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par Brendan Koerner | 5 août 2015

Tumor Paint

Il est déjà tard en ce lundi après-midi, d’où sans doute l’apa­thie ambiante dans cet amphi de l’uni­ver­sité de Washing­ton où Jim Olson se prépare à inter­ve­nir. Dans les gradins, quelques dizaines d’étu­diants de deuxième cycle luttent contre la fatigue accu­mu­lée durant la jour­née. Certains se bâfrent de cookies au choco­lat tout en sortant leur bloc-notes, mais le pouvoir dopant du sucre n’a qu’un effet limité sur un cerveau émoussé. Il faut dire que la confé­rence qu’ils sont venus écou­ter dans le cadre d’une série bimen­suelle sur l’ac­tua­lité des neuros­ciences n’a rien de bien exci­tant a priori. La première diapo de Jim Olson va les réveiller. Il s’agit d’une photo un peu pixel­li­sée repré­sen­tant Hayden Strum, un adorable garçon de six ans vêtu d’un T-shirt Quik­sil­ver blanc. Hayden ressemble un peu à un pirate, à cause de cette coque sur son œil. En 1995, souf­frant d’une tumeur céré­brale perni­cieuse, il est venu consul­ter le Dr Olson, alors au tout début d’une promet­teuse carrière d’on­co­logue pédia­trique et de cher­cheur en cancé­ro­lo­gie. Pendant quatre ans, le méde­cin a fait le maxi­mum, alter­nant chimio­thé­ra­pies et inter­ven­tions chirur­gi­cales lourdes, mais rien n’a pu sauver l’en­fant. Et aujourd’­hui, le Dr Olson raconte à ses étudiants l’épi­pha­nie qui lui fit revoir ses prio­ri­tés scien­ti­fiques. C’était pendant les obsèques du petit Hayden, alors qu’il écou­tait, assis au dernier rang, les proches de l’en­fant expri­mer leur douleur.

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Le Dr Olson et Hayden, en 1995
Crédits : Jim Olson

« J’ai décidé que jamais de ma vie je ne conce­vrais une expé­rience simple­ment dans le but de décro­cher une bourse de recherche, une publi­ca­tion ou une promo­tion », explique le quinqua­gé­naire, dont le teint vermeil et la cordia­lité typique du Midwest lui donnent des airs d’au­mô­nier bran­ché. « Tout ce que je ferais désor­mais en la matière n’au­rait qu’un but : faire en sorte qu’au­cun gamin, aucune gamine n’ait plus jamais à subir ce qu’a­vait subi Hayden. » Prise à la gorge par cette intro­duc­tion coup de poing, l’as­sis­tance écoute ensuite, toujours aussi capti­vée, le récit d’un combat de dix années contre le cauche­mar des onco­logues : la quasi-impos­si­bi­lité de déli­mi­ter avec préci­sion une tumeur qu’on opère. En effet, l’IRM pratiquée au préa­lable ne donne qu’une idée approxi­ma­tive des contours incer­tains de la tumeur ; quant au scan­ner, il passe fréquem­ment à côté de véri­tables pépites cancé­reuses, indis­cer­nables du tissu envi­ron­nant. La plupart du temps, le chirur­gien se retrouve confronté à un dilemme corné­lien : soit pratiquer l’abla­tion de tout tissu un tant soit peu suspect, au risque de provoquer de graves séquelles ; soit prendre le risque d’épar­gner des cellules malignes qui fini­ront par tuer le patient. Mais le Dr Olson a enfin la solu­tion. Son labo­ra­toire au très renommé Fred Hutchin­son Cancer Research Center – pas très loin de l’am­phi, au bord du lac Union de Seat­tle – a déve­loppé un composé capable de se fixer sur toutes les cellules cancé­reuses dans le corps du patient, lesquelles prennent alors un beau reflet fluo­res­cent que les chirur­giens n’ont aucun mal à iden­ti­fier en salle d’opé­ra­tion. Ce produit, baptisé Tumor Paint par le Dr Olson,  a quelque chose de singu­lier : son prin­ci­pal ingré­dient est une molé­cule prove­nant du dard de Leiu­rus quinques­tria­tus, une petite bête veni­meuse plus commu­né­ment appe­lée rôdeur mortel – l’un des scor­pions les plus dange­reux au monde.

