Une opération méconnue et périlleuse dans les sous-sols de la Grande Mosquée

par Servan Le Janne | 6 mars 2017

La Kaaba

Le matin du mardi 20 novembre 1979 est l’aube d’un nouveau siècle pour les musul­­mans, le premier jour du mois de mouhar­­ram de l’an­­née 1400. La saison des pèle­­ri­­nages est termi­­née, mais ils sont des dizaines de milliers à attendre la première prière de ce jour mémo­­rable dans l’en­­ceinte de la Grande Mosquée de La Mecque, lieu saint de l’is­­lam situé en Arabie saou­­dite. Ils viennent du monde entier, parfois avec les cercueils de leurs dispa­­rus, dans l’es­­poir de les voir bénis par l’imam ; et certains ont passé la nuit blot­­tis sur des tapis à même le sol de cet édifice laby­­rin­­thique de la taille d’un stade. Le ciel a commencé à se tein­­ter de rose lorsque l’ap­­pel à la prière se fait enfin entendre.

L’imam Cheikh Moham­­med Ibn Soub­­bayil prend ensuite le micro­­phone et lit les béné­­dic­­tions. La foule rassem­­blée sur le marbre de la cour inté­­rieure de la Grande Mosquée se pros­­terne par vagues succes­­sives et concen­­triques dont la Kaaba est le cœur. Ce monu­­ment cubique or et noir symbo­­lise l’unité des fidèles, il est le sanc­­tuaire vers lequel convergent toutes les prières musul­­manes du monde, et d’où s’élève la voix de Cheikh Moham­­med Ibn Soub­­bayil. Elle s’est à peine tue que résonnent des coups de feu. Des nuées de pigeons s’en­­volent vers le ciel de plus en plus clair.


Stupé­­faits, les fidèles cherchent l’ori­­gine de ce vacarme sacri­­lège. Ils finissent par comprendre que des centaines d’in­­sur­­gés se dissi­­mu­­laient parmi eux et qu’ils sont lour­­de­­ment armés. Certains cercueils conte­­naient en effet des Kala­ch­­ni­­kov, des fusils semi-auto­­ma­­tiques belges, des cein­­tures de muni­­tions et des pisto­­lets. Les gardes de la Grande Mosquée, munis de simples bâtons, ne peuvent empê­­cher les insur­­gés de mettre des chaînes aux portes. Ils ne peuvent pas non plus les empê­­cher de s’ap­­pro­­cher de la Kaaba.

Un des insur­­gés bous­­cule l’imam et s’em­­pare du micro­­phone. Âgé d’une quaran­­taine d’an­­nées, il dégage quelque chose de sombre et de puis­­sant. Son regard noir est magné­­tique. Ses épais cheveux bouclés se mêlent à la barbe qui lui mange le visage. Contrai­­re­­ment aux autres insur­­gés, il est tête nue, et la robe tradi­­tion­­nelle saou­­dienne qu’il porte a été coupée à mi-mollet, en signe de rejet des posses­­sions maté­­rielles. Il aboie des ordres mili­­taires aux autres insur­­gés, qui installent des fusils mitrailleurs en haut des sept mina­­rets de la Grande Mosquée. S’y postent égale­­ment des snipers. Puis l’homme se lance dans une longue diatribe, relayée dans la ville par les haut-parleurs fixés aux mina­­rets.

C’est le début d’une crise inter­­­na­­tio­­nale qui va dura­­ble­­ment marquer les rela­­tions entre le monde musul­­man et le monde occi­­den­­tal. Pour le jour­­na­­liste améri­­cain Yaro­­slav Trofi­­mov, qui a raconté cette crise en détails dans un livre paru aux États-Unis en 2007, The Siege of Mecca, « il est doulou­­reu­­se­­ment clair que le compte à rebours jusqu’au 11 septembre, jusqu’aux atten­­tats de Londres et de Madrid, jusqu’à l’épou­­van­­table violence qui a ravagé l’Af­­gha­­nis­­tan et l’Irak, a commencé lors de ce matin chaud de novembre, à l’ombre de la Kaaba ». Dix ans après la sortie de ce livre, nous pour­­rions ajou­­ter à cette liste l’avè­­ne­­ment de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion terro­­riste Daech et les atten­­tats commis par ses membres.

La Kaaba en 1979

Le Mahdi

L’homme qui dirige la prise de la Grande Mosquée de la Mecque le mardi 20 novembre 1979 s’ap­­pelle Jouhay­­mane Al Otaibi. Comme la plupart des insur­­gés, il est saou­­dien. C’est même un ancien capo­­ral de la Garde natio­­nale, corps d’ar­­mée tribal de la famille royale saou­­dienne dirigé par le prince Abdal­­lah. Ce jour-là, il est flanqué de son beau-frère, Moham­­med Al Qahtani, qu’il présente aux fidèles terro­­ri­­sés comme le Mahdi. Annoncé dans le Hadith, recueil des paroles attri­­buées au prophète Moham­­med après sa mort, le Mahdi est le « sauveur » de tous les musul­­mans à la fin des temps. Cette figure messia­­nique se trouve surtout chez les chiites duodé­­ci­­mains, mais elle appa­­raît égale­­ment dans la tradi­­tion popu­­laire sunnite.

