par Servan Le Janne | 9 juillet 2017

Un trésor de guerre

Parmi la foule rassem­­blée mardi 27 juin à Mese­­tas, dans le centre de la Colom­­bie, une petite bannière sovié­­tique volette au milieu des drapeaux blancs. En ce jour d’ « adieu à la guerre », les couleurs des FARC sont éclip­­sées par l’im­­por­­tance de l’évé­­ne­­ment. Après avoir salué le rôle qu’ont joué les États-Unis dans le proces­­sus de paix, le chef de la guérilla marxiste, Rodrigo Londono, se racle la gorge, rava­­lant quelques vieilles aigreurs. Puis, sous les applau­­dis­­se­­ments, il se dirige vers le président Juan Manuel Santos pour une acco­­lade qui met fin à 54 ans de guerre civile dans laquelle 260 000 personnes ont perdu la vie et 60 000 ont disparu.

Timo­­león Jimé­­nez

Alors que son prédé­­ces­­seur, Guillermo Saenz, avait été assas­­siné par l’ar­­mée en 2011, Londono dépose les armes. Mieux connu sous son pseu­­do­­nyme, Timo­­león Jimé­­nez, le guérillero est surnommé Timo­­shenko depuis ses années d’études à Moscou. Rien ne le desti­­nait à s’en­­tendre avec le pouvoir. Cet homme de 58 ans qui n’a jamais perdu une occa­­sion de lever le poing gauche se retrouve, cinq jours après la céré­­mo­­nie, dans l’im­­pos­­si­­bi­­lité de bouger le bras droit. Victime d’un acci­dent céré­­bral, il « est conscient et il fait même des blagues », rassure un comman­­dant des FARC, Pastor Alape. Qu’ils l’aiment ou non, les Colom­­biens surveillent sa santé de près car de nombreuses poignées de mains devront encore être échan­­gées pour instau­­rer la paix. Comme lui, les FARC sont aujourd’­­hui affai­­blis par les efforts conju­­gués du gouver­­ne­­ment et des États-Unis. Ils laissent un trésor estimé à dix milliards de dollars, rassem­­blé en très grande partie grâce à la vente de cocaïne. Présents dans 25 des 32 provinces du pays, la guérilla contrô­­lait les deux-tiers de la produc­­tion natio­­nale, soit envi­­ron 40 % de la consom­­ma­­tion mondiale. « On sait que des terres ont été vendues à d’autres groupes armés en prévi­­sion de leur démo­­bi­­li­­sa­­tion », indique Frédé­­ric Massé, profes­­seur à l’uni­­ver­­sité Exter­­nado de Colom­­bie. Or, « le commerce de cocaïne alimente les acti­­vi­­tés de groupes crimi­­nels colom­­biens, notam­­ment les dissi­­dents des FARC », déplore Mike LaSusa, cher­­cheur de l’In­­sight Crime basé à Medellín. Quelque 400 guérille­­ros refusent de se rallier à la déci­­sion de Timo­­shenko, préfé­­rant rester dans le maquis. De leur côté, l’Ar­­mée de libé­­ra­­tion natio­­nale (ELN) et le clan du Golfe n’at­­tendent que le retrait des FARC pour prendre la clé des champs. Clas­­sés l’un à l’ex­­trême gauche, l’autre à l’ex­­trême droite, ils comp­­te­­raient chacun autour de 2 000 membres. Les 1 300 arres­­ta­­tions réali­­sées parmi le premier au prin­­temps 2017 ne l’em­­pê­­che­­ront pas de conti­­nuer à se struc­­tu­­rer, estime Frédé­­ric Massé.


Il y a dix ans, Washing­­ton et Bogotá se féli­­ci­­taient que la baisse de la produc­­tion de cocaïne colom­­bienne amor­­cée en 2001 relé­­guât le pays derrière le Pérou dans le grand clas­­se­­ment des États meur­­tris par le trafic de stupé­­fiants. Il était resté leader pendant une décen­­nie. N’était-ce pas le fruit de leur lutte contre le crime orga­­nisé et de leur tactique d’épan­­dage indus­­triel d’her­­bi­­cide dans les coins recu­­lés ? Las, poussée par une demande mondiale en hausse, la surface culti­­vée a consi­­dé­­ra­­ble­­ment augmenté depuis 2013. Selon l’Of­­fice des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), 96 000 hectares étaient exploi­­tés en 2015, soit plus qu’au Pérou (40 000) et en Boli­­vie (20 000). Seuls les pays andins four­­nissent la matière première de la cocaïne en abon­­dance. Les esti­­ma­­tions de la Maison-Blanche sont encore plus alar­­mantes.

