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par Michael Onyiego | 18 juin 2015

Au milieu du couloir prin­ci­pal mal éclairé de l’hô­pi­tal de Bana­dir à Moga­dis­cio, un panneau indique l’en­trée de la mater­nité. Il y est écrit : « Les femmes ne meurent pas de mala­dies que nous ne savons pas guérir. Elles meurent parce que la société n’a pas encore décidé que leurs vies valent la peine d’être sauvées. »

Une mère et son enfant attendent pour un contrôle médicalCrédits : Trocaire
Une mère et son enfant attendent pour un contrôle médi­cal
Crédits : Trocaire

À l’ex­té­rieur, les proches des femmes hospi­ta­li­sées sont accrou­pis contre le mur, se proté­geant du soleil soma­lien qui trace des lignes sur le sol. Ils attendent, ils prient. Ils prient pour avoir des fils, des filles, des petits-enfants, des nièces ou des neveux en bonne santé. Ils prient pour la vie de leurs femmes, de leurs filles ou de leurs sœurs.

La mater­nité est sombre et calme. De temps à autre, cette tranquillité est pertur­bée par les infir­mières qui courent d’une chambre à l’autre avec leurs glacières pleines de seringues. Ou bien par les aide-soignantes qui poussent des femmes allon­gées sur des bran­cards jusqu’au bloc opéra­toire. Selon la coutume soma­lienne, les femmes doivent rester silen­cieuses pendant l’ac­cou­che­ment.

Mais parfois, un cri résonne dans les couloirs qui vient briset le silence. Et puis, il y a le docteur Marian Omar Salad. Elle se tient au milieu des sage-femmes, des infir­mières, du fouillis des instru­ments chirur­gi­caux, des blouses blanches qui volent et des grogne­ment étouf­fés des femmes qui accouchent derrière les rideaux bleu layette. Salad surveille sans ciller toute cette agita­tion.

Dans l’ad­ver­sité

Ce jour-là, une patiente qui vient de la ville d’Afgooye, à plus de 200 kilo­mètres de là, est le centre de toutes les atten­tions. Howa Oofay Moalim est arri­vée il y a deux heures, et selon les méde­cins c’est un miracle qu’elle soit toujours en vie. Salad m’a rapporté que le travail de Howa a commencé il y a déjà presque cinq jours, avec de graves compli­ca­tions dès le départ. Son bébé était mal posi­tionné à l’in­té­rieur son utérus et son bras l’a perforé. Elle a de la fièvre et une grave infec­tion. La vie qu’elle s’ef­force de faire venir au monde menace désor­mais de la tuer. Malgré la situa­tion critique, les sages-femmes d’Af­gooye ont essayé de faire sortir le bébé. Mais selon Salad, elles n’ont fait qu’em­pi­rer les choses et elles ont fina­le­ment été obli­gées d’em­me­ner Howa à Bana­dir.

Une sage-femme ausculte une femme enceinteCrédits
Une sage-femme ausculte une femme enceinte
Crédits

Salad est très contra­riée par la gravité de la situa­tion. Elle m’ex­plique que plusieurs mères s’ima­ginent que l’hô­pi­tal va les tuer. « Elles pensent que si elles viennent à l’hô­pi­tal, on va forcé­ment leur faire une césa­rienne », explique Salad. « Même si la mère a déjà perdu trois ou quatre enfants, elle préfère s’adres­ser à des sage-femmes tradi­tion­nelles dans un premier temps. C’est seule­ment une fois qu’elle a épuisé toutes ses options, lorsqu’elle se trouve dans une situa­tion vrai­ment critique, qu’elle vient à l’hô­pi­tal. Dans un état extrê­me­ment grave. » En Soma­lie, on attend d’une femme qu’elle ait un enfant chaque année. La conva­les­cence suite à une césa­rienne est bien plus longue que celle d’un accou­che­ment clas­sique. Il est donc impos­sible d’ac­cou­cher de cette façon tous les ans. Mais Howa n’a pas d’autre alter­na­tive.

Selon l’UNICEF, en Soma­lie, une femme meurt en couches toutes les deux heures.

