par Gideon Lewis-Kraus | 5 août 2014

Un livre d’éva­­sion

À l’aube de mon adoles­­cence, tandis que s’éveillait mon inté­­rêt pour les montagnes et l’al­­pi­­nisme, mon père m’of­­frit pour mon anni­­ver­­saire un livre inti­­tulé High Conquest. Un jour­­na­­liste Améri­­cain diplômé de Prin­­ce­­ton du nom de James Ramsey Ullman l’avait écrit. Lui qui s’était déjà modes­­te­­ment adonné à l’al­­pi­­nisme dans les Alpes était tombé amou­­reux des montagnes. Le livre fut publié en 1941, deux ans après le début de la guerre en Europe, et très peu de temps avant l’en­­trée des États-Unis dans le conflit. Dans son avant-propos, M. Ullman déclare être bien conscient du contexte. Il écrit : « Dans un tel monde [un monde en guerre], un livre qui se rapporte aux montagnes et à l’al­­pi­­nisme, pour le bien de tous, ne peut que être cata­­lo­­gué de “livre d’éva­­sion”. Et, dans un sens, c’est exac­­te­­ment ce qu’il est. La « conquête » dont il est ques­­tion dans son titre est à des années lumières de celle qui, sanglante et irré­­flé­­chie, s’abat sur la Terre aujourd’­­hui ; et les aven­­tures humaines qui le composent ont peu de choses à voir avec les dicta­­teurs et géné­­raux, les Divi­­sions Panzer et la chute des nations. Elles n’ont égale­­ment rien à voir avec la désillu­­sion, le déses­­poir et la peur. » Ullman était, pour rester poli, un écri­­vain saisis­­sant. Plus gros­­siè­­re­­ment, il était un roman­­tique, souvent porté par une prose bour­­souf­­flée et parfois évasive. Lorsque je lus son livre pour la première fois, j’étais encore bien trop crédule pour le réali­­ser, et il fut pour moi une source d’ins­­pi­­ra­­tion. Aussi­­tôt, l’idée germa dans mon esprit qu’il me fallait au moins voir de mes propres yeux les dix plus hautes montagnes du monde, qu’en­­core personne, en 1941, n’avait gravi. J’ima­­gine que j’étais l’un des quelques élèves de 1ère de la ville de Roches­­ter, dans l’État de New York, à pouvoir parler de la tenta­­tive d’as­­cen­­sion de l’Eve­­rest, en 1924, par George Leigh Mallory et Andrew Irvine, au cours de laquelle ils se vola­­ti­­li­­sèrent, quelque part sous le sommet. Le géologue Noel Odell, qui les assis­­tait d’en bas, pensa les aper­­ce­­voir se diri­­ger vers la crête nord avant de les voir dispa­­raitre dans les nuages. Long­­temps après ma lecture, j’eus la chance de pouvoir ques­­tion­­ner l’al­­pi­­niste Britan­­nique Eric Ship­­ton. Il avait mis les pieds à l’en­­droit même où Odell s’était trouvé, et distin­­gua les deux forma­­tions rocheuses qu’O­­dell avait dû distin­­guer lui aussi. J’eus égale­­ment la chance de deman­­der à de nombreux alpi­­nistes de ma géné­­ra­­tion leurs senti­­ments sur le livre d’Ull­­man. Beau­­coup d’entre eux s’avé­­rèrent tout aussi inspi­­rés que moi. Soit dit en passant, au cours des décen­­nies, je parvins à voir de mes yeux les dix plus hautes montagnes du monde.

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Vue sur la chaîne des montagnes de Rwen­­zori
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Étran­­ge­­ment, le chapitre du livre d’Ull­­man qui eut la plus grande influence sur moi n’avait rien à voir avec l’Hi­­ma­­laya, ni même les Alpes. C’était un chapitre inti­­tulé « Les Neiges de l’Équa­­teur ». Avant de le lire, je n’avais pas la moindre idée que l’Afrique comp­­tait des montagnes recou­­vertes de neige et de glace en perma­­nence. À ma connais­­sance, l’Afrique était une terre de jungles et de lions. Ullman décri­­vait trois chaînes de montagne : le Kili­­mandjaro, le Mont Kenya et le Ruwen­­zori. Ce fut cette dernière qui captiva mon atten­­tion, d’au­­tant plus après avoir décou­­vert qu’elle était plus ordi­­nai­­re­­ment connue sous le nom plus ancien de « Montagnes de la Lune ». Je possé­­dais un téles­­cope qui me permet­­tait de voir les montagnes sur la lune et voilà que j’ap­­pre­­nais que, d’une certaine façon, elles exis­­taient aussi en Afrique. Le récit d’Ull­­man, décri­­vant la première expé­­di­­tion alpine qui vint à bout du Ruwen­­zori, rendait la chose encore plus magique. Elle fut orga­­ni­­sée en 1906 par le Prince Luigi Amadeo Giuseppe Maria Ferdi­­nando Fran­­cesco de Savoie, Duc des Abruzzes, et quelques explo­­ra­­teurs parmi les plus grands n’ayant jamais vécus. Luigi, si je peux me permettre de l’ap­­pe­­ler ainsi, était le troi­­sième fils du Roi Amédée Ier d’Es­­pagne. En vérité, Amédée était né à Turin, en Italie, et était le deuxième fils de Victor Emma­­nuel II qui, à l’époque et parmi d’autres titres, était roi de Savoie. Luigi était né en 1873 à Madrid, l’an­­née où son père, en pleine révo­­lu­­tion répu­­bli­­caine, décida d’ab­­diquer et de retour­­ner à Turin avec le titre de Duc d’Aoste. C’est ainsi que son fils devint Duc des Abruzzes en Italie. Luigi avait suivi la forma­­tion d’un cadet de la Marine et avait passé le plus clair de son temps dans la Marine italienne, lorsqu’il n’était pas occupé à faire de l’al­­pi­­nisme ou à partir à l’aven­­ture. Il en était l’ami­­ral durant la Première Guerre Mondiale, avant d’être remplacé en 1917 sous prétexte d’en­­cou­­ra­­ger l’inac­­tion de la flotte italienne, qu’il tentait de préser­­ver. Après la guerre, il essaya de bâtir une colo­­nie agri­­cole en Soma­­lie, où il termina ses jours en 1933. Luigi débuta sa carrière d’al­­pi­­niste sous la tutelle de guides italiens comme Giuseppe Petti­­gax de Cour­­mayeur, une commune sur le versant italien du Mont Blanc. La lettre « x » est courante à la fin des noms propres de la Savoie – Chamo­­nix par exemple – en héri­­tage des Romains. En automne 1897, le Duc décida d’élar­­gir son champ d’es­­ca­­lade et prit pour cible le très diffi­­cile Mont Saint-Élie en Alaska, alors jamais gravi. Culmi­­nant à 5 488 mètres, la deuxième plus haute montagne des États-Unis est répu­­tée pour ses mauvaises condi­­tions météo­­ro­­lo­­giques. Ce n’est pas souvent que quelqu’un décide de s’y attaquer. En plus de Petti­­gax, le Duc rallia Vitto­­rio Sella, alpi­­niste piémon­­tais qui se révéla un des plus grands photo­­graphes d’al­­pi­­nisme de tous les temps. Il inspira des géné­­ra­­tions de photo­­graphes tels qu’An­­sel Adams, et son travail fait souvent l’objet d’ex­­po­­si­­tions dans les musées. Dans le jour­­nal de Sella, où y est décrite l’as­­cen­­sion, est expo­­sée la descrip­­tion d’un léger malen­­tendu avec le Duc. Lorsque Sella demanda à l’un des porteurs de s’oc­­cu­­per de son équi­­pe­­ment photo, le Duc l’enjoi­­gnit de le faire lui-même. Il disait que les porteurs servaient unique­­ment au néces­­saire d’al­­pi­­nisme. À l’époque, le Duc n’avait que 24 ans. Ce fut à New York que débuta l’ex­­pé­­di­­tion, suivie d’une traver­­sée des États-Unis jusqu’à Seat­tle, où ils embarquèrent en bateau pour Sitka. Là-bas, ils affré­­tèrent de plus petits bateaux pour une durée de trois mois, le temps de l’as­­cen­­sion. Ils attei­­gnirent le sommet le 31 juillet et, après une descente épineuse, s’ap­­pliquèrent à une petite chasse à l’ours. Deux ans plus tard, le Duc mena une expé­­di­­tion pour essayer d’at­­teindre le Pôle Nord. Ils s’aven­­tu­­rèrent encore plus au nord que toutes les précé­­dentes expé­­di­­tions, avant que débute en 1906 l’ex­­pé­­di­­tion dans les Montagnes de la Lune.