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Leiu­rus quinques­tria­tus, le rôdeur mortel
Crédits

Une décoc­tion de venin de scor­pion qui rend les tumeurs fluo­res­cen­tes… mais c’est du grand n’im­porte quoi ! En tout cas, c’est ce qu’ont pensé les commis­sions d’at­tri­bu­tion de bourses quand le Dr Olson les a contac­tées pour finan­cer ses recherches. Les orga­nismes subven­tion­neurs trouvent ses idées trop bizarres ? Qu’à cela ne tienne, Jim Olson se tourne vers les dona­teurs indi­vi­duels, notam­ment les familles de patients et d’an­ciens patients, et parvient très vite à réunir 5 millions de dollars. Tactique­ment, le coup est auda­cieux et sans précé­dent : au lieu de deman­der aux patients de donner à une fonda­tion rela­ti­ve­ment géné­ra­liste, le Dr Olson les solli­cite pour une tech­no­lo­gie précise et pas encore testée – un pari bien plus risqué. Mais grâce à ses efforts, la toxine de scor­pion fluo­res­cente est main­te­nant entrée en Phase I des essais cliniques, une belle perfor­mance pour un composé aux origines aussi décon­cer­tantes. Les étudiants de l’uni­ver­sité de Washing­ton, eux, sont clai­re­ment esto­maqués par ce travail. Ce n’est certes pas la première fois que le Dr Olson captive les foules avec son histoire de « pein­ture à tumeur ». Ces dernières années, il a sillonné l’Amé­rique de l’At­lan­tique au Paci­fique pour prêcher la bonne parole, souvent dans le cadre de ces confé­rences géné­ra­listes qui font le buzz, comme celles de PopTech ou du SXSW. Ces présen­ta­tions poignantes, doublées d’une couver­ture médias non négli­geable, ont valu au Dr Olson un début de célé­brité – suffi­sante en tout cas pour faire de lui la vedette d’un court docu­men­taire présenté au festi­val du film de Sundance en 2013. Elles lui ont aussi apporté des finan­ce­ments supplé­men­taires, car il ne termine jamais une inter­ven­tion sans rappe­ler à l’as­sis­tance de visi­ter la plate­forme de finan­ce­ment parti­ci­pa­tif Project Violet, qui permet les dons en direct à son labo­ra­toire. L’ori­gi­na­lité de son concept et de son approche du finan­ce­ment font de Jim Olson un franc-tireur de la recherche en cancé­ro­lo­gie. Certains critiques se demandent d’ailleurs si l’on­co­logue ne promet­trait pas un peu la lune – surtout aux personnes déses­pé­rées que sont les proches de ses patients. Mais lui a une mission : éviter à d’autres enfants de subir le sort de Hayden Strum. Pour cela, il estime devoir s’ap­puyer sur des familles qui connaissent inti­me­ment les enjeux de la mala­die. « Sans eux », dit-il, « Tumor Paint n’exis­te­rait pas. C’est aussi simple que ça. »

Dr Olson

L’his­toire commence à Esca­naba, une petite ville située sur la côte sud de la pénin­sule supé­rieure du Michi­gan. Jim Olson n’a que quatre ans quand, sur une étagère de la maison fami­liale, il découvre le livre qui va déclen­cher sa voca­tion – une vieille ency­clo­pé­die médi­cale. Au centre de l’ou­vrage, il y a une page de plas­tique gaufré trans­pa­rent repré­sen­tant un corps humain. La page suivante repré­sente un écor­ché, suivi d’un dessin repré­sen­tant le système circu­la­toire, et enfin les organes vitaux. Fasciné par la possi­bi­lité de feuille­ter ainsi litté­ra­le­ment l’ana­to­mie humaine, le petit Jim comprend tout de suite que plus tard, il veut deve­nir un des ces grands sages affu­blés d’un stétho­scope qu’on laisse jouer avec les muscles, le sang et les os.

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Le Dr Olson aujourd’­hui
Crédits : Fred Hutchin­son Cancer Research Center

Mais les Olson ont une histoire fami­liale si compliquée qu’en­vi­sa­ger une carrière dans la méde­cine relève de la gageure. À l’époque, son père, élec­tri­cien de métier, a un gros problème d’al­cool, et son couple n’y résis­tera pas. Jim a sept ans au moment du divorce. Sa mère, simple employée dans une compa­gnie d’as­su­rance, n’a que le salaire mini­mum pour élever ses deux enfants. Bien souvent, ce sont les oncles des enfants, des passion­nés de chasse, qui mettent la poule au pot, ou plutôt le rôti d’ours noir sur la table. Quand, à l’au­tomne 1981, Jim Olson va s’ins­crire à l’uni­ver­sité de Western Michi­gan, il devient le tout premier membre de sa famille à enta­mer des études supé­rieures. À Western Michi­gan, le jeune Olson va excel­ler, sortant diplômé de la filière la plus diffi­cile en trois ans au lieu de quatre. Au départ, et pendant presque toute la durée de ses études, son objec­tif était simple : rentrer à Esca­naba exer­cer comme méde­cin de famille. Mais vers la fin de sa dernière année, il décide qu’il n’a pas vrai­ment envie de passer le restant de ses jours à faire des points de suture dans la petite bour­gade provin­ciale qui l’a vu naître. Il décide alors de s’ins­crire au pres­ti­gieux programme de docto­rat en méde­cine et en sciences (MD-PhD) de l’uni­ver­sité du Michi­gan, qui forme des méde­cins-cher­cheurs. Vers la fin de son cursus de méde­cine, qui consti­tue la première partie du programme, Jim Olson se voit affec­ter dans l’équipe qui suit une petite fille de sept ans affli­gée d’un trouble neuro­lo­gique aussi rare que dévas­ta­teur. Jour après jour, les fonc­tions des nerfs crâniens de l’en­fant se dégradent ; il est clair qu’elle va mourir sous peu, à moins de la mettre sous respi­ra­tion arti­fi­cielle – ce que ses parents refusent. Le jour du décès de la fillette, Olson file arpen­ter seul l’ar­bo­re­tum de l’uni­ver­sité pour faire son deuil à l’écart. À sa grande surprise, il constate qu’il n’est pas parti­cu­liè­re­ment triste.

