par Greg Nichols | 3 février 2015

Mark Pollock se redresse. Il est un peu hési­­tant au début, comme un homme qui se réveille­­rait d’une longue nuit. Il expire, se repo­­si­­tionne, les béquilles auxquelles il s’agrippe lui procu­­rant un semblant de soutien. Il est en pleine forme : il mesure 1 m 82 et est d’ex­­cel­­lente consti­­tu­­tion, ses muscles tendus se dessinent même sous son t-shirt. Les néons du gymnase du Trinity College de Dublin – un second foyer où il s’exerce deux à trois heures par jour, six jours par semaine – se reflètent sur son crâne chauve. Mais Mark est bel homme et fait partie de ceux qui le portent bien. Aujourd’­­hui, son objec­­tif est de faire 2 200 pas. Pollock échange quelques mots avec son réédu­­ca­­teur, Simon O’Don­­nell. Ils commu­­niquent au moyen d’abré­­via­­tions qu’ils maîtrisent parfai­­te­­ment, preuve que leur amitié s’est nouée à la faveur d’ex­­pé­­riences intenses, comme celle qui les a vus atteindre le Pôle Sud ensemble. C’était au début de l’an­­née 2009, dix ans après que Mark fut frappé de cécité, et un an et demi avant la chute qui le laissa para­­lysé sous la taille. Pollock tâte le sol avec une de ses béquilles. Il fait un pas, et tandis qu’il avance, son sac à dos émet un léger bip.


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Mark Pollock dans l’ef­­fort
Salle de test d’Ekso Bionics
Crédits : YouTube

Tuning

Pour connaître Mark Pollock, pour bien saisir les contours de sa person­­na­­lité, il faut explo­­rer les rela­­tions qui existent entre l’homme et la machine. Regar­­der Pollock marcher, c’est prendre conscience que l’hu­­main a tissé des liens symbio­­tiques avec le méca­­nique, et qu’ils évoluent en parfaite synchro­­ni­­cité. Bien qu’il ne puisse pas bouger ses jambes seul, il tient debout et avance à l’aide d’un exosque­­lette bionique ergo­­no­­mique – un costume robo­­tique qu’il porte par-dessus ses vête­­ments. Le sac qu’il porte sur ses épaules, lacé à son torse par ce qui ressemble à une cein­­ture de force, se connecte à une série de tubes épais qui courent le long de ses jambes. Ce système main­­tient Pollock droit, et se plie dyna­­mique­­ment pour imiter le mouve­­ment natu­­rel alors qu’il se propulse vers l’avant. Les béquilles assistent l’Ir­­lan­­dais à chaque pas : il les posi­­tionne devant lui, l’une après l’autre, dans un mouve­­ment d’une grande souplesse. Quand il trouve enfin son rythme de croi­­sière, les bips reten­­tissent toutes les secondes. Le seul autre son qu’é­­met Pollock est le ronron­­ne­­ment élec­­tro­­nique des quatre moteurs de son exosque­­lette. On l’a parfois surnommé Iron Man, ou Steve Austin – des compa­­rai­­sons bien faciles.



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Pollock met son exosque­­lette à l’épreuve
Séance d’es­­sai chez Ekso Bionics
Crédits : The Mark Pollock Trust