À cause de l’hu­­mi­­dité, des marais se forment aux abords des montagnes : une boue spon­­gieuse et suin­­tante qui avale litté­­ra­­le­­ment les pieds de ceux qui tentent de la traver­­ser.

Avant d’al­­ler plus loin dans l’his­­toire de ces montagnes, j’ai­­me­­rais faire un point sur ce qui avait attiré mon atten­­tion dans le livre d’Ull­­man. Quelques éclair­­cis­­se­­ments sont néces­­saires. Le Ruwen­­zori – désor­­mais offi­­ciel­­le­­ment appelé Rwen­­zori, je m’ex­­plique­­rai plus tard – est une chaîne de montagnes qui déli­­mite la Répu­­blique Démo­­cra­­tique du Congo et l’Ou­­ganda. Elles s’étendent à quelques 120 kilo­­mètres le long de la vallée du Rift est-afri­­cain, à une largeur d’en­­vi­­ron 64 kilo­­mètres. Au nord se trouve le Lac Albert, au sud le Lac Edouard et à l’est le Lac Victo­­ria. La chaîne est consti­­tuée de six massifs qui, scin­­dés par des gorges profondes, rendent la traver­­sée très diffi­­cile. Plusieurs sommets culminent à plus de 4 876 mètres. Le Mont Stan­­ley – dont j’ex­­plique­­rai aussi le nom plus tard – désigne une des cimes parmi le massif que l’on distingue. Neuf d’entre elles culminent à plus de 4 876 mètres. Le plus haut, et le plus haut de tout le massif, est le pic Margue­­rite, à 5 109 mètres. Les hautes montagnes sont toujours gelées, quoique les glaciers fondent rapi­­de­­ment et dispa­­rai­­tront proba­­ble­­ment dans quelques années, à l’ins­­tar des neiges du Kili­­mandjaro. Le climat est une carac­­té­­ris­­tique déter­­mi­­nante du massif. La pluie tombe d’or­­di­­naire envi­­ron 350 jours par an. À des alti­­tudes de 2 700 ou 3 050 mètres, la hauteur des préci­­pi­­ta­­tions annuelles est supé­­rieure à deux mètres. Les seules périodes de séche­­resse se produisent quelques semaines durant, entre fin décembre et début janvier, nommées par les Congo­­lais fran­­co­­phones « la petite période de séche­­resse ». Les gens qui bravent le massif déclarent, et ce une grande partie de l’an­­née, être litté­­ra­­le­­ment submer­­gés. Et même lorsqu’il ne pleut pas, l’air lourd et humide qui s’élève des plaines maré­­ca­­geuses se condense dans un épais brouillard qui voile les montagnes. Dans cette brume, à moins d’avoir une bous­­sole, les gens qui essayent de navi­­guer à travers les glaciers se retrouvent tota­­le­­ment déso­­rien­­tés. À cause de l’hu­­mi­­dité, des marais se forment aux abords des montagnes : une boue spon­­gieuse et suin­­tante qui avale litté­­ra­­le­­ment les pieds de ceux qui tentent de la traver­­ser. Et même en voulant se dépla­­cer sur les rochers ou les rondins qui dépassent du maré­­cage, personne n’est à l’abri, tant ils sont glis­­sants, de se tordre une cheville… ou pire encore. Voilà donc ce qu’il faut avoir à l’es­­prit en lisant Ullman. L’ex­­pé­­di­­tion fut initiée au port de Naples, avec pour idée d’ar­­ri­­ver au pied des montagnes en juin : selon les recherches du Duc, le temps pour­­rait être rela­­ti­­ve­­ment sec à cette époque. Le premier arrêt était programmé au port de Mombassa, dans l’Océan Indien. De nombreuses personnes s’étaient jointes au groupe. En plus de Sella et Petti­­gax, il compre­­nait un assis­­tant photo­­graphe, trois autres alpi­­nistes profes­­sion­­nels origi­­naires d’Aoste, et le cuisi­­nier person­­nel du Duc, Igino Igini. Un chemin de fer pouvait main­­te­­nant les emme­­ner au Lac Victo­­ria en passant par Nairobi. Une fois à Port Florence, sur le lac, ils entre­­prirent la suite de l’ex­­pé­­di­­tion en bateau. Le 7 mai ils débarquèrent à Entebbe, un protec­­to­­rat britan­­nique de l’Ou­­ganda. La prochaine étape consis­­tait à rejoindre Fort Portal, nommé d’après Sir Gerald Portal, qui avait été le commis­­saire britan­­nique de l’Ou­­ganda. L’ex­­pé­­di­­tion, en incluant tous les porteurs, était main­­te­­nant compo­­sée de quelques quatre cents personnes. Il fallut 15 jours de marche au groupe maladroit pour couvrir les 290 kilo­­mètres qui sépa­­raient Entebbe de Fort Portal. De temps à autre il est possible de distin­­guer les montagnes du Ruwen­­zori depuis la ville et les envi­­rons du Lac Albert, telles des fantômes dans l’ho­­ri­­zon. Là-bas, le Duc rencon­­tra deux groupes, dont un du British Museum, tout juste rentré après avoir tenté de gravir les plus hauts sommets du Ruwen­­zori. Chacun avait fait son chemin en suivant les conseils de chas­­seurs locaux, par la vallée de la Moboku. Plus tard, elle fut nommée « Glacier de Moore », d’après le natu­­ra­­liste J. E. S. Moore qui, en 1900, en suivant la même vallée, parvint à grim­­per à une alti­­tude d’en­­vi­­ron 4 541 mètres sur le Mont Baker, un autre groupe de sommets dont le plus haut, Edouard, culmine à 4 842 mètres. Pour le Duc, le problème était que ce chemin, le long de la vallée de la Moboku, ne menait pas direc­­te­­ment aux plus hauts sommets du massif : ceux du Mont Stan­­ley. Il longea alors le fleuve Mokubu jusqu’à une jonc­­tion avec le fleuve Bujuku, mais décida de conti­­nuer son chemin. En descen­­dant, il réalisa que s’il avait longé le fleuve Bujuku, la route aurait été bien plus directe. Désor­­mais, c’était la route habi­­tuelle. C’est en décri­­vant l’as­­cen­­sion le long de la vallée que la prose d’Ull­­man me captiva, tant elle irra­­diait. Il écrit : « La région dans laquelle péné­­traient alors ces alpi­­nistes-explo­­ra­­teurs était d’une étran­­geté et d’une sauva­­ge­­rie incroyables. Un monde cauche­­mar­­desque de jungle, de brouillard et de pluie. Les gorges du Mokubu s’en­­che­­vê­­traient dans une végé­­ta­­tion en décom­­po­­si­­tion, une éten­­due sauvage étran­­glée, à travers laquelle ils devaient se frayer un chemin, pas après pas. Les hommes et bêtes de somme patau­­geaient à genoux dans la boue et la moisis­­sure, tandis qu’à travers la voute des cimes feuillues la pluie s’abat­­tait sans relâche sur eux. » Si l’on lit le récit véri­­table de l’ex­­pé­­di­­tion, on s’aperçoit qu’au­­cune bête de somme n’était employée à ce moment. Tout le maté­­riel était hissé par les porteurs.