D’après certains récits, le Mahdi s’ap­­pel­­lera Moham­­med, il descen­­dra du prophète et il arri­­vera dans la violence à l’aube d’un nouveau siècle, ce qui corres­­pond à la mise en scène de Jouhay­­mane Al Otaibi à la Grande Mosquée de La Mecque, le premier jour du mois de mouhar­­ram de l’an­­née 1400. Le Mahdi fait égale­­ment partie de la propa­­gande de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion terro­­riste Daech, qui annonce aujourd’­­hui sa venue lors d’une apoca­­lypse mondiale. Or le mentor spiri­­tuel d’Abou Mous­­sab Al Zarqaoui, fonda­­teur d’Al Qaïda en Irak, et donc inspi­­ra­­teur de Daech, était un fervent admi­­ra­­teur de Jouhay­­mane Al Otai­­bi…

Jouhay­­mane Al Otaibi est pris

Mais la recon­­nais­­sance de son beau-frère en tant que « sauveur des musul­­mans » n’est pas sa seule ambi­­tion. Jouhay­­mane Al Otaibi veut renver­­ser la famille royale, qu’il accuse d’avoir trahi l’is­­lam. « En 1979, Khaled ben Abde­­la­­ziz Al Saoud est au pouvoir depuis quatre ans », rappelle le jour­­na­­liste Olivier Da Lage, auteur du livre Géopo­­li­­tique de l’Ara­­bie saou­­dite. « Comme c’est un roi peu enclin à régner, c’est le prince héri­­tier Fahd qui dirige le royaume, et il mène une poli­­tique de libé­­ra­­li­­sa­­tion et de moder­­ni­­sa­­tion du pays qui n’est pas du goût des fonda­­men­­ta­­listes. La famille royale n’a pour­­tant pas vu la menace se préci­­ser au sein du monde sunnite, elle était obnu­­bi­­lée par les boule­­ver­­se­­ments du monde chiite – la révo­­lu­­tion isla­­mique en Iran et l’avè­­ne­­ment de l’aya­­tol­­lah Khomeini on lieu la même année. »

La prise de la Grande Mosquée inter­­­vient alors que le prince Fahd se trouve à Tunis, et le prince Abdal­­lah au Maroc. En leur absence, ce sont d’autres frères du roi Khaled, Sultan, ministre de la Défense, et Nayef, ministre de l’In­­té­­rieur, qui coor­­donnent une première offen­­sive timide. Puis, les combats s’in­­ten­­si­­fient. En vain.

Pendant ce temps, le roi Khaled a réuni les oulé­­mas. Il a besoin que ces chefs reli­­gieux légi­­ti­­ment l’at­­taque du lieu sacré par l’ar­­mée saou­­dienne par une fatwa, acte juri­­dique musul­­man. « Les oulé­­mas sont très conser­­va­­teurs, mais ils dépendent des subsides de la famille Al Saoud », analyse Olivier Da Lage. « Ils ont donc fini par auto­­ri­­ser une attaque en s’ap­­puyant sur un verset du Coran. Il y a tout de même lieu de penser que le roi a dû supplier les oulé­­mas pour obte­­nir cet accord, en tout cas négo­­cier. En échange de leur béné­­dic­­tion, les reli­­gieux ont reçu la promesse d’un durcis­­se­­ment des règles de bonne conduite dans le royaume. On assiste en effet à une forte isla­­mi­­sa­­tion de la société saou­­dienne à l’is­­sue de la crise. » Une fois munie de la fatwa, la famille royale est prête à prendre le risque d’en­­dom­­ma­­ger la Grande Mosquée.

Dans les sous-sols

Quand la bataille de la Grande Mosquée débute, les insur­­gés ont laissé partir la plupart des fidèles mais il reste de nombreux otages à l’in­­té­­rieur. Le vendredi 23 novembre 1979, l’of­­fen­­sive de l’Ar­­mée saou­­dienne, de la Garde natio­­nale et des forces spéciales du minis­­tère de l’In­­té­­rieur est renfor­­cée par des missiles anti­­chars améri­­cains TOW pour délo­­ger les snipers des mina­­rets. À terre, ce sont des véhi­­cules blin­­dés M-113 qui doivent permettre la reconquête du lieu saint. Le samedi, la plupart des rebelles se sont repliés dans les sous-sols. Le dimanche, il ne reste plus qu’un petit groupe de fana­­tiques dans les corri­­dors. Dont le prétendu Mahdi.

