fbpx

par Camille Hamet | 1 mars 2017

Le bâtard de Pyon­gyang

Le 13 février 2017, Kim Jong-nam s’ap­prête à rejoindre l’île chinoise de Macao, où il est exilé. Bien que le fruit d’amours illé­gi­times, l’homme jouf­flu de 45 ans a long­temps été consi­déré comme le favori de son père, le dicta­teur nord-coréen décédé Kim Jong-il. Avant de tomber en disgrâce et d’être surpassé par son demi-frère Kim Jong-un, au pouvoir depuis le 17 décembre 2011. Connu pour avoir critiqué la poli­tique de son pays, il a échappé à deux tenta­tives d’as­sas­si­nats et vit sous la protec­tion des services secrets chinois. La puis­sante voisine de la Corée ne semble pas vouloir se passer du « bâtard de Pyon­gyang », seul rival poten­tiel de l’ac­tuel dicta­teur du Nord pouvant se targuer d’avoir le sang des Kim dans les veines. Elle va pour­tant devoir s’y résoudre, car ce jour-là, Kim Jong-nam est rattrapé par son destin.

Kim Jong-nam, quelques minutes avant sa mort

Il attend le vol pour Macao dans un hall de l’aé­ro­port de Kuala Lampur, en Malai­sie, quand une femme portant un chemi­sier blanc s’ap­proche de lui par-derrière, et lui plaque un tissu imbibé de liquide sur le visage. Ce liquide, c’est du VX, un agent neuro­toxique si puis­sant qu’il est classé parmi les armes de destruc­tion massive par l’Or­ga­ni­sa­tion des nations unies. Version encore plus mortelle du tris­te­ment célèbre gaz sarin, à la fois inodore et inco­lore, ce poison s’at­taque au système nerveux et muscu­laire de la victime, qui succombe habi­tuel­le­ment dans les minutes suivant l’ex­po­si­tion. D’abord pris en charge par le person­nel de la clinique de l’aé­ro­port, Kim Jong-nam est lui décédé entre 15 et 20 minutes après son agres­sion, dans la douleur et le vacarme de l’am­bu­lance qui le condui­sait en vain à l’hô­pi­tal. Une Viet­na­mienne et une Indo­né­sienne sont inter­pel­lées. Elles affirment avoir cru parti­ci­per à une caméra cachée, mais sur les enre­gis­tre­ments de vidéo­sur­veillance de l’aé­ro­port, on verrait la femme au chemi­sier blanc se diri­ger vers les toilettes pour se laver les mains tout de suite après l’agres­sion, comme si elle savait que le liquide était toxique…

Plus acca­blant encore, les deux femmes auraient répété l’agres­sion comme des comé­diennes répé­te­raient une scène de théâtre, dans deux centres commer­ciaux de Kuala Lumpur. Pour un offi­ciel sud-coréen cité par le quoti­dien Joon­gang, aucun doute n’est alors permis : ces femmes sont des « espionnes » envoyées par la Corée du Nord. Et c’est bien la direc­tion que semble prendre l’enquête : la police malai­sienne soupçonne huit ressor­tis­sants nord-coréens d’être direc­te­ment impliqués dans l’em­poi­son­ne­ment de Kim Jong-nam. Derrière ces ressor­tis­sants se dessine forcé­ment la corpu­lente silhouette du dicta­teur Kim Jong-un. « Personne d’autre que lui n’avait inté­rêt à tuer Kim Jong-nam », souligne Pascal Dayez-Burgeon, ancien diplo­mate en Corée et auteur de La Dynas­tie rouge, qui juge tout de même cet assas­si­nat « surpre­nant ». « Le sang des descen­dants de Kim Il-sung, le premier diri­geant de la Corée du Nord, est consi­déré comme sacré. Soit Jong-nam deve­nait une véri­table menace – et il semble­rait que la Corée du Sud ait été prête à l’ac­cueillir, ce qui aurait été très gênant pour Jong-un –, soit nous nous trou­vons face à la logique monar­chique de l’hé­ré­dité qui prévaut là-bas : Jong-nam étant l’aîné, il était aussi l’hé­ri­tier natu­rel du trône, Jong-un devait abso­lu­ment l’éli­mi­ner pour être plei­ne­ment légi­time au pouvoir. » En tout cas, ce ne serait pas la première fois que le dicta­teur nord-coréen fait tuer un membre de sa famille.