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La chaîne du Rwen­­zori depuis l’Ou­­ganda
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Ullman conti­­nue : « La tempé­­ra­­ture chutait à mesure qu’ils gagnaient de l’al­­ti­­tude, mais la frai­­cheur était, autant que possible, plus oppres­­sante que la lueur éblouis­­sante et non épurée du soleil tropi­­cal. La trans­­pi­­rante humi­­dité des forêts pesait sur leurs dos comme un poids physique. Pas le moindre brin d’air ne se soule­­vait. C’était comme s’ils se déplaçaient au fond d’un lac stag­­nant : un monde spon­­gieux et étouf­­fant dépourvu de lumière, de bruit ou de mouve­­ment. » Je ne pour­­rais expliquer pourquoi, mais cette descrip­­tion m’avait décidé à me rendre à cet endroit. Pour moi, un enfant de Roches­­ter, dans l’État de New York, cela parais­­sait merveilleux. Il me fallut cepen­­dant un demi-siècle pour me déci­­der. Depuis, telle­­ment de choses avaient changé que je déci­­dai de ne pas emprun­­ter la route du Duc en Ouganda, qui était désor­­mais la route prin­­ci­­pale jusqu’au massif, mais de choi­­sir une autre direc­­tion, à partir du Congo. Avant de me lancer en janvier 1990, j’en avais appris bien plus sur le Ruwen­­zori.


La Montagne de la Lune

Quiconque a vécu en Égypte a dû s’in­­ter­­ro­­ger sur le mystère qui entoure le Nil. La saison des pluies, quelle qu’elle soit, se produit entre les mois de novembre et mars, tandis que c’est en septembre, lorsque le climat est sec, que le fleuve déborde. Cette crue, propice à la ferti­­lité des sols, est essen­­tielle à l’agri­­cul­­ture égyp­­tienne. Le fleuve s’écoule vers le nord du désert. La ques­­tion évidente est donc : d’où provient cette eau ? Déjà au sixième siècle avant notre ère le génie univer­­sel grec Aris­­tote suggé­­rait qu’elle provien­­drait d’un massif monta­­gneux loin­­tain et « argenté ». Les Grecs avaient bien conscience que la fonte des neiges pouvait être la source des eaux fluviales. Un siècle plus tard l’his­­to­­rien grec Héro­­dote, dans le second volume de ses Histoires, écrit qu’il avait appris d’un scribe dans la ville égyp­­tienne de Saïs que « entre Syène, près de Thèbes, et Eléphan­­tine, s’éle­­vaient deux montagnes en forme de cône appe­­lées Crophi et Mophie [de magni­­fiques noms] ; et que c’était entre elles que les sources du Nil, d’une immen­­su­­rable profon­­deur, prenaient nais­­sance », même si Héro­­dote aver­­tit le lecteur que son expé­­rience ne lui permet­­tait pas d’at­­tes­­ter de la véra­­cité l’in­­for­­ma­­tion. Il existe cepen­­dant bien une carte élabo­­rée par l’as­­tro­­nome grec et mathé­­ma­­ti­­cien Hipparque, datant de l’an 100 avant notre ère, qui montre que le Nil tire son origine de trois lacs proches de l’équa­­teur. Le fonde­­ment de cette infor­­ma­­tion n’est pas clair. Le nom de « Montagnes de la Lune » n’est mentionné nulle part : cette appel­­la­­tion arriva 300 ans plus tard.

Ptolé­­mée parle de to tes Selenes oros – Montagne de la Lune. Enfin. La première mention des Montagnes de la Lune.

D’ori­­gine grecque, Claude Ptolé­­mée vécut à Alexan­­drie. Sa vie demeure une énigme, mais les dates déli­­mi­­tant sa vie sont à peu près comprises entre 100 et 170. Il était un génie ency­­clo­­pé­­dique. Diffi­­cile de croire qu’un seul indi­­vidu soit capable de mani­­fes­­ter autant de pensées origi­­nales. Parfois, il est affirmé qu’il était aussi bien un compi­­la­­teur qu’un inven­­teur : il compila ou inventa la théo­­rie du géocen­­trisme de la Terre qui perdura jusqu’à l’ar­­ri­­vée de Coper­­nic et Kepler. Même s’il écri­­vait en grec, il devînt célèbre plus tard grâce à la traduc­­tion arabe de son œuvre Alma­­geste, qui fut traduite à son tour en latin. En plus de son travail en astro­­no­­mie, il publia Géogra­­phie, et son modèle pour dessi­­ner les cartes servit de base pour les 1400 années à venir. Voici sa sugges­­tion concer­­nant la source du Nil : « À une lati­­tude de 12”30’, entre les longi­­tudes 57° et 67°, s’élève la Montagne de la Lune, dont la neige abreuve les lacs desquels proviennent les sources du Nil. » Glen Bower­­sock, profes­­seur d’His­­toire Ancienne à l’Ins­­ti­­tut d’Étude avan­­cée de Prin­­ce­­ton, m’avait informé que la copie origi­­nale en grec de Géogra­­phie exis­­tait. Dedans, Ptolé­­mée parle de to tes Selenes oros – Montagne de la Lune. Enfin. La première mention des Montagnes de la Lune, mais au singu­­lier. En excluant les coor­­don­­nées géogra­­phiques des lacs, qui ne corres­­pondent à aucun des lacs exis­­tants, il reste cette histoire de nom. D’où venait-il ? Personne ne le sait. On suggéra une erreur de traduc­­tion de l’arabe : l’arabe utilisa le mot « gamar » qui veut dire « lune ». Mais « agamar » peut vouloir dire « blan­­châtre ». Y a-t-il eu confu­­sion ? Peut-être aurait-il fallu parler de « Montagne Blan­­châtre » – beau­­coup moins poétique mais bien plus sensé. Les traduc­­tions latines optèrent toutes pour Montes Lunae – le pluriel – qui appa­­raît désor­­mais sur les cartes. Mais cela ne répond pas à la ques­­tion des sources du Nil.

