par Adam Piore | 5 juillet 2016

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Les chas­­seurs de gènes

La géné­­tique du vieillis­­se­­ment n’avait soudain plus rien d’in­­sai­­sis­­sable, selon Sierra. Elle était contrô­­lable par tous ceux qui voudraient l’étu­­dier. « Ça nous a permis d’étu­­dier le vieillis­­se­­ment de façon plus méca­­nique. Nos travaux ont été accep­­tés dans le milieu scien­­ti­­fique car, juste­­ment, on s’in­­té­­res­­sait aux méca­­nismes. » Une modi­­fi­­ca­­tion de la voie de signa­­li­­sa­­tion de l’in­­su­­line peut permettre à une souris de vivre plus long­­temps. Et certaines hypo­­thèses sédui­­santes suggèrent que l’ef­­fet serait multi­­plié chez l’être humain. Des études menées sur une petite popu­­la­­tion de nains équa­­to­­riens – dont l’or­­ga­­nisme produit de faibles quan­­ti­­tés d’hor­­mone de crois­­sance (HCH), au facteur semblable à l’in­­su­­line (IGF) – ont révélé une absence de diabète et un nombre limité de cancers et d’AVC. Ruvkun souligne que les études réali­­sées sur les gènes de cente­­naires témoignent d’une « meilleure santé chez les personnes qui présentent des singu­­la­­ri­­tés géné­­tiques au niveau de la voie de signa­­li­­sa­­tion de l’in­­su­­line ».

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La mysté­­rieuse rapa­­my­­cine vient de l’île de Pâques
Crédits : Karen Schwartz

Depuis, un petit groupe de cher­­cheurs en biolo­­gie molé­­cu­­laire a appliqué les méthodes plus avan­­cées de la géné­­tique moderne aux secteurs du vieillis­­se­­ment et de la longé­­vité, révé­­lant d’autres secrets. En créant des souches de levure de boulan­­ger, de droso­­philes et de vers afin de prolon­­ger leur espé­­rance de vie, et de travailler sur le proces­­sus inverse dans l’objec­­tif de compa­­rer les variances géné­­tiques communes à ces souches, des cher­­cheurs ont décou­­vert des muta­­tions affec­­tant « la voie de signa­­li­­sa­­tion TOR » (acro­­nyme anglais de la rapa­­my­­cine, protéine qui a conduit les cher­­cheurs sur cette piste). Des phar­­ma­­co­­logues ont démon­­tré que la rapa­­my­­cine, produite par les bacté­­ries, ralen­­tit consi­­dé­­ra­­ble­­ment la crois­­sance de certains types de cellules placées à ses côtés dans une boîte de Pétri. Elle agit en « déviant » leur cible (la voie de signa­­li­­sa­­tion TOR). C’est pourquoi les méde­­cins l’uti­­lisent pour l’im­­mu­­no­­sup­­pres­­sion des patients trans­­plan­­tés ainsi que dans le trai­­te­­ment de certaines formes de cancer. En 2009, un consor­­tium créé par l’Ins­­ti­­tut natio­­nal du vieillis­­se­­ment a démon­­tré que la rapa­­my­­cine permet­­tait de prolon­­ger l’es­­pé­­rance de vie de souris dont l’âge équi­­vaut à 60 ans chez l’homme de près de 9 à 14 %. La molé­­cule semble aussi avoir des effets encou­­ra­­geants sur les mala­­dies liées au vieillis­­se­­ment chez la souris, notam­­ment sur le cancer ou la mala­­die d’Alz­­hei­­mer. En 2014, Novar­­tis, le géant de l’in­­dus­­trie phar­­ma­­ceu­­tique, a mené une étude sur des personnes âgées suivant un trai­­te­­ment à base de rapa­­my­­cine. Étant donné que l’évo­­lu­­tion des patho­­lo­­gies liées à l’âge est beau­­coup plus lente chez l’homme que chez la souris, la société s’est inté­­res­­sée à la réponse immu­­ni­­taire, qui recule avec l’âge. Après le trai­­te­­ment, on a admi­­nis­­tré le vaccin contre la grippe aux sujets. Une fois la rapa­­my­­cine élimi­­née de leur orga­­nisme, leur réponse immu­­ni­­taire était redy­­na­­mi­­sée et stimu­­lée de près de 20 %. Pour la première fois, on a démon­­tré qu’un trai­­te­­ment à base de rapa­­my­­cine pouvait ralen­­tir le vieillis­­se­­ment chez l’être humain.

