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par Servan Le Janne | 8 janvier 2018

Trésor secret

En péné­trant dans un petit appar­te­ment de Salva­dor de Bahia, ce mardi 5 septembre 2017, les agents de la police fédé­rale brési­lienne ne savent pas exac­te­ment à quoi s’at­tendre. Son loca­taire, l’an­cien ministre Geddel Vieira Lima, n’a rien laissé. Les pièces sont vides, sans meubles ni déco­ra­tion. Où se trouvent donc les affaires que l’homme poli­tique dit conser­ver ici en mémoire de son père décédé ? La fouille entre­prise révèle tout à fait autre chose. Après avoir étalé dans le salon les neuf grandes valises et les six cartons décou­verts, les poli­ciers ne savent plus où poser les pieds. Une montagne de billets de banque recouvre main­te­nant le carre­lage blanc.

Geddel Vieira Lima est désolé
Crédits : Ruy Baron/Valor/Folha­press

Emporté dans les coffres de deux grands mono­spaces, le butin est ensuite compté pendant plusieurs heures par sept machines. Bapti­sée « trésor secret », l’opé­ra­tion permet de saisir 51 millions de réals, soit 13 million d’eu­ros. Sur les valises de l’ap­par­te­ment, on retrouve les empreintes de Geddel Vieira Lima. Le vendredi suivant, il passe les menottes. En rési­dence surveillé depuis juillet, ce proche du président Michel Temer était déjà accusé de subor­na­tion de témoin. Il aurait tout mis en œuvre afin de dissua­der l’en­tre­pre­neur Lucio Funaro de conclure un accord de plai­doyer avec les enquê­teurs.

Au mois d’août 2017, le témoi­gnage de Funaro a pour finir été recueilli. D’après ses décla­ra­tions rendues publiques fin octobre, le président Michel Temer a reçu deux millions de réals de pots-de-vin du groupe Bertin, une filiale de la multi­na­tio­nale de la viande JBS, pour finan­cer sa campagne de 2010. Temer croule déjà sous les accu­sa­tions. Le milliar­daire Joes­ley Batista, ancien diri­geant de JBS, le présente comme « le leader d’un groupe crimi­nel au Sénat. Ceux qui n’ont pas été arrê­tés sont au gouver­ne­ment. Ils sont très dange­reux. » Depuis mars 2014, les révé­la­tions sur la corrup­tion qui lie les plus hauts repré­sen­tants de la nation à certaines entre­prises se multi­plient. Pour être asso­ciés à de grands chan­tiers d’in­fra­struc­tures, des géants des travaux publics (BTP) comme Odebrecht ou OAS ont sorti le chéquier. La surfac­tu­ra­tion de leurs pres­ta­tions a engen­dré, en retour, des pots-de-vin vers la forma­tion alors au pouvoir, le Parti des travailleurs (PT, centre gauche).

La manœuvre pour­rait avoir servi à du finan­ce­ment de campagne, suspecte le juge en charge du dossier, Sergio Moro. « C’est le cœur du scan­dale », juge Frédé­ric Louault, cher­cheur au Centre d’étude de la vie poli­tique (CEVIPOL) et spécia­liste du Brésil. Cette vaste affaire aujourd’­hui appe­lée « opéra­tion Lava Jato », portait à l’ori­gine le nom de l’en­tre­prise natio­nale de pétrole, Petro­bras. Car elle était en lien direct avec les groupes de la construc­tion pour exploi­ter les nouvelles réserves en eaux profondes décou­vertes au large du Brésil méri­dio­nal.

En mai 2016, Dilma Rous­seff (PT) a été démise de la prési­dence, payant notam­ment sa présence au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Petro­bras de 2003 à 2010. Elle n’est certes pas citée dans le dossier, mais l’an­cienne ministre de l’Éner­gie aurait par ailleurs maquillé les comptes publics pour camou­fler l’am­pleur du défi­cit. Son ancien mentor et prédé­ces­seur à la magis­tra­ture suprême, Luiz Inacio Lula, venait d’être mis en cause dans un schéma de corrup­tion d’Ode­brecht par le juge Moro. Au Brésil, les malver­sa­tions ne sont ni l’apa­nage de la gauche, ni celle du BTP.

Après la décou­verte des 51 millions de réals en liquide dans l’ap­par­te­ment de Geddel Vieira Lima, le procu­reur géné­ral du pays, Rodrigo Janot annonce, le 14 septembre, sa volonté de pour­suivre le président Temer et six membres de son parti, le Movi­mento demo­crá­tico brasi­leiro (MDB, centre droite). « Ils ont agi illi­ci­te­ment contre les pots-de-vins à travers diffé­rents organes publics », charge le procu­reur. « Michel Temer est accusé d’avoir dirigé une orga­ni­sa­tion crimi­nelle depuis mai 2016. » Selon ses esti­ma­tions, le MDB aurait reçu 130 millions d’eu­ros en dessous-de-table.

