par Samuel Gilbert | 23 août 2016

Le crash

Chaque été, des milliers de personnes déferlent dans la ville de Roswell, au Nouveau-Mexique. Ils viennent assis­­ter au festi­­val annuel des OVNI, le UFO Festi­­val. L’évé­­ne­­ment a lieu pour l’an­­ni­­ver­­saire du fameux crash de vais­­seau extra­­­ter­­restre que le gouver­­ne­­ment améri­­cain aurait cher­­ché à passer sous silence, durant l’été 1947. Pendant quatre jours et quatre nuits, cette petite ville d’or­­di­­naire tranquille et old fashion accueille une effu­­sion carna­­va­­lesque de food trucks, de concours de costumes, de spec­­tacles de son et lumière et de stands débor­­dant de babioles en tout genre pour fanas d’ex­­tra­­ter­­restres.

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Le musée de Roswell
Crédits : Gabriela Campos

Cette année, un alien de six mètres de haut se dresse sur Main Street et veille sur les festi­­vi­­tés. Sous ses grands yeux noirs et luisants se déverse un flot régu­­lier de visi­­teurs, dont bon nombre sont vêtus de costumes futu­­ristes. Cette lente proces­­sion fait route vers le concours de costumes du samedi, orga­­nisé dans la grande salle muni­­ci­­pale. « C’est comme Mardi Gras, mais avec des extra­­­ter­­restres », résume Janet Jones, la proprié­­taire du Roswell Space Center. C’est l’une des six boutiques perma­­nentes de la ville. Elle y vend toutes sortes d’objets et de vête­­ments en rapport avec les OVNI et les extra­­­ter­­restres. Jones est née et a grandi dans cette ville où les traces d’un autre monde sont partout. Ici, les lampa­­daires sont en forme de têtes d’ex­­tra­­ter­­restres, les cafés vendent des lattes E.T., les restau­­rants McDo­­nald’s sont des soucoupes volantes et l’at­­trac­­tion prin­­ci­­pale de la ville est le Centre de recherche et musée inter­­­na­­tio­­nal des OVNI. « Il est diffi­­cile d’ima­­gi­­ner ce qu’on serait aujourd’­­hui s’il n’y avait pas eu le crash », dit Jones. « On a bien l’usine de mozza­­rella et les vergers de paca­­niers, mais c’est de loin ce qui attire le plus de monde en ville. »


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Le McDo­­nald’s de Roswell
Crédits : Gabriela Campos

L’om­­ni­­pré­­sence des OVNI à Roswell a débuté dans les années 1990. La ville tentait de capi­­ta­­li­­ser sur une écono­­mie touris­­tique de niche, centrée autour de l’in­­ci­dent de 1947, consi­­déré comme l’évé­­ne­­ment fonda­­teur du folk­­lore des OVNI. « C’est ici que ça se passe », dit Mike Alva­­rez, qui vient du Texas en pèle­­ri­­nage à Roswell chaque année depuis 1997. Comme de nombreux convain­­cus de l’exis­­tence des extra­­­ter­­restres, il consi­­dère Roswell comme un lieu sacré pour tous les amateurs d’OVNI. « C’est la conspi­­ra­­tion la plus impor­­tante de l’his­­toire », dit-il. Comme lui, ils sont nombreux à penser que le gouver­­ne­­ment améri­­cain n’a jamais dévoilé la véri­­table nature du crash.

70 ans plus tard

Les faits sur lesquels tout le monde s’ac­­corde (enfin presque) sont les suivants : en 1947, un fermier du nom de Mack Brazel a trouvé sur sa propriété les débris d’un appa­­reil qu’il était inca­­pable d’iden­­ti­­fier. Il a alors tracté l’épave jusqu’au terrain d’avia­­tion mili­­taire voisin. Un offi­­cier de l’US Air Force a plus tard publié un commu­­niqué de presse disant qu’un « disque volant » avait été retrouvé chez le vieux Mack. Le 8 juillet 1947, le Roswell Daily Record a fait sa une avec un titre sensa­­tion­­nel : « Le RAAF [L’aé­­ro­­drome de l’Ar­­mée de l’air de Roswell] a mis la main sur une soucoupe volante dans un ranch de la région ». L’his­­toire a été reprise aux quatre coins du pays.

