par Arthur Scheuer | 22 juin 2016

Avant-propos

History Chan­­nel n’est pas exac­­te­­ment une réfé­­rence en matière de rigueur histo­­rique. La chaîne est décriée à juste titre pour son sensa­­tion­­na­­lisme et ses émis­­sions ésoté­­riques déli­­rantes. La plus célèbre, Ancient Aliens, prétend retrou­­ver les traces d’an­­ciennes civi­­li­­sa­­tions extra­­­ter­­restres dans des textes et des arte­­facts antiques.

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« S’est-il échappé ? »

La série docu­­men­­taire Hunting Hitler se propose elle d’enquê­­ter sur les circons­­tances impré­­cises de la mort d’Hit­­ler et d’ex­­plo­­rer l’hy­­po­­thèse selon laquelle il aurait pu fuir en Argen­­tine in extre­­mis, comme ce fut le cas de nombreux nazis à l’époque. Le maté­­riau de départ se limite à deux éléments : 1. La décou­­verte en 2009 d’une preuve scien­­ti­­fique qui inva­­lide la version offi­­cielle des événe­­ments rela­­tée depuis 1946 : le crâne que les Russes disaient appar­­te­­nir à Hitler est en réalité celui d’une femme. 2. La déclas­­si­­fi­­ca­­tion de plus de 700 docu­­ments par le FBI en 2014 faisant état de nombreux témoi­­gnages qui attestent de la présence d’Hit­­ler d’abord en Espagne, puis en Argen­­tine après sa mort présu­­mée. Sur la base de ces trou­­vailles, History Chan­­nel a confié l’enquête à une équipe au CV impres­­sion­­nant : John Cencich enquê­­tait sur les crimes de guerre pour les Nations Unies avant de deve­­nir profes­­seur de justice pénale à la Cali­­for­­nia Univer­­sity of Penn­­syl­­va­­nia ; Lenny DePaul est inspec­­teur en chef et comman­­dant des US Marshalls ; Tim Kennedy est sergent première classe au sein de l’US Army et fait partie de l’élite des forces spéciales ; Steven Ramdam, CEO de l’agence d’in­­ves­­ti­­ga­­tion privée Pallo­­rium, Inc., a aidé à loca­­li­­ser 170 colla­­bo­­ra­­teurs du régime nazi et d’autres crimi­­nels de guerre aux États-Unis, en Europe et en Austra­­lie ; Gerrard Williams est jour­­na­­liste et histo­­rien, et il a notam­­ment travaillé pour Reuters, la BBC et Sky News. Robert Baer, à la tête de cette équipe, est un vété­­ran de la CIA, pour laquelle il a travaillé durant 21 ans, prin­­ci­­pa­­le­­ment au Moyen-Orient. Aujourd’­­hui consul­­tant inter­­­na­­tio­­nal et auteur de nombreux livres, il a publié dans les plus grands titres mondiaux, du Guar­­dian à Vanity Fair, en passant par le TIME dont il est le spécia­­liste du rensei­­gne­­ment. Ses mémoires, parues en 2003, ont en partie inspiré le film Syriana. Aujourd’­­hui, il parti­­cipe régu­­liè­­re­­ment à l’émis­­sion de CNN Situa­­tion Room, pour laquelle il est amené à enquê­­ter sur les crashs d’avions irré­­so­­lus, comme celui d’EgyptAir.

Robert Baer est entouré de professionnels de l'investigation pour cette enquêteCrédits : History Channel
Robert Baer, en chemise rose, entouré de son équipe
Crédits : History Chan­­nel

Dès le début de sa diffu­­sion en novembre 2015, Hunting Hitler a rencon­­tré un franc succès auprès des télé­s­pec­­ta­­teurs améri­­cains. On ne peut pas en dire autant de la critique, qui ne s’est pas privée d’assas­­si­­ner le show en lui repro­­chant, parfois à juste titre, son sensa­­tion­­na­­lisme. L’an­­cien agent de la CIA nous raconte la genèse de la série et livre son senti­­ment sur ce qu’il s’est vrai­­ment passé le 30 avril 1945.

Hunting Hitler

Qui a eu l’idée de la série ?

L’idée vient d’His­­tory Chan­­nel. Quand le FBI révèle autant de docu­­ments, des théo­­ries du complot absconses ne tardent pas à faire surface. Mais dans ce cas précis, il s’avère après examen que le crâne retrouvé dans le bunker, qui était soi-disant celui d’Hit­­ler, est en vérité celui d’une femme. Hunting Hitler est basé sur ce fait : il n’existe aucun élément médico-légal qui prouve qu’Hit­­ler a bien mis fin à ses jours dans ce bunker. La seule « preuve » dont on dispo­­sait s’est révé­­lée être un mensonge. La logique veut qu’il soit mort à cet endroit, mais rien ne permet de le prou­­ver de manière certaine.

Comment avez-vous pris les nombreuses critiques à l’égard de l’émis­­sion ?

