par Victor Gurrey | 9 octobre 2014

8 mars 2013, minuit. Au bout de la route, un halo orangé signale un hori­­zon jusqu’a­­lors invi­­sible. Deadhorse. Tempé­­ra­­ture exté­­rieure : – 25 °C. Le camion a roulé quatorze heures sur la Dalton High­­way. Il repren­­dra la route en sens inverse demain matin.

Dave Hylton

Nous péné­­trons au pas dans une ville de métal congelé, si déserte qu’on la croi­­rait morte. L’éclai­­rage arti­­fi­­ciel est l’unique indice de présence humaine, mais la lumière même semble figée par le froid. Des hommes ont établi leur colo­­nie sur une lune de glace pétro­­li­­fère, y ont percé leurs puits, érigé leurs derricks. Une tour d’acier clignote dans un ciel plus noir que le vide. Dans le laby­­rinthe de la base, Jack trouve le hangar d’avia­­tion où nous avons rendez-vous. De l’homme qui nous attend, nous savons seule­­ment qu’il est cher­­cheur d’or.


Dave « Dave Hylton apparaît à la porte du bâtiment. » Crédits : Victor Gurrey
Dave
« Dave Hylton appa­­raît à la porte du bâti­­ment. »
Crédits : Victor Gurrey

Dave Hylton appa­­raît à la porte du bâti­­ment. Massif, en salo­­pette et blou­­son de grosse toile moutarde. Sur la tôle du hangar, un aver­­tis­­se­­ment : « Fermez la porte ! Ours ! » À l’in­­té­­rieur, l’odeur de mazout est aussi violente que le froid. Nous parta­­ge­­rons avec le cher­­cheur d’or quelques mètres carrés d’un préfa­­briqué atte­­nant. Lui aussi est en tran­­sit à Prud­­hoe Bay. Il connaît la zone pour y avoir passé l’es­­sen­­tiel de ses trente-sept ans de carrière, d’abord soudeur, chef soudeur puis coor­­di­­na­­teur d’équipes. Il est de retour de son Texas natal. À Deadhorse, il est venu ache­­ter l’équi­­pe­­ment de la mine dont il diri­­gera bien­­tôt les opéra­­tions, quelque part au sud des Brooks, pour le compte d’un entre­­pre­­neur du Montana. Dès le lende­­main, il nous invite à le suivre. L’es­­sen­­tiel de la zone pétro­­lière est acces­­sible depuis la sortie nord de la ville, là où des check points contrôlent l’ac­­cès à l’océan. Mais sans auto­­ri­­sa­­tion spéciale, pas d’ac­­cès aux vingt-sept gise­­ments exploi­­tés, vingt aéro­­dromes, vingt-huit usines, trente-six mines de gravier, huit cents kilo­­mètres de routes, neuf cents kilo­­mètres d’oléo­­ducs, quatre mille huit cents puits… Seul le péri­­mètre de Deadhorse est auto­­risé au public. Au volant de son pick-up Dave s’im­­pro­­vise guide. « C’est une ville où il n’y a pas d’en­­fants », dit-il d’abord. Ses trois filles et son fils sont loin, à Hous­­ton. Nous allons assis­­ter au char­­ge­­ment sur semi-remorque du bull­­do­­zer qu’il vient d’ac­qué­­rir. Depuis le siège de ce trac­­teur à chenilles où il vient de s’ins­­tal­­ler, Dave me fait signe d’ap­­pro­­cher. Il me hisse près de lui, place mes pieds sur les pédales, me confie les manettes et, d’une voix rassu­­rante, donne ses instruc­­tions. Je dirige le monstre ! Il rit. Dave montre les conte­­neurs d’ha­­bi­­ta­­tion, les réser­­voirs de fuel et les traî­­neaux d’acier que ses trois bull­­do­­zers emmè­­ne­­ront à travers la toun­­dra gelée jusqu’au site de sa mine au creux des montagnes, à l’orée du parc natu­­rel Arctic Natio­­nal Wild­­life Refuge, cent trente kilo­­mètres à l’est de Cold­­foot. « Il faudra venir voir par vous-mêmes cet été, vous pour­­rez arri­­ver en avion quand on aura tracé une belle piste ! » Il pour­­suit la visite guidée dans les ateliers, les hangars, les « camps » et le grand maga­­sin de chan­­tier de Deadhorse, opéra­­tion­­nels vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Un brouillard givrant dépose son voile de nacre sur cette cité indus­­trielle enchâs­­sée dans la neige. Il efface les aspé­­ri­­tés de la ferraille, gomme la poix et la graisse de ses rouages. La fumée qui s’échappe des machines et des construc­­tions semble faite du même air que la buée produite par le souffle des hommes. Nous oublions l’odeur du pétrole et de l’acier.

