par David Wolman | 12 novembre 2015

Qui a tué Mellory Manning ?

Ce fut une année diffi­­cile, mais Mellory Manning est en train de reprendre les choses en main. Ces derniers jours, elle se débar­­rasse des gens, des endroits et des habi­­tudes qui lui ont causé tant de problèmes.

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Cathe­­dral Square, Christ­­church
Crédits : Roger Wong

Mellory a 27 ans et attire le regard : large front, pommettes saillantes, cheveux auburn épais et bouclés. Ceux qui habitent aux envi­­rons de Christ­­church et la connaissent savent qu’elle est loyale envers ses proches, qu’elle sait être une oreille atten­­tive, une véri­­table amie. Mais la vie n’est pas simple, et Mellory a ses propres soucis, en parti­­cu­­lier une addic­­tion à la drogue qu’elle entre­­tient en monnayant son corps. Puis en août – le milieu de l’hi­­ver en Nouvelle-Zélande –, Jasmine, sa sœur aînée, met fin à ses jours. Cette perte est un élec­­tro­­choc : Mellory comprend que sa vie est enga­­gée dans une spirale infer­­nale, comme l’était celle de sa sœur. C’est suffi­­sant pour amor­­cer un chan­­ge­­ment : elle démis­­sionne, arrête la drogue, projette son avenir. Peut-être qu’elle pour­­rait reprendre les cours, fonder une famil­­le… mais à l’ap­­proche de Noël, la jeune adulte rechute. À court d’argent, elle ne trouve d’autre issue que de se pros­­ti­­tuer à nouveau. Une dernière nuit.


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Mellory Manning

Le soir du 18 décembre 2008, Mellory se tient sous le vieux chêne au croi­­se­­ment de Peter­­bo­­rough et Manches­­ter, dans le quar­­tier nord de Christ­­church. Ce coin de rue, elle y a travaillé pendant des années. C’est l’été. Elle porte une minijupe rose assor­­tie d’un top bleu à pois et d’un pull gris léger, le tout recou­­vert d’une veste à capuche. Elle aborde au moins deux clients ce soir-là. Le premier la conduit sur le parking d’un hôtel inoc­­cupé quelques kilo­­mètres plus loin. La deuxième rencontre a lieu autour de 22 heures, sur un autre parking à proxi­­mité. Ça n’est pas bien long : à 22 h 20, elle est de retour à son empla­­ce­­ment. Huit minutes plus tard, elle reçoit ce message du deuxième client : « À un de ces jours pour une partie de plai­­sir. » À quoi elle répond : « À un de ces jours, certai­­ne­­ment. » Le lende­­main matin, un kaya­­kiste qui pagaye à travers les eaux peu profondes de l’Avon aperçoit une forme inerte dans le feuillage qui longe la rivière. C’est le corps de Mellory. L’au­­top­­sie révèle qu’elle a été étran­­glée, battue à coup de barre de fer et poignar­­dée à trois reprises avant d’être jetée à l’eau.

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L’enquê­­teur chargé de l’af­­faire est l’ins­­pec­­teur Greg Williams, un homme grand et char­­penté de 52 ans, qui porte des lunettes de soleil pano­­ra­­miques. Le meurtre a mis Williams en émois, tout comme le reste de Christ­­church. Deux pros­­ti­­tuées ont égale­­ment été tuées au cours des deux années précé­­dentes. Sans une mise en accu­­sa­­tion rapide, la commu­­nauté commen­­cera à répandre la rumeur d’un tueur en série local, bien que la rela­­tion entre les meurtres n’ait jamais été établie par la police. Williams sait aussi que les chiffres pèsent contre lui : seul un tout petit nombre d’enquêtes dont les victimes sont des pros­­ti­­tuées abou­­tissent à des condam­­na­­tions. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles ces affaires sont diffi­­ciles à résoudre, dont certaines sont compré­­hen­­sibles : le travail lui-même, opéré dans l’ombre ; les rela­­tions étroites qu’en­­tre­­tiennent de nombreux suspects poten­­tiels ; l’al­­cool et la drogue qui n’ar­­rangent rien.

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L’ins­­pec­­teur Greg Williams
Crédits : NZPA / Martin Hunter