Mais bien avant les deux événe­­ments qui coûtèrent à Mark son indé­­pen­­dance de mouve­­ment, avant qu’il ne devienne l’uti­­li­­sa­­teur le plus ambi­­tieux d’une tech­­no­­lo­­gie qui allaient permettre à des para­­plé­­giques de marcher à nouveau – une tech­­no­­lo­­gie déve­­lop­­pée dans une usine Ford désaf­­fec­­tée située à 8 000 kilo­­mètres de chez lui, à Rich­­mond, en Cali­­for­­nie –, Pollock avait tissé des liens avec les objets qui l’en­­tou­­raient. Les machines n’ont jamais fait partie de son iden­­tité. Mais c’est à travers elles qu’il a toujours trouvé le meilleur moyen de s’ex­­pri­­mer. Les ingé­­nieurs qui déve­­loppent la tech­­no­­lo­­gique permet­­tant à Pollock de marcher à nouveau ont le même genre de connexion avec les machines. Au prin­­temps dernier, j’ai visité Ekso Bionics, la société de Rich­­mond qui assemble des exosque­­lettes bioniques tout droit sortis des fantasmes de la science-fiction. Ingé­­nieurs, program­­meurs, ouvriers, réédu­­ca­­teurs, et admi­­nis­­tra­­teurs… ce sont près de quarante-cinq personnes qui travaillent au siège de l’en­­tre­­prise, un entre­­pôt de 4 000 mètres carrés qui surplombe le port de Rich­­mond. Les emblé­­ma­­tiques costumes d’Ekso sont suspen­­dus au-dessus du sol, atten­­dant d’être testés. Une paire de jambes fili­­formes tombent d’un sac à dos qui contient des batte­­ries rechar­­geables. Chaque combi­­nai­­son ressemble étran­­ge­­ment à un nouveau modèle conçu par Cyber­­dyne Systems – à des Termi­­na­­tor light. Les employés surnomment cet endroit la Base, et c’est ici que les physio­­thé­­ra­­peutes apprennent à travailler avec des patients bien­­tôt amenés à utili­­ser ces exosque­­lettes. C’est aussi là qu’un certain nombres de malades – dont la plupart ont souf­­fert d’ac­­ci­­dents vascu­­laires céré­­braux ou subi les séquelles d’un endom­­ma­­ge­­ment de l’épine dorsale – commencent leur réédu­­ca­­tion. Pollock a débuté son travail en 2012, quand l’en­­tre­­prise avait encore son siège à Berke­­ley. Il fut le premier aveugle à essayer les combi­­nai­­sons d’Ekso Bionics. Voir une personne para­­ly­­sée se rele­­ver et marcher avec une de leurs combi­­nai­­sons est toujours une source de fierté pour les ingé­­nieurs, et les lieux se remplissent rapi­­de­­ment d’es­­poir devant un tel événe­­ment. Même les portes des toilettes sont un clin d’œil à l’ac­­ti­­vité prin­­ci­­pale de la société : les tradi­­tion­­nels picto­­grammes ont été rempla­­cés par des silhouettes harna­­chées dans des costumes bioniques. Nate Harding et Russ Angold, co-fonda­­teurs d’Ekso Bionics, ne sont pas exac­­te­­ment le genre  d’in­­gé­­nieurs à se conten­­ter de théo­­ries et de concepts. Ce sont plutôt des têtes brûlées, et leur approche de brico­­leurs les a menés bien plus loin qu’ils ne l’au­­raient imaginé lorsqu’ils ont commencé leurs recherches sur les exosque­­lettes bioniques.

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Harding, le PDG. de la boîte, est grand et porte des lunettes de vue à monture noire. Ses cheveux sont foncés et il arbore un sourire sans malice. Il a fourbi ses premières armes d’in­­gé­­nieur alors qu’il habi­­tait encore la banlieue de Hous­­ton. « Je buvais beau­­coup de bière et je bossais sur des motos », se souvient-il, un accent texan soli­­de­­ment arrimé au phrasé. « Puis au lycée, j’ai attaqué les voitures. » Dans son voisi­­nage, essen­­tiel­­le­­ment composé de familles ayant fait fortune dans le pétrole, personne ne savait à quoi ressem­­blait une clé à molette et personne ne pouvait l’ai­­der à assou­­vir sa passion. Il travailla alors comme béné­­vole chez un gara­­giste qui construi­­sait des voitures de course.

« Les méde­­cins ne vous disent pas que vous ne verrez plus jamais. Ils vous disent juste qu’ils ne peuvent plus rien pour vous. » — Mark Pollock

