par Nanou Rummler | 20 avril 2016

Le Cercle des initiés

Le 12 octobre 1983, Bill Landreth a passé un coup de fil à son ami Chris, de Detroit, pour discu­­ter. Quand il a décro­­ché, Chris était paniqué. Il a expliqué à Bill que le FBI avait fait une descente chez lui. « Ne m’ap­­pelle plus ! » La conver­­sa­­tion a été brève. Bill ne savait pas exac­­te­­ment ce qu’il se passait, mais il savait une chose : Si le FBI était venu pour Chris, il pour­­rait être le prochain sur la liste. Le lende­­main, une douzaine d’agents fédé­­raux ont perqui­­si­­tionné la maison de ses parents, en péri­­phé­­rie de San Diego, empor­­tant avec eux des montagnes de preuves – parmi lesquelles un ordi­­na­­teur que Bill, alors âgé 18 ans, avait caché sous le lit de sa sœur. Bill et Chris, qui avait 14 ans pour sa part, étaient les chefs d’un groupe d’ado­­les­­cents hackers appelé le Cercle des initiés. En 24 h, le FBI avait lancé des assauts coor­­don­­nés contre les membres du groupe dans neuf États du pays, confisquant des ordi­­na­­teurs, des modems ainsi qu’une foule de notes manus­­crites détaillant plusieurs façons d’ac­­cé­­der à diffé­­rents réseaux sur ce qui n’était à l’époque qu’une version rudi­­men­­taire d’In­­ter­­net.

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Une carte de l’Ar­­pa­­net

Le Cercle des initiés était un groupe hété­­ro­­clite d’une quin­­zaine de hackers, presque tous adoles­­cents, venant de Cali­­for­­nie du Sud, de Detroit, de New York, et de cinq autres régions des États-Unis. Bill, Chris et les autres membres de leur collec­­tif avaient accédé à toutes sortes de réseaux, du service Tele­­mail de la compa­­gnie de télé­­coms améri­­caine GTE – qui héber­­geait les comptes mails d’en­­tre­­prises comme Coca-Cola, Raytheon, Citi­­bank et la NASA – à l’Arpa­­net, qui était couram­­ment utilisé par les cher­­cheurs univer­­si­­taires et le person­­nel mili­­taire jusqu’à ce que le Milnet (pour Mili­­tary Network) soit lancé au milieu des années 1980. Chris adorait se vanter d’avoir piraté le Penta­­gone sur les forums de discus­­sion. Le Cercle des initiés n’était pas l’unique groupe de hackers adoles­­cents au début des années 1980, mais ils ont attiré sur eux l’at­­ten­­tion du FBI en inter­­­fé­­rant avec les réseaux du gouver­­ne­­ment et les comptes mails de grosses compa­­gnies. Avec ceux du 414s – un autre groupe de hackers déman­­telé à la même époque –, les raids ont fait la une des jour­­naux. Les actes du Cercle des initiés allaient engen­­drer une complète refonte de la façon dont on jugeait les crimes infor­­ma­­tiques, avec la promul­­ga­­tion en 1984 des premières lois anti-pira­­tage améri­­caines. J’ai décidé de partir sur les traces du Cercle des initiés pour comprendre ce qui s’était passé durant leur apogée, jusqu’au moment de leur arres­­ta­­tion. J’étais aussi curieux de voir quelles trajec­­toires avait pris leurs vies depuis. En faisant des recherches, j’ai mis la main sur 351 pages de docu­­ments du FBI trai­­tant des groupes d’ados hackers du début des années 1980, grâce à une demande offi­­cielle en vertu du Free­­dom of Infor­­ma­­tion Act. Les pages sont lour­­de­­ment censu­­rées, mais elle m’ont permis de remplir certains des nombreux trous qui subsistent à propos du Cercle des initiés, de la forma­­tion infor­­ma­­tique accé­­lé­­rée qu’a dû suivre le FBI, et du milieu under­­ground de ces jeunes geeks du début des années 1980. L


