela risquait d’af­­fec­­ter les affaires de FSG.

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Une brochure de l’ap­­pa­­reil
Crédits : Airborne Tech­­no­­lo­­gies

Du point de vue de la faction de Smith, la réunion du conseil à Hong Kong permet­­trait de savoir si l’en­­tre­­prise qu’ils avaient fondée pouvait être sauvée. Ils étaient persua­­dés que FSG n’avait jamais été desti­­née à s’aven­­tu­­rer dans le domaine de la sécu­­rité. Une entre­­prise publique diri­­gée par le plus célèbre merce­­naire améri­­cain, d’après eux, n’au­­rait jamais pu obte­­nir les licences et les auto­­ri­­sa­­tions néces­­saires de la part du gouver­­ne­­ment améri­­cain pour opérer dans l’in­­dus­­trie mili­­taire privée, au service de gouver­­ne­­ments étran­­gers. À Hong Kong, ce serait l’heure de vérité : ou bien Prince entraî­­ne­­rait l’en­­tre­­prise dans une nouvelle voie, ou bien Smith et les autres Améri­­cains que Prince avait recru­­tés trois ans plus tôt renfor­­ce­­raient la mission origi­­nale de FSG. Dans les derniers jours du mois de mars, le conseil s’est rassem­­blé dans les bureaux de FSG, au 39e étage d’un immeuble de bureaux surplom­­bant la baie de Kowloon à Hong Kong. Les membres chinois du conseil de FSG n’ont pas perdu de temps à décla­­rer leur allé­­geance à Prince et à faire état d’une nouvelle vision pour la société. L’ex­­pé­­rience de Prince et sa répu­­ta­­tion, disaient-ils, permet­­traient à l’en­­tre­­prise d’of­­frir des services de sécu­­rité et de forma­­tion, aussi bien que du conseil en matière de lutte anti-terro­­riste pour les entre­­prises chinoises, d’après un ancien respon­­sable du rensei­­gne­­ment améri­­cain briefé après la réunion. Le conseil n’a même pas eu besoin de voter. Prince, les inves­­tis­­seurs du gouver­­ne­­ment chinois et ses alliés au conseil contrô­­laient bien assez de parts de la compa­­gnie pour en tenir les rênes. Les Améri­­cains se sont lais­­sés dire que FSG avait été créée pour soute­­nir le plan écono­­mique global de la Chine. La logis­­tique et l’avia­­tion, semblait-il, n’était qu’un facteur secon­­daire. La déci­­sion était une revanche sur le leader­­ship améri­­cain de FSG, et tout spécia­­le­­ment sur Smith et l’ami­­ral Fallon. Prince a remporté la bataille. Mais avec l’enquête du gouver­­ne­­ment améri­­cain sur ses acti­­vi­­tés et un paysage commer­­cial truffé de ponts écrou­­lés, une ques­­tion signi­­fi­­ca­­tive conti­­nue de le hanter : pourra-t-il gagner la guerre ? « Les opéra­­tions de logis­­tique en Afrique sont une brillante idée dont Prince parle depuis dix ans », nous a confié l’an­­cien haut-fonc­­tion­­naire des services de rensei­­gne­­ment améri­­cain, qui a travaillé long­­temps avec Prince. « Il aurait pu faire de l’argent avec FSG les yeux fermés. Tout le monde est d’ac­­cord là-dessus, et pour­­tant il ne l’a pas fait. Pourquoi ? Parce que cela aurait été ennuyeux. »


Traduit de l’an­­glais par Ronan des Vallières, Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Inside Erik Prin­­ce’s Trea­­che­­rous Drive to Build a Private Air Force », paru dans The Inter­­cept. Couver­­ture : Erik Prince et ses Thrush 510G (créa­­tion graphique par Ulyces).


 

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