Les emojis se sont peu à peu intégrés dans nos conversations écrites, au point de parfois faire de l’ombre aux langues verbales.

Pour marquer le « World Emoji Day » le 17 juillet dernier, les principaux intéressés, c’est-à-dire les réseaux sociaux et les fournisseurs de messageries instantanées, ont rivalisé d’ingéniosité. Apple a annoncé l’arrivée prochaine de nouveaux emojis sur les plateformes iOS, macOS et watchOS. Parmi eux se trouvent une femme voilée, une autre donnant le sein à son bébé, un sandwich, une noix de coco, un zombie et un elfe. Twitter a proposé à ses utilisateurs de voter pour choisir leur propre nouveauté. C’est le « dab », mouvement de danse popularisé en France par le footballeur Paul Pogba, qui a été élu. Mark Zuckerberg a pour sa part publié une infographie nous apprenant que sa plateforme ressemble à une histoire d’amour : on s’y montre niais et on y verse des larmes. En effet, les quatre emojis les plus utilisés sur Facebook sont, dans l’ordre, l’emoji qui pleure de rire, l’emoji aux yeux en forme de cœur, l’emoji qui envoie un baiser en forme de cœur, et l’emoji qui pleure de rire en inclinant la tête.

Quelques-uns des emojis du prochain update d’Apple

Quant à Jeremy Burge, fondateur du site Emojipedia, il a publié des pictogrammes représentant deux très célèbres roux, l’actrice Jessica Chastain et le chanteur Ed Sheeran, alors même que la rousseur a longtemps été méprisée par les créateurs d’emojis. Au grand dam de certains utilisateurs. 21 000 d’entre eux ont même signé une pétition demandant à Apple et au Consortium Unicode, l’association qui coordonne le développement du code, de faire enfin une place à cette couleur de cheveux. « Malgré la récente “diversification” ethnique et sexuelle des emojis d’Apple qui vont paraître avec la prochaine mise à jour d’ iOS, il y a toujours un important groupe de gens manquant à la famille des emojis qui s’élargit avec 300 nouveaux symboles », affirme la pétition en question. « Les roux. Dans toute leur glorieuse rousseur, ils ont été oubliés. Une fois de plus. Si vous dites que vous allez diversifier, pourquoi ne pas ajouter quelques emojis roux à l’ensemble ? »

Message vraisemblablement reçu en janvier dernier, lorsque le Consortium Unicode et Apple ont organisé une réunion à San Francisco pour discuter de la création de pictogrammes représentant des personnes rousses. Mais d’où viennent tous les autres emojis et pourquoi ont-ils envahi nos conversations écrites ? Constituent-ils un langage à part entière ?

Le smiley et le clin d’œil

Comme le souligne Pierre Halté, docteur en sciences du langage, « les premiers pictogrammes à accompagner des textes pour expliciter les émotions du locuteur sont nés avec les premiers logiciels de messagerie instantanée, les chats ». C’est-à-dire au début des années 1970, dans une université de l’Illinois. « Dès cette époque, on trouve des icônes représentant des sourires et des expressions de tristesse. » Dix ans après apparaissent les émoticônes constituées de signes de ponctuation. « Pour représenter un sourire, par exemple, on utilise le double point et une parenthèse de fermeture. » Une symbolisation qui s’inscrit dans une longue tradition de détournement de la ponctuation. En 1881, des journalistes du magazine américain satyrique Puck s’en servent dans un article pour essayer…

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