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Matt Kaeber­­lein veut allon­­ger l’es­­pé­­rance de vie des chiens
Crédits : Matt Kaeber­­lein

Matt Kaeber­­lein, biolo­­giste spécia­­liste de la ques­­tion du vieillis­­se­­ment à l’uni­­ver­­sité de Washing­­ton et fonda­­teur de l’Ins­­ti­­tut de recherche sur le vieillis­­se­­ment et la longé­­vité, est actuel­­le­­ment en train de tester un trai­­te­­ment sur des chiens âgés. Il a été assailli de coups de fil et d’emails de proprié­­taires de chiens du monde entier dési­­reux de faire parti­­ci­­per leur compa­­gnon en tant que cobaye. D’autres scien­­ti­­fiques étudient pour leur part les « séno­­ly­­tiques », ces petites molé­­cules qui ciblent les cellules sénes­­centes et provoquent leur mort. Ces cellules ont atteint leur pleine matu­­rité et cessent de se divi­­ser. Expo­­sées au stress, certaines cellules entrent dans cet état zombie dans lequel elles cessent de se divi­­ser au lieu de simple­­ment mourir. Judith Campisi est profes­­seure à l’Ins­­ti­­tut Buck pour la recherche sur le vieillis­­se­­ment.

En 2008, elle a commencé à publier des articles présen­­tant les effets de ces cellules. Les cellules sénes­­centes sécrètent des agents de signa­­li­­sa­­tion molé­­cu­­laires qui inter­­­pellent le système immu­­ni­­taire. Le système libère alors des molé­­cules nuisibles comme le peroxyde d’hy­­dro­­gène qui permettent d’éli­­mi­­ner les intrus patho­­gènes. Elles sécrètent égale­­ment des facteurs de crois­­sance et d’autres molé­­cules parti­­ci­­pant à la survie et à la régé­­né­­res­­cence cellu­­laire à court terme en temps de crise. Mais Campisi et ses collègues ont démon­­tré qu’elles présentent à long terme des effets néga­­tifs en tout genre. « Le problème majeur, c’est que ces cellules sénes­­centes ne meurent pas », explique Judith. « Et de ce fait, nous les accu­­mu­­lons en vieillis­­sant. Elles sont à l’ori­­gine d’une inflam­­ma­­tion chro­­nique qui s’ac­­cen­­tue avec l’âge et qui est soit la cause, soit un élément aggra­­vant de l’en­­semble des patho­­lo­­gies sévères liées à l’âge – d’Alz­­hei­­mer au cancer. » Plusieurs années aupa­­ra­­vant, Campisi et ses colla­­bo­­ra­­teurs de la fonda­­tion Mayo Clinic avaient été appro­­chés par des inves­­tis­­seurs du bureau de San Fran­­cisco d’ARCH Venture Part­­ners, une société de capi­­tal risque qui a tout de suite soutenu Illu­­mina, leader mondial dans la fabri­­ca­­tion de séquen­­ceurs de gènes. ARCH a convaincu les cher­­cheurs de fonder une nouvelle entité appe­­lée Unity Biotech, qui déve­­loppe des séno­­ly­­tiques visant à détruire les cellules sénes­­centes. Si ARCH Venture Part­­ners n’avait pas témoi­­gné d’un tel inté­­rêt pour les travaux de Campisi et ses collègues, ils n’au­­raient sans doute pas cher­­ché à commer­­cia­­li­­ser ces molé­­cules. L’ini­­tia­­tive a fait naître une émula­­tion géné­­rale dans le domaine.

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Crédits : The Sinclair Lab

De grands cher­­cheurs comme David Sinclair travaillent quant à eux sur des substances appe­­lées sirtuines, une classe d’en­­zymes qui agissent comme des « agents de la circu­­la­­tion », mobi­­li­­sant une horde de protéines afin de répa­­rer et défendre les cellules. La plupart de ces trai­­te­­ments et de ces voies de signa­­li­­sa­­tion ont en commun la parti­­cu­­la­­rité d’aug­­men­­ter l’éner­­gie que les cellules de l’or­­ga­­nisme déploient pour la préser­­va­­tion, le recy­­clage et la résis­­tance au stress. Quand notre corps ressent un manque de calo­­ries ou la présence d’une menace, l’objec­­tif de nos cellules est de survivre, appa­­rem­­ment au détri­­ment d’autres fonc­­tions. Il semble­­rait que les spécia­­listes de la longé­­vité actuels aient trouvé moyen de palier au problème. La chasse aux remèdes biolo­­giques n’est pas prête de s’ar­­rê­­ter. Si nous voulons augmen­­ter l’es­­pé­­rance de vie de façon consi­­dé­­rable, beau­­coup s’ac­­cordent à dire que les idées les plus promet­­teuses vont émer­­ger des études compa­­rées en biolo­­gie de l’évo­­lu­­tion – notam­­ment de coquillages vivants depuis plus de 500 ans, de baleines boréales ou d’hommes très âgés. Qu’est-ce qui, dans leur géné­­tique, leur permet de survivre à des congé­­nères pour­­tant simi­­laires du point de vue de la taille et du patri­­moine géné­­tique ?