Mais Williams s’ir­­rite lorsqu’on lui dit que ce que ces chiffres veulent dire, c’est que la société donne plus de valeur à certaines vies qu’à d’autres. Il a décidé de prou­­ver que tant d’in­­hu­­ma­­nité, déli­­bé­­rée ou non, n’avait pas sa place dans son service ni dans sa ville. Afin de trou­­ver le ou les coupables du meurtre de Mellory, Williams est devenu le fer de lance de ce qui allait prendre l’am­­pleur d’une des plus impor­­tantes – et des plus coûteuses – enquêtes crimi­­nelles de l’his­­toire de la Nouvelle-Zélande. Des données télé­­pho­­niques ainsi que des témoi­­gnages ont aidé à créer une idée de la suite des actions de Mellory la nuit de sa mort, four­­nis­­sant à la police de nombreuses pistes à suivre. Il y avait les deux clients, bien sûr, ainsi qu’une Ford Falcon sur laquelle les agents souhai­­taient récol­­ter davan­­tage d’in­­for­­ma­­tions. Après avoir quitté son deuxième client, Mellory est montée dans une troi­­sième voiture à 22 h 40, et elle a envoyé son dernier message à 22 h 43. L’eau a irré­­mé­­dia­­ble­­ment endom­­magé sa montre, de sorte que celle-ci s’est arrê­­tée peu avant 23 h 00, ce qui corres­­pond au rapport d’un témoin préten­­dant avoir entendu un grand « plouf » dans la rivière à peu près à la même heure. Le méde­­cin légiste a trouvé des égra­­ti­­gnures sur le corps de la victime indiquant un contact avec des plantes épineuses. Une analyse de la matière végé­­tale sur ses habits suggère qu’elle s’est trou­­vée dans un endroit où poussent des mauvaises herbes. De plus, les plaies dans le dos de Mellory, petites et iden­­tiques, prouvent que le couteau utilisé pour la tuer a dû taper une surface dure. Le légiste a aussi noté que le bras gauche de Mellory était proba­­ble­­ment placé devant son visage lorsqu’elle a été tuée : un réflexe d’au­­to­­dé­­fense. Williams a envoyé des hommes exami­­ner des dizaines d’en­­droits autour de la ville où Mallory aurait pu aller dans les semaines qui ont précédé sa mort. Il s’est aussi assuré de ne rien rater qui pour­­rait venir de la rivière elle-même. À la place de la procé­­dure habi­­tuelle, qui consiste à utili­­ser une orange pour déter­­mi­­ner jusqu’où le corps a pu flot­­ter, Williams a fait fabriquer deux mannequins en plas­­tique pour calcu­­ler le parcours de la victime avec plus d’exac­­ti­­tude.

Les grains de pollen sont pour­­vus carac­­té­­ris­­tiques qui les rendent parti­­cu­­liè­­re­­ment utiles aux enquê­­teurs.

Au cours des mois qui ont suivi, des centaines de personnes ont été inter­­­ro­­gées par la police et des noms de suspects ont été rassem­­blés, prin­­ci­­pa­­le­­ment ceux des membres d’un gang local, l’Ao­­tea­­roa Mongrel Mob. Le gang reste à flots grâce à l’argent de la drogue et du proxé­­né­­tisme. Les pros­­ti­­tuées qui opèrent dans leur secteur payent un tribut en contre­­par­­tie de leur protec­­tion – concer­­nant Mellory, l’une des hypo­­thèses était qu’elle aurait été tuée pour avoir résisté à des membres du gang. Dans le quar­­tier où le corps de Mellory a été retrouvé, le gang louait un grand entre­­pôt flanqué d’un terrain vague, envahi de mauvaises herbes. Située avenue Galbraith, la propriété de 6 000 m² se situait à quelques mètres seule­­ment du bord de la rivière. Le lien avec l’Ao­­tea­­roa Mongrel Mob était une piste plau­­sible, rien de plus. La police a redou­­blé d’ef­­fort pour loca­­li­­ser le meurtre dans l’es­­poir de révé­­ler des infor­­ma­­tions sur l’au­­teur des faits. Mais l’enquête s’est embour­­bée. La meilleure option de Williams restait la décou­­verte qu’a­­vait fait le spécia­­liste du pollen.

Le paly­­no­­logue

Dallas Milden­­hall déver­­rouille une commode et s’ac­­crou­­pit pour ouvrir un tiroir fin renfer­­mant des rangées de lames de verre. Chacune est étique­­tée avec des carac­­tères trop petits pour être lus. « Je l’ai », dit enfin le vieux scien­­ti­­fique de 70 ans en sortant avec précau­­tion la lame numéro L25854 du plateau.

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Dallas Milden­­hall
Crédits : GNS Science