Il porte une salo­­pette de travail en toile épaisse, un blou­­son de même facture et d’énormes croque­­nots. Seule varie la couleur de la barbe.

Un contin­gent de pick-up est bran­­ché à la matrice d’un bâti­­ment qui main­­tient la chaleur de leurs moteurs. Un bus dépose des travailleurs de retour du champ pétro­­lier. Ils se hâtent à l’in­­té­­rieur. Prud­­hoe Bay pour­­voit six mille postes, occu­­pés en alter­­nance par des cadres et des ouvriers venus en majo­­rité des lower 48 – le nom donné en Alaska aux États-Unis conti­­nen­­taux. Les ouvriers, une armée de clones. Ce même indi­­vidu répliqué à l’in­­fini : un homme de type cauca­­sien, barbu, aux joues rougies par le froid du terrain ou la chaleur des cantines, des pognes plutôt que des mains et soli­­de­­ment bâti. Il porte une salo­­pette de travail en toile épaisse, un blou­­son de même facture et d’énormes croque­­nots. Seule varie la couleur de la barbe. Brune, blonde ou rousse, celle du chee­­chako la bleu­­saille. Poivre et sel, celle du sour­­dough – le vieux de la vieille. Dave appar­­tient à la seconde caté­­go­­rie. Un détail quasi­­ment imper­­cep­­tible le distingue des autres : il porte une paire de prothèses audi­­tives. Il est sourd de nais­­sance.

Le soleil du Grand Nord

Comme à l’usine ou au bloc opéra­­toire, le port des chaus­­sons jetables est obli­­ga­­toire à l’in­­té­­rieur des hôtels pour travailleurs. Dans les couloirs, on a affi­­ché des photos du pipe­­line. Des scènes esti­­vales. Des trou­­peaux de cari­­bous pais­­sant sur une toun­­dra rousse non loin de l’oléo­­duc. « Les cari­­bous ont appris à coexis­­ter avec les instal­­la­­tions pétro­­lières », affirme Dave. À sa manière, cet authen­­tique oilman est un amou­­reux de la nature. « L’Arc­­tique est le plus bel endroit où il m’ait été donné de travailler, dit-il, les étés d’ici valent qu’on y passe l’hi­­ver. » Lorsque le soleil ne se couche plus sur le Grand Nord, Dave ne quitte ses chan­­tiers que pour s’aven­­tu­­rer dans la toun­­dra, équipé d’un collier à appeaux, d’ap­­pa­­reils photo dernier cri et d’une canne à pêche. « J’ai passé plus de temps dans le Slope que la majo­­rité de ceux qui travaillent ici ! » Le « Slope », c’est ainsi que les Blancs de Prud­­hoe Bay nomment cette vaste contrée où ils ne vivent que pour gagner un salaire qu’ils dépen­­se­­ront ailleurs. Ce terri­­toire n’a pas de fron­­tières offi­­cielles, contrai­­re­­ment au comté du North Slope. Sa réalité procède de l’usage qui est en est fait : le forage et, pour ce qui concerne Dave, la photo­­gra­­phie et la pêche. Ce monde se super­­­pose à celui des Iñupiat et ne semble s’y confondre que pour l’écra­­ser.

Pipeline « Je n’ai pas besoin de sortir, j’ai tout ce qu’il me faut ici ! » Crédits : Victor Gurrey
Pipe­­line
« Je n’ai pas besoin de sortir, j’ai tout ce qu’il me faut ici ! »
Crédits : Victor Gurrey