Elle souffre terri­ble­ment. Elle se tord de douleur et cherche tend la main vers la personne la plus proche, à la recherche d’un contact physique rassu­rant. Elle parcourt fréné­tique­ment la pièce des yeux, effrayée et confuse. Salad est en train de prépa­rer l’écho­gra­phie, mais elle prend le temps de capter le regard d’Howa et de la récon­for­ter. La pronon­cia­tion soma­lie, habi­tuel­le­ment tran­chante, se fait douce et calme, et Howa se détend. Salad pose la sonde sur sa peau et cherche un signe de vie sur l’écran. Mais l’écho­gra­phie ne fait que confir­mer ses craintes.

Elle ne trouve pas de batte­ment pas de cœur, le fils de Howa est peut-être mort. « C’est toujours diffi­cile », confie-t-elle. Dans un pays qui ne connaît que l’ad­ver­sité, les femmes ne connaissent bien souvent que le déses­poir. Elles font face à la guerre civile, à la violence des clans, à l’ex­trême pauvreté, et à des services de santé médiocres. Tout cela sans aucun pouvoir de déci­sion sur leur avenir. Selon l’UNICEF, en Soma­lie, une femme meurt en couches toutes les deux heures, et une sur douze décède d’une patho­lo­gie asso­ciée à sa gros­sesse. Le problème s’ex­plique en partie par le fait que moins de 10 % des accou­che­ments dans le pays sont pratiqués par une sage-femme diplô­mée.

Dans la tradition somalienne, les femmes doivent avoir un enfant par anCrédits : Trocaire
Dans la tradi­tion soma­lienne, les femmes doivent avoir un enfant par an
Crédits : Trocaire

Même si des solu­tions se présentent, plusieurs obstacles persistent, et notam­ment au niveau légal. Selon la loi soma­lienne, une femme n’est pas respon­sable de sa propre vie. Pour qu’une procé­dure médi­cale soit réali­sée – même une césa­rienne qui pour­rait la sauver –, sa famille doit donner son accord. C’est souvent au mari ou au père que revient cette respon­sa­bi­lité. « La plupart du temps, on perd l’en­fant en atten­dant l’ac­cord », explique Salad. « D’autres fois – et c’est beau­coup plus triste –, on perd la mère à cause des tradi­tions de la famille. »

Le méde­cin m’ap­prend que parfois, ce sont les matriarches de la famille qui, n’étant pas habi­tuées à la méde­cine moderne, empêchent les femmes de béné­fi­cier d’une inter­ven­tion qui pour­rait leur sauver la vie. La vie des mères soma­liennes est très précieuse aux yeux de Salad, et elle cherche à faire chan­ger d’avis ceux qui doutent d’elle et de son travail. Mais ce chan­ge­ment n’a souvent lieu que lorsque les femmes sont sur le point de mourir.

Jour après jour

Au cours de la semaine passée, Salad a reçu une patiente par jour dans sa mater­nité. Si Isha Adan Abdul­lah est en vie aujourd’­hui, c’est grâce à Salad. Elle est maigre et doit encore se remettre complè­te­ment de son épreuve. Elle raconte son histoire avec des yeux tristes et incré­dules, tandis que Salad ajuste la robe qui pend de ses épaules et lui caresse douce­ment le bras, presque comme une sœur.

Les familles ne veulent pas envoyer leurs filles à la maternitéCrédits : Trocaire
Les familles ne veulent pas envoyer leurs filles à la mater­nité
Crédits : Trocaire

Elle était chez elle à Murale avec ses enfants – à envi­ron 250 km en dehors de Moga­dis­cio – quand le travail a commencé. Il pleu­vait abon­dam­ment et les sage-femmes locales ne pouvaient pas venir chez elle, elle n’avait que sa famille pour l’épau­ler. Elle a su presque immé­dia­te­ment que quelque chose n’al­lait pas.

Après deux jours de travail, elle n’avait toujours pas accou­ché et elle commençait à perdre du sang. « D’après ce qu’elle nous a raconté, nous pensons qu’elle a été victime d’une rupture utérine », inter­vient Salad. L’état d’Isha conti­nuait d’em­pi­rer et elle suppliait sa famille de l’em­me­ner à l’hô­pi­tal.