Nous nous trou­­vons dans la biblio­­thèque de la collec­­tion de réfé­­rence de GNS Science, une entre­­prise de consul­­ting sur les géos­­ciences située au nord de Welling­­ton, en Nouvelle-Zélande. Milden­­hall a de grands yeux bleus, presque globu­­leux, et des cheveux blancs fins et clair­­se­­més. Il porte un pull en laine et des tennis. Il travaille comme paly­­no­­logue depuis plus de quarante ans. Si vous n’êtes pas profes­­sion­­nel­­le­­ment inté­­ressé par la vie sexuelle des plantes, vous ne savez proba­­ble­­ment pas ce qu’est un paly­­no­­logue. En fait, vous ne songez proba­­ble­­ment jamais à leur spécia­­lité, le pollen et les spores. Le pollen n’at­­ti­­rera votre atten­­tion que lors d’une crise d’éter­­nue­­ment, ou lorsqu’il est mentionné pendant un bulle­­tin météo. Mais c’est à peu près tout. Les paly­­no­­logues comme Milden­­hall n’ar­­rêtent pas d’y penser, au pollen. Il est omni­­pré­sent pour eux. Alors que vous et moi regar­­dons à travers l’air pour obser­­ver les rues, les parcs, les fermes, les plages et les immeubles qui nous entourent, Milden­­hall ne regarde que l’air. Même un endroit en appa­­rence paisible, comme les beaux jardins qui s’étendent à l’ex­­té­­rieur de GNS par exemple, sont en réalité agités par un bliz­­zard micro­s­co­­pique, alimenté par des fleurs qui éclosent, des vecteurs de vent, des insectes vrom­­bis­­sants et des nuages de grains de pollen tour­­billon­­nant, montant et déri­­vant dans l’air. Au cœur de cette tempête, les grains de pollen retombent constam­­ment et se déposent sur le sol, sur votre pare-brise et à peu près dans tous les recoins du monde palpable. Si vous savez les déchif­­frer, les grains de cette pluie de pollen peuvent vous racon­­ter des histoires. Et parfois, ces histoires peuvent éclai­­rer des enquêtes poli­­cières. Les grains de pollen sont pour­­vus carac­­té­­ris­­tiques qui les rendent parti­­cu­­liè­­re­­ment utiles aux enquê­­teurs. Ils sont minus­­cules, bien sûr, et varient souvent de type. Ce qui veut dire que les experts comparent des struc­­tures spéci­­fiques et diffé­­rentes, ils ne comparent pas simple­­ment un jeu de forme avec un autre jeu de forme iden­­tique. Les grains de pollen sont terri­­ble­­ment résis­­tants : si un cycle long dans votre machine à laver peut venir à bout d’une tache de Bordeaux, n’es­­pé­­rez pas enle­­ver du pollen de vos habits. La sporo­­pol­­le­­nine, la substance qui consti­­tue l’en­­ve­­loppe externe du grain, est un des compo­­sants orga­­niques les plus résis­­tants sur Terre. « Les acides que nous utili­­sons pour les déta­­cher des rochers nous tueraient », explique Milden­­hall.

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Diffé­­rentes varié­­tés de grains de pollen

Milden­­hall est un des meilleurs inspec­­teurs spécia­­listes du pollen au monde. Il a travaillé sur plus de 200 enquêtes et a été consulté dans plus d’une ving­­taine de cas supplé­­men­­taires qui ont aidé à résoudre des affaires allant de la contre­­façon d’art au trafic de drogue, en passant par la contre­­façon de médi­­ca­­ments, des incen­­dies crimi­­nels et bien plus encore. La première chose à savoir sur la paly­­no­­lo­­gie crimi­­nelle est qu’elle ne s’in­­té­­resse jamais d’un seul grain de pollen. La raison pour laquelle un unique grain de pollen se trouve dans un endroit précis est presque impos­­sible à déter­­mi­­ner. Mais la concen­­tra­­tion en pollen peut être révé­­la­­trice. Tout comme le fait qu’il n’existe pas deux flocons de neige iden­­tiques, du moins en termes pratiques, deux échan­­tillons de pollen – une minus­­cule pincée de matière conte­­nant des centaines de grains – ne seront jamais semblables. Si vous en savez assez sur ce qui pousse et où cela pousse, sur la végé­­ta­­tion envi­­ron­­nante, la saison des florai­­sons, les modèles de disper­­sion, les vents locaux et d’autres facteurs qui influencent la pluie de pollen, vous pouvez alors tisser des liens entre ce qui appa­­rais­­sait, jusque-là, comme des infor­­ma­­tions dispa­­rates. La paly­­no­­lo­­gie crimi­­nelle est utili­­sée pour connec­­ter des indi­­vi­­dus ou des objets suspects à une scène de crime, pour démys­­ti­­fier ou corro­­bo­­rer des alibis, pour loca­­li­­ser des opéra­­tions de fabri­­ca­­tion illi­­cites, et pour four­­nir d’autres détails impor­­tants. Mais surtout, elle est utili­­sée pour four­­nir une infor­­ma­­tion géogra­­phique.

Pensez au pollen comme à une forme d’em­­preinte digi­­tale qui ne vous dit pas qui ou quoi. « Je ne peux pas prou­­ver que les gens ont fait des choses », explique Milden­­hall, « mais je peux vous dire où. » ulyces-pollendetective-06Par exemple, dit-il, le simple fait qu’une analyse paly­­no­­lo­­gique de la pous­­sière récu­­pé­­rée dans le hangar d’un suspect corres­­pond au profil du pollen retrouvé sur les cheveux de la victime ne signi­­fie pas que le suspect a fait du mal à la victime. Mais ces passa­­gers clan­­des­­tins peuvent parcou­­rir de longues distances pour suivre le chemin parcouru entre la victime dans le hangar à la date et l’heure où le crime est supposé s’être produit. Et cela peut être suffi­­sant pour débloquer une enquête. « Si je devais conseiller des crimi­­nels », dit Milden­­hall, « je leur suggé­­re­­rais de tout avouer sauf le dernier en lui-même, car les placer indu­­bi­­ta­­ble­­ment sur les lieux du crime n’est qu’une ques­­tion de temps. » L25854, la lame que Milden­­hall a retiré des archives, est l’un des centaines d’échan­­tillons que la police lui a envoyés au cours de l’enquête Mellory Manning. Il la porte à nouveau dans son bureau et la place sous un micro­­scope. Après des décen­­nies passées à tenir et faire tour­­ner atten­­ti­­ve­­ment les roues de micro­­scopes dans le labo­­ra­­toire, le paly­­no­­logue a déve­­loppé une tendi­­nite. Parfois, il fait des exer­­cices au ralenti avec ses pouces pour tenter de soula­­ger la gêne, mais le béné­­fice de ces efforts est discu­­table. Il hausse les épaules et se penche sur l’ocu­­laire. Il parcourt lente­­ment, règle, parcourt à nouveau, et se foca­­lise enfin sur ce qu’il veut me montrer. C’est un grain de pollen issu de Bromus dian­­drus, une herbe commu­­né­­ment appe­­lée brome « tord-boyaux ».

