par Adam Ramsey | 7 juillet 2015

La cité du vice

Au sommet d’une colline balayée par une brise fraîche, située à la fron­­tière birmane, un Boud­dha doré de neuf mètres de haut veille sur Mong La. Mong La, Mecque du jeu et parfaite repré­­sen­­ta­­tion des aspects les plus singu­­liers de cette région fron­­ta­­lière. À moins d’1,5 kilo­­mètre dans le dos de la statue se trouve la Chine, dont l’in­­fluence sur la ville pèse bien plus lourd que le Boud­dha. Depuis plus de vingt ans, des groupes armés issus de mino­­ri­­tés ethniques se disputent le contrôle d’une éten­­due de terre de la taille de la Suisse, recou­­vrant la partie méri­­dio­­nale de la province du Yunnan en Chine et l’État Shan en Birma­­nie. Au cours d’un passé commun alter­­nant les périodes de paix et de conflit, ces groupes ont donné nais­­sance à une région pour le moins excen­­trique dont l’iden­­tité est aujourd’­­hui plus chinoise que birmane. Trois groupes exercent un contrôle de facto sur cette région éton­­nante : les puis­­sants Wa et leur Armée unie de l’État Wa (UWSA), les Kokang et l’Ar­­mée de l’al­­liance démo­­cra­­tique natio­­nale du Myan­­mar (MNDAA) – elle-même subdi­­vi­­sée en plusieurs allé­­geances –, et les Mong La, sous la bannière de l’Ar­­mée natio­­nale d’al­­liance démo­­cra­­tique de l’État Shan orien­­tal (NDAA-ESS).

 Un Bouddha de neuf mètres de haut surplombe Mong LaCrédits : Adam Ramsey
Un Boud­dha doré de neuf mètres de haut surplombe Mong La
Crédits : Adam Ramsey

Ensemble, ils formaient autre­­fois le noyau du Parti commu­­niste de Birma­­nie (PCB), ancien acteur majeur d’un conflit ethnique perma­nent et de l’une des plus longues guerres civiles au monde – elle est encore d’ac­­tua­­lité. Grâce à l’ap­­pui de la Chine, juste de l’autre côté de cette fron­­tière poreuse, le PCB est parvenu à résis­­ter effi­­ca­­ce­­ment au gouver­­ne­­ment du centre de la Birma­­nie pendant plusieurs décen­­nies, avant de fina­­le­­ment céder face aux pres­­sions en 1989. La posi­­tion maoïste radi­­cale du PCB n’a jamais été du goût du réfor­­miste Deng Xiao­­ping, alors Premier ministre de la Chine. Deng a lui-même été démis de ses fonc­­tions par deux fois au cours de la Révo­­lu­­tion cultu­­relle chinoise. En outre, l’idée de réforme écono­­mique de Deng requé­­rait presque inévi­­ta­­ble­­ment une amélio­­ra­­tion des rela­­tions entre la Chine et le gouver­­ne­­ment mili­­taire birman. Cette réalité a donné au PCB, qui devait déjà faire face à des tensions ethniques fratri­­cides, le senti­­ment d’être isolé et vulné­­rable. Les Kokang ont été les premiers à faire scis­­sion du groupe, en signant un cessez-le-feu avec la Birma­­nie en 1989. Les Wa et les Mong La n’ont pas tardé à les imiter. Pour­­tant, les premiers accords de cessez-le-feu n’ont débou­­ché ni sur un traité de paix, ni sur l’in­­té­­gra­­tion de la région. Bien au contraire, les groupes ont demandé à ce qu’on leur accorde une grande part d’au­­to­­no­­mie, et notam­­ment mili­­taire. Ils ont été exau­­cés. On estime aujourd’­­hui que l’UWSA à elle seule a sous ses ordres plus de 30 000 hommes. La confu­­sion entre guerre et paix a conti­­nué pendant deux décen­­nies de plus, et la région s’est déve­­lop­­pée à sa façon : les chefs de chaque groupe sont restés proches les uns des autres et gouvernent leurs fiefs en toute tranquillité. Aussi, pendant que leurs homo­­logues de l’ar­­mée birmane menaient une lourde opéra­­tion répres­­sive contre les marchés au noir, les chefs des régions fron­­ta­­lières suivaient une voie moins vertueuse, tirant une bonne part de leurs reve­­nus du trafic de drogue et d’en­­tentes commer­­ciales douteuses avec leurs parte­­naires au Yunnan.