‘his­­toire de Bill et Chris dépasse la simple curio­­sité qui les animait. Elle raconte la nais­­sance de l’In­­ter­­net moderne et témoigne d’une époque où les lois sur le pira­­tage infor­­ma­­tique n’exis­­taient pas encore. Une époque durant laquelle la plupart des Améri­­cains – et à peu près tout le monde au FBI – n’au­­raient pas su vous dire ce qu’é­­tait un modem. Cette période, qui s’étend entre 1979 et 1983, ressem­­blait au Far West mythique pour les gamins qui s’in­­té­­res­­saient aux ordi­­na­­teurs. Elle a égale­­ment vu grim­­per en flèche la popu­­la­­rité (et bais­­ser les prix) des ordi­­na­­teurs domes­­tiques, et la sortie du film Wargames. Les jeunes de cette époque étaient les tout premiers à adop­­ter l’usage des ordi­­na­­teurs, et ils se sont atti­­rés des tas d’en­­nuis.

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Wargames, de John Badham (1983)

Après la sortie de Wargames en juin 1983, tous les aspi­­rants hackers de bonne famille se sont empres­­sés d’al­­ler ache­­ter un ordi­­na­­teur et un modem dans des boutiques comme RadioS­­hack. Ils n’avaient qu’une idée en tête : s’ap­­pro­­cher aussi près que possible du gros bouton rouge du film. Ça ne marchait pas de cette façon, évidem­­ment. Mais il y avait plein d’autres pitre­­ries auxquelles les gosses du début des années 1980 pouvaient s’adon­­ner avec un ordi­­na­­teur, une ligne télé­­pho­­nique et la témé­­rité carac­­té­­ris­­tique de la jeunesse. Le FBI a commencé à suivre la trace du Cercle des initiés en 1982, mais ils n’ont mis la main sur le groupe qu’à la fin de l’an­­née 1983. Ce coup de filet a été rendu possible à cause d’un pseudo-justi­­cier de 42 ans du nom de John Maxfield – un ancien pirate télé­­pho­­nique qui se voyait comme le shérif de cet Inter­­net balbu­­tiant.

Au début des années 1980, Maxfield a gagné la confiance des commu­­nau­­tés d’ados hackers sur les bulle­­tin board systems (BBS) – des services d’échange de messages et de données –, et il trans­­met­­tait les infos qu’il récu­­pé­­rait au FBI. C’est Maxfield qui a procuré aux agents du FBI les rensei­­gne­­ments dont ils avaient besoin sur les exploits du Cercle des initiés, parti­­cu­­liè­­re­­ment concer­­nant le pira­­tage du système de messa­­ge­­rie Tele­­mail. Chris, par ennui, avait commencé à effa­­cer les messages des direc­­teurs de Coca-Cola, et à utili­­ser les mots de passe de l’ad­­min pour chan­­ger les noms appa­­rais­­sant sur les comptes. GTE, la compa­­gnie qui gérait le service Tele­­mail, était furieuse. Et il y avait de quoi : les pirates utili­­saient Tele­­mail « illé­­ga­­le­­ment ». C’est-à-dire, gratui­­te­­ment. Les docu­­ments du FBI font préci­­sé­­ment le compte du temps volé par les gamins, jusqu’au dernier centime. Par exemple, il est écrit que l’uti­­li­­sa­­tion du service de messa­­ge­­rie de BMW par des utili­­sa­­teurs non-auto­­ri­­sés en septembre 1983 a coûté 0,29 $ à GTE. L’uti­­li­­sa­­tion non-auto­­ri­­sée du compte de Raytheon le même mois tota­­li­­sait 298 $. Mais c’est plutôt la perte de confiance géné­­ra­­li­­sée dans la sécu­­rité de son système qui a fait du tort à GTE. J’ai pu parler à Bill et à Chris, mais je ne suis pas parvenu à contac­­ter d’autres membres du Cercle des initiés, ou même Maxfield. J’ai envoyé une lettre à la dernière adresse connue de Maxfield qui attend encore une réponse, et la dernier numéro de télé­­phone réper­­to­­rié sur lequel j’ai mis la main n’est plus attri­­bué. Pour autant que je sache, il est mort. Ou bien il est âgé et se fait très discret. Maxfield a toujours essayé de rester dans l’ombre, mais lorsqu’il a été révélé qu’il était  infor­­ma­­teur du FBI à la fin de l’an­­née 1983, il est devenu l’homme le plus haï d’In­­ter­­net.