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Les parti­­ci­­pants riva­­lisent d’ori­­gi­­na­­lité
Crédits : Gabriela Campos

L’in­­té­­rêt du public pour le crash s’est évanoui après que l’Air Force a publié un commu­­niqué disant que les débris étaient ceux d’un ballon météo. Mais dans les années 1970, l’in­­ci­dent de Roswell a été déterré par les ufologues, qui affir­­maient que le crash du ballon était une tenta­­tive de la part du gouver­­ne­­ment de dissi­­mu­­ler leur véri­­table décou­­verte : des corps d’ex­­tra­­ter­­restres. « Roswell est la mère de toutes les conspi­­ra­­tions », dit à son tour Kim Carrier, debout derrière son stand, la « boutique du collec­­tion­­neur martien ». Il porte un chapeau en alumi­­nium sur la tête. « Toute personne un tant soit peu sensée sait qu’il s’est passé quelque chose ici. »

Roswell Daily Record July 8 1947
Ont-ils fait tout ce chemin pour se vautrer sur Terre ?

Le profes­­seur William Dewan renché­­rit : « Avant le 11 septembre, c’était la grand-mère de toutes les théo­­ries du complot, un genre de Water­­gate cosmique. » Dewan enseigne à l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie à Irvine. Son docto­­rat portait sur le phéno­­mène des OVNI. « La conjonc­­ture actuelle est la clé pour comprendre ces événe­­ments », dit-il. Pour lui, c’est la méfiance des citoyens améri­­cains à l’égard du gouver­­ne­­ment qui alimente en partie les thèses de conspi­­ra­­tion autour des OVNI. Dans les années 1990, le gouver­­ne­­ment a révélé que l’ap­­pa­­reil qui s’était crashé en 1947 plus tôt n’était pas un ballon météo, mais un engin utilisé pour la surveillance. Il faisait partie d’un projet top secret de l’US Air Force visant à détec­­ter les explo­­sions prove­­nant d’armes nucléaires. La révé­­la­­tion n’a donné lieu qu’à davan­­tage de contro­­verse et de théo­­ries fumeuses, et l’in­­ci­dent a connu un regain d’in­­té­­rêt auprès des scep­­tiques comme des convain­­cus.

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Nick Pope est un ancien employé du minis­­tère de la Défense britan­­nique. Il a enquêté sur plusieurs obser­­va­­tions d’OVNI, dont l’inci­dent de la forêt de Rend­­le­­sham, l’un des plus célèbres au monde. « Je crois qu’il est inutile de remettre en ques­­tion le fait qu’il y a eu un crash à Roswell », dit-il. « C’est à peu près le seul point sur lequel s’ac­­cordent les convain­­cus et les scep­­tiques. » « Mais même si l’idée que l’ap­­pa­­reil en ques­­tion était un vais­­seau extra­­­ter­­restre est profon­­dé­­ment ancrée dans la culture popu­­laire, rien ne permet d’af­­fir­­mer que c’est le cas », dit Pope, l’un des cher­­cheurs et confé­­ren­­ciers les plus quali­­fiés sur la ques­­tion des OVNI. Il est l’in­­vité du festi­­val cette année. David Marler est lui aussi cher­­cheur sur les OVNI. « Nous avons la preuve certaine qu’ils sont là, même si nous ne savons pas ce qu’ils sont », dit-il. Auteur et confé­­ren­­cier, il a mené un certain nombre d’enquêtes sur des obser­­va­­tions d’OVNI. « Je suis passionné d’his­­toire et j’ai l’in­­tui­­tion puis­­sante qu’il doit y avoir quelque chose derrière tout ça », dit-il.

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Sites de test et bases mili­­taires sont nombreux dans la région
Crédits : Gabriela Campos

« Roswell est le point zéro de l’ufo­­lo­­gie », dit Pope. Tandis que les débats se pour­­suivent autour de ce qu’il s’est véri­­ta­­ble­­ment produit ou non à Roswell, personne ne peut remettre en cause sa présence récur­­rente du crash dans les médias et la fasci­­na­­tion qu’il provoque encore aujourd’­­hui. « Le fait que nous en parlions encore près de 70 ans plus tard n’est pas anodin », dit Marler. « Qu’il s’agisse de faits, de fiction ou de folk­­lore, personne ne peut nier que les OVNI font partie inté­­grante de notre culture. »

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À QUAND REMONTE LE PHÉNOMÈNE DES OVNI MODERNE ?

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Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Aliens on the mind: Roswell and the UFO pheno­­me­­non », paru dans Al Jazeera. Couver­­ture : Une mise en scène de l’in­­ci­dent de Roswell.


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