Un musée dédié à la lutte contre les drogues et son commerceCrédits : Adam Ramsey
Un musée dédié à la lutte contre les drogues et leur trafic
Crédits : Adam Ramsey

Depuis l’an­­née dernière, Mong La suscite nouveau l’in­­té­­rêt et gagne en noto­­riété à chaque nouvel article sensa­­tion­­nel. De récents repor­­tages de la BBC, du TIME et du New York Times dépeignent l’image super­­­fi­­cielle mais saisis­­sante d’une « cité du vice », d’un « Las Vegas birman », d’un « Est sauvage » débau­­ché échap­­pant au contrôle du gouver­­ne­­ment central birman. Il semble­­rait que la région – et la ville de Mong La en parti­­cu­­lier – soit un temple de la drogue, du jeu et de la pros­­ti­­tu­­tion. Il fallait que je voie cela de mes propres yeux.

Région Spéciale 4

Après le décol­­lage de Yangon, je contemple à présent le paysage chan­­geant en-dessous de moi, à travers le hublot d’un petit ATR72, un bel avion à hélice à la forme allon­­gée. Nous volons vers le nord, en suivant approxi­­ma­­ti­­ve­­ment les lacets du fleuve Irra­­waddy. Puis nous virons vers l’est après Manda­­lay, et le paysage se trans­­forme petit à petit pour lais­­ser place à une toile de collines vertes et vallon­­nées. Alors que nous longeons un petit plateau, je repère ma desti­­na­­tion finale, Kyaing Tong, une ville nichée au cœur du célèbre Triangle d’or, à moins de 85 kilo­­mètres au sud-est de Mong La. Kyaing Tong est une ville char­­mante, avec de petites collines tache­­tées de pagodes dorées et d’éten­­dues d’eau, parmi lesquelles le pitto­­resque Lac Naung Tong. C’est une desti­­na­­tion touris­­tique plutôt popu­­laire, où se situent acces­­soi­­re­­ment les bureaux de liai­­son des Mong La, ainsi que ceux des Wa.

Pendant long­­temps, la région a été gérée en plusieurs prin­­ci­­pau­­tés distinctes.

Si leurs rela­­tions restent cordiales, passer les nombreux postes de contrôle mili­­taire entre Kyaing Tong et Mong La néces­­site tout de même d’avoir un permis spécial. Heureu­­se­­ment, grâce à une paix inin­­ter­­rom­­pue depuis des décen­­nies entre le NDAA-ESS et la Birma­­nie, il est aisé de l’ob­­te­­nir. Pas besoin de pot-de-vin. Pas trace non plus d’agents exagé­­ré­­ment suspi­­cieux ou provo­­ca­­teurs. Peu après, me voilà en voiture, entraîné dans un incroyable tour des collines de Shan. Incroyable autant pour la beauté de ses éten­­dues vertes invio­­lées que pour ses virages en épingles, qui donnent perpé­­tuel­­le­­ment envie de décou­­vrir ce que cache l’autre côté. Face à la rudesse du paysage, on comprend immé­­dia­­te­­ment pourquoi les colons britan­­niques n’ont jamais contrôlé l’État Shan lorsqu’ils préten­­daient domi­­ner la Birma­­nie. Pendant long­­temps, la région a été gérée en plusieurs prin­­ci­­pau­­tés distinctes, chacune d’entre elles sous le contrôle de ses Sawb­­was respec­­tifs, ou Seigneurs du ciel, les chefs héré­­di­­taires du peuple Shan. Ces anciens chefs étaient le seul moyen qu’a­­vaient les Britan­­niques, et les Birmans après eux, d’exer­­cer un quel­­conque pouvoir sur les terres de l’État Shan. Si un seul groupe essayait de contrô­­ler toute la région, le terrain inhos­­pi­­ta­­lier lui cause­­raient bien du souci. Aujourd’­­hui, les groupes armés issus de mino­­ri­­tés ethniques conti­­nuent d’en exploi­­ter la géogra­­phie de l’en­­droit, à leur façon. L’em­­pla­­ce­­ment de ces groupes – tout contre la fron­­tière avec la Chine – leur assure, dans une certaine mesure, un commerce et un soutien – discret ou pas – de leur voisin, qui se révèlent essen­­tiels pour leur déve­­lop­­pe­­ment et leur survie. Paul Keenan, cher­­cheur spécia­­lisé dans la région au Burma Centre for Ethnic Studies (le Centre d’études ethniques birman), me confie qu’il ignore avec qui ces groupes font affaire, en dehors des Chinois du Yunnan.

