par Arthur Scheuer | 31 mai 2016

LISEZ LA PREMIÈRE PARTIE DE L’INTERVIEW ICI

Auto­­ges­­tion

Comment ça marche une école sans profs, sans cours magis­­traux, sans mentors ?

On fait quelque chose qui marche bien : on mise sur la colla­­bo­­ra­­tion. On parle beau­­coup d’éco­­no­­mie colla­­bo­­ra­­tive en ce moment, eh bien chez 42 on a choisi l’édu­­ca­­tion colla­­bo­­ra­­tive. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’on met des gens ensemble, et qu’ils vont apprendre ensemble. Le savoir, il se fait sur Inter­­net. Vous tapez n’im­­porte quoi sur Google et vous aurez la réponse. Donc les cours ne servent à rien, vous trou­­ve­­rez en ligne les meilleurs cours du monde si vous avez envie d’ap­­prendre. Mais on a pas envie de leur apprendre des trucs qu’ils savent par cœur, on a envie de leur apprendre à savoir déve­­lop­­per, vivre et travailler ensemble, construire des projets ensemble et les réali­­ser ensemble. C’est ça qu’on a envie de leur apprendre.


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La Piscine a lieu ici
Crédits : IN&EDIT archi­­tec­­ture

À partir de ce moment-là, le profes­­seur ne nous inté­­resse pas, le cours magis­­tral encore moins, on s’adresse à des jeunes qui sont parfois sortis du système scolaire à 10 ou 11 ans, et qui ne savent pas vivre avec des profes­­seurs. En revanche, on leur demande toujours de travailler ensemble. La nota­­tion, de la même manière, ils la font entre eux. C’est-à-dire qu’à tout moment du jour et de la nuit, un certain nombre d’élèves sont là, prêts à corri­­ger le travail d’autres élèves. La colla­­bo­­ra­­tion, qui est aujourd’­­hui large­­ment accep­­tée en écono­­mie, nous choque encore quand on parle d’édu­­ca­­tion, mais c’est ce modèle que nous avons choisi. Les gens nous disent parfois : « Pourquoi ne pas le faire de manière déma­­té­­ria­­li­­sée, à distance ? » Il se trouve que le système est acces­­sible à distance si les élèves veulent travailler à distance, mais on s’aperçoit qu’en venant sur place, on va plus vite, on travaille mieux, tout simple­­ment parce qu’on travaille avec d’autres et qu’on a besoin de travailler ensemble. C’est extrê­­me­­ment impor­­tant parce que ça aide à la moti­­va­­tion et à l’avan­­cée.

Encore une fois, on a opté pour quelque chose d’as­­sez radi­­cal, mais avec lequel on est à l’aise parce que ça marche. Je vais vous donner un autre exemple : l’école n’a pas de durée. C’est-à-dire que pour termi­­ner l’école, il faut passer un certain nombre de niveaux, il y en a 21. Certains vont réus­­sir à faire les 21 niveaux en deux ans, d’autres les feront en 5 ans, ils iront à leur vitesse. Certains sorti­­ront en deux ans et trois mois, d’autres en trois ans et un jour. Quelle est l’idée derrière le supposé que tout le monde doit apprendre la même chose, le même jour à la même heure ? Ça ne corres­­pond pas à une façon de faire intel­­li­­gente. On n’est pas tous fait pareil, on ne peut pas tous apprendre ou avan­­cer de la même façon. De la même manière, l’école s’adapte à la vitesse de chacun.

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La terrasse de 42 Paris
Crédits : IN&EDIT archi­­tec­­ture

À quoi corres­­pond un niveau ? La personne doit réali­­ser un projet, c’est ça ?

Voilà, c’est ça, ça ne marche que par projets. Au début, il y a quelques projets obli­­ga­­toires, que tous les élèves sont tenus de faire, dans l’ordre et de manière séquen­­tielle. Un projet, c’est quoi ? C’est une petite vidéo de présen­­ta­­tion qui dure 5 minutes, accom­­pa­­gnée d’un fichier texte où l’on va dire à l’élève ce qu’on attend de lui et ce qu’il doit nous rendre. Certains projets sont à faire tout seul, mais la plupart sont à faire à plusieurs. Quand on finit un projet, on passe au projet d’après, et quand on en termine un autre, on passe au projet suivant. Après plusieurs projets, on peut choi­­sir les parties de projets auxquelles on va s’at­­taquer ensuite. On n’est plus contraint de passer au projet suivant, chacun peut faire ce qui est suscep­­tible de l’in­­té­­res­­ser.