Dans un rapport rendu en mars 2017, le gouver­­ne­­ment améri­­cain estime que 159 000 hectares étaient couverts de feuilles de coca en 2015 et 188 000 en 2016, soit une augmen­­ta­­tion de 18 %. « Tout chiffre répond à une logique poli­­tique », souligne Jacobo Grajales, cher­­cheur à l’Uni­­ver­­sité Lille 2. L’au­­teur de Gouver­­ner dans la violence. Le para­­mi­­li­­ta­­risme en Colom­­bie préfère se réfé­­rer aux données des Nations Unies qui font appa­­raître une produc­­tion poten­­tielle de 646 tonnes alors que Washing­­ton l’éva­­lue étran­­ge­­ment à 420 tonnes. « Malgré la hausse de la culture et de la produc­­tion de la cocaïne (sic) ces dernières années », note le rapport améri­­cain, « la consom­­ma­­tion est restée rela­­ti­­ve­­ment stable aux États-Unis sur les cinq ans passés – cela dit, les dernières mesures montrent une légère augmen­­ta­­tion. » À eux seuls, les Améri­­cains consomment près de 35 % de la cocaïne mondiale, laquelle emprunte la route des cartels mexi­­cains.

Les plus grosses saisies de cocaïne dans le monde
Crédits : Obser­­va­­toire euro­­péen des drogues et des toxi­­co­­ma­­nies

En Europe, « de nombreux indi­­ca­­teurs, dont les analyses des eaux usées, les saisies et les données sur les prix et la pureté, laissent à penser que la cocaïne pour­­rait de nouveau être davan­­tage dispo­­nible dans certaines régions », synthé­­tise l’Ob­­ser­­va­­toire euro­­péen des drogues et des toxi­­co­­ma­­nies dans son rapport de 2017. Près de 91 tonnes de blanche sont déver­­sées chaque année sur le Vieux conti­nent, ce qui en fait la drogue stimu­­lante la plus absor­­bée. Son chemin passe géné­­ra­­le­­ment par le Vene­­zuela, l’Équa­­teur et le Brésil avant de traver­­ser l’At­­lan­­tique. Des plaques tour­­nantes existent aussi dans les Caraïbes et en Afrique de l’Ouest. Mais, plus qu’ailleurs, la consom­­ma­­tion semble avoir décollé en Asie.

En 2015, les quan­­ti­­tés de cocaïne qui y ont été inter­­­cep­­tées ont augmenté de plus de 40 % par rapport à l’an­­née précé­­dente. Le conti­nent reste par ailleurs un gros consom­­ma­­teur d’opium et d’hé­­roïne, les plus vastes champs de pavots se trou­­vant en Afgha­­nis­­tan (200 000 ha), au Myan­­mar (55 000 ha) et au Mexique (26 000 ha), là où la Colom­­bie ne dispose que de 595 hectares. « Tout indique qu’il y a une baisse consi­­dé­­rable de la produc­­tion d’hé­­roïne en Colom­­bie, car les Mexi­­cains satis­­font le marché », explique le jour­­na­­liste améri­­cain basé à Medellín, James Bargent. « Il semble­­rait que les Mexi­­cains fabriquent un produit de meilleure qualité et qu’ils sont en train de s’éta­­blir sur les secteurs aupa­­ra­­vant domi­­nés par les Colom­­biens. » La puis­­sance qu’ils avaient acquise en servant d’in­­ter­­mé­­diaires entre l’Amé­­rique du Sud et les États-Unis s’est en revanche érodée. Depuis 2009, « la cocaïne n’est plus ache­­mi­­née vers le nord par le Mexique, parce que c’est trop risqué », remarque le repré­­sen­­tant de l’UNODC au Mexique, Anto­­nio Mazzi­­telli. « En gros, le commerce de la drogue a été inter­­­rompu par la violence. Plus de violence, ça veut dire un plus grand risque écono­­mique pour les opéra­­teurs qui trans­­forment la marchan­­dise. » Alors qu’en Colom­­bie, la violence et la drogue avancent main dans la main.

