par Adam Piore | 5 juillet 2016

Anti-âge

La porte brune du bureau de Joon Yun passe faci­­le­­ment inaperçue, entre un tein­­tu­­rier et un salon de coif­­fure au deuxième étage d’un immeuble du centre-ville de Palo Alto, Cali­­for­­nie. À elle seule, l’adresse en dit long : le 475 Univer­­sity Avenue, au cœur d’un quar­­tier parti­­cu­­lier dans le monde des start-ups de la Sili­­con Valley. A quelques minutes à pied des sièges de PayPal, Face­­book et Google. Étran­­ge­­ment, les ambi­­tions de ces multi­­na­­tio­­nales sont bien plus modestes que les idées sur lesquelles travaille Yun. J’ai été guidé ici par Sonia Arri­­son. Spécia­­liste de la Sili­­con Valley, elle a accepté de me faire décou­­vrir un univers peuplé de riches utopistes qui partagent une même convic­­tion : la révo­­lu­­tion de l’es­­pé­­rance de vie est en marche. Nous nous rendons au bureau de Yun pour comprendre pourquoi et comment lui et ses parte­­naires influents prévoient de « guérir » le vieillis­­se­­ment. C’est à dire prolon­­ger le temps que l’homme passe en bonne santé de plusieurs dizaines d’an­­nées. Peut-être de centaines.

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Joon Yun
Crédits : drjoo­­nyun.com

Cet élégant méde­­cin d’une quaran­­taine d’an­­nées est égale­­ment un impor­­tant gestion­­naire finan­­cier de la Sili­­con Valley. Ce rêve ambi­­tieux le pour­­suit depuis ses études sur les bancs d’Har­­vard. « Je fais le pari que le vieillis­­se­­ment est un code », m’ex­­plique-t-il, assis à l’autre extré­­mité d’une table de confé­­rence lustrée. « Un code qu’il est possible de cracker et de pira­­ter. L’ap­­proche actuelle de la santé repose sur un allè­­ge­­ment de vos symp­­tômes jusqu’à ce que la mort vous délivre. On soigne les mala­­dies dues au vieillis­­se­­ment, mais on ne traite pas le proces­­sus qui en est respon­­sable. La méde­­cine fait du bon boulot pour que les gens vivent mieux et plus long­­temps, mais le vieillis­­se­­ment reste pour le moment inéluc­­table. »

En 2014, Yun a créé la fonda­­tion Race Against Time (« Course contre le temps ») ainsi que le prix Palo Alto, qui prévoit une récom­­pense d’un million de dollars pour l’équipe qui sera capable de ralen­­tir le vieillis­­se­­ment et d’al­­lon­­ger l’es­­pé­­rance de vie d’un mammi­­fère de 50 %. « Nous avons besoin de gens qui réalisent des progrès scien­­ti­­fiques sur le long-terme et d’autres qui font des paris plus risqués. Pour moi, il est impos­­sible que la ques­­tion du vieillis­­se­­ment reste indé­­fi­­ni­­ment sans réponse. » L’idée que la recherche scien­­ti­­fique s’em­­pa­­rera bien­­tôt du phéno­­mène est large­­ment répan­­due dans la Sili­­con Valley. Le langage utilisé par Yun pour décrire son rêve, en parti­­cu­­lier l’em­­ploi du mot « guérir », hérisse le poil des cher­­cheurs conven­­tion­­nels du secteur. Pour­­tant, ils sont peu à se plaindre de l’in­­té­­rêt des magnats de la Sili­­con Valley pour la méde­­cine. Depuis plusieurs années, les orga­­nismes publics de santé tels que le Natio­­nal Insti­­tutes of Health (NIH) ne consacrent qu’une part symbo­­lique de leur budget à la recherche sur le vieillis­­se­­ment. Ce sont clai­­re­­ment les finan­­ce­­ments privés, nour­­ris par de grandes ambi­­tions, qui galva­­nisent le secteur.

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Les bureaux de l’El­­li­­son Medi­­cal Foun­­da­­tion
Crédits : www.jidk.com

L’Elli­­son Medi­­cal Foun­­da­­tion a investi pas loin de 400 millions de dollars dans la recherche sur la longé­­vité. Larry Elli­­son, le fonda­­teur d’Oracle, a confié à son biographe que la mort le mettait « très en colère ». Peter Thiel, co-fonda­­teur de PayPal et venture capi­­ta­­list renommé, a quant à lui contri­­bué au finan­­ce­­ment de la SENS Research Foun­­da­­tion, une orga­­ni­­sa­­tion qui s’in­­té­­resse à la longé­­vité, qu’il co-préside avec Aubrey de Grey. Ce géron­­to­­logue britan­­nique soutient qu’un jour, nous serons capables de ralen­­tir le vieillis­­se­­ment et d’aug­­men­­ter l’es­­pé­­rance de vie humaine à l’in­­fini. C’est encore Sonia Arri­­son, amie de longue date de Peter Thiel, qui est à l’ori­­gine de leur rencontre.