Donc si j’aime le graphique, je me tour­­ne­­rai vers un projet sur le graphique, et si j’aime gérer des bases de données ou si j’ai envie de comprendre comment ça fonc­­tionne, je vais partir unique­­ment sur des projets de gestion de données qui m’in­­té­­ressent. Au fur et à mesure que ces projets sont termi­­nés, j’ob­­tiens des points, et ces points vont me permettre de passer des niveaux. Ensuite, quand j’at­­teins un certain niveau – le niveau 7 –, je dois faire un stage. Je suis donc bloqué à ce niveau et je me retrouve dans l’obli­­ga­­tion de faire un premier stage. Et quand j’at­­teins un autre palier, j’ai l’obli­­ga­­tion de refaire un stage en entre­­prise de la même manière. On est sur quelque chose qui corres­­pond complè­­te­­ment à un jeu vidéo dans lequel on a des niveaux à passer, dont certains sont obli­­ga­­toires et d’autres guidés par nos choix. On a du coup des élèves qui sont tous formés diffé­­rem­­ment. Il y a énor­­mé­­ment de projets, et les élèves ont beau travailler sur le leur les uns à côté des autres, à la fin ils sont tous complè­­te­­ment diffé­­rents.

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L’an­­tenne cali­­for­­nienne de l’école
Crédits : AR archi­­tec­­tures

Est-ce que c’est une façon d’ap­­prendre qui existe déjà aux États-Unis ou bien c’est quelque chose de nouveau que vous impor­­tez là-bas ?

Quand vous allez aux États-Unis, en géné­­ral vous avez toujours des Français dans les grands noms de la tech­­no­­lo­­gie. On est plutôt très bons en France. On a un vrai savoir-faire en France en termes de mathé­­ma­­tiques et d’ap­­pren­­tis­­sage du code. Alors si on arrive à l’ex­­por­­ter, c’est tant mieux. Nous ce qu’on aime, c’est de travailler à grande échelle, parce qu’on peut faire des tonnes de choses quand on a beau­­coup d’élèves. Si vous avez moins d’élèves, la correc­­tion 24 h/24 ne peut plus fonc­­tion­­ner.

Et mettre à la tête de la nouvelle école 42 une ancienne de 42 Paris, c’est un hasard ou c’était une volonté ?

C’est une forme d’au­­to­­ges­­tion. Il règne une forme d’au­­to­­ges­­tion dans l’école, c’est-à-dire que très vite, les meilleurs élèves aident à son fonc­­tion­­ne­­ment interne. Tous les étudiants de l’école déve­­loppent des grands systèmes infor­­ma­­tiques, les gèrent en interne, arrivent à les sous-trai­­ter, etc. On demande systé­­ma­­tique­­ment aux meilleurs élèves de nous aider.

42, c’est la réponse à la grande ques­­tion sur la vie, l’uni­­vers et le reste.

Brit­­tany Bir était une étudiante améri­­caine brillante de 42, qui avait natu­­rel­­le­­ment envie de retour­­ner dans son pays un jour. Comme elle avait un super niveau, on lui a dit : « Écoute, tu as vu comment les choses marchaient, on t’ai­­dera bien sûr mais est-ce que ça te bran­­che­­rait de lancer ça ? » Elle fait partie des jeunes qui ont quitté les États-Unis parce qu’elle n’ar­­ri­­vait pas à accé­­der à leurs écoles. Sa famille n’en avait pas les moyens, donc sa chance, pour elle, c’était de venir étudier en France. Donc on est contents de faire ça parce qu’on espère que la prochaine fois, d’autres n’au­­ront pas besoin de quit­­ter leur pays pour faire une école si leur famille n’en a pas les moyens.

Le nombre magique

Y a-t-il aussi quelque chose de radi­­cal dans la façon dont vous orga­­ni­­sez l’es­­pace à l’école ?

Nous avons plusieurs éléments, qui sont pour certains des éléments pratiques, et pour d’autres des éléments de repère. Il y a déjà un aspect finan­­cier, car ce qui coûte le plus cher à l’école, c’est l’ameu­­ble­­ment de l’es­­pace, et nous voulions que l’école puisse béné­­fi­­cier d’un maxi­­mum de jeunes. C’est le premier élément. Le deuxième, c’est qu’on veut qu’ils se parlent, qu’ils échangent. Et pour échan­­ger, il faut qu’on puisse avoir accès à un maxi­­mum de personnes autour de soi. L’idée, c’est qu’un élève soit à portée de voix de sept personnes autour de lui sans qu’il ait besoin d’éle­­ver la voix. Après à côté de ça, vous avez besoin d’en­­droits pour dormir et d’en­­droits pour se détendre dans les alen­­tours les plus immé­­diats pour qu’ils puissent travailler un maxi­­mum. Comme on leur demande de travailler jusqu’à 15 heures par jour, moins il y a de trans­­port, mieux on se porte.

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Xavier Niel en 2014
Crédits : Chris­­to­­pher Michel

L’es­­prit est celui-là : il faut être capable d’avoir un espace qui soit sympa, où ils aient envie de venir et où ils se sentent bien, et dans le même temps qui permette une grande capa­­cité d’échange et l’ac­­cueil d’un maxi­­mum de jeunes dans un même espace.

Pourquoi le nom de « 42 » ?

Ça vient d’un livre qui s’ap­­pelle Le Guide du voya­­geur galac­­tique, il s’agit de la réponse à la grande ques­­tion sur la vie, l’uni­­vers et le reste. Et puis 42, c’est un nombre magique. C’est vrai­­ment impor­­tant dans l’uni­­vers geek. Ça trans­­pa­­raît dans l’école, ça ne sort pas de l’uni­­vers geek, et on en est ravis.

Pour vous, au final, qu’est-ce que c’est un bon déve­­lop­­peur aujourd’­­hui ?

Ce sont des gens à même de s’adap­­ter. On a appris l’in­­for­­ma­­tique à nos parents d’une autre manière, on leur a appris quelque chose qui corres­­pon­­dait à du par cœur. Et certaines personnes ont parfois du mal à s’adap­­ter à un monde qui change, en consé­quence. Parce que le langage de déve­­lop­­pe­­ment des gens d’aujourd’­­hui n’est pas le même que celui d’il y a trois mois. Ce qu’on leur apprend à la base chez 42, c’est le C, le langage le plus univer­­sel – le plus dur mais le plus univer­­sel. C’est un élément extrê­­me­­ment impor­­tant. Nous pensons, et je pense qu’on ne se trompe pas, qu’une fois qu’on leur a appris le C et le C++, ils seront capables de s’adap­­ter à n’im­­porte quel autre langage et qu’ils abor­­de­­ront les autres langages comme plus simples. On commence par leur apprendre quelque chose de très dur en se disant qu’ils s’adap­­te­­ront sans problème à quelque chose de plus simple. Un bon codeur est donc quelqu’un qui est avant tout capable de s’adap­­ter à l’en­­vi­­ron­­ne­­ment logi­­ciel de l’en­­tre­­prise, qui est capable de travailler en groupe. Et puis on va leur deman­­der d’avoir cette forme de logique qui leur permet de pondre un code propre et fonc­­tion­­nel. C’est ce qu’on va détec­­ter chez eux, cette logique, puis on va leur apprendre à la mettre en pratique au quoti­­dien.

S’adap­­ter, travailler en groupe, est-ce qu’au final ce ne sont pas les deux quali­­tés les plus néces­­saires pour travailler dans le numé­­rique en géné­­ral ?

Si, sûre­­ment. Les gens nous disent souvent que nous pour­­rions faire ça pour des tas d’autres acti­­vi­­tés. Mais tous, collec­­ti­­ve­­ment, on connaît un truc : c’est le déve­­lop­­pe­­ment infor­­ma­­tique. https://www.youtube.com/watch?v=9OKfktv3k-0


Couver­­ture : 42 USA (AR archi­­tec­­tures).


INTERVIEW D’ELON MUSK, L’HOMME QUI VEUT EMPÊCHER LES MACHINES DE PRENDRE LE POUVOIR

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En créant OpenAI, une équipe de recherche à but non lucra­­tif, Musk et Y Combi­­na­­tor espèrent limi­­ter les risques de dérive en matière d’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle.