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Début de l’as­­cen­­sion
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Les deux prin­­ci­­paux affluents du Nil sont le Nil Bleu et le Nil Blanc. Ils convergent à Khar­­toum. Le Nil Bleu est la source de plus de la moitié de l’eau (quatre septième), tandis que le Nil Blanc en produit deux septième, le reste prove­­nant des autres affluents. D’où l’am­­bigüité des « sources du Nil » tel que l’en­­tend Ptolé­­mée. Jusqu’au XVIe siècle – et encore à cette époque – les cartes demeu­­raient très confuses. La source du Nil Bleu au Lac Tana, en Éthio­­pie, fut établie en 1618 par le jésuite espa­­gnol Pedro Páez, malgré l’ef­­fort de l’ex­­plo­­ra­­teur écos­­sais James Bruce, qui était au courant de la décou­­verte de Páez, pour se l’at­­tri­­buer. La décou­­verte des sources du Nil Blanc au XIXe siècle est une histoire mettant en scène une splen­­dide gale­­rie de person­­nages. L’un des plus extra­­or­­di­­naires était Richard Burton, à la fois soldat, linguiste et aven­­tu­­rier roman­­tique. Déguisé en Arabe, il rejoi­­gnit le Hajj et devint l’un des premiers euro­­péens à visi­­ter la Mecque. Il était natu­­rel pour lui de cher­­cher la source du Nil Blanc et les Montagnes de la Lune. En 1856, un offi­­cier Britan­­nique légè­­re­­ment moins chic du nom de John Hanning Speke s’as­­so­­cia à lui. En 1858, ils devinrent les premiers Euro­­péens à visi­­ter le Lac Tanga­­nyika, si long qu’il s’étend sur quatre pays : le Burundi, la Répu­­blique Démo­­cra­­tique du Congo, la Zambie et la Tanza­­nie. Lorsque Burton tomba malade, Speke se diri­­gea seul vers le nord. C’est là qu’il décou­­vrit un second lac qu’il nomma Victo­­ria. En réali­­sant qu’un des effluents du lac chemi­­nait en direc­­tion du nord, il en dédui­­sit avec raison que Victo­­ria était une source du Nil. Burton refusa d’y croire, aussi Speke et le capi­­taine James Grant effec­­tuèrent un deuxième voyage en Afrique pour carto­­gra­­phier le lac. Lui et Burton, qui s’en­­ga­­gèrent dans une violente dispute, étaient sur le point de se livrer à un débat très attendu à propos de la source du Nil. Le jour même du débat, le 15 septembre 1864, Speke fut acci­­den­­tel­­le­­ment tué par son propre fusil au cours d’une chasse. Entre temps s’ajou­­tait à la liste l’in­­domp­­table couple Britan­­nique Henrietta et Samuel Baker, eux aussi en quête de la source du Nil. Ils tombèrent sur Grant et Speke qui, en suivant la trace du fleuve au nord de l’Égypte, évoquèrent la possible exis­­tence d’un autre lac. En mars 1864 les Baker décou­­vrirent ce qui allait deve­­nir le Lac Albert, et obser­­vèrent qu’un de ses effluents à lui aussi coulait en direc­­tion du nord. En réalité, le Lac Victo­­ria, à l’ins­­tar de plusieurs autres affluents, est à l’ori­­gine d’une majeure partie de l’eau du Nil Blanc. En sortant du Lac Victo­­ria, le soi-disant Nil Victo­­ria finit par atteindre le Lac Albert, avant de se diri­­ger vers le nord. Mais reste toujours la ques­­tion des montagnes. Depuis le Lac Victo­­ria, Speke aperçut une chaine de montagne au loin, et en dédui­­sit qu’il s’agis­­sait des Montagnes de la Lune. Il avait tort. Ce qu’il avait vu était en réalité le plus haut des pics volca­­niques du Virunga. Kari­­simbi, comme on l’ap­­pelle, culmine à 4 415 mètres, et est recou­­vert de neige de temps en temps, mais ce phéno­­mène est dû à la pres­­sion atmo­s­phé­­rique et non au froid. Les véri­­tables Montagnes de la Lune ne sont pas d’ori­­gine volca­­nique. Elles furent formées par la même acti­­vité tecto­­nique que celle qui fit émer­­ger la vallée du Rift. Le vrai décou­­vreur euro­­péen de ces montagnes mysté­­rieuses était une autre illustre person­­na­­lité de l’époque victo­­rienne : Henry Stan­­ley.

Stan­­ley & Living­s­tone

Sa biogra­­phie est aussi énig­­ma­­tique que les montagnes elles-mêmes. Enfant illé­­gi­­time né le 28 janvier 1841 au Pays de Galles, sous le nom de John Rowlands – patro­­nyme de son père – il fut aban­­donné par ses parents et vécut avec son grand-père mater­­nel. À la mort de son grand-père, lorsqu’il avait six ans, il fut confié à la St. Asaph Workhouse (N.d.T insti­­tu­­tion publique britan­­nique du XIXe siècle où les pauvres étaient logés en échange de leur travail), où il reçut une décente éduca­­tion. Il quitta l’ins­­ti­­tu­­tion de son plein gré. Le récit de sa vie à l’époque de Dickens, comme beau­­coup d’autres choses, demeure incer­­tain, mais il prit pour sûr le large à l’âge de 17 ans. À l’époque, il était monnaie courante de voir les capi­­taines de bateau, sans scru­­pules, rendre la vie de l’équi­­page si into­­lé­­rable qu’ils quit­­taient le navire sans récol­­ter leurs salaires. C’est ce que Stan­­ley fit à la Nouvelle Orléans, où il offrit ses services à un négo­­ciant en coton du nom d’Henry Stan­­ley, auquel il emprunta son nom. Il ajouta « Morton » plus tard. Dans son auto­­bio­­gra­­phie, Stan­­ley inventa l’his­­toire de la mort du véri­­table Henry Stan­­ley et de sa femme.