Dans le viseur de l’im­pi­toyable diri­geant
Crédits : AP

Le régent rouge

Si l’époux de la tante de Kim Jong-un, Jang Song-thaek, n’était pas du même sang que le dicta­teur, il était néan­moins consi­déré comme son oncle. Et comme son mentor : c’est lui qui avait été chargé de prépa­rer le jeune Jong-un à la tâche qui l’at­ten­dait à la mort de son père et de le guider au début de son propre règne, ce qui lui a valu le surnom de « régent rouge ».  Il était aussi le vice-président de la très puis­sante Commis­sion natio­nale de défense, et donc le numéro deux du régime nord-coréen. Mais à partir du prin­temps 2013, Jang Song-thaek est progres­si­ve­ment margi­na­lisé. Puis, au mois de novembre, deux de ses prin­ci­paux conseillers sont condam­nés par un tribu­nal mili­taire et exécu­tés en public. Enfin, le 8 décembre 2013, c’est le coup de grâce. Jang Song-thaek lui-même est arrêté. En pleine réunion du polit­buro, où il siège aux premiers rangs. Deux poli­ciers s’ap­prochent de lui et, sous le regard impas­sible des cadres du Parti, le saisissent d’une main ferme, tandis que cet homme fluet, âgé de 67 ans, peine à se lever. Des images aussi­tôt diffu­sées par l’agence de presse offi­cielle nord-coréenne KCNA, qui annon­cera sa mise à mort quelques jours plus tard. Le monde est souf­flé : Kim Jong-un a osé exécu­ter son propre oncle.

L’ar­res­ta­tion de Jang Song-thaek
Crédits : South China Morning Post

Que lui repro­chait-il ? D’après la KCNA, « le régent rouge », devenu une « mépri­sable racaille humaine », s’était rendu coupable d’un « crime aussi hideux que celui d’avoir tenté de renver­ser l’État par toutes sortes d’in­trigues et de méthodes mépri­sables, avec l’am­bi­tion fréné­tique de s’em­pa­rer du pouvoir suprême ». Plus vrai­sem­bla­ble­ment, Jang Song-thaek essayait de main­te­nir, voire d’étendre, son influence à l’aide d’une faction au sein du Parti, ce qui consti­tue déjà un crime de lèse-majesté dans un régime d’ins­pi­ra­tion stali­nienne. Il serait égale­ment trop souvent inter­venu dans certaines acti­vi­tés de l’État. La propa­gande a par ailleurs présenté Jang Song-thaek comme un grand amateur de femmes, de jeux d’argent, et de drogue, lais­sant penser que le dicta­teur voulait laver l’hon­neur de sa tante, Kim Kyong-hui. Ce ne serait donc pas un hasard si Kim Kyong-hui a été nomi­née au sein d’un pres­ti­gieux comité à l’époque de l’exé­cu­tion de Jang Song-thaek. Mais pourquoi la fille unique du premier diri­geant de la Corée du Nord n’ap­pa­raît-elle plus publique­ment ? Diffé­rentes expli­ca­tions ont été avan­cées. « Kim Kyong-hui a eu une crise cardiaque. » « Elle s’est suici­dée. » « Elle se trouve dans un état végé­ta­tif après avoir été opérée d’une tumeur au cerveau. » Il a aussi été dit que Kim Kyong-hui avait été assas­si­née par son neveu. Et plus préci­sé­ment, empoi­son­née par l’unité de gardes du corps de ce dernier, parce qu’elle s’était oppo­sée aux projets de construc­tion d’un parc aqua­tique et d’une station de ski. C’est ce que soutient en mai 2015 un certain « M. Park », présenté par la chaîne améri­caine CNN comme le plus haut respon­sable nord-coréen à avoir déserté son poste. Quelle que soit la vérité sur son sort, Kim Kyong-hui fait toujours partie de l’his­toire offi­cielle du pays, contrai­re­ment à son époux, dont l’image a été pure­ment et simple­ment effa­cée des photo­gra­phies offi­cielles. Des archives la montrant ont en effet été récem­ment diffu­sées à la télé­vi­sion nord-coréenne. Mais elle n’est pas la seule victime suppo­sée de Kim Jong-un à être capable de resur­gir du néant.

