par Rachel Nuwer | 0 min | 27 novembre 2014

La légende veut que les habi­­tants de la cité sovié­­tique de Pyra­­mi­­den l’ont quit­­tée du jour au lende­­main. La vérité est moins roma­­nesque : il a fallu plusieurs mois pour que la ville ne se vide. Décou­­vrir Pyra­­mi­­den à l’au­­tomne 1998 auto­­ri­­sait néan­­moins à sous­­crire au mythe tant les plantes se flétris­­sant sur les rebords des fenêtres, les assiettes propres empi­­lées sur les étagères de la cafe­­te­­ria et les lits au carré des anciens habi­­tants donnaient l’im­­pres­­sion d’une déser­­tion soudaine. Les machines qui servaient à l’ex­­trac­­tion et au trai­­te­­ment du char­­bon – raison d’être de la colo­­nie – semblaient n’at­­tendre que le retour des ouvriers pour retrou­­ver la vie.

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Pano­­rama de Pyra­­mi­­den
Archi­­pel du Sval­­bard
Crédits : Kate Bum

Ses habi­­tants ne sont jamais reve­­nus à Pyra­­mi­­den et la ville ressemble aujourd’­­hui, peu ou prou, à ce qu’elle était quand le dernier d’entre eux l’a quit­­tée. Située sur l’ar­­chi­­pel du Sval­­bard – qu’on appelle égale­­ment le Spitz­­berg, du nom de son île prin­­ci­­pale – entre la Norvège et le pôle Nord, la commune est acces­­sible par la mer pendant la période où l’ab­­sence de glace rend la navi­­ga­­tion possible, de la mi-mai au début du mois d’oc­­tobre. L’hi­­ver, elle baigne dans la nuit polaire pendant trois mois. S’aven­­tu­­rer dans les rues de Pyra­­mi­­den revient à remon­­ter le temps, au faîte de la gloire de l’URSS. De l’im­­meuble cubique au buste de Lénine qui embrasse d’un regard fier et pater­­nel la grande place de la ville – et qui a l’hon­­neur d’être la statue de Lénine la plus septen­­trio­­nale de la planète –, le moindre élément du décor respire la culture, l’ar­­chi­­tec­­ture et le mode de vie sovié­­tiques. Mais afin d’ap­­pré­­cier plei­­ne­­ment le voyage, il convient de connaître l’his­­toire emblé­­ma­­tique et mysté­­rieuse de la déca­­dence de Pyra­­mi­­den.

La belle époque

Il est impos­­sible de comprendre l’his­­toire de l’an­­cienne colo­­nie sans se pencher sur celle du Sval­­bard. Les îles arctiques servent, à partir du XVIIe siècle, de base arrière aux expé­­di­­tions de chasse à la baleine et aux morses. Jusqu’au XXe siècle, les Néer­­lan­­dais, Danois, Norvé­­giens comme les Britan­­niques accostent indif­­fé­­rem­­ment sur l’ar­­chi­­pel, qui n’ap­­par­­tient à aucun pays. Le char­­bon va chan­­ger la donne en 1920. À cette date, la Norvège, les États-Unis et le Royaume-Uni se réunissent avec d’autres États pour la rédac­­tion du traité concer­­nant le Spitz­­berg qui attri­­bue à la Norvège la souve­­rai­­neté du Sval­­bard. « Ce qui n’a pas plu aux Russes, c’est que personne ne leur a demandé leur avis en raison de la guerre civile qui déchi­­rait alors le pays », explique Steve Coul­­son, cher­­cheur spécia­­lisé en biolo­­gie arctique à l’uni­­ver­­sité du Sval­­bard. La Russie, si elle n’avait pas eu son mot à dire, n’avait pas dit son dernier mot. Selon le traité, toutes les lois norvé­­giennes n’avaient pas voca­­tion à être appliquées sur les îles. Il spéci­­fiait en outre que les signa­­taires avaient les mêmes droits en matière de déve­­lop­­pe­­ment commer­­cial dans la région. Suivie par plus de quarante pays, la Russie a rejoint le traité.