The Cracker

Lorsque je rencontre Bill Landreth dans un Star­­bucks de Santa Monica, il est tranquille­­ment assis à une table, buvant son café. Il a posé deux sacs sur le siège en face de lui et un sac de couver­­tures dans le coin. À côté de sa tablette Samsung et de son café est posée une pipe faite à partir d’une pomme, remplie de ce qui me semble être de la marijuana médi­­cale. Un poli­­cier passant par là jette un œil au curieux acces­­soire, mais il passe son chemin sans s’at­­tar­­der.

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Les affaires de Bill
Crédits : Matt Novak

Arran­­ger ce rendez-vous n’a pas été une mince affaire, car Bill ne sait pas où il dormira la nuit prochaine. Aujourd’­­hui âgé de 52 ans, avec sa barbe de trois jours et des cheveux en bataille tombant sur ses épaules, Bill vit dans la rue depuis 30 ans. Mais sans son front dégarni et son regard morne, il ferait proba­­ble­­ment dix ans de moins. Il perce une certaine assu­­rance dans sa voix, bien qu’il soit très réservé. C’est comme si Bill était un homme qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense, mais qui, en même temps, serait inquiet de dire quelque chose de déplacé devant moi. Durant notre conver­­sa­­tion, il se montre calme, affable et osten­­si­­ble­­ment intel­­li­gent. Il commence presque immé­­dia­­te­­ment à parler d’or­­di­­na­­teurs et de langages infor­­ma­­tiques – sur lesquels j’avoue connaître très peu de choses. Bill a eu son premier ordi­­na­­teur en 1980, me raconte-t-il. C’était un TRS-80 de chez RadioS­­chack. Il avait 14 ou 15 ans à l’époque, et il m’ex­­plique qu’il avait prévu de s’ache­­ter la version 8K de mémoire avec les 500 dollars qu’il avait écono­­misé. Son père a proposé de rajou­­ter 500 dollars au bout, et il a eu la version 16K avec un lecteur de cassette pour le stockage. Il a égale­­ment acheté modem à 300 bauds. Bill avait l’ap­­pren­­tis­­sage facile, et il a déve­­loppé un don pour le langage BASIC. De là, il a appris d’autres langages, et son désir d’ex­­plo­­rer à fond le monde de l’in­­for­­ma­­tique est devenu obsé­­dant. Une fois qu’il avait conquis une région incon­­nue, il y avait toujours de nouvelles zones à décou­­vrir. Bill se voyait comme un explo­­ra­­teur – plus inté­­ressé par le fait de carto­­gra­­phier tout le terrain plutôt que de péné­­trer en profon­­deur dans un réseau précis. Bill, qui s’était choisi le surnom de The Cracker, a bien­­tôt rencon­­tré toute une commu­­nauté de jeunes margi­­naux en ligne. Dans le nouveau monde qu’il arpen­­tait, ils lui donnaient le senti­­ment de faire partie d’un groupe.

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Bill Landreth
Crédits : Matt Novak

Bill est le fils de deux hippies qui ont passé la plus grande partie de son enfance à vivre une vie semi-nomade. Son père, féru d’as­­tro­­no­­mie, construi­­sait des téles­­copes sous la marque Essen­­tial Optics. Mais il ne faisait payer aux gens que le prix des pièces et ne deman­­dait pratique­­ment rien pour son travail. Le seul petit succès qu’a connu le père de Bill dans les affaires remonte aux années 1970, quand il vendait des lampes de culture. Il avait même acheté des publi­­ci­­tés en pleine page pour en faire la promo­­tion (elles étaient soit disant utili­­sées pour faire pous­­ser des tomates) dans le maga­­zine High Times. En dépit des aver­­tis­­se­­ments de son ami Chris, le 12 octobre 1983, Bill ne s’at­­ten­­dait pas à voir le FBI débarquer quand ils ont frappé à la porte. À côté de son entre­­prise de lampes de culture, le père de Bill se rendait régu­­liè­­re­­ment jusqu’à Big Bear (une zone rurale touris­­tique située à quatre heures de Los Angeles) pour ache­­ter du LSD et de la coke.