La ville de Mong La, entourée de collinesCrédits : Adam Ramsey
La ville de Mong La, entou­­rée de collines
Crédits : Adam Ramsey

Pour­­tant, l’his­­toire récente a été secouée de grands boule­­ver­­se­­ments, qui laissent présa­­ger d’un poten­­tiel chan­­ge­­ment géopo­­li­­tique. Pendant plusieurs décen­­nies, le régime mili­­taire birman a vécu sous la férule d’une poli­­tique d’iso­­le­­ment qu’il s’est imposé, lour­­de­­ment appe­­lée la « voie birmane vers le socia­­lisme ». Le régime s’est ouvert au cours des cinq dernières années, et a rapi­­de­­ment progressé vers de nouvelles réformes et une certaine forme de libé­­ra­­li­­sa­­tion. Résul­­tat, les sanc­­tions euro­­péennes ont été levées et la Birma­­nie promet à présent une amélio­­ra­­tion future de ses capa­­ci­­tés. Pendant ce temps, Pékin a investi des milliards d’eu­­ros en projets d’éner­­gie, d’ex­­trac­­tion et de déve­­lop­­pe­­ment à travers le pays, et notam­­ment près de 2,3 millions d’eu­­ros pour construire des oléo­­ducs et des gazo­­ducs partant du golfe du Bengale et traversent le Yunnan. Ces conduits flirtent avec les fron­­tières du Kokang, où les récents affron­­te­­ments inquiètent des deux côtés de la fron­­tière. De retour dans le taxi, je consulte ma montre. J’es­­saie d’es­­ti­­mer dans combien de temps nous entre­­rons dans Mong La, de facto la capi­­tale de la zone surnom­­mée « Région Spéciale 4 ». Le conduc­­teur prend un autre de ces virages pleins de surprises avec une assu­­rance imper­­tur­­bable, et l’on débouche soudain sur une vallée profonde. Des collines d’un vert foncé se dressent de part et d’autre de la route, menaçantes. Alors qu’on s’ap­­proche, je remarque quatre ou cinq bunkers camou­­flés, tapis dans les fron­­dai­­sons. J’es­­saie en vain de regar­­der à travers les fentes sombres qui leur servent d’yeux. Je ne sais pas si ces orbites sont vides ou si quelqu’un m’ob­­serve en silence depuis l’in­­té­­rieur. Un garde armé d’un fusil nous fait signe de nous arrê­­ter. Il prend mon permis alors que je sonde prudem­­ment le reste du poste de contrôle depuis le siège passa­­ger. Des drapeaux portant l’in­­signe du NDAA-ESS sont plan­­tés un peu partout. Sur un grand panneau dont la pein­­ture s’écaille, on peut lire : « Bien­­ve­­nue dans la Région Spéciale 4 ».