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Un terrain de sport aban­­donné
La ville est déserte depuis de longues années
Crédits : Kitty Terwol­­beck

La Norvège et l’Union sovié­­tique ont rapi­­de­­ment compris le rôle que pouvait jouer le Sval­­bard sur le plan commer­­cial. En 1926, la Norvège finance la construc­­tion de Longyear­­byen, qui devien­­dra la ville la plus peuplée de l’ar­­chi­­pel avec ses quelques 2 000 habi­­tants. En 1936, les Sovié­­tiques acquièrent les droits d’ex­­ploi­­ta­­tion des bassins houillers de Barents­­burg et de Pyra­­mi­­den, sépa­­rés de 90 kilo­­mètres. Trust Arkti­­ku­­gol, entre­­prise publique fondée en 1931, prend la tête des opéra­­tions. Pyra­­mi­­den, qui tire son nom de la forme de la montagne qui la domine, est long­­temps restée vide ou presque. Après la Seconde Guerre mondiale, les Sovié­­tiques font le choix d’in­­ves­­tir davan­­tage d’argent dans le loin­­tain avant-poste. Les construc­­tions bour­­geonnent par dizaines, incluant un hôpi­­tal, un centre cultu­­rel ainsi qu’une vaste café­­té­­ria – que décore une immense mosaïque repré­­sen­­tant les paysages du Sval­­bard et les héros de la mytho­­lo­­gie nordique. Seule excep­­tion aux lignes droites de l’ar­­chi­­tec­­ture sovié­­tique, les angles des bâti­­ments sont arron­­dis pour réduire l’éro­­sion due aux vents polaires. Dans les années 1980, on compte un peu plus de 1 000 habi­­tants perma­­nents dans la cité, alors au sommet de sa gloire. Ils se répar­­tissent dans plusieurs immeubles rési­­den­­tiels qui trou­­ve­­ront vite leurs surnoms : les hommes céli­­ba­­taires vivent au Londres. Les femmes céli­­ba­­taires, elles, inves­­tissent le Paris, dont un bar occupe le rez-de-chaus­­sée. Les enfants qui jouent dans ses couloirs valent à « la maison folle », immeuble où se rassemblent les familles, son surnom. Le Gostinka (« hôtel », dont il n’avait que le nom, en russe) était réservé aux ouvriers qui venaient pour des contrats courts. Les années passant, l’ar­­chi­­pel a dû s’équi­­per de cime­­tières – pour les humains et les chats.

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Red Octo­­ber
Le piano le plus au nord du monde
Crédits : Kitty Terwol­­beck

Ses collègues russes ont raconté à Coul­­son qu’une muta­­tion à Pyra­­mi­­den consti­­tuait, à l’époque sovié­­tique, une promo­­tion et un privi­­lège. Parce qu’on y vivait mieux. La biblio­­thèque du centre cultu­­rel, la salle de sport, le terrain de basket et un vaste audi­­to­­rium où les habi­­tants assis­­taient à des spec­­tacles ou regar­­daient des films, lovés dans ses confor­­tables fauteuils rouges, compen­­saient, semble-t-il, la rudesse du climat. La « maison aux bouteilles », ornée de 5 308 flacons vides accueillait les oiseaux de nuit et autres fêtards. Le piano Red Octo­­ber – là encore le plus au nord de la planète –, apporté par bateau avec des claviers et accor­­déons, égayait les soirées. L’été, une aire de jeux équi­­pée de balançoires, de tobog­­gans et d’une cage à poules, ainsi qu’un terrain de foot permet­­tait aux rési­­dents de tout âge de se défou­­ler. L’hi­­ver, la piscine inté­­rieure chauf­­fée prenait le relais. « Les enfants de toute la région ne parlaient que de cette piscine, sourit Coul­­son. C’est qu’elle était très bien conçue pour l’époque. »

Les fléaux du Sval­­bard

La beauté du paysage avait égale­­ment son impor­­tance. Où que l’œil porte, un monu­­ment natu­­rel : une chaîne de montagnes majes­­tueuse qui s’étend près du glacier de Nordens­­kiöld et des fjords, à l’est. Contrai­­re­­ment à ce que l’on pour­­rait croire, l’Arc­­tique est ici syno­­nyme de pous­­sière et de teintes marron. Le sol est trop pauvre pour accueillir la moindre végé­­ta­­tion, et les coulées de boue sont un événe­­ment fréquent. Pour parer le problème, les Sovié­­tiques ont fait venir des cargos entiers de terre, proba­­ble­­ment venus de l’Ukraine actuelle. Le projet d’amé­­na­­ge­­ment paysa­­ger le plus ambi­­tieux a germé dans l’es­­prit des maîtres de Pyra­­mi­­den : la plus vaste pelouse de l’Arc­­tique devait y pous­­ser. L’été, des tour­­ne­­sols venaient rompre la mono­­to­­nie du vert luxu­­riant du parc.