Michel Temer inquiète les citoyens brési­liens
Crédits : Michel Temer/Flickr

Mais il s’agit là de sa dernière carte. Mardi 19 septembre, Rodrigo Janot quitte ses fonc­tions, remplacé par une procu­reure géné­rale choi­sie par le président et approu­vée par le Congrès – où son parti est majo­ri­taire –, Raquel Dodge. La nomi­na­tion de celle-ci s’ac­com­pagne de l’ar­ri­vée d’un nouveau direc­teur de la police, Fernando Sego­via. Lequel, d’après Janot, « a été nommé pour remplir une mission : détour­ner l’at­ten­tion des enquêtes ». Quant à sa remplaçante, il note qu’elle a pour l’heure trans­mis moins de docu­ments à la Cour suprême qu’at­tendu.

Temps mort

Luiz Inácio Lula da Silva range ses lunettes et ses argu­ments. Après plusieurs heures de débats houleux, dans une petite salle grise du tribu­nal de Curi­tiba, l’an­cien président le plus popu­laire du Brésil est condamné à neuf ans de prison pour avoir perçu 3,7 millions de réals (un peu moins d’un million d’eu­ros) de la part d’OAS. « Je vais conti­nuer à espé­rer que la justice soit rendue dans ce pays », conteste-t-il fina­le­ment, ce 12 juillet 2017, en fixant le juge Sergio Moro. Une cour régio­nale de Porto Alegre se pronon­cera sur son appel le 24 janvier 2018. Le futur du Brésil en dépend. Malgré les soupçons qui pèsent sur lui, le fonda­teur du PT est large­ment favori de l’élec­tion prési­den­tielle prévue en octobre 2018.

Dans un sondage CNT/MDA de septembre, il est crédité de 32,4 % des inten­tions de votes contre 19,8 % pour le tribun d’ex­trême droite Jair Bolso­naro et 12,1 % pour l’éco­lo­giste Marina Silva. Si la « poli­ti­sa­tion de la justice » rend, selon Frédé­ric Louault, probable la confir­ma­tion de sa peine en deuxième instance, Lula béné­fi­ciera d’un dernier recours devant la cour suprême. Il pourra dès lors se lancer dans la campagne avec une épée de Damo­clès au-dessus de la tête. Complè­te­ment démo­né­tisé (3,4 % d’opi­nions favo­rables), l’ac­tuel président, Michel Temer, est déjà retiré de la course. Seul le soutien d’une majo­rité de parle­men­taires, au Congrès, lui permet d’évi­ter la desti­tu­tion et un juge­ment devant la cour suprême. Le Brésil se retrouve donc avec un exécu­tif haute­ment impo­pu­laire mais néan­moins inamo­vible. Et ce, alors que 77 % des citoyens confes­saient ne croire en aucun parti poli­tique en mars 2017. Depuis la desti­tu­tion de Dilma Rous­seff, « la poli­tique brési­lienne est dans une sorte de temps mort », analyse Frédé­ric Louault.

Jair Bolso­naro
Crédits : Famí­lia Bolso­naro/Flickr

Or, personne n’ap­pa­raît pour l’heure capable de chan­ger la donne. « Un des problèmes majeurs est le manque de légi­ti­mité du gouver­ne­ment », s’inquiète l’édi­to­ria­liste brési­lien Celso Rocha de Barros. « Il y a un risque que le système poli­tique s’isole un peu plus de la popu­la­tion au sens large. » En novembre, le jour­nal pour lequel il travaille, Folha de S. Paulo, a publié une tribune de Luciano Huck. Ce présen­ta­teur vedette de télé­vi­sion y dément les rumeurs qui lui prêtaient une ambi­tion prési­den­tielle. D’autres candi­dats émer­ge­ront-ils à l’ex­té­rieur du champ parti­san tradi­tion­nel ? La défiance de la popu­la­tion à l’égard des caciques et la loi rendant le vote obli­ga­toire leur ouvre en tout cas la voie. Mais « il ne faut pas sous-esti­mer la capa­cité des élites à se main­te­nir en place », tempère Frédé­ric Louault.

Habi­tué à négo­cier son soutien au président, le MDB de Michel Temer paraît pour une fois se cher­cher un candi­dat pour contrer Lula. Il est encore tôt pour en connaître le nom, comme il est à l’heure actuelle impos­sible de savoir si l’an­cien président de la cour suprême, Joachim Barbosa, sera en lice. En atten­dant, quelques membres du sérail se posi­tionnent. Ancienne membre du PT, l’éco­lo­giste Marina Silva compte faire mieux que ses troi­sièmes places obte­nues en 2010 et 2014. À en croire les sondages, la marche du second tour est toujours trop haute pour elle.