Les itiné­­raires utili­­sés par les trafiquants
Crédits : Obser­­va­­toire euro­­péen des drogues et des toxi­­co­­ma­­nies

Deux luttes

La coca récol­­tée deux millé­­naires avant notre ère pour couper la faim et la fatigue, s’étage aujourd’­­hui comme des vignes sur les collines colom­­biennes. Mâchées du Chili au Guate­­mala, ses feuilles aux vertus magiques changent la terre d’Amé­­rique du Sud en un triste para­­dis arti­­fi­­ciel au XVIIe siècle. Alors que son commerce était consi­­déré comme un sacri­­lège, les colons en font un salaire et, partant, un moyen d’as­­ser­­vis­­se­­ment. Au lieu de payer les Colom­­biens, il leur donnent de la coca. « Nos maîtres ne veulent pas que les pauvres recon­­naissent leur tragé­­die, et souhaitent plutôt qu’ils meurent sans réali­­ser leur faim et leur igno­­rance ; que le goût amer de la coca endorme l’ins­­tinct de rébel­­lion », écrit un contem­­po­­rain cité par Thomas Feiling dans son livre, Cocaine Nation.

En 1855, le chimiste alle­­mand Frie­­drich Gaedcke réduit les feuilles – qui ne contiennent que 0,5 % de cocaïne – en cris­­taux. Seules certaines varié­­tés, que l’on trouve au Pérou, en Boli­­vie et en Colom­­bie, sont trans­­for­­mables : les Erythroxy­­lum Lamarck et Erythroxy­­lum novo­­gra­­na­­tense. La drogue est utili­­sée à dose plus ou moins élevée dans des produits de consom­­ma­­tion quoti­­dienne au début du XXe siècle. Réser­­vée aux phar­­ma­­cies en 1914 aux États-Unis et en 1938 en Colom­­bie, sa vente ne commence à décol­­ler que dans les années 1960. À cette période, « les pauvres » jadis soumis au joug espa­­gnol ont changé d’en­­nemi. Certains groupes d’au­­to­­dé­­fense consti­­tués pour contes­­ter l’ac­­ca­­pa­­re­­ment des terres par de gros proprié­­taires refusent de céder devant le « Front natio­­nal » qui réunit conser­­va­­teurs et sociaux-démo­­crates. Chas­­sés de la répu­­blique de Marque­­ta­­lia par l’ar­­mée en 1964, ils prennent le nom de Forces armées révo­­lu­­tion­­naires de Colom­­bie (FARC) deux ans plus tard. Les autres, ceux qui vivent de leurs petites produc­­tions, galèrent pour trans­­por­­ter les produits à travers la forêt. « Mais avec la coca », indique le fonda­­teur d’In­­sight Crime Jeremy McDer­­mott, « les ache­­teurs viennent chez vous. » Ils ne sont pas les seuls puisque les FARC ne tardent pas à s’en mêler.