Elle a attendu encore dix jours, pendant lesquels elle a perdu connais­sance à plusieurs reprises. « Ils m’ont dit que c’était la volonté de Dieu, qu’ils prie­raient pour moi et qu’Il m’ai­de­rait », raconte-t-elle. « Ils refu­saient de m’em­me­ner. Au bout de quelques jours, j’ai dit à ma famille que je voulais soit mourir, soit vivre. »

Fina­le­ment, après deux semaines, Isha avait à peine la force de respi­rer et elle ne pouvait suppor­ter la douleur plus long­temps. Elle a demandé à sa famille : « Qu’est-ce que vous voulez faire ? Vous voulez cuisi­ner ma viande après ça ? » « C’est un proverbe somali », m’ex­plique le docteur en regar­dant Isha avec compas­sion, « cela signi­fie : “Faites quelques chose ou je vais mourir.” » La famille d’Isha a enfin accepté de l’em­me­ner à Moga­dis­cio pour qu’elle reçoive des soins.

Cinq jours après l’opé­ra­tion, Isha est heureuse d’être en vie mais elle souffre toujours et a du mal à bouger. Elle est engour­die et change de posi­tion sans arrêt. Salad assure qu’elle va retrou­ver ses forces, mais qu’elle ne pourra plus avoir d’en­fant. « Elle était en très mauvais état et nous avons dû pratiquer une hysté­rec­to­mie. » « Le problème est parfois telle­ment simple, on peut le régler rapi­de­ment », dit-elle. « Mais ensuite, il devient si compliqué que lorsque la mère arrive, il n’y a plus rien que nous puis­sions faire. C’est parti­cu­liè­re­ment frus­trant. »

Une future mère fait ses examens pré-natauxCrédits : Trocaire
Une future mère fait ses examens pré-nataux
Crédits : Trocaire

Voir des femmes souf­frir, comme Isha, est la partie la plus pénible du travail de Salad. « Il y en a une qui a été amenée sur une char­rette. Il ne s’est écoulé que quelques minutes entre le moment où je suis arri­vée et le moment où elle est morte. Les situa­tions comme celle-là sont très dures à encais­ser », se souvient-elle.

Une lueur d’es­poir

Salad affirme que les histoires comme celle-ci ne sont pas rares. Mais dans un pays où les femmes font face à de telles épreuves, la mater­nité de Bana­dir met aussi en avant un domaine dans lequel elles jouent un rôle prédo­mi­nant : l’hô­pi­tal. Plusieurs membres du person­nel ici, des chirur­giens aux aides-soignants, sont des femmes. « En géné­ral, les femmes soma­liennes, surtout en obsté­trique et en gyné­co­lo­gie, préfèrent être prise en charge par des femmes parce qu’elles sont musul­manes. Elles préfèrent que les sage-femmes soient des femmes, c’est la tradi­tion », explique le docteur Nafiso Abdul­rah­man, une autre chirur­gienne de l’hô­pi­tal.

21 enfants naissent chaque jour à l’hô­pi­tal, soit jusqu’à 750 par mois.

Elle vient de sortir du bloc. L’opé­ra­tion est un succès : elle a sauvé la vie d’une mère et de son enfant après avoir convaincu sa famille, scep­tique, qu’une opéra­tion était néces­saire. « C’est commun, ce genre de situa­tion arrive tous les jours. » Les chirur­giens de l’hô­pi­tal pratiquent en géné­ral entre une et six inter­ven­tions par jour. Avec près de 800 lits, Bana­dir est un des hôpi­taux publics les plus impor­tants de Soma­lie, mais il manque constam­ment de finan­ce­ment, de person­nel, et il fonc­tionne au-delà de ses capa­ci­tés.