Moham­­med Al Qahtani s’élance vers les grenades à chaque fois qu’il les entend atter­­rir sur le marbre, les saisit et les renvoie vers les assaillants avant qu’elles n’ex­­plosent. Mais il ne sera pas toujours assez rapide, et ses compa­­gnons, repoussé par des flammes, sont obli­­gés de l’aban­­don­­ner alors qu’il agonise. La bataille se pour­­suit alors dans les sous-sols.

Les forces saou­­diennes dans les sous-sols de la Grande Mosquée

L’Ara­­bie saou­­dite demande de l’aide à la France. Le prince Turki contacte le direc­­teur du contre-espion­­nage français, Alexandre de Marenches. Le président de la Répu­­blique Valéry Giscard d’Es­­taing répond à la requête du prince de manière favo­­rable et formelle en s’adres­­sant direc­­te­­ment au roi, mais le plus discrè­­te­­ment possible. Après discus­­sion, il s’avère que le Groupe d’in­­ter­­ven­­tion de la Gendar­­me­­rie natio­­nale (GIGN) est tout indiqué pour cette mission et trois de ses membres sont dépê­­chés sur place. Paul Barril, Chris­­tian Lambert et Ignace Wode­­cki arrivent à Riyad le jeudi 29 novembre 1979.

Tenue secrète à l’époque, cette opéra­­tion diri­­gée par Chris­­tian Prou­­teau depuis Paris a ensuite suscité de nombreuses inter­­­ro­­ga­­tions. Il a notam­­ment été dit que, seuls des musul­­mans pouvant fouler le sol de la ville sacrée, les Français avaient dû se conver­­tir à l’is­­lam pour mener à bien leur mission. D’après plusieurs membres du GIGN, ils seraient en fait restés à l’ex­­té­­rieur de La Mecque.  « Les trois gendarmes sur qui repose le destin du monde sont logés à l’hô­­tel Inter­­con­­ti­­nen­­tal de Taïf, une ville située à une soixan­­taine de kilo­­mètres de La Mecque », écrit Roland Môntins dans son livre GIGN : 40 ans d’ac­­tions extra­­or­­di­­naires. « Ils rencontrent une tren­­taine d’of­­fi­­ciers saou­­diens débous­­so­­lés qui ne savent comment reconqué­­rir les lieux saints, atten­­dant que [Paul Barril] leur apporte la lumière. Celle qui permet­­tra de laver l’hu­­mi­­lia­­tion que leur gouver­­ne­­ment est en train de vivre. Barril et ses hommes les réunissent dans une salle de la caserne locale où ils mettent au point une stra­­té­­gie. »

Paul Barril et Chris­­tian Prou­­teau
Crédits : GIGN

Cette stra­­té­­gie consiste à forer les dalles de la Grande Mosquée et à injec­­ter du gaz inca­­pa­­ci­­tant (CB) dans les sous-sols tandis que les soldats, épau­­lés par des tireurs d’élite et proté­­gés par des masques, les inves­­tissent après avoir ouvert les portes à l’ex­­plo­­sif. Mais le maté­­riel apporté par le commando du GIGN semble insuf­­fi­­sant. D’après Roland Montins, sept tonnes supplé­­men­­taires sont envoyées en Arabie Saou­­dite. Ainsi que des bouteilles de vin à l’in­­ten­­tion des Français. Le dernier assaut peut être lancé.

Le mardi 4 décembre 1979, à l’aube, l’or­­gane de presse offi­­cielle de l’Ara­­bie saou­­dite annonce la victoire du gouver­­ne­­ment sur les insur­­gés : « Avec l’aide de Dieu, la purge de tous les membres du groupe corrompu de rené­­gats des sous-sols de la Grande Mosquée a été ache­­vée à 1h30 ce matin. » En réalité, Jouhay­­mane Al Otaibi sera capturé quelques heures après ce commu­­niqué, mais l’opé­­ra­­tion pensée par les membres du GIGN se solde en effet par une victoire des troupes royales.

Ces derniers n’au­­raient pas été tenus infor­­més de son déroulé, mais la stra­­té­­gie elle-même leur sera repro­­chée plus tard, dans la mesure où les gaz ne font pas de distinc­­tion entre otages et preneurs d’otage. Les deux semaines de combats ont fait plusieurs centaines de morts. Cepen­­dant, le bain de sang n’est pas terminé.

