par Florent Detroy | 0 min | 20 juin 2014

J’ar­­rive à l’aé­­ro­­port de Rangoun, ou Yangon pour les habi­­tués, empli de curio­­sité. La Birma­­nie est un des seuls pays où je me rends en ne sachant pas ce qui se cache derrière la fron­­tière. Avant le départ, les témoi­­gnages se mélangent et forment un nuage épais au travers duquel je n’ar­­rive à distin­­guer qu’une image floue. Pour les uns, la Birma­­nie est un des dernier pays où règne encore le charme suranné d’un temps passé. Les bâti­­ments colo­­niaux, le chemin de fer peu rénové depuis 1948 ou la présence d’eth­­nies dont la vie est encore large­­ment tradi­­tion­­nelle consti­­tuent la promesse d’une expé­­rience authen­­tique. Il est néces­­saire d’y aller main­­te­­nant, au plus vite : tous voudraient être des Tintin en herbe.

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Des cultures de tomates sur l’eau, lac Inle
Crédits : Yann Casta­­nier

Pour d’autres, cet État est syno­­nyme de dicta­­ture, de travail forcé, de corrup­­tion, d’em­­pri­­son­­ne­­ments iniques, de tortures, de dollars repas­­sés ou encore de délires méga­­lo­­ma­­niaques d’un ancien tyran fou. Être touriste dans ce pays entraî­­ne­­rait le soutien de fait à une junte mili­­taire qui n’au­­rait subi qu’un rava­­le­­ment de façade. Pour les derniers, la Birma­­nie est un pays en train de s’ou­­vrir et de chan­­ger. Tout va très vite. Les cartes ont été rebat­­tues et il est diffi­­cile d’y lire quoi que ce soit. Il est néces­­saire de s’y rendre pour comprendre et ressen­­tir. Il s’agit égale­­ment de la posi­­tion d’Am­­nesty Inter­­na­­tio­­nal, qui n’ap­­pelle pas au boycott du pays mais demande aux touristes « d’ou­­vrir les yeux ».

La Birma­­nie est un des seuls pays où je me rends en ne sachant pas ce qui se cache derrière la fron­­tière.

L’ar­­ri­­vée à l’aé­­ro­­port donne le ton. Au bout de quarante minutes d’at­­tente à la douane, une coupure d’élec­­tri­­cité survient. La tota­­lité de l’aé­­ro­­port sombre dans le noir. Moment de promis­­cuité avec des incon­­nus. Les ordi­­na­­teurs arrêtent de fonc­­tion­­ner et les distri­­bu­­teurs de billet récem­­ment instal­­lés ne clignotent plus. Des géné­­ra­­teurs permettent aux éclai­­rages d’ur­­gence de nous aper­­ce­­voir à nouveau. Il faut réini­­tia­­li­­ser tous les systèmes pour procé­­der au contrôle des passa­­gers. Le problème d’éner­­gie est bien réel. D’em­­blée, des ques­­tions viennent à l’es­­prit : le pays a-t-il la capa­­cité à accueillir des touristes en nombre impor­­tant ? Cette acti­­vité ne risque-t-elle pas d’être pour­­sui­­vie au détri­­ment des popu­­la­­tions locales ?