Déjà-vu

L’ap­­proche médico-légale de base utili­­sée sur les scènes de crime est centrée de nos jours sur le prin­­cipe d’échange de Locard : lorsque deux éléments entrent en contact, un trans­­fert de matière s’opère toujours, qu’il s’agisse de la bande de roule­­ment d’un pneu sur un trot­­toir, d’un fluide corpo­­rel sur un drap de lit ou d’une veste placée dans un arbre. Les coupables et les victimes portent toujours sur eux des objets sur une scène de crime, emportent des éléments quand ils partent, et en laissent derrière eux de la même manière. Certains types de preuves – les fluides corpo­­rels, les fibres de vête­­ments – sont régu­­liè­­re­­ment utili­­sés dans les enquêtes crimi­­nelles. Mais le pollen, bien qu’il existe à peu près partout, a mis bien plus long­­temps à être adopté.

Ces deux affaires non-clas­­sées hantent toujours Milden­­hall.

Vers la fin des années 1950, il a été utilisé avec succès dans une affaire de meurtre en Autriche, où la police avait un suspect et un mobile, mais aucun moyen de relier l’homme au crime. La décou­­verte est surve­­nue lorsque les enquê­­teurs ont saisit une paire de bottes pleines de boue de la maison du suspect et l’ont envoyée à un géologue de renom, qui y a trouvé du pollen de saule, d’aulne et d’épi­­nette, ainsi que du noyer rare. Seule une petite bande de terre en Autriche avait des sols carac­­té­­ri­­sés par cette infu­­sion de pollen parti­­cu­­lier, et quand le suspect a été informé que la police déte­­nait la preuve irré­­fu­­table de l’en­­droit où il avait marché – ayant mentionné ce domaine spéci­­fique – l’homme est passé aux aveux. Dans les décen­­nies qui ont suivi, l’ana­­lyse du pollen a été utili­­sée dans des affaires ici et là, mais pour beau­­coup, la paly­­no­­lo­­gie légal n’était et n’est tout simple­­ment pas une disci­­pline dont les gens connaissent l’exis­­tence. L’un des facteurs limi­­tants est que seule une poignée de personnes sur la planète peut mettre en appli­­ca­­tion l’ex­­per­­tise analy­­tique néces­­saire. « Il n’y a qu’en­­vi­­ron 350 000 grains de pollen diffé­­rents sur cette planète. Les diffé­­ren­­cier demande un petit peu d’ha­­bi­­leté », ironise Vaughn Bryant, profes­­seur et direc­­teur du labo­­ra­­toire de paly­­no­­lo­­gie de l’uni­­ver­­sité A&M au Texas. Comme tout enfant qui gran­­dit dans les forêts tropi­­cales monta­­gneuses du nord de l’île de la Nouvelle-Zélande, Milden­­hall allait souvent explo­­rer les bois. Parfois, il s’aven­­tu­­rait dans les mines d’or aban­­don­­nées ou traçait son chemin dans les profon­­deurs des montagnes, en écou­­tant les appels des oiseaux. Dès son plus jeune âge, il s’est passionné pour la taxo­­no­­mie. À l’uni­­ver­­sité, il a étudié la géolo­­gie car cela lui semblait la meilleure façon de faire ses études à l’ex­­té­­rieur. Son talent pour le cata­­lo­­gage mental a fait de la spécia­­lité de la paly­­no­­lo­­gie un choix natu­­rel, et peu de temps après l’ob­­ten­­tion de son diplôme, il a pris un travail comme employé scien­­ti­­fique à la GNS.

