par Rachel Monroe | 9 mars 2016

LISEZ LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE ICI

Les hoaxers

Aux yeux de certains, le cancer exerce désor­­mais un étrange pouvoir attrac­­tif. Les héros du best-seller pour jeunes adultes de John Green Nos Étoiles contraires sont ainsi des jeunes gens en phase termi­­nale, dont les person­­na­­li­­tés se révèlent à la fois drôles et profondes alors qu’ils doivent se confron­­ter à la fata­­lité de leur destin. Sur le Web, certaines victimes du cancer sont deve­­nues des célé­­bri­­tés. Depuis les débuts d’In­­ter­­net, les malades et leurs familles ont partagé leurs histoires sur la toile dans le but de pallier à l’iso­­le­­ment que peut provoquer la mala­­die. Des centaines de pages de ce genre existent sur Inter­­net et en grande majo­­rité sur Face­­book, la plupart rela­­tant des faits authen­­tiques.

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Un phéno­­mène chez les jeunes ados

Nombre de ces groupes de discus­­sion sont nés dans le but de commu­­niquer avec leur famille, leurs amis et collègues, mais il n’a pas fallu long­­temps pour que de parfaits anonymes s’in­­té­­ressent à leur tour au sort de ces gens : les victimes du cancer les plus popu­­laires comptent des dizaines de milliers de follo­­wers. Ils collectent des fonds en vendant des T-shirts et des auto­­col­­lants pour pare-chocs, et parfois leur histoire a une telle portée média­­tique qu’elle se trouve rela­­tée dans des articles publiés dans des maga­­zines mains­­tream. Cet inté­­rêt pour les malades a inspiré des personnes déran­­gées, envieuses du statut « privi­­lé­­gié » qui leur est accordé : cette compas­­sion face à la souf­­france des personnes réel­­le­­ment atteintes d’un cancer, et l’ad­­mi­­ra­­tion susci­­tée par leur « courage à mener ces combats ». « L’image héroïque qui est de plus en plus attri­­buée aux personnes ayant vaincu un cancer présente un attrait certain pour les victimes de troubles les pous­­sant à jouer les malades imagi­­naires », écrit Marc Feld­­man dans son ouvrage Playing Sick.

En septembre 2012, Taylor Swift a écrit une chan­­son dédiée à Ronan Thomp­­son, un petit garçon âgé de trois ans qui a succombé à un neuro­­blas­­tome, inté­­grant aux paroles des extraits du blog très popu­­laire tenu par la mère de Ronan. À peine la chan­­son sortie sur iTunes que des dizaines de blogs créés par des mères d’en­­fants à l’ar­­ticle de la mort ont subi­­te­­ment vu le jour : la plupart étaient en réalité tenus par des lycéennes fana­­tiques de Taylor Swift qui espé­­raient atti­­rer l’at­­ten­­tion de leur idole avec leur propre histoire tragique… L’équipe du blog Warrior Eli Hoax a mené son enquête sur nombre de ces blogs, bien qu’ils n’aient que rare­­ment posté des infor­­ma­­tions concer­­nant ces propa­­ga­­teurs de canu­­lars adoles­­cents. L’été 2012 arri­­vant, la boîte mail de Taryn Wright se remplis­­sait de messages signa­­lant des canu­­lars poten­­tiels. Elle en parta­­geait les détails sur le groupe Face­­book, afin que ses membres puissent égale­­ment y jeter un œil. Diana Almanza, une mère au foyer de Caro­­line du Nord, avait rejoint ce groupe pour voir comment allait tour­­ner l’af­­faire Emily Dirr. « Quand quelqu’un vous fait part de quelque chose qu’il suppose être faux, c’est diffi­­cile de rester sans rien faire », m’a-t-elle confié. « On ne peut pas l’igno­­rer. Ça vous prends aux tripes, je dirais. » Alors que les mois s’écou­­laient, le groupe Warrior Eli Hoax et sa centaine de membres affû­­taient leurs talents de détec­­tive. Ils ont enquêté sur un cava­­lier de rodéo à mi-temps atteint de leucé­­mie, un jeune de 21 ans en phase termi­­nale, ou encore un adoles­cent amné­­sique subis­­sant « un trai­­te­­ment de chimio­­thé­­ra­­pie extrême », tous démasqués comme étant des menteurs. Certains de ces « hoaxers » se cachaient derrière des noms inven­­tés et des photos volées, quand d’autres postaient sous leur propre nom et semblaient simu­­ler un cancer jusque dans leur vie réelle. Certains des canu­­lars étaient vrai­­ment pathé­­tiques, comme celui de cette femme qui jouait sur Inter­­net le rôle d’un joueur de foot­­ball mourant… et qui avait utilisé des photos de David Beck­­ham pour son faux profil Face­­book. Mais d’autres étaient bien plus élabo­­rés et appro­­fon­­dis. Certains hoaxers allaient jusqu’à se raser la tête et ache­­ter du maté­­riel médi­­cal pour rendre leurs selfies hospi­­ta­­liers plus réalistes. Ils ont été nombreux à trom­­per énor­­mé­­ment de personnes. L’un d’eux avait été élu « malade de l’an­­née » par la Société de leucé­­mie et lymphome des États-Unis (US Leuke­­mia & Lymphoma Society), et un autre a amassé des milliers de dollars grâce à des plate­­formes de crowd­­fun­­ding.