État des lieux avant entrée

Le nombre de touristes a presque triplé en l’es­­pace de trois ans selon le gouver­­ne­­ment birman, passant de 816 000 en 2010 à plus de 2 millions au trois quart de l’exer­­cice de 2013. Plus de 3 millions de touristes sont atten­­dus pour 2014. Si l’on compare avec les autres pays d’Asie du Sud-Est, ces chiffres sont plutôt faibles. La Thaï­­lande voisine, qui présente à peu près les mêmes carac­­té­­ris­­tiques en termes de super­­­fi­­cie, géogra­­phie et nombre d’ha­­bi­­tants, culmine à 24,5 millions de visi­­teurs pour l’an­­née 2013. Cepen­­dant, la progres­­sion du tourisme en Birma­­nie est très élevée avec une crois­­sance de 275 % en l’es­­pace de quatre ans. D’ici 2020, ce sont près de 8 millions de touristes qui sont atten­­dus selon le Myan­­mar Tourism Master Plan produit par le gouver­­ne­­ment birman avec le support tech­­nique de la Banque Asia­­tique de Déve­­lop­­pe­­ment et financé par le gouver­­ne­­ment norvé­­gien. À la vue des prévi­­sions et des réali­­sa­­tions de 2013, ce chiffre semble plutôt réaliste. La part du tourisme dans le PIB natio­­nal est aujourd’­­hui extrê­­me­­ment faible. Avec un peu plus de 500 millions de dollars de reve­­nus pour un PIB de 54.4 milliards de dollars, cette acti­­vité ne repré­­sente pas même 1% des richesses créées dans le pays. Pour le moment, ceci ne permet pas d’ali­­men­­ter l’éco­­no­­mie, mais l’objec­­tif affi­­ché du gouver­­ne­­ment est de chan­­ger la donne. Le tourisme doit deve­­nir une manne finan­­cière. L’his­­toire du tourisme en Birma­­nie se divise alors en trois périodes. De 1948 à 1962, au cours de la démo­­cra­­tie parle­­men­­taire, le système écono­­mique était capi­­ta­­liste. Des agences de voyages privées étaient ouvertes bien que le nombre de touristes fut réduit. Les visas étaient valables un mois. À la suite du coup d’État du Conseil Révo­­lu­­tion­­naire de 1962, la vali­­dité des visas a été réduite à vingt-quatre heures. L’en­­semble des hôtels et le service d’in­­for­­ma­­tion touris­­tique ont été natio­­na­­li­­sés. Le secteur touris­­tique s’est effon­­dré afin, selon le pouvoir en place, de proté­­ger les valeurs tradi­­tion­­nelles et les coutumes de l’in­­fluence étran­­gère.

Posséder une carte SIM coûtait extrêmement cher sous l’ancien régime, le réseau se développe peu à peu. Un nouvel opérateur étranger vient d’obtenir une licence. © Yann Castanier / www.chut-libres.com.
Possé­­der une carte SIM coûtait très cher sous l’an­­cien régime
Crédits : Yann Casta­­nier

Au début des années 1990, la junte mili­­taire arri­­vée au pouvoir en 1989 opta pour une stra­­té­­gie diffé­­rente. La néces­­sité d’amas­­ser des devises étran­­gères et de redo­­rer l’image du pays à la suite des élec­­tions annu­­lées explique ce revi­­re­­ment. Le déve­­lop­­pe­­ment touris­­tique fut une des prio­­ri­­tés écono­­miques. Un Minis­­tère du Tourisme et de l’Hô­­tel­­le­­rie fut mis en place et des infra­s­truc­­tures liées à ce secteur construites. Une campagne « Visit Myan­­mar Year 1996 » est lancée — Myan­­mar est le nom de la Birma­­nie depuis 1989 et de l’ar­­ri­­vée de la junte au pouvoir ; jusqu’à présent non-recon­­nue cette nouvelle déno­­mi­­na­­tion est aujourd’­­hui majo­­ri­­tai­­re­­ment admise par les insti­­tu­­tions inter­­­na­­tio­­nales, puisque plus inclu­­sive des diffé­­rentes ethnies compo­­sant le pays. Les portes sont offi­­ciel­­le­­ment ouvertes aux touristes. Cepen­­dant, la Ligue Natio­­nale pour le Démo­­cra­­tie (le parti d’Aung San Suu Kyi qui avait gagné les élec­­tions de 1990) et de nombreuses asso­­cia­­tions de défense des Droits de l’Homme appe­­lèrent au boycott du tourisme de masse, avec succès. En effet, les abus et les viola­­tions des droits étaient encore nombreux dans une des dicta­­tures les plus dures du monde. Les dépla­­ce­­ments de popu­­la­­tion étaient monnaie courante. Pour nettoyer les sites touris­­tiques, des quar­­tiers pauvres ont été détruits. Il en est ainsi à Bagan, la ville aux 2 000 temples, où 5 200 Birmans durent quit­­ter leurs terres pour une ville proche de quelques kilo­­mètres. Ceux qui résis­­tèrent furent empri­­son­­nés quatre mois. Les mêmes agis­­se­­ments eurent lieu à Rangoun ou près du litto­­ral, à Ngwe Saung, où 16 000 personnes furent spoliées d’une grande partie de leurs terres.

La Birma­­nie est empor­­tée par une vague de réformes réelles à une vitesse qu’au­­cun autre pays n’a connu aupa­­ra­­vant.

