par Camille Hamet | 11 septembre 2017

L’étude des études

Le taux de sper­­ma­­to­­zoïdes des hommes nord-améri­­cains, euro­­péens, austra­­liens et néo-zélan­­dais a dimi­­nué de plus de 50 % entre 1973 et 2011. C’est le constat que fait une étude publiée en juillet dernier dans la Oxford Univer­­sity Press, par une équipe de cher­­cheurs de l’uni­­ver­­sité hébraïque de Jéru­­sa­­lem, qui a passé en revue plusieurs milliers de travaux réali­­sés dans une cinquan­­taine de pays. « Nous avons utilisé le type de méta-analyse spéci­­fique à la fine pointe de la tech­­no­­lo­­gie – une méthode de “méta-régres­­sion” pour modé­­li­­ser les tendances de la concen­­tra­­tion de sperme et des sper­­ma­­to­­zoïdes de 1973 à 2011 », explique l’épi­­dé­­mio­­lo­­giste Hagai Levine, prin­­ci­­pal auteur de l’étude.

L’in­­du­­bi­­table déclin
Crédits : Hagai Levine

Cette méthode a permis d’étu­­dier les proprié­­tés des semences de 42 935 hommes. Et si le déclin du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes qu’elle met au jour se pour­­suit au même rythme dans les prochaines années, les hommes occi­­den­­taux auront tout simple­­ment perdu l’in­­té­­gra­­lité de leurs capa­­ci­­tés de repro­­duc­­tion d’ici 2060. D’au­­tant que ce déclin s’est accé­­léré après l’an­­née 1995. « Nos résul­­tats reflètent un problème de santé publique majeur en termes de ferti­­lité mascu­­line, et de santé mascu­­line en géné­­ral », insiste Hagai Levine. « Des études récentes ont montré qu’un faible taux de sper­­ma­­to­­zoïdes est un signe prédic­­tif d’un taux de morta­­lité, de morbi­­dité et d’hos­­pi­­ta­­li­­sa­­tions plus élevé », ajoute-t-il. « Il est cepen­­dant néces­­saire de faire davan­­tage de recherche pour comprendre l’uti­­lité du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes en tant que mesure de santé et du méca­­nisme que cela implique. » Shaun Roman, scien­­ti­­fique de l’uni­­ver­­sité de Newcastle, estime néan­­moins que « nous ne sommes pas encore dans une situa­­tion de crise » : « Nous devrions souli­­gner le fait qu’il suffit d’un sper­­ma­­to­­zoïde pour ferti­­li­­ser un ovule et, en moyenne, les hommes occi­­den­­taux en produisent encore 50 millions par éjacu­­la­­tion ». Orly Lacham-Kaplan, de l’Uni­­ver­­sité catho­­lique austra­­lienne, ne juge donc pas néces­­saire d’inquié­­ter ses « gars ». Kelton Tremel­­len, de l’uni­­ver­­sité Flin­­ders, en Austra­­lie toujours, pense au contraire que les hommes devraient prendre les résul­­tats de l’étude de l’uni­­ver­­sité hébraïque de Jéru­­sa­­lem comme « un réveil pour adop­­ter un mode de vie sain ». « Bien que nous n’ayons pas exploré les causes du déclin du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes, nous savons que la ferti­­lité mascu­­line est affec­­tée par l’en­­vi­­ron­­ne­­ment, au sens large, tout au long de la vie, et surtout pendant la période critique du déve­­lop­­pe­­ment du fœtus au début de la gros­­sesse –pro­­ba­­ble­­ment de la 8e à la 14e semaine », affirme Hagai Levine. « L’ex­­po­­si­­tion aux produits chimiques ou au taba­­gisme mater­­nel au cours de cette période a une inci­­dence néga­­tive sur les résul­­tats mascu­­lins chez les animaux et les humains. Puis les habi­­tudes de vie tels que le manque d’ac­­ti­­vité physique et l’ex­­po­­si­­tion aux produits chimiques tels que les pesti­­cides contri­­buent à réduire le nombre de sper­­ma­­to­­zoïdes dans la vie adulte. »


Crédits : Ulyces.co

Quant à Chris­­to­­pher Barrat, profes­­seur de méde­­cine repro­­duc­­tive à l’uni­­ver­­sité de Dundee, en Écosse, il rappelle que « la ques­­tion de l’éven­­tuel déclin du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes est un vieux débat parmi les scien­­ti­­fiques ». En effet, ces derniers sont conscients de la baisse du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes depuis 1992, mais les résul­­tats de leurs recherches ont long­­temps prêté à contro­­verse. L’étude de l’uni­­ver­­sité hébraïque de Jéru­­sa­­lem, elle, se distingue par la qualité de son analyse, selon Chris­­to­­pher Barrat. « Elle a été menée de manière systé­­ma­­tique, en tenant compte des défauts rele­­vés sur les précé­­dentes recherches (la méthode utili­­sée pour comp­­ter les sper­­ma­­to­­zoïdes, par exemple) et en compa­­rant des études pour­­tant distantes de plusieurs décen­­nies. La plupart des experts s’ac­­cordent donc à dire que les données présen­­tées sont d’une grande qualité et que leurs conclu­­sions, bien qu’a­­lar­­mantes, sont fiables. »

