par Cameron Maynard | 1 octobre 2015

Je me suis toujours demandé pourquoi certaines histoires deviennent des légendes. Qu’est-ce qu’un Butch Cassidy ou un John Dillin­­ger ont de si fasci­­nant ? Cela vient sans doute de notre atti­­rance pour les hors-la-loi, ces êtres margi­­naux qui méprisent les règles qui nous régissent. D’une certaine manière, nous aimons les person­­nages qui s’em­­parent de ce qu’ils n’ont pas. Mais malgré tout, ce senti­­ment a quelque chose d’in­­sai­­sis­­sable. Le hors-la-loi doit être rusé, fourbe, et maîtri­­ser l’art du jeu du chat et de la souris. Toutes ces histoires doivent nous faire réflé­­chir et piéger notre juge­­ment. Il faut qu’elles nous captivent. Une fois le puzzle recons­­ti­­tué, nous devons avoir l’im­­pres­­sion de faire partie de l’in­­trigue.

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Le couple meur­­trier

J’ai songé la première fois à Bonnie et Clyde après m’être rendu compte que les séries télé n’étaient en noir et blanc qu’à cause de carences tech­­no­­lo­­giques et non parce que le monde l’était lui-même – j’étais stupé­­fait de réali­­ser que ce dernier avait toujours été en couleur. Mais allez expliquer cela à un jeune garçon. Pour moi, l’His­­toire avait toujours été en noir et blanc, peu importe les événe­­ments. Chaque dimanche après-midi, ma famille et moi allions déjeu­­ner chez ma grand-mère. Je passais la majeure partie de temps dans la chambre de mon oncle, celle qu’il occu­­pait étant enfant. Le temps n’avait eu aucune prise sur cette pièce, comme si elle avait été conser­­vée dans du formol. Sur les étagères s’éta­­laient des figu­­rines de cow-boys, d’In­­diens et de soldats. Des avions bombar­­diers étaient suspen­­dus au plafond. Deux affiches en noir et blanc étaient accro­­chées au mur : des avis de recherche pour Billy the Kid et Jesse James, morts ou vifs. Au fil du temps, j’ai déve­­loppé le même attrait que mon oncle pour les hors-la-loi légen­­daires. À mesure que ma fasci­­na­­tion gran­­dis­­sait, les hors-la-loi sont passés des braqueurs à la dili­­gence à Warren Beatty et Faye Duna­­way en tech­­ni­­co­­lor. Lorsque j’avais douze ans, mon oncle m’a emmené à Dallas pour voir la tombe de Clyde Barrow, sur Fort Worth Avenue. Un panneau publi­­ci­­taire situé au sud-est du cime­­tière Western Heights ombra­­geait la tombe. À quelques pas de là se trou­­vaient un hôtel bon marché et un conces­­sion­­naire de voitures d’oc­­ca­­sion. Diffi­­cile d’ima­­gi­­ner que Clyde Barrow repo­­sait ici, à quelques mètres de ces voitures. Un person­­nage mythique réduit à occu­­per un espace minus­­cule et isolé. Le progrès avait pris le pas sur l’His­­toire. Sur sa tombe, on pouvait lire : « Disparu mais pas oublié. »


La visite du musée

La pluie s’abat sur le toit de ma voiture et j’aperçois la sortie 80 pour Gibs­­land, village de l’État de Loui­­siane. J’ai décou­­vert en faisant des recherches sur Bonnie et Clyde que Gibs­­land est le lieu incon­­tour­­nable pour tous les aficio­­na­­dos du couple mythique. Il s’agit du dernier endroit où ils se sont rendus avant leur mort, et la ville leur a dédié un musée. À douze kilo­­mètres plus au sud, là où ils sont tombés sous une pluie de balles, on trouve un tailleur de pierre.

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Le musée de Gibs­­land
Crédits : Bonnie & Clyde Ambush Museum

