par Christopher Allen | 28 juin 2016

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Korres­­pondent

Selon Golo­­venko, de l’Ins­­ti­­tut pour l’in­­for­­ma­­tion, 85 % des Ukrai­­niens s’in­­forment par la télé­­vi­­sion : c’est le média qui forge l’opi­­nion publique. Un public passif et et des médias indé­­pen­­dants presque inexis­­tants – surtout à la télé­­vi­­sion – garan­­tissent aux grands groupes médias et à leurs diri­­geants une influence hégé­­mo­­nique. Tout parti­­cu­­liè­­re­­ment en période élec­­to­­rale.

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Une couver­­ture du Korres­­pondent

On attend des jour­­na­­listes – qui travaillent sous le contrôle d’édi­­teurs, d’une direc­­tion et d’un proprié­­taire ayant ses propres objec­­tifs poli­­tiques – qu’ils présentent une infor­­ma­­tion orien­­tée. Dans ce contexte, il est diffi­­cile pour les médias indé­­pen­­dants de concur­­ren­­cer leurs  rivaux subven­­tion­­nés par les oligarques. Selon Maka­­rov, certains de ces groupes perdent des dizaines de millions d’eu­­ros chaque année : ils sont tous défi­­ci­­taires. La rela­­tive pauvreté de la popu­­la­­tion et le paysage média­­tique engorgé, rend le fait d’être indé­­pen­­dant et écono­­mique­­ment viable impos­­sible. Aussi, les élites poli­­tiques et finan­­cières ont toutes lati­­tudes pour exer­­cer leur influence média­­tique. Korres­­pondent était autre­­fois l’un des plus grands titres indé­­pen­­dants d’Ukraine. Mais après avoir publié une enquête pous­­sée révé­­lant les affaires de corrup­­tion et le montant de la fortune de l’an­­cien président Viktor Ianou­­ko­­vytch, il a été racheté par Serhiy Kurchenko. Kurchenko entre­­te­­nait des rapports étroits avec Ianou­­ko­­vytch et, selon Maxim Butchenko, ancien jour­­na­­liste du maga­­zine, la ligne édito­­riale a alors diamé­­tra­­le­­ment chan­­gée. Lorsqu’il était la propriété de KP Media Group – dirigé par l’Amé­­ri­­cain Jed Sanden, puis le Pakis­­ta­­nais Moham­­mad Zahoor –, Korres­­pondent était réputé pour son indé­­pen­­dance et son sens critique. Mais quand Kurchenko a repris les rênes, il a nommé des rédac­­teurs en chef qui exigeaient de Butchenko qu’il écrive « de faux articles sur la bien­­veillance du gouver­­ne­­ment et la bêtise de l’op­­po­­si­­tion ». Depuis, Butchenko a quitté le maga­­zine, mais il se souvient de la mis en place « d’un pôle spécia­­le­­ment dédié à la censure qui véri­­fie toutes les publi­­ca­­tions. Tout ce qu’ils trouvent de néga­­tif envers l’ac­­tion du gouver­­ne­­ment est tout bonne­­ment supprimé. »

Le miroir brisé

Depuis le 24 novembre 2015, il est inter­­­dit à l’État ukrai­­nien de possé­­der des médias papiers. Mais la loi l’au­­to­­rise à toujours déte­­nir des médias audio­­vi­­suels, radio­­pho­­niques et numé­­riques. Aussi, bien que l’État ne puisse plus être proprié­­taire de jour­­naux ou de maga­­zines papiers, la loi ne l’em­­pêche en rien d’uti­­li­­ser les médias publics comme outils de propa­­gande. « La classe poli­­tique a besoin d’in­­fluence », explique Alasa­­nia, de l’En­­tre­­prise natio­­nale de l’au­­dio­­vi­­suel public.