À l’époque, il passait la majeure partie de son temps à obser­­ver le pollen fossi­­lisé prove­­nant de forêts anciennes. ulyces-pollendetective-07Un jour de 1973, des inspec­­teurs locaux ont demandé à un des collègues de Milden­­hall de jeter un œil à quelques échan­­tillons de sol. « Je me suis dit : “Oh ! je peux utili­­ser la paly­­no­­lo­­gie pour ça !” » Il a mené une analyse, mais rien de remarquable n’en est ressorti. Sa première grosse affaire s’est présen­­tée en 1983. Une jeune fille de 14 ans prénom­­mée Kirsa Jensen avait pris son cheval, Commo­­dore, pour une balade le long de la plage près de la ville de Napier, au nord de l’île. Le cheval a été retrouvé errant à proxi­­mité d’une rivière, et Kirsa avait disparu. Elle s’était rendue à cheval à proxi­­mité d’un vieil empla­­ce­­ment de pièce d’ar­­tille­­rie construit pendant la Seconde Guerre mondiale, au cas où les Japo­­nais déci­­de­­raient d’en­­va­­hir la Nouvelle-Zélande. Milden­­hall a utilisé l’ana­­lyse de pollen pour révé­­ler qu’une corde retrou­­vée sur le site compor­­tait des concen­­tra­­tions impor­­tantes de citrouille, de hêtre et de larges grains de pollen de hari­­cots. Milden­­hall a ensuite démon­­tré que ce type de pollen pouvait être trouvé sur une deuxième corde, récu­­pé­­rée dans la ferme où le prin­­ci­­pal suspect de l’af­­faire était employé. Jusque-là, la majo­­rité du travail médico-légal de Milden­­hall avait eu lieu dans le labo­­ra­­toire, avec des échan­­tillons envoyés et renvoyés par cour­­rier. Pour l’af­­faire Jensen, cepen­­dant, le scien­­ti­­fique s’est profon­­dé­­ment impliqué, visi­­tant le site le long de la plage en collec­­tant des échan­­tillons, carto­­gra­­phiant la végé­­ta­­tion et exami­­nant les photo­­gra­­phies. Un véri­­table travail d’enquê­­teur – il ne lui manquait que le badge. « Je me suis énor­­mé­­ment investi émotion­­nel­­le­­ment dans cette affaire », dit-il. La police et la famille Jensen ont exprimé l’es­­poir que cette tech­­nique médico-légale à peine connue renfor­­ce­­rait l’enquête. Mais au final, le tribu­­nal a conclu que les procu­­reurs ne dispo­­saient toujours pas de preuves suffi­­santes. La famille a été dévas­­tée, et le suspect s’est suicidé par la suite. « Ils ne pour­­ront jamais tour­­ner la page », soupire Milden­­hall. Quinze ans plus tard, une jeune fille de quinze ans du nom de Kirsty Bent­­ley prome­­nait son labra­­dor non loin de Christ­­church et n’est pas rentrée chez elle. Le corps de Kirsty a été retrouvé plus tard dans Rakaia Gorge, à une cinquan­­taine de kilo­­mètres au nord. « Je peux encore voir ses pieds dépas­­ser de sous les arbustes qui avaient été placés sur elle », raconte Milden­­hall. Comment était-elle arri­­vée jusqu’à la gorge ? Qui l’avait emme­­née là-bas ? « Rien sur ses chaus­­sures ou ses vête­­ments ne pouvait nous éclai­­rer au-delà de ce que nous savions déjà », se souvient Milden­­hall.

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Le pont de la gorge de Rakaia
Crédits : Adam Selwood

Le meurtre de Bent­­ley n’a jamais été résolu non plus. Milden­­hall me confie que ces deux affaires le hantent toujours. Certains mots provoquent des émotions et des souve­­nirs qui accourent au premier plan de son esprit. N’im­­porte quoi peut le déclen­­cher, mais ce sont souvent des noms de lieux ou des détails clés. « Napier », « gorge de Rakaia », « corde ». « Quelque chose qui fait resur­­gir la frus­­tra­­tion de ces affaires non-clas­­sées. » Greg Williams, l’ins­­pec­­teur en charge de l’enquête Mellory Manning, avait travaillé avec Milden­­hall sur le meurtre de Bent­­ley. Même si le cas précé­dent n’a toujours pas été résolu, Williams reste toujours opti­­miste quand il s’agit de la méde­­cine légale. Peu après qu’il a commencé à traquer le meur­­trier de Mellory, il a sommé les inspec­­teurs d’en­­voyer des échan­­tillons de pollen à Milden­­hall pour voir ce qu’il pouvait trou­­ver. Le premier échan­­tillon a été extrait des voies nasales de Mellory. En inspi­­rant, notre système respi­­ra­­toire capture des grains de pollen qui entrent et sortent de notre nez envi­­ron toutes les vingt minutes. Ces grains restent dans le corps long­­temps après la mort, et Milden­­hall a trouvé dans l’échan­­tillon de petites quan­­ti­­tés de pollen de grami­­nées, de bouleau et de fougère arbo­­res­­cente. Si la victime se retrouve face contre terre juste avant la mort, des centaines, sinon des milliers de grains se trouvent habi­­tuel­­le­­ment dans les échan­­tillons préle­­vés dans le nez. La rareté rela­­tive des échan­­tillons de Mellory suggé­­rait qu’elle était sur le dos au moment de l’as­­saut fatale. Cela a été poten­­tiel­­le­­ment utile pour comprendre le meurtre en lui-même, et non pour aider la police à déter­­mi­­ner où elle avait été tuée.