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Premières neiges
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Dans les faits, il semble­­rait qu’ils furent ravis de se débar­­ras­­ser de lui. La Guerre de Séces­­sion éclata, et Stan­­ley fut contraint de s’en­­ga­­ger dans l’Ar­­mée des États confé­­dé­­rés. Il fut capturé au cours de la Bataille de Shiloh, et, après six mois d’em­­pri­­son­­ne­­ment, rejoi­­gnit l’Ar­­mée de l’Union jusqu’à son exemp­­tion. Il s’en­­ga­­gea alors dans la Fede­­ral Navy, avant de déser­­ter et de se diri­­ger vers l’Ouest pour deve­­nir jour­­na­­liste. En 1867 il était passé pigiste pour le New York Herald, détenu par James Gordon Bennet Jr. En octobre 1869, après être devenu rédac­­teur pour le jour­­nal, Bennet l’en­­voya en Afrique de l’Est pour retrou­­ver Living­s­tone. Personne ne savait si le mission­­naire Écos­­sais était toujours vivant et, le cas échéant, où il se trou­­vait. Il n’avait plus donné de nouvelles depuis plusieurs années. L’in­­té­­rêt de Bennett dans cette histoire n’était pas clair, mais il était convaincu qu’elle ferait un bon papier. Living­s­tone, né en 1813, débarqua pour la première fois en Afrique en tant que mission­­naire, en 1841. À son retour en Angle­­terre il publia en 1857 un best­­sel­­ler inti­­tulé Travels and Researches in South Africa. Il repar­­tit pour l’Afrique en 1864 et dispa­­rut quelques années plus tard. Il ne s’était jamais véri­­ta­­ble­­ment « perdu », mais après avoir échappé de peu à la mort et à la mala­­die, il fut à court de vivres sur les rives du Lac Tanga­­nyika, où Stan­­ley le retrouva en octobre. Lorsque, plus tard, Stan­­ley fut ques­­tionné sur sa fameuse expres­­sion, « Dr. Living­s­tone, I presume ? », il répon­­dit que, sur le moment, il n’avait rien trouvé d’autre à dire. En vieillis­­sant, Living­s­tone devint pour lui la figure pater­­nelle qu’il n’avait jamais eue. Il mourut en 1873, mais son corps fut rapa­­trié en Angle­­terre, où il fut enterré à l’Ab­­baye de West­­mins­­ter. Stan­­ley fut chargé de tenir les cordons du poêle à ses funé­­railles. En 1872, Stan­­ley écri­­vit un livre en deux volumes qu’il inti­­tula Comment j’ai retrouvé Living­s­tone, grâce auquel il devint à la fois riche et célèbre. En 1874 il retourna en Afrique afin d’ef­­fec­­tuer une fantas­­tique expé­­di­­tion en partant de Zanzi­­bar dans l’Océan Indien, puis en longeant le Congo jusqu’à l’At­­lan­­tique. Son livre À travers le conti­nent mysté­­rieux, rempli d’anec­­dotes sanglantes de ses batailles contre les indi­­gènes, fut un succès encore plus reten­­tis­­sant que le premier. Malheu­­reu­­se­­ment pour lui, le roi Léopold II de Belgique en profita pour s’enqué­­rir de ses services et le char­­gea de l’ai­­der à fonder le fort mal nommé État indé­­pen­­dant du Congo. De tous les malheu­­reux régimes colo­­niaux d’Afrique, il était sans doute le pire. En 1887, Stan­­ley lança l’ex­­pé­­di­­tion grâce à laquelle il allait trou­­ver et nommer les Montagnes du Ruwen­­zori. Un étrange mélange de fonds publics et privés avait permis au Royaume-Uni de monter une expé­­di­­tion pour la libé­­ra­­tion d’un Alle­­mand du nom d’Eduard Carl Theo­­dor Schnit­­zer, dit Emin Pacha, qui avait bâti une petite province au sud du Soudan. Le Pacha était au départ employé comme méde­­cin par le Géné­­ral Charles Gordon, dont le brutal assas­­si­­nat à Khar­­toum par les forces Mahdistes, avant l’in­­ter­­ven­­tion des Britan­­niques, fut à l’ori­­gine d’un scan­­dale. Emin Pacha était désor­­mais aux prises des forces Mahdistes. Puisqu’il était Alle­­mand, les Britan­­niques refu­­sèrent d’en faire une mission offi­­cielle, mais sa rela­­tion avec Gordon les obli­­gea à inter­­­ve­­nir.

« Je vis un nuage d’une forme toute parti­­cu­­lière, de la plus belle teinte argen­­tée, et qui avait les propor­­tions et l’as­­pect d’un grand pic couronné de neige.  » — Henry Stan­­ley

Stan­­ley quitta alors Zanzi­­bar en février 1887, accom­­pa­­gné par une grande armée de merce­­naires. Lorsqu’il trouva le Pacha aux larges du Lac Albert, fin avril de l’an­­née 1989, l’homme se révéla être un gent­­le­­man parfai­­te­­ment revêtu pour qui l’aide d’un Stan­­ley alors débraillé n’était pas néces­­saire. Il fallut une bonne dose d’in­­sis­­tance pour l’ame­­ner à mettre les voiles. Stan­­ley raconta la mission dans une œuvre en deux volumes inti­­tu­­lée Dans les ténèbres de l’Afrique. Les détails concer­­nant les événe­­ments du 29 mai sont tout spécia­­le­­ment inté­­res­­sants. « À neuf kilo­­mètres du camp de Nsabé [sur le Lac Albert], comme je me tour­­nais vers le sud-est, médi­­tant sur les événe­­ments du mois dernier, un de nos servi­­teurs attira mes regards vers l’ho­­ri­­zon. “Une montagne couverte de sel !” disait-il. Je vis un nuage d’une forme toute parti­­cu­­lière, de la plus belle teinte argen­­tée, et qui avait les propor­­tions et l’as­­pect d’un grand pic couronné de neige. En le suivant de l’œil jusqu’à la base, je fus frappé de sa couleur, d’un bleu intense presque noir, et me deman­­dai si nous étions mena­­cés d’une nouvelle tornade. Puis, comme mon regard descen­­dait vers le fossé ouvert entre les deux plateaux, j’eus tout à coup conscience que ce n’était pas un nuage, une vaine appa­­rence qu’al­­lait dissi­­per le vent, mais un corps solide et bien réel, une véri­­table montagne revê­­tue de neige au sommet. Je donnai ordre de faire halte ; et, prenant ma lunette, je l’exa­­mi­­nai avec le plus grand soin. À l’aide d’un compas j’en pris le relevé qui la portait à 215 degrés magné­­tiques. L’idée me vint alors que ce devait être le Ruwen­­zori, que deux esclaves de Kavalli m’avaient dit être couvert d’un métal blanc, ou d’une substance ressem­­blant à de la roche. » Plusieurs choses attirent mon atten­­tion dans ce para­­graphe. Le 20 avril, un mois avant que Stan­­ley n’as­­siste au spec­­tacle, deux des membres de l’ex­­pé­­di­­tion, T. H Parker et A. J Moun­­tency Jeph­­son, avaient aperçu les montagnes. Comme il l’écrit, il était déjà à la recherche d’une montagne, ou d’une chaine de montagnes, du nom de « Ruwen­­zori ». Il aurait entendu le nom Rutoro/Runyoro « Rwenjura », signi­­fiant « colline de pluie », et le nom Rukonjo « Rwen­­zuru », décri­­vant la même chose, et aurait supposé que la montagne qu’il avait vue était celle à laquelle les natifs faisaient réfé­­rence. Doré­­na­­vant la déno­­mi­­na­­tion accep­­tée est « Rwen­­zori », pour se rappro­­cher le plus possible du nom indi­­gène. Stan­­ley fit le rappro­­che­­ment entre ces montagnes et les Montagnes de la Lune, parce que sa neige alimen­­tait clai­­re­­ment le Lac Albert. Un an après, Stan­­ley était de retour dans la région. Il envoya W. G Stairs, un des membres de l’ex­­pé­­di­­tion, effec­­tuer une courte explo­­ra­­tion. Il arriva sur une crête à envi­­ron 3 230 mètres, mais ne parvint à aucun sommet. Vient ensuite le problème de la neige. Aucune des langues locales n’avait de mot pour « neige ». Stairs avait toutes les raisons de penser que la cime des montagnes était faite de sel. « Barafu » est le mot pour « neige » en Swahili, la lingua franca. C’est un emprunt à l’arabe qui l’avait à son tour emprunté au mot perse « baraf ». Je gardais un souve­­nir inéluc­­table du jour où j’avais entendu ce mot pour la première fois. En 1969, je me retrou­­vai à la Fron­­tière nord-ouest du Pakis­­tan, en compa­­gnie d’un guide français origi­­naire de Chamo­­nix, Claude Jaccoux, duquel nous repar­­le­­rons briè­­ve­­ment, et de sa femme Michèle.

Second voyage

Jaccoux avait repéré une modeste montagne que nous étions censés gravir dans l’Hin­­dou Kouch. Nous nous étions appro­­chés de sa base, depuis notre Land Rover. Jaccoux avait engagé un guide dans le village le plus proche, qui nous condui­­sit dans la montagne et porta notre tente. À peine étions-nous descen­­dus de la voiture que de gros flocons de neige commen­­cèrent à tomber. « Baraf », avait lancé le guide sur le ton de l’hos­­ti­­lité. Et ce fut la fin de notre ascen­­sion.