Par ailleurs, le travail forcé était un mode de fonc­­tion­­ne­­ment du régime d’alors. Les infra­s­truc­­tures – routes, chemins de fer, certains bâti­­ments offi­­ciels – furent construites par des citoyens enrô­­lés de force ainsi que par des déte­­nus enchaî­­nés. L’ONG « InfoBurma » avance le nombre de 20 000 civils enrô­­lés pour creu­­ser les douves du Palais de Manda­­lay et de 120 000 hommes au total pour la construc­­tion d’une ligne de chemin de fer entre Ye et Dawey, selon un repor­­tage de la BBC diffusé en 1995 — une sorte d’es­­cla­­va­­gisme moderne. De plus, il est évident que les devises étran­­gères finis­­saient à cette époque en premier lieu dans les poches des géné­­raux. Les haut-gradés de l’ar­­mée, ou des membres de leurs familles, possé­­daient des hôtels de luxe soit person­­nel­­le­­ment soit par l’in­­ter­­mé­­diaire d’une entre­­prise. Les moyens de trans­­port étaient aux mains des caciques du régime. Le montant des visas et des taxes de séjour était détourné à des fins person­­nelles. Selon Burma Campaign, les petits opéra­­teurs et les agences qui n’ap­­par­­te­­naient pas à des proches du régime étaient victimes de contrôle via l’ob­­ten­­tion d’une licence qui rédui­­sait souvent leur indé­­pen­­dance. En consé­quence, les retom­­bées pour la popu­­la­­tion locale étaient quasi-inexis­­tantes. Si ces argu­­ments étaient valables avant 2011, la situa­­tion a aujourd’­­hui changé. La Birma­­nie est empor­­tée par une vague de réformes réelles à une vitesse qu’au­­cun autre pays n’a connu aupa­­ra­­vant. L’en­­semble des acteurs inter­­­na­­tio­­naux, dubi­­ta­­tifs au début, accueillent aujourd’­­hui ces évolu­­tions avec enthou­­siasme. Les prison­­niers poli­­tiques ont été libé­­rés, le travail forcé a tota­­le­­ment cessé, la torture a pratique­­ment disparu, une réforme du droit de la propriété foncière est lancée, les médias ont acquis une grande liberté d’ex­­pres­­sion. Élément majeur, une première réforme consti­­tu­­tion­­nelle a auto­­risé une élec­­tion légis­­la­­tive partielle qui a vu le parti d’Aung San Suu Kyi gagner. Cette victoire a été recon­­nue. Une seconde réforme consti­­tu­­tion­­nelle est en cours de discus­­sion et auto­­ri­­se­­rait hypo­­thé­­tique­­ment Aung San Suu Kyi à se présen­­ter aux prési­­den­­tielles de 2015. Par ailleurs, le système écono­­mique devient plus trans­­pa­rent, même s’il n’est pas parfai­­te­­ment lisible et que des ententes subsistent.

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Rizières près du lac Inle
Crédits : Yann Casta­­nier

La ques­­tion des retom­­bées écono­­miques

Deux ques­­tions essen­­tielles se posent dans le cadre de l’aug­­men­­ta­­tion de l’ac­­ti­­vité touris­­tique : les retom­­bées écono­­miques et sociales pour les habi­­tants et l’im­­pact envi­­ron­­ne­­men­­tal d’un déve­­lop­­pe­­ment rapide. Une des parties du problème par le passé concer­­nait les diffi­­cul­­tés à sortir des chemins offi­­ciels pour les touristes. La main­­mise des mili­­taires sur les reve­­nus géné­­rés par les étran­­gers était large­­ment dénon­­cée. Aujourd’­­hui, les possi­­bi­­li­­tés de se dépla­­cer seul dans le pays se sont consi­­dé­­ra­­ble­­ment agran­­dies. Il subsiste trois types de zones : zone auto­­ri­­sée, zone soumise à un permis et zone inter­­­dite, du fait d’un conflit armé. Cepen­­dant, ces zones ont été réduites et les zones inter­­­dites ont quasi­­ment disparu. Il est donc possible d’al­­ler pratique­­ment partout sans passer par l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion.

Une des parties du problème par le passé concer­­nait les diffi­­cul­­tés à sortir des chemins offi­­ciels.