Ces récentes avan­­cées ont donné lieu à une exci­­ta­­tion et un opti­­misme géné­­ra­­li­­sés.

Cher­­cheur en biolo­­gie molé­­cu­­laire à Harvard, George Church est à l’ini­­tia­­tive d’une de ces études et il défend leur poten­­tiel avec ferveur. Il a repris une liste de 400 gènes iden­­ti­­fiés comme poten­­tiel­­le­­ment respon­­sables de la longé­­vité chez l’homme et l’a rame­­née à 45. Aujourd’­­hui, il déve­­loppe diffé­­rentes tech­­niques afin de cibler des combi­­nai­­sons de ces gènes. « Notre but prin­­ci­­pal est d’in­­ver­­ser le proces­­sus du vieillis­­se­­ment », explique Church. « Nous savons qu’en boule­­ver­­sant les règles, nous pouvons augmen­­ter l’es­­pé­­rance de vie de deux ans et demi chez les rongeurs et de 200 ans chez les baleines boréales. » Le séquençage des gènes, ajoute-il, est « presque 3 millions de fois moins coûteux qu’il y a dix ans. Cela nous permet de recou­­rir à la biolo­­gie de synthèse et nous ne sommes plus restreints par les limites des êtres vivants. » Les travaux de Church sont finan­­cés en partie par l’Ins­­ti­­tut Wyss, fondé par l’en­­tre­­pre­­neur suisse Hansjorg Wyss. Le scien­­ti­­fique reçoit égale­­ment des fonds de la part de Google et de Peter Thiel.

Les immor­­ta­­listes

Ces récentes avan­­cées ont donné lieu à une exci­­ta­­tion et un opti­­misme géné­­ra­­li­­sés. Mais certains cher­­cheurs craignent que l’en­­goue­­ment des médias n’obs­­cur­­cisse la réalité de l’état de la recherche. Les commen­­taires qui irritent les cher­­cheurs sont nombreux. « Je pense que la première personne qui vivra jusqu’à 1 000 ans a déjà 60 ans », a par exemple déclaré le scien­­ti­­fique anglais Aubrey de Grey. Matt Kaeber­­lein n’est pas d’ac­­cord, et De Grey n’est pas le seul à exagé­­rer. Kaeber­­lein s’at­­triste qu’un éminent cher­­cheur (qu’il refuse de nommer) a récem­­ment déclaré dans les médias que nous pour­­rions « guérir » le vieillis­­se­­ment au cours de la prochaine décen­­nie.

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Aubrey de Grey
Crédits : SENS Foun­­da­­tion

« Quand on cite un type qui affirme que nous allons guérir le vieillis­­se­­ment dans les sept ans à venir, je pense que n’im­­porte qui d’un peu éduqué lit ça en se disant que ce sont des conne­­ries », commente Kaeber­­lein. « Ça donne l’im­­pres­­sion que notre champ de recherche demeure bourré de char­­la­­tans. » L’hy­­per­­bole, ajoute-t-il, « engendre une certaine dyna­­mique dans le milieu.  Les gens se mettent à faire des décla­­ra­­tions exagé­­rées, complè­­te­­ment aber­­rantes. Ils essaient de décro­­cher des subven­­tions. » Le NIH reste réti­cent à adop­­ter les mesures radi­­cales et coûteuses que préco­­nisent certains. Son direc­­teur, Fran­­cis Collins, a publique­­ment déclaré qu’il pensait que la recherche sur le vieillis­­se­­ment n’était pas assez avan­­cée pour justi­­fier que l’on trans­­fère des fonds alloués à d’autres secteurs de la recherche.