Jim Olson réalise alors qu’il possède un don parti­cu­lier pour affron­ter le déses­poir.

« J’avais plutôt le moral », se rappelle-t-il. « Et ça me semblait bizarre, parce que c’était la première fois que je voyais mourir un enfant qu’on m’avait confié. » Au fil de cette médi­ta­tion au bord de la rivière Huron, Jim comprend à quel point les paroles pronon­cées quelques heures plus tôt par les parents de l’en­fant l’ont touché. La manière dont il s’est occupé de leur fille, lui ont-ils dit, leur a permis de comprendre qu’il n’était pas néces­saire qu’une vie dure 80 ans pour consti­tuer un triomphe. Jim Olson réalise alors qu’il possède un don parti­cu­lier pour affron­ter le déses­poir et décide que son destin est de se faire onco­logue pédia­trique, une spécia­lité pour laquelle son approche philo­so­phique de la tragé­die repré­sente un véri­table atout. En 1991, Jim Olson finit par débarquer dans le Nord-Ouest Paci­fique pour suivre son stage de rési­dence [l’équi­valent de l’in­ter­nat], et plus tard de surs­pé­cia­lité, à l’hô­pi­tal pour enfants de Seat­tle. Mais en dépit de sa forte tolé­rance au chagrin, il est forte­ment secoué par cette première année de pratique à plein temps auprès des enfants mourants. La douleur refou­lée resur­git souvent de manière parti­cu­liè­re­ment intem­pes­tive, comme le jour où il s’ef­fondre en décou­vrant que le mildiou est en train de dévas­ter ses plants de tomate. « Je ne suis même pas capable de m’oc­cu­per d’une plante ! », se dit-il alors, agenouillé dans la terre près de ses tomates déco­lo­rées.

En 2000, le Dr Olson crée son propre labo au centre Fred Hutchin­son. Il va pouvoir mettre ses émotions au service de la recherche, en vue d’amé­lio­rer les chances de survie de ses patients. Dans un premier temps, le labo­ra­toire se consacre à des projets conven­tion­nels, cher­chant à véri­fier par exemple si certains médi­ca­ments exis­tants ont des proprié­tés inhi­bi­trices sur la crois­sance des cellules cancé­reuses. Mais ses travaux vont prendre un tour­nant radi­cal en mai 2004. Avec un certain nombre de collègues onco­logues de l’hô­pi­tal pour enfants de Seat­tle, il se penche sur le cas d’une timide et studieuse jeune fille de 17 ans récem­ment opérée d’une tumeur au cerveau. À l’exa­men des scans IRM, les méde­cins font une décou­verte acca­blante : malgré le travail minu­tieux de l’équipe chirur­gi­cale, il reste dans la boîte crânienne un amas de cellules cancé­reuses de la taille du pouce. Décou­ra­geante, mais pas vrai­ment surpre­nant. « Les tumeurs ne sont pas équi­pées d’une pancarte qui dit : “Coucou, je suis là” », explique Steven Rosen­feld, direc­teur du centre de recherche sur les tumeurs céré­brales à la Cleve­land Clinic. « L’IRM, c’est très utile, mais cela ne permet pas d’iden­ti­fier toutes les niches micro­sco­piques où vont se cacher les tumeurs. » De plus, en neuro­chi­rur­gie, la struc­ture géla­ti­neuse du cerveau complique tout – les chirur­giens le comparent souvent à un flan qui trem­blote. Le moindre contact avec un instru­ment chirur­gi­cal va le défor­mer, après quoi les images IRM ne servent plus à rien.