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Sur le terrain en Argen­­tine
Crédits : History Chan­­nel

Très fran­­che­­ment, je m’en fiche. Nous nous appuyons sur des docu­­ments origi­­naux et la chaîne a investi de gros moyens de produc­­tion pour que nous puis­­sions enquê­­ter. Je ne m’in­­té­­resse pas trop à ce que les gens disent, je ne m’in­­té­­resse qu’à ce qui est prouvé.

Comment l’équipe a-t-elle été formée ?

C’est la société de produc­­tion qui nous a rassem­­blés. Ce sont des gens compé­­tents, les produc­­teurs ne sont pas fous – et croyez-moi, je connais des produc­­teurs givrés. Ceux-là ont complè­­te­­ment les pieds sur Terre. Pour eux, le défi était de réali­­ser un docu­­men­­taire de huit heures se basant sur aussi peu d’in­­for­­ma­­tions. Ça aurait pu porter sur l’as­­sas­­si­­nat de Kennedy. Il faut bien comprendre qu’aux États-Unis, l’idée de complot est presque une reli­­gion. Si vous dites aux gens qu’il n’existe pas de conspi­­ra­­tion, 90 % d’entre eux seront persua­­dés que vous en faites partie. Les produc­­teurs d’His­­tory Chan­­nel m’ont asso­­cié à John Cencich, nous avons longue­­ment échangé sur le sujet. Il fallait de solides raisons au FBI pour ouvrir une enquête, ce sont des gens sérieux. En même temps, c’est toujours comme ça avec le FBI : quand on les appelle pour parler d’un complot, ils dressent les oreilles. Ils sont inté­­res­­sés.

Si c’est si sérieux, pourquoi n’y a-t-il pas plus de recherches sur la ques­­tion ?

Tout simple­­ment parce que la mort d’Hit­­ler – enfin sa mort présu­­mée – ne s’est jamais appuyée sur des docu­­ments. Il ne s’agis­­sait que d’in­­fos de seconde main, il n’y a personne pour en témoi­­gner direc­­te­­ment. Le crâne présenté comme étant celui d’Hit­­ler n’était pas le sien et sa mort dans le bunker est une histoire brico­­lée à la hâte qui ne nous dit que ce qu’on a envie d’en­­tendre. Pendant ce temps-là, le FBI – J. Edgar Hoover en avait fait sa prio­­rité – et l’an­­cien dépar­­te­­ment de la Guerre des États-Unis le recher­­chaient acti­­ve­­ment. Staline aussi était convaincu qu’il n’était pas mort, ce qui laisse songeur. Et il y a une raison simple qui explique pourquoi personne n’était au courant de ces recherches jusqu’ici : les docu­­ments du FBI étaient confi­­den­­tiels jusqu’en 2014, tout comme ceux du dépar­­te­­ment de la Défense.

Pourquoi les doutes de ces hauts respon­­sables n’ont-ils pas été rendus publics ?

Je crois qu’à la fin de la guerre, il était plus simple de dire à la presse qu’il était mort. C’est toujours comme ça avec les mensonges poli­­tiques. Je n’aime pas repar­­ler de l’Irak, mais en 2002, il faut se rappe­­ler que l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Bush a menti sur toute la ligne concer­­nant les respon­­sables du 11 septembre : ils accu­­saient Saddam Hussein. C’était un mensonge éhonté. Tout ce que disent les poli­­ti­­ciens doit être pris avec précau­­tion, car tout ce qu’ils disent et font est motivé par des inté­­rêts poli­­tiques. En 1945, les Améri­­cains voulaient avant tout que la guerre se termine, c’est pourquoi, quand Staline a émis l’hy­­po­­thèse qu’Hit­­ler avait pu s’échap­­per, ça a été immé­­dia­­te­­ment taxé de propa­­gande.

L'équipe continue son enquête en ArgentineCrédits : History Channel
L’équipe inter­­­roge les habi­­tants de la région
Crédits : History Chan­­nel

Et pour­­tant, même en vous écou­­tant, l’idée qu’Hit­­ler se soit échappé sonne toujours comme quelque chose d’ab­­surde, une théo­­rie fumeuse.

C’est parce qu’il s’agit d’une conspi­­ra­­tion impen­­sable. Si je vous avais dit, avant la série, qu’il n’y avait aucune preuve médico-légale de la mort d’Hit­­ler (ce sont les Russes qui ont mené l’enquête), vous vous seriez dit que c’était impos­­sible, qu’on aurait forcé­­ment conservé les restes de quelqu’un comme Hitler. Mais ils ne l’ont pas fait : c’est quelque chose qu’ils ont étouffé, comme bon nombre d’autres choses. Il s’agit d’un des plus grands crimi­­nels du XXe siècle et nous n’avons aucune preuve formelle de sa mort.

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QUEL EST LE SCÉNARIO LE PLUS PROBABLE ?

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Traduit de l’an­­glais par Adélie Floch et Tancrede Cham­­braud d’après l’en­­tre­­tien réalisé par Arthur Scheuer. Couver­­ture : San Carlos de Bari­­loche, en Argen­­tine (Créa­­tion graphique par Ulyces).


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