La disper­sion des voix entre petits candi­dats pour­rait profi­ter au député ultra­na­tio­na­liste de 62 ans Jair Bolso­naro. Lors de la procé­dure de desti­tu­tion de Dilma Rous­sef, cet ancien capi­taine de l’ar­mée de terre a versé dans la provo­ca­tion en dédiant son vote « à la mémoire du colo­nel Carlos Alberto Bril­hante Ustra », un tortion­naire du régime dicta­to­rial brési­lien (1964–1985) pendant lequel l’ex-cheffe d’État a été empri­son­née et tortu­rée. En 2015, il avait été sanc­tionné d’une amende au Congrès pour avoir dit d’une élue qu’elle « ne valait pas d’être violée ». Bolso­naro n’est pas le seul nostal­gique de la dicta­ture. En septembre 2017, le géné­ral de l’ar­mée Anto­nio Hamil­ton Martins a annoncé que l’hy­po­thèse d’un renver­se­ment du pouvoir par l’état-major avait été discuté.

Tran­si­tion

La démo­cra­tie brési­lienne a l’âge du Christ. Voilà 33 ans que l’ar­mée a lâché la bribe, après avoir peu à peu libé­ra­lisé le champ poli­tique. Seul parti d’op­po­si­tion long­temps toléré par le régime, le MDB est concur­rencé à partir de 1980 par le PT. Après une période de tran­si­tion, sous les prési­dences succes­sives de Tancredo Neves et José Sarney, la gauche présente enfin un candi­dat au pouvoir en 1989. Loin de partir favori, Lula se hisse au second tour, où il perd fina­le­ment contre un autre novice inat­tendu, Fernando Collor de Mello. Mission lui est donnée de résor­ber l’in­fla­tion rampante des années 1980.

Le Brésil connaît une embel­lie sous l’égide de Lula, élu en 2002.

Alors que son mandat devait être celui de la « moder­ni­sa­tion », il plonge au contraire le pays dans la réces­sion. Son succes­seur, Henrique Cardoso, ne parvient guère mieux à jugu­ler la hausse des prix et à faire décol­ler la crois­sance. Ces problèmes écono­miques se doublent d’une anoma­lie insti­tu­tion­nelle : la consti­tu­tion de 1988 donne aux acteurs privés la possi­bi­lité de finan­cer les partis. Une aubaine pour les grandes entre­prises du bâti­ment, proches de l’État depuis l’im­mense chan­tier de la nouvelle capi­tale Brasi­lia, entre 1956 et 1961. « La prési­dence du social-démo­crate Fernando Henrique Cardoso (1995–2002) a été enta­chée par des priva­ti­sa­tions douteuses et des enri­chis­se­ments suspects, ainsi que par l’achat de votes au Congrès pour faire approu­ver l’amen­de­ment auto­ri­sant la réélec­tion du chef de l’État », note ainsi le jour­na­liste brési­lien Paulo A. Para­na­gua sur son blog hébergé par Le Monde.

Épar­gné par l’ins­ta­bi­lité des marchés finan­ciers des années précé­dentes, le Brésil connaît une embel­lie sous l’égide de Lula, élu en 2002. Pour s’en proté­ger, au moment de la crise finan­cière de 2008, il peut comp­ter sur la décou­verte d’im­menses gise­ments de matière première. La troi­sième plus grande nappe de pétrole de l’his­toire est mise au jour par Petro­bras au large des côtes brési­liennes. Une ample classe moyenne se déve­loppe moyen­nant un arse­nal redis­tri­bu­tif illus­tré par les « bourses famille ». En 2008, le taux de pauvreté plonge à 23 % contre 40 % entre 1988 et 1993. Mais la santé finan­cière masque mal les nécroses de la démo­cra­tie brési­lienne. L’élec­tion à la propor­tion­nelle favo­rise une grande diver­sité d’étiquettes au Congrès. Pour s’at­ti­rer des soutiens, le PT n’hé­site pas à glis­ser des billets à des oppo­sants. Ce scan­dale du « Mensa­lao » entraîne le rempla­ce­ment du vice-président José Dirceu par Dilma Rous­seff.