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Le mont Stan­­ley
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L’ex­­pé­­di­­tion de Stan­­ley en 1889 fut sa dernière. Il mourut dans son lit le 10 mai 1904, en Angle­­terre. Il avait souhaité être enterré près de Living­s­tone, à West­­mins­­ter, mais sa requête fut décli­­née. Au lieu de ça, il fut inci­­néré et inhumé dans le village où il avait passé ses dernières années. Emin Pacha eut moins de chance. Il fut déca­­pité en 1891 par un marchand d’es­­claves arabe. Son asso­­cié, l’ex­­plo­­ra­­teur et natu­­ra­­liste Franz Stuhl­­man, effec­­tua la première explo­­ra­­tion du massif sur le flanc congo­­lais et, en suivant le chemin complexe qui avait été emprunté par les chas­­seurs, avait atteint 3 962 mètres. Parce qu’il y avait laissé son nom dans une bouteille, l’en­­droit où il s’ar­­rêta fut connu sous le nom Swahili de kampi ya chupa – le camp de la bouteille. Il réalisa par ailleurs la première descrip­­tion systé­­ma­­tique de la faune et de la flore de la région. Comme je l’ai mentionné, il y avait eu quelques autres tenta­­tives d’at­­teindre et de gravir les montagnes avant l’ex­­pé­­di­­tion du Duc en 1906. La sienne jouait simple­­ment dans une autre caté­­go­­rie : c’était l’une des plus grandes expé­­di­­tions d’al­­pi­­nisme jamais réali­­sées. En 40 jours le groupe effec­­tua 30 ascen­­sions, 17 d’entre elles étant des premières, pendant que d’autres grim­­peurs gravis­­saient la même montagne. Ils grim­­pèrent sur le massif tout entier. Parmi leurs méthodes inno­­vantes : partir dès l’aube, lorsque le temps était encore clair. Ils attei­­gnirent par exemple le sommet d’Alexan­­dra – un des pics du Mont Stan­­ley et le deuxième plus haut du massif – à 7h30. La seule ques­­tion qui se pose est de savoir à quelle heure ils ont bien pu commen­­cer. Cette expé­­di­­tion n’avait fait qu’ou­­vrir l’ap­­pé­­tit du Duc. En 1909 il en mena une autre pour tenter de gravir le K2 dans le Kara­­ko­­ram, à la fron­­tière du Pakis­­tan et de la Chine. Culmi­­nant à 8 610 mètres elle est la deuxième plus haute montagne du monde, et est encore plus isolée que le Ruwen­­zori. Tech­­nique­­ment, l’as­­cen­­sion est bien plus diffi­­cile que l’Eve­­rest. Le Duc et ses cama­­rades d’al­­pi­­nisme attei­­gnirent les 6 248 mètres sur une arête connue sous le nom d’arête des Abruzzes. Le groupe italien qui avait effec­­tué la première ascen­­sion avait emprunté la même route, en 1954. Un an plus tard le Duc mena sa dernière expé­­di­­tion alpine, cette fois au Chogo­­lisa – Brides Peak – un autre sommet du Kara­­ko­­ram d’une hauteur de 7 664 mètres. Ils attei­­gnirent 6 325 mètres avant de se faire arrê­­ter par le mauvais temps. Le Chogo­­lisa I ne fut pas gravi avant 1975 – par des Autri­­chiens. Après notre excur­­sion au Pakis­­tan, Jaccoux se réso­­lut à ne pas aban­­don­­ner le tourisme d’aven­­ture, si bien qu’il créa une entre­­prise du nom de « Jaccoux Voyages ». Il dispo­­sait d’un cata­­logue annuel, et je m’étais même inscrit pour un voyage au Népal et au Tibet. Dans son cata­­logue de 1989, il était éton­­nam­­ment raconté que Jaccoux s’était rendu avec un groupe dans les Montagnes de la Lune, et qu’il orga­­ni­­sait un second voyage. Cette nouvelle attira mon atten­­tion et raviva mes souve­­nirs du livre d’Ull­­man, ainsi que ma réso­­lu­­tion d’ado­­les­cent. Je déci­­dai alors de creu­­ser l’in­­for­­ma­­tion. Jaccoux m’in­­forma qu’il avait rejoint les Montagnes de la Lune via l’Ou­­ganda, et que le trek pour y parve­­nir avait été horrible. Selon ses dires, ils avaient passé une jour­­née entière à traver­­ser les maré­­cages, sans avoir l’im­­pres­­sion de gagner de l’al­­ti­­tude. Déses­­péré, il tenta au retour de trou­­ver son propre chemin à travers la jungle. L’ex­­pé­­rience fut encore pire. Il décou­­vrit, en revanche, qu’au­­cun animal dange­­reux ou insecte nuisible ne peuplait la montagne : pas de serpents veni­­meux ou de mous­­tiques. Une bonne nouvelle. Il ajouta que, une fois le plus haut camp de base atteint, l’as­­cen­­sion du glacier du Mont Stan­­ley – connu sous le nom de Plateau de Stan­­ley – était plutôt directe, mais que sous aucun prétexte il ne repren­­drait cette route. Il proposa à la place de passer par le Congo-Zaïre, comme on l’ap­­pe­­lait à l’époque, pour suivre celle de Stuhl­­man. On lui avait appris que, quoique non rudi­­men­­taire, la route était consi­­dé­­ra­­ble­­ment plus facile à abor­­der que celle qu’il avait emprun­­tée en Ouganda. C’était le côté opti­­miste de la chose. D’un autre côté, dit-il, atteindre le plateau depuis le camp de base n’était pas une tâche facile et néces­­si­­tait de maîtri­­ser de nombreuses tech­­niques d’es­­ca­­lade sur glace. Le camp était situé sur le museau du glacier, et la fonte de la glace avait rendu assez diffi­­cile ce stade de l’as­­cen­­sion. Au moment où j’ap­­pre­­nais ce détail, je n’étais pas à un âge où j’en­­vi­­sa­­geais encore d’es­­ca­­la­­der des sites compliqués. Mais, au moins, parve­­nir jusqu’aux montagnes serait quelque chose. J’étais inté­­ressé, je lui avais dit.