Kim Kyong-hui, avec son père et son frère

La chan­teuse patriote

Cette histoire-là commence par une romance malheu­reuse dans les années 2000. À son retour de Suisse, où il a effec­tué une partie de ses études, Kim Jong-un entame une liai­son avec une de ses amies d’en­fance, la chan­teuse Hyon Song-wol. Rendue célèbre en Corée du Nord par sa parti­ci­pa­tion au groupe de pop-folk local Pochonbo Elec­tro­nic Ensemble, son réper­toire ne comprend que des chan­sons de propa­gande patrio­tique mais cela ne suffit visi­ble­ment pas à obte­nir la béné­dic­tion du père de Kim Jong-un, qui provoque une rupture. Hyon Song-wol finit par épou­ser un mili­taire. Après la mort de Kim Jong-il et l’ar­ri­vée de son fils au pouvoir, la rumeur d’une récon­ci­lia­tion entre les deux anciens amants se met à circu­ler. Or le nouveau dicta­teur partage la vie d’une autre femme, Ri Sol-ju, qui sera offi­ciel­le­ment présen­tée comme son épouse à partir de juillet 2012. Les obser­va­teurs sont donc nombreux à penser que Hyon a été victime de la jalou­sie de Ri lorsque le jour­nal sud-coréen The Chosun Ilbo annonce, le 29 août 2013, que la chan­teuse a été fusillée. La raison avan­cée par The Chosen Ilbo pour expliquer son exécu­tion paraît encore plus folle. D’après ses sources, elle faisait partie d’un groupe de personnes arrê­tées pour avoir filmé leurs ébats sexuels et vendu les enre­gis­tre­ments. L’une des sources précise que tous ont été exécu­tés en présence de leurs familles, lesquelles auraient ensuite été envoyées en camp de concen­tra­tion. Quelques jours plus tard, le jour­nal affirme avoir trouvé la vidéo qui a valu la mort à Hyon Song-wol. La stupé­fac­tion se trans­forme en stupeur en Occi­dent. Car il ne s’agit pas d’une sex tape, mais d’un clip musi­cal. On y voit trois jeunes femmes vêtues de jupettes fendues se déhan­cher et vire­vol­ter au rythme d’une musique siru­peuse, sur une scène drapée de violet, d’or et d’argent, et on se demande, perplexe, où se trouve le carac­tère porno­gra­phique de leur pres­ta­tion.

Hyon Song-wol 

Relayée par nombre de médias occi­den­taux, cette vidéo serait sans doute restée dans l’His­toire comme la dernière et tragique image de Hyon Song-wol, si la chan­teuse n’était pas réap­pa­rue vivante lors d’un événe­ment cultu­rel natio­nal retrans­mis à la télé­vi­sion, le 20 mai 2014. Une résur­rec­tion qui n’a pas surpris les plus fins connais­seurs de la Corée, comme Pascal Dayez-Burgeon. « Quand une infor­ma­tion terri­fiante sur le Nord est révé­lée par le Sud, il faut la prendre avec des pincettes », dit-il. « Car les conser­va­teurs au pouvoir à Séoul se servent de la menace que repré­sente Pyon­gyang pour que les élec­teurs effrayés se cram­ponnent à leur parti. L’his­toire de l’ex-petite amie de Kim Jong-un fusillée pour une vidéo porno­gra­phique, c’est un copié-collé d’une autre histoire sur son père Kim Jong-il et sa propre maîtresse, et elles sont aussi fausses l’une que l’autre. Est-ce que ça veut dire que le Sud manque d’ima­gi­na­tion ? Non, ça veut dire que plus une histoire semble fami­lière, plus elle semble crédible. » L’usage supposé d’armes de guerre lors d’exé­cu­tions de cadres du Parti est de ce point de vue parti­cu­liè­re­ment édifiant.