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Le site du groupe
Crédits : Warrior Eli Hoax Group

Les détec­­tives en herbe avaient appris à repé­­rer les signaux révé­­la­­teurs d’une super­­­che­­rie : de préten­­dus malades du cancer chauves mais qui avaient toujours leurs sour­­cils, ou bien des gens malades suppo­­sés être sous stéroïdes, mais qui ne présen­­taient pas le visage bouffi typique de ce trai­­te­­ment. Dénon­­cer un menteur pouvait parfois prendre plus de 100 heures de recherche, à passer au crible les pages Face­­book des hoaxers poten­­tiels et à essayer de faire corres­­pondre un nom et une adresse IP. « On veut toujours en être sûrs à 1 000 % », explique Almanza.

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En janvier 2013, Taryn Wright a invité une petite dizaine d’amis et de membres de sa famille à une fête orga­­ni­­sée chez elle, à l’oc­­ca­­sion d’un épisode de l’émis­­sion d’in­­for­­ma­­tions améri­­caine 20/20 dont le sujet était les canu­­lars sur Inter­­net. Cet épisode parlait, entre autres, de l’af­­faire Dirr, et compre­­nait une inter­­­view de Wright, soit la première appa­­ri­­tion de celle-ci à la télé­­vi­­sion. Si Wright était soula­­gée après la diffu­­sion de son inter­­­view, qui donnait bonne impres­­sion, l’émis­­sion a ensuite diffusé des images auxquelles elle ne s’at­­ten­­dait pas : une caméra cachée montrant Emily Dirr qui marchait dans la rue. Sa tenue était débraillée et elle avait l’air épuisé, loin de qu’on pouvait s’ima­­gi­­ner de JS Dirr, son alter ego virtuel plein d’as­­su­­rance, avec ses tatouages, ses jumeaux et ses nombreuses conquêtes. Les amis et l’en­­tou­­rage de Wright ont éclaté de rire en la montrant du doigt. Mais pour sa part, Wright s’est sentie mal. « Elle était juste en train de marcher dans la rue en mangeant une barre choco­­la­­tée », déplore-t-elle. « Et tout le monde est là à se marrer et à dire : “Regar­­dez-là, elle a l’air d’un troll. Elle doit passer son temps à manger des barres de choco­­lat.” Mais moi, je me dis qu’il a dû lui falloir du temps et de l’éner­­gie pour reprendre sa vie en main, et que, d’un coup, elle s’est retrou­­vée sur Chan­­nel 7, un vendredi soir, avec toute l’Amé­­rique qui se moquait d’elle. Et si ça avait été moi ? Ç’au­­rait été horrible. » Après la diffu­­sion du programme, Wright s’est sentie de plus en plus mal en songeant aux respon­­sa­­bi­­li­­tés qu’im­­pliquait le fait de s’in­­si­­nuer dans la vie des gens.