Du sperme arti­­fi­­ciel

L’étude de l’uni­­ver­­sité hébraïque de Jéru­­sa­­lem ne relève aucun déclin du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes chez les hommes asia­­tiques, afri­­cains ou sud-améri­­cains. Mais comme le note Chris­­to­­pher Barrat, « les données en prove­­nance de ces régions sont, il est vrai, peu nombreuses ». Pour lui aussi, l’ex­­pli­­ca­­tion la plus ration­­nelle au déclin du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes chez les hommes occi­­den­­taux est à cher­­cher du côté de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment, mais il appelle à pour­­suivre les recherches sur ce sujet. « Des diffé­­rences existent (…) en fonc­­tion des zones géogra­­phiques », souligne-t-il. « La déter­­mi­­na­­tion des facteurs – géné­­tiques ? envi­­ron­­ne­­men­­taux ? – à l’ori­­gine de ces diffé­­rences sera primor­­diale pour parve­­nir à un trai­­te­­ment suscep­­tible de limi­­ter les effets néga­­tifs de la chute du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes. » Parmi les polluants incri­­mi­­nés par le profes­­seur de méde­­cine repro­­duc­­tive se trouve le bisphé­­nol A, compo­­sant de plas­­tiques et de résines par ailleurs suspecté de favo­­ri­­ser les mala­­dies cardio­­vas­­cu­­laires, l’obé­­sité et l’hy­­per­ac­­ti­­vité.

En 2013, une équipe de cher­­cheurs français de l’Ins­­ti­­tut natio­­nal de la santé et de la recherche médi­­cale (Inserm) a main­­tenu des testi­­cules fœtaux dans des boites de culture, en expo­­sant certains à du bisphé­­nol A. Il est alors apparu que ces testi­­cules produi­­saient moins de testo­s­té­­rone que les autres, ce qui a conduit les cher­­cheurs à penser que le bisphé­­nol A pour­­rait être au moins en partie respon­­sable de la chute de la produc­­tion sper­­ma­­tique, ainsi que de l’aug­­men­­ta­­tion de l’in­­ci­­dence des défauts congé­­ni­­taux de mascu­­li­­ni­­sa­­tion et du cancer testi­­cu­­laire obser­­vées au cours des dernières décen­­nies. Mais Chris­­to­­pher Barrat recom­­mande égale­­ment de ne pas fumer de ciga­­rettes, lesquelles ne contiennent pas moins de 4 000 substances poten­­tiel­­le­­ment toxiques pour les sper­­ma­­to­­zoïdes, dont la coti­­nine, le cadmium, la nico­­tine, ou encore les hydro­­car­­bures poly­a­ro­­ma­­tiques. Les sper­­ma­­to­­zoïdes des fumeurs vont moins vite, sont moins nombreux dans un volume donné, et ont une forme atypique qui leur rend diffi­­cile l’ac­­cès à l’ovule. C’est ce que montre une étude menée en 2016 par une équipe de cher­­cheurs inter­­­na­­tio­­nale qui a recensé l’en­­semble des publi­­ca­­tions scien­­ti­­fiques portant sur le lien entre tabac et qualité du sperme pour en sélec­­tion­­ner 20, incluant près de 6 000 parti­­ci­­pants. Seules deux d’entre elles suggèrent que l’ar­­rêt du tabac est asso­­cié à une amélio­­ra­­tion de la qualité du sper­­me…

Un embryon de souris arti­­fi­­ciel
Crédits : DR

« D’une manière géné­­rale, conser­­ver un mode de vie sain a son impor­­tance », affirme Chris­­to­­pher Barrat. La rela­­tion entre surpoids et réduc­­tion du taux de sper­­ma­­to­­zoïdes a par exemple été démon­­trée par une étude conduite en 2010 par des cher­­cheurs français sur 1 940 personnes. Selon cette étude, plus le surpoids est impor­­tant, plus la qualité du sperme dimi­­nue, parti­­cu­­liè­­re­­ment en ce qui concerne la concen­­tra­­tion et le nombre total de sper­­ma­­to­­zoïdes. La concen­­tra­­tion en sper­­ma­­to­­zoïdes baisse de 10 % pour les patients en surpoids par rapport à ceux de poids normal, et de 20 % pour les obèses, chez qui la mobi­­lité des sper­­ma­­to­­zoïdes baisse de 10 %. Le nombre total de sper­­ma­­to­­zoïdes, de 184 à 194 millions par milli­­litre (M/ml) chez les gens de poids normal, baisse à 164–186 M/ml chez ceux en surpoids, et à 135–157 M/ml chez les obèses. Et si tabac et junk food vous semblent indis­­pen­­sables, vous aurez peut-être bien­­tôt la possi­­bi­­lité de vous procu­­rer un sperme humain de qualité arti­­fi­­ciel. Après tout, il existe déjà du sperme de souris de qualité arti­­fi­­ciel. Ce sont des cher­­cheurs chinois de l’uni­­ver­­sité médi­­cale de Nanjing qui sont parve­­nus à le créer à partir de cellules souches, dans le cadre d’une étude publiée dans la revue Cell Stem Cell datée de janvier 2016. Une tech­­no­­lo­­gie qui pour­­rait aider les scien­­ti­­fiques à étudier plus direc­­te­­ment le déve­­lop­­pe­­ment des sper­­ma­­to­­zoïdes chez les mammi­­fères et renfor­­cer les efforts dans la mise au point de trai­­te­­ments de l’in­­fer­­ti­­lité mascu­­line chez les humains. D’au­­tant que ce sperme arti­­fi­­ciel a permis d’en­­gen­­drer des souri­­ceaux sains.


Couver­­ture : Le sperme triste. (Ulyces.co)


 

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