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Mellory

Milden­­hall a reçu échan­­tillons sur échan­­tillons à compa­­rer avec les substances du corps et les vête­­ments de Mellory. Le proces­­sus a été très long, et après une période de plus d’un an, il a aidé la police à élimi­­ner des dizaines de lieux possibles de meurtre. Mais tandis les mois passaient sans arres­­ta­­tion, Milden­­hall a commencé à éprou­­ver une désa­­gréable sensa­­tion de déjà-vu. Il avait aidé les auto­­ri­­tés dans des condam­­na­­tions partout dans le monde, mais à chaque fois qu’une jeune femme était assas­­si­­née chez lui en Nouvelle-Zélande, le plus talen­­tueux enquê­­teur spécia­­liste du pollen au monde ne pouvait pas faire grand-chose… Milden­­hall est devenu de plus en plus pessi­­miste. Le cas de Mellory était-il destiné à suivre le même chemin que celui de Kirsa Jensen et Kirsty Bent­­ley ? Napier. Gorge de Rakaia. Corde. Rivière Avon… Un échan­­tillon, au moins, a tenu certaines promesses – même s’il n’a pas été concluant. « Pour moi, l’in­­dice ne corro­­bore pas la théo­­rie selon laquelle Manning a rendu son dernier soupir sur les lieux repré­­sen­­tés par les compa­­ra­­tifs des échan­­tillons du sol et de la végé­­ta­­tion prove­­nant de Dalling­­ton Terrasse, du bord de la rivière Avon, du parking de l’Hô­­tel, Cale­­do­­nian ou 26 Gres­­ford Street », a écrit Milden­­hall dans un rapport à la police de Christ­­church. Toute­­fois, « la preuve n’ex­­clut la possi­­bi­­lité que Manning ait rendu son dernier souffle au 25 avenue Galbraith. » C’était l’adresse du repère du gang des Mongrel.

Le pollen mutant

Deux semaines après que Mellory Manning a été assas­­si­­née, une jeune enquê­­trice nommée Gabrielle Thomp­­son avait visité l’en­­tre­­pôt des gang­s­ters du Mongrel Mob à Galbraith pour parler avec qui se trou­­vait dans les parages. Personne n’a répondu quand elle a frappé à la porte, elle a donc tourné les talons pour partir. C’est à cet instant, quand elle a remarqué que certaines des grami­­nées dans le terrain vague adja­cent ressem­­blaient à certaines des graines retrou­­vées sur le manteau de Mellory. Thomp­­son a pris quelques échan­­tillons avec elle, juste au cas où, et les a envoyé à Milden­­hall.

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Des membres du Mongrel Mob
Crédits : Jono Rotman

L’herbe était de la brome tord-boyaux. Milden­­hall a jeté un coup d’œil mais n’a rien trouvé d’ex­­tra­or­­di­­naire : le pollen de l’herbe elle-même, ainsi que d’autres mauvaises herbes couram­­ment trou­­vées dans des terrains vagues de cette partie du monde. Williams a égale­­ment demandé à Milden­­hall de regar­­der les échan­­tillons préle­­vés sur le manteau et de les compa­­rer avec le maté­­riel des Mongrel Mob. Il ne pensait pas qu’il s’agis­­sait d’une totale perte de temps, mais le pollen était si répandu que sa présence (ou son absence) pour­­rait ne pas signi­­fier grand-chose. Pour­­tant, quand il a examiné l’échan­­tillon BDX004 du manteau de Mellory, Milden­­hall a remarqué quelque chose d’éton­­nant. Bien que les grains de pollen soient, de façon surpre­­nante, très divers, ils ont en commun certains aspects : une enve­­loppe exté­­rieure solide, des cellules repro­­duc­­trices, et un pore unique. Ce pore est le trou par lequel les gamètes – en gros, les sper­­ma­­to­­zoïdes – sont éjec­­tés vers l’ex­­té­­rieur pour faire leurs affaires. Sous le micro­­scope, le brome tord-boyaux est à peu près sphé­­rique, comme des dessins de manuels de cellules indi­­vi­­duelles, avec une petite forme distinc­­tive enfer­­mée à l’in­­té­­rieur : un pore. Ce grain parti­­cu­­lier, cepen­­dant, compor­­tait non pas un mais deux pores. Au départ, Milden­­hall a pensé que c’était le fait d’une illu­­sion d’op­­tique : une protu­­bé­­rance, une bosse ou une tache sombre qui ressem­­blait juste à un autre pore.