Comme si le domaine de l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle (IA) n’était pas déjà assez compé­­ti­­tif – avec des géants comme Google, Apple, Face­­book, Micro­­soft et même des marques auto­­mo­­biles comme Toyota qui se bous­­culent pour enga­­ger des cher­­cheurs –, on compte aujourd’­­hui un petit nouveau, avec une légère diffé­­rence cepen­­dant. Il s’agit d’une entre­­prise à but non lucra­­tif du nom d’OpenAI, qui promet de rendre ses résul­­tats publics et ses brevets libres de droits afin d’as­­su­­rer que l’ef­­frayante pers­­pec­­tive de voir les ordi­­na­­teurs surpas­­ser l’in­­tel­­li­­gence humaine ne soit pas forcé­­ment la dysto­­pie que certains redoutent.

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L’équipe d’OpenAI
Crédits : OpenAI

Les fonds proviennent d’un groupe de sommi­­tés du monde de la tech, parmi lesquels Elon Musk, Reid Hoff­­man, Peter Thiel, Jessica Living­s­ton et Amazon Web Services. À eux tous, ils ont promis plus d’un milliard de dollars desti­­nés à être versés au fur et à mesure. Les co-prési­­dents de l’en­­tre­­prise sont Musk et Sam Altman, le PDG d’Y Combi­­na­­tor, dont le groupe de recherche fait aussi partie des dona­­teurs – ainsi qu’Alt­­man lui-même. Musk est célèbre pour ses critiques de l’IA, et il n’est pas surpre­­nant de le retrou­­ver ici. Mais Y Combi­­na­­tor, ça oui. Le Y Combi­­na­­tor est l’in­­cu­­ba­­teur qui a démarré il y a dix ans comme un projet esti­­val en finançant six star­­tups et en « payant » leurs fonda­­teurs en ramens et en précieux conseils, afin qu’ils puissent rapi­­de­­ment lancer leur busi­­ness. Depuis, YC a aidé à lancer plus de mille entre­­prises, dont Drop­­box, Airbnb et Stripe, et a récem­­ment inau­­guré un dépar­­te­­ment de recherche. Ces deux dernières années, l’en­­tre­­prise est diri­­gée par Altman, dont la société, Loopt, faisait partie des star­­tups lancées en 2005 – elle a été vendue en 2012 pour 43,4 millions de dollars. Mais si YC et Altman font partie des bailleurs et qu’Alt­­man est co-président, OpenAI est néan­­moins une aven­­ture indé­­pen­­dante et bien sépa­­rée. En gros, OpenAI est un labo­­ra­­toire de recherche censé contrer les corpo­­ra­­tions qui pour­­raient gagner trop d’in­­fluence en utili­­sant des systèmes super-intel­­li­­gents à des fins lucra­­tives, ou les gouver­­ne­­ments qui risque­­raient d’uti­­li­­ser des IA pour asseoir leur pouvoir ou même oppres­­ser les citoyens. Cela peut sembler idéa­­liste, mais l’équipe a déjà réussi à embau­­cher plusieurs grands noms, comme l’an­­cien direc­­teur tech­­nique de Stripe, Greg Brock­­man (qui sera le direc­­teur tech­­nique d’OpenAI) et le cher­­cheur de renom­­mée inter­­­na­­tio­­nale Ilya Suts­­ke­­ver, qui travaillait pour Google et faisait partie d’un groupe renommé de jeunes scien­­ti­­fiques étudiant à Toronto sous la houlette du pion­­nier du système neuro­­nal Geoff Hinton. Il sera le direc­­teur de recherche d’OpenAI. Le reste des recrues comprend la crème des jeunes talents du milieu, dont les CV incluent des expé­­riences au sein des plus grands groupes d’étude, à Face­­book AI et DeepMind, la société d’IA que Google a récu­­pé­­rée en 2014. Open AI dispose aussi d’un pres­­ti­­gieux panel de conseillers dont Alan Kay, un scien­­ti­­fique pion­­nier de l’in­­for­­ma­­tique. Les diri­­geants d’OpenAI m’ont parlé du projet et de leurs aspi­­ra­­tions. Les inter­­­views se sont dérou­­lées en deux parties, d’abord avec Altman seul, ensuite avec Altman, Musk et Brock­­man. J’ai édité et mixées les deux inter­­­views dans un souci de clarté et de longueur.

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