fbpx

Alors que le Coronavirus 2019-nCoV menace de faire de plus en plus de victimes, la communauté scientifique part à sa source.

par Servan Le Janne | 28 janvier 2020

La ville figée

À Wuhan, dans le centre de la Chine, le mot est sur toutes les lèvres. Derrière les masques d’hy­­giène porté par les 11 millions d’ha­­bi­­tants, il tord les bouches, glace le sang et se répand de loin en loin, sans égard pour les barrière levées au milieu des rues. « Coro­­na­­vi­­rus », souffle-t-on autour du marché de fruits de mer dont les rideaux de fer sont bais­­sés depuis le 1er janvier. « Coro­­na­­vi­­rus 2019-nCoV », répètent les mieux infor­­més dans les couloirs bondés de l’hô­­pi­­tal, alors que des pelle­­teuses retournent la terre, en lisière d’une ville figée, pour en faire sortir un autre établis­­se­­ment de santé aussi vite que possible. La situa­­tion est « grave », a reconnu le président Xi Jinping samedi 25 janvier.

Depuis la détec­­tion du premier cas, le 8 décembre 2019, 2 700 indi­­vi­­dus ont offi­­ciel­­le­­ment été conta­­mi­­nés et 80 ont péri, des chiffres large­­ment sous-esti­­més. D’après un rapport préli­­mi­­naire publié par une équipe de cher­­cheurs britan­­niques et améri­­cains le 24 janvier, cela ne repré­­sente qu’en­­vi­­ron 5 % des infec­­tions. Malgré la quaran­­taine impo­­sée à 40 millions de personnes dans la région, leur étude prévoit une explo­­sion de l’épi­­dé­­mie, qui devrait hisser le nombre de malades au-dessus des 190 000, à la faveur des dépla­­ce­­ments engen­­drés par le Nouvel An lunaire.

Crédits : Sistema 12

Pendant que la France prenait en charge trois patients, les auto­­ri­­tés chinoises ont annoncé l’in­­ter­­dic­­tion du commerce d’ani­­maux sauvages dans tout le pays dimanche 26 janvier. Le lende­­main, elles consta­­taient que 33 des 585 échan­­tillons préle­­vés sur le marché de fruits de mer de Huanan conte­­naient l’acide nucléique du 2019-nCoV. À deux excep­­tions près, ils proviennent tous de l’ouest du site, où n’étaient pas vendus des animaux marins mais des espèces terrestres sauvages. Jamais un coro­­na­­vi­­rus n’a été observé en milieu aqua­­tique.

Cette famille de virus, qui doit son nom à sa forme en couronne, regroupe des infec­­tions nouvelles, appa­­rues au terme d’une muta­­tion. Elles peut provoquer des rhumes bénins ou, comme dans le cas du 2019-nCoV, des pneu­­mo­­nies assez graves pour entraî­­ner la mort. D’après une étude publiée par des cher­­cheurs de viro­­lo­­gie de l’Ins­­ti­­tut de Wuhan, le 23 janvier 2020, dans la revue BioRxiv, le génome du 2019-nCoV possède 79,5 % de points communs avec le SARS-CoV, une pandé­­mie simi­­laire qui a tué 774 personnes entre novembre 2002 et juillet 2003. Son ADN présente 96 % de traits iden­­tiques à un coro­­na­­vi­­rus de chauve-souris, ce qui n’est pas éton­­nant puisque c’est l’ani­­mal qui aurait porté le SARS-CoV, avant qu’il se trans­­mette à l’être humain par le biais des chameaux et des civettes palmistes à masque.

Cette fois, une autre bête aurait servi de véhi­­cule au virus. Dans un article publié le 22 janvier par le Jour­­nal of Medi­­cal Viro­­logy, cinq cher­­cheurs chinois passent en revue les suspects. Après avoir listé les animaux qu’on trouve sur le marché de Wuhan, ils comparent leur ADN avec les portions du génome choi­­sis par le 2019-nCoV pour s’adap­­ter à son hôte. Résul­­tat, le coro­­na­­vi­­rus privi­­lé­­gie une séquence utili­­sée par deux serpents, le bongare rayé (Bunga­­rus multi­­cinc­­tus) et le cobra chinois (Naja atra), des espèces veni­­meuses vendues sur le fameux marché. « À tout prendre, les serpents pour­­raient être les animaux sources les plus probables pour le 2019-nCoV », peut-on lire.