L’an dernier, la majo­­rité des subven­­tions publiques aux États-Unis ont été accor­­dées à l’étude de mala­­dies spéci­­fiques. Sur les 32 milliards de dollars de budget du NIH, 1,6 milliards ont été accor­­dés à l’Ins­­ti­­tut natio­­nal du vieillis­­se­­ment dont 183 millions ont été direc­­te­­ment versés au dépar­­te­­ment consa­­cré à l’étude des méca­­nismes du vieillis­­se­­ment. « Ils tiennent tous à garder leur argent et à se pencher sur le cas de mala­­dies spéci­­fiques », explique George M. Martin, un éminent biogé­­ron­­to­­logue de l’uni­­ver­­sité de Washing­­ton. Il fait remarquer que la recherche sur les mala­­dies liées à l’âge et les méca­­nismes du vieillis­­se­­ment « ne s’ex­­cluent pas mutuel­­le­­ment. Nous avons besoin des deux approches. » Certains cher­­cheurs qui étudient des mala­­dies tradi­­tion­­nelles tentent de promou­­voir la colla­­bo­­ra­­tion entre les agences, mais cela demeure compliqué. « Au NIH, on divise les parties du corps et les mala­­dies de façon étrange », explique Julia H. Rowland, direc­­trice du Bureau des survi­­vants de l’Ins­­ti­­tut améri­­cain du cancer. « Mais le vieillis­­se­­ment n’est pas étran­­ger à la mala­­die. Le cancer est essen­­tiel­­le­­ment lié au vieillis­­se­­ment. C’est lié. » Au cœur de la lutte contre les mala­­dies spéci­­fiques, les cher­­cheurs des diffé­­rentes agences négligent encore la connexion à long terme entre les « mala­­dies du vieillis­­se­­ment » et se foca­­lisent sur des trai­­te­­ments capables de venir à bout du cancer, d’Alz­­hei­­mer, du diabète ou des affec­­tions cardiaques. Cette tendance à éluder le facteur du vieillis­­se­­ment est si large­­ment répan­­due qu’elle affecte les prio­­ri­­tés de recherches, même lorsque cela paraît absurde.

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Clau­­dia Grave­­kamp

Clau­­dia Grave­­kamp, immu­­no­­lo­­giste de la faculté de méde­­cine Albert Einstein de New York, a mis au point une méthode qui permet de modi­­fier géné­­tique­­ment la bacté­­rie de la Liste­­ria afin qu’elle contienne des agents anti-cancers. Une fois injec­­tés au patient, ils traquent et détruisent les cellules cancé­­reuses. Grave­­kamp a décou­­vert que ce moyen de diffu­­sion était parti­­cu­­liè­­re­­ment effi­­cace pour aider les personnes âgées à combattre le cancer. Les personnes âgées, explique-t-elle, ont épuisé leurs réserves de cellules T, dites « naïves » – en charge de recon­­naître les nouveaux intrus auxquels le corps n’a pas encore été confronté. Une fois que les personnes âgées ont épuisé leurs réserves de cellules T, les trai­­te­­ments contre le cancer sont souvent inef­­fi­­caces. En utili­­sant la Liste­­ria, modi­­fiée pour qu’elle trans­­porte l’ADN du téta­­nos ou de la polio (contre lesquelles nous sommes presque tous immu­­ni­­sés), pour péné­­trer les cellules cancé­­reuses, elle permet aux cellules T à mémoires de s’at­­taquer aux cellules cancé­­reuses. Les cellules T circulent dans le sang durant toute notre vie et peuvent être réac­­ti­­vées à tous les âges. « Nous l’avons testé sur des souris pour élimi­­ner le cancer du sein et du pancréas. Les résul­­tats ont été très concluants », dit-elle.

