par Shaul Adar | 28 septembre 2016

Le poste-fron­­tière

À 6 h 30 ce matin-là, le poste-fron­­tière d’Eyal est un tableau de la misère humaine. « Poste-fron­­tière » est la termi­­no­­lo­­gie offi­­cielle, mais personne ne l’uti­­lise. Les Israé­­liens comme les Pales­­ti­­niens l’ap­­pellent Makh­­som – la barrière, le barrage –, ce qui en dit long sur la diffi­­culté qu’il y a à se dépla­­cer entre Israël et la Cisjor­­da­­nie. Des milliers de travailleurs pales­­ti­­niens – des hommes pour la plupart – ont subi un contrôle de sécu­­rité rigou­­reux avant de fran­­chir les grilles d’acier. Ils attendent à présent qu’un bus, un pickup ou un employeur passe les prendre pour les emme­­ner travailler sur le terri­­toire israé­­lien. L’étroite route qui mène du poste-fron­­tière à l’au­­to­­route qui traverse Israël est bondée. La police israé­­lienne et les gardes-fron­­tières observent la scène à distance, tandis que les auto­­mo­­bi­­listes bafouent toutes les règles du code de la route. Quand il y a autant de monde, l’at­­tente peut durer des heures. Il faut faire face à la tyran­­nie mesquine des gardes des deux côtés, sans aucune garan­­tie de passer.

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Un poste-fron­­tière israé­­lien
Crédits : DR

Derrière les bus alignés, un poli­­cier des Forces de sécu­­rité pales­­ti­­niennes attend avec sa fille Leila, trois ans, dont la tension arté­­rielle est trop élevée. Ils sont en route pour l’hô­­pi­­tal Tel HaSho­­mer, près de Tel Aviv, où la petite fille doit rece­­voir un trai­­te­­ment. Au milieu de ce caphar­­naüm de moteurs, de klaxons et de désordre géné­­ra­­lisé, le père et la fille assis sur une pierre sont proba­­ble­­ment les personnes les plus calmes des envi­­rons. Peut-être parce qu’ils savent que quelqu’un va venir les cher­­cher. Ce quelqu’un est mon frère, Amid Adar, un ingé­­nieur infor­­ma­­tique israé­­lien de 60 ans qui travaille égale­­ment comme béné­­vole au sein de l’as­­so­­cia­­tion Road to Reco­­very. Ces citoyens israé­­liens se portent volon­­taires pour conduire les Pales­­ti­­niens malades dans les hôpi­­taux du pays, et faire la navette depuis la fron­­tière avec la Cisjor­­da­­nie et la bande de Gaza. Israël occupe la Cisjor­­da­­nie et Gaza depuis la guerre des Six Jours de 1967. Bien qu’il y ait des hôpi­­taux en Cisjor­­da­­nie et à Gaza, ils ne sont pas aussi bien équi­­pés que ceux d’Is­­raël. Beau­­coup de gens atteints du cancer, qui ont besoin d’une greffe ou néces­­sitent une dialyse, doivent se rendre en Israël pour rece­­voir ces trai­­te­­ments vitaux. Le système de santé israé­­lien n’étant pas respon­­sable des Pales­­ti­­niens, l’Au­­to­­rité pales­­ti­­nienne paye le prix fort pour le moindre trai­­te­­ment prodi­­gué à ses citoyens (ainsi que ceux de Gaza), ce qui confère un statut parti­­cu­­lier aux patients pales­­ti­­niens. Le problème est avant tout de les faire entrer en Israël ; puis à l’hô­­pi­­tal. La Cisjor­­da­­nie et Gaza sont clôtu­­rés et les Pales­­ti­­niens doivent dispo­­ser d’une permis­­sion pour entrer en Israël. Le gouver­­ne­­ment israé­­lien coopère avec l’Au­­to­­rité pales­­ti­­nienne, respon­­sable des affaires civiles en Cisjor­­da­­nie, mais le Hamas, qui contrôle Gaza, jure de détruire Israël.


Depuis l’échec des accords d’Oslo et du traité de paix des années 2000, le court trajet entre Gaza et l’hô­­pi­­tal israé­­lien le plus proche est une aven­­ture hercu­­léenne. Les Pales­­ti­­niens malades doivent d’abord voir un méde­­cin local, qui leur recom­­man­­dera un spécia­­liste, seul habi­­lité à requé­­rir un trai­­te­­ment en Israël. Là-bas, le Bureau de la Santé de l’Au­­to­­rité Pales­­ti­­nienne devra l’au­­to­­ri­­ser, obte­­nir un permis auprès d’un agent de coor­­di­­na­­tion israé­­lien, trou­­ver le bon hôpi­­tal et renvoyer une attes­­ta­­tion enga­­geant l’Au­­to­­rité pales­­ti­­nienne à payer la facture. Rien que ce proces­­sus peut prendre plusieurs semaines, parfois des mois.