Crédits : Thomas Brown

Un jour plus tard, des cher­­cheurs inter­­­ro­­gés par la revue Nature réfutent cette hypo­­thèse. D’après le viro­­logue brési­­lien Paulo Eduardo Brandão, un tel virus peut seule­­ment infec­­ter des oiseaux ou des mammi­­fères. Il n’au­­rait qui plus est pas eu un temps suffi­­sant pour alté­­rer le génome d’un animal de manière à ce qu’une analyse ADN s’avère concluante. Les cinq cher­­cheurs chinois « n’ont aucune preuve que les serpents peuvent être infec­­tés par ce nouveau coro­­na­­vi­­rus et en être l’hôte », pointe-t-il. À la diffé­­rence des chauve-souris, des chameaux et des civettes palmistes à masque, les reptiles ne sont pas des mammi­­fères.

Si le suspect – cet animal par lequel le virus a atteint l’hu­­main – reste inconnu, on connaît désor­­mais l’ori­­gine du mal. À en croire le direc­­teur du dépar­­te­­ment de santé globale à l’Ins­­ti­­tut Pasteur, Arnaud Fonta­­net, le 2019-nCoV comme le SARS-CoV dérivent du HKU9–1, un coro­­na­­vi­­rus iden­­ti­­fié chez les chauves-souris rous­­settes. C’est aussi le résul­­tat obtenu par des cher­­cheurs de l’Ins­­ti­­tut Pasteur de Shan­­ghai, de l’Aca­­dé­­mie des sciences chinoise et du minis­­tère de l’Édu­­ca­­tion. Reste à savoir comment il s’y déve­­loppe.

La grotte aux virus

Sous l’en­­seigne bleue du marché de Wuhan, une rangée de poli­­ciers en masques monte la garde devant les rideaux de fer bais­­sés et les étalages vides. Il n’y a pas si long­­temps, toutes sortes de bêtes étaient conser­­vées là, en cages ou en morceaux. « Pour des raisons cultu­­relles, les habi­­tants de la région veulent voir les animaux qu’ils achètent être abat­­tus devant eux, de manière à savoir qu’ils obtiennent ce pour quoi ils ont payé », rapporte Emily Lang­­don, spécia­­liste des mala­­dies infec­­tieuses à l’uni­­ver­­sité médi­­cale de Chicago. « Cela veut dire qu’il y a beau­­coup d’ani­­maux morts évis­­cé­­rés devant les ache­­teurs et, par consé­quent, une disper­­sion de toutes sortes de choses. »

Le 2019-nCoV peut non seule­­ment être trans­­mis dans l’air, mais aussi passer d’un animal à l’hu­­main, et d’un humain à l’autre. C’est loin d’être le cas de tous les virus. Lorsqu’ils entrent dans un nouvel orga­­nisme, les agents infec­­tieux sont bien souvent impuis­­sants face aux diffé­­rences qu’ils rencontrent. Ils ne peuvent passer cette « barrière des espèces » qu’à condi­­tion de muter pour s’adap­­ter aux cellules où ils viennent se loger. Diffé­­rentes hypo­­thèses tentent sans succès véri­­table d’ex­­pliquer leur appa­­ri­­tion sur la surface de la Terre. Ils pour­­raient prove­­nir de la « soupe primor­­diale », cette matière première physico-chimique à l’ori­­gine de la vie, déri­­ver de morceaux d’acides nucléiques ou résul­­ter de la simpli­­fi­­ca­­tion d’une cellule.