Les semblables de Dave profitent de leur temps libre, deux ou trois semaines de vacances succé­­dant à la même durée d’em­­bauche, pour retrou­­ver leurs foyers. Ils migrent aussi loin que le sud des États-Unis. Lui reste. Il s’est initié à la chasse en décou­­vrant l’Alaska, mais assure ne plus utili­­ser de fusil que pour effrayer le grizzli. Selon lui, les animaux sauvages sont dans la nature pour que les hommes puissent y appré­­cier leur beauté. « Certaines personnes veulent un trophée de chasse au mur, moi je prends juste une photo. » Ce même homme s’ap­­prête à exca­­ver à la pelle­­teuse le lit d’une rivière, une conces­­sion de vingt kilo­­mètres carrés – « Une assez petite mine », dit-il –, pour y arra­­cher des tonnes de cailloux, en quête de métal doré. Et cela pendant sept saisons au moins, si le filon se révèle bon. Il décrit le tracé ingé­­nieux de la piste menant à la mine : à l’aide des bull­­do­­zers, remplir de terre et de gravier le lit de ruis­­seaux, tasser, passer. Tout serait telle­­ment plus simple si Dave était un sale type anti­­pa­­thique. Seule­­ment, il a ces bons yeux, un peu énamou­­rés quand il nous regarde. Le soir, il chausse des lunettes de lecture et finit par s’en­­dor­­mir, son diction­­naire de géolo­­gie posé sur son gros ventre. Au matin, il a préparé le café en prenant soin de ne pas trou­­bler notre sommeil. Il revient de la cantine la plus proche les bras char­­gés de vivres, glisse des barres de céréales dans les poches de nos parkas. Dave évoque souvent les « acti­­vistes écolo­­gistes ». En cela, il devance la plupart de nos ques­­tions, sans pour autant parve­­nir à nous convaincre. Parce que, soudain, il se met à parler comme un commu­­niqué de presse. « Tout le monde est atten­­tif à la protec­­tion de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment, ici. Les écolo­­gistes qui ne veulent pas nous voir forer et disent qu’on détruit l’en­­vi­­ron­­ne­­ment au nom du profit. Mais en réalité, les compa­­gnies pétro­­lières dépensent beau­­coup de temps dans des forma­­tions et de la docu­­men­­ta­­tion pour une bonne gestion de la nature, en fait elles ont déve­­loppé une forme… d’ex­­cel­­lence. » On dit qu’un déver­­se­­ment d’hy­­dro­­car­­bure à lieu chaque jour à Prud­­hoe Bay. « S’il y a beau­­coup de déver­­se­­ments, c’est que chaque événe­­ment de ce genre doit être déclaré à l’État et aux fédé­­raux, même pour un seul litre », proteste Dave, de ce timbre toujours apai­­sant qui est le sien. Il raconte que beau­­coup de « mauvaises choses » sont arri­­vées, des acci­­dents dus à des erreurs humaines ou à la corro­­sion qui ronge les équi­­pe­­ments. Mais tout cela appar­­tien­­drait au passé. Les compa­­gnies pétro­­lières fautives ont été pour­­sui­­vies en justice, ont dû payer de lourdes amendes (En mars 2006, British Petro­­leum a décou­­vert une fuite due à la corro­­sion sur un oléo­­duc de Prud­­hoe Bay. Près de huit cent mille litres de pétrole s’étaient déver­­sés, macu­­lant 0,8 hectare de terrain et causant une des pires pollu­­tions de l’his­­toire de la région. BP s’est acquitté d’une amende de vingt millions de dollars. La même année, une autre fuite était signa­­lée quelques mois après la première. Deux exemples parmi d’autres.) Depuis, les stan­­dards auraient été amélio­­rés. « Aujourd’­­hui, Prud­­hoe Bay est un meilleur champ pétro­­lier, assure Dave, l’en­­vi­­ron­­ne­­ment va mieux qu’a­­vant. Mais l’un des problèmes qui demeurent ici, c’est que les infra­s­truc­­tures et les pipe­­lines vieillis­­sent… Du coup, bien plus d’argent doit être investi dans l’éva­­lua­­tion du risque, il y a beau­­coup plus d’ins­­pec­­tions qu’au­­tre­­fois : si un tuyau fatigue, il faut essayer d’an­­ti­­ci­­per avant qu’il ne lâche. » Lorsque les gise­­ments de Prud­­hoe Bay furent décou­­verts, leur « espé­­rance de vie » fut esti­­mée à trente ans. Quarante ans auront bien­­tôt passé et, comme prévu, la produc­­tion décroît. « L’ex­­ploi­­ta­­tion de Prud­­hoe Bay est très coûteuse, si ça conti­­nue comme ça, ils fini­­ront par virer des gens. » Cinq cent mille barils en moyenne sont envoyés dans le pipe­­line chaque jour contre deux millions lors du pic de produc­­tion à la fin des années 1980. D’où l’in­­té­­rêt toujours renou­­velé pour les gise­­ments supplé­­men­­taires dispo­­nibles, les plus promet­­teurs se situant en plein océan.