Périple en Équa­­teur

Mon premier réflexe fut de me procu­­rer Guide to the Ruwen­­zori, de H. A. Osmas­­ton et D. Pasteur. Ce merveilleux livre de poche fut publié en 1972. Il y renferme un bref histo­­rique des ascen­­sions du massif ainsi que des descrip­­tions détaillées des nombreuses routes et treks. Rapi­­de­­ment, je trou­­vai le trek proposé par Jaccoux. Les deux premières phrases semblaient très promet­­teuses : « Il s’agit d’une route directe et sympa­­thique qui suit prin­­ci­­pa­­le­­ment les arêtes du massif, évitant ainsi les très fréquents maré­­cages du Ruwen­­zori, en plus d’of­­frir de beaux points de vue en alti­­tude. » Les quatre jours qu’il semblait falloir pour parve­­nir à la base du glacier étaient chacun accom­­pa­­gnés d’une descrip­­tion. Une carte était égale­­ment dispo­­nible, traçant le chemin jusqu’à un certain Moraine Hut, à la base du glacier, à 4 312 mètres. Ce serait mon objec­­tif, avais-je décidé. Juste avant de quit­­ter New York pour Paris, Jaccoux appela pour préve­­nir qu’il ne pour­­rait pas mener l’ex­­cur­­sion lui-même, mais qu’il envoyait deux guides à sa place. L’un avait vécu et grimpé en Afrique depuis plusieurs années, et l’autre avait effec­­tué ce même trek un an plus tôt. Il expliqua par ailleurs notre programme. Nous pren­­drions l’avion de Paris jusqu’à Bruxelles, puis de Bruxelles jusqu’à Kigali, au Rwanda. Nous fran­­chi­­rions alors la fron­­tière jusqu’au Zaïre, passe­­rions une nuit à Goma, avant de nous diri­­ger en voiture vers Beni, un trajet périlleux de trois jours, à 386 kilo­­mètres au nord de la ville. Puis, nous parcour­­rions les 48 kilo­­mètres jusqu’au village de Mutsora, station du Parc natio­­nal des Virunga située dans le secteur du Ruwen­­zori. Là-bas nous pour­­rions obte­­nir nos permis, des porteurs et un guide local, pour enfin débu­­ter le trek. À l’heure où j’écris cela, je réalise que cette excur­­sion est impos­­sible, main­­te­­nant ou à l’ave­­nir. L’in­­té­­gra­­lité de cette zone est une poudrière pour les conflits armés. En fouillant sur le web à le recherche de voyages au Ruwen­­zori, je tombai sur plusieurs offres prove­­nant de l’Ou­­ganda mais aucune du Congo. C’est l’une des plus belles régions du monde et elle est perdue. Après un vol inter­­­mi­­nable en partance de Bruxelles, nous atter­­rîmes à Kigali. Il pleu­­vait à notre arri­­vée, même si nous étions censés être à la saison sèche. Le trajet sur les routes pavées de Giseyni, à la fron­­tière, fut un ravis­­se­­ment, en partie grâce au paysage : des collines ondu­­lées sur lesquelles était bâtie la ville de Kigali. Nous étions le 1er janvier 1990, et j’écri­­vis naïve­­ment dans mon carnet de bord ce jour-là que « le Rwanda [avait] l’air d’un pays qui fonc­­tionne ». Quatre ans plus tard la seule chose qui fonc­­tion­­nait était le géno­­cide. Passer la fron­­tière au Zaïre fut un cauche­­mar. Dans d’autres circons­­tances la situa­­tion aurait pu s’avé­­rer comique. Pour une raison quel­­conque les gardes-fron­­tière me deman­­dèrent ma taille, que je leur donnai en pieds et en pouces. Ils insis­­tèrent cepen­­dant pour qu’elle soit en mètre et centi­­mètres, et déci­­dèrent que je mesu­­rais 1 mètre et 25 centi­­mètres. Je ne contes­­tai pas. Nous devions ensuite trans­­por­­ter notre équi­­pe­­ment de l’autre côté de la fron­­tière, où atten­­dait un deuxième bus. Rapi­­de­­ment je fus frappé par le fait que les routes s’étaient drama­­tique­­ment dété­­rio­­rées depuis le Zaïre. Alors que nous nous diri­­gions vers le nord, leur état empi­­rait de plus en plus. Nous passâmes notre première nuit à l’Hô­­tel Masques de Goma, sur les rives du Lac Kivu. Un autre magni­­fique endroit qui était perdu. J’eus droit à une surprise à l’hô­­tel : le proprié­­taire était un homme dont le visage me disait quelque chose ; pas tout à fait Euro­­péen en appa­­rence mais pas non plus Congo­­lais. Il me fut présenté comme étant un physi­­cien. À ma plus grande stupé­­fac­­tion, il indiqua que son oncle avait remporté un Prix Nobel.

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Arri­­vée
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Il s’avéra qu’en réalité il y avait deux frères dans l’his­­toire : Ilya et Alexan­­der Prigo­­gine. Nés en Russie, ils avaient quitté le pays avec leur famille juste après la révo­­lu­­tion pour s’ins­­tal­­ler en Belgique. Leur père était un ingé­­nieur chimiste, aussi les deux frères avaient décidé d’étu­­dier la chimie. Ilya s’y conforma et remporta le Prix Nobel de chimie en 1977. Son frère ainé, Alexan­­der, partit pour le Congo où il devint expert sur la faune aviaire locale. Quant au proprié­­taire de l’hô­­tel, il s’agis­­sait de son fils. Il fut par la suite assas­­siné et l’hô­­tel cessa toute acti­­vité. Le matin suivant nous nous diri­­geâmes vers le nord dans un mini­­bus japo­­nais qui, s’il était à même de circu­­ler sur les routes de Tokyo, avait du mal sur ces routes déla­­brées. Des nids de poule géants et des ornières béantes constel­­laient le chemin. À un moment, lorsque nous traver­­sâmes l’équa­­teur, un panneau indiquait « Équa­­teur » et le bus flan­­cha tota­­le­­ment. Il fallut un après-midi entier pour le répa­­rer. Dans la mesure où nous avions un rendez-vous prévu le matin suivant avec les locaux enga­­gés pour nous aider dans notre trek, nous n’eûmes d’autre choix que de voya­­ger de nuit. De la pure folie à en juger par l’état des routes. Une fois arri­­vés à Beni, la ville s’avéra possé­­der son propre petit aéro­­port : nous aurions pu faire l’in­­té­­gra­­lité du voyage en moins d’une heure. De Beni nous nous diri­­geâmes vers Mutsora, à l’est : la région de Stan­­ley. Nous suivions désor­­mais sa route, celle où il était arrivé au sud du Lac Alexan­­der en compa­­gnie d’Emin Pacha. Stan­­ley avait pu avoir un aperçu des montagnes depuis le village de Mutwanga, à quelques kilo­­mètres seule­­ment de Mutsora. Le soleil se couchait lorsque nous arri­­vâmes à desti­­na­­tion, et les montagnes étaient entiè­­re­­ment visibles. Elles commençaient à scin­­tiller au crépus­­cule : une merveilleuse vision. À cause du terrain, une fois le trek commencé nous ne pour­­rions plus les voir pendant les trois prochains jours. Le trek en lui-même débuta le jour d’après à partir de Mutwanga. Nous devions encore ache­­ter nos permis – 40 dollars par personne à l’époque – ainsi que des pres­­ta­­tions pour les prises de vue. Nous prîmes égale­­ment des dispo­­si­­tions pour les porteurs. Nous étions six, en comp­­tant les guides, mais porter tout l’équi­­pe­­ment et les tentes néces­­si­­tait 14 porteurs en plus de leur guide person­­nel, dont la fonc­­tion n’était jamais très claire. Chaque porteur, rému­­néré à envi­­ron trois dollars la jour­­née, était capable de porter – majo­­ri­­tai­­re­­ment sur la tête – 18 kilos. Chacun d’entre nous avait droit à 14 kilos d’équi­­pe­­ment pesé minu­­tieu­­se­­ment à confier aux porteurs. Le reste, nous devions nous en occu­­per. Je déci­­dai de ne m’en­­com­­brer que d’une bouteille d’eau, de compri­­més d’iode pour l’eau, d’une petite phar­­ma­­cie et d’une veste légère imper­­méable. Je prévoyais d’ef­­fec­­tuer le premier jour de randon­­née en short, puis en survê­­te­­ment lorsque le terrain devien­­drait plus compliqué. J’avais toujours été fasciné par le départ d’un tel trek. Par où commen­­cer ? Le nôtre débuta dans les rues de Mutwanga, à l’ex­­té­­rieur du parc, avant de traver­­ser le fleuve et de grim­­per douce­­ment le long d’un large sentier, à travers les cultures de café et de manioc. Le premier camp de base, Kalongi, se situait dans le parc, à 2 133 mètres. Une fois passés les champs, et une fois péné­­tré à l’in­­té­­rieur du parc, le sentier se révéla bien plus raide. Je commençai à suer en abon­­dance, mais me sauvai de la déshy­­dra­­ta­­tion en ache­­tant un merveilleux assor­­ti­­ment de fruits locaux désal­­té­­rants, dont un ananas au goût déli­­cieux. Nous arri­­vâmes au camp en fin d’après-midi. Il se révéla avoir été récem­­ment rénové, et dispo­­sait de lits super­­­po­­sés tout juste construits sur lesquels nous pouvions dispo­­ser nos sacs de couchage. J’étais fati­­gué, mais pas tota­­le­­ment épuisé. Grâce au guide touris­­tique je savais que le lende­­main serait très diffi­­cile.