À ce jour, Bill n’est toujours pas convaincu que son arres­­ta­­tion n’était pas une tenta­­tive du FBI pour atteindre son père à travers lui. Mais c’est bien pour Bill qu’ils venaient. Avec d’autres ados de son collec­­tif, Bill avait « piraté » le premier réseau à commu­­ta­­tion de paquets commer­­cial, Tele­­net. Le réseau Tele­­net (aujourd’­­hui détenu par Raytheon) était inspiré de la struc­­ture de l’Ar­­pa­­net, et il avait des local­­hosts dans 52 villes de États-Unis au début des années 1980. Péné­­trer dans le système de messa­­ge­­rie du réseau a permis à Bill et ses amis hackers de passer des appels locaux pour discu­­ter, et même à trafiquer le système pour pouvoir télé­­pho­­ner à longue distance gratui­­te­­ment – une néces­­sité si l’on voulait poster sur un BBS hors de son indi­­ca­­tif régio­­nal sans rece­­voir des factures astro­­no­­miques. Quelqu’un avait dit à Bill que les comptes admi­­nis­­tra­­teurs de Tele­­mail utili­­saient simple­­ment un A majus­­cule pour mot de passe. « Je n’avais qu’à essayer d’en­­trer les noms de famille avec un grand A pour mot de passe et je récu­­pé­­rais plein de comptes », me raconte Bill. « C’est ce qui m’a permis d’en­­trer et de faire les comptes des autres. Ensuite on discu­­tait, tout simple­­ment. »

Bill ne voulait pas d’un avocat, il était sûr de pouvoir se défendre seul.

L’entente rela­­tive au plai­­doyer de Bill n’est pas épaisse : huit pages seule­­ment décrivent ses « crimes ». En 1983, il n’y avait pas de lois sur le pira­­tage, mais les tribu­­naux de Virgi­­nie étaient vrai­­sem­­bla­­ble­­ment d’avis que de péné­­trer dans les réseaux infor­­ma­­tiques était un crime sérieux, même si rien n’avait été volé. Bill a donc été accusé de fraude élec­­tro­­nique, ce qui se résu­­mait pour l’es­­sen­­tiel à trois coups de fil qu’il avait passés avec son ordi­­na­­teur. Alors que nous quit­­tons le Star­­bucks pour aller manger, Bill remballe sa tablette et son char­­geur et les fourre dans son sac à dos. Il jette ensuite son sac en plas­­tique rempli de couver­­tures et d’une petite tente par-dessus sa tête, portant l’énorme paquet dont le poids est réparti entre son sac à dos et l’ar­­rière de son crâne.

Hors du cercle

Tandis que nous mangeons, Bill me raconte des histoires datant des trente dernières années. Il me parle de son combat contre des troubles psychiques et des nuits où il dort dans les rues de San Diego, de Los Angeles et de Santa Barbara. Nous parlons des diffé­­rents trai­­te­­ments psychia­­triques que nous avons essayé lui et moi. De mon côté, j’ai eu des soucis avec mes anti-dépres­­seurs, qui me rendaient incroya­­ble­­ment fati­­gué durant la jour­­née. Bill est convaincu que l’auto-médi­­ca­­tion est ce qu’il y a de mieux. Il me confie avoir été diagnos­­tiqué maniaco-dépres­­sif et avoir fait quelques séjours invo­­lon­­taires à l’hô­­pi­­tal psychia­­trique local, à cause de la police – le « service de taxi », comme il les appelle. Bill ajoute que pour l’hy­­giène, il se douche chez son frère en ville. Je n’ar­­rive pas à lui deman­­der pourquoi il ne vit pas avec lui. Au cours du repas, je lui demande d’au moins trois façons diffé­­rentes ce qui le pous­­sait à pira­­ter.