Après de brèves études en robo­­tique à l’uni­­ver­­sité de Carne­­gie Mellon, Harding atter­­rit au labo­­ra­­toire du profes­­seur Homayoon Kaze­­rooni de l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie, à Berke­­ley – un pion­­nier dans le domaine de la tech­­no­­lo­­gie robo­­tique portable. C’était au début des années 1990, et les proto­­types de costumes bioniques appar­­te­­naient encore au domaine de la science-fiction, aux rêve­­ries de lecteurs de comics. « Cela ressem­­blait beau­­coup à des dégui­­se­­ments de gorille gigan­­tesques, et rien que l’idée qu’il fallait se glis­­ser dedans était effrayante », se souvient Harding. Aux prises avec une tech­­no­­lo­­gie encore imma­­ture, Harding décida de quit­­ter l’uni­­ver­­sité. Il décro­­cha un boulot dans une société située dans l’East Bay, et commença à conce­­voir et construire de l’ou­­tillage indus­­triel. À la même période, Angold termi­­nait sa licence en ingé­­nie­­rie agri­­cole à Cal Poly, une faculté de la ville de San Luis Obispo. Pour son projet de fin d’études, ses amis et lui construi­­sirent un trac­­teur alimenté par un moteur d’avion Alli­­son – ceux utili­­sés sur les Cana­­dair. À la recherche d’un emploi à la fin de son cursus univer­­si­­taire, Angold déchanta vite devant les pers­­pec­­tives qui s’of­­fraient à lui. Les chas­­seurs de tête de la Bay Area n’avaient que faire des ingé­­nieurs icono­­clastes et leur préfé­­raient les jeunes diplô­­més proprets qui savaient manier l’or­­di­­na­­teur. Angold ne ressem­­blait même pas à un ingé­­nieur. Il était en revanche le portrait craché de son frère, un ancien des Navy SEAL au visage de bull­­dog et aux biceps saillants. Quand enfin il décro­­cha un entre­­tien, il savait qu’il devait frap­­per un grand coup, aussi il invita son poten­­tiel futur patron – qui n’était autre que Harding – sur son campus. « Oh, bordel ! » s’ex­­clama Harding en décou­­vrant le trac­­teur d’An­­gold, « Je n’ar­­rive pas à croire que ce truc est ton projet de fin d’an­­née. » C’est ainsi que se sont rencon­­trés le PDG et l’in­­gé­­nieur en chef d’Ekso : pas dans un labo­­ra­­toire ou dans un bureau, mais devant un véhi­­cule agri­­cole qui sortait d’une longue séance de tuning.

Foudroyé

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Pano­­rama de Belfast
Irlande du Nord
Crédits

Tout commença avec un aviron. À 11 ans, Mark Pollock, jeune grin­­ga­­let végé­­tant dans la banlieue de Belfast, en Irlande du Nord, se prome­­nait dans les couloirs de son école, deux semaines après la rentrée des classes. Il avait l’œil rivé sur les vitrines dispo­­sées le long des murs, instal­­lées là par les délé­­gués des diffé­­rents clubs de l’école. Derrière l’une d’elles, un long objet était posé dans un berceau en bois. C’était une fusée aqua­­tique, oblongue et laquée, dont on avait retiré toutes les carac­­té­­ris­­tiques qui en avaient fait, un jour, un bateau de course. N’en restait que l’es­­sence. Pollock s’ar­­rêta net. C’était dans les années 1980, et les Troubles agitaient l’Ir­­lande du Nord. Pour Pollock, issu de la classe moyenne et ouver­­te­­ment protes­­tant, le conflit se tenait en arrière-plan et n’était qu’un incon­­for­­table bour­­don­­ne­­ment qui enve­­lop­­pait d’autres sujets d’inquié­­tude autre­­ment plus préoc­­cu­­pants pour lui : les notes et les filles. Ses yeux le préoc­­cu­­paient égale­­ment. Ses rétines étaient prêtes à quit­­ter ses globes oculaires, dans un mouve­­ment simi­­laire à celui d’un vieux papier-peint qui se déta­­che­­rait d’un mur humide. À l’âge de 5 ans, l’une d’elles s’était déjà décol­­lée, frap­­pant son œil droit d’une cécité immé­­diate. Il n’avait jamais pu rejouer au rugby ou au foot­­ball avec ses amis depuis ce jour-là, bien qu’il eût tout fait pour pouvoir plaquer ou tacler à nouveau ses cama­­rades de jeu. Pollock était planté devant l’avi­­ron, et fina­­le­­ment, l’en­­traî­­neur de l’équipe du collège lui proposa de passer le voir un soir après les cours. La piscine était petite, et les navi­­ga­­teurs la parcou­­raient en deux coups de rame. Pollock traversa le bassin comme une balle. « Les rames étaient comme une exten­­sion de mon propre corps », se souvient-il. « Le bateau faisait partie de moi. »