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Zurab Alasa­­nia

Alasa­­nia rêve de créer une chaîne « tota­­le­­ment libé­­rée de ces contraintes et qui n’ap­­par­­tien­­drait à aucun poli­­ti­­cien, ni à aucun oligarque ». Certains respon­­sables du gouver­­ne­­ment ont donné à Alasa­­nia l’op­­por­­tu­­nité de reprendre une vieille chaîne pour lancer son projet mais, d’après lui, ils auraient aussi essayé d’en­­rayer le proces­­sus. Offi­­ciel­­le­­ment, les fonds publics alloués aux médias publics sont suppo­­sés repré­­sen­­ter 0,2 % du PIB de l’Ukraine. Pour­­tant, Alasa­­nia affirme qu’ils ne rece­­vront que la moitié de cette somme l’an­­née prochaine. Ce 0,1 % fait pâle figure à côté du 0,25 % du PIB que les Français allouent au finan­­ce­­ment de leurs médias, et du 0,36 % des Britan­­niques. D’après les spécia­­listes, un média public viable donne le ton pour l’in­­dus­­trie toute entière, invite à produire de l’in­­for­­ma­­tion objec­­tive et peut concur­­ren­­cer les médias finan­­cés par des fonds privés. Cela les force­­rait à évoluer.

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Alasa­­nia inter­­­viewe le président Poro­­chenko

Certes, le budget natio­­nal a souf­­fert de la guerre mais Alasa­­nia est convaincu que cette réduc­­tion de moitié des subven­­tions est « un moyen de de tuer les médias publics ». Alasa­­nia dit avoir été appro­­ché par des gens qui se sont présen­­tés comme des émis­­saires du président Poro­­chenko et du Premier ministre Arseni Iatse­­niouk. Ils lui ont proposé de subven­­tion­­ner certains programmes de sa chaîne afin de pouvoir y exer­­cer leur influence poli­­tique. « Si j’avais accepté cet argent, c’était fini pour moi. Ils m’au­­raient systé­­ma­­tique­­ment dicté quoi faire : du choix des invi­­tés aux ques­­tions poli­­tiques abor­­dées. C’est pourquoi j’ai refusé. » Au niveau local, les repré­­sen­­tants du gouver­­ne­­ment s’as­­surent égale­­ment le contrôle des médias publics. À Kryvyï Rih, une ville de plus de 600 000 habi­­tants située dans la région de Dnipro­­pe­­trovsk, la chaîne locale publique a été fondée par le conseil muni­­ci­­pal en 1993. L’ac­­tuel maire de la région, Yuri Vilkul, a récem­­ment remporté une élec­­tion décla­­rée frau­­du­­leuse par la commis­­sion parle­­men­­taire. D’après Sofia Skyba, une jour­­na­­liste de la chaîne, « l’ac­­tuel maire et sa bande dictent constam­­ment aux jour­­na­­listes ce qu’ils peuvent dire, ne peuvent pas dire, qui filmer ou ne pas filmer… les articles sont envoyés pour relec­­ture au comité de direc­­tion de la mairie avant leur paru­­tion. Et leur service de presse nous renvoie les modi­­fi­­ca­­tions. »