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La fameuse Liste­­ria

Malgré cela, Grave­­kamp n’a pas réussi à lever des fonds. « Le NCI préfère finan­­cer des trai­­te­­ments contre le cancer plutôt que contre le vieillis­­se­­ment, tandis que le NIA fait l’in­­verse », explique-t-elle. « J’ai eu beau­­coup de diffi­­cul­­tés à finan­­cer mon immu­­no­­thé­­ra­­pie contre le cancer desti­­née aux personnes âgées à cause de ça. J’es­­père que les deux agences s’ac­­cor­­de­­ront pour finan­­cer ce type de recherches à l’ave­­nir. » Rowland dirige la recherche sur les effets à long terme de la vie après le cancer. Elle a pris conscience de la néces­­sité de se concen­­trer sur le proces­­sus global du vieillis­­se­­ment. Elle a remarqué qu’un nombre crois­­sant de travaux suggèrent que les trai­­te­­ments de certaines mala­­dies chro­­niques peuvent accé­­lé­­rer le début des chan­­ge­­ments liés à l’âge. Les survi­­vants de cancers infan­­tiles trai­­tés avant l’âge de 14 ans sont nombreux à présen­­ter un profil vulné­­rable aux mala­­dies chro­­niques en entrant dans l’âge adulte – mala­­dies cardio­­vas­­cu­­laires, osseuses, AVC – qu’on rencontre géné­­ra­­le­­ment entre 50 et 70 ans. « Le Bureau des survi­­vants du cancer a été mis en place parce que ces derniers se deman­­daient à quoi ressem­­ble­­rait leur vie après la mala­­die », raconte Rowland. « Allon­­ger l’es­­pé­­rance de vie ne suffit pas, nous devons aussi nous pencher sur la qualité de cette vie. » Arti Hurria, direc­­trice du programme de recherche sur le cancer et le vieillis­­se­­ment au centre de recherche et de trai­­te­­ment City of Hope, partage son senti­­ment. « Le but de la recherche n’est pas de trou­­ver la clé de l’im­­mor­­ta­­lité », dit-elle. « Je suis un méde­­cin comme les autres, je parle avec des patients tous les jours et je ne suis pas sûre qu’ils veuillent deve­­nir immor­­tels. Aucun d’eux ne m’a jamais dit ça sérieu­­se­­ment. En règle géné­­rale, ils veulent simple­­ment conser­­ver leurs capa­­ci­­tés cogni­­tives pour profi­­ter de ceux qu’ils aiment et de la vie. C’est tout ce que nos patients réclament. » « Ceci étant dit », ajoute Hurria, « je tire mon chapeau à quiconque nous aidera à comprendre les méca­­nismes du vieillis­­se­­ment, car si nous y parve­­nons, cela nous aidera à donner aux patients ce qu’ils recherchent : vivre long­­temps et mieux. »

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Arti Hurria
Crédits : www.cityof­­hope.org

Dans les mois et les années à venir, les progrès scien­­ti­­fiques dans le domaine de l’ese­­ront proba­­ble­­ment nombreux. Dans le milieu, beau­­coup espèrent que les inves­­tis­­se­­ments privés dans la rapa­­my­­cine et les séno­­ly­­tiques porte­­ront leurs fruits au cours d’es­­sais sur l’homme à grande échelle. Paral­­lè­­le­­ment, des signes montrent que les cher­­cheurs des diffé­­rentes agences du NIH font des efforts de coopé­­ra­­tion. En septembre 2011, le Dr Sierra du NIA a lancé le Groupe d’in­­té­­rêt pour les géros­­ciences, une coali­­tion de cher­­cheurs du NIH qui se réunit régu­­liè­­re­­ment pour travailler ensemble. « Il y a beau­­coup plus de discus­­sions entre les insti­­tuts, c’est une très bonne chose pour les finan­­ce­­ments », dit Rowland. « La première étape, c’est d’y aller en douceur quand on solli­­cite des subven­­tions pour montrer à ceux qui tiennent les cordons de la bourse que nous avons des choses à apprendre les uns des autres. Quand les budgets sont serrés, les gens sont parfois plus créa­­tifs parce qu’ils doivent faire avec les moyens du bord. » Mais la meilleure raison d’être opti­­miste pour­­rait être l’inexo­­rable marche du vieillis­­se­­ment lui-même. « Je vais être très prag­­ma­­tique, voilà ce que je pense », commence Rowland : « Les baby-boomers vont se ramas­­ser un tsunami de cancers que nous ne sommes pas prêts à affron­­ter. Et je suis prêt à parier que ceux qui en font partie vont mettre la main à la poche et donner de l’argent à la recherche sur le vieillis­­se­­ment, parce qu’ils voudront une solu­­tion avant d’en faire les frais. »

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Mais Zucker­­berg il est pas déjà immor­­tel ? :’)

À San Fran­­cisco, lorsque j’ai demandé à Arri­­son et Fish­­burne pourquoi les magnats de la tech s’étaient lancés dans la quête d’un remède à la vieillesse, ils m’ont répondu sans hési­­ter. « Il suffit de regar­­der quel âge ils ont », dit Arri­­son. « Quand on a 18 ans, on ne se sent pas concerné », renché­­rit Fish­­burne. « Mais quand on réalise qu’on grimace invo­­lon­­tai­­re­­ment à chaque fois qu’on s’as­­soit, on prend conscience de sa morta­­lité et on sent qu’on est sur le déclin. » Larry Elli­­son a 71 ans, Peter Thiel a 48 ans, Larry Page a 43 ans et Sergey Brin en a 42. Et au cas où ils fini­­raient par se désin­­té­­res­­ser du sujet, pensez à cela : en 2024, Mark Zucker­­berg aura 40 ans.