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Olson étudie des scans
Crédits : Fred Hutchin­son Cancer Research Center

Dès la fin de la réunion, un collègue prend Jim Olson à part. Richard Ellen­bo­gen, le neuro­chi­rur­gien qui a opéré la jeune fille, est visi­ble­ment très déçu du résul­tat. « Il faut abso­lu­ment que tu trouves un moyen de nous aider à mieux repé­rer ces cancers. »

Le rôdeur mortel

Instan­ta­né­ment, Jim repense à la thèse qu’il a soute­nue à l’uni­ver­sité du Michi­gan sur l’uti­li­sa­tion d’un isotope radio­ac­tif dans le PET scan [Tomo­gra­phie par Émis­sion de Posi­trons] utilisé pour diagnos­tiquer le cancer. L’iso­tope sert de traceur : une fois fixé sur sa cible dans le corps, il émet des rayons gamma détec­tables qui permet­tront de déter­mi­ner si un certain type de cancer est présent. Le Dr Olson se prend à imagi­ner une tech­nique compa­rable, mais qui permet­trait d’illu­mi­ner les cellules cancé­reuses dans des condi­tions normales, de telle sorte qu’elles soient visibles non seule­ment sur les PET scans, mais aussi durant l’opé­ra­tion chirur­gi­cale. Selon lui, on doit pouvoir y parve­nir en modi­fiant une molé­cule connue pour s’as­so­cier spéci­fique­ment aux cellules cancé­reuses. S’il parve­nait à lier cette molé­cule à une tein­ture fluo­res­cente, il pour­rait peut-être faire luire les tumeurs en bleu ou en vert par le truche­ment d’une caméra en spec­tro­sco­pie proche infra­rouge placée près de la table d’opé­ra­tion. Les chirur­giens verraient alors sans problème où commence et où se termine préci­sé­ment la tumeur. Tout d’abord, il lui faut quelqu’un pour mener cette quête de la bonne molé­cule. Ce sera Patrik Gabi­kian, un jeune homme extrê­me­ment méti­cu­leux, l’un des meilleurs internes en neuro­chi­rur­gie d’El­len­bo­gen. Il lui confie une tâche de détec­tive : passer au peigne fin toutes les bases de données connues dans l’es­poir de déni­cher une molé­cule qui se jettera sur les cellules cancé­reuses tout en igno­rant les cellules saines qui les entourent. Chaque soir, Gabi­kian trans­met à son nouveau patron sa liste de candi­dats. Et pendant six semaines exas­pé­rantes, Olson va reje­ter une à une toutes les molé­cules propo­sées – celle-ci parce que sa struc­ture ne permet pas d’y atta­cher la tein­ture, celle-là parce qu’elle risque­rait de provoquer des effets secon­daires ailleurs… il y a toujours quelque chose qui ne va pas.

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Éclairé à la lumière noire, le rôdeur mortel est fluo­res­cent
Crédits

Fina­le­ment, un beau jour, une des sugges­tions les plus étranges de Gabi­kian finit par piquer la curio­sité d’Ol­son : la chlo­ro­toxine, une substance présente dans le venin d’un scor­pion, le rôdeur mortel. Malgré son pedi­gree incon­gru, la molé­cule est déjà presque une star dans le petit monde des biotech­no­lo­gies. Du côté des méde­cines tradi­tion­nelles, on sait depuis long­temps que le venin de scor­pion n’a pas que des proprié­tés nocives. Dans la Chine impé­riale, par exemple, ce liquide trouble servait à soigner un peu tout, des oreillons au téta­nos. En Inde, dans certaines régions rurales, on faisait macé­rer des scor­pions entiers dans de l’huile de moutarde avec laquelle on massait ensuite les rhuma­tismes. Plus récem­ment, ce sont les fabri­cants de pesti­cides qui se sont inté­res­sés au venin de scor­pion, dans l’es­poir de proté­ger les récoltes grâce à ses neuro­toxines, si effi­caces contre criquets et scara­bées.

Aujourd’­hui, les compa­gnies phar­ma­ceu­tiques ont litté­ra­le­ment déve­loppé des tech­niques de traite du scor­pion – pour cela, on fait subir à l’arach­nide une décharge élec­trique, après quoi il n’y a plus qu’à récu­pé­rer les gout­te­lettes de venin qui dégou­linent de sa queue. Il faut du courage pour exer­cer ce métier, car le rôdeur mortel est un des scor­pions les plus dange­reux du monde. Dans certains cas, le venin de L. quinques­tria­tus peut provoquer des arrêts cardiaques. Le venin de scor­pion est un cock­tail composé de nombreuses toxines qui ont chacune leur cible dans le corps de la victime. Les premières recherches menées aux États-Unis avaient porté sur la capa­cité de ces toxines à bloquer le signal élec­trique généré par le mouve­ment des ions sodium. Puis, en 1993, une équipe de la Harvard Medi­cal School est parve­nue à iden­ti­fier chez L. quinques­tria­tus une nouvelle toxine qui bloque les canaux utili­sés par les cellules pour faire passer les ions chlo­rure à travers leur membrane. Les cher­cheurs notent alors que cette molé­cule, qu’ils baptisent chlo­ro­toxine, est consti­tuée d’une courte chaîne d’acides aminés – ce que les biochi­mistes appellent un peptide. Au centre de ce peptide aux 36 acides aminés se trouve une struc­ture compacte compo­sée de quatre ponts disul­fures, ce qui fait que la molé­cule a pour noyau un nœud compact. Malgré son nom inquié­tant, la chlo­ro­toxine pure est inof­fen­sive pour l’homme : son seul inté­rêt du point de vue de l’évo­lu­tion semble être de para­ly­ser les muscles des cafards dont le rôdeur mortel est friand. En 1994, l’ar­ticle publié par les cher­cheurs de Harvard dans l’Ame­ri­can Jour­nal of Physio­logy avait attiré l’at­ten­tion de Nicole Ullrich, qui prépa­rait un docto­rat en méde­cine et sciences à l’uni­ver­sité d’Ala­bama à Birmin­gham (elle est aujourd’­hui neuro-onco­logue au Dana-Farber/Boston Chil­dren’s Cancer and Blood Disor­ders Center). Ullrich travaillait alors sur un type de tumeur céré­brale parti­cu­liè­re­ment retorse, le gliome, dont les patients présentent un taux de survie à cinq ans de tout juste 5 %. Les cellules gliales ont la parti­cu­la­rité de se dépla­cer dans le cerveau en se contor­sion­nant, une perfor­mance réali­sée en sécré­tant des ions chlo­rure – un peu comme de grosses saucisses qui devien­draient plus fines en perdant leur jus à la cuis­son. Ullrich faisait l’hy­po­thèse qu’il devait être possible de contrô­ler les tumeurs en les empê­chant de « suer » leur chlo­rure. Or, c’était préci­sé­ment ce que semblait promettre la chlo­ro­toxine.

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Le scor­pion dans son habi­tat natu­rel en Israël
Crédits

Après injec­tion de chlo­ro­toxines dans le cerveau de souris atteintes de gliomes, Ullrich avait remarqué que le peptide ne s’at­ta­chait qu’aux cellules cancé­reuses – la molé­cule ne voulait rien savoir des cellules normales qui se trou­vaient à proxi­mité. Aussi­tôt, elle avait fait part de cette heureuse décou­verte à son direc­teur de labo, le neuro­bio­lo­giste Harald Sonthei­mer, et tous deux s’étaient pris à rêver, entre­voyant un poten­tiel excep­tion­nel pour la chlo­ro­toxine. « Quand un patient présente des symp­tômes de gliomes, l’in­va­sion du cerveau par la tumeur a déjà commencé », explique Sonthei­mer. « Donc, au lieu de simple­ment utili­ser la toxine pour inhi­ber le proces­sus inva­sif, nous voulions la “char­ger”, cibler les cellules cancé­reuses avec un poison mortel pour elles. » Tout cela dans l’es­poir de pouvoir propo­ser une chimio­thé­ra­pie ciblée, sans effets secon­daires, puisque la chlo­ro­toxine ne risque­rait pas de déli­vrer par erreur le poison cancé­ri­cide aux cellules saines.

En 2004, lorsque Jim Olson et Patrik Gabi­kian tombent sur le peptide, le médi­ca­ment de Sonthei­mer a déjà passé la Phase I des essais cliniques. Les résul­tats sont si promet­teurs que TransMo­le­cu­lar, la star­tup biotech de Sonthei­mer, a réussi à lever 33,2 millions de dollars en capi­tal-risque pour prépa­rer la Phase II. Olson, lui, ne peut que rêver d’un tel finan­ce­ment lorsqu’il entame la mise au point de ses premières expé­riences sur la chlo­ro­toxine. Il doit discu­ter pied à pied pour se procu­rer ne serait-ce que quelques milli­grammes du peptide auprès d’une compa­gnie phar­ma­ceu­tique israé­lienne. Et même après une intense négo­cia­tion, il doit encore débour­ser 100 000 dollars pour sa chlo­ro­toxine. Les résul­tats expé­ri­men­taux vont pour­tant justi­fier cet inves­tis­se­ment consi­dé­rable. Olson et Gabi­kian découvrent que la chlo­ro­toxine se fixe non seule­ment sur les tumeurs céré­brales, mais encore sur toutes sortes de cancers, de la peau jusqu’aux poumons. Ils remarquent aussi que le peptide est capable de fran­chir la barrière qui protège le cerveau des toxines et autres agres­sions chimiques, ce qui est très rare pour une molé­cule de cette taille. Olson estime que cette parti­cu­la­rité est à mettre au crédit des millions d’an­nées d’évo­lu­tion qui ont permis aux scor­pions de perfec­tion­ner leurs tech­niques de chasse. En pratique, cela signi­fie qu’il n’est pas néces­saire d’injec­ter le peptide direc­te­ment dans le cerveau : une intra­vei­neuse suffit.

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La chlo­ro­toxine agit comme un révé­la­teur
Crédits : Jim Olson

Mais le plus fou reste à venir. En pratiquant les premières injec­tions de chlo­ro­toxine fluo­res­cente sur des souris, Olson voit appa­raître des cellules qu’au­cune autre tech­nique n’a jamais été en mesure d’iden­ti­fier. Elles sont parfois bien cachées, comme ce groupe d’à peine 200 cellules malignes profon­dé­ment enfouies dans un amas de graisse et qui s’illu­minent soudain sous ses yeux. « C’est là que nous avons compris que cette tech­no­lo­gie était bien plus sensible que l’IRM », précise Olson. Pour avan­cer dans ses recherches, il solli­cite des fonds auprès du Natio­nal Cancer Insti­tute, entre autres éminents orga­nismes. Personne ne veut rien savoir. « C’était toujours la même rengaine », ajoute Olson « “Tout cela est très spécu­la­tif” ou : “C’est un projet très ambi­tieux”… En clair : “Ce projet les dépasse.” » Mais la confiance d’Ol­son en sa chlo­ro­toxine est inébran­lable. De cette série de rebuf­fades, il tire une conclu­sion toute person­nelle : à cher­cheur créa­tif, finan­ce­ment créa­tif.

Project Violet

Le jeune Carson, 11 ans, sait perti­nem­ment ce qui l’at­tend, et c’est bien pour ça qu’il est recroque­villé au bord de la table d’exa­men, en proie à de violentes nausées. Son père, un marin de l’US Navy à la carrure impres­sion­nante, fait de son mieux pour le soula­ger en massant tendre­ment son dos. Mais le massage est impuis­sant contre des spasmes diges­tifs qui ne font que traduire la terreur qu’ins­pire à Carson les produits chimiques qu’on va bien­tôt lui injec­ter. Olson place une corbeille à papier sous le menton de l’en­fant, tout en expliquant au père que les réac­tions pavlo­viennes de ce type sont courantes en chimio­thé­ra­pie. « Dans le milieu, tout le monde connaît l’his­toire de ce patient qui rentre dans un restau­rant, trente ans plus tard, et recon­naît le méde­cin qui l’a soigné », raconte-t-il. « Tout natu­rel­le­ment, il va le voir, mais au moment même où il ouvre la bouche pour le saluer, il vomit partout. La mémoire, c’est vrai­ment très puis­sant. »

Olson est d’un calme olym­pien, une atti­tude dont il ne se dépar­tit jamais durant sa tour­née quoti­dienne, pour­tant poignante.

Cette petite paren­thèse d’hu­mour noir a le mérite de détendre un peu l’at­mo­sphère, d’au­tant plus qu’elle laisse entre­voir la meilleure issue possible pour Carson – celle où le blond préado­les­cent maculé de tâches de rous­seur devient un adulte en pleine santé. Il n’y a pour­tant aucune garan­tie à ce stade, car le garçon est atteint de neuro­fi­bro­ma­tose, une mala­die géné­tique qui provoque des tumeurs sur tout son corps. Son dernier cycle de chimio, destiné à réduire une tumeur qui appuie sur son cerveau, a commencé dans la foulée de l’abla­tion d’une grosse protu­bé­rance sur sa jambe droite : quand fina­le­ment la nausée s’apaise, lui permet­tant de s’al­lon­ger sur le dos, son panta­lon de jogging remonte un peu, dévoi­lant une cica­trice qui ressemble à un canyon. Tout au long de ces prépa­ra­tifs, Olson est d’un calme olym­pien, une atti­tude dont il ne se dépar­tit jamais durant sa tour­née quoti­dienne, pour­tant poignante. Un gamin de dix ans qui a peut-être déjà fêté son dernier anni­ver­saire, une ado rendue suici­daire par un pronos­tic vital plus que réser­vé… rien ne parvient à lui ôter son sourire débon­naire. Ce compor­te­ment au chevet des malades a toujours été très appré­cié des familles, qui expriment depuis long­temps leur grati­tude en finançant ses recherches.

En 2000, peu après la créa­tion de son labo au centre Fred Hutchin­son, des parents se sont réunis pour orga­ni­ser des concours du meilleur chili et des tour­nois de golf en vue de lever des fonds desti­nés à finan­cer les salaires de son équipe. Alors, quand elles ont appris qu’au­cune de ses demandes de subven­tion pour la recherche sur la chlo­ro­toxine n’avait abouti, les familles ont simple­ment redou­blé d’ef­forts. « C’est avec joie que j’ai accepté leur géné­ro­sité », dit Olson, qui s’est mis à contac­ter d’autres familles une fois que le premier groupe de dona­teurs lui a certi­fié qu’ils feraient tout « pour s’as­su­rer qu’il dispose des fonds néces­saires lorsqu’il a une bonne idée ». L’ar­gu­men­taire d’Ol­son sur la chlo­ro­toxine résonne tout parti­cu­liè­re­ment chez les parents qui ont pu consta­ter par eux-mêmes les limites de la chirur­gie cancé­ro­lo­gique. Kris Forth est de ceux-là. Son fils, Bran­don, a subi de multiples inter­ven­tions pour reti­rer une tumeur logée dans le quatrième ventri­cule céré­bral. « Il en restait toujours un peu à l’in­té­rieur », dit Forth, qui était au chevet de Bran­don quand il est décédé, en mars 2010, à l’âge de 11 ans. « Si Tumor Paint avait été dispo­nible à l’époque, l’is­sue aurait proba­ble­ment été diffé­rente. » Pour faci­li­ter son deuil, elle a ouvert une boutique d’ar­ticles d’oc­ca­sion qui a produit plusieurs dizaines de milliers de dollars de dons au profit du labo­ra­toire de Jim Olson. Près de la caisse, une affiche explique aux clients ce qu’est Tumor Paint.

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Le sourire de Jim Olson
Crédits : Project Violet

Le finan­ce­ment parti­ci­pa­tif va mobi­li­ser des milliers de dona­teurs. Grâce aux cinq millions de dollars collec­tés, Olson peut affi­ner le composé, et ce n’est qu’a­près plusieurs années de mise au point que Tumor Paint attire enfin des subven­tions plus tradi­tion­nelles. Le Natio­nal Cancer Insti­tute mise un quart de million de dollars, qui servent entre autres à lancer une étude canine à l’uni­ver­sité de l’État de Washing­ton – les chirur­giens vété­ri­naires sont aux anges au vu des premiers résul­tats. En 2010, le Dr Olson fonde Blaze Bios­cience, qui lui a permis à ce jour de lever 20 millions de dollars, exclu­si­ve­ment auprès de dona­teurs indi­vi­duels. Blaze a lancé la première phase d’es­sais cliniques de Tumor Paint chez l’homme en décembre 2013 – et les essais cliniques de Phase I sur les enfants atteints de cancer du cerveau ont débuté en juin 2015.

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Jim Olson possède un seul et unique tatouage, sur l’épaule gauche. Il l’avait depuis quelques jours à peine lorsqu’il me l’a montré. C’était au bord du lac, dans la demeure moder­niste de son amie Anne Croco, une archi­tecte d’in­té­rieur répu­tée qui soute­nait très acti­ve­ment le labo­ra­toire, avant de décé­der en avril dernier. L’objec­tif était de prépa­rer une mani­fes­ta­tion de levée de fonds à laquelle Anne voulait invi­ter Stone Gossard, le guita­riste de Pearl Jam – une de ses nombreuses rela­tion à Seat­tle, ce « petit village de pêcheurs », selon ses propres termes. La simple évoca­tion du rock a tout natu­rel­le­ment incité Olson à rele­ver la manche de son T-shirt noir, révé­lant un motif vague­ment celtique, quelque chose comme un enche­vê­tre­ment de A majus­cules arron­dis. En réalité, ce dessin repré­sente l’en­tre­lacs des ponts disul­fures au cœur de la molé­cule de chlo­ro­toxine.

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Le tatouage du Dr Olson
Crédits : John Clark

Le tatouage d’Ol­son n’évoque d’ailleurs pas seule­ment la chlo­ro­toxine, mais toute une série de peptides voisins qu’il espère ajou­ter à son arse­nal contre le cancer et certaines autres patho­lo­gies. Grâce à un programme-maison écrit en Python et capable d’écu­mer des bases de données repré­sen­tant des décen­nies de travail sur les venins, son labo­ra­toire est parvenu à iden­ti­fier des centaines de milliers de molé­cules poten­tiel­le­ment utili­sables parce que compor­tant le fameux nœud de ponts disul­fures.

Pour finan­cer ses recherches, Olson est allé encore un peu plus loin dans le finan­ce­ment parti­ci­pa­tif qui a tant contri­bué au déve­lop­pe­ment de Tumor Paint. Le site Inter­net Project Violet propose toute une gamme de contre­par­ties en fonc­tion du niveau de la contri­bu­tion, dans l’es­prit de KissKissBankBank. Pour 100 dollars, le dona­teur peut « adop­ter un médi­ca­ment candi­dat » dont il va suivre l’évo­lu­tion ; pour 25 000 dollars, ce sera le dîner avec Jim Olson lui-même. Mais on n’amène pas un médi­ca­ment à la vie comme on enre­gistre un album, par exemple. Le proces­sus est un petit peu plus complexe. Sur le papier, en phar­ma­co­lo­gie, les grandes idées ne manquent pas, mais la plupart n’abou­tissent à rien, même après des années d’ef­forts. Avec des enjeux si impor­tants, le finan­ce­ment parti­ci­pa­tif atteint ses limites – surtout si l’or­ga­ni­sa­teur est aussi le méde­cin du dona­teur. « Quand on compare un méde­cin trai­tant et un cher­cheur, il faut bien voir qu’il s’agit ici de méde­cins trai­tants en qui les patients ont profon­dé­ment confiance », précise Josh Perry, profes­seur à la Kelley School of Busi­ness de l’uni­ver­sité d’In­diana et spécia­liste des ques­tions d’éthique dans le domaine de la santé. Diffi­cile dès lors d’en faire des modèles pour d’autres méde­cins. « Au fond, ils jouent sur la profon­deur de la rela­tion. C’est faisable, mais très déli­cat de mon point de vue. » Perry se demande égale­ment si les méde­cins n’ont pas tendance à exagé­rer les promesses dont est porteuse une inno­va­tion – non par malhon­nê­teté, mais juste­ment parce qu’ils sont très impliqués auprès de leurs patients. « Il est natu­rel pour un méde­cin, même animé des meilleures inten­tions du monde, de s’im­pliquer émotion­nel­le­ment dans le succès de ses recherches », ajoute-t-il. « Le risque de juge­ment biaisé est vrai­ment partout. » Tumor Paint est l’exemple-type de l’in­no­va­tion surmé­dia­ti­sée parce que le méde­cin est un passionné. Il reste deux phases d’es­sais cliniques à passer avant de démon­trer aux auto­ri­tés sani­taires son inno­cuité et son effi­ca­cité. Mais Olson sait si bien toucher la corde sensible sur scène qu’on en oublie un peu tous ces obstacles à fran­chir. Même certaines personnes convain­cues du poten­tiel de Tumor Paint craignent que son argu­men­taire si convain­cant ne cache les diffi­cul­tés à venir. Parmi elles, Patrik Gabi­kian, l’an­cien interne qui, le premier, avait porté la chlo­ro­toxine à l’at­ten­tion d’Ol­son. « Je ne vais pas mâcher mes mots : en tant que personne en charge de patients grave­ment malades, tout ce battage média­tique, très peu pour moi. » Aujourd’­hui neuro­chi­rur­gien dans un établis­se­ment privé de Los Angeles, Gabi­kian comprend certes qu’il est néces­saire de faire la promo­tion d’une nouvelle tech­no­lo­gie pour l’ame­ner sur le marché, mais craint que les talents de conteur d’Ol­son ne donnent de « faux espoirs » aux patients atteints de cancer. Olson balaie ce genre de critique d’un revers de main. « La recherche biomé­di­cale dépend énor­mé­ment des patients pour son finan­ce­ment. Cela se fait souvent de manière indi­recte, via des fonda­tions qui offrent des subven­tions », dit-il. « Nous tenons les familles au courant de nos échecs comme de nos réus­sites, avec une trans­pa­rence totale sur la créa­tion d’en­tre­prises déri­vées et autres. »

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Olson et l’équipe de Project Violet
Crédits : Project Violet

Bien sûr, accep­ter de l’argent des familles de patients est un cas de conscience, mais les méthodes de finan­ce­ment tradi­tion­nelles ont aussi leurs incon­vé­nients, comme en témoignent les déboires de TransMo­le­cu­lar, la société qui déve­loppe la chlo­ro­toxine comme trai­te­ment anti-gliome. En dépit d’un lance­ment en fanfare, TransMo­le­cu­lar n’a pas été en mesure de publier des résul­tats de ses essais cliniques de Phase II le moment venu. Sonthei­mer attri­bue cet échec à la crise finan­cière de 2008, qui a rendu les capi­tal-risqueurs méfiants vis-à-vis des entre­prises de biotech­no­lo­gies travaillant sur des niches bien précises. L’an­née suivante, suite au décès brutal du PDG de TransMo­le­cu­lar, son succes­seur a décidé qu’il valait mieux liqui­der. Sonthei­mer n’a pas perdu l’es­poir de voir un jour l’en­tre­prise qui a racheté les actifs pour­suivre son œuvre. Et après tout, s’il faut faire le bate­leur de temps en temps pour éviter à Tumor Paint ce genre de mésa­ven­ture bureau­cra­tique, Olson accep­tera bien volon­tiers quelques critiques. Les puristes chan­ge­raient peut-être d’avis si, comme lui, ils arpen­taient chaque jour un service d’on­co­lo­gie pédia­trique.


Traduit de l’an­glais par François-Xavier Priour d’après l’ar­ticle « One Doctor’s Quest to Save People by Injec­ting Them With Scor­pion Venom », paru dans Wired. Couver­ture : Un spéci­men de Leiu­rus quinques­tria­tus. Créa­tion graphique par Ulyces.

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