Ces dépla­­ce­­ments non ou peu contrô­­lés couplés à des possi­­bi­­li­­tés d’en­­tre­­prendre dans la sphère privée pour les citoyens birmans offrent des oppor­­tu­­ni­­tés de commerce qui sont réelles, contrai­­re­­ment à avant 2011. J’ai dormi dans des auberges qui n’avaient rien des hôtels luxueux décrits par les ONG, j’ai mangé dans des gargotes sur le bord de la route et bu du thé dans des bars musul­­mans sans le moindre problème. J’ai pris des guides et des taxis dans les sites touris­­tiques, j’ai acheté des souve­­nirs à des personnes qui ne ressem­­blaient pas à des caciques du régime. Il est donc possible d’évi­­ter le circuit offi­­ciel. Il faut pour­­tant l’avouer : des doutes m’ont traversé l’es­­prit concer­­nant mon hôtel à Rangoun qui était plutôt au-dessus de la moyenne ainsi qu’au sujet d’une compa­­gnie de bus nommée VIP. Il est entiè­­re­­ment possible de voya­­ger en Birma­­nie et de ne pas verser 150$ par jour au régime, contrai­­re­­ment à ce qui peut parfois être lu ou entendu. L’en­­trée de devise étran­­gère dans le pays peut ainsi profi­­ter aux habi­­tants. De plus, les infra­s­truc­­tures desti­­nées au tourisme, mais qui servent aussi au commerce et à l’in­­dus­­tria­­li­­sa­­tion, sont aujourd’­­hui construites par des ouvriers. L’Or­­ga­­ni­­sa­­tion Inter­­na­­tio­­nale du Travail a signé un mémo­­ran­­dum d’ac­­cord pour l’éli­­mi­­na­­tion du travail forcé avec le gouver­­ne­­ment birman en 2012. À la vue des résul­­tats obte­­nus, l’agence onusienne a levé l’en­­semble des restric­­tions pesant sur le pays en juin 2013. « La réso­­lu­­tion adop­­tée par la Confé­­rence inter­­­na­­tio­­nale du Travail recon­­naît les progrès réali­­sés au Myan­­mar et lève l’en­­semble des restric­­tions pesant sur ce pays. Elle demande aux États Membres de l’OIT d’ap­­por­­ter leur concours finan­­cier pour l’éli­­mi­­na­­tion du travail forcé. » Autre­­ment dit, d’in­­ves­­tir pour que les birmans puissent avoir des emplois rému­­né­­rés dans le domaine du bâti­­ment. La Birma­­nie fait face à une véri­­table pénu­­rie d’Hô­­tels et de chambres. Le pays ne compte que 787 hôtels et 28 291 chambres. À Bagan, site en passe d’être classé au patri­­moine mondial de l’UNESCO et compa­­rable à Angkor au Cambodge, seule­­ment un peu plus de 2 000 chambres existent. En consé­quence, les prix sont extrê­­me­­ment élevés. Il est en fait diffi­­cile de trou­­ver une chambre pour moins de 30 $ à Rangoun et moins de 20 $ en province. Le triple des tarifs du voisin thaï­­lan­­dais. Ainsi, des hôtels sont en construc­­tion dans tous les prin­­ci­­paux sites touris­­tiques et les grandes villes.

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Rangoun
Crédits : Yann Casta­­nier

Le secteur de l’im­­mo­­bi­­lier touris­­tique a un effet d’en­­traî­­ne­­ment sur d’autres secteurs. Les services liés aux loca­­tions (récep­­tion, ménage, gardien­­na­­ge…) emploient aujourd’­­hui 44 000 personnes selon le World Travel and Tourism Coun­­cil et le Myan­­mar Tourism Master Plan. Il est prévu que plus de 80 000 emplois dans ce secteur d’ici 2020 selon l’es­­ti­­ma­­tion basse et 220 000 selon l’es­­ti­­ma­­tion haute soient créés. Ceci est égale­­ment vrai pour le secteur de la restau­­ra­­tion, des loisirs, des trans­­ports et des agences de tourisme. La créa­­tion nette d’em­­plois directs totale serait de 270 000 postes en esti­­ma­­tion basse et de 1 200 000 postes en esti­­ma­­tion haute en l’es­­pace de huit années. De telles pers­­pec­­tives dans un cadre légis­­la­­tif renou­­velé et contrôlé par les instances inter­­­na­­tio­­nales permet­­traient à une partie substan­­tielle de la popu­­la­­tion d’ac­­cé­­der à des reve­­nus amélio­­rés. 36 millions de personnes sont en âge de travailler (15 à 64 ans). Bien que le taux de chômage soit offi­­ciel­­le­­ment bas, à 4 %, il ne s’agit pas d’em­­plois de qualité. L’In­­dice de Déve­­lop­­pe­­ment Humain (calculé selon les reve­­nus par habi­­tant, la durée de scola­­ri­­sa­­tion et l’es­­pé­­rance de vie) est ainsi de 0.498 en Birma­­nie quand il est de 0.690 en Thaï­­lande.