De vieux barils rouillés sont entassés à la périphérie de la villeCrédits : Adam Ramsey
De vieux barils rouillés sont entas­­sés aux portes de la ville
Crédits : Adam Ramsey

Étran­­ge­­ment, même la terre semble diffé­­rente dans la Région Spéciale 4. Le terrain n’a plus l’air si intact, et même les plus petites collines semblent être l’œuvre d’un paysa­­giste incroya­­ble­­ment talen­­tueux. Pour la première fois depuis que mon arri­­vée dans le pays, nous roulons sur une route avec une vraie circu­­la­­tion. D’im­­po­­sants camions grognent en montant les côtes. Certains sont remplis de maté­­riaux de base, d’autres trans­­portent des dizaines de barils en métal, de l’huile noire s’écou­­lant de certaines barriques rouillées. Les noms des entre­­prises chinoises LiuGong et Sino­­mach sont fière­­ment inscrits sur la plupart des véhi­­cules. Notre route bifurque sur un sentier caillou­­teux en mauvais état, et je remarque le chan­­tier presque achevé de ce qui ressemble à une auto­­route à quatre voies. L’air est rempli d’une pous­­sière jaunâtre et les collines exposent leur roche rouge-brune. Les arbres qui se trou­­vaient le long de la route ont presque tous été coupés, rempla­­cés par des cultures de banane et de pastèque. Tout, autour de moi, est en chan­­tier. Au détour d’un autre virage, un casino blanc étin­­ce­­lant, humble­­ment nommé Galaxyse, appa­­raît devant moi. Juste derrière le bâti­­ment, un parcours de golf imma­­culé s’étend à perte de vue. Là où se tenaient aupa­­ra­­vant des huttes et des cultures, on trouve aujourd’­­hui l’In­­ter­­net haut débit, des fair­­ways savam­­ment entre­­te­­nus et des restau­­rants de buffet à volonté. Alors que je regarde autour de moi, j’ai du mal à croire que vingt minutes plus tôt, j’étais en alti­­tude au milieu de la végé­­ta­­tion sauvage et pure des montagnes de l’État Shan. En vérité, j’ai du mal à croire que je suis encore en Birma­­nie tout court.

Des femmes, Shan et chinoises, regardent les tissus au marché de Mong LaCrédits : Adam Ramsey
Des femmes examinent des tissus au marché de Mong La
Crédits : Adam Ramsey

Le maître de Mong La

Un peu plus loin, j’aperçois les contours de la ville ; ou plutôt, je distingue les gigan­­tesques hôtels qui ne peuvent appar­­te­­nir qu’à Mong La. Mon chauf­­feur se gare à l’en­­trée du marché central. Je commence à me diri­­ger péni­­ble­­ment en direc­­tion d’un hôtel, près duquel m’at­­tend un ami sino-améri­­cain, arrivé de Chine deux jours plus tôt. La ville en elle-même est d’une simpli­­cité surpre­­nante, et elle serait presque pitto­­resque s’il n’y avait pas ces hôtels et ces énormes chan­­tiers de construc­­tion. Le marché fait office de centre-ville. Il s’agit d’une place de 400 mètres, divi­­sée en quadrants, avec un petit rond-point au centre. Tout près, Namp Ma, la rivière boueuse, s’écoule à travers la ville et, au-dessus d’elle, la montagne est truf­­fée de pagodes à l’ar­­chi­­tec­­ture birmane typique. C’est proba­­ble­­ment le seul élément qui indique qu’on n’est pas du côté chinois de la fron­­tière. Même si de nombreuses échoppes portent l’écri­­ture birmane, il est diffi­­cile de les voir comme autre chose que de rares vestiges. Les inscrip­­tions birmanes rencon­­trées sur certains panneaux se sont carré­­ment effa­­cées avec le temps. Dans un élan d’en­­thou­­siasme, je prends note de chaque élément incon­­tes­­ta­­ble­­ment chinois que j’ob­­serve. L’ar­­chi­­tec­­ture, les panneaux, la langue, les réseaux télé­­pho­­niques, les maga­­sins, l’argent, le réseau élec­­trique, la nour­­ri­­tu­­re… Les marques de la Chine sont omni­­pré­­sentes. Comme le dit si bien mon ami, Mong La « ressemble à n’im­­porte quelle petite ville indus­­trielle chinoise ».