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Le pollen mutant

Mais peu après, il en a observé une deuxième iden­­tique. Puis un tas d’autres. À présent, il n’y avait plus de doute : envi­­ron 5 % du pollen de brome tord-boyaux de l’échan­­tillon du manteau de Mellory conte­­nait des grains à deux pores, une muta­­tion éton­­nante et inha­­bi­­tuelle. « C’est tout simple­­ment incroyable ! » s’est exclamé Milden­­hall. « Quelque chose doit avoir changé au niveau géné­­tique. » Pour un geek du pollen, c’est tout aussi incroyable que, mettons, un chien à cinq pattes. Milden­­hall a contacté Vaughn Bryant au Texas pour obte­­nir un deuxième avis. Bryant a jeté un coup d’œil aux images et a immé­­dia­­te­­ment renvoyé un mail à Milden­­hall, pour confir­­mer ce que le Néo-zélan­­dais savait déjà : il s’agis­­sait de pollen mutant. Si les poli­­ciers pouvaient trou­­ver des échan­­tillons corres­­pon­­dants à partir d’un empla­­ce­­ment à Christ­­church, ils pour­­raient poten­­tiel­­le­­ment débloquer l’enquête. Milden­­hall pensait que les grains de pollen anor­­maux avaient été causés par un herbi­­cide. Ce n’était qu’une théo­­rie, mais il se disait qu’un herbi­­cide pulvé­­risé sur l’herbe au moment où elle allait fleu­­rir pour­­rait avoir causé la muta­­tion géné­­tique. Il a fait part de l’idée à Williams. Le manteau de Mellory aurait-il pu entrer en contact avec une zone ayant été récem­­ment pulvé­­ri­­sée ? Moins de deux semaines plus tard, la police a confirmé que le terrain vague à côté de l’en­­tre­­pôt avait été pulvé­­risé avec un herbi­­cide à peine un mois avant le meurtre. Williams a donc demandé à Milden­­hall de retra­­vailler sur les échan­­tillons préle­­vés avenue Galbraith, afin de recher­­cher plus spéci­­fique­­ment du pollen mutant. En trou­­ver d’autres ne pour­­rait que confir­­mer que le meurtre avait eu lieu ici. Milden­­hall était dubi­­ta­­tif. « Quelles étaient les chances que je le voie sur cette poten­­tielle scène de crime ? Aucune, je pensais. » Aucune, parce que le pollen sur le manteau – anor­­mal ou normal – prove­­nait seule­­ment d’une ou deux plantes. Aucune, car un seul signe de la plante mère serait submergé par le pollen d’autres herbes et buis­­sons dans la région. Aucune, car le brome tord-boyaux envoie du pollen pendant seule­­ment une courte période chaque année, donc il n’y avait aucune chance de captu­­rer d’autre. Aucune, enfin, en raison de la rareté du pollen à deux pores.

« Il est beau­­coup plus facile de trou­­ver quelque chose une fois que vous savez ce que vous cher­­chez. »

Milden­­hall a néan­­moins pour­­suivi ses recherches – mieux vaut cher­­cher une aiguille dans une botte de foin plutôt que de voir une autre enquête vous échap­­per. « J’étais scep­­tique sur le fait de trou­­ver quelque chose, mais en espé­­rant dur comme fer que je trou­­ve­­rais. » L’ex­­pert a passé trois jours à scru­­ter seize lames pleines de grains de pollen préle­­vés avenue Galbraith. L’après-midi du troi­­sième jour, il en a repéré un. « C’était le jack­­pot ! » Il a immé­­dia­­te­­ment appelé Williams. La trou­­vaille était de taille, pour sûr. Mais ce n’était qu’un début. Milden­­hall devait en trou­­ver plus, ce qu’il a fait. La présence de davan­­tage de pollen mutant sur le manteau enté­­ri­­ne­­rait défi­­ni­­ti­­ve­­ment l’af­­faire. Les grains avaient été si profon­­dé­­ment enra­­ci­­nés dans le tissu que « le contact direct et la force » étaient les seules expli­­ca­­tions à la façon dont ils y étaient ancrés. Mellory s’était trou­­vée sur le dos, en partie sur une dalle de béton et en partie sur l’herbe, luttant pour sa vie. La police avait le lieu. Sur la sugges­­tion de Milden­­hall, la police a demandé à un bota­­niste de se rendre sur le site et de véri­­fier d’autres sources poten­­tielles de pollen à deux pores. Il n’y avait rien. Milden­­hall a véri­­fié trois fois en regar­­dant de nouveau des échan­­tillons prove­­nant d’autres endroits de la ville, pour démon­­trer que les grains à deux pores prove­­naient de maté­­riau exté­­rieur à l’en­­tre­­pôt. Bien qu’il soit possible que le pollen mutant puisse prove­­nir d’autres endroits, les chiffres étaient tout simple­­ment trop inha­­bi­­tuels. Dans toute l’ex­­pé­­rience de Milden­­hall, et même d’autres paly­­no­­logues de renom qu’il a consul­­tés, une telle concen­­tra­­tion de grains mutants n’avaient jamais été obser­­vée. Quand je lui ai demandé s’il avait raté le pollen mutant la première fois, Milden­­hall m’a dit que non, que c’était un de ces truismes de la science. « Il est beau­­coup plus facile de trou­­ver quelque chose une fois que vous savez ce que vous cher­­chez. » Lorsqu’on établit le profil les échan­­tillons, il est ques­­tion de l’iden­­ti­­fi­­ca­­tion et du comp­­tage des grains pour déter­­mi­­ner les concen­­tra­­tions de diffé­­rents types. Une fois qu’il a décou­­vert les grains mutants et discuté de leur signi­­fi­­ca­­tion possible avec Williams, son esprit et ses yeux ont changé de fréquence. La nouvelle recherche a été litté­­ra­­le­­ment plus granu­­laire.