À l’au­­tomne de cette année-là, son groupe s’est mis à la recherche d’une jeune femme dont le Tumblr détaillait son long combat contre le cancer, et qui récol­­tait de l’argent par le biais d’une page GoFundMe. Ses récits se sont avérés avoir été en grande partie volés à une blogueuse qui était, elle, réel­­le­­ment atteinte du cancer. Le groupe était parvenu à trou­­ver le nom de la personne derrière le hoax, et ses membres étaient sur le point de rassem­­bler des preuves impa­­rables pour la dénon­­cer lorsque la jeune femme a annoncé sur son Tumblr qu’elle avait l’in­­ten­­tion de mettre fin à ses jours.

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Taryn sur ABC News

Grâce à ses recherches, Wright a décou­­vert que cette personne vivait en Floride avec son frère. Lorsqu’elle a annoncé son inten­­tion ferme de se suici­­der, la fonda­­trice du groupe a pris la déci­­sion d’ap­­pe­­ler la police. « Bonjour, je m’ap­­pelle Taryn et j’ha­­bite à Chicago », a-t-elle annoncé  préci­­pi­­tam­­ment au poli­­cier qui lui a répondu, crai­­gnant qu’on lui raccroche au nez. Mais elle a été agréa­­ble­­ment surprise de voir son témoi­­gnage pris au sérieux. Après les fêtes de Noël, Elle a pris contact avec le frère de la jeune femme pour s’as­­su­­rer qu’elle allait bien. Celui-ci lui a dit qu’elle avait été hospi­­ta­­li­­sée la veille de Noël afin de suivre un trai­­te­­ment, ce qui consti­­tuait une victoire pour Wright. Depuis, elle a signalé au moins trois autres hoaxers suici­­daires à la police. Taryn Wright a égale­­ment passé des heures à discu­­ter avec des victimes de canu­­lars. « Je démasquais des gens, et après je me sentais respon­­sable. Je voulais m’as­­su­­rer que tout le monde allait bien. Je ne me voyais pas igno­­rer les e-mails de gens atter­­rés ou en colère. Du coup, je me retrou­­vais à discu­­ter au télé­­phone un bon moment après chaque affaire », raconte-t-elle. Elle a même noué des amitiés au télé­­phone avec certains auteurs de canu­­lars, y compris une jeune femme prénom­­mée Jazdia, qui avait inventé plusieurs gros­­sesses et un cancer. Plus Wright passait de temps à parler avec les hoaxers, plus elle était convain­­cue qu’ils souf­­fraient d’une mala­­die mentale. « Quand quelqu’un regarde sa vie et pense : “Je préfère inven­­ter celle de quelqu’un qui est en train de mourir”, il y a quelque chose qui ne va pas. Je ne pense pas qu’ils aillent bien. Je ne pense pas qu’une personne heureuse se lance dans quelque chose de ce genre », déclare Wright.

Elle a appris à recon­­naître le profil type d’un de ces char­­la­­tans : une femme seule d’une ving­­taine d’an­­nées, souvent « un peu dodue », parfois en dépres­­sion. Ayant elle-même eu à faire face au surpoids et à la dépres­­sion, Wright voyait en certaines de ces femmes une version déses­­pé­­rée d’elle-même. En tant que figure de proue du monde des enquêtes autour des canu­­lars sur Inter­­net, Wright est deve­­nue amie avec beau­­coup de gens sur Face­­book : des victimes de ces canu­­lars, des confrères détec­­tives, et même parfois les hoaxers eux-mêmes. Avoir toutes ces personnes regrou­­pées dans la même pièce virtuelle s’est parfois avéré déli­­cat. « Si Jazdia like une photo que j’ai postée, d’autres amis vont me poser la ques­­tion : “Est-ce que c’est la même Jazdia dont tu parlais sur ton blog ?” Et je réponds : “Oui, en fait, nous sommes amies” », raconte-t-elle. « Ces gens ont fait de mauvaises choses, mais beau­­coup de mes amis ont eux aussi fait des erreurs, et je ne vais pas m’éloi­­gner d’eux pour autant. C’est vrai que ça doit paraître un peu bizarre, car je les ai juste­­ment rencon­­trés parce qu’ils ont commis des erreurs. Mais, d’après moi, il ne faut pas les réduire à cela. »