Dilma Rous­seff et Michel Tamer, en 2009
Crédits : Senado Fede­ral/Flickr

Les jeux sont faits

À la fin de son second mandat, en 2011, Lula est contraint par la consti­tu­tion de céder la place. Choi­sie pour l’ap­puyer pour son sérieux, et parce qu’elle ne fait pas partie d’un clan, l’an­cienne guérillero marxiste Dilma Rous­seff en reçoit l’onc­tion pour mener la campagne prési­den­tielle au nom du PT. Elle s’im­pose au second tour avec 55 % des voix, pour­sui­vant ainsi l’hé­ri­tage de Lula. Sauf que le passage de témoin coïn­cide avec le ralen­tis­se­ment de la crois­sance brési­lienne. Alors que l’ac­cueil des Jeux olym­piques 2014 devait venir saluer la santé rayon­nante du pays, il ne fait que cris­tal­li­ser les mécon­ten­te­ments. Un an avant l’évé­ne­ment, tandis que les camé­ras du monde entier sont atti­rées par la répé­ti­tion géné­rale, à savoir la Coupe des confé­dé­ra­tions de foot­ball, de grandes mani­fes­ta­tions se déploient dans plusieurs villes du pays. D’un à deux millions de personnes prennent la rue le 20 juin, notam­ment à Rio de Janeiro. Ce mois-là, la popu­la­rité de la prési­dente s’ef­fondre, passant de 57 % à 30 % d’opi­nions favo­rables. La contes­ta­tion n’en est encore qu’à ses prémices.

En mars 2014, le juge Sergio Moro lance une enquête sur des tran­sac­tions finan­cières suspi­cieuses d’une simple station essence de Brasi­lia. Il suspecte les dolei­ros, des agents du marché noir, d’y blan­chir de l’argent. Mais la police a tôt fait de décou­vrir qu’ils travaillent pour Paulo Roberto Costa, le respon­sable des raffi­ne­ries et des stocks de Petro­bras. L’or­ga­ni­sa­tion surfac­ture des pres­ta­tions aux entre­prises du BTP contre une commis­sion secrète oscil­lant entre 1 et 5 % de chaque tran­sac­tion. Lorsque, un an après le début des inves­ti­ga­tions, les Brési­liens apprennent que des malver­sa­tions ont eu lieu alors que Dilma Rous­seff était au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Petro­bras, ils mani­festent de nouveau.

À la fin d’une année 2015 tendue, le président de la Chambre des dépu­tés, Eduardo Cunha (MDB) accepte la propo­si­tion d’élus de soumettre au vote la desti­tu­tion de la prési­dente. Il la refuse en revanche au sujet du vice-président, Michel Temer, membre du même parti que lui, et au demeu­rant cité dans l’opé­ra­tion Lava Jato. « La procé­dure de desti­tu­tion a été lancée quelques jours après que Dilma Rous­seff a pris des mesures pour limi­ter l’in­fluence des grandes entre­prises sur la poli­tique », pointe Frédé­ric Louault. « Ce n’est pas un hasard. »

Sitôt Rouseff écar­tée, Eduardo Cunha est suspendu de ses fonc­tions, le 5 mai, à la Chambre des dépu­tés, pour avoir freiné l’enquête à son sujet. Le nouveau président est quant a lui condamné le 2 juin 2016, par une cour de São Paulo, à une peine d’iné­li­gi­bi­lité pour avoir engagé sa propre fortune dans la campagne, alors que la loi l’in­ter­dit. Ce n’est pas tout. L’an­née suivante, en mars 2017, Eduardo Cunha prend 15 ans pour corrup­tion, blan­chi­ment et fraude fiscale. L’enquête se rapproche alors du président, qu’on entend discu­ter de grosses sommes d’argent avec le patron de JBS, Joes­ley Batista, sur un enre­gis­tre­ment dévoilé par O Globo en juin. Sauf desti­tu­tion par le Congrès, la mise en examen récla­mée par le procu­reur Janot devant la cour suprême restera sans effet jusqu’à la fin de son mandat. Pour s’en proté­ger, Temer prend discrè­te­ment un décret baptisé « pardon du Noël » en décembre 2017.

Ce texte suscite une polé­mique natio­nale. Il doit assou­plir les règles d’éli­gi­bi­lité pour les auteurs de crimes non-violents et réduire la possi­bi­lité de conclure de accords de plai­doyers tels que Lucio Funaro l’a fait. Or, ce méca­nisme est précieux pour les enquê­teurs de l’opé­ra­tion Lava Jato. C’est pourquoi la nouvelle procu­reure géné­rale, Raquel Dodge, et la cour suprême s’y opposent ; cette dernière déci­dant fina­le­ment de retoquer le décret. Si Temer avait voulu s’ab­soudre, il ne s’y serait pas pris autre­ment. Face à l’am­pleur du problème, les Brési­liens oscil­lent entre défiance et bana­li­sa­tion. « L’élec­tion d’oc­tobre 2018 sera compa­rable à celle de 1989 », observe Frédé­ric Louault. Dans un cas comme dans l’autre, la dégra­da­tion de l’éco­no­mie et la disper­sion des candi­da­tures font planer une grande incer­ti­tude sur le scru­tin. Et, encore une fois, Lula pour­rait bien finir par l’em­por­ter. À moins qu’un novice se distingue.

Lula ne fatigue pas
Crédits : Agên­cia Brasil

Couver­ture : Michel Temer à la tribune. (Michel Temer/Flickr/Ulyces)


 

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