« Dans toute la ville de Moga­dis­cio, soit pour 2,3 millions d’ha­bi­tants, il n’y a qu’une seule mater­nité gratuite, celle de l’hô­pi­tal de Bana­dir », explique le docteur Abdul­lahi Moha­med. Il travaille pour l’or­ga­ni­sa­tion huma­ni­taire Swisso Kalmo, qui aide à gérer la mater­nité. « L’hô­pi­tal de Bana­dir est le seul hôpi­tal public de toute la Soma­lie », ajoute-t-il, en abat­tant son poing sur le bureau à chaque mot. L’hô­pi­tal a été ouvert en 1977 par Moha­med Siad Barre dans le cadre d’un grand projet de déve­lop­pe­ment des infra­struc­tures, grâce au gouver­ne­ment chinois. Quand le régime du dicta­teur s’est effon­dré en 1991, cela n’a pas été facile pour l’hô­pi­tal.

Depuis vingt ans, il reçoit un soutien irré­gu­lier de la part des orga­ni­sa­tions huma­ni­taires. « Une orga­ni­sa­tion arrive, elle reste quelques heures, quelques mois, mais personne ne se soucie jamais de ce qu’on appelle la dura­bi­lité d’un hôpi­tal », déplore Moha­med. En 2012, plusieurs orga­ni­sa­tions – dont l’UNICEF, le Fonds des Nations unies pour la popu­la­tion, et l’Or­ga­ni­sa­tion mondiale de la santé – sont inter­ve­nues pour soute­nir les efforts du gouver­ne­ment soma­lien dans l’amé­lio­ra­tion de la santé des mères et des nouveaux nés. Grâce à ce soutien, la mater­nité a pu accueillir plus de femmes, et Moha­med affirme que 21 enfants naissent chaque jour à l’hô­pi­tal, soit jusqu’à 750 par mois. Il ajoute qu’entre le milieu du mois de juin et le mois de novembre 2014, les méde­cins de Bana­dir ont pratiqué plus de 560 césa­riennes en urgence.

Chaque jour Salad se démène pour sauver les mères et leurs bébésCrédits : Trocaire
Chaque jour Salad se démène pour sauver les mères et leurs bébés
Crédits : Trocaire

« Qu’est-ce que ce serait si on n’avait pas un hôpi­tal comme celui-là, ou un programme de santé obsté­trique ? Ce serait un désastre absolu en terme de vies humaines », dit-il. Même si l’hô­pi­tal a fait de gros progrès, il manque toujours de finan­ce­ment, d’in­fra­struc­ture et de person­nel. « Nous avons perdu trois géné­ra­tions », explique Moha­med, faisant réfé­rence aux deux décen­nies précé­dentes de conflit. Salad est une source d’es­poir pour la nouvelle géné­ra­tion de méde­cins à Moga­dis­cio.

Cela fait deux ans qu’elle travaille comme chirur­gien résident à l’hô­pi­tal, et elle aide égale­ment à ensei­gner à une nouvelle promo­tion d’étu­diants de l’uni­ver­sité de Moga­dis­cio. Être chirur­gien n’est jamais facile. Mais à Moga­dis­cio, Salad doit parfois jongler entre la vie des autres et ses propres respon­sa­bi­li­tés quant à sa famille et sa sécu­rité physique.

Il lui arrive d’en­chaî­ner deux ou trois gardes, puis de rentrer seule chez elle, en marchant à travers les rues en ruine au beau milieu de la nuit. Elle me confie que sa mère la critique souvent parce qu’elle travaille au-delà de ses heures de travail. « Ce qui dérange ma mère, c’est que sortir tard, c’est risqué. Mais je prends ce risque pour sauver la vie d’autres mères », explique-t-elle, un sourire illu­mi­nant son visage.

Le miracle

Dans la mater­nité, Salad attend le retour de la famille de Howa. Dans le lit voisin, une autre femme rentre dans la dernière phase du travail. Salad inter­rompt sa conver­sa­tion avec Howa pour aider à accou­cher la femme, et à peine quelques minutes plus tard, on entend réson­ner les cris d’un petit garçon en bonne santé. Sa mère, qui était dans la rue quelques heures plus tôt, est venue ici à pieds. Après avoir regardé les infir­mières peser le bébé et véri­fié que la mère se porte bien, Salad monte à l’étage pour les prépa­ra­tifs préopé­ra­toires. La famille de Howa est arri­vée et Salad a main­te­nant la permis­sion de la sauver.