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Le brome tord-boyaux

« La preuve du pollen était la clé de voûte », dit Milden­­hall. Williams et son équipe ont été en mesure d’uti­­li­­ser les spéci­­fi­­ci­­tés de loca­­li­­sa­­tion en conjonc­­tion avec d’autres infor­­ma­­tions – les tests de courant de la rivière, les données des télé­­phones cellu­­laires, des témoi­­gnages – pour inter­­­ro­­ger les suspects. Pendant l’in­­ter­­ro­­ga­­toire, un jeune membre des Mongrel Mob nommé Mauha Fawcett a fini par révé­­ler des détails qu’il n’au­­rait pu connaître que s’il avait pris part au meurtre.

~

En juin 2014, par un brillant et venteux après-midi, Milden­­hall et moi avons pris un taxi de l’aé­­ro­­port inter­­­na­­tio­­nal de Christ­­church jusqu’au quar­­tier de Dalling­­ton. Le séisme de magni­­tude 6,3 qui a frappé Christ­­church en 2011 a dévasté cette partie de la ville, lais­­sant des milliers de maisons inha­­bi­­tables à cause du sol instable. Le silence du quar­­tier évoque un film de zombie ou la peste. Milden­­hall pouvait à peine recon­­naître l’en­­droit. Après un arrêt sur le site le long de la rivière Avon où le corps de Mellory avait été retrouvé, nous avons roulé jusque sur Galbraith Avenue. Sur le chemin, nous avons parlé d’an­­ciennes affaires – de Kirsa Jensen et Kirsty Bent­­ley. Ces deux enquêtes sont tech­­nique­­ment toujours ouvertes, mais Milden­­hall me confie qu’elles ne pour­­ront jamais être réso­­lues. « Au moins, ce n’est pas le cas de Mellory », dit-il.

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Mauha Fawcett

Au prin­­temps dernier, Mauha Fawcett est passé en juge­­ment. Le témoi­­gnage de Milden­­hall a duré deux heures. Fawcett avait choisi de se repré­­sen­­ter lui-même, et quand l’oc­­ca­­sion s’est présen­­tée de contre-inter­­­ro­­ger Milden­­hall, Fawcett a simple­­ment dit : « Je suis indé­­cis au sujet de celui-ci. Je passe mon tour. » L’enquête elle-même n’est pas encore termi­­née. Williams est discret sur les détails, mais ce n’est un secret pour personne que la police soupçonne que d’autres indi­­vi­­dus sont impliqués dans la mort de Mellory. Fawcett, pour sa part, a été reconnu coupable d’as­­sas­­si­­nat et condamné à perpé­­tuité. Milden­­hall sort du taxi à l’en­­droit où l’en­­tre­­pôt du Mongrel Mob se situait autre­­fois. « Ils l’ont tuée ici et l’ont proba­­ble­­ment traî­­née vers Galbraith, puis l’ont jetée dans la rivière », me raconte-t-il, poin­­tant son doigt vers la rivière Avon. Beau­­coup de maisons envi­­ron­­nantes, bien qu’i­­noc­­cu­­pées, sont toujours là, formant un péri­­mètre autour de la propriété du gang. J’ai pu voir avec quelle faci­­lité les mauvaises herbes et les grami­­nées, celles qui ont fini par résoudre l’af­­faire, ont empiété sur les jardins de ces maisons. Nous sommes entrés par un trou dans la clôture grilla­­gée provi­­soire. Les mains enfon­­cées dans les poches de son sweat en molle­­ton, Milden­­hall scrute le sol en passant à travers les décombres, les mauvaises herbes et des tas d’or­­dures. À un moment, il s’age­­nouille et hume un brin d’herbe brun, fané, à peu près aussi haut que son tibia. « Ce n’est pas assez plumeux pour être du brome tord-boyaux », dit-il. En fouillant la zone, le paly­­no­­logue est sombre. Il a fina­­le­­ment permis de résoudre un meurtre tout près de chez lui, mais le senti­­ment est tout sauf triom­­phant : sa décou­­verte crimi­­nelle excep­­tion­­nelle n’a pas pu aider Mellory et ne peut pas soula­­ger la douleur de sa famille. La scène de crime a entiè­­re­­ment disparu, enter­­rée sous des monti­­cules de débris et de la terre. « Une dernière insulte à sa mémoire », dit Milden­­hall, en frap­­pant du pied un morceau de béton. « Vous ne pour­­riez même pas mettre des fleurs à cet endroit si vous le vouliez.  »


Traduit de l’an­­glais par Sophie Cartier d’après l’ar­­ticle « Who Killed Mellory Manning? », paru dans Matter. Couver­­ture : Scène de crime. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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