Traduit de l’an­­glais par Matthieu Gaba­­nelle, Pauline Char­­din et Audrey Previ­­tali d’après l’ar­­ticle « The Immor­­ta­­lity Hype », paru dans Nauti­­lus. Couver­­ture : Aubrey de Grey, l’im­­mor­­ta­­liste.


LE MILLIARDAIRE QUI VEUT QUE VOUS VIVIEZ PLUS LONGTEMPS

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Pion­­nier du séquençage du génome humain, Craig Venter est passé dans l’ère de la biote­ch­­no­­lo­­gie. Ce qu’il veut : vous faire vivre mieux et plus long­­temps.

I. Le nouveau monde

À l’aube de son 69e anni­­ver­­saire, c’est d’un œil amusé que Craig Venter observe son double numé­­rique se balan­­cer d’un pied sur l’autre. Avec sa barbe blanche, son jeans et son t-shirt gris à col en V, l’ava­­tar de Venter est la grande star d’une appli­­ca­­tion pour iPad dont Scott Skel­­len­­ger, respon­­sable du service infor­­ma­­tique, me fait la démons­­tra­­tion. L’ar­­ché­­type minia­­ture de Venter peut même marcher, voire danser à la demande. Nous nous trou­­vons alors dans son impo­­sant bureau de San Diego en compa­­gnie de Heather, son épouse et agent de publi­­cité. Avec humour, Venter m’ex­­plique qu’il voulait à l’ori­­gine pouvoir extraire le cœur de son avatar « à la manière aztèque », ou encore lui préle­­ver le cerveau pour inspec­­tion… et intros­­pec­­tion. Au lieu de cela, le mini-Venter qui gigote dans l’ap­­pli­­ca­­tion est entouré d’op­­tions arran­­gées en un véri­­table système solaire : images en coupe du cerveau, connec­­ti­­vité et anato­­mie, artères intra­­crâ­­nien­­nes… J’étu­­die un scan de ses hanches et de sa colonne verté­­brale puis inspecte l’in­­té­­rieur de son crâne. Des couleurs mettent en avant les diffé­­rentes sections de son cerveau et j’en distingue clai­­re­­ment les substances blanches et grises. « J’ai le cerveau d’un homme de 44 ans », me dit-il. Un autre tap sur l’écran et me voilà qui examine son génome – retraçant ses origines jusqu’au Royaume-Uni –, sa démarche et même ses empreintes de pieds, saisies pour la posté­­rité par un sol intel­­li­gent. Craig Venter, le plus grand entre­­pre­­neur en biote­ch­­no­­lo­­gie de la planète, décom­­posé en format binaire.

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L’ap­­pli­­ca­­tion Health Nucleus
Crédits : HLI

Son dernier projet, Human Longe­­vity, Inc., égale­­ment appelé HLI, a pour mission de créer un avatar réaliste de chacun de ses clients – le premier groupe s’est vu bapti­­ser « les voya­­geurs ». Il s’agit ensuite de leur offrir une inter­­­face person­­na­­li­­sée et convi­­viale qui leur permette de navi­­guer parmi les téra­oc­­tets de données médi­­cales récol­­tées à propos de leurs gènes, de leurs corps et de leurs habi­­li­­tés. Grâce à HLI, Venter souhaite créer la plus grande base de données mondiale desti­­née à l’in­­ter­­pré­­ta­­tion du code géné­­tique, de manière à rendre les soins médi­­caux plus proac­­tifs, préven­­tifs et prédic­­tifs. De telles données marquent le début d’un tour­­nant déci­­sif en méde­­cine, tant au niveau du trai­­te­­ment que de la préven­­tion. Pour Venter, cela ne fait aucun doute : nous sommes entrés dans l’ère numé­­rique de la biolo­­gie, et il est le premier à embarquer dans cette aven­­ture ultime vers la décou­­verte de soi.

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