Le châti­­ment

Le 9 janvier 1980, Jouhay­­mane Al Otaibi et soixante-deux autres insur­­gés sont simul­­ta­­né­­ment déca­­pi­­tés en public dans huit villes d’Ara­­bie Saou­­dite – La Mecque, Médine, Riyad, Dammam, Burai­­dah, Haïl, Abha et Tobuk. Parmi les hommes ainsi exécu­­tés figurent des Saou­­diens, des Égyp­­tiens, des Yémé­­nites, des Koweï­­tiens, des Irakiens et des Souda­­nais. Dans son livre The Siege of Mecca, le jour­­na­­liste Yaro­­slav Trofi­­mov rapporte que les combat­­tants adultes qui n’ont pas été tués ce jour-là ont été tués en secret dans les mois suivants, tandis que les mineurs ont croupi en prison pendant des années. Il affirme égale­­ment que les complices de Jouhay­­mane Al Otaibi qui ont survécu aux geôles saou­­diennes ont pour beau­­coup rejoint les rangs d’Al-Qaïda en Afgha­­nis­­tan à la fin des années 1980. 

Les insur­­gés captu­­rés

En revanche, Yaro­­slav Trofi­­mov n’est jamais parvenu à décou­­vrir ce qu’il était advenu des deux citoyens améri­­cains ayant parti­­cipé à l’in­­sur­­rec­­tion de la Grande Mosquée à La Mecque. Il ne sait pas non plus quel rôle exact a joué la CIA dans le règle­­ment de la crise. « Le degré d’im­­pli­­ca­­tion des Améri­­cains des deux côtés de la bataille reste un mystère », dit-il aujourd’­­hui.

Or les États-Unis ont été accu­­sés, à tord, d’être respon­­sable de l’at­­taque de la Grande Mosquée, qui a profon­­dé­­ment boule­­versé les musul­­mans à travers le monde. Ces accu­­sa­­tions ont été à l’ori­­gine de mani­­fes­­ta­­tions aux Philip­­pines, en Turquie, au Bangla­­desh, en Arabie Saou­­dite et aux Émirats arabes unis. L’am­­bas­­sade des États-Unis à Isla­­ma­­bad, au Pakis­­tan, a été assaillie et brûlée. Une semaine tard, l’am­­bas­­sade des États-Unis à Tripoli, en Libye, a subi le même sort. De telles rumeurs étaient d’au­­tant plus faciles à propa­­ger que le premier réflexe de la famille Al Saoud avait été de couper les réseaux de télé­­com­­mu­­ni­­ca­­tions entre le royaume et l’ex­­té­­rieur. L’in­­for­­ma­­tion a ensuite été distil­­lée au compte-gouttes.

« En 1979, avant les télé­­phones portables, Inter­­net et la télé­­vi­­sion satel­­lite, il était possible de cacher un événe­­ment pareil au reste du monde », rappelle Yaro­­slav Trofi­­mov. « C’était une histoire gênante pour le gouver­­ne­­ment saou­­dien, et pendant long­­temps elle est restée taboue dans le royaume, personne ne la mention­­nait. » Non seule­­ment cette « histoire gênante » a révélé la vulné­­ra­­bi­­lité du gouver­­ne­­ment saou­­dien à ses alliés occi­­den­­taux, mais en plus elle a révolté nombre de ses sujets, dont le désor­­mais tris­­te­­ment célèbre Oussama Ben Laden, qui a défi­­ni­­ti­­ve­­ment rompu avec la famille royale en 1991.

Dans un enre­­gis­­tre­­ment audio diffusé en 2004 par des sites djiha­­distes, le fonda­­teur d’Al-Qaïda reproche clai­­re­­ment sa riposte au prince Fahd : « Il s’est montré entêté, il a agi contre les conseils de tout le monde et envoyé des véhi­­cules blin­­dés dans la mosquée. Je me souviens encore de la trace des chenilles sur le carre­­lage de la mosquée. Les gens se souviennent que les mina­­rets de la mosquée dispa­­rais­­saient dans la fumée noire à cause du pilon­­nage des tanks. »

Mais aux yeux de Yaro­­slav Trofi­­mov, « l’ar­­ro­­gance » et « l’in­­com­­pé­­tence » du régime saou­­dien ne sont pas seuls respon­­sables de la propa­­ga­­tion de l’idéo­­lo­­gie de Jouhay­­mane Al Otaibi : « C’est préci­­sé­­ment cette idéo­­lo­­gie que les déci­­deurs améri­­cains […] ont esti­­mée très utile sur les fronts de la guerre froide », écrit-il en faisant réfé­­rence à l’aide que les États-Unis ont apporté aux moudja­­hi­­din afghans face à l’Ar­­mée sovié­­tique dans les années 1980. « Au lieu d’être suppri­­mée, la version brutale de l’is­­lam de Jouhay­­mane a été encou­­ra­­gée et soute­­nue alors qu’elle méta­s­ta­­sait dans le monde entier. » Une idéo­­lo­­gie combat­­tue en ce moment même, à Mossoul, par les forces kurdes et irakiennes.


Couver­­ture : Opéra­­tion dans les sous-sols de la Grande Mosquée.


 

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