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Un jeune patient accom­­pa­­gné de sa mère
Crédits : RtR/Face­­book

Les rela­­tions entre Israël et les Pales­­ti­­niens étant au nadir, chaque cas est examiné scru­­pu­­leu­­se­­ment par les deux côtés. Pour obte­­nir le permis d’en­­trer sur le sol israé­­lien, il peut être demandé aux Pales­­ti­­niens de travailler pour le Shabak, ou Shin Bet, le Service de sécu­­rité inté­­rieure israé­­lien. Cela fait de tous les patients accueillis en Israël des traîtres poten­­tiels aux yeux des Pales­­ti­­niens, tandis que les Israé­­liens redoutent de leur côté une faille de sécu­­rité. Le patient ne peut être accom­­pa­­gné que d’une personne et cette personne doit être auto­­ri­­sée par les services de sécu­­rité. Nombre d’entre eux, prin­­ci­­pa­­le­­ment de jeunes hommes, se voient refu­­ser l’en­­trée : il incombe donc souvent aux grands-parents d’ac­­com­­pa­­gner leurs petits enfants.

Chaque voyage est un parcours du combat­­tant semé d’em­­bûches bureau­­cra­­tiques et de contrôles aux postes-fron­­tières, où plane constam­­ment la peur de se trou­­ver au mauvais endroit au mauvais moment. Les patients pales­­ti­­niens se rendent aux postes-fron­­tières depuis la Cisjor­­da­­nie ou Gaza, passent les diffé­­rents contrôles et s’em­­barquent pour un trajet plus long, plus coûteux et plus inti­­mi­­dant encore en terri­­toire israé­­lien. Ces temps-ci, les Pales­­ti­­niens ne sont pas en sécu­­rité en Israël. C’est la raison pour laquelle mon frère est là aujourd’­­hui. Les béné­­voles comme lui conduisent les Pales­­ti­­niens malades des postes-fron­­tières jusqu’aux  hôpi­­taux israé­­liens, puis les ramènent à la fron­­tière. Sans eux, les patients comme Leila n’au­­raient d’autre option que de prendre un taxi – un moyen de trans­­port trop cher pour la plupart des Pales­­ti­­niens. Les 500 béné­­voles de Road to Reco­­very leur offrent un trajet gratuit et la compa­­gnie d’un Israé­­lien pour apai­­ser leur angoisse. Durant l’heure de pointe du matin, le trajet de 30 km prend trois heures. Nous passons à travers certains des quar­­tiers les plus opulents d’Is­­raël, un monde dras­­tique­­ment éloi­­gné des condi­­tions de vie qui règnent en Cisjor­­da­­nie. Hormis les bouchons, aucun problème n’est à déplo­­rer. « Shukran », dit le père d’une voix chaleu­­reuse (merci en arabe). « Il n’y a pas de quoi », répond Amid dans sa langue. « C’est mon devoir. Et c’est aussi l’oc­­ca­­sion de pratiquer mon arabe ! »

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Yuval Roth, au fond, conduits des patients pales­­ti­­niens
Crédits : jpost

Junky

Il est 5 h 30, à Haïfa. Le lende­­main à l’aube, je suis au centre médi­­cal Rambam de Haïfa, sur la côte nord d’Is­­raël. Dans le four­­gon Citroën blanc et cabossé – surnommé Junky – se trouvent deux jeunes filles de Gaza, accom­­pa­­gnées d’une mère et d’un père. Yuval Roth est assis au volant ; il est le fonda­­teur et le moteur de Road to Reco­­very. Cet Israé­­lien de 60 ans aux cheveux blancs fabrique des échasses pour des artistes, même si la retraite approche. C’est un ancien jongleur qui a formé des géné­­ra­­tions de jongleurs israé­­liens, et fils d’un rescapé de l’Ho­­lo­­causte. En 1993, il a perdu son frère Udi, qui a été kidnappé et tué par une unité du Hamas alors qu’il rentrait chez lui après son service de réser­­viste à Gaza. Après ça, Roth a rejoint le Parents Circle-Fami­­lies Forum, une orga­­ni­­sa­­tion formée par des familles israé­­liennes et pales­­ti­­niennes en deuil. Ils se retrouvent pour parta­­ger leur douleur et discu­­ter de façons d’ar­­ran­­ger les choses.

En 2006, Muham­­mad Kabah, membre de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, lui a demandé s’il pouvait conduire son frère en Israël pour qu’il y reçoive un trai­­te­­ment contre le cancer. « Pour moi, c’était comme d’ai­­der un voisin », dit Roth alors que nous embarquons pour un trajet de 160 km vers le sud, jusqu’au poste-fron­­tière d’Erez, aux portes de Gaza. « Je suis de Pardes Hanna-Karkur et il est d’un village près de Jénine. Il y a une fron­­tière entre nous mais on est quand même voisins. Ça a commencé comme ça et puis d’autres m’ont demandé, j’ai donc quêté de l’aide auprès de ma famille et de mes amis. » Roth a commencé à faire la navette régu­­liè­­re­­ment pour des Pales­­ti­­niens malades, et d’autres se sont joints à sa cause. Le bouche-à-oreille a fonc­­tionné et six ans plus tard, Roth a reçu un don de 10 000 dollars de la part du chan­­teur améri­­cain Leonard Cohen. Road to Reco­­very était né.

Roth recon­­duit les enfants au poste-fron­­tière afin qu’ils puissent rentrer chez eux à Gaza.

« Son geste de géné­­ro­­sité m’a poussé à créer la fonda­­tion et nous a permis d’aug­­men­­ter le nombre de béné­­voles », dit-il. La couver­­ture média­­tique dont il a béné­­fi­­cié a permis à d’autres Israé­­liens parta­­geant son état d’es­­prit de décou­­vrir l’as­­so­­cia­­tion. En 2015, il ont réalisé plus de 8 000 trajets, couvrant plus de 550 000 km au total avec un budget de 570 000 shekels (envi­­ron 135 000 euros). Le budget prévi­­sion­­nel pour 2016 double cette somme avec 1,17 millions de shekels, grâce à des dons venus d’Is­­raël et de l’étran­­ger. Pour ces volon­­taires, le plus grand sacri­­fice n’est pas le manque de sommeil, la lenteur d’es­­car­­got des trajets ou l’at­­tente inter­­­mi­­nable : c’est de ne plus avoir la possi­­bi­­lité de fermer les yeux sur la souf­­france. Tandis que de nombreux Israé­­liens ne veulent rien savoir des épreuves qu’en­­durent les Pales­­ti­­niens – sans parler des Pales­­ti­­niens malades –, les béné­­voles de Road to Reco­­very sont confron­­tés à la douleur et la misère des personnes les plus vulné­­rables du conflit. « Je le fais pour de nombreuses raisons », dit Adar. « D’abord, pour aider les gens qui en ont le plus besoin. Ce n’est pas une diffi­­cile pour moi, ça ne me coûte pas grand-chose. Ensuite, c’est un acte poli­­tique. Je veux donner l’exemple à mes enfants. Je vis ici et j’au­­rai beau fermer les yeux, le problème ne dispa­­raî­­tra pas. Pour qu’on ait une chance de parve­­nir à un accord de paix dans le futur, il faut qu’on améliore dès aujourd’­­hui notre quoti­­dien. C’est mon devoir de ne pas rester assis les bras croi­­sés. »

Ce sont les derniers jours du prin­­temps en Israël. Les jaca­­ran­­das sont parés de fleurs pourpres, de grandes volées de cigognes et de péli­­cans s’en retournent en Europe, et les collines sont encore vertes. L’été brûlant se char­­gera de les peindre d’un jaune dessé­­ché. Mais un nuage plane sur ce  beau paysage. Les rela­­tions entre Israé­­liens et Pales­­ti­­niens n’ont pas cessé de se dété­­rio­­rer depuis la rupture des accords d’Oslo, et la situa­­tion est pire qu’elle n’a jamais été. La plupart des jeunes Israé­­liens et Pales­­ti­­niens n’ont aucune oppor­­tu­­nité de se côtoyer – la peur et la haine sont les senti­­ments domi­­nants. Ces temps-ci, l’at­­mo­­sphère est empoi­­son­­née. En avril 2016, Beza­­lel Smotrich, un membre du parti de droite siégeant au parle­­ment israé­­lien, a déclaré sur Twit­­ter qu’il ne voulait pas que son nouveau-né soit confié aux mains de person­­nel arabe dans un hôpi­­tal israé­­lien. Sa remarque a scan­­da­­lisé de nombreux citoyens. Israël a beau être une société divi­­sée, le fait qu’un membre actif du parle­­ment puisse dire une telle chose a beau­­coup choqué. Le système de santé israé­­lien est supposé être le produit de la méri­­to­­cra­­tie, et il compte de nombreux docteurs et infir­­miers arabo-israé­­liens, hommes et femmes. Les juifs, les musul­­mans et les autres mino­­ri­­tés y sont soignés sans discri­­mi­­na­­tion.

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Yuval Roth au volant
Crédits : CSMo­­ni­­tor

« L’in­­dif­­fé­­rence me rend malade », soupire Arnon Rotbart. Cet avocat de Tel Aviv âgé de 51 ans fait partie des béné­­voles de Road to Reco­­very. Il aime­­rait que ses conci­­toyens prennent davan­­tage conscience des condi­­tions de vie des Pales­­ti­­niens. « Ces gens ont besoin d’aide », me confie-t-il dans son bureau. « Ils sont sensibles à la bonne volonté des Israé­­liens qui leur témoignent de la compas­­sion et de l’em­­pa­­thie, c’est quelque chose qu’ils emportent avec eux. La haine, l’agres­­si­­vité, l’in­­dif­­fé­­rence suprême dont font preuve trop de gens me révoltent. Et ce membre du Knes­­set qui a déclaré qu’il ne voulait pas que sa femme se trouve près d’un bébé arabe dans une mater­­nité, car dans 20 ans il pour­­rait vouloir tuer son fils… Ce n’est pas en disant des choses pareilles qu’on leur donnera des raisons d’être nos amis. »

J’ai égale­­ment rencon­­tré la coor­­di­­na­­trice de Road to Reco­­very auprès du Hamas, qui n’a pas souhaité être nommée dans l’ar­­ticle. La jour­­née, elle travaille à l’usine, mais elle accorde son temps libre à Road to Reco­­very car pour elle, tous les enfants méritent d’être soignés et ne devraient pas payer le prix du conflit. « Pour moi, Israël est respon­­sable de la situa­­tion dans la bande de Gaza, de l’état des hôpi­­taux et du manque d’équi­­pe­­ment médi­­cal. Je ne peux pas l’igno­­rer », dit-elle. Je réflé­­chis à tout cela à l’ar­­rière de la voiture de Roth, alors que je parle avec Maisa, la mère de Lian, une petite fille de trois ans. Elles vivent à Rafah, dans le sud de Gaza. La petite souffre d’une mala­­die du foie pour laquelle elle a subi une greffe du foie et du rein. « J’ai passé des tests à Rambam et j’étais compa­­tible pour donner un lobe du foie. Je n’ai pas hésité une seconde », dit Maisa dans un hébreu parfait. « D’abord, elle a reçu la greffe du foie, ensuite celle du rein. Dieu merci, elle va bien. Moi aussi, Dieu soit loué, je vais bien. On s’y rend tous les un ou deux mois pour un check-up ou en cas d’ur­­gence. » Roth recon­­duit les enfants au poste-fron­­tière d’Eyal afin qu’ils puissent rentrer chez eux à Gaza. C’est rela­­ti­­ve­­ment loin de Haïfa ou de la Cisjor­­da­­nie : un taxi aurait coûté aux familles envi­­ron 500 shekels. Un trajet de Haïfa à la fron­­tière de Gaza peut durer six heures, contrôles inclus, mais Maisa raconte que la situa­­tion s’amé­­liore depuis peu. « Nous n’avons passé qu’un seul contrôle de sécu­­rité. Le person­­nel de Rambam est adorable avec nous. Pour moi, c’est une deuxième maison. Nous avons vécu là-bas durant trois ans, je les consi­­dère comme ma famille à présent. Ils aident de tout cœur les enfants comme les parents. Ils se lèvent aux aurores et font du bien aux gens, aux enfants malades. Je n’avais jamais rien vu de tel. » Sur le trajet de Rambam, les deux télé­­phones de Roth n’ar­­rêtent pas de sonner. Le garage appelle pour une répa­­ra­­tion sur son autre voiture, Muham­­mad Kabah cherche du travail, et on le solli­­cite sans arrêt à propos d’un festi­­val de jonglage qu’il orga­­nise la semaine suivante, pour les vacances de Pessa’h (Pâques).

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La ville de Haïfa, dans le nord d’Is­­raël
Crédits : DR

« J’étais un jongleur médiocre mais je suis fier de pouvoir dire que j’ai formé des jongleurs israé­­liens extra­­or­­di­­naires », dit Roth. « C’est à la portée de tout le monde et beau­­coup de mes élèves sont deve­­nus des artistes de classe inter­­­na­­tio­­nale. La clé, c’est de jeter l’objet correc­­te­­ment, au bon endroit. Évidem­­ment, la gravité le fait redes­­cendre, mais bien plus tard qu’on ne le pense. Si vous le jetez bien vous avez le temps, il ne faut pas paniquer ! Une fois qu’on a compris ça il n’y a pas de raison de stres­­ser et on peut jongler tranquille­­ment. » Je lui demande avec combien de personnes il jongle dans l’équipe de Road to Reco­­very. « Aujourd’­­hui, envi­­ron sept », dit-il. « C’est gérable. » L’autre petite fille à bord est Afnan, une gamine charis­­ma­­tique de neuf ans venue de Gaza. Elle est proba­­ble­­ment la patiente la plus connue de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, depuis un repor­­tage TV israé­­lien tourné il y a deux ans sur l’opéra­­tion Rempart. Afnan, qui était chauve à l’époque à cause de son trai­­te­­ment contre le cancer, rentrait chez elle de Haïfa avec son père quand les routes et le poste-fron­­tière ont été fermés après un tir de missile du Hamas. Rester à Haïfa était la déci­­sion la plus sûre, mais Afnan avait le mal du pays – elle n’avait pas vu sa mère et ses frères depuis neuf mois. Faire demi-tour lui a brisé le cœur et elle a pleuré à chaudes larmes. Roth, qui condui­­sait aussi cette nuit-là, a fait un détour par le kibboutz Hatze­­rim près de Beer-Sheva, à 200 km au sud de Haïfa, où il a grandi. Les avions de chasse de l’ar­­mée de l’air israé­­lienne décol­­laient de la base voisine pour aller bombar­­der Gaza, et Beer-Sheva était la cible des roquettes du Hamas. Afnan a fait connais­­sance avec des enfants israé­­liens de son âge dans un abri anti-bombe. C’était irréel. « Ils diffusent ce repor­­tage dans les univer­­si­­tés à présent, dans les cours sur la réso­­lu­­tion du conflit », dit Roth. « Après quelques ques­­tions à propos de la guerre, les enfants se sont mis à jouer avec elle norma­­le­­ment. Les enfants sont purs, ils ne sont pas encore corrom­­pus par la haine et nous avons besoin d’ap­­prendre d’eux. » Quelques heures plus tard, le poste-fron­­tière s’ouvre et Roth recon­­duit Afnan et son père jusque chez eux, à deux pas d’une zone de guerre.

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Le kibboutz Hatze­­rim
Crédits : DR

Le moshav

8 h du matin, près de Jayyous. À mi-chemin du poste-fron­­tière d’Erez, sur l’au­­to­­route qui contourne la métro­­pole de Tel Aviv, on voit s’étendre les collines couvertes d’oli­­viers de Sama­­rie sur un côté et les faubourgs de Tel Aviv de l’autre, bordés par la barrière – par endroits une clôture, d’autre fois un mur épais – qui sépare Israël de la Cisjor­­da­­nie. Je regarde vers l’est au-delà des fenêtres où se trouve, à quelques kilo­­mètres de là, le village de Jayyous. Il y a deux jours, j’y ai rencon­­tré Naim El Beida, le coor­­di­­na­­teur pales­­ti­­nien de Road to Reco­­very pour la Cisjor­­da­­nie. Avec Roth, ils forment un duo indis­­pen­­sable à l’opé­­ra­­tion. El Beida travaille comme chef de chan­­tier en Israël – « J’ai aidé à construire le pays », dit-il avec fierté. Il est toujours muni de son télé­­phone et d’un gros carnet noir, plani­­fiant les trajets vers les hôpi­­taux et s’as­­su­­rant qu’il n’y a aucun problème de dernière minute. El Beida, qui milite pour la paix, a rencon­­tré Roth alors qu’un de ses proches cher­­chait un moyen de trans­­port pour son fils malade. Le père savait qu’El Beida avait de bonnes rela­­tions en Israël et un ami commun lui a parlé de Roth. « J’ai tout de suite aimé l’ac­­ti­­vité », dit-il. « Je crois que c’est une excel­­lente voie pour la coexis­­tence, sans violence et sans guerre. Nous ne pouvons pas être sépa­­rés, donc nous devons vivre ensemble. » « Un patient en a entraîné d’autres et aujourd’­­hui, je n’ai plus une minute pour moi. Mon numéro est conta­­gieux, il se trans­­met d’une personne malade à une autre. Ma femme m’a dit : “C’est les télé­­phones ou moi”, mais j’ai telle­­ment foi en mon travail et ce qu’il apporte aux autres que je lui ai dit que ce serait les télé­­phones ! »

Aujourd’­­hui, le numéro d’El Beida est dispo­­nible dans tous les hôpi­­taux pales­­ti­­niens et tous les secré­­taires médi­­caux le connaissent. Il fait partie des premières personnes qu’un Pales­­ti­­nien grave­­ment malade appel­­le­­rait après avoir reçu de mauvaises nouvelles. Il leur apporte son aide de bien des façons : il sert d’in­­ter­­prète, de fixeur et il balaye tous les petits obstacles qui se dressent entre le patient et son trai­­te­­ment. Il voit les familles avant le premier voyage et au retour. La diffé­­rence est énorme.

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Naim El Beida raconte son histoire
Crédits : RtR/Face­­book

« Je sais que tout le monde a peur la première fois. Ils n’ont jamais vu une chose pareille et se méfient. Il faut se mettre à leur place : si la semaine dernière des soldats sont venus chez vous pour sacca­­ger votre maison à sac et que le lende­­main je vous dis qu’un juif va venir vous cher­­cher au poste-fron­­tière pour vous emme­­ner à l’hô­­pi­­tal, vous serez certai­­ne­­ment confus. Certaines personnes n’avaient jamais rencon­­tré d’Is­­raé­­liens bien­­veillants comme le sont les membres du groupe. Certains n’ont eu affaire qu’à des soldats et au Shabak – des Israé­­liens menaçants. Je me rappelle d’une mère qui n’en reve­­nait pas de son premier trajet. Elle m’a dit : “Ce sont vrai­­ment des juifs ? Le chauf­­feur parlait arabe et il a acheté des bonbons à mon enfant.” » « Je lui ai répondu que les juifs étaient tous diffé­­rents, qu’il y en avait des bons comme des mauvais, et que c’était la situa­­tion qui les rendaient comme ça. Si on s’était rencon­­trés dans un autre contexte, nous serions deve­­nus amis. » « Je me lève à 3 h du matin pour aller travailler », nous dit-il, à moi et quatre autres Israé­­liens venus lui rendre visite ce matin-là. « Je ne rentre que le soir et je commence à orga­­ni­­ser les trajets avant de m’ef­­fon­­drer dans mon lit. Cela affecte ma vie de famille, les enfants et ma santé, mais c’est ma voca­­tion. Je veux semer les graines du respect entre les gens et venir en aide à ceux qui en ont besoin. »

~

Il est à présent 10 h du matin, au moshav de Ma’a­­ga­­lim. Alors que nos voitures filent vers le sud, nous attei­­gnons l’orée brun pâle du désert du Néguev et mettons le cap vers l’ouest, en direc­­tion de la Médi­­ter­­ra­­née. Après un hiver pluvieux, le paysage entre­­choque le sol rouge et le vert sombre de la végé­­ta­­tion. Les Israé­­liens qui vivent ici sont à portée des missiles du Hamas et ont connu des cycles inin­­ter­­rom­­pus de violence.

Nous aper­­ce­­vons les clôtures qui entourent Gaza, ainsi que le grand mur.

Le moshav Ma’a­­ga­­lim est une petite coopé­­ra­­tive de reli­­gieux juifs. Lorsque Roth y fait halte pour livrer un client, tout le monde en profite pour se dégour­­dir les jambes. La tension est palpable. Personne ne dit mot, mais des regards lourds sont échan­­gés et lorsque nous attei­­gnons le poste-fron­­tière d’Erez, moins d’une demi-heure plus tard, tout le monde est soulagé. Road to Reco­­very a des soutiens, mais il est fréquent d’en­­tendre répé­­ter le proverbe hébreu : « Les pauvres de ta ville passent en premier. » En d’autres termes, pourquoi aidez-vous des étran­­gers (que certains consi­­dèrent comme leurs enne­­mis) ? Il se trouve que Roth aide aussi les Israé­­liens dému­­nis, dans son travail hors de Road to Reco­­very. Mais ce proverbe suit les béné­­voles de l’as­­so­­cia­­tion où qu’ils aillent. « Mes amis me soutiennent énor­­mé­­ment, mais j’en­­tends cette phrase tout le temps », dit Amir Adar. « Je préfère presque le racisme franc du collier plutôt que ça. Je serais curieux de savoir combien d’entre eux aident vrai­­ment les pauvres. » Road to Reco­­very est poli­­tique­­ment neutre, mais la grande majo­­rité de ses membres font partie de la classe moyenne ashké­­naze de gauche. Certains d’entre eux étaient aupa­­ra­­vant haut-placés dans l’Ar­­mée de défense d’Is­­raël, d’autres des soldats ordi­­naires ayant servi à Gaza 30 ans plus tôt, où ils prenaient en chasse les lanceurs de pierre qu’ils trans­­portent aujourd’­­hui dans leurs voitures. Il y a un petit nombre d’Arabo-Israé­­liens parmi eux, mais une nouvelle émis­­sion de télé­­vi­­sion diffu­­sée en janvier dernier sur Chan­­nel 2, la chaîne la plus popu­­laire d’Is­­raël, a apporté une nouvelle vague de volon­­taires – ainsi que de nouveaux dilemmes moraux pour Roth. Il a reçu un coup de télé­­phone de la part du repré­­sen­­tant des colons israé­­liens dans la région de Sama­­rie, qui dit vouloir aider. « Je me suis presque étouffé », raconte Roth alors qu’il conduit. « Je lui ai dit que je le rappel­­le­­rais car je ne savais pas quoi lui répondre. J’ai demandé leur avis aux autres membres et ils n’ont pas compris ma ques­­tion. D’après eux, nous devrions accep­­ter son aide, mais je ne sais toujours pas quoi en penser. »

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Des enfants pales­­ti­­niens dans les décombres d’un bombar­­de­­ment
Crédits : DR

C’est le genre de dilemmes auxquels on est confronté dans la région. Les colons veulent appor­­ter leur aide mais pour Roth, un fossé idéo­­lo­­gique demeure. « Le problème n’est pas qu’il s’agisse d’un Israé­­lien de droite, je l’ac­­cueille­­rais volon­­tiers. Mais de mon point de vue, il n’y a pas de gentil colon. Le problème vient du fait que c’est un colon. Merci de vouloir aider, mais vous vivez sur une terre qui ne vous appar­­tient pas… et c’est un problème. »

Erez

Il est 10 h 30 et nous aper­­ce­­vons désor­­mais les clôtures qui entourent Gaza, ainsi que le grand mur. Des panneaux jaunes inter­­­di­­sant de prendre de photos du complexe de sécu­­rité nous accueillent au poste-fron­­tière. Malgré cela, Erez est un termi­­nal éton­­nam­­ment moderne et agréable. Nous nous garons tout près de l’en­­trée. Les petites filles sont clai­­re­­ment heureuses d’ap­­pro­­cher de la maison. Leurs parents sortent des valises et des sacs plas­­tique de la voiture. Afnan, un gros sac vert du Maccabi Haïfa Foot­­ball Club sur le dos, porte des boîtes de Matzoth, le pain azyme que les juifs pratiquants mange­­ront durant les sept jours de Pessa’h. Elle serre Yuval dans ses bras et les deux jeunes filles et leurs parents entrent dans le termi­­nal où ils vont être contrô­­lés par deux séries de gardes, ceux d’Is­­raël et ceux du Hamas. Trois autres voitures de Road to Reco­­very sont garées plus loin. L’une d’elle est conduite par Amram Mitzna – un ancien briga­­dier géné­­ral de l’ar­­mée israé­­lienne –, un ancien maire de Haïfa et un ancien président du Parti travailliste israé­­lien. Parmi les autres membres de Road to Reco­­very, il y a notam­­ment Aluma Goren, ancienne capi­­taine de l’équipe natio­­nale de basket fémi­­nin, et Eran Schan­­dar, ancien procu­­reur géné­­ral. Quel contraste, me dis-je, avec les deux enfants auxquels je dis au revoir. Ce sont des gens incroya­­ble­­ment vulné­­rables. Ils vivent dans les condi­­tions les plus rudes sous le régime despo­­tique du Hamas et l’œil toujours ouvert et soupçon­­neux du Shabak. 696913878371Même les insti­­tu­­tions médi­­cales pales­­ti­­niennes ne se battent pas pour aider ces familles, d’après les dires du coor­­di­­na­­teur de Road to Reco­­very à Gaza. L’Au­­to­­rité pales­­ti­­nienne en Cisjor­­da­­nie est en conflit avec le Hamas à Gaza, elle se montre donc peu amène lorsqu’il s’agit d’ai­­der les habi­­tants de la Bande.

Les contrastes entre l’ex­­trême pauvreté de Gaza et l’opu­­lence d’Is­­raël, le chaos de la vie quoti­­dienne gazaouie et la bureau­­cra­­tie israé­­lienne, alimentent un choc des cultures constant qui peut plon­­ger les plus enthou­­siastes dans un complet déses­­poir. Même parmi les béné­­voles de Road to Reco­­very, il y a des moments de doute. On raconte que certaines familles de patients changent leurs salles de trai­­te­­ment en espaces de stockage où ils entassent les dons qu’ils reçoivent, dont la plupart viennent d’Arabes vivant en Israël. Roth a entendu ces histoires aussi mais il les comprend, car ces familles sont très pauvres. « Certaines d’entre elles n’ont rien du tout. » Il recon­­naît qu’il arrive que les gens profitent de Road to Reco­­very. Certaines fois, cela l’ir­­rite. Hier par exemple, un béné­­vole s’est rendu au centre médi­­cal Rambam pour aller cher­­cher un patient qui n’était pas là. Il s’est avéré que la famille était partie faire des courses à Haïfa. « Ils n’ont pas bien saisi qui nous étions. Nous ne sommes pas des chauf­­feurs de taxi », dit Roth. « Ça arrive de temps à autre, mais 95 % des gens ont vrai­­ment besoin de nous. Si on n’était pas là, ils mour­­raient. » « Un Gazaoui est comme un oignon avec de nombreuses couches », dit le coor­­di­­na­­teur. « Ils vous diront ce que vous voulez entendre car ils tentent de survivre, entre Israël et le Hamas. Mais je sais bien ce qu’il se passe dans les voitures : des rela­­tions se tissent et nous compre­­nons que nous sommes pareils en réalité. C’est la raison pour laquelle le Hamas s’op­­pose à nos actions par prin­­cipe. Ils nous laissent faire parce qu’ils savent que c’est une ques­­tion de vie ou de mort, mais ils le font en grinçant des dents. » Le gouver­­ne­­ment israé­­lien, lui, est ravi de leurs acti­­vi­­tés : elles injectent de l’argent dans les hôpi­­taux. Si diri­­ger Road to Reco­­very revient à jongler avec sept balles, coopé­­rer avec le Hamas est comme jongler sur une corde tendue au-dessus d’un volcan. Un conflit mortel menace toujours d’écla­­ter, et il arrive que la commu­­ni­­ca­­tion soit rompue avec eux. La dernière dispute en date a eu lieu à cause d’une « jour­­née fun », des jours où l’or­­ga­­ni­­sa­­tion emmène les enfants pales­­ti­­niens malades non pas à l’hô­­pi­­tal mais à la plage, ou à un festi­­val pour se détendre. Pour le Hamas, il s’agis­­sait d’un pas de trop et d’une « bana­­li­­sa­­tion de l’en­­nemi sioniste ». Mais le fait que la plupart des patients aient déses­­pé­­ré­­ment besoin d’un trai­­te­­ment pour survivre aide à apai­­ser les tensions.

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Il est à présent 11 h du matin, sur la route de Haïfa. Après une courte pause, Roth récu­­père deux jeunes mères, chacune portant un bébé, et nous repre­­nons la route vers le nord. 160 km de plus nous attendent mais Roth ne montre aucun signe de fatigue. Nous condui­­sons tranquille­­ment et en silence, hormis les télé­­phones de Roth qui ne cessent de vibrer – des impré­­vus aux postes-fron­­tières ou au festi­­val de jonglage. Mais il appré­­cie la conduite. C’est un temps qu’il peut passer à préser­­ver la plus impor­­tante des ressources : les béné­­voles. Dans de rares cas, lorsqu’un patient ne se présente pas ou que l’ac­­com­­pa­­gnant d’un passa­­ger se montre désa­­gréable, Roth fait de son mieux pour arran­­ger les choses. « Il y a une semaine, un béné­­vole a vidé son sac en me racon­­tant qu’a­­près avoir conduit un patient, il n’avait même pas eu droit à un merci ou un au revoir. Ils sont juste partis. Je comprends ce qu’il ressent. C’est vrai qu’il y a des gens comme ça, mais j’es­­saie de me rappe­­ler qu’on ne sait pas ce qu’ils ont vécu à l’hô­­pi­­tal. »

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Yuval Roth
Crédits : Tablet Maga­­zine

Du fait de la nature de leur travail, les béné­­voles sont confron­­tés à des situa­­tions drama­­tiques, comme ce garçon de neuf ans atteint du cancer qui souf­­frait d’une infec­­tion et d’une forte fièvre. Il devait être soigné d’ur­­gence en Israël, mais il ne pouvait y aller qu’a­­vec sa grand-mère. Ayant peur pour sa vie, il pleu­­rait en disant qu’il voulait mourir avec sa mère à ses côtés. La permis­­sion est arri­­vée à la dernière minute, alors que le garçon était au poste-fron­­tière, et la mère et l’en­­fant ont pu faire le voyage ensemble pour rece­­voir le trai­­te­­ment qui lui a sauvé la vie. Natu­­rel­­le­­ment, il arrive que des morts surviennent – beau­­coup d’en­­fants. Les béné­­voles de Road to Reco­­very rendent parfois visite aux familles en deuil. Dans certains cas, la rela­­tion nouée durant le trai­­te­­ment est assez forte pour être main­­te­­nue après la mort du patient. « Nous essayons toujours de rendre visite aux familles en deuil », dit Roth. « Souvent, les gens nous disent que même si leur enfant est décédé, cela ne signi­­fie pas que nous devons mettre un terme à notre rela­­tion. Quand ça vient d’eux, ça vous emplit de force plutôt que de tris­­tesse. » Une longue jour­­née de travail touche à sa fin alors que nous faisons halte une dernière fois devant le centre médi­­cal Rambam, à Haïfa. Les deux mères et leurs enfants quittent la voiture et dispa­­raissent à l’in­­té­­rieur du centre. Dans un monde parfait, il y aurait de bons hôpi­­taux en Pales­­tine. Dans un monde meilleur, les hôpi­­taux israé­­liens et le minis­­tère de la Santé pren­­draient en charge le trans­­port et les contrôles. Dans le monde réel, cette charge revient à Yuval Roth et son équipe. Il espère que Naim El Beida devien­­dra bien­­tôt le coor­­di­­na­­teur pour la Cisjor­­da­­nie à plein temps, avec un bureau. « C’est mon rêve et cela chan­­gera bien des choses », dit Roth. « En atten­­dant, notre boulot est de conduire ceux qui en ont besoin et de donner un peu d’es­­poir, semer les graines d’un avenir meilleur. »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Healing the divide », paru dans Mosaic. Couver­­ture : Des jeunes filles pales­­ti­­niennes. (Anadolu Agency)


LES PALESTINIENS OUBLIÉS DU DÉSERT ÉGYPTIEN

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70 ans après la guerre, les réfu­­giés pales­­ti­­niens d’Égypte vivent toujours dans le village reculé de Jezi­­ret el Fadl, sur des terres oubliées de tous.

Jezi­­ret el Fadl, Égypte. Ghafra rêve de pluie. Pas des brèves averses qui se mélangent avec la pous­­sière du désert et qu’on ne voit que quelques fois par an ici. Elle veut de la vraie pluie, celle qui fait sortir les vers et pous­­ser les pastèques. Celle qui ne tombe qu’à un endroit sur la Terre de Dieu : la Pales­­tine. La dernière fois qu’elle a vu cette pluie, Ghafra avait 13 ans. Juste avant que les soldats n’ar­­rivent. Des hordes de soldats venant du nord, de l’ouest et du sud. Ils n’ont laissé qu’un seul chemin prati­­cable pour que Ghafra et les siens puissent s’échap­­per : l’ouest. L’ouest vers la sécu­­rité, l’ouest vers l’Égypte. Initia­­le­­ment, ils ne devaient rester que quelques mois, et reve­­nir une fois les combats termi­­nés.

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Les rues de Jezi­­ret el Fadl
Crédits : Nicho­­las Linn

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