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Un brace­­let Warrior Eli envoyé par Emily Dirr
Crédits : Warrior Eli Hoax Group

Les regrets

J’ai rencon­­tré Wright l’été dernier dans la maison de ses parents, située dans la banlieue sud de Chicago. Ce jour-là, elle était en train d’enquê­­ter à propos d’une femme qui avait publié des articles sous le pseu­­do­­nyme Diabe­­tic Gymnast et qui décla­­rait avoir subi, du haut de ses 20 ans, un nombre impro­­bable de tragé­­dies : plusieurs cancers, un beau-père abusif, un viol, ainsi qu’une rare mala­­die du sang. Wright lisait en diago­­nale ses posts rela­­tant des tests sanguins et des tenta­­tives de suicide avec un œil avisé. Quelque chose a semblé s’éveiller en elle lorsqu’elle a repéré un poten­­tiel indice : une réfé­­rence à un hôpi­­tal spéci­­fique, une photo qui n’était pas convain­­cante. Wright est vive d’es­­prit et prompte à l’auto-déri­­sion, deux quali­­tés qui se complètent très bien pour ses écrits sur la toile. Elle peut égale­­ment être obses­­sion­­nelle, capable de se souve­­nir préci­­sé­­ment de chaque détail des affaires sur lesquelles elle a travaillées. En l’écou­­tant, j’ai été quelques fois perdue au milieu de ces drames exagé­­rés et étran­­ge­­ment répé­­ti­­tifs : « Atten­­dez, c’était le jumeau de qui, lui, déjà ? Est-ce que l’adop­­tion était vraie ou inven­­tée ? » Les personnes mordues d’in­­ves­­ti­­ga­­tion sur Inter­­net forment une bande assez parti­­cu­­lière, tour à tour nobles et bien-pensants, obsé­­dés par la justice, et occa­­sion­­nel­­le­­ment fana­­tiques. Leur inté­­rêt pour les tragé­­dies n’étant pas direc­­te­­ment liées à leur vie (tout du moins, jusqu’à ce qu’ils s’y intègrent d’eux-mêmes) peut parfois sembler guidé par l’em­­pa­­thie, et d’autres fois par une certaine lubri­­cité. Inévi­­ta­­ble­­ment, ce genre de commu­­nau­­tés virtuelles se voient souvent secouées par leurs propres petits cyclones de querelles internes et de dramas.

Les rela­­tions entre les membres consti­­tuant le noyau dur du groupe Face­­book Warrior Eli Hoax ont commencé à se dété­­rio­­rer.

Mais durant sa première année d’exis­­tence, il semblait que le groupe Warrior Eli Hoax était diffé­rent. Après l’in­­ci­dent unique impliquant Father James Puryer/Carissa Hads, aucune dispute ni aucun scan­­dale n’a été à déplo­­rer. Wright n’avait même pas besoin de modé­­rer les commen­­taires. Mais au fil du temps, cela a commencé à chan­­ger. Le ton des commen­­taires est devenu plus agres­­sif : « J’ai­­me­­rais la frap­­per à la gorge », écri­­vait un membre du groupe à propos d’une arnaqueuse. « Je n’éprouve pour elle en tant qu’être humain que du mépris et du dégoût », disait un autre. (Ces deux personnes ont perdu des membres de leur famille proche à cause du cancer, précise Wright.) D’autre part, des personnes mention­­nées sur le blog de Taryn Wright ont commencé à se mani­­fes­­ter : pas seule­­ment les auteurs des canu­­lars, mais égale­­ment leurs amis, leurs familles et, dans un cas, des gens qui n’étaient impliqués que de loin dans l’af­­faire. Les lecteurs de son blog ont fini par la contac­­ter sur Face­­book, parfois pour déver­­ser leur colère, parfois par simple curio­­sité. « Les gens s’es­­ti­ment en droit de connaître la vérité, sans voir que ces histoires impliquent des personnes réelles », explique Wright. « Tout le monde se prend un peu pour le jour­­na­­liste qui débarque avec sa caméra et demande : “Votre enfant a été heurté par une voiture, quel est votre ressenti ?” »