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Par monts et par vaux

À partir de là, Pollock se consa­­cra au rameur. Au prin­­temps 1998, 1 m 82 de muscles quit­­tèrent le gymnase du Trinity College – Pollock arbo­­rait une poitrine bombée impres­­sion­­nante. À 22 ans, il faisait partie de l’équipe d’avi­­ron de l’uni­­ver­­sité, en course pour rejoindre l’équipe natio­­nale d’Ir­­lande. C’était un jour comme il les aimait, sec et frais, avec une lumière si intense qu’elle auréo­­lait la fac d’une couronne blanche. Mais le flou, à la péri­­phé­­rie de son champ de vision, était en fait un aver­­tis­­se­­ment. Quand il se rendit enfin compte que quelque chose n’al­­lait pas, il courut vers l’hô­­pi­­tal le plus proche et les chirur­­giens injec­­tèrent du gaz dans son œil gauche, recol­­lant la rétine qui menaçait de se décol­­ler. Pollock se réveilla dans un lit d’hô­­pi­­tal le 10 avril 1998. La date le remplit de courage : les factions poli­­tiques d’Ir­­lande du Nord venaient de signer l’ac­­cord du Vendredi Saint, première pierre d’un long dispo­­si­­tif visant à amener la paix dans les îles Britan­­niques. Il décou­­vrit que, lorsqu’il penchait sa tête en arrière, le gaz qu’on lui avait injecté compri­­mait sa rétine contre son globe oculaire, et qu’il pouvait voir à nouveau. Il fixa le sol, mémo­­risa les motifs du carre­­lage, avec le secret espoir de remon­­ter rapi­­de­­ment sur son bateau. Mais, petit à petit, l’ef­­fet s’es­­tompa. Pollock était en train de deve­­nir aveugle. « Je suis allé voir un méde­­cin », raconte Pollock, « et il m’a dit qu’il avait tout essayé. Les méde­­cins ne vous disent pas que vous ne verrez plus jamais. Ils vous disent juste qu’ils ne peuvent plus rien pour vous. J’ai quitté l’hô­­pi­­tal sans solu­­tion. » L’étu­­diant massif donna le bras à sa mère pour retour­­ner dans la salle d’at­­tente. C’est à cet instant que la nouvelle de sa cécité prochaine le frappa le plus dure­­ment. « J’ai fait un aller-retour dans la salle. Et c’est en commençant à sortir de l’hô­­pi­­tal sans rien voir que j’ai réalisé que je ne verrais plus jamais. Je pleu­­rais, et ma mère aussi. Une infir­­mière est venue m’of­­frir une chaise. Je me suis assis, j’ai repris des forces. Et je suis sorti. » Pollock réamé­­na­­gea avec sa mère. Il n’avait plus la force de finir la fac – il ne savait pas comment il allait faire pour conti­­nuer à vivre – et un senti­­ment d’aban­­don s’em­­para de lui. « Les élèves obte­­naient leur diplôme, partaient faire les cham­­pion­­nats natio­­naux, voya­­geaient partout, commençaient un nouveau boulot, bref, ils vivaient. J’étais assis dans la chambre où j’avais grandi, inca­­pable de sortir de la maison et d’être auto­­nome. » La mère de Pollock décida de tout faire pour trou­­ver de l’aide à son fils. Elle demanda à des spécia­­listes de venir lui apprendre à mani­­pu­­ler une canne blanche. Elle lui acheta une montre parlante capable de distin­­guer le jour de la nuit. Elle ne le couvait pour­­tant pas, et le convainquit de ne pas se plaindre. Ses progrès étaient lents et fasti­­dieux, mais l’es­­poir revint dans la maison. « Le déclic est venu quand j’ai appris que je pouvais prendre des cours d’in­­for­­ma­­tique, pour apprendre à me servir d’un ordi­­na­­teur capable de conver­­ser avec moi », explique Pollock. « Je me suis dit que si je pouvais écrire sur un ordi­­na­­teur, j’avais des chances de trou­­ver un boulot. L’avi­­ron ou l’école n’étaient plus une option. Je voulais juste un boulot pour gagner ma vie et fran­­chir cette étape pour enfin commen­­cer à vivre norma­­le­­ment, comme tous mes amis. » Pollock se consa­­cra entiè­­re­­ment à l’ap­­pren­­tis­­sage de l’in­­for­­ma­­tique. Il s’ar­­ran­­gea pour termi­­ner les cours qui lui restaient et passer son diplôme, et fit l’ac­qui­­si­­tion d’un chien d’aveugle. Armé de ses nouveaux talents, il démé­­na­­gea à Dublin, où il trouva un job de coor­­di­­na­­teur d’évé­­ne­­ments pour une compa­­gnie agro-alimen­­taire, et entama des cours pour passer un master en busi­­ness.