Bien­­tôt il n’y aura plus de glace sur l’Équa­­teur. Tout aura fondu.

Le prochain camp s’ap­­pe­­lait Muhungu. Il se situait à peine à 3 352 mètres, ce qui voulait dire que nous gagne­­rions 1 219 mètres d’al­­ti­­tude. La première épreuve qui nous atten­­dait était la descente abrupte du sentier jusqu’à la source du Kanyam­­wamba. Et quand je dis abrupt, c’est abrupt. Fort heureu­­se­­ment, quelqu’un avait disposé une corde grâce à laquelle l’on pouvait plus ou moins descendre en rappel. L’autre côté du ruis­­seau était tout aussi incliné, mais un jeu de corde était aussi en place pour que l’on puisse se tirer. Nous arri­­vâmes sur une arête, elle aussi abrupte, où, après quelques mouve­­ments d’es­­ca­­lade, le groupe se rassem­­bla pour une pause sur un terrain plat. Je devi­­nai que nous avions grimpé envi­­ron 300 mètres, ce qui nous en lais­­sait encore 900. Mais gagner de l’al­­ti­­tude n’était rien, si l’on compa­­rait cela au maré­­cage. J’igno­­rais ce dont parlait le guide britan­­nique, mais c’était un véri­­table maré­­cage. Une horreur. Chaque pas faisait s’en­­fon­­cer votre pied dans un horrible bruit de succion, avant qu’il n’at­­ter­­risse sur une pierre visqueuse : un véri­­table calvaire pour main­­te­­nir son équi­­libre. Alors que j’avançais à tâtons dans le marais, je tombai sur un homme large d’épaule qui s’avéra être un Améri­­cain. Il avait fait partie des Corps de la paix, et œuvrait désor­­mais pour une insti­­tu­­tion char­­gée de la conser­­va­­tion des sentiers et des camps. C’était à lui que nous devions les cordes que nous avions utili­­sées plus bas. À notre arri­­vée au camp, j’étais telle­­ment fati­­gué que je m’en­­dor­­mis aussi­­tôt. Le jour suivant nous réser­­vait encore des maré­­cages. En trimant pour me frayer un passage, je rencon­­trai un couple Britan­­nique impec­­ca­­ble­­ment revêtu. Ils m’an­­non­­cèrent avec joie qu’il ne restait plus qu’une heure de marais avant que je ne découvre « un peu de plat ». Ce terrain plat s’avéra être le vieux « camp de la bouteille » de Stuhl­­man. Kyondo, le dernier camp majeur sur la route, se situait seule­­ment 213 mètres plus haut, aussi déci­­dai-je de m’y rendre immé­­dia­­te­­ment. La vue du pic Margue­­rite, un des sommets du Mont Stan­­ley, depuis Kyondo, est une des merveilles du Ruwen­­zori. J’au­­rais adoré y rester, mais il ne s’agis­­sait pas de la desti­­na­­tion finale de la jour­­née. Nous descen­­dions alors pour camper près d’un petit lac – le Lac Gris – duquel les grim­­peurs allaient essayer de s’at­­taquer au glacier le jour suivant. Quant à moi, j’al­­lais me diri­­ger vers Moraine Hut. Il fallut quelques efforts d’es­­ca­­lade pour parve­­nir jusqu’au lac. Je ne m’étais pas adonné à cette acti­­vité depuis un moment, si bien que, même assuré par un de nos guides, je trou­­vai l’en­­tre­­prise risquée. Les porteurs utili­­sèrent un câble fixe. D’en bas, il était facile de marcher jusqu’au lac. Jamais je n’avais vu d’en­­droit aussi beau. La route est jonchée de lobe­­lias géantes, ainsi que de séneçons, typiques des montagnes équa­­to­­riales afri­­caines. Cette étrange végé­­ta­­tion démarre à envi­­ron 3 962 mètres et se répand sur 300 mètres. Ces plantes énormes ont évolué de façon à s’adap­­ter au climat rencon­­tré dans les hautes alti­­tudes équa­­to­­riales. Toutes les 24 heures elles subissent un cycle été/hiver entier. Durant la nuit, l’eau recueillie à l’in­­té­­rieur se gèle, avant de dége­­ler au lever du soleil. Lors du cycle de gel, la plante est inca­­pable d’uti­­li­­ser l’eau qu’elle a emma­­ga­­si­­née, trop visqueuse pour pouvoir circu­­ler. Dans la mesure où les feuilles sont closes pendant la nuit, l’eau ne peut s’échap­­per. Mais au cours de la jour­­née la plante doit être capable de sécré­­ter. À la lumière du jour, les feuilles s’ouvrent et se referment : il s’agit des formes gigan­­tesques qui permettent aux plantes de se proté­­ger du soleil. Certains des séneçons peuvent gran­­dir jusqu’à atteindre 6 ou 9 mètres. Avant de s’y habi­­tuer, cette végé­­ta­­tion semble trou­­blante. Nous plan­­tâmes nos tentes près du lac. Les grim­­peurs s’ap­­prê­­taient à se lever avant l’aube. De mon côté, j’al­­lais attendre que le temps se réchauffe un peu. Par miracle, hormis durant notre premier jour au Rwanda, la pluie ne s’était pas invi­­tée. Le matin suivant fut clair et enso­­leillé. Après le départ des grim­­peurs, je m’au­­to­­ri­­sai un petit-déjeu­­ner tranquille, avant de me diri­­ger vers la moraine rocailleuse qui avait l’as­­pect d’un sentier. D’un côté, les montagnes s’éle­­vaient de toute leur gloire. De l’autre, la verdure du Congo s’éten­­dait dans l’ho­­ri­­zon. Je me hissai jusqu’à pouvoir contem­­pler le Moraine Hut. J’étais allé assez loin. J’avais réalisé un rêve d’en­­fant. Désor­­mais tout a changé. Des randon­­nées dans les Montagnes de la Lune sont orga­­ni­­sées, mais en partance de l’Ou­­ganda. Bien­­tôt il n’y aura plus de glace sur l’Équa­­teur. Tout aura fondu.

Les cascades au pied des montagnesCrédits : Jrn Eriksson
Retour au pied des montagnes
Crédits : Jørn Eriks­­son

Traduit de l’an­­glais par Mehdi Chau­­vot. Couver­­ture : Rwen­­zori Moun­­tains, par John Eriks­­son
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