Les mines de Pyra­­mi­­den ont toujours fonc­­tionné à perte.

Dans les serres sovié­­tiques, tomates, concombres, laitues, poivrons et fleurs crois­­saient sous les soins de jardi­­niers atten­­tifs tandis que des porcs, des poulets et d’autres animaux de la ferme complé­­taient le menu. Une portion du char­­bon extrait par les mineurs suffi­­sait à éclai­­rer la ville. « Pyra­­mi­­den appro­­chait du modèle sovié­­tique de l’au­­to­­suf­­fi­­sance, dit Coul­­son. Les ressor­­tis­­sants du bloc de l’Ouest pouvant s’y rendre sans visa, elle est rapi­­de­­ment deve­­nue la vitrine propa­­gan­­diste de l’Union sovié­­tique. » Hein Bjerck, profes­­seur d’ar­­chéo­­lo­­gie à l’uni­­ver­­sité norvé­­gienne de science et tech­­no­­lo­­gie de Trond­­heim, se remé­­more ses souve­­nirs de jeune atta­­ché au patri­­moine cultu­­rel en voyage sur l’ar­­chi­­pel. « Les Russes avaient un sens de l’hos­­pi­­ta­­lité inou­­bliable », assure-t-il. Bjerck devient presque nostal­­gique à l’évo­­ca­­tion de l’am­­biance réso­­lu­­ment « Est ». Il décrit les odeurs de la cantine, exotiques à son nez occi­­den­­tal. Toute la ville ou presque se retrou­­vait à chaque repas, les appar­­te­­ments stan­­dards n’étant pas équi­­pés de cuisines. « Parler de gastro­­no­­mie sovié­­tique passera pour une héré­­sie, mais j’ai­­mais beau­­coup les menus », ajoute-t-il.

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Pyra­­mi­­den et Barents­­burg présen­­taient un avan­­tage autre­­ment plus impor­­tant aux yeux des diri­­geants sovié­­tiques que le char­­bon : elles permet­­taient à l’URSS de main­­te­­nir une présence à l’Ouest. « L’Union sovié­­tique, suivie en cela par la Russie, a tenu à conser­­ver ces comp­­toirs », explique Bjerck.

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Mine de char­­bon
Un message de paix : « МИРУ МИР ! »
Crédits : Kitty Terwol­­beck

Les mines de Pyra­­mi­­den ont toujours fonc­­tionné à perte. La chute de l’URSS a entraîné la fin des géné­­reuses subven­­tions sovié­­tiques, signant l’ar­­rêt de mort de l’in­­dus­­trie char­­bon­­nière. « En 1990, les choses ont changé du tout au tout. Les pénu­­ries sont deve­­nues une réalité quoti­­dienne. Les salaires ont baissé, entraî­­nant le niveau de vie dans leur chute », déplore Vadim Prud­­ni­­kov, qui a passé les étés 2008 et 2009 à Pyra­­mi­­den. Le profes­­seur de mathé­­ma­­tiques finan­­cières et cher­­cheur spécia­­lisé en théo­­rie du risque à l’uni­­ver­­sité d’Ufa a été un des premiers guides qu’Ark­­ti­­ku­­gol a embau­­ché. Il conti­­nue à hono­­rer, en indé­­pen­­dant, des contrats touris­­tiques dans le Sval­­bard. En 1996, une autre tragé­­die frappe la région. Lors de sa descente sur l’aé­­ro­­port de Sval­­bard, le vol 2801 de la Vnukovo Airlines, affrété par Arkti­­ku­­gol, s’écrase à proxi­­mité de Longyear­­byen. Aucun des 141 passa­­gers à bord de l’avion en prove­­nance de Moscou ne survit au crash y compris trois enfants et de nombreux parents des mineurs. « Les parents et la sœur d’un de mes meilleurs amis font partie des victimes, s’as­­som­­brit Prud­­ni­­kov. Lui n’était pas à bord, il venait de se marier en Ukraine. » De nombreuses familles ont alors porté plainte contre la compa­­gnie aérienne et la ville s’est abîmée dans une profonde tris­­tesse. « C’était comme une dépres­­sion collec­­tive. La déci­­sion de fermer une des colo­­nies s’est rapi­­de­­ment impo­­sée », se rappelle Prud­­ni­­kov. « La compa­­gnie minière a orga­­nisé des réunions en 1997. Ses diri­­geants affir­­maient qu’il était impos­­sible de pour­­suivre l’ex­­ploi­­ta­­tion sans creu­­ser plus profon­­dé­­ment dans la montagne pour atteindre de nouvelles couches de char­­bon. Cela suppo­­sait d’in­­ves­­tir des sommes colos­­sales que le gouver­­ne­­ment russe ne pouvait alors réunir. » La raison qui a fait porter le choix de la ferme­­ture sur Pyra­­mi­­den plutôt que sur Barents­­burg reste incon­­nue. Il est possible que la quan­­tité de char­­bon dispo­­nible à l’ex­­ploi­­ta­­tion soit entrée dans l’équa­­tion ; mais il est probable que des règle­­ments de compte expliquent à eux seuls ce choix. Coul­­son rapporte une théo­­rie qui veut que les deux villes étaient tenues par des groupes poli­­tiques diffé­­rents. Ceux qui défen­­daient Pyra­­mi­­den ayant perdu du pouvoir, sa mine était vouée à la ferme­­ture. « Ce n’est qu’une rumeur », dit-il.