En 2001, à présent âgé 25 ans, il reprit l’avi­­ron avec un vieil ami du Trinity College. Bien déci­­dés à parti­­ci­­per au cham­­pion­­nat d’avi­­ron du Common­­wealth, un événe­­ment orga­­nisé tous les quatre ans, ils enta­­mèrent une campagne de lobbying visant à faire accep­­ter leur curieux binôme au départ de la prochaine course, qui oppo­­sait dix pays et terri­­toires du Common­­wealth britan­­nique. Il n’y avait pas de caté­­go­­rie handi­­sport – Pollock navi­­gue­­rait face à des athlètes complè­­te­­ment valides –, mais il parvint à courir avec l’équipe d’Ir­­lande du Nord, et remporta la médaille d’argent à la course de huit en pointe. Ce succès le poussa à se deman­­der ce qu’il pour­­rait bien accom­­plir d’autre. En 2003, à la suite d’un pari, il parti­­cipa à la Marche de Gobi, une course à pied en six étapes à travers l’un des endroits les plus inhos­­pi­­ta­­liers du monde. Il fran­­chit la ligne d’ar­­ri­­vée, harna­­ché au bras de son parte­­naire, comme au cours des sept jours précé­­dents. Le défi dyna­­mi­­sait Pollock, et il se mit immé­­dia­­te­­ment à réflé­­chir à sa prochaine aven­­ture. Il courut le mara­­thon du Pôle Nord, trébu­­chant sur la glace rêche de l’Arc­­tique, si bien que Sir Ranulph Fiennes, le célèbre explo­­ra­­teur de 60 ans, termina la course deux heures avant lui. « Je te battrai toujours sur ce type de terrains », le consola l’ex­­plo­­ra­­teur. Pollock fut plus chan­­ceux lors de la course Iron Man, à Zurich, et lors de l’Ul­­tra-Mara­­thon de la Mer Morte, une course de 48,7 kilo­­mètres ; son coéqui­­pier et lui finirent dans le top 30. En 2009, Pollock partit défier les terres arides de l’Ar­­gen­­tine en char à voile, assis sur son buggy poussé par le vent. Et en 2010, il parti­­cipa à une course de bateau en binôme tout autour des îles irlan­­daises, bravant la houle à des centaines de kilo­­mètres de la côte. Lorsque le système de navi­­ga­­tion élec­­tro­­nique tomba en panne, les deux hommes navi­­guèrent à l’aveugle. Pollock sentait le bateau s’amu­­ser dans les vagues, et commu­­niquer avec lui à travers les cordes. C’est dans ces moments-là, lorsqu’il est en phase avec son équi­­pe­­ment et qu’il est confiant en ses capa­­ci­­tés, qu’il se sent le plus en vie.

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La conquête
Le premier aveugle à fouler les neiges du Pôle Sud
Crédits : The Mark Pollock Trust

Dès qu’il le pouvait, Pollock profi­­tait de ses exploits athlé­­tiques pour soule­­ver des fonds pour diverses asso­­cia­­tions : Sight­­sa­­vers Inter­­na­­tio­­nal, les chiens-guide pour les aveugles, et l’ins­­ti­­tut royal pour les aveugles. Il récol­­tait de l’argent en prononçant des discours lors de confé­­rences ou au sein d’en­­tre­­prises. En 2009, il termina la course Amund­­sen Omega 3 du Pôle Sud, son plus grand chal­­lenge en date. Sur vingt-deux jours, lui et deux coéqui­­piers skièrent 1 000 kilo­­mètres sur le plus grand glacier du monde, tout en remorquant leurs propres luges. Pollock affronta des tempé­­ra­­tures pouvant descendre jusqu’à –58°C, et des alti­­tudes allant jusqu’à 3 000 mètres, autant d’obs­­tacles à braver pour deve­­nir le premier aveugle à rejoindre le Pôle Sud géogra­­phique. L’iro­­nie de toute cette entre­­prise, c’est qu’a­­lors la cécité de Pollock était parfai­­te­­ment secon­­daire. Dans un tel froid, avec des tour­­billons de neige qui vous bloque la vue, voir devient super­­­flu. Il faut avoir confiance en son maté­­riel : ses skis et les cordes qui tirent votre luge. Plus de dix ans après avoir perdu la vue, Pollock avait passé des années entières à affron­­ter les condi­­tions les plus folles lors de courses toutes plus sidé­­rantes les unes que les autres, à se faire un nom dans l’uni­­vers des aven­­tu­­riers de l’ex­­trême, et à lever des dizaines de milliers de dollars au profit d’as­­so­­cia­­tions cari­­ta­­tives. Mais à l’été 2010, la foudre le frappa une seconde fois. De passage en Angle­­terre, où il était venu soute­­nir un ami en train de concou­­rir à la Henley Royal Regatta, il raconte : « J’oc­­cu­­pais une chambre chez un ami. J’étais sorti toute la jour­­née, et je suis revenu dans la maison. Ce dont je me souviens ensuite, c’est de me réveiller en soins inten­­sifs. » Pollock avait fait une chute d’une dizaine de mètres à travers une fenêtre ouverte. Personne ne le vit tomber, et il n’a aucun souve­­nir de l’évé­­ne­­ment. Ses amis n’étaient pas loin au moment des faits, et ils coururent jusqu’au jardin où Pollock était étendu, terri­­fiés par ce qui venait de se produire.