De nos jours, explique Dave, le record de forage hori­­zon­­tal est de neuf kilo­­mètres.

Dave attrape une feuille de papier et un stylo sur la table de son bureau dans le préfa­­briqué. Il dessine une île arti­­fi­­cielle de forage. Vue de haut : il figure le bâti­­ment du collec­­teur et les cubes de tôle abri­­tant les têtes de puits. Vus de côté, les puits sont de grandes pattes d’arai­­gnée plon­­geant dans des eaux peu profondes puis à trois mille mètres dans le sous-sol marin. Il existe cinq îles de ce type pompant le brut de Prud­­hoe Bay, en mer de Beau­­fort, à moins de dix kilo­­mètres de la côte. Le pétrole est ache­­miné à terre par pipe­­line, sur un isthme de gravier tout aussi arti­­fi­­ciel, ou via oléo­­duc sous-marin à double paroi. Dave a travaillé à bord de Liberty, une sixième plate­­forme insu­­laire fina­­le­­ment aban­­don­­née par son opéra­­teur British Petro­­leum pour cause de compli­­ca­­tions tech­­niques et de manque­­ments à la régle­­men­­ta­­tion fédé­­rale. Nouveau schéma. Cette fois, les puits du gise­­ment Liberty courent à l’ho­­ri­­zon­­tale, jusqu’à quatorze kilo­­mètres, bien au-delà du bord de la feuille de papier. De nos jours, explique Dave, le record de forage hori­­zon­­tal est de neuf kilo­­mètres. Au-dessus de son île, dans le blanc de la feuille, Dave esquisse une plate­­forme flot­­tante surmon­­tée d’un derrick. De celles qui sont utili­­sées par Shell pour ses forages explo­­ra­­toires jusqu’à cent kilo­­mètres au large, en mer des Tchouktches. À mon grand éton­­ne­­ment, il dit que la plupart des tech­­no­­lo­­gies actuelles ne sont pas assez fiables pour forer en toute sécu­­rité aussi loin et aussi profond dans l’océan Arctique. Le risque serait trop impor­­tant. « Il serait très compliqué de nettoyer un déver­­se­­ment sur ou sous la glace. Ils ne savent pas encore comment faire. » Le prix du pétrole augmen­­tant, augure Dave, cela compen­­sera les inves­­tis­­se­­ments néces­­saires. Les compa­­gnies pétro­­lières iront offshore quoi qu’il arrive.

Camp Aurora

Le « camp Aurora » a des allures de paque­­bot de croi­­sière tout neuf. Murs blancs, moquette bleue. Lobby, restau­­rants et cabines. Six cents passa­­gers. Cette unité d’ha­­bi­­ta­­tion abrite notam­­ment les bureaux de la compa­­gnie British Petro­­leum – prin­­ci­­pal opéra­­teur de Prud­­hoe Bay – et la zone vie de ses employés. Michelle, une petite blonde éner­­gique, fait partie de ceux-ci. British Petro­­leum et Cono­­coP­­hil­­lips affrètent pour leur person­­nel trois vols char­­ters par jour à desti­­na­­tion d’An­­cho­­rage. Elle est char­­gée du plan­­ning de rota­­tion des équipes. Dave et Michelle ont été collègues pendant cinq ans à bord de Liberty. Nous dînons ensemble à la cantine d’Au­­rora. Pres­­sion sur le flacon de lotion désin­­fec­­tante, distri­­bu­­tion de gants et char­­lotte à jeter une fois son plateau garni au self-service. Au menu ce lundi soir : côtes de porc à la sauce barbe­­cue, en sus de multiples salades, accom­­pa­­gne­­ments, viandes, jus, sodas et desserts au choix. Le dimanche, c’est soirée côte de bœuf et bava­­roise à la fraise. Le mercredi, on mange du steak et de la tarte aux prunes. « Comme ça, tu te souviens du jour de la semaine ! » dit Michelle.