Le mortier et le canon

En octobre 2012, The Chosun Ilbo annonce – litté­ra­le­ment – une purge au mortier dans les rangs des respon­sables nord-coréens. Selon le jour­nal, le vice-ministre de l’Ar­mée Kim Chol a en effet été exécuté à coups de mortier peu de temps après l’ar­ri­vée au pouvoir de Kim Jong-un. Il lui aurait été repro­ché d’avoir bu de l’al­cool pendant la période de deuil patrio­tique, qui a été impo­sée plusieurs semaines à la mort de Kim Jong-il. Une dizaine d’autres hauts gradés auraient été exécu­tés à la même période et pour la même raison. Mais ni cette raison, ni la méthode utili­sée pour tuer Kim Chol n’ont jamais pu être véri­fiées. En mai 2015, c’est une exécu­tion au canon anti­aé­rien (DCA) qui est annon­cée par les services de rensei­gne­ment sud-coréens. Celle d’un mili­taire jugé proche de Kim Jong-un, Hyon Yong-chol. Lui serait tombé en disgrâce pour avoir remis en cause l’au­to­rité du dicta­teur et sommeillé pendant des céré­mo­nies offi­cielles, avant d’être exécuté au canon DCA en public, dans une acadé­mie mili­taire du nord de Pyon­gyang. De nouveau, l’in­for­ma­tion fait le tour du monde et des médias rappellent que de telles méthodes de mise à mort ont déjà été suspec­tées à plusieurs reprises en Corée du Nord.

Hyon Yong-chol, avant la disgrâce
Crédits : AP

Cette fois-ci, l’uti­li­sa­tion d’un canon anti­aé­rien semble pouvoir être confir­mée par une image satel­lite publiée par une orga­ni­sa­tion basée aux États-Unis, le Comité pour les droits de l’homme en Corée du Nord. On y distingue un camp d’en­traî­ne­ment situé à quelques kilo­mètres au nord de de Pyon­gyang, et des canons anti­aé­riens poin­tés hori­zon­ta­le­ment vers des cibles d’une distance de 30 mètres. Et pourquoi placer des canons d’une portée de huit kilo­mètres et capables de tirer 150 coups par minute de cette manière ? Pour pratiquer des exécu­tions ? C’est envi­sa­geable, d’au­tant que sur la même image, on peut voir des bus, possi­ble­ment utili­sés par des repré­sen­tants du régime pour y assis­ter. Mais, de nouveau, ce n’est pas véri­fiable. Même Séoul revient sur ses premières décla­ra­tions et préfère attendre de dispo­ser de davan­tage de preuves pour réaf­fir­mer ne serait-ce que la mort de Hyon Yong-chol. Or Séoul n’est pas la seule à profi­ter de la peur que génère Pyon­gyang. « Elle permet aux États-Unis de justi­fier leur présence mili­taire en Corée du Sud », explique Pascal Dayez-Burgeon, tout en rappe­lant que 27 000 soldats améri­cains sont basés à Séoul et qu’ils sont très peu appré­ciés par la popu­la­tion locale. « Certaines boîtes de nuit affichent un panneau qui indique que l’en­trée est inter­dite aux G.I. » Quant au régime nord-coréen, il utilise cette peur pour occu­per les esprits et faire parler de lui : « C’est sa seule manière d’exis­ter dans le monde. C’est pour cette raison qu’il bran­dit sans cesse la menace nucléaire. Il sait parfai­te­ment qu’il n’est pas réel­le­ment en mesure d’at­taquer un de ses voisins. La Corée du Nord serait immé­dia­te­ment rayée de la carte. »

Kim Jong-un
Crédits : AP

Cela ne signi­fie pas que des canons anti­aé­riens et des mortiers n’ont jamais été utili­sés lors d’exé­cu­tions publiques dans le pays. Mais pour Pascal Dayez-Burgeon, « il n’est pas néces­saire de croire aux rumeurs les plus atroces pour perce­voir l’abo­mi­na­tion bien réelle de ce régime ». De fait, la Corée du Nord est une prison à ciel ouvert pour ses habi­tants. C’est un des pays les plus hermé­tiques du monde, la liberté d’ex­pres­sion y est inexis­tante et la peine de mort, une chose courante. Des milliers de Nord-Coréens sont passés par les camps où se côtoient prison­niers poli­tiques et prison­niers de droit commun, sur le modèle du goulag sovié­tique. Néan­moins, s’il est avéré que Kim Jong-un a bel et bien comman­dité l’as­sas­si­nat de son demi-frère, cela en dira long sur la person­na­lité du dicta­teur. Non seule­ment les deux hommes étaient du même sang, mais Kim Jong-nam aurait imploré le dicta­teur de lui lais­ser la vie sauve et d’épar­gner les siens. Après sa dispa­ri­tion, ses enfants semblent plus que jamais en danger.


