par Stingncaps | 2 octobre 2018

Au lende­­main de l’élec­­tion, le 8 novembre 2016, de Donald Trump, Ulyces faisait la rencontre de Cathe­­rine Jacob­­son, direc­­trice des essais cliniques de Tilray, filiale médi­­cale du groupe dédié à la commer­­cia­­li­­sa­­tion du canna­­bis Priva­­teer Holdings. Pour enta­­mer la discus­­sion, nous lui avions demandé comment elle se sentait après l’an­­nonce de la veille. « Je pense que c’est une excel­­lente nouvelle ! » avait-elle répondu avant de se pétri­­fier : « Oh… vous parlez de l’élec­­tion ? » Cathe­­rine Jacob­­son, elle, parlait du vote de l’Adult Use of Marijuana Act, qui auto­­ri­­sait l’usage récréa­­tif de la marijuana en Cali­­for­­nie. Et qui était en effet une « excel­­lente nouvelle » pour les entre­­prises telles que Priva­­teer Holdings. Jeff Sessions vu par GQ Crédits : GQ Plus d’un an après ce quiproquo, les deux événe­­ments qu’il imbrique semblent toujours étran­­ge­­ment liés. Car le jeudi 4 janvier 2018, soit trois jours seule­­ment après la mise en appli­­ca­­tion de l’Adult Use of Marijuana Act, le ministre de la Justice de Donald Trump, Jeff Sessions, annu­­lait les circu­­laires proté­­geant les États tels que la Cali­­for­­nie des pour­­suites de Washing­­ton. Pour lui, cette annu­­la­­tion signi­­fie « le retour de l’État de droit ». Mais pour l’in­­dus­­trie du canna­­bis, la déci­­sion de Jeff Sessions est conster­­nante. « Nous repré­­sen­­tons plus de 200 inves­­tis­­seurs qui viennent du monde entier, qui croient que la fin de la prohi­­bi­­tion est inévi­­table, et qui sont là pour rester », rappelle Priva­­teer Holdings sur son compte Twit­­ter. « Nous soute­­nons le droit des États à choi­­sir leurs propres légis­­la­­tions, ainsi que le nombre record d’élec­­teurs améri­­cains qui se sont expri­­més en faveur du canna­­bis léga­­lisé et régle­­menté. » Son président-direc­­teur géné­­ral, Bren­­dan Kennedy, rappelle quant à lui que « le canna­­bis léga­­lisé et régle­­menté » repré­­sente 122 000 emplois à plein-temps aux États-Unis. « Nous sommes des fermiers, des vendeurs d’élec­­tri­­cité, des proprié­­taires de jardi­­ne­­ries, des jour­­na­­listes, des écono­­mistes, des scien­­ti­­fiques », précise Bruce Barcott, rédac­­teur en chef adjoint du média spécia­­lisé Leafly (propriété de Priva­­teer Holdings). « Nous sommes vos amis, vos voisins, et vos élec­­teurs. » Cela n’a pas échappé à Cory Gard­­ner, séna­­teur répu­­bli­­cain du Colo­­rado, État qui a, comme la Cali­­for­­nie, léga­­lisé le canna­­bis récréa­­tif. « Sans même préve­­nir le Congrès, le minis­­tère de la Justice a piétiné la volonté des élec­­teurs du Colo­­rado et d’autres États », a-t-il en effet souli­­gné, ajou­­tant qu’il pren­­drait « toutes les mesures néces­­saires » pour combattre la déci­­sion de Jeff Sessions. Cory Gard­­ner est d’au­­tant plus mécon­tent qu’il croyait avoir obtenu l’as­­su­­rance du ministre de la Justice qu’il respec­­te­­rait le droit des États à tran­­cher la ques­­tion de la léga­­li­­sa­­tion du canna­­bis. Cette posi­­tion a d’ailleurs été celle de Donald Trump durant la campagne prési­­den­­tielle. « Pour ce qui est de la marijuana et de sa léga­­li­­sa­­tion, je pense que cela relève des États, État par État », disait-il au Washing­­ton Post dès octobre 2015, tout en se prononçant en faveur de la léga­­li­­sa­­tion du canna­­bis médi­­cal : « Je pense que le canna­­bis médi­­cal devrait être auto­­risé. N’est-ce pas ? Je pense que oui. » Jeff Sessions, en revanche, n’a jamais caché sa détes­­ta­­tion du canna­­bis, quel qu’il soit. Les circu­­laires Cole D’après le New York Times, M. Sessions est le genre d’homme à dire, en guise de plai­­san­­te­­rie, qu’il pensait que la tris­­te­­ment célèbre orga­­ni­­sa­­tion supré­­ma­­ciste blanche du Ku Klux Klan était « OK, avant de décou­­vrir que ses membres fumaient de la weed ». Il est en tout cas le genre d’homme à dire que « les bonnes personnes ne fument pas de marijuana ». Lors d’une audi­­tion parle­­men­­taire en avril 2017, il a égale­­ment affirmé que les États-Unis avaient « besoin d’adultes au pouvoir à Washing­­ton pour dire que la marijuana n’est pas le genre de choses qu’il faut léga­­li­­ser, que le fait que c’est en réalité un grand danger ne devrait pas être mini­­misé ». Et il s’en est direc­­te­­ment pris à Barack Obama : « L’un de ses grands échecs, cela me semble évident, se trouve dans la désin­­vol­­ture de ses commen­­taires sur la marijuana. Il a mis un terme à près de 20 ans d’hos­­ti­­lité envers les drogues, laquelle a vrai­­ment débuté lorsque Nancy Reagan a commencé la campagne “Just Say No”. »

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