Crédits : Taylor, Stoff­­berg, Monadjem, Schoe­­man, Bayliss et Cotte­­rill

Toujours est-il que certains entraînent des patho­­lo­­gies, d’autres non. Or, d’après une étude publiée dans la revue Nature en 2017, les chauves-souris sont les mammi­­fères à rece­­ler le plus de virus trans­­mis­­sibles à l’être humain. Elles ont non seule­­ment tendance à se regrou­­per pour dormir, faci­­li­­tant ainsi la propa­­ga­­tion d’agents infec­­tieux, mais se déplacent aussi sur de longues distances. Surtout, leurs virus « n’ont pas circulé chez les humains avant, qui sont donc dépour­­vus de défenses immu­­ni­­taires contre eux », indique Bart Haag­­mans, viro­­logue au Centre médi­­cal Eras­­mus de Rotter­­dam, aux Pays-Bas.

À l’in­­verse, les chauves-souris ont déve­­loppé un dispo­­si­­tif de défense immu­­ni­­taire puis­­sant qui les empêche de succom­­ber aux virus. Pour battre leurs ailes, elles utilisent une éner­­gie folle, propre à endom­­ma­­ger leur ADN ; mais ces dégra­­da­­tions seraient évitées grâce à un méca­­nisme qui les protège aussi contre les mala­­dies. Les cher­­cheurs chinois qui l’ont mis en évidence en février 2018 lui ont donné le nom de « STING-inter­­­fe­­ron path­­way ». Grâce à lui, elles résistent à des virus qui affectent les espèces voisines. Ces 45 dernières années, les chiro­­ptères (le nom scien­­ti­­fique de la chauve-souris) ont été tenus respon­­sables d’au moins quatre pandé­­mies : Ebola (13 500 victimes), le virus Nipah (dont le taux de léta­­lité est de 78 %) ainsi que le syndrome respi­­ra­­toire du Moyen-Orient (MERS-Cov) et le syndrome respi­­ra­­toire aigu sévère (SARS-CoV).

Ce dernier s’est déclaré dans la province du Guang­­dong en 2002. Après avoir iden­­ti­­fié sa souche chez des civettes palmistes à masque vendues au marché, des cher­­cheurs de l’Ins­­ti­­tut de viro­­lo­­gie de Wuhan en ont repéré des versions simi­­laires chez des chauves-souris. Ils ont ensuite passé cinq ans à étudier une grotte du Yunnan où les vola­­tils portaient un coro­­na­­vi­­rus très proche de celui déve­­loppé par les êtres humains. Cela leur a permis de séquen­­cer les génomes de 15 traits géné­­tiques qui, mis bout à bout, pouvaient former le virus tel qu’il exis­­tait dans le corps humain. Ce résul­­tat n’ex­­pliquait toute­­fois pas comment il aurait pu parcou­­rir les 1 000 km sépa­­rant la grotte du Yunnan du Guang­­dong.

À la fin de leur étude, parue en 2017, les scien­­ti­­fiques aver­­tissent contre le risque d’une autre pandé­­mie, notant qu’ « une nouvelle émer­­gence simi­­laire au SARS est possible ». Ils estiment même que « nous ne devrions pas pertur­­ber les habi­­tats des animaux sauvages et ne jamais les mettre sur les marchés ». Le conseil n’a malheu­­reu­­se­­ment pas été écouté à Wuhan, où le SARS-CoV est proba­­ble­­ment devenu 2019-nCoV. Appa­­rem­­ment moins létal, ce nouveau coro­­na­­vi­­rus serait en revanche plus conta­­gieux, ce qui pour­­rait en faire un adver­­saire plus diffi­­cile à combattre globa­­le­­ment. En dehors de l’Asie, il a déjà été détecté sur tous les autres conti­­nents.


Couver­­ture : CDC


 

Free Down­load WordP­ress Themes
Premium WordP­ress Themes Down­load
Free Down­load WordP­ress Themes
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
udemy paid course free down­load
Download WordPress Themes
Download WordPress Themes
Download Nulled WordPress Themes
Download Nulled WordPress Themes
udemy course download free

PLUS DE SCIENCE