Des références à la Chine sont visibles un peu partout en villeCrédits : Adam Ramsey
Des réfé­­rences à la Chine sont visibles partout en ville
Crédits : Adam Ramsey

Après une rapide visite, mon ami et moi nous asseyons à l’un des bars du marché, et nous appe­­lons le proprié­­taire. Un homme mous­­ta­­chu venant de Nankin se dirige tranquille­­ment vers nous et nous rapporte deux bières de l’in­­té­­rieur, des Tsing­­tao. Je m’ins­­talle confor­­ta­­ble­­ment et regarde distrai­­te­­ment les autres clients au bar de notre hôte. Je me rends compte que même nos tables sont pliées en deux et qu’il s’agit en réalité de tables auto­­ma­­tiques de Mahjong. En théo­­rie, les jeux d’argent sont illé­­gaux en Birma­­nie et en Chine, j’ima­­gine donc que tout le monde profite de la moindre oppor­­tu­­nité qui se présente pour jouer. Je ne tarde pas à m’aper­­ce­­voir que ces oppor­­tu­­ni­­tés sont partout.

Comme Mong La, la plupart des villes ici sont connec­­tées au réseau élec­­trique chinois.

Tôt le lende­­main matin, mon ami et moi déci­­dons de nous aven­­tu­­rer du côté du marché où l’on vend des produits déri­­vés d’es­­pèces mena­­cées. À notre arri­­vée, il n’y a guère que quelques femmes et des hommes à l’air endormi qui exhibent leurs marchan­­dises illi­­cites, à côté des pois­­son­­niers et des vendeurs de pastèques. Les objets les plus répré­­hen­­sibles qu’ils vendent – de la peau de pango­­lin, des pénis et des pattes de tigres – sont à ma surprise peu nombreux. J’émets aussi des doutes sur leur authen­­ti­­cité. Pas très impres­­sion­­nés, nous passons ce soir-là par le quar­­tier chaud de la ville, où des femmes distri­­buent des cartes de visite et discutent chaleu­­reu­­se­­ment avec les curieux. Les hommes en ques­­tion sont d’ori­­gine chinoise. Certaines restent là, devant leurs bordels ouverts. Elles discutent ensemble et rient aux éclats. Lorsqu’on réflé­­chit au contexte de cette région fron­­ta­­lière, l’aura mystique de Mong La se dissipe rapi­­de­­ment et les curio­­si­­tés de la ville sont en réalité plus typiques de la région en géné­­ral. Dans la région du peuple Wa, l’UWSA a égale­­ment construit des casi­­nos finan­­cés par la Chine. Les écri­­teaux dans les régions des peuples Wa et Kokang sont écrits en chinois et c’est aussi la langue la plus parlée. Comme Mong La, la plupart des villes ici sont connec­­tées au réseau élec­­trique chinois et préfèrent utili­­ser le yuan comme monnaie. Pour­­tant, les points communs sont plus profonds que ce que les appa­­rences ou l’om­­ni­­pré­­sence des acti­­vi­­tés illé­­gales peuvent lais­­ser croire.

~

Après des décen­­nies de contact trans­­fron­­ta­­lier, les mariages mixtes ont fini de brouiller la limite déjà floue entre les ethnies et les rela­­tions qu’en­­tre­­tiennent les diffé­­rentes régions. Il n’est pas rare, ici, que les gens écrivent leurs noms de deux façons : en chinois et en birman. C’est le cas du maître de Mong La, et il consti­­tue un premier exemple des rela­­tions qu’on entre­­tient de part et d’autre de la région limi­­trophe.

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Certains marchands proposent des marchan­­dises illi­­cites
Crédits : Adam Ramsey