À peu près à la même période, les rela­­tions entre les membres consti­­tuant le noyau dur du groupe Face­­book Warrior Eli Hoax ont commencé à se dété­­rio­­rer. Si Wright appe­­lait à la sympa­­thie envers un hoaxer, d’autres membres du groupe y répon­­daient très défa­­vo­­ra­­ble­­ment. « J’ai constaté une montée en puis­­sance de l’es­­prit de lynchage envers les personnes iden­­ti­­fiées comme étant des menteurs. Le fait de poster des infor­­ma­­tions person­­nelles sur d’autres personnes dans le groupe prin­­ci­­pal a commencé à me poser problème, car je voulais être certaine que les gens qui m’ai­­daient à enquê­­ter étaient sur la même longueur d’ondes que moi, à savoir : être dans une démarche éduca­­tive, aider les gens à aller mieux, et non pas cher­­cher à se venger », explique-t-elle. Parler de la déca­­dence du groupe Face­­book est très pénible pour Wright. Elle consi­­dé­­rait beau­­coup de ses cama­­rades détec­­tives comme des amis. La plupart d’entre eux, insiste-t-elle, sont des personnes respec­­tables. « Je peux comprendre leur éner­­ve­­ment. Ils ont soutenu leur propre enfant durant son combat contre la leucé­­mie. Ils l’ont d’abord vu perdre ses cheveux, puis sa vie. Le fait que quelqu’un mette en scène une fausse mala­­die, utilise des photos d’un enfant décédé du cancer pour prétendre qu’il s’agit de son propre enfant, a un impact bien plus consé­quent sur eux que sur moi. Je ne peux pas me permettre de leur dire : “Ne réagis­­sez pas comme ça” », déclare-t-elle. « Et je ne veux pas réagir de cette manière non plus. » internet_hoaxers_1a La gentillesse d’in­­con­­nus a aidé bien des familles à finan­­cer le trai­­te­­ment de gens malades, à récol­­ter des fonds pour la recherche, et s’est avéré un soutien bien­­venu lors de périodes diffi­­ciles. Cepen­­dant, au travers de son travail visant à dénon­­cer des canu­­lars, Wright a décou­­vert à quel point la commu­­nauté de la lutte contre le cancer sur la toile pouvait parfois se montrer cruelle. Alors qu’elle était de plus en plus connue sur Inter­­net, elle a reçu des messages lui deman­­dant d’enquê­­ter sur des parents. Beau­­coup de ces e-mails mention­­naient une femme en parti­­cu­­lier, laquelle postait régu­­liè­­re­­ment, sur des sites web cari­­ta­­tifs, des messages deman­­dant des jeux vidéo pour son fils, Jayden, qui présen­­tait des diffi­­cul­­tés d’ap­­pren­­tis­­sage. « Je rece­­vais envi­­ron dix messages par jour qui la concer­­naient, me deman­­dant de véri­­fier ceci, de m’as­­su­­rer de cela », se souvient Wright. Le souci était que la mère de Jayden n’était pas une menteuse. « Leur problème n’était pas la légi­­ti­­mité de la mala­­die du garçon », explique Wright. Les détrac­­teurs de cette femme l’avaient en réalité accu­­sée de deman­­der trop de jeux vidéos, et celle-ci avait répondu à leurs commen­­taires mépri­­sants de façon plutôt agres­­sive.