Une saisie de drogue trafiquée par les FARC
Crédits : Reuters

Histo­­rique­­ment plus forte au Pérou et en Boli­­vie, la produc­­tion de coca est arri­­vée en Colom­­bie par le sud-est, la région des guérille­­ros. « Dans un premier temps, ils n’y touchent pas car les plus doctri­­naires d’entre eux consi­­dèrent son trafic comme le stade ultime du capi­­ta­­lisme », précise Jacobo Grajales. Les narco­­tra­­fiquants poussent à ce moment les paysans à produire en grande quan­­tité, les violentent et les payent en coca comme aux pires moments de l’époque colo­­niale. « En, 1982, les FARC prennent l’ini­­tia­­tive de régu­­ler la crise de surpro­­duc­­tion et de préve­­nir le chaos social », pour­­suit le cher­­cheur. « Ils réus­­sissent et deviennent ainsi l’ac­­teur central du marché. » Un système de taxe est mis en place. Selon les esti­­ma­­tions de Jeremy McDer­­mott, le produc­­teur paye 50 dollars par kilo, l’ache­­teur 200, le labo­­ra­­toire 100 et les avions qui s’en­­volent ou atter­­rissent sur leur terri­­toire encore 100. « Même s’ils ne tiraient leurs reve­­nus que du trafic de drogues », précise-t-il, « les FARC gagne­­raient au bas mot 50 millions de dollars par an à partir de la produc­­tion et 90 millions si on y ajoute le trans­­port. » Pablo Esco­­bar mise sur de petits avions pour expor­­ter vers les États-Unis. Ce mode de trans­­port auda­­cieux fait de la Colom­­bie le plus gros culti­­va­­teur de feuilles de coca en 1997, année où le pays dépasse la Boli­­vie et le Pérou. 80 000 hectares y sont dédiés contre 13 000 au milieu des années 1980. C’est aussi le moment que choi­­sit Washing­­ton pour clas­­ser les FARC orga­­ni­­sa­­tion terro­­riste. Mais la « War on Drugs » lancée depuis les États-Unis ne fait que couper quelques têtes de l’hydre. Le cartel de Cali prend la succes­­sion de celui de Medellín, décimé par l’as­­sas­­si­­nat de Pablo Esco­­bar en 1993. Suit le Cartel del Norte del Valle. Dans le fracas de leur chute, on entend toujours le bruit des avions qui décollent de la forêt colom­­bienne. Moins verti­­cale, l’or­­ga­­ni­­sa­­tion du trafic s’ar­­ti­­cule autour de petits groupes qui sous-traitent l’ex­­por­­ta­­tion vers les États-Unis aux cartels mexi­­cains. Cela ne fait pas bais­­ser le volume produit, au contraire.

D’après les chiffres de l’ONUDC un pic de 144 000 hectares culti­­vés est atteint en 2001, première année du Plan Colom­­bia. « En fait », explique Jacobo Grajales, « les Etats-Uniens sont dans les années 1980 assez réti­­cents à s’en­­ga­­ger en Colom­­bie. Leur lutte contre la drogue la décen­­nie suivante est récla­­mée par des hommes de pouvoir à Bogota qui font du lobbying pour que l’argent ne soit pas utilisé seule­­ment contre les narco­­tra­­fiquants mais aussi contre les guérille­­ros. » À la fin de la prési­­dence de Bill Clin­­ton, les États-Unis acceptent de finan­­cer l’ar­­mée plutôt que la police. Sept milliards de dollars sont mis au service de sa profes­­sion­­na­­li­­sa­­tion. Cette aide appor­­tée par le Plan Colom­­bia coupe les ailes aux FARC qui perdent la moitié de leurs 17 000 hommes en à peine quatre ans. « Mais d’autres groupes crimi­­nels se renforcent », nuance Jacobo Grajales. Traqués chez eux, beau­­coup de trafiquants opèrent depuis l’étran­­ger où ils peuvent contrô­­ler les réseaux de vente. Les arres­­ta­­tions de Colom­­biens se répètent en Argen­­tine, au Vene­­zuela, au Panama ou encore en Espagne. La cocaïne passe désor­­mais les fron­­tières à bord de sous-marins semi-submer­­sibles capables de trans­­por­­ter jusqu’à 6,5 tonnes par voyage. Dans le même temps, les surfaces culti­­vées sont rame­­nées autour de 80 000 hectares au débuts des années 2000 pour plon­­ger sous les 50 000 la décen­­nie suivante.

En 2007, le Pérou passe devant la Colom­­bie, la pres­­sion répres­­sive ayant pour effet de dépla­­cer les plan­­ta­­tions. Cepen­­dant, le glypho­­sate répandu par avion chaque année sur près de 128 000 hectares de terres pour tuer les feuilles de coca est « inef­­fi­­cace » et entraîne des « effets colla­­té­­raux » nocifs, selon le respon­­sable de la Commis­­sion prési­­den­­tielle colom­­bienne sur la poli­­tique en matière de drogues, Daniel Mejia. Les campagnes de pulvé­­ri­­sa­­tion « ont un impact très faible », juge son rapport. Il faudrait ainsi neuf passages pour ne détruire que 12 à 15 % des plants sur un hectare. Cela augmente d’au­­tant le risque pour les popu­­la­­tions touchées de déve­­lop­­per des mala­­dies de la peau et provoque­­rait des avor­­te­­ments spon­­ta­­nés. Citant aussi des cas de cancers, le rapport de Mejia préco­­nise de s’at­­taquer davan­­tage au trafic qu’à la produc­­tion. Inter­­dit en octobre 2015, l’épan­­dage de glypho­­sate revient dans le débat en juin 2017, poussé par l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Trump.