Une mère et son fils de trois joursTrocaire
Une mère et son fils de trois jours
Trocaire

Quand elle se prépare avant d’opé­rer, Salad se trans­forme. Son sourire dispa­raît et ses yeux ne se concentrent plus sur ses mains. Elle regarde à travers la vitre du bloc opéra­toire et commence à visua­li­ser la procé­dure. Ses infir­mières de bloc l’aident à enfi­ler ses gants et sa blouse tandis qu’elle discute de l’opé­ra­tion avec les deux chirur­giens qui l’as­sistent. Elle véri­fie soigneu­se­ment ses instru­ments avant de s’ap­pro­cher de Howa, dont le visage est recou­vert d’un voile vert.

Surveillé par une infir­mière, un moni­teur cardiaque sursaute toutes les secondes. Sous les lumières vives, les chirur­giens prennent leur temps. Tous prennent une grande inspi­ra­tion avant que Salad fasse sa première inci­sion. Une fois que l’opé­ra­tion a débuté, la rapi­dité et l’ef­fi­ca­cité sont essen­tielles. Les mains de Salad n’hé­sitent pas tandis qu’elle s’ap­proche de l’uté­rus de Howa. Ses mouve­ments s’en­chaînent, expé­ri­men­tés. Elle ne gaspille pas un seul geste.

En moins de cinq minutes, les chirur­giens commencent à aper­ce­voir l’en­fant et retiennent leur souffle. Le visage de Salad se décom­pose un instant puis elle écarquille les yeux. « Il est vivant ! » Elle tient le fils de Howa dans ses mains. « Vivant. » Elle commence à masser le torse de l’en­fant pour encou­ra­ger son jeune cœur. Elle le secoue douce­ment pour essayer de le réveiller, mais il ne répond pas.

Un groupe de jeunes mèresCrédits : Trocaire
Un groupe de jeunes mères
Crédits : Trocaire

Salad confie l’en­fant à ses infir­mières tandis qu’elle reporte son atten­tion sur Howa. « Oh mon Dieu », répète-t-elle une dernière fois avant de se concen­trer de nouveau sur la femme devant elle. Tandis que Salad et son équipe soignent l’uté­rus de Howa, deux infir­mières conti­nuent de masser le nouveau-né dans un coin de la pièce. Il ne pleure pas, alors, avec des doigts doux mais fermes, elles appuient plusieurs fois sur la cage thora­cique du bébé, puis s’écartent et attendent. Il ne fait aucun mouve­ment, n’émet aucun son.

Après quelques secondes, elles recom­mencent, puis attendent de nouveau. Enfin, d’un seul coup, l’en­fant tousse douce­ment, agite les jambes et prend une simple inspi­ra­tion. L’opé­ra­tion dure à peine plus de trente minutes. Salad a sauvé Howa et son fils, à moitié né pendant près de cinq jours. Son visage s’adou­cit de nouveau alors qu’elle se tient près du petit garçon, le regar­dant avec inquié­tude. Il lui faudra du temps pour se remettre. Son bras est frac­turé à plusieurs endroits et il se peut qu’il souffre de troubles du déve­lop­pe­ment, à cause du manque d’oxy­gène.

Mais pour l’ins­tant, c’est une petite victoire pour le docteur Marian Omar Salad. « Parfois c’est diffi­cile. Parfois, c’est très très… » Elle s’in­ter­rompt et réflé­chit. « Dans certaines situa­tions, on ne peut rien faire. On est impuis­sant et c’est très frus­trant. Mais parfois, c’est extrê­me­ment grati­fiant. On a l’op­por­tu­nité de sauver une mère qui ne pouvait pas accou­cher chez elle, on fait une césa­rienne et on voit que le bébé est en vie – c’est une grande satis­fac­tion. »


Traduit de l’an­glais par Marine Bonni­chon d’après l’ar­ticle « The Surgeons of Moga­di­shu », paru dans Al Jazeera. Couver­ture : Une sage-femme et une jeune mère, Trocaire.


 

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