De tels accès de colère, au sein d’une commu­­nauté où tout n’est que grati­­tude, emojis cœurs et cita­­tions inspi­­rantes sur le thème de l’es­­poir, sont perçus comme un compor­­te­­ment déviant. Ce conflit a quelque peu perturbé Wright. La commu­­nauté semblait simple­­ment ne pas appré­­cier la mère de Jayden et s’achar­­nait sur elle. « Si un parent ne se montre pas abso­­lu­­ment irré­­pro­­chable, ou se comporte décide de s’éner­­ver, on voit naître des groupes comme Bannis­­sez “Hope for Jayden” », explique Wright. « Ou bien on tapera le nom de cette femme sur Google pour décou­­vrir qu’elle a été arrê­­tée pour je ne sais quelle raison dans les années 1990 et, à chaque fois qu’elle postera pour donner des nouvelles de son enfant, qui est réel­­le­­ment malade, quelqu’un fera réfé­­rence à son arres­­ta­­tion de 1991 dans les commen­­taires. C’est dingue. »

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Taryn devant la porte de chez elle
Crédits : Max Herman/Demo­­tix

Taryn Wright elle-même a été la cible de harcè­­le­­ment. En avril 2013, elle a reçu un cour­­rier tout aussi inat­­tendu que malvenu : une lettre recom­­man­­dée de la part d’un avocat menaçant de la pour­­suivre en justice pour diffa­­ma­­tion suite à ses posts rela­­tifs à une fausse malade du cancer nommée Chel­­sea Hassin­­ger. Mais lorsqu’elle a regardé le cour­­rier plus en détails, elle a constaté que quelque chose ne collait pas. La lettre avait l’air d’avoir été impri­­mée sur une feuille de papier d’im­­pri­­mante ordi­­naire. « Ça ne ressem­­blait pas à un papier offi­­ciel », raconte-t-elle. Le nom du cabi­­net d’avo­­cats lui ayant adressé le cour­­rier n’a donné aucun résul­­tat sur Google. En revanche, lorsqu’elle a appelé le numéro inscrit sur l’en-tête de la lettre, la boîte vocale lui a indiqué qu’elle était en rela­­tion avec le cabi­­net d’avo­­cats Gorman and Rick­­man. S’il s’agis­­sait d’une blague ou d’une arnaque, elle était pour le moins sophis­­tiquée. Plus Wright se penchait sur le problème, plus elle était convain­­cue qu’il s’agis­­sait d’une fausse lettre, mais elle n’en était pas moins effrayée. La personne derrière ce cour­­rier voulait clai­­re­­ment l’in­­ti­­mi­­der, et savait où elle habi­­tait. Peu de temps après, elle a décou­­vert les blogs inti­­tu­­lés : « la vérité sur Taryn Wright » et « Taryn Wright se trompe », entre autres.

Quiconque était l’au­­teur de ces blogs y avait inclus des photo­­gra­­phies peu avan­­ta­­geuses datant de l’an­­cien blog (aujourd’­­hui supprimé) de Wright trai­­tant de sa perte de poids, ainsi que des infor­­ma­­tions privées sur sa sœur. Ce blogueur vengeur avait été jusqu’à envoyer des messages à tous les amis Face­­book de la jeune femme, l’ac­­cu­­sant d’être une menteuse. Cette campagne de harcè­­le­­ment a duré envi­­ron quatre mois avant de s’es­­souf­­fler. Wright déclare que la même personne (l’ami d’un hoaxer en colère) était à l’ori­­gine des blogs et de la fausse lettre, mais refuse d’en dire davan­­tage de peur d’en­­traî­­ner plus d’hos­­ti­­lité. Mais cette expé­­rience l’a clai­­re­­ment secouée. « Je savais qu’on révé­­le­­rait certai­­ne­­ment des choses à propos de moi, et j’étais prête à prendre ce risque », dit-elle. « Mais ne postez rien sur mes sœurs. Ne postez rien sur les personnes auxquelles je tiens. » Alors qu’elle devait gérer à la fois les détec­­tives en quête de vengeance, la personne qui la harce­­lait sur inter­­­net et les victimes de canu­­lars désem­­pa­­rées qui l’ap­­pe­­laient à n’im­­porte quelle heure du jour et de la nuit, la chasse au canu­­lar est deve­­nue beau­­coup plus compliquée pour Taryn Wright qu’elle ne l’était au départ. Pendant qu’elle me racon­­tait ces histoires, je m’ima­­gi­­nais les arnaqueurs et les traqueurs de canu­­lars devant leurs ordi­­na­­teurs au beau milieu de la nuit, la lumière bleu­­tée de leurs écrans éclai­­rant leurs visages d’une lueur surna­­tu­­relle alors qu’ils s’im­­mer­­geaient dans des vies qui n’étaient pas les leurs.