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Une régie de la chaîne 1+1

Pour Skyba, la chaîne fonc­­tionne « comme à l’apo­­gée de l’Union sovié­­tique ». Ses repor­­tages font discrè­­te­­ment la promo­­tion de certaines poli­­tiques et les jour­­naux télé­­vi­­sés sont tour­­nés de façon à montrer le maire sous son plus beau jour – parti­­cu­­liè­­re­­ment durant les dernières élec­­tions. La chaîne touche plus d’un million de télé­s­pec­­ta­­teurs poten­­tiels à Kryvyï Rih et ses envi­­rons. Les 752 voix qui ont assuré la victoire liti­­gieuse du maire actuel proviennent sans doute de son influence sur les médias. Aujourd’­­hui, les médias sont une menace pour la démo­­cra­­tie nais­­sante du pays. Les médias contrô­­lés par les oligarques « refusent de four­­nir une infor­­ma­­tion objec­­tive aux spec­­ta­­teurs », observe Roman Shutov de Tele­­kri­­tica. « Cela influe sur leur compor­­te­­ment poli­­tique et élec­­to­­ral. » L’uti­­li­­sa­­tion des médias comme armes de guerre poli­­tique et écono­­mique par les diffé­­rentes factions de l’es­­ta­­bli­sh­­ment nuit à la démo­­cra­­tie. « À force de mani­­pu­­ler et de divi­­ser le public », observe Shutov, les oligarques sapent « la stabi­­lité inté­­rieure du pays ». Les élites se sont appro­­priées les insti­­tu­­tions et la presse pour fonder une plou­­to­­cra­­tie, divi­­sée en factions et dégui­­sée en démo­­cra­­tie. Pour Youri Maka­­rov, les médias ukrai­­niens ne sont « qu’un reflet dans un miroir brisé », et l’État ukrai­­nien risque de subir le même sort.


Traduit de l’an­­glais par Adélie Floch et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « Who owns Ukrai­­ne’s media? », paru dans Al Jazeera. Couver­­ture : Le président ukrai­­nien s’adresse à ses conci­­toyens. (Créa­­tion graphique par Ulyces)


LE COMBAT D’UNE MINISTRE POUR SAUVER L’UKRAINE

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Depuis sa nomi­­na­­tion en décembre au poste de ministre des Finances, Nata­­lie Jaresko fait son possible pour redo­­rer l’image du pays auprès des inves­­tis­­seurs étran­­gers.

L’Ukraine est une nation en guerre. C’est pourquoi la ministre des Finances, Nata­­lie Jaresko, a parcouru les quelque trente kilo­­mètres qui séparent Kiev d’Ir­­pin, une ville de 40 000 habi­­tants située en bordure d’une forêt de pins. Au cours de sa visite dans un hôpi­­tal mili­­taire, elle a rencon­­tré et apporté son soutien à des soldats de l’ar­­rière-garde qui ont récem­­ment combattu contre des forces russes et leurs manda­­taires dans l’est de l’Ukraine. « Où avez-vous servi ? » demande-t-elle, passant d’une chambre à l’autre. « Comment avez-vous été blessé ? » Elle vient peut-être des quar­­tiers ouest de Chicago, mais elle parle couram­­ment ukrai­­nien. Et si certains remarquent son accent, ils n’ont pas l’air d’y prêter atten­­tion. Nata­­lie Jaresko dit aux soldats qu’ils sont des héros, des repré­­sen­­tants de la nation assu­­mant la respon­­sa­­bi­­lité de géné­­raux. La crise a poussé les indi­­vi­­dus à revê­­tir un costume qui n’est pas le leur. Il y a trois mois, Jaresko, 49 ans, quit­­tait le fonds d’in­­ves­­tis­­se­­ment privé qu’elle avait co-créé en Ukraine en 2006 afin de rejoindre le gouver­­ne­­ment de Petro Poro­­chenko. L’homme, qui a fait fortune dans l’in­­dus­­trie du choco­­lat et de la confi­­se­­rie, a été élu président au lende­­main du soulè­­ve­­ment de Maïdan. À cette époque, Jaresko ne possé­­dait pas encore la natio­­na­­lité ukrai­­nienne. Mais aujourd’­­hui, elle occupe le poste écono­­mique clé du pays et joue le rôle d’in­­ter­­mé­­diaire entre l’Ukraine et la Banque mondiale, le Fonds moné­­taire inter­­­na­­tio­­nal et la Banque euro­­péenne pour la recons­­truc­­tion et le déve­­lop­­pe­­ment. La réforme fiscale, c’est elle. Les finances, c’est elle aussi. Elle doit parve­­nir à consti­­tuer un budget avec des miettes. « J’ai hâte que la situa­­tion soit parfaite », déclare Jaresko. ulyces-jaresko-01

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