Je suis la route jusqu’à l’ar­­tère prin­­ci­­pale de Gibs­­land. Cette ville est un vrai trou à rat. À l’époque, on y trou­­vait une gare et l’uni­­ver­­sité Cole­­man. Mais aujourd’­­hui, on n’y voit que les signes d’une Loui­­siane en déclin et un tas de maisons décré­­pies. De l’autre côté du chemin de fer, j’aperçois des immeubles à l’ho­­ri­­zon. J’ai l’im­­pres­­sion que la civi­­li­­sa­­tion ne s’est pas invi­­tée dans cette ville depuis des années. Une fois sur Main Street, je réalise que la ville n’est rien de plus qu’une succes­­sion de maga­­sins dispo­­sés les uns en face des autres. Le plus visible d’entre eux est peint en jaune et doté d’une marquise en métal vert. Le mot « ambush » (« embus­­cade ») y est écrit en grosse lettre. Une vieille voiture grise des années 1980 est station­­née juste en face – vu la manière dont elle est garée, le chauf­­feur doit être prêt à déguer­­pir en urgence. Au gré de mes recherches, j’ai trouvé une page Face­­book consa­­crée à ce musée Bonnie et Clyde. J’y ai trouvé le nom du conser­­va­­teur, un certain L. J. « Boots » Hinton. La page four­­nis­­sait un numéro de télé­­phone ; j’ai appelé. J’ai passé les trois jours suivants à lais­­ser des messages : je voulais rencon­­trer le conser­­va­­teur afin que nous parlions de la fameuse embus­­cade et je lui ai laissé mon numéro.

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À gauche, Boots Hilton, le conser­­va­­teur du musée
Crédits : Bonnie & Clyde Ambush Museum

J’ai commencé à m’inquié­­ter après avoir lu sur la page que le musée était fermé par inter­­­mit­­tence, en raison des problèmes de santé de Boots. Le vendredi après-midi suivant, je n’avais toujours pas reçu de réponse. J’ai donc réservé une chambre à Shre­­ve­­port et m’y suis rendu le soir même. En résumé, j’al­­lais faire trois heures et demies de route sans savoir ce que j’al­­lais trou­­ver là-bas. J’ai demandé à mon amie de m’ac­­com­­pa­­gner, dans l’es­­poir de faire passer cette expé­­di­­tion à l’aveugle pour un week-end roman­­tique… Assis dans la voiture, le regard fixé sur les vitres embru­­mées du musée, elle me tire de mes pensées : « On est venus pour ça ? Je ne vois rien du tout. » Diffi­­cile de rater un endroit comme celui-ci, c’est le seul à être éclairé. Avant de descendre de voiture, je lui tends le para­­pluie. « Tu es sûr que c’est ouvert ? » me demande-t-elle. Une clochette tinte lorsque nous péné­­trons dans le musée. À l’in­­té­­rieur, un petit vesti­­bule fait office de caisse et de boutique de souve­­nirs. Une poignée d’ar­­ticles est propo­­sée, seule­­ment quelques livres et des t-shirts. Sur la gauche se tient un homme vêtu d’une combi­­nai­­son igni­­fu­­gée ornée d’un col en four­­rure, une casquette de base­­ball de la Navy vissée sur la tête. Il porte des lunettes rondes et ses jambes sont croi­­sées. Il lève les yeux vers moi et tire sur sa ciga­­rette. Comme il ne dit rien, je ne suis pas sûr qu’il me voie. « Le film vient d’com­­men­­cer, entrez », marmonne-t-il. Un panneau accro­­ché sur la porte indique qu’il est inter­­­dit de prendre des photos ; j’ai l’air fin avec mon Nikon autour du cou… La porte est un peu bran­­lante, et lorsque je l’ouvre, je m’aperçois que le vesti­­bule n’est pas complè­­te­­ment séparé du reste du musée. Le mur ne touche pas le plafond : on dirait une cabine d’es­­sayage géante. Quatre personnes sont déjà à l’in­­té­­rieur, assises sur des chaises en velours semblables à celles qu’on trouve dans certaines églises. Je n’avais sans doute pas vu les deux autres voitures à cause de la pluie. Je m’as­­sieds et tente de rassem­­bler mes esprits. L’af­­fiche du film sur Bonnie Parker, inter­­­pré­­tée par Doro­­thy Provine, a pour légende « La fumeuse de cigares des Trente Glorieuses ». Les vitrines sont remplies d’objets déri­­vés de Bonnie et Clyde : bande-dessi­­nées, cartes postales, livres, et même un menu de restau­­rant. Un combi-télé Pana­­so­­nic est posé sur une table près du mur. La vidéo ne dure que quelques minutes et montre des images en noir et blanc de la voiture du couple. Pas de son. Au milieu de la pièce, un sceau en plas­­tique accueille les gouttes d’eau qui tombent du plafond.

Boots me raconte qu’il est le fils de l’an­­cien shérif du comté de Dallas, Ted Hinton.