En juin 2013, Wright a supprimé tous les membres du groupe Face­­book Warrior Eli à l’ex­­cep­­tion de quatre personnes et d’elle-même, parmi lesquelles Diana Almanza. Les membres restants sont tous des colla­­bo­­ra­­teurs dévoués dont les talents d’enquê­­teurs sont avérés et qui, avant tout, sont unani­­me­­ment d’ac­­cord sur la façon d’abor­­der les hoaxers. À présent, le groupe choi­­sit géné­­ra­­le­­ment de mener ses recherches et de résoudre l’af­­faire sans en faire mention sur le blog. Seuls quelques canu­­lars parti­­cu­­liè­­re­­ment flagrants font l’objet d’un article. « Nous ne voulons pas qu’ils soient diabo­­li­­sés », explique Almanza. « Ils souffrent d’une mala­­die mentale. Ils font de mauvaises choses, c’est certain, et il y a des moments dans votre enquête où vous êtes vrai­­ment en colère contre eux. Mais j’es­­père, pour eux tous, que le fait d’être dénoncé, et d’être amené à suivre un trai­­te­­ment, leur permet­­tra d’al­­ler de l’avant et d’avoir des vies plus produc­­tives, d’être plus heureux. »

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La lettre d’avo­­cat reçue par Taryn
Crédits : Taryn Wright

Wright n’a plus eu d’em­­ploi à temps complet depuis que son blog a décollé. Elle a postulé à de nombreuses offres, mais à chaque fois qu’elle est sur le point de décro­­cher le poste, arrive un moment où son patron poten­­tiel prend un regard peiné pour lui dire quelque chose du genre : « Alors, nous avons fait une recherche sur vous sur Google… » J’ai demandé à Wright si elle avait déjà regretté ce coup de tête sur lequel elle a décidé de créer son blog, ce jour de mai 2012. « Je ne sais pas », m’a-t-elle répondu après un long silence. « Je suis fière de ce que j’ai accom­­pli. Je pense que je me suis lancée là-dedans avec de bonnes inten­­tions. Je pense avoir conti­­nué avec de bonnes inten­­tions. J’ai rencon­­tré des gens formi­­dables, des gens qui reste­­ront mes amis à jamais. » Mais dans le même temps, ses propres mésa­­ven­­tures de harcè­­le­­ment lui ont donné une certaine empa­­thie pour les hoaxers qu’elle a dénon­­cés. « Cela m’a fait un effet terri­­ble… Alors qu’est-ce que ça fait aux gens sur lesquels j’écris ? Beau­­coup de personnes m’ont dit que c’était complè­­te­­ment diffé­rent, car moi je n’avais rien fait de mal. Mais peu importe, on doit ressen­­tir la même chose. Et c’est une chose horrible. »


Traduit de l’an­­glais par Marie Le Breton d’après l’ar­­ticle « Cancer cons, phoney acci­­dents and fake deaths: meet the inter­­­net hoax buster », paru dans le Guar­­dian. Couver­­ture : Taryn Wright sur ABC News.


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