Un tourisme respon­­sable ?

La seconde inter­­­ro­­ga­­tion susci­­tée par l’ar­­ri­­vée massive du tourisme, mais aussi par le déve­­lop­­pe­­ment en géné­­ral du pays, concerne la qualité de cette crois­­sance. Burma Campaign rappelle que des popu­­la­­tions locales ont été dépla­­cées pour construire des hôtels, que l’en­­vi­­ron­­ne­­ment du lac Inle est mis en danger par la défo­­res­­ta­­tion qui cause l’éro­­sion des sols, des glis­­se­­ments de terrain et des sédi­­men­­ta­­tions, que le rejet des eaux usées et des ordures ména­­gères des hôtels consti­­tuent des problèmes auxquels il faut répondre. Cet appel lancé en 2011 doit nous inci­­ter à regar­­der ce qui est prévu pour le futur.

Les inté­­rêts et les sommes enga­­gées sont consé­quentes. Le total des projets est estimé à près de 500 millions de dollars et les projets prio­­ri­­taires comptent pour un peu plus de 200 millions de dollars.

Les prin­­cipes édic­­tés dans le plan-tourisme font souhait de promou­­voir le déve­­lop­­pe­­ment écono­­mique et social local, de main­­te­­nir la diver­­sité cultu­­relle, de conser­­ver et amélio­­rer les réserves proté­­gées et l’en­­vi­­ron­­ne­­ment et de défendre la richesse des produits, leur diver­­sité et leur qualité. S’en suit la descrip­­tion de projets de tourisme cultu­­rel, de visites des zones proté­­gées, de vols en mont­­gol­­fière et de croi­­sières sur le fleuve Irra­­waddy. Des plans de forma­­tion des person­­nels, de déve­­lop­­pe­­ment de l’éco-tourisme, de prise en compte de l’éner­­gie renou­­ve­­lable et de trai­­te­­ment des déchets sont énon­­cés. Sur le papier, ce sont de bien beaux prin­­cipes, mais le doute est permis. Et si ces grands discours restaient lettre morte ? Un énième plan dans un bureau, des recom­­man­­da­­tions vite jetées à la corbeille à papier. Cepen­­dant, l’am­­pleur des chan­­ge­­ments poli­­tiques de ces trois dernières années invite à donner du crédit à ces inten­­tions. Le gouver­­ne­­ment birman avait promis la libé­­ra­­tion des prison­­niers poli­­tiques. C’est effec­­tif. Le gouver­­ne­­ment avait promis la liberté de la presse. C’est chose faîte en 2013. Le régime avait promis des élec­­tions légis­­la­­tives partielles et d’en respec­­ter les résul­­tats. C’est encore une réalité. Il semble judi­­cieux d’ac­­cor­­der tout au moins le béné­­fice du doute aux diri­­geants en place. Ils ont réalisé des réformes qui parais­­saient inima­­gi­­nables, voire saugre­­nues, à l’en­­semble des États et des Orga­­ni­­sa­­tions Inter­­na­­tio­­nales. Ils n’ont aucune raison de ne pas mener à bien le déve­­lop­­pe­­ment du tourisme de manière durable. L’as­­sis­­tance tech­­nique de la Banque Asia­­tique de Déve­­lop­­pe­­ment et le finan­­ce­­ment de la Norvège du plan-tourisme incitent à la confiance. Bien sûr, on ne pourra porter un regard objec­­tif sur la situa­­tion qu’a­­près la réali­­sa­­tion des projets dans quelques années. Les inté­­rêts et les sommes enga­­gées sont consé­quentes. Le total des projets est estimé à près de 500 millions de dollars et les projets prio­­ri­­taires comptent pour un peu plus de 200 millions de dollars. Les risques de détour­­ne­­ment d’argent, de corrup­­tion et de projets-écran sont réels. Cepen­­dant, on ne change pas un pays en un coup de baguette magique. Mais, ce pays a su prou­­ver qu’il savait chan­­ger. Pour tota­­le­­ment réus­­sir et se démarquer dans une région dense en sites touris­­tiques, le pays devra sûre­­ment éviter de prendre le tour­­nant d’un déve­­lop­­pe­­ment de Resort de masse à la thaï­­lan­­daise. Les plages bondées de cock­­tails bon marché et d’ac­­ti­­vi­­tés nautiques, mati­­nées de gale­­ries de portraits d’eth­­nies au Nord du pays, sont déjà l’apa­­nage de la Thaï­­lande. Angkor, au Cambodge, arrive en tête des sites d’ex­­cep­­tion. Même si Bagan possède indé­­nia­­ble­­ment ce poten­­tiel, la distance (et le coût du trajet) entre les deux sites risque de faire recu­­ler la plupart de ceux qui ne cherchent que l’ex­­cep­­tion­­nel.