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Mémoire photo­­gra­­phique
De la pelli­­cule à l’aban­­don
Crédits : Kitty Terwol­­beck

Le coupe­­ret est tombé dans les premiers mois de 1998. Pour Bjerck, « tout a été très vite ». Le 31 mars 1998, le dernier seau de char­­bon est sorti de la mine dont les 300 employés, des hommes en majo­­rité, ne voyaient plus de raison de rester. Ils ont embarqué en nombre dans les bateaux et les héli­­co­­ptères qui assu­­raient la liai­­son vers Longyear­­byen et Barents­­burg pendant l’été. La moitié d’entre eux, ne souhai­­tant pas quit­­ter la région, se sont instal­­lés à Barents­­burg plutôt que de retour­­ner en Russie. Aucun n’avait embarqué pour l’ar­­chi­­pel dans l’idée d’y finir sa vie. La plupart avait signé un contrat de deux ans pour venir travailler à Pyra­­mi­­den, lais­­sant familles et amis sur le conti­nent. Partir a néan­­moins été un arra­­che­­ment. Les ouvriers s’étaient atta­­chés à cette étrange cité et à ses habi­­tants. Bjerck évoque avec émotion la fin de cet été. Il se souvient parti­­cu­­liè­­re­­ment d’un groupe consti­­tué d’hommes et de quelques femmes s’éter­­ni­­ser dans le centre-ville, riant en chœur. Ils devaient partir le lende­­main. « Ils m’ont demandé de les prendre en photo. Je regrette de ne pas leur avoir donné mon adresse pour en rece­­voir une copie. »

La ville fantôme

Le 10 octobre, avant les premiers gels, les derniers rési­­dents ont fermé leurs valises et quitté leurs appar­­te­­ments. « La ville n’exis­­tait plus », résume Coul­­son.

On imagine les touristes du futur décou­­vrir l’URSS figée dans la fin de son règne.