Crédits : Fernando Vergara/Asso­­cia­­ted Press

Le champ des possibles

Il ne s’écoule pas une minute, ce 18 mai 2017, à la Maison-Blanche, avant que Donald Trump ne parle de cocaïne. Lors de la confé­­rence de presse orga­­ni­­sée à l’oc­­ca­­sion de la récep­­tion du président colom­­bien, Juan Manuel Santos, le sujet est mis sur la table séance tenante. « L’an­­née dernière, la culture de coca et la produc­­tion de cocaïne colom­­bienne a atteint des records », accuse le chef d’État améri­­cain derrière son pupitre. « Le président [colom­­bien], je l’es­­père, y remé­­diera très rapi­­de­­ment », ajoute-t-il à l’adresse de son homo­­logue qui écoute sans bron­­cher. Trump n’a bien sûr pas oublié de dispen­­ser quelques conseils. « Nous lui avons dit : “Non, il faut reve­­nir à l’épan­­dage, il faut détruire ces champs, ils sont respon­­sables de la cocaïne qui arrive aux États-Unis” », raconte au Congrès le secré­­taire d’État améri­­cain Rex Tiller­­son, le 13 juin. Favo­­rable à cette idée, le séna­­teur répu­­bli­­cain de Floride, Marco Rubio, argue que « la produc­­tion augmente depuis un an et demi ». Mais cette hausse date d’il y a trois ans, c’est-à-dire avant l’in­­ter­­dic­­tion de l’épan­­dage, rétorque Mimi Yagoub, une jour­­na­­liste d’In­­sight Crime en poste à Medellín. « Il n’y a pas de corré­­la­­tion entre l’éra­­di­­ca­­tion et la culture », ajoute-t-elle. « L’aide n’a pas assez été concen­­trée sur des programmes de déve­­lop­­pe­­ment de l’éco­­no­­mie rurale. » La tran­­si­­tion n’ira pas de soi car les autres cultures rapportent moins que la coca. « Comment remplir le vide dans des endroits où l’éco­­no­­mie crimi­­nelle repré­­sente 70 % des reve­­nus ? » inter­­­roge McDer­­mott. Surtout, les infra­s­truc­­tures manquent pour offrir des alter­­na­­tives, déplore Jacobo Grajales : « La coca est produite dans des zones recu­­lées où il n’y a pas de route, le trans­­port de marchan­­dise y coûte cher et ne fonc­­tionne pas toute l’an­­née. Les gens ne peuvent rien faire de leurs tomates. »

Les quinze prochaines années, le gouver­­ne­­ment prévoit de dépen­­ser 44 milliards de dollars pour le proces­­sus de paix, dont 85 % dans la réforme rurale. Trois millions d’hec­­tares doivent être donnés aux paysans et sept millions feront l’objet d’une régu­­la­­ri­­sa­­tion de leurs titres de propriété. La construc­­tion d’écoles, de routes et des centres de santé est égale­­ment prévue. L’ac­­cord de paix signé entre le gouver­­ne­­ment et les FARC propose aux culti­­va­­teurs deux options : l’éra­­di­­ca­­tion volon­­taire aidée par des programmes de recon­­ver­­sion, ou la simple destruc­­tion par les forces de sécu­­rité. Le projet « engendre beau­­coup de doutes chez les paysans et crée de la défiance, car le gouver­­ne­­ment fait du deux poids deux mesures », regrette Arnovi Zapata, leader d’une orga­­ni­­sa­­tion de culti­­va­­teurs de coca et de canna­­bis. « Au lieu de favo­­ri­­ser la paix, cela va provoquer plus de violence parce qu’il y aura une confron­­ta­­tion directe entre les paysans et les forces de sécu­­rité. »