BLEEX

Le vieux mentor de Nate Harding à UC Berke­­ley, le profes­­seur Kaze­­rooni, travaillait depuis plusieurs années sur un exosque­­lette robo­­tisé et portable. L’écueil prin­­ci­­pal restait l’au­­to­­no­­mie d’éner­­gie. Le premier exosque­­lette auto­­nome sorti du labo­­ra­­toire d’in­­gé­­nie­­rie robo­­tique et humaine de Berke­­ley s’ap­­pe­­lait BLEEX. Une vidéo YouTube le présente sur le dos d’un cobaye humain bien peu à l’aise avec cette combi­­nai­­son. Il déam­­bule tant bien que mal dans une pièce aux murs proté­­gés par des draps imma­­cu­­lés, avec ce qui ressemble à un moteur de tondeuse à gazon sur le dos. S’il se tient droit, c’est au prix d’ef­­forts certains.

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BLEEX
Berke­­ley Lower Extre­­mity Exos­­ke­­le­­ton
Crédits : UC Berke­­ley

BLEEX était un progrès pour Kaze­­rooni – il avait entre les mains un appa­­reil robo­­tique portable à batte­­rie inté­­grée –, mais le moteur à essence était trop bruyant et encom­­brant pour une utili­­sa­­tion longue durée. Kaze­­rooni avait besoin de sang neuf et d’idées nouvelles, et il commença à enga­­ger des conseillers pour travailler aux côtés de ses étudiants. L’un d’entre eux s’ap­­pe­­lait Harding, et évoluait dans le monde profes­­sion­­nel depuis une dizaine d’an­­nées. Kaze­­rooni voulait que son ancien élève trou­­vât un moyen de rendre la batte­­rie silen­­cieuse. « On avait besoin d’un moteur à essence, car rien d’autre n’au­­rait eu la puis­­sance néces­­saire pour faire avan­­cer un tel engin », se souvient Harding. « J’ai réflé­­chi durant de longs mois, et un jour, l’évi­­dence : c’était impos­­sible. » En 2004, Harding contacta l’in­­gé­­nieur le plus talen­­tueux avec lequel il avait travaillé, Angold, qu’il avait sorti de Cal Poly quatre ans aupa­­ra­­vant pour travailler dans une société d’équi­­pe­­ment indus­­triel, la Berke­­ley Process Control. « C’était le Disney­­land des ingé­­nieurs », résume Angold. Harding avait rapi­­de­­ment réalisé qu’An­­gold était une perle rare ; il attaquait les problèmes qui se posaient devant lui sous des angles auxquels personne d’autre n’au­­rait jamais pensé. Le jeune homme rejoi­­gnit Kaze­­rooni et Harding à Berke­­ley, et peu de temps après, il refor­­mula la problé­­ma­­tique sur laquelle les deux scien­­ti­­fiques butaient depuis de longs mois. Rapi­­de­­ment, le marché cible pour les exosque­­lettes se trouva être l’ar­­mée, qui voyait dans cette évolu­­tion tech­­nique un moyen idéal de surar­­mer ses soldats et de les doter de capa­­ci­­tés excé­­dant les simples habi­­li­­tés humaines. Les troupes pour­­raient utili­­ser ses combi­­nai­­sons bioniques pour porter du maté­­riel encore plus lourd, et les futu­­ro­­logues mili­­taires imagi­­naient déjà des appli­­ca­­tions tactiques pour ce genre d’équi­­pe­­ment. DARPA (acro­­nyme de Defense Advan­­ced Research Projects Agency, l’agence de recherche avan­­cée pour les projets de défense) finançait large­­ment les recherches de Kaze­­rooni, ce qui explique que son cobaye de la vidéo YouTube porte une combi­­nai­­son de camou­­flage. Mais quand Angold présenta la vidéo à son frère, l’an­­cien Navy SEAL, ce dernier éclata de rire. « Je me souviens qu’il m’a dit : “On n’uti­­li­­sera jamais des combi­­nai­­sons qui tournent à l’es­­sence” », sourit Angold.