Sai Leun (ou Lin Minxian) est shan-chinois. C’est un baron de la drogue bien connu, et il est égale­­ment le gendre de Peng Jiasheng, leader de longue date de la région Kokang. Peng Jiasheng, descen­­dant peuple histo­­rique des Hans, est un autre baron de la drogue –octo­­gé­­naire. Il a commandé les forces du PCB du Kokang dans les années 1980, et plus tard vécu à Pangh­­sang, qui était autre­­fois la capi­­tale du PCB et qui est aujourd’­­hui la capi­­tale de facto de l’État Wa. De leur côté, les Wa sont le groupe armé issu d’une mino­­rité ethnique le plus puis­­sant du pays. Leurs 30 000 combat­­tants dissuadent sérieu­­se­­ment le gouver­­ne­­ment birman de tenter la moindre inter­­­ven­­tion. Pour­­tant, outre leur nombre, l’ar­­se­­nal mili­­taire de l’UWSA provient presque entiè­­re­­ment de la Chine. Un membre de la Ligue des natio­­na­­li­­tés shan pour la démo­­cra­­tie (SNLD) a justi­­fié cette dyna­­mique de façon très simple lorsque nous nous sommes rencon­­trés avant mon voyage : « Les Kokang et les Mong La ne feront rien sans consul­­ter les Wa, et les Wa ne feront rien sans avoir aupa­­ra­­vant discuté avec la Chine. » Pour­­tant, avec les acti­­vi­­tés commer­­ciales de plus en plus nombreuses entre Pékin et la Birma­­nie, même les chefs des groupes armés et leurs parte­­naires commer­­ciaux au Yunnan – qui sont les plus inves­­tis dans l’ef­­fort mis en place pour renfor­­cer le statu quo – recon­­naissent que les temps changent. Mais un chaos trop osten­­ta­­toire risque­­rait aujourd’­­hui de déclen­­cher une inter­­­ven­­tion de Pékin ou de Naypyi­­daw, qui mettrait en danger les fiefs qu’ils ont fini par domi­­ner et qu’ils exploitent à présent.

Une femme Shan travaillant sur le marchéCrédits : Adam Ramsey
Une femme shan travaillant sur le marché
Crédits : Adam Ramsey

Cette dyna­­mique est appa­­rue lorsque Peng Jiasheng a été chassé du Kokang en 2009, les Birmans ayant exploité une faille de sa MNDAA. Presque aucun des autres groupes n’a fait d’ef­­fort pour lui venir en aide. Il semble­­rait qu’au moins un groupe dans la région soit tombé sous le contrôle du gouver­­ne­­ment birman. Mais plus tôt cette année, Peng Jiasheng est revenu prendre sa revanche. Le 9 février, trois jours seule­­ment avant que le pays commé­­more la Fête de l’Union, il a lancé une contre-offen­­sive sanglante pour reprendre le contrôle du Kokang – un exploit presque irréa­­li­­sable sans soutien, du moins selon le gouver­­ne­­ment birman. Les accu­­sa­­tions vont bon train. Qui a aidé Peng Jiasheng à récu­­pé­­rer le Kokang ? La Chine, les Wa et les Mong La avaient tous inté­­rêt à nier avoir soutenu le vieux seigneur de guer­­re… Ainsi, pendant que le combat se pour­­suit au Kokang et que les accu­­sa­­tions envers la Chine, les Wa et les Mong La conti­­nuent d’af­­fluer, les construc­­tions se font toujours plus nombreuses dans la capi­­tale de la Région Spéciale 4. Les touristes chinois sont le gagne-pain des Mong La, et les hôtels aux noms mettant en avant le jin, « l’or », conti­­nuent de promettre la richesse à leurs clients. À présent, ce sont les jeux d’argent qui sont la prin­­ci­­pale attrac­­tion ici. De retour sur le marché de Mong La, depuis la terrasse d’un restau­­rant judi­­cieu­­se­­ment nommé « Kokang », j’ob­­serve le balais inces­­sant des hommes et des femmes qui parient toujours plus d’argent. Ils portent tous une besace pleine de liquide, pendue à leur épaule ou bien nouée autour de leur taille. Des voitures aux plaques portant les inscrip­­tions « SR4 » – imma­­tri­­cu­­lées à Mong La –, « SHN » –dans l’État de Shan – et plusieurs plaques chinoises imma­­tri­­cu­­lées au Yunnan, s’en vont une fois de plus dans la nuit, prêts à courir le risque de tout perdre dans l’es­­poir de faire fortune.


Traduit de l’an­­glais par Marine Bonni­­chon d’après l’ar­­ticle « Burmese Vegas », paru dans Roads & King­­doms. Couver­­ture : La ville de Mong La, par Adam Ramsey.

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