Vers un accord de paix
Crédits : Demo­­cracy Now

Dans cette confron­­ta­­tion, les FARC restés dans le maquis pren­­dront le parti de ceux qui leur payent des taxes. Des années de rébel­­lion ont donné à certains une grande auto­­no­­mie vis-à-vis de l’an­­cien état-major et leur ont permis de nouer des liens avec les mafias et les cartels. De la récolte à la livrai­­son, ils maîtrisent parfois toute la chaîne du trafic. En outre, le rappro­­che­­ment initié en 2008 avec l’ELN pour­­rait abou­­tir, pour eux, à une inté­­gra­­tion au sein de cette autre guérilla d’obé­­dience commu­­niste. Ceux qui ont déposé les armes, en revanche, « n’ont abso­­lu­­ment pas inté­­rêt à ce que la produc­­tion de drogue se pour­­suive dans des régions où ils veulent deve­­nir le parti poli­­tique domi­­nant », pointe Jacobo Grajales. Selon un autre cas de figure envi­­sagé par Jeremy McDer­­mott, des groupes trans­­na­­tio­­naux pour­­raient appor­­ter leur parrai­­nage aux anciens FARC toujours en acti­­vité. Le cartel mexi­­cain de Sina­­loa, un gang brési­­lien comme le Primeiro Comando da Capi­­tal ou une orga­­ni­­sa­­tion véné­­zué­­lienne à l’ins­­tar du cartel de Los Soles sont déjà impliqués dans le trafic de cocaïne. C’est aussi le cas des mafias italienne, serbe et alba­­naise. « Beau­­coup ont déjà des liens avec les FARC, surtout les Mexi­­cains », observe le cher­­cheur. « Ces rela­­tions ne vont pas dispa­­raître avec un simple accord signé à La Havane. Il existe une sorte de Pax mafiosa dans le pays, qui implique peu de combats entre crimi­­nels. »

La coca est partout en Colom­­bie
Crédits : Reuters

En manque de prise sur les réseaux de la cocaïne, le gouver­­ne­­ment a souhaité mettre de l’ordre dans la produc­­tion du canna­­bis en clari­­fiant sa régle­­men­­ta­­tion en décembre 2015. L’usage théra­­peu­­tique de la plante était permis depuis 1986 mais, faute de licence, les produc­­tions de plus de 20 pieds demeu­­raient illé­­gales. Le décret signé par le président Santos permet, a-t-il déclaré, « l’oc­­troi de licences pour la posses­­sion de semences de canna­­bis, de marijuana, et la culture de cette plante à des fins exclu­­si­­ve­­ment médi­­cales et scien­­ti­­fiques ». Et d’ajou­­ter : « La fabri­­ca­­tion, l’ex­­por­­ta­­tion, le commerce ainsi que l’usage médi­­cal et scien­­ti­­fique de ce stupé­­fiant, et d’autres, sont permis depuis plusieurs décen­­nies en Colom­­bie, mais cela n’avait jamais été régle­­menté. Et c’est ce que nous faisons main­­te­­nant. » En Amérique du Sud, la Colom­­bie fait partie des prin­­ci­­paux produc­­teurs de canna­­bis avec le Para­­guay.

En 2013, 408 tonnes ont été saisies. Si les licences pour la culture n’ont pas encore été déli­­vrées, le ministre de la Santé, Alejan­­dro Gavi­­ria, espère que « la Colom­­bie construira un busi­­ness inter­­­na­­tio­­nal d’ex­­por­­ta­­tion de marijuana. Le pays est prêt à parti­­ci­­per à ce marché émer­­geant inter­­­na­­tio­­nal. » Loin d’être évidente, la tran­­si­­tion d’un commerce illé­­gal à un marché régle­­menté s’avé­­rera encore plus compliquée s’agis­­sant de la coca. « Les données rela­­tives à la produc­­tion, au trafic et à l’usage de drogues indiquent que le marché de la cocaïne est globa­­le­­ment en expan­­sion à l’échelle mondiale. Après avoir long­­temps dimi­­nué, la culture du cocaïer a augmenté de 30 % entre 2013 et 2015, prin­­ci­­pa­­le­­ment en raison de la hausse enre­­gis­­trée en Colom­­bie », note l’ONUDC dans son dernier rapport. Tirée par la demande asia­­tique, la produc­­tion de cocaïne ne fléchira que si des alter­­na­­tives rentables et les struc­­tures affé­­rentes existent pour les paysans colom­­biens. Ce que l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Trump n’a pas l’air de consi­­dé­­rer avec grand inté­­rêt.


Couver­­ture : Saisie de huit tonnes de cocaïne en mai 2016. (Asso­­cia­­ted Press)


 

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