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Le lac Inle est une réserve proté­­gée qui cris­­tal­­lise les débats sur les enjeux du déve­­lop­­pe­­ment touris­­tique. Des espèces d’oi­­seaux parti­­cu­­lières y nichent
Crédits : Yann Casta­­nier

Au minis­­tère du Tourisme, des bruits de couloirs laissent filtrer qu’un déve­­lop­­pe­­ment vers un tourisme de haute-qualité serait envi­­sagé, comme au Bhou­­tan. Cette option, auto­­ri­­sant des tarifs élevés, permet­­trait alors peut-être de possé­­der les fonds néces­­saires aux objec­­tifs de déve­­lop­­pe­­ment durable édic­­tés dans le plan-tourisme. Personne ne souhaite que Rangoun, aujourd’­­hui magni­­fique, ne devienne béton­­née à l’ins­­tar de Bang­­kok, ancienne Venise asia­­tique aujourd’­­hui plus aérienne qu’aqua­­tique.

État des lieux après sortie

Quand on me demande ce que je pense de la Birma­­nie, je ne cesse de louer l’ou­­ver­­ture de ce pays. Le gouver­­ne­­ment birman réus­­sit sûre­­ment là un de ses objec­­tifs : modi­­fier l’image peu attrayante de la terre qu’il dirige. J’ai rencon­­tré des personnes ouvertes et curieuses, dési­­reuses de parta­­ger et de discu­­ter. J’ai rencon­­tré un pays qui se laisse appré­­hen­­der faci­­le­­ment pour peu qu’on s’in­­té­­resse à son histoire. J’ai vu des paysages et des sites magni­­fiques qui reste­­ront gravés à jamais dans ma mémoire. À Rangoun, la pagode boud­d­histe Shwe­­da­­gon est la plus grande du monde. Les rues de la ville ont une atmo­­sphère parti­­cu­­lière où se mêlent gracieu­­se­­ment histoire et futur. Les temples de Bagan, au bord du fleuve Irra­­waddy, sont toujours emprunts de mystères. Le lac Inle est une réserve natu­­relle à couper le souffle. Des maisons sur pilo­­tis et des cultures de tomates sur l’eau la compose. J’ai pu marcher au milieu des maisons en bois dans des villages éloi­­gnés, sans crainte. J’ai rencon­­tré un prison­­nier poli­­tique devenu rédac­­teur en chef, une char­­gée de projet sur le genre au milieu de nulle part ou encore un chauf­­feur de taxi infor­­ma­­ti­­cien qui avait vécu en exil au Japon. Tous prudents, ils m’ont confié avoir espoir, cette fois-ci, en un chan­­ge­­ment durable. Les expa­­triés rentrent au pays. Les oppor­­tu­­ni­­tés n’ont jamais été aussi nombreuses et la parole aussi libre. Ils veulent parti­­ci­­per à l’évo­­lu­­tion de leur pays, et pour la première fois depuis long­­temps, en ont le pouvoir.


Couver­­ture : Pêcheurs, par Yann Casta­­nier.
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