« D’après lui, elles étaient trop grosses et trop lourdes pour les mili­­taires. Il m’a refroidi tout de suite. » Angold poussa les équipes de recherche dans une autre direc­­tion. « Tous les exosque­­lettes et de nombreux robots consomment énor­­mé­­ment d’éner­­gie, même en mode veille », explique t-il. « Ils consomment jusqu’à 2 000 watts. Aujourd’­­hui, ce sont juste des chauf­­fages qui valent une fortune. » Avec ce genre d’exosque­­lettes éner­­gi­­vores, même inac­­tif en posi­­tion debout, un carbu­­rant à base d’es­­sence semblait être la seule solu­­tion – des batte­­ries élec­­triques se vide­­raient bien trop vite. Mais les humains sont bien plus effi­­caces que BLEEX : debout, nous consom­­mons une quan­­tité d’éner­­gie minime. Aussi l’équipe commença-t-elle à se tour­­ner vers la tech­­no­­lo­­gie des prothèses, en se foca­­li­­sant sur celles des membres de substi­­tu­­tion, qui ne sont alimen­­tées par aucune source d’éner­­gie. « Je me suis dit : “Attends une secon­­de… comment ces gens arrivent-ils à marcher avec des prothèses qui fonc­­tionnent sans éner­­gie, alors que nous devons faire le plein dans nos robots pour imiter ce senti­­ment de liberté de mouve­­ment ?” » se remé­­more Angold.

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Nate Harding et Russ Angold
Co-fonda­­teurs d’Ekso Bionics
Crédits : Ekso Bionics

Le nouveau défi d’An­­gold, Harding et Kaze­­rooni était donc de construire un exosque­­lette qui pour­­rait suppor­­ter son propre poids passi­­ve­­ment, sans utili­­ser la moindre joule d’éner­­gie. Ils ne décou­­vrirent pas la formule magique qui pouvait répondre à cette ques­­tion, mais une fois le problème posé sous cet angle-là, les ingé­­nieurs commen­­cèrent à entra­­per­­ce­­voir le bout du tunnel. En élimi­­nant la consom­­ma­­tion d’éner­­gie dans les moments d’inac­­tion et en la concen­­trant sur les moments où le robot doit effec­­ti­­ve­­ment travailler – avan­­cer d’un pas, disons –, l’équipe parvint à dimi­­nuer dras­­tique­­ment la quan­­tité d’éner­­gie néces­­saire pour faire fonc­­tion­­ner l’exosque­­lette. Ils rempla­­cèrent le moteur à essence avec des batte­­ries rechar­­geables et des panneaux solaires, et construi­­sirent une version légère du BLEEX, qui n’émet­­tait qu’un léger chucho­­te­­ment lors des phases de travail et pesait envi­­ron quinze kilos. Kaze­­rooni, Harding et Angold ouvrirent une société en 2005 et présen­­tèrent leur premier exosque­­lette la même année. Toujours à la recherche d’un contrat auprès de l’ar­­mée, ils l’ap­­pe­­lèrent ExoHi­­ker (l’exo-randon­­neur, en français). « On a fait beau­­coup de vagues », dit Harding, « Mais avant tout, nous avons baissé le stan­­dard de consom­­ma­­tion d’éner­­gie de 5 000 à 5 watts ». L’ExoHi­­ker entrait dans une malle de la taille d’une table. Tout de même, il fallait une révé­­la­­tion ