par Shaun Raviv | 16 juillet 2015

Quand John­­nie Water allait à l’école, dans la région de la Volta au Ghana, lui et ses cama­­rades de classe devaient se rendre chaque matin à la rivière et rame­­ner au moins deux seaux d’eau chacun pour remplir le réser­­voir de l’école. Lorsqu’il était un tout jeune homme, l’eau ne coulait qu’en de rares occa­­sions dans la maison qu’il parta­­geait avec son frère. La nuit, ils lais­­saient un seau sous le robi­­net ouvert et dès qu’ils enten­­daient l’écho des gouttes qui frap­­paient le fond plat, ils se levaient en hâte pour ne pas manquer les quelques heures où l’eau était dispo­­nible. Dans la maison où John­­nie habite aujourd’­­hui à Accra, la capi­­tale ghanéenne, l’eau ne manque pas, mais la moindre goutte est ache­­mi­­née en camion par une grande entre­­prise – une opéra­­tion terri­­ble­­ment coûteuse. Comme bon nombre de ses conci­­toyens, John­­nie a été toute sa vie à la pour­­suite de l’eau. John­­nie Water a vécu en Tuni­­sie, en Belgique et au Canada, où il travaillait en tant que consul­­tant inter­­­na­­tio­­nal. Il est rentré l’an dernier au Ghana, le pays qui l’a vu naître et où il a grandi. À présent, il peut rendre visite à sa mère régu­­liè­­re­­ment, parler twi avec ses compa­­triotes et s’in­­ves­­tir dans la vie de son pays d’ori­­gine. « Quand je reviens ici après un voyage », me dit-il alors que nous nous rendons à son bureau en emprun­­tant une route caho­­teuse, « et que je vois l’hu­­mi­­lité des gens, je me dis que tout n’est pas encore perdu. »

Le centre ville d'Accra, la capitale du Ghana Crédits
Le centre-ville d’Ac­­cra, la capi­­tale du Ghana
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Au lieu d’in­­ves­­tir dans des banques ghanéennes au cours impré­­vi­­sible, ou bien d’ache­­ter une boutique ou un lopin de terre, John­­nie Water a décidé de placer son argent dans un produit pour lequel il y aura toujours de la demande : l’eau. « Au Ghana, il y a très peu de domaines commer­­ciaux où on ne risque pas de se faire escroquer. » L’eau n’échappe pas à la règle.

La quête de l’eau pure

Si l’eau est l’élixir de la vie humaine, la seule bois­­son dont nous ne pouvons nous passer, elle est aussi une cause de morta­­lité dans de nombreux pays. D’après l’Or­­ga­­ni­­sa­­tion mondiale de la santé (OMS), près de deux millions de personnes dans le monde boivent encore de l’eau conta­­mi­­née par des déjec­­tions. L’eau tue chaque année 500 000 personnes, qui succombent à des mala­­dies telles que le choléra, la dysen­­te­­rie, la typhoïde ou la polio. Le nombre de personnes dans le monde ayant accès à une « source d’eau assai­­nie » (non conta­­mi­­née par des matières fécales) a augmenté de deux millions depuis 1990. Pour­­tant, l’Afrique subsa­­ha­­rienne conserve un retard consi­­dé­­rable par rapport au reste du monde. Plus de 300 millions de personnes dans cette région conti­­nuent à boire de l’eau conta­­mi­­née. Au Ghana, 3 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année de mala­­dies d’ori­­gine hydrique, trans­­mises par l’eau conta­­mi­­née ou par de mauvaises condi­­tions d’hy­­giène. Une étude estime que, pour chaque année passée en milieu urbain au Ghana, les agents patho­­gènes présents dans l’eau potable réduisent l’es­­pé­­rance de vie saine de six mois. Même si le sources d’eau sont nombreuses, la majo­­rité des Ghanéens n’ont pas accès à l’eau courante chez eux. Les infra­s­truc­­tures d’ap­­pro­­vi­­sion­­ne­­ment en eau dans le pays sont très loin de répondre à la demande. Les habi­­tants doivent gérer leur temps, leur argent et leur santé pour déter­­mi­­ner à quelle source boire. Des millions d’entre eux choi­­sissent de se procu­­rer l’eau dans des sachets plas­­tique de 500 ml, dont certains s’ap­­pro­­vi­­sionnent auprès de John­­nie Water. Lorsque je rencontre pour la première fois John­­nie Water – dont le vrai nom est John Afele –, il vient me cher­­cher à une station essence en péri­­phé­­rie de la ville, et nous prenons la route d’une région appe­­lée Adusa. Il conserve la machine d’em­­bal­­lage de l’eau dans une pièce impec­­cable, en face de la maison de sa sœur. Sur tous les murs se trouvent des affiches détaillant les règles de propreté et d’hy­­giène, desti­­nées aux employés de John­­nie Water. La machine, réali­­sée par une entre­­prise chinoise du nom de Koyo Beve­­rage Machi­­nery, fait à peu près la taille d’un grand distri­­bu­­teur de bois­­sons. Si elle avait été d’une couleur plus vive et non pas métal­­lique, elle aurait pu se trou­­ver dans la choco­­la­­te­­rie de Willy Wonka, avec sa produc­­tion régu­­lière et répé­­ti­­tive de mets savou­­reux.

Les Ghanéens achètent de l'eau en sachet
L’eau en sachet serait origi­­naire du Nige­­ria
Crédits : Trashy Bags

Elle est gérée par un opéra­­teur nommé Edward Dank­­wah, qui me montre comment intro­­duire un rouleau de plas­­tique à l’ar­­rière de la machine, avant de régler la tempé­­ra­­ture sur 140°C. Une fois l’ap­­pa­­reil en route, la feuille de plas­­tique passe à l’avant de la machine. Elle est ensuite décou­­pée puis remplie d’eau par un tuyau relié au système, avant d’être thermo-scel­­lée. Le produit fini est un sachet rectan­­gu­­laire un peu plus petit qu’un sac à sand­­wich et rempli de liquide. On peut lire dessus « John­­nie Water » en lettres bleues, sous l’image d’une colombe qui tient dans son bec un rameau d’oli­­vier. John­­nie a choisi le nom de la marque en réfé­­rence au whisky John­­nie Walker. Pour en boire le contenu, il suffit de faire une ouver­­ture dans l’un des coins, puis de pres­­ser le sachet en plaçant la bouche au niveau du trou. Glacé, c’est un véri­­table plai­­sir, bien que surpre­­nant pour une personne habi­­tuée à boire dans des verres, des canettes ou des bouteilles. Une fois que la machine a rempli et scellé les sachets, au rythme d’un sachet toutes les deux secondes, ceux-ci tombent dans un petit seau. Dank­­wah véri­­fie alors qu’ils ne fuient pas et les range dans de grands sacs aux couleurs de John­­nie Water, qui peuvent conte­­nir chacun trente sachets. L’eau de John­­nie Water provient d’un forage de 150 mètres de profon­­deur, situé non loin de la machine. Avant que l’eau ne soit versée dans les sachets, Dank­­wah la fait passer dans un filtre de sable et de carbone et la puri­­fie ensuite par osmose inverse, un procédé utili­­sant la pres­­sion, souvent employé pour ôter le sel présent dans l’eau de mer. L’eau est ensuite expo­­sée à des rayons ultra­­vio­­lets, dont les radia­­tions élec­­tro­­ma­­gné­­tiques tuent les micro-orga­­nismes telles que les bacté­­ries et les virus. Lorsque l’eau arrive enfin dans les sachets, elle est donc débar­­ras­­sée de toute trace de sel, de bacté­­ries et de parti­­cules fines. Elle est à présent ce qu’on appelle de « l’eau pure », qui a long­­temps été diffi­­cile à trou­­ver au Ghana.

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La quête de l’eau pure au Ghana précède l’in­­dé­­pen­­dance du pays de plusieurs décen­­nies. En 1888, malgré l’op­­po­­si­­tion de la popu­­la­­tion locale, le gouver­­ne­­ment colo­­nial britan­­nique a ordonné la ferme­­ture de deux bassins « sérieu­­se­­ment pollués » et ouvert deux nouveaux réser­­voirs à Accra, pour répondre au « problème persis­­tant de l’ache­­mi­­ne­­ment de l’eau » de la ville, écrit l’his­­to­­rien K. David Patter­­son dans un article pour le maga­­zine Social Science & Medi­­cine. Tout juste trois ans plus tard, un analyste décla­­rait l’un des réser­­voirs impropres à la consom­­ma­­tion. Vingt ans après, le réser­­voir d’Akimbo n’était plus qu’un trou boueux de moins de 30 cm de profon­­deur où les cochons et les personnes atteintes de la dracun­­cu­­lose venaient se plon­­ger.

Les machines à emballer l'eauCrédits : Koyo Beverage
Des machines à embal­­ler l’eau
Crédits : Koyo Beve­­rage Machi­­nery

Le rapport annuel 1898 sur la Côte d’Or, rédigé par le secré­­taire colo­­nial de la région pour le Parle­­ment britan­­nique, décla­­rait : « Il existe deux grandes diffi­­cul­­tés pour mettre en place un système sani­­taire effi­­ca­­ce… a) l’ap­­pro­­vi­­sion­­ne­­ment insuf­­fi­­sant en eau, b) les mauvaises habi­­tudes d’une grande majo­­rité de la popu­­la­­tion auto­ch­­tone. » Plutôt que de recon­­naître qu’il n’avait pas réussi à four­­nir de l’eau propre et à instau­­rer des mesures d’hy­­giène satis­­fai­­santes, le gouver­­ne­­ment colo­­nial reje­­tait la faute sur les habi­­tants. En 1942, le conseil muni­­ci­­pal d’Ac­­cra a mené une campagne « pour infor­­mer et apprendre aux habi­­tants le proces­­sus de produc­­tion de l’eau pure, les raisons de son coût élevé et comment bien utili­­ser l’eau pour éviter le gaspillage », écrit l’his­­to­­rienne Anna Bohman dans sa thèse de l’uni­­ver­­sité d’Umeå, inti­­tu­­lée « Comprendre le défi de l’eau et des mesures sani­­taires : Histoire de l’ali­­men­­ta­­tion en eau et du système sani­­taire en milieu urbain au Ghana, 1909–2005 ». Cette année-là, dans une émis­­sion radio d’Ac­­cra orga­­ni­­sée par le direc­­teur des Travaux Publics, les citoyens ont pu entendre que l’eau était « aussi précieuse que de l’or » et que « gaspiller l’eau est un crime grave ». Une fois l’in­­dé­­pen­­dance acquise en 1957, l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion du premier président du Ghana, Kwame Nkru­­mah, a repris le flam­­beau. Le problème de l’eau, qui se résu­­mait jadis à étan­­cher la soif des habi­­tants, est devenu une ques­­tion d’hon­­neur natio­­nal. « Que l’en­­semble des Ghanéens ait accès à l’eau était le symbole de la rupture d’avec le gouver­­ne­­ment colo­­nial, car cela favo­­ri­­se­­rait les infra­s­truc­­tures pour le déve­­lop­­pe­­ment social du pays et de sa popu­­la­­tion », écrit Bohman. Quelques années après l’in­­dé­­pen­­dance, seule­­ment un sixième des Ghanéens avait un semblant d’ac­­cès à l’eau potable. Aujourd’­­hui, ce nombre a dépassé les 80 % – une amélio­­ra­­tion consé­quente, mais qui masque la complexité et la minu­­tie de la quête d’une eau pure, qui rythme la vie des habi­­tants – surtout dans la région d’Ac­­cra.

Envi­­ron 4,5 milliards de sachets sont vendus chaque année dans tout le pays.

La popu­­la­­tion d’Ac­­cra, pôle commer­­cial de l’Afrique de l’Ouest, n’a cessé de dépas­­ser la capa­­cité d’ap­­pro­­vi­­sion­­ne­­ment en eau de la ville depuis que les réser­­voirs boueux mention­­nés plus haut ont été mis en place comme source d’eau potable. En 1911, Accra comp­­tait moins de 20 000 rési­­dents. En 1948, ils étaient 136 000, et six ans plus tard, ils étaient presque 200 000. À chaque nouvel arri­­vant, le besoin d’eau deve­­nait plus impor­­tant. À présent, la ville compte envi­­ron deux millions de personnes, et la zone métro­­po­­li­­taine plus du double. Le défi­­cit d’ap­­port en eau est de 264 millions de litres par jour – défi­­cit attri­­bué à une gestion qui manque singu­­liè­­re­­ment de profes­­sion­­na­­lisme. Plus récem­­ment, à la fin des années 1990, l’eau potable était ainsi vendue dans les rues d’Ac­­cra : on se servait de gobe­­lets communs et l’eau se trou­­vait dans de grandes cuves en alumi­­nium. Plus tard, ce procédé peu hygié­­nique a été remplacé par des sachets en plas­­tique jetables, fermés par un nœud et conser­­vés entre des blocs de glace pour les garder au frais. Lorsque la distri­­bu­­tion à l’aide de gobe­­lets est deve­­nue moins répan­­due, les machines d’em­­bal­­lage sont appa­­rues. Désor­­mais, les sachets sont les prin­­ci­­paux conte­­neurs d’eau au Ghana, et c’est le moyen le plus couram­­ment employé pour boire dans la capi­­tale. Ils sont même davan­­tage utili­­sés que les bouteilles d’eau et les fontaines, consi­­dé­­rées comme des produits de luxe et plus appré­­ciés que l’eau du robi­­net, dont beau­­coup se méfient. L’idée de mettre l’eau en sachets semble venir du Nige­­ria, mais elle s’est démo­­cra­­ti­­sée au Ghana, où la popu­­la­­tion urbaine a dépassé les 50 % en 2010 – elle était seule­­ment de 23 % en 1960. Je n’ai pas pu trou­­ver d’in­­for­­ma­­tions fiables sur le marché de l’eau en sachets au Ghana, mais Raymond Mensah Gbetivi, respon­­sable commer­­cial de Voltic (une des plus grandes socié­­tés de produc­­tion de sachets au Ghana), m’a affirmé que selon ses esti­­ma­­tions, envi­­ron 4,5 milliards de sachets sont vendus chaque année dans tout le pays. L’an dernier, Voltic en a vendu à elle seule envi­­ron 450 millions, bien que Gbetivi affirme que les grandes entre­­prises ont encore du travail pour rattra­­per les entre­­prises fami­­liales.

L'eau en bouteille est un produit de luxeCrédits : Voltic
L’eau en bouteille est un produit de luxe au Ghana
Crédits : Voltic

« De toutes petites entre­­prises contrôlent envi­­ron 70 % du marché », m’as­­sure-t-il (selon ses esti­­ma­­tions, une fois de plus). Voltic, qui appar­­tient à la multi­­na­­tio­­nale SABMiller, est en compé­­ti­­tion avec d’autres grandes marques ghanéennes telles qu’E­­ver­­pure et Special Ice, mais aussi avec des centaines (ou peut-être des milliers) de petites entre­­prises fami­­liales telles que John­­nie Water. Pour créer une entre­­prise de sachets, il suffit d’avoir accès à l’eau courante et d’ache­­ter une machine d’em­­bal­­lage contre quelques milliers de dollars. On peut ensuite commen­­cer à produire et vendre sur le champ. « Nous rendons l’eau acces­­sible à une certaine caté­­go­­rie de personnes », m’ex­­plique Gbetivi. Même si les sachets sont le produit que Voltic produit le plus, ils génèrent moins de profits que leurs bouteilles ou leurs distri­­bu­­teurs. Mais la demande est si élevée que même les entre­­prises qui se foca­­li­­saient sur une clien­­tèle aisée ne peuvent l’igno­­rer : le marché s’est étendu à toute la popu­­la­­tion du pays, soit 25 millions de personnes. « Les gens ne font pas confiance aux muni­­ci­­pa­­li­­tés pour l’ache­­mi­­ne­­ment et la dispo­­ni­­bi­­lité de l’eau », dit Gbetivi. « Voilà pourquoi nous avons commencé à produire des sachets. » Ce manque de confiance traverse les fron­­tières, aussi l’eau en sachet s’est-elle répan­­due dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest fron­­ta­­liers du Ghana et du Nige­­ria, en Inde et peut-être même jusqu’en Amérique centrale.

L'eau en sachet est à un prix abordableCrédits : Wikimedia
La plupart des Ghanéens consomment de l’eau en sachet
Crédits : Wiki­­me­­dia

Pour tenter de comprendre pourquoi les Ghanéens ont si peu confiance en leurs diri­­geants, il me suffit de m’in­­té­­res­­ser à John­­nie Water. Un samedi de la fin du mois de janvier, je suis censé suivre l’équipe de livrai­­son pour voir où ils vendent leur eau pure. Mais quand je me lève ce matin-là, je reçois un message me disant que l’élec­­tri­­cité est coupée dans la région depuis la veille et qu’Ed­­ward, l’opé­­ra­­teur, ne peut donc pas pomper l’eau du forage de John­­nie. Résul­­tat, ils ne pour­­ront pas vendre d’eau aujourd’­­hui. Au mois de février, Accra est placée sous un programme de ration­­ne­­ment de l’élec­­tri­­cité, où celle-ci est dispo­­nible pendant 12 heures avant d’être coupée 24 heures. Les coupures de courant étant fréquentes (c’est l’une des autres grandes crises des infra­s­truc­­tures ghanéennes), John­­nie possède un réser­­voir pour stocker l’eau dans les moments où l’élec­­tri­­cité est indis­­po­­nible. Mais il a égale­­ment besoin d’élec­­tri­­cité pour pomper l’eau, la filtrer et l’em­­bal­­ler. Il y a six mois, John­­nie a acheté un géné­­ra­­teur diesel de secours. Mais à chaque fois qu’il l’uti­­lise, les profits de l’en­­tre­­prise chutent, quand ils ne sont pas tout bonne­­ment nuls. John­­nie m’in­­forme que ses profits s’élèvent à envi­­ron 6 centimes d’eu­­ros par sac de 30 sachets, qu’il vend deux cédis ghanéens chacun (envi­­ron 52 centimes d’eu­­ros). Mais ses béné­­fices dépendent du volume produit, et cette semaine, il est parti­­cu­­liè­­re­­ment bas. Même en utili­­sant le géné­­ra­­teur, ce dernier n’est pas assez puis­­sant pour pomper l’eau, faire marcher le système de filtra­­tion et la machine d’em­­bal­­lage. Ils l’uti­­lisent pour­­tant de temps en temps pour satis­­faire leur clien­­tèle et étan­­cher leur soif.

Les défis du Ghana

Les problèmes les plus profonds du Ghana affectent sérieu­­se­­ment les entre­­prises comme celle de John­­nie Water. Une entre­­prise qui existe car le gouver­­ne­­ment n’est pas en mesure de four­­nir de l’eau au peuple, et qui se trouve régu­­liè­­re­­ment elle-même dans l’in­­ca­­pa­­cité de four­­nir de l’eau à ses clients car le gouver­­ne­­ment ne parvient pas à four­­nir d’élec­­tri­­ci­­té… C’est un cercle vicieux qui appa­­raît pire encore lorsqu’on s’aperçoit qu’en­­vi­­ron la moitié de l’élec­­tri­­cité du pays est produite par un barrage hydro­é­lec­­trique géant, situé à 100 km au nord de la capi­­tale. Le barrage d’Ako­­sombo est une autre preuve que le Ghana possède de l’eau. Mais qu’elle n’est pas four­­nie aux Ghanéens sous une forme potable, sans danger pour la santé des consom­­ma­­teurs. Le barrage a été construit dans les années 1960, créant par la même occa­­sion le plus grand lac arti­­fi­­ciel du monde, le Lac Volta, qui mesure envi­­ron la taille de Porto Rico. Le Ghana a de l’eau. Il en a telle­­ment que, selon un article de Ralph Mills-Tettey, 80 000 personnes ont dû être relo­­gées pour permettre la créa­­tion du lac. Le Ghana dispose d’as­­sez d’eau pour submer­­ger 700 villages.

Le barrage d'Akosombo<Crédits : Wikipedia
Le barrage d’Ako­­sombo
Crédits : Wiki­­pe­­dia

Malgré les immenses ressources en eau du pays, moins de 10 % de la popu­­la­­tion d’Ac­­cra possède un point d’eau fiable chez eux, et moins de la moitié dispose d’une fontaine commune. Que font les gens lorsqu’ils doivent se doucher ou faire la vais­­selle ? Bon nombre d’entre eux achètent de l’eau aux voisins reliés au réseau de la ville et la récu­­pèrent dans un gallon Kufuor, ce réci­­pient jaune en plas­­tique de 20 à 25 litres, utilisé d’or­­di­­naire pour stocker l’huile de cuis­­son. Nommés ainsi d’après John Agye­­kum Kufuor, président du Ghana de 2001 à 2009 (une époque où la pénu­­rie d’eau était parti­­cu­­liè­­re­­ment sévère), les gallons consti­­tuent un autre élément impor­­tant du commerce de l’eau au Ghana. Tout comme les sachets, ils sont partout dans Accra. J’ai parlé à Serge Attuk­­wei Clot­­tey, un jeune artiste qui vit près de la plage de Labadi à Accra, et qui utilise les gallons comme matière première pour ses œuvres. « À chaque fois que vous voyez du jaune, cela repré­­sente l’eau », me dit-il. « Et chaque fois que vous voyez un gallon, cela repré­­sente la lutte. » De nombreuses familles conservent ces gallons par dizaines dans leur jardin et les utilisent pour stocker l’eau de la toilette, du ménage et même pour boire. Sans arri­­vée directe d’eau chez eux, les gens doivent porter ces réci­­pients parti­­cu­­liè­­re­­ment lourds des points d’eau jusqu’à leur maison. Un de mes amis, Fred, a un problème typique du commerce de l’eau. Il garde envi­­ron cinq ou six gallons chez lui pour sa consom­­ma­­tion person­­nelle et les remplit une fois par semaine. Il habite près de chez Clot­­tey à Labadi, et l’eau ne coule jamais chez lui. Il m’a confié qu’il avait l’in­­ten­­tion de démé­­na­­ger, car dans cette région, remplir un gallon coûte envi­­ron 17 centimes – deux fois plus que près de son lieu de travail.

Les gallons Kufuor sont utilisés pour stocket l'eauCrédits : Clottey
Les gallons Kufuor sont utili­­sés pour stocker l’eau
Crédits : Clot­­tey

Le prix de l’eau, en sachets ou en gallons, varie consi­­dé­­ra­­ble­­ment d’un quar­­tier à l’autre, en fonc­­tion de la concur­­rence et de l’ac­­ces­­si­­bi­­lité. L’in­­fla­­tion et la valeur de la monnaie entrent aussi en jeu. Une hausse dans le prix des sachets est toujours impor­­tante car les pièces de un pesewa sont rare­­ment utili­­sées au Ghana – on les trouve plus souvent en coupures de cinq (100 pese­­was équi­­valent à un cédi, soit envi­­ron 26 centimes d’eu­­ros). En 2007, le prix d’un sachet était de cinq pese­­was, mais il a fini par doubler, et dans certains quar­­tiers d’Ac­­cra, des femmes et des enfants se changent en marchants ambu­­lants et les vendent pour 15 pese­­was. Cette hausse ne semble pas très impor­­tante (un peu plus d’un centime d’euro), mais dans un pays où le travailleur moyen gagne moins de 1 750 euros par an, le prix de l’eau est exor­­bi­­tant, surtout lorsqu’on doit payer à chaque fois qu’on a soif… Clot­­tey récu­­père d’an­­ciens gallons Kufuor et les utilise dans ses œuvres d’art, soit en les décou­­pant, soit en utili­­sant la partie supé­­rieure pour créer des masques qu’il porte sur ses photo­­gra­­phies ou dans la rue (le goulot des gallons ressemble à une bouche, la poignée à un nez, et quand on sépare le haut du reste du gallon, on dirait un masque tradi­­tion­­nel ghanéen). Mais Clot­­tey s’in­­ter­­roge : « Et si, dans l’ave­­nir, le Ghana avait de l’eau ? » Les gallons sont impor­­tants unique­­ment à cause de la pénu­­rie. Alors il se sert de gallons cassés, la plupart du temps jetés, pour fabriquer des objets fonc­­tion­­nels : une chaise, un masque, un tapis, une toiture. Avec ses créa­­tions, Clot­­tey prépare un avenir hypo­­thé­­tique dans lequel les ghanéens n’au­­ront plus à courir après l’eau.

Trois jours après le report de ma sortie avec l’équipe de John­­nie Water, elle est une nouvelle fois annu­­lée. L’élec­­tri­­cité est encore coupée à Adusa, et ils n’ont aucun sachet à livrer. John­­nie s’ex­­cuse et me dit qu’il m’ap­­pel­­lera quand ils en auront suffi­­sam­­ment. Je me demande vers qui ses clients se tournent pour obte­­nir de l’eau quand il ne produit pas de sachets. Surtout que la plupart des gens les consi­­dèrent comme la seule source d’eau pure à un prix abor­­dable. Mais l’eau qu’ils contiennent est-elle si pure que cela ? Diffi­­cile de répondre à cette ques­­tion puisque le marché est consti­­tué de trop nombreux produc­­teurs, qui puri­­fient l’eau avec leur propre système. Pour­­tant, de nombreux tests ont été réali­­sés sur l’eau en sachets depuis leur intro­­duc­­tion au Ghana dans les années 1990, et les résul­­tats ne sont guère encou­­ra­­geants. « Elle n’est pas forcé­­ment meilleure que l’eau du robi­­net », me dit Abena Safoa Osei, assise à son bureau à Accra. Osei est une micro-biolo­­giste qui travaille avec le Ghana Stan­­dards Autho­­rity (l’agence gouver­­ne­­men­­tale respon­­sable des normes sur les produits, les services, etc.). Elle est égale­­ment l’au­­teure prin­­ci­­pale d’une étude sur la qualité micro-biolo­­gique de l’eau en sachet à Accra, publiée dans Food Control. Osei et ses co-auteurs ont trou­­vés diffé­­rents proto­­zoaires, micro­s­po­­ri­­dies, cyclo­­spora, des oocystes de Cryp­­to­s­po­­ri­­dium et même des asca­­rides dans une analyse réali­­sée sur un échan­­tillon de 60 sachets issus de diffé­­rents produc­­teurs d’Ac­­cra.

En 2006, 60 % de l’eau du robi­­net consom­­mée à Accra n’a pas été payé.

Tous peuvent provoquer des diar­­rhées chez les personnes en bonne santé et peuvent même d’avé­­rer mortels pour les indi­­vi­­dus qui ont un système immu­­ni­­taire fragile, comme par exemple les personnes atteintes du VIH. « On ne peut pas dire que l’eau en sachet soit sans danger », conclut Osei dans son étude. « La plupart du temps, la filtra­­tion est inef­­fi­­cace, l’en­­vi­­ron­­ne­­ment de produc­­tion ne respecte pas les règles d’hy­­giène et les condi­­tions sani­­taires laissent à dési­­rer. » Pour­­tant, Osei ne souhaite pas rendre les sachets illé­­gaux. « En un mot, la produc­­tion d’eau en sachet a besoin d’être enca­­drée », dit-elle. « Si on veut embal­­ler l’eau, il faut qu’elle puisse être consom­­mée sans danger. Il faut garan­­tir le meilleur niveau de sécu­­rité possible, car on ne peut pas dire aux gens que s’ils n’ont pas les moyens d’ache­­ter de l’eau en bouteille, ils devront se conten­­ter d’une eau de moins bonne qualité. » Osei me dit aussi qu’elle consi­­dère que l’eau du robi­­net est potable, une vision que beau­­coup ne partagent pas mais qui pour­­rait être vraie si l’on prend en compte quelques mises en garde impor­­tantes. L’eau d’Ac­­cra est pompée depuis l’une des deux usines de trai­­te­­ment des régions de Kpong et de Weija. Quand l’eau sort de ces usines, on peut la boire sans problème, me dit Osei, mais elle arrive ensuite dans les cana­­li­­sa­­tions de la ville, qui sont très anciennes, mal entre­­te­­nues et très abîmées en de nombreux endroits. Tous les systèmes de distri­­bu­­tion d’eau du monde ont des « pertes », de l’eau que personne ne paie car les popu­­la­­tions y ont accès gratui­­te­­ment par mandat, parce qu’elle fuit ou bien parce que les gens fraudent. Dans les pays à hauts reve­­nus, la plupart de ces pertes sont dues à des fuites. Au Ghana, néan­­moins, elles sont dues à l’ins­­tal­­la­­tion sans auto­­ri­­sa­­tion de robi­­nets et d’inexac­­ti­­tudes au niveau des comp­­teurs. Certaines familles et parfois des quar­­tiers entiers se relient au système d’ali­­men­­ta­­tion d’Ac­­cra et créent leurs propres cana­­li­­sa­­tions, sans mettre de comp­­teur. Même ceux qui sont équi­­pés d’un comp­­teur béné­­fi­­cient d’un tarif fixe, car il est parti­­cu­­liè­­re­­ment diffi­­cile pour les compa­­gnies d’eau de suivre la consom­­ma­­tion de leurs clients. On a estimé qu’en 2006, 60 % de l’eau du robi­­net consom­­mée à Accra n’avait pas été payée.

Le Lac Volta est le plus grand résevoir d'eau douce du mondeCrédits : Wikipedia
Le lac Volta est le plus grand réser­­voir d’eau douce du monde
Crédits : Wiki­­pe­­dia

Lorsqu’elle arrive dans ces vieux tuyaux abîmés, l’eau qui était aupa­­ra­­vant propre risque de rentrer en contact avec une eau sale, à cause des fuites et des effets d’as­­pi­­ra­­tions provoqués par les tuyaux vides. Les clients qui ont la chance d’avoir accès à l’eau direc­­te­­ment chez eux peuvent se retrou­­ver avec de l’eau conta­­mi­­née par des agents patho­­gènes qui sont la cause de mala­­dies. L’eau des villes étant souvent ration­­née, la popu­­la­­tion achète des réser­­voirs, placés en hauteur au-dessus des maisons et à l’in­­té­­rieur desquels l’eau stagne. Ces réci­­pients en plas­­tique sont aussi large­­ment expo­­sés au soleil équa­­to­­rial, ce qui rend l’eau plus impropre encore à la consom­­ma­­tion. Et pour de nombreux habi­­tants des quar­­tiers qui ne possèdent pas d’ache­­mi­­ne­­ment en eau, qu’il soit légal ou non, le précieux liquide est amené par des compa­­gnies privées ou des parti­­cu­­liers dans des camions. La qualité de l’eau se dégrade alors encore un peu plus pendant le trans­­port tandis que les prix augmentent. Une étude réali­­sée en 2013 dans le jour­­nal Science of the Total Envi­­ron­­ment montre que « le degré de conta­­mi­­na­­tion est soixante fois plus impor­­tant entre l’ache­­mi­­ne­­ment de l’eau et son stockage dans chaque maison », et que ce stockage domes­­tique est la prin­­ci­­pale cause de mala­­dies hydriques, prin­­ci­­pa­­le­­ment dues à la bacté­­rie Esche­­ri­­chia coli.

Des jours meilleurs

Les sachets sont arri­­vés sur le marché pour combler les lacunes de l’éco­­no­­mie liée à l’ex­­ploi­­ta­­tion d’eau salubre. Dans un pays gangrené par une mauvaise gouver­­nance et des infra­s­truc­­tures encore fragiles, les sachets en plas­­tique sont consi­­dé­­rés par certains comme une bouée de sauve­­tage indis­­pen­­sable, un moyen de distri­­buer aux personnes qui en ont besoin ce liquide néces­­saire pour vivre.

L'eau en sachet se trouve partoutCrédits : Jake Brown
Des marchands ambu­­lants d’eau en sachet
Crédits : Jake Brown

Justin Stoler, un cher­­cheur de l’uni­­ver­­sité de Miami, qui a rédigé plusieurs études sur l’eau en sachet au Ghana, se montre très posi­­tif quant à son poten­­tiel. Dans une ville où l’ac­­cès à l’eau courante a consi­­dé­­ra­­ble­­ment baissé au cours de la dernière décen­­nie et où ceux qui ont un robi­­net chez eux ont des connexions dans les secteurs publics et privés, Stoler consi­­dère les sachets comme un facteur déter­­mi­­nant dans la vie au Ghana. « L’es­­sor de l’in­­dus­­trie du sachet », écrit-il dans le Jour­­nal of Water, Sani­­ta­­tion and Hygiene for Deve­­lop­­ment, « permet un accès amélioré à l’eau pour les campe­­ments sauvages et les bidon­­villes, et allège le besoin de trou­­ver une méthode sécu­­ri­­sée pour stocker l’eau potable dans ces endroits. » Même si de nombreuses études précé­­dentes ont trouvé des traces de conta­­mi­­na­­tion dans les sachets, Stoler écrit que très peu de ces études, y comprit celle d’Osei, « ont suivi un proto­­cole incluant des échan­­tillons suffi­­sam­­ment grands, une grande couver­­ture du terri­­toire ou une rigueur scien­­ti­­fique satis­­fai­­santes pour arri­­ver à des conclu­­sions crédibles sur la qualité de l’eau, même à l’échelle locale ». Peut-être plus impor­­tant encore, il m’ex­­plique que l’in­­dus­­trie de produc­­tion des sachets dans le pays évolue bien trop vite pour s’ap­­puyer sur des données vieilles de cinq ans. « Je pense qu’en à peine six ans, nous avons presque vu défi­­ler le cycle de vie complet d’un produit », me dit Stoler. « Au départ, c’étaient surtout les auto­­crates qui buvaient de l’eau en sachet. Mais il semble­­rait qu’en quelques années seule­­ment, le marché ait évolué et s’adresse main­­te­­nant à des personnes ayant de faibles reve­­nus, et même aux plus pauvres… On ne nous sert pas de l’eau en sachet dans les confé­­rences ou les colloques. » Stoler pense que « l’évo­­lu­­tion à vitesse grand V » de ce commerce a rapi­­de­­ment rendu le produit meilleur et plus sain. En raison de la très forte demande, de plus grands produc­­teurs tels que Voltic ont péné­­tré sur le marché et utilisent l’eau qu’ils vendent en bouteilles – desti­­née aux plus aisés – pour remplir les sachets vendus aux plus dému­­nis et aux classes moyennes. Et avec une concur­­rence rude dans de nombreux domaines et des milliards de sachets écou­­lés chaque année, les consom­­ma­­teurs sont deve­­nus plus vigi­­lants sur ce qu’ils achètent. « C’est l’un des exemples les plus étranges d’un capi­­ta­­lisme à l’état quasi-pur », dit Stoler. « L’ap­­pro­­vi­­sion­­ne­­ment n’est pas suffi­­sant, donc le secteur privé entre en jeu et répond à la demande. Les consom­­ma­­teurs commencent à comprendre qu’il y a une diffé­­rence dans la qualité des produits. Les produc­­teurs qui proposent un produit de meilleure qualité dominent les autres. Les inci­­ta­­tions commer­­ciales les poussent à amélio­­rer leur produit et, sans trop de régu­­la­­tion, des produits de meilleure qualité se retrouvent alors sur le marché. »

ghanamap
Accra, la capi­­tale ghanéenne
Crédits : The Ameri­­can Society of Tropi­­cal Medi­­cine and Hygiene

Son travail prouve que les consom­­ma­­teurs ghanéens ont aidé à amélio­­rer le produit expé­­ri­­men­­tal, et peut-être même dange­­reux pour la santé, qu’O­­sei avait recueilli, pour en faire un produit plus propre. Dans une étude récente réali­­sées dans les deux quar­­tiers les plus pauvres d’Ac­­cra (Old Fadama et Old Tulaku), Stoler n’a trouvé de traces d’ex­­cré­­ments dans aucun des sachets exami­­nés. Et plus de 80 % des échan­­tillons avaient un taux de bacté­­ries hété­­ro­­tro­­phiques – qui indique le niveau de propreté dans un système de distri­­bu­­tion – en dessous des normes inter­­­na­­tio­­nales recom­­man­­dées, ce qui est bon signe. Toutes les marques de sachets ayant bonne répu­­ta­­tion quant à la qualité de leur eau « étaient 90 % moins suscep­­tibles de conte­­nir des bacté­­ries hété­­ro­­tro­­phiques ». Comme Osei, Stoler émet malgré tout quelques réserves sur les effets que peut avoir l’eau en sachet sur la santé. Certaines personnes ont tant besoin d’argent qu’elles tente­­ront leur chance avec une marque moins chère, si cela leur permet d’éco­­no­­mi­­ser quelques centimes à chaque fois qu’elles ont soif. On ne sait toujours pas avec préci­­sion de quelle façon le soleil affecte la qualité de l’eau quand sa chaleur tape sur les sachets que les marchands ambu­­lants trans­­portent sur leur tête dans des bassines en plas­­tique. Les rayons UV pour­­raient rendre l’eau plus propre en tuant les micro-orga­­nismes rési­­duels, tout comme ils pour­­raient faire fondre des éléments nocifs présents dans le plas­­tique qui se dissou­­draient alors dans l’eau. Stoler a égale­­ment trouvé dans quelques sachets des bacté­­ries Pseu­­do­­mo­­nas, qui peuvent être dange­­reuses pour certains consom­­ma­­teurs.

Il reste de gros progrès à faire dans l’éva­­cua­­tion des déchets plas­­tiques.

Le travail de Stoler prouve néan­­moins que les personnes qui boivent de l’eau en sachet sont en meilleure santé que ceux qui boivent de l’eau prove­­nant d’autres sources. Cela inclut une meilleure santé chez les femmes et moins de diar­­rhées chez les enfants, selon la popu­­la­­tion. Mais la qualité de l’eau en sachet sur le marché est toujours incer­­taine. Osei consi­­dère qu’il est peut-être temps que les auto­­ri­­tés ghanéennes inter­­­viennent et régulent l’in­­dus­­trie. Comme elle l’écrit dans une lettre adres­­sée au rédac­­teur en chef du jour­­nal Food Control : « Quand les robi­­nets seront assé­­chés, nous voulons que des mesures soient mises en place pour s’as­­su­­rer que l’eau en sachet que consomment nos compa­­triotes est aussi bonne pour leur santé que ce que nous espé­­rons. » Le Ghana est noyé dans le plas­­tique, et ironie du sort, les millions de sachets vendus chaque mois pour four­­nir une eau non-polluée ont dégradé l’état des cana­­li­­sa­­tions en bouchant les tuyaux, causant des inon­­da­­tions lors de la saison des pluies et favo­­ri­­sant la propa­­ga­­tion de mala­­dies hydriques. Les sachets ont peut-être résolu le problème d’ache­­mi­­ne­­ment de l’eau, mais il reste de gros progrès à faire dans l’éva­­cua­­tion des déchets plas­­tiques. La quan­­tité impres­­sion­­nante de déchets géné­­rés par les sachets dans les rues est une autre source d’inquié­­tude pour la popu­­la­­tion d’Ac­­cra. La gestion des déchets est un vrai problème dans le pays, et les sachets ont certai­­ne­­ment leur part de respon­­sa­­bi­­lité. Sur certaines plages, l’eau est remplie de sachets qui forment comme des essaims de méduses. On en voit partout en ville, et les campagnes de recy­­clage n’ont pas suffi à endi­­guer ce flot. Des centaines de tonnes de déchets plas­­tiques sont géné­­rées chaque jour au Ghana, majo­­ri­­tai­­re­­ment des sacs en plas­­tique non biodé­­gra­­dables.

~

Jeudi, à six heures du matin, l’équipe de livrai­­son de John­­nie Water se rend enfin à Able­­kuma, un quar­­tier pauvre à majo­­rité musul­­mane situé à la limite d’une Accra en constante expan­­sion. Je prends place à l’avant de leur petit camion avec Joe, le chauf­­feur, et Abra­­ham, leur vendeur âgé de 20 ans. « On est comme une famille », me dit Joe à propos de l’am­­biance qui règne chez John­­nie Water.

L'eau en sachet pose également le problème de la pollutionCrédits : Wikipedia
Comment se débar­­ras­­ser du plas­­tique de l’eau en sachet ?
Crédits : Wiki­­pe­­dia

Une famille qui n’a toujours pas accès à l’élec­­tri­­cité. Cela fait cinq jours qu’il n’y a pas de courant à Adusa, et il se dit qu’il faudra peut-être attendre encore un mois avant que la situa­­tion ne soit réta­­blie. Mais John­­nie Water a des concur­­rents dans la région, comme Clean Hand, Paci­­fic, Silk Ice et Pure Life. Alors, en milieu de semaine, ils ont mis en route le géné­­ra­­teur de secours pour avoir assez d’eau pour faire leur livrai­­son. Hassan, un jeune milieu de terrain qui attend d’être contacté pour passer profes­­sion­­nel au Qatar est assis à l’ar­­rière du camion avec les sachets. Les routes que nous parcou­­rons pour livrer l’eau sont truf­­fées de nids-de-poule profonds de 60 centi­­mètres, de boue et de cani­­veaux ouverts, et Joe doit éviter poulets, chiens, dindons, bus, moto­­cy­­clettes, vélos, voitures et piétons. Nous dépas­­sons des dizaines de boutiques bapti­­sées d’après des versets bibliques : Psaume 22 (« Sauve-moi de la gueule du lion et des cornes du buffle ! ») ou Apoca­­lypse 12 (« Ils l’ont vaincu à cause du sang de l’Agneau »). On peut sans doute lire l’in­­té­­gra­­lité du Nouveau Testament en passant devant les boutiques situées entre Adusa et Able­­kuma, et trou­­ver la foi affiche après affiche. Lors d’une jour­­née type, le camion fait deux courses et vend 200 sacs de 30 sachets à chaque voyage. Mais puisque l’élec­­tri­­cité a été coupée pendant long­­temps, ils n’ont que 170 sacs aujourd’­­hui et ne font qu’une tour­­née. Tandis que nous nous rendons d’un client à un autre, des gens arrêtent le camion pour ache­­ter un sac. Devant une boutique, deux femmes sont en train de se dispu­­ter. L’une veut ache­­ter 30 sacs, mais Abra­­ham ne peut lui en vendre que 15 car il a peur de ne plus avoir de sachets pour ses plus fidèles clients. « Les gens se battent pour cette eau », dit-il.

>strong>Clottey utilise les Kufuor pour dénoncer la situation du GhanaCrédits : Clottey
Clot­­tey utilise les Kufuor dans ses œuvres
Crédits : Clot­­tey

La boutique Showers of Bles­­sing achète un sac, celle de Ask Me Spot en prend deux, et la famille qui vit à côté en achète un égale­­ment. Une femme âgée portant un petit enfant prend un sac, et une femme qui vient de faire sa toilette en prend quatre. Un homme musul­­man, selon Joe un « très bon client », en achète quinze pour sa boutique, pas plus grande qu’un placard. Les clients se demandent pourquoi il y a un étran­­ger à bord du camion. Alors, Joe et les autres décident de tirer profit de ma présence : « S’ils nous voient avec toi, c’est le signe que nos produits sont de qualité », me dit Joe. Au bout d’une heure et demie, ils se rendent chez leur dernier client de la jour­­née, une boutique qui vend du pain, des sucre­­ries et quelques babioles. Le gérant veut ache­­ter 25 sacs, mais il n’en reste plus que 11. Nous prenons le chemin du retour avec un camion vide, en passant par un quar­­tier voisin appelé Agape, qu’ils traversent en géné­­ral lors de leur tour­­née l’après-midi. Un homme sort de sa maison et siffle pour que nous nous arrê­­tions, mais Joe conti­­nue de rouler, agitant le doigt à travers la fenêtre. « Il n’y a plus d’eau ! » dit Abra­­ham. Agape n’aura pas de John­­nie Water ce matin-là. Mais quand l’élec­­tri­­cité revien­­dra, Edward recom­­men­­cera à remplir les sachets et John­­nie Water repren­­dra ses deux tour­­nées quoti­­diennes. Leurs petites poches de plas­­tiques refe­­ront surface pour aider le Ghana à traver­­ser une autre jour­­née de chaleur suffo­­cante.


Traduit de l’an­­glais par Sophie Gino­­lin d’après l’ar­­ticle « The Cost of Pure Water », paru dans Mosaic. Couver­­ture : Le lac Volta, le plus grand réser­­voir d’eau douce du monde.

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