Couver­ture : Kim Jong-un sourit face à un obus nord-coréen.


DANS L’INTIMITÉ DE KIM JONG-UN LE DICTATEUR LE PLUS ÉNIGMATIQUE DE LA PLANÈTE

ulyces-kimjongun-couv markbowden

Depuis décembre 2011, Kim Jong-un règne sur la Corée du Nord. Les spécu­la­tions vont bon train, mais que sait-on vrai­ment du dicta­teur ?

I. Fatboy Kim

Existe-t-il une cible plus facile que Kim Jong-un ? Kim Jong-un : Fatboy Kim troi­sième du nom, le tyran nord-coréen avec une coupe à la Fred Pier­ra­feu ; fumeur invé­téré et proprié­taire bégueule de son petit arse­nal nucléaire person­nel ; maton brutal de 120 000 prison­niers poli­tiques ; et de facto l’un des derniers monarques abso­lus de la planète à avoir hérité du pouvoir de manière héré­di­taire. Il est le maré­chal de la Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée, grand succes­seur de la cause révo­lu­tion­naire du Juche, Soleil du XXIe siècle. Âgé de 33 ans, le leader suprême détient la plus longue liste de titres hono­ri­fiques jamais vue, qu’il n’a jamais rien fait pour méri­ter. Il est le plus jeune chef d’État du monde et proba­ble­ment le plus gâté. Dans la vaste cour de récré des affaires étran­gères, il pour­rait tout aussi bien porter un panneau « Frap­pez-moi ! » en travers de son gros derrière. Il est si facile de taper dessus que les Nations Unies, qui sont répu­tées pour n’être jamais d’ac­cord sur rien, ont voté avec une majo­rité écra­sante en novembre 2014 pour que lui et le reste du gouver­ne­ment nord-coréen soient traduits devant la Cour pénale inter­na­tio­nale de La Haye et jugés pour crimes contre l’hu­ma­nité. Il est au pouvoir depuis un peu plus de quatre ans.

ulyces-kimjongun-01
Que sait-on vrai­ment de Kim Jong-un ?
Crédits : KCNA

Dans la presse mondiale, Kim est présenté tour à tour comme un fou assoiffé de sang et un bouf­fon. On dit de lui qu’il est alcoo­lique, qu’il est devenu si obèse à force de se gaver de fromage suisse qu’il ne peut plus voir ses parties géni­tales, et qu’il a eu recours à toutes sortes de remèdes étranges contre l’im­puis­sance (il aurait utilisé une distil­la­tion de venin de serpent). On raconte qu’il a fait abattre son oncle, Jang Song-thaek, et le reste de la famille Jang à la mitrailleuse lourde – d’autres versions parlent de tirs de mortier, de RPG, de lance-flammes, à moins qu’il ne les ait tout simple­ment donnés à manger à des chiens affa­més. On rapporte égale­ment qu’il a un penchant pour le porno bondage et qu’il a ordonné que tous les jeunes hommes du pays adoptent la même coif­fure que lui. Le bruit court enfin qu’il a fait exécu­ter certaines de ses ex-petites amies. Tout ce que vous venez de lire est faux – ou infondé, peut-être est-il plus prudent de le dire ainsi. L’his­toire des Jang donnés en pâture à des chiens a en réalité été inven­tée par un jour­nal sati­rique chinois, mais en un rien de temps, la blague s’est chan­gée en vérité et elle a fait le tour du monde. (Il a bel et bien fait exécu­ter son oncle Jang, néan­moins.) Cela prouve que les gens sont prêts à croire pratique­ment n’im­porte quoi à propos de Kim, du moment que c’est scan­da­leux. Sachant cela, doit-on consi­dé­rer que la façon dont on perçoit géné­ra­le­ment Kim Jong-un est éloi­gnée de la réalité ? Et si – en dépit des horreurs bien docu­men­tées du régime stali­nien dont il a hérité en 2011, alors qu’il était encore dans sa ving­taine – Kim nour­ris­sait des ambi­tions « bien inten­tion­nées » pour son pays, dans une certaine mesure ?

IL VOUS RESTE À LIRE 95 % DE CETTE HISTOIRE

Plus de monde