Une fois le film terminé, nous nous prome­­nons dans ce musée de la taille d’un grand loft. Sur un des murs, on peut voir une frise chro­­no­­lo­­gique de l’his­­toire du couple, qui part du lieu de nais­­sance de Clyde (Telico, au Texas) jusqu’à leur funeste destin, un thème large­­ment repré­­senté dans le musée. Au cours de la visite, je découvre des faits nouveaux, des infor­­ma­­tions que je n’avais jamais lues aupa­­ra­­vant – ni même oubliées sciem­­ment pour ne conser­­ver que les  aspects posi­­tifs du mythe. Je lis par exemple que Clyde avait un tatouage repré­­sen­­tant un cœur trans­­percé d’une dague. Mais quelque chose cloche : ce tatouage ne colle pas avec le Clyde que je connais. Je ne peux pas m’em­­pê­­cher de penser aux dessins de cœur présents dans tous les salons de tatouage du pays. J’en apprends davan­­tage sur les membres de son gang. Il y a eu une courte période pendant laquelle le gang, tout comme la police, décou­­paient les corps des anciens membres comme des blocs de pierre. Un doigt par-ci, un orteil par-là… La litté­­ra­­ture nous présente cette histoire comme une tenta­­tive de survie déses­­pé­­rée plutôt que comme un remake de Roméo et Juliette, avec des braquages sur fond de passion amou­­reuse. Je refais le tour du musée. Sur l’un des murs se trouvent des photos prises sur le lieu de leur mort, et d’autres illus­trent les jours qui ont suivi. On y voit deux corps inertes dans une Ford V-8 volée ; les deux amants sont troués de balles de diffé­­rents calibres et couverts de sang. Les corps ont ensuite été trans­­por­­tés à la morgue où on les a recou­­verts d’un drap blanc. Il y a égale­­ment une réplique de la voiture au fond du musée, mais les faux impacts de balles en font une copie assez peu convain­­cante. Les toilettes se trouvent juste à côté de la voiture, et il n’y a qu’un seul WC. Je me demande comment cet endroit a fait pour rester à flot parmi tous les autres sanc­­tuaires du monde.

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Clyde Cham­­pion Barrow

Boots

Une fois les deux derniers visi­­teurs partis, je retourne dans le vesti­­bule. L’homme à la combi­­nai­­son met la cendre de sa ciga­­rette dans une bouteille de Frap­­puc­­cino Star­­bucks. « C’est vous, Boots ? » Il lève les yeux vers moi et acquiesce. Je me présente et il me fixe du regard. « Un Came­­ron du Dallas Morning News doit venir aujourd’­­hui pour m’in­­ter­­vie­­wer », dit-il en tirant à nouveau sur sa ciga­­rette. Je sais que je ne suis pas le seul à vouloir entendre l’his­­toire de Boots, mais je doute qu’il y ait un repor­­ter du Dallas Morning News qui porte le même nom que moi et qui vienne le même jour que moi. Ça ne peut pas être moi non plus, puisque je ne travaille pas pour eux. Boots me raconte qu’il est le fils de l’an­­cien shérif du comté de Dallas, Ted Hinton. Hinton aurait fait partie de l’équipe qui a ouvert le feu lors de l’em­­bus­­cade du 23 mai 1934, peu après que Bonnie et Clyde ont quitté le Ma Canfield Café, depuis remplacé par le musée qui leur est consa­­cré. Il commence à me racon­­ter une histoire rocam­­bo­­lesque et si détaillée que seul le fils d’un des hommes ayant pris part au mythe pour­­rait connaître de cette façon. Il s’avère qu’un des membres de l’équipe qui a été envoyée aux trousses des deux amants a sombré dans l’al­­coo­­lisme.

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En haut à gauche, le shérif Ted Hinton, père de Boots

« Vous avez déjà été pris dans une fusillade ? » me demande-t-il. D’après ma tête, la réponse est évidente. « C’est comme être en enfer. Il a eu des troubles de stress post-trau­­ma­­tique, mais à l’époque, on n’avait pas de mots pour ça. » Il commence à me racon­­ter l’his­­toire en détails, avant de s’as­­sou­­pir un instant, perdant le fil de ses pensées. Il entend un petit bruit derrière lui qui le fait se retour­­ner lente­­ment, et fixe une pile de cahiers pendant quelques secondes. L’his­­toire semble parfois être prison­­nière de son esprit, ne s’échap­­pant que par inter­­­mit­­tence, comme des averses. Il prend le temps de se repo­­ser, et alors que je me remets à parler, il débute une nouvelle histoire. La ciga­­rette se consume et la cendre tombe sur sa combi­­nai­­son. Il jette le tout dans la bouteille de Frap­­puc­­cino et en allume une autre. « Si vous avez déjà essayé de conduire une Ford V8 de 1934… », et ça conti­­nue pendant une heure et demie. Au terme de son récit, on a passé en revue toute l’his­­toire de Bonnie et Clyde – ce qu’ils ont mangé, où ils sont allés, qui les recher­­chait… Il m’a même raconté que son père et un homme du nom de Bob Alcorn les avaient croi­­sés pendant leur chasse à l’homme, lorsqu’ils étaient sur Shoe­­fly Road. Boots me tend un flyer et m’in­­vite à reve­­nir pour le festi­­val commé­­mo­­rant le 80e anni­­ver­­saire de leur mort. Il s’al­­lume une nouvelle ciga­­rette. La clochette tinte à nouveau.

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Une réplique de la voiture des gang­s­ters
Crédits : Came­­ron Maynard

Le festi­­val Bonnie & Clyde

Pour mon deuxième voyage, j’ar­­rive en avance au festi­­val. J’ai effec­­tué toutes les recherches dont j’avais besoin, mais j’ai­­me­­rais voir à quoi ressemble un festi­­val qui rend hommage à deux meur­­triers abat­­tus dans des condi­­tions si spec­­ta­­cu­­laires. Ah, et je veux aussi revoir Boots. En me garant, je remarque que la ville a changé de façon remarquable. Le soleil brille. Les voitures sont alignées autour d’un champ et quelques badauds se dirigent en direc­­tion du musée. Mon amie prend le punch que nous avons concocté spécia­­le­­ment pour l’oc­­ca­­sion, direc­­tion le festi­­val. Certaines personnes restent debout, d’autres sont assises sur les trot­­toirs qui bordent la rue prin­­ci­­pale. À gauche du musée, un immeuble se démarque des autres : lui aussi est consa­­cré à Bonnie et Clyde. Après un rapide coup d’œil, on n’y trouve que quelques pièces remplies de maga­­zines et d’objets kitsch. J’y achète un aimant en forme de voiture d’époque, sur lequel est écrit « Bonnie and Clyde Ambush. 80th Anni­­ver­­sary. Gibs­­land, LA ». Face au musée, des gens flânent autour d’une cara­­vane conver­­tie en food truck. Une voix s’élève des haut-parleurs et un vieil homme se tient devant la mairie, ses cheveux noirs de jet peignés cachant sa calvi­­tie. Il porte un costume d’El­­vis et se met à chan­­ter un de ses tubes. « Je ne vois pas bien le rapport entre Elvis et Bonnie et Clyde », commente ma compagne. « Enfin pas immé­­dia­­te­­ment. »

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Une recons­­ti­­tu­­tion musclée
Crédits : Shahn Demp­­sey Daven­­port / Ben Fallon

Une heure plus tard, nous assis­­tons à une recons­­ti­­tu­­tion du braquage de la banque par Bonnie et Clyde. C’est l’un des événe­­ments phares du festi­­val. Un homme habillé en costume d’époque sort de la banque en courant, suivi par une femme en robe rouge avec un béret sur la tête. Quatre ou cinq hommes dégui­­sés en shérifs des années 1930 et leurs adjoints, qui prenaient l’ins­­tant d’avant des photos avec les spec­­ta­­teurs et serraient la main des enfants, attirent soudain l’at­­ten­­tion. Les deux camps sortent leurs armes. Après quelques cris savam­­ment répé­­tés, les balles à blanc commencent à claquer sur Main Street. L’un des shérifs est à terre. Bonnie lâche son sac et se retourne pour le rattra­­per. Les portières de la voiture s’ouvrent à la volée, les hommes tombent à terre pour plus de réalisme, et la fumée commence à enva­­hir la rue. Les badauds applau­­dissent et un enfant agite le drapeau améri­­cain. La parade va démar­­rer dans une heure et demie, mais avant, il y aura un concours de sosies de Bonnie et Clyde. 50 dollars seront offerts au vainqueur de la caté­­go­­rie adulte, et 25 iront au vainqueur de la caté­­go­­rie enfant. Mon amie et moi nous diri­­geons vers le champ pour y mettre une couver­­ture et prendre un verre à l’ombre. Alors que nous nous bala­­dons dans la rue, je remarque une cara­­vane en tôle d’où s’échappe un panache de fumée. « Qu’est-ce que c’est ? » me demande-t-elle. « Je crois que c’est un food truck. Tu veux quelque chose ? » « Pourquoi pas. » Je m’ap­­proche et vois un menu accro­­ché à une fenêtre à barreaux. Je jette un œil aux alen­­tours et, ne voyant personne, je me dirige à l’ar­­rière du truck. J’y trouve deux hommes, l’un s’oc­­cu­­pant du barbe­­cue, l’autre assis sur une chaise pliante. « Vous avez de la viande ? » L’un d’eux sourit ; l’autre crie en direc­­tion du truck.

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Le casting
Crédits : Gary Waller

Les côtes de porc sont recou­­vertes d’une épaisse sauce sucrée ; la viande est si fondante et cara­­mé­­li­­sée qu’elle se détache des os et crous­­tille. J’avale tout en un temps record. J’ai mangé des côtes de porc au Texas, en Caro­­line du Nord, à Kansas City et dans toutes les villes situées entre ces États. Je n’y mettrais pas ma main au feu, mais il y a quelque chose d’unique dans cette ville. Nous restons assis un long moment. Deux chiens qui nous tournent autour depuis un moment finissent par comprendre qu’on a mangé toute la nour­­ri­­ture, et ils partent dans une autre direc­­tion. Un homme portant un grand chapeau passe à notre hauteur, juché sur un cheval blanc émacié. La parade commence et on entend des motos rugir au loin. Les enfants se lèvent des trot­­toirs et le petit cortège commence à descendre sur Main Street, avant de tour­­ner juste devant nous et de s’aven­­tu­­rer dans le champ.

Le dernier événe­­ment du festi­­val aura lieu dans quelques heures à l’en­­droit exact de l’em­­bus­­cade.

Quelques vieilles voitures accom­­pagnent la parade. Enfin, une vieille déca­­po­­table passe sous nos yeux, avec Boots à son bord. Il porte un chapeau de cow-boy blanc et une chemise à carreaux. Il regarde devant lui la plupart du temps, mais il salue l’as­­sis­­tance de temps à autre, comme un roi prenant un bain de foule. Alors que la dernière voiture passe devant nous, les haut-parleurs se remettent en route. Le dernier événe­­ment du festi­­val aura lieu dans quelques heures à l’en­­droit exact de l’em­­bus­­cade, à douze kilo­­mètres d’ici. Ce sera le clou du spec­­tacle. « Tu veux rester pour voir ça ? »

~

Je reste assis là, et je ne peux pas m’em­­pê­­cher de penser aux histoires que me racon­­tait mon oncle. Il véné­­rait Bonnie et Clyde. Certes, ce n’étaient pas des enfants de cœur, mais c’étaient des légendes. Les braquages, les fusillades, les évasions… tout cela semblait telle­­ment épique et héroïque, c’était sans doute trop beau pour être vrai. Je ne pense pas que Boots y voit quoi que ce soit d’hé­­roïque, sinon du point de vue de son père et de ses hommes ; mais même lorsqu’il racon­­tait son histoire, le mythe réson­­nait comme une malé­­dic­­tion.

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Une stèle est érigée à l’en­­droit où sont morts Bonnie & Clyde
Crédits : Came­­ron Maynard

Je n’aime pas la façon dont l’His­­toire raconte ces événe­­ments ; ce qui était autre­­fois un mythe de mon enfance a été altéré par l’âge adulte – comme c’est souvent le cas. Je n’ar­­rive pas à me l’ex­­pliquer. Des gens sont morts, des citoyens se sont battus pour survivre, mais l’His­­toire n’a retenu que le récit d’un homme et d’une femme abat­­tus dans leur voiture, faisant d’eux l’un des mythes les plus chers dans le cœur des Améri­­cains. J’ima­­gine ce qu’il se passe­­rait si leur histoire se dérou­­lait aujourd’­­hui, et je me demande pourquoi les gens empruntent aujourd’­­hui cette route pour tirer des coups de feu à l’en­­droit même de l’em­­bus­­cade. Est-ce une forme d’hom­­mage ? Ma compagne me rede­­mande si je veux rester. « Non, je peux imagi­­ner comment les choses se sont passées. » Lors du 81e anni­­ver­­saire, je suis allé sur la page Face­­book du musée pour voir ce qu’il s’y passait. Un nouveau proprié­­taire a racheté les lieux et étendu la gamme des produits vendus dans la boutique de souve­­nirs. Il y a une photo récente de Boots ; il porte des jeans noirs et une chemise de costume. Je fais une ultime recherche Google sur Clyde Barrow, et je m’aperçois qu’il n’a pas sa propre page Wiki­­pe­­dia. Il y en a bien une, mais consa­­crée au couple Bonnie et Clyde. Certaines choses sont vrai­­ment insé­­pa­­rables.


Traduit de l’an­­glais par Maureen Cala­­ber d’après l’ar­­ticle « The Last Ride of Bonnie and Clyde », paru dans Roads and King­­doms. Couver­­ture : Une photo­­gra­­phie de la voiture criblée de balles des fugi­­tifs, par Came­­ron Maynard.

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