Chaque fois, c’était comme si j’avais demandé à quelqu’un pourquoi il lisait un livre ou pourquoi il regar­­dait un film. Il me répond qu’il voulait juste savoir ce que c’était. Le ton direct qu’il emploie me fait le croire sur parole, et c’est aussi ce qui ressort des docu­­ments du FBI. Quand il péné­­trait dans des insti­­tu­­tions finan­­cières, c’était toujours super­­­fi­­ciel. Il ne cher­­chait pas à déro­­ber un million de dollars ou à entrer profon­­dé­­ment dans un système pour son enri­­chis­­se­­ment person­­nel. Mais il aimait se retrou­­ver dans la posi­­tion du voyeur. Bill et ses amis faisaient souvent des farces, comme lorsqu’ils mettaient tous les opéra­­teurs d’une zone donnée dans une gigan­­tesque confé­­rence télé­­pho­­nique. Chris a même piégé des hauts-gradés de l’ar­­mée à ce jeu-là, dans ce qui a dû être la conver­­sa­­tion télé­­pho­­nique la plus absurde de tous les temps.

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Bill Landreth à l’époque
Crédits : FBI

Bien que son domi­­cile avait été perqui­­si­­tionné et son équi­­pe­­ment saisi, Bill n’a pas été jugé avant neuf mois. Il raconte qu’il ne voulait pas d’un avocat et qu’il était sûr de pouvoir se défendre seul. Bill me fait part de sa stra­­té­­gie : il aurait tenté de convaincre le jury ou le juge que son crime s’ap­­pa­­ren­­tait à entrer dans un manoir immense dont les portes seraient restées ouvertes. Il voulait juste jeter un œil à l’in­­té­­rieur. Tandis qu’il m’ex­­plique son proces­­sus de réflexion, je retiens ma langue, sachant que ce type de raison­­ne­­ment fait peut-être sens pour quelqu’un qui a grandi dans une famille hippie, mais cela n’au­­rait pas marché une seconde face à un juge fédé­­ral à l’autre bout du pays. Le père de Bill l’a convaincu de prendre un avocat – ce que Bill consi­­dère toujours comme une erreur. Ils ont conclu un marché, et Bill a obtenu trois ans de libé­­ra­­tion condi­­tion­­nelle en plai­­dant coupable à trois chefs d’ac­­cu­­sa­­tion pour fraude infor­­ma­­tique. La famille de Bill a démé­­nagé en Alaska, et Bill a emmé­­nagé avec ses amis à Poway, en Cali­­for­­nie. Sans ordi­­na­­teur, on n’a plus entendu parler de lui sur les BBS. Il a étudié à l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie à San Diego pour un temps, mais il n’a pas tardé à voya­­ger au Mexique et dans l’Ore­­gon. Il n’a jamais dit à son agent de proba­­tion où il allait, et il a été arrêté dans l’Ore­­gon, avant d’être réex­­pé­­dié à San Diego, où il a écopé de trois mois de prison ferme. À sa sortie, Bill savait qu’il devait trou­­ver le moyen de gagner de l’argent. Il pesait envi­­ron 55 kilos à l’époque et avait besoin d’un salaire. Bill dit aujourd’­­hui qu’il jeûnait « en quelque sorte », mais ses yeux trahissent qu’il n’avait proba­­ble­­ment pas d’argent pour se nour­­rir. Quoi qu’il en soit, son désir d’avoir à nouveau un ordi­­na­­teur était plus pres­­sant que la faim. « J’avais vrai­­ment envie d’avoir un ordi­­na­­teur mais je ne voyais pas comment gagner assez d’argent pour m’en ache­­ter un », dit-il. « La première fois, en 1980, j’avais 500 dollars d’éco­­no­­mies, mais à ce moment-là je n’avais rien. »