Les habi­­tants de Barents­­burg en sont venus à s’ap­­pro­­prier la cité déser­­tée en y entre­­po­­sant des biens inutiles ou en préle­­vant les machines indus­­trielles aban­­don­­nées. Elle conserve cepen­­dant son âme. Les costumes de danse et un millier de pelli­­cules de films n’ont pas quitté le petit musée. Selon Prud­­ni­­kov, « vider complè­­te­­ment une ville, même si elle n’avait que cinquante ans, est tout bonne­­ment impos­­sible ». En 2006, Bjerck, la photo­­graphe Elin Andreas­­sen et un archéo­­logue, Bjor­­nar Ølsen, ont passé toute une semaine dans la ville fantôme. Ils se sont instal­­lés au Tulip Hotel, munis d’un simple réchaud. « Nous avions beau être trois, nous n’avons que peu parlé, confie Elin Andreas­­sen. C’était comme une longue médi­­ta­­tion, une période de relaxa­­tion. » C’était la première fois que Bjerck, qui connais­­sait pour­­tant bien la ville pour y avoir séjourné à plusieurs occa­­sions, péné­­trait dans les chambres des appar­­te­­ments stan­­dards. Les habi­­tants n’avaient pas pris le temps de rassem­­bler les cartes, les posters d’ani­­maux, de paysages et de pin-ups qui ornaient les murs avant de vider les lieux. Ils avaient égale­­ment laissé derrière eux les déco­­ra­­tions qu’ils avaient fabriquées à partir de bouteilles en plas­­tique, de bouts de ficelle et de carton. Le brico­­lage était à Pyra­­mi­­den un art de vivre. « Moi, si je n’ai pas de porte­­man­­teau, je jette tout simple­­ment ma veste sur une chaise. Je ne vais pas prendre le temps d’en fabriquer un, ironise Bjerck. Nous avons décou­­vert ici des placards entiers remplis de cintres faits de fils élec­­trique. »

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Une chambre aban­­don­­née
Pyra­­mi­­den, île de Spitz­­berg
Crédits : Kitty Terwol­­beck

« Nous ne savions vrai­­ment pas grand-chose du quoti­­dien des Sovié­­tiques, commente Andreas­­sen. Des années après, nous avons pu fouiller l’in­­ti­­mité à laquelle nous n’au­­rions jamais eu accès à l’époque. » L’idée de réunir leurs trou­­vailles et réflexions dans un livre s’est rapi­­de­­ment impo­­sée, et c’est ainsi que Persistent Memo­­ries a vu le jour. Lors d’un voyage ulté­­rieur, en 2010, Bjerck constate, dépité, que d’autres, moins respec­­tueux, ont entre-temps exploré Pyra­­mi­­den, détrui­­sant ou volant bien des objets. Les bâti­­ments publics ont subi les outrages de vandales. Les biblio­­thèques gisent, vidées de leur contenu, et le bureau du direc­­teur de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion a été saccagé. Si les touristes ont sans doute subti­­lisé quelques souve­­nirs, Bjerck accuse les habi­­tants de Barents­­burg de la destruc­­tion. « C’était un homme carac­­té­­riel qui inspi­­rait la crainte à tous. Je pense que certains mineurs ont dû se venger de son compor­­te­­ment », explique Bjerck. Si les détails ont disparu, le paysage conserve sa cohé­­rence. Les inon­­da­­tions n’ont pas terni la beauté de la pelouse du parc. Lors de son dernier voyage, Coul­­son y a décou­­vert des espèces de mites exotiques, dont certaines venues du sud de la Russie et de l’Ukraine. Les espèces locales y sont désor­­mais en mino­­rité. Ailleurs, elles semblent avoir pris le pouvoir. Les mouettes ont ainsi colo­­nisé les rebords des fenêtres. Les ours polaires s’aven­­turent parfois en ville, expliquant la tendance qu’ont les touristes à s’ar­­mer. Il est toute­­fois peu probable que la nature enva­­hisse la cité. La rudesse du climat arctique rend inima­­gi­­nable le cliché de la ville fantôme recou­­verte de plantes grim­­pantes. Si la moisis­­sure s’est en effet attaquée aux mate­­las et aux revê­­te­­ments muraux, il est impos­­sible de calcu­­ler le temps que pren­­drait la consti­­tu­­tion du substrat d’hu­­mus néces­­saire à la crois­­sance de végé­­taux. Un docu­­men­­taire produit par History Chan­­nel affirme que les bâti­­ments de Pyra­­mi­­den seront encore debout dans cinq siècles. On imagine les touristes du futur décou­­vrir l’URSS figée dans la fin de son règne. Prud­­ni­­kov est formel : « Pyra­­mi­­den est un lieu unique. Aucune réha­­bi­­li­­ta­­tion ne la restau­­rera, et c’est bien mieux ainsi. »

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La pyra­­mide
La montagne qui surplombe la ville
Crédits : icepeople.net

Traduit de l’an­­glais par Aman­­dine Agić d’après l’ar­­ticle « A Soviet Ghost Town in the Arctic Circle, Pyra­­mi­­den Stands Alone », paru dans le Smith­­so­­nian. Couver­­ture : Pyra­­mi­­den, par Kitty Terwol­­beck.

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