Calico

En 2013, les fonda­­teurs de Google lancent Calico, la contrac­­tion de Cali­­for­­nia Life Company, une entre­­prise consa­­crée à la recherche sur le vieillis­­se­­ment et les mala­­dies connexes. Un an plus tard, Calico se rapproche de la société biophar­­ma­­ceu­­tique AbbVie, avec laquelle elle décide d’in­­ves­­tir 1,5 milliards de dollars dans le déve­­lop­­pe­­ment de théra­­pies anti-vieillis­­se­­ment. « En s’ap­­puyant sur une réflexion auda­­cieuse à long terme sur la santé et les biote­ch­­no­­lo­­gies, je suis convaincu que nous pouvons amélio­­rer des millions de vies », a déclaré Larry Page, co-fonda­­teur de Google. Dans son bureau du Presi­­dio, l’an­­cienne base mili­­taire qui surplombe la baie de San Fran­­cisco, Lindy Fish­­burne explique que la quête d’éter­­nité a tout son sens dans la Sili­­con Valley. C’est une des fidèles conseillères de Peter Thiel. « Notre culture de l’in­­gé­­nie­­rie nous pousse à construire petit à petit la solu­­tion. Car il doit bien y avoir une », dit-elle. « Cette culture s’ac­­com­­pagne d’un opti­­misme qu’on ne trouve que dans la Sili­­con Valley. »

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« Google peut-il en finir avec la mort ? »

L’objec­­tif des titans de la Sili­­con Valley n’est pas de prolon­­ger l’es­­pé­­rance de vie en combat­­tant les cancers, les mala­­dies cardiaques, Alzhei­­mer et toutes les autres affec­­tions auxquelles la plupart d’entre nous succombent. Leur véri­­table ambi­­tion est d’uti­­li­­ser la biolo­­gie molé­­cu­­laire pour déco­­der les méca­­nismes qui se cachent derrière le vieillis­­se­­ment lui-même – le prin­­ci­­pal facteur de risque dans toutes les mala­­dies citées – et ralen­­tir sa course. Au cours des dernières années, les scien­­ti­­fiques ont fait d’in­­dé­­niables progrès dans le déco­­dage du méta­­bo­­lisme cellu­­laire, qui se dégrade avec l’âge. Les médias ont ampli­­fié ce phéno­­mène en faisant de leurs recherches la nouvelle fontaine de Jouvence. « Google peut-il en finir avec la mort ? » titrait le maga­­zine Time en 2013. Les vieux bris­­cards de la recherche scien­­ti­­fique sur le vieillis­­se­­ment se crispent à l’évo­­ca­­tion du fameux concept d’im­­mor­­ta­­lité. À l’heure actuelle, même les études les plus avan­­cées en matière de biolo­­gie molé­­cu­­laire – y compris celles menées par les poin­­tures recru­­tées par Google pour gros­­sir les rangs de Calico – ne garan­­tissent pas de débou­­cher sur un remède au vieillis­­se­­ment ; encore moins à la mort. Le battage média­­tique autour de l’im­­mor­­ta­­lité « a un impact néga­­tif, car il donne l’im­­pres­­sion que nous nous concen­­trons sur quelque chose d’in­­fai­­sable », déclare Felipe Sierra, respon­­sable du dépar­­te­­ment biolo­­gie du vieillis­­se­­ment au sein du NIH.

Cette surmé­­dia­­ti­­sa­­tion occulte les études signi­­fi­­ca­­tives des méca­­nismes du vieillis­­se­­ment. « L’as­­pect posi­­tif de la chose, c’est que les gens commencent à comprendre que notre objec­­tif est d’amé­­lio­­rer la santé de tous et pas seule­­ment celle des patients atteints d’une mala­­die spéci­­fique. Il s’agit d’une approche plus holis­­tique. » L’im­­pli­­ca­­tion de la Sili­­con Valley et des inves­­tis­­seurs privés a un impact plus profond. Ils ont fait virer de bord la recherche toute entière, détour­­nant son atten­­tion du trai­­te­­ment des affec­­tions qui surviennent avec l’âge au profit de l’étude des méca­­nismes qui sous-tendent le vieillis­­se­­ment lui-même. Certains scien­­ti­­fiques et cher­­cheurs spécia­­li­­sés voient l’en­­trée de ces capi­­taux comme une révo­­lu­­tion, notam­­ment d’un point de vue cultu­­rel. Selon eux, elle peut-être béné­­fique.

Le stade dauer

Pendant des décen­­nies, la recherche sur le vieillis­­se­­ment est restée un champ d’étude obscur et mal-aimé, enta­­ché par des décla­­ra­­tions infon­­dées et des pratiques bâclées.

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Gary Ruvkun
Crédits : Lasker Award

Gary Ruvkun, spécia­­liste en biolo­­gie molé­­cu­­laire et profes­­seur de géné­­tique à la faculté de méde­­cine de Harvard, raconte que ses péré­­gri­­na­­tions scien­­ti­­fiques l’ont fait s’in­­té­­res­­ser au vieillis­­se­­ment dans les années 1990 : « Il valait mieux parler de nos recherches à voix basse si on ne voulait pas perdre notre boulot. Les gens ne respec­­taient pas notre travail », se souvient-il. « La recherche sur le vieillis­­se­­ment était consi­­dé­­rée comme un champ de seconde zone. Elle n’avait aucune visi­­bi­­lité et aucune person­­na­­lité pour la défendre. » A l’époque, la vieillesse semblait être un problème inso­­luble. La plupart des scien­­ti­­fiques consi­­dé­­raient que la sélec­­tion natu­­relle ne tenait pas compte des muta­­tions qui affectent l’homme une fois qu’il n’est plus en âge de procréer, ce qui implique une dégra­­da­­tion irré­­ver­­sible du corps et de l’es­­prit. Les finan­­ce­­ments étaient compliqués à obte­­nir : les entre­­prises du secteur médi­­cal cher­­chaient une renta­­bi­­lité à court terme et les orga­­nismes publics rechi­­gnaient à soute­­nir des projets théo­­riques. Les comi­­tés de révi­­sion du NIH « ont souvent une posi­­tion conser­­va­­trice car leurs ressources sont limi­­tées. Ils préfèrent finan­­cer des études qui sont sûres d’abou­­tir », explique David Sinclair. Sinclair est profes­­seur de géné­­tique à la faculté de méde­­cine de Harvard et co-direc­­teur du Centre Paul F. Glenn dédié à l’étude des méca­­nismes biolo­­giques du vieillis­­se­­ment, une branche de la Glenn Foun­­da­­tion for Medi­­cal Research – un des plus gros bailleurs privés du secteur. « Mettre au point une molé­­cule capable de ralen­­tir le vieillis­­se­­ment parais­­sait insensé. »

Ces inves­­tis­­se­­ments n’au­­raient eu aucun impact sans des projets ambi­­tieux à soute­­nir.

Le concours des inves­­tis­­seurs privés a permis de faire évoluer les menta­­li­­tés. « Ils ont fait naître un inté­­rêt durable pour ce secteur de recherche », affirme Ruvkun. Paul F. Glenn a fait fortune dans la finance et créé sa fonda­­tion en 1965, avant de faire pres­­sion sur le Congrès améri­­cain pour créer l’Ins­­ti­­tut natio­­nal du vieillis­­se­­ment. Pendant ce temps, ses capi­­taux servaient à recru­­ter des scien­­ti­­fiques de renom comme Seymour Benzer, poin­­ture de la géné­­tique diplômé de Cal Tech. Un des premiers grands noms à s’in­­té­­res­­ser à la science du vieillis­­se­­ment. Pion­­nier de la recom­­bi­­nai­­son géné­­tique, Benzer a réalisé des travaux sur la droso­­phile et fait de la géné­­tique compor­­te­­men­­tale une branche de recherche à part entière.

L’im­­pli­­ca­­tion d’El­­li­­son en 1997 a consti­­tué un véri­­table tour­­nant. Elle a été moti­­vée par sa rela­­tion avec Josh Leder­­berg, prix Nobel de méde­­cine et pion­­nier de la biolo­­gie molé­­cu­­laire. Leder­­berg voulait tout mettre en œuvre pour atti­­rer l’at­­ten­­tion sur le vieillis­­se­­ment. Il a recruté de grands cher­­cheurs comme le spécia­­liste des neuros­­ciences Eric Kandel, autre prix Nobel, et consa­­cré une part signi­­fi­­ca­­tive des ressources de la fonda­­tion au finan­­ce­­ment de travaux de scien­­ti­­fiques déjà bien implan­­tés dans d’autres domaines connexes. La fonda­­tion Elli­­son était « très à cheval sur l’as­­pect épis­­té­­mo­­lo­­gique de la science », raconte Ruvkun. « Ils tenaient à ce que la plupart de ceux qu’ils soute­­naient soient recon­­nus dans leur spécia­­lité.  Cela permet­­tait de redo­­rer le blason de la recherche sur le vieillis­­se­­ment. C’était extrê­­me­­ment futé de leur part. » Elli­­son et Leder­­berg mettaient aussi l’ac­cent sur des idées qui parais­­saient trop en avance sur leur temps ou trop origi­­nales aux membres du NIH. La mission offi­­cielle de la fonda­­tion Elli­­son était de « soute­­nir la recherche fonda­­men­­tale consi­­dé­­rée trop risquée ou trop spécu­­la­­tive pour séduire les bailleurs conven­­tion­­nels », puis de « se reti­­rer » une fois les fonds versés. Ils finançaient souvent de jeunes scien­­ti­­fiques aux idées promet­­teuses.

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Les membres fonda­­teurs de la fonda­­tion Elli­­son
Crédits : www.elli­­son­­foun­­da­­tion.org

« Sans cet argent, je ne serais sûre­­ment pas à Harvard aujourd’­­hui », avoue Sinclair. « Il est diffi­­cile d’ob­­te­­nir des subven­­tions quand on est jeune. Grâce à la bourse Elli­­son, on a moins peur de se trou­­ver sans rien en cas de passage à vide. » Mais ces inves­­tis­­se­­ments n’au­­raient aucun impact sans des projets ambi­­tieux à soute­­nir. Dans les années 1990, des pion­­niers ont appliqué certains nouveaux outils de la biolo­­gie molé­­cu­­laire et de la géné­­tique à la science du vieillis­­se­­ment. Deux décou­­vertes phares ont élec­­trisé le secteur et donné nais­­sance à une nouvelle géné­­ra­­tion de cher­­cheurs sur la longé­­vité. Dans les labo­­ra­­toires de Harvard, Gary Ruvkun étudiait les vers ronds pour déco­­der les fonde­­ments molé­­cu­­laires du stade « dauer », la période au cours de laquelle les larves des vers suspendent leur acti­­vité, ralen­­tissent leur méta­­bo­­lisme de manière signi­­fi­­ca­­tive et stockent plus de graisses. Le phéno­­mène coïn­­ci­­dea avec une longé­­vité très supé­­rieure à la normale.

La mort de la vieillesse

Ruvkun a décou­­vert en 1993 que la clé rési­­dait en un ensemble de gènes régu­­lés par une voie de signa­­li­­sa­­tion simi­­laire à celle de l’in­­su­­line chez l’être humain. Ces voies affectent direc­­te­­ment le méta­­bo­­lisme et les dépenses éner­­gé­­tiques, qu’elles peuvent ralen­­tir. Chez l’homme, l’in­­su­­line est le signal hormo­­nal qui rappelle à nos cellules d’ab­­sor­­ber le glucose pour le conver­­tir en éner­­gie, entraî­­nant un grand nombre de proces­­sus cellu­­laires – notam­­ment le taux de divi­­sion cellu­­laire que beau­­coup asso­­cient au vieillis­­se­­ment. calico-brand-logoÀ la même époque, la cher­­cheuse en biolo­­gie molé­­cu­­laire Cynthia Kenyon, de l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie à San Fran­­cisco (UCSF), a décou­­vert qu’en provoquant une muta­­tion du gène daf-2 chez les vers, elle était parve­­nue à doubler l’es­­pé­­rance de vie des animaux – de trois à six semaines. Une autre muta­­tion sur le gène dit daf16-m permet­­tait d’an­­nu­­ler cet effet. Ces décou­­vertes ont eu des réper­­cu­­tions signi­­fi­­ca­­tives dans le secteur. Pas éton­­nant que Kenyon compte parmi les employés les plus célèbres de Calico : la société l’a débau­­chée en 2014 auprès de l’UCSF pour qu’elle devienne vice-prési­­dente des recherches sur le vieillis­­se­­ment. Dans les années 1990, souligne Sierra, il était admis que près de 30 % de la longé­­vité d’un indi­­vidu s’ex­­pliquait par la géné­­tique mais personne ne pensait alors qu’il était possible d’iden­­ti­­fier des gènes spéci­­fiques à l’ori­­gine d’un tel phéno­­mène. « Ça a été une révé­­la­­tion à l’époque », explique Sierra. La nouvelle a fait l’ef­­fet d’une bombe parce qu’elle impliquait qu’il serait possible de déve­­lop­­per des médi­­ca­­ments capables d’aug­­men­­ter la longé­­vité sans cibler une mala­­die en parti­­cu­­lier. Le proces­­sus du vieillis­­se­­ment lui-même allait pouvoir être déjoué.

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EST-ON PRÈS DE TROUVER UN REMÈDE À LA VIEILLESSE ?

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Traduit de l’an­­glais par Matthieu Gaba­­nelle, Pauline Char­­din et Audrey Previ­­tali d’après l’ar­­ticle « The Immor­­ta­­lity Hype », paru dans Nauti­­lus. Couver­­ture : Aubrey de Grey, l’im­­mor­­ta­­liste.


 

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