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Le best-seller

Il a alors découpé toutes les coupures de jour­­naux qu’il avait rassem­­blées grâce à ses amis de tout le pays – des titrailles sensa­­tion­­na­­listes à propos de l’ar­­res­­ta­­tion musclée du Cracker par le FBI. Il a trouvé un agent litté­­raire, et a écrit un livre entier à la main avant de le taper sur une vieille machine à écrire. Son agent a reçu deux réponses, dont une de Micro­­soft, qui offrait 5 500 dollars d’avance. Le livre, co-écrit par Howard Rein­­ghold, a été publié en 1984 sous le titre Out of the Inner Circle (« Hors du Cercle des initiés »). Bill a immé­­dia­­te­­ment dépensé la tota­­lité de son avance pour ache­­ter un nouvel ordi­­na­­teur. Quand le flot des royal­­ties a commencé à se tarir deux ans plus tard, Bill a cher­­ché du boulot ici et là. Il a travaillé un moment pour la Scien­­to­­lo­­gie, qui promet­­tait 200 dollars la semaine pour vendre des livres, mais il a rapi­­de­­ment compris qu’il ne gagne­­rait en réalité qu’un dollar par jour et il a jeté l’éponge.

Aujourd’­­hui, il parvient à se nour­­rir et à ache­­ter du canna­­bis médi­­cal grâce aux paie­­ments de la Sécu­­rité sociale et aux coupons alimen­­taires de la Cali­­for­­nie, mais il craque parfois plutôt pour une tablette. Il est sans domi­­cile fixe depuis le lycée. L’exis­­tence toute entière de Bill est conte­­nue dans trois sacs, et garder un œil sur eux est un combat de chaque instant. Quand on lui pique ses affaires, il ne sait pas qui accu­­ser des autres SDF ou de la police. Il dit qu’il doit ache­­ter de nouvelles couver­­tures toutes les trois semaines. Et sa tablette Samsung à 150 dollars est toujours en danger. D’après Bill, sa vie est un flot constant d’hu­­mi­­lia­­tions et de harcè­­le­­ment de la part de la police. Ils appliquent les arrê­­tés muni­­ci­­paux arbi­­trai­­re­­ment et de façon irré­­gu­­lière, simple­­ment pour déga­­ger les sans-abris de la vue des passants. Bill me parle d’un pont sous lequel il dormait à Santa Barbara. Un agent de police s’est appro­­ché de lui, l’a menotté, l’a fouillé pour récu­­pé­­rer ses effets person­­nels, et l’a informé qu’il ne pouvait pas dormir de ce côté-ci de la route sous le pont. Il était accusé de « camping sauvage ». Mais il lui a dit qu’il n’y avait pas de problème pour qu’il dorme de l’autre côté. La nuit suivante, il est allé s’ins­­tal­­ler de l’autre côté de la rue. Le poli­­cier est revenu et lui a donné une autre amende. Selon lui, il doit avoir pas loin de 10 000 dollars d’amendes impayées – dont la majeure partie est due aux inté­­rêts qui s’ac­­cu­­mulent au fil du temps. Sa vie ne pour­­rait pas être plus éloi­­gnée de celle de Chris, l’ado de 14 ans que Bill a eu briè­­ve­­ment au télé­­phone après le raid du FBI. L’his­­toire de Chris est celle d’un garçon qui a grandi et s’est épanoui dans la culture Inter­­net, bour­­geon­­nante à l’époque. À quelques embran­­che­­ments près, l’his­­toire de Bill aurait pu être simi­­laire. Il me confie qu’il n’a pas parlé à Chris depuis 30 ans, et qu’il ne l’a jamais rencon­­tré en personne. Mais il garde un souve­­nir impé­­ris­­sable de leur amitié d’un bout à l’autre du pays.

LISEZ LA SUITE DE L’HISTOIRE ICI

COMMENT BILL ET CHRIS ONT ÉTÉ ARRÊTÉS PAR LE FBI

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Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « The Untold Story of the Teen Hackers Who Trans­­for­­med the Early Inter­­net », paru dans Paleo­­fu­­ture. Couver­­ture : The 414s + Créa­­tion graphique par Ulyces.


 

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