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Shot­­gun
« Ils migrent aussi loin que le sud des États-Unis. Lui reste. »
Crédits : Victor Gurrey

À Aurora, sans le bœuf et les prunes, le mercredi serait iden­­tique au dimanche qui ressemble au lundi, on y perdrait son compte. Michelle travaille à Prud­­hoe Bay douze heures par jour, sept jours sur sept, deux semaines par mois depuis treize ans. Été comme hiver, elle ne quitte pas le camp. « Je n’ai pas besoin de sortir, j’ai tout ce qu’il me faut ici ! » Boutique, salle de gym, cantine, fumoir. Elle partage sa chambre avec une parte­­naire qui prend sa place toutes les quin­­zaines. Michelle et Cindy ont choisi ensemble la déco­­ra­­tion. Elles ont enca­­dré quelques photos, variantes d’une même vue : un volet bleu ouvert sur la plage, les coco­­tiers et un lagon émeraude. Michelle dit qu’il lui serait diffi­­cile de travailler ailleurs. « Ici, inutile de t’ha­­biller en tailleur et talons hauts pour aller au bureau, pas besoin de mettre de l’es­­sence dans ton véhi­­cule – on le fait pour toi –, et avec ça tu as six mois de vacances par an ! » Et puis, le Slope est aussi une grande famille. Michelle n’a pas d’en­­fants, seule­­ment un petit chien qui l’at­­tend à Ancho­­rage. « – J’ai flirté avec un mec à Prud­­hoe jusqu’à ce que je réalise qu’il avait une autre copine en ville et une femme dans le Colo­­rado ! dit-elle en riant. – C’est courant ici, explique Dave, les hommes prennent une femme-du-Slope alors qu’ils ne changent rien de leur vie de famille chez eux… Est-ce que cela fait d’eux de mauvaises personnes ? Parfois le gars divorce et prend pour épouse sa femme-du-Slope. En fait, beau­­coup de mariages ne survivent pas à cette vie. – L’Alaska, c’est diffé­rent des lower 48, et le Slope c’est encore autre chose », renché­­rit Michelle. Pour les Blancs de Prud­­hoe Bay, quit­­ter le Slope signi­­fie un retour au « monde réel ». Les Iñupiat ont une percep­­tion exac­­te­­ment inverse : l’Arc­­tique serait le seul monde réel par oppo­­si­­tion au « monde exté­­rieur ». Quand Michelle apprend que nous comp­­tons nous rendre dans les villages, elle tord la bouche : « Oh oui, j’y suis déjà allée pour le boulot, je les connais ces villages où il n’y a même pas de route pour aller et surtout pas de route pour partir ! »

Glen Roy Payne nous offre un tour de cartes en faisant chan­­ter son accent du sud.

Alors qu’elle vient d’al­­lu­­mer sa ciga­­rette mentho­­lée, je tente de préci­­ser le but de notre expé­­di­­tion et, dès l’in­­tro­­duc­­tion, je commets l’er­­reur de pronon­­cer deux mots : « chan­­ge­­ment clima­­tique ». Michelle et Dave se raidissent, jettent des coups d’œil inquiets dans le nuage de tabac du fumoir. Nous ne sommes pas seuls. Michelle écrase tout de suite sa ciga­­rette et suggère une visite de la quiet room – litté­­ra­­le­­ment : la salle silen­­cieuse –, autre­­ment dit, la salle de repos. Un faux feu brûle dans une fausse chemi­­née. De profonds fauteuils en simili cuir et une rangée de sièges incli­­nables calés contre une large baie vitrée forment un décor de salon VIP pour hall d’em­­barque­­ment. Glen Roy Payne, un chef de chan­­tier origi­­naire de Loui­­siane, nous offre un tour de cartes en faisant chan­­ter son accent du sud. Deux hommes jouent au ping-pong. Michelle raconte que des gars ont vu rôder un loup autour de Deadhorse. « Tu es sûre que ce n’est pas ce grand chien jaune ? » demande Dave, dubi­­ta­­tif. Derrière la vitre, le monde s’ef­­face douce­­ment. Ciel et neige sont bien­­tôt happés par un même néant blanc. Un renard polaire galope à travers la plaine, fuyant un péril que lui seul semble perce­­voir.

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Paysage d’Alaska
« Un renard polaire galope à travers la plaine, fuyant un péril que lui seul semble perce­­voir. »
Crédits : Victor Gurrey

Cette histoire est adaptée du repor­­tage graphique Une saison de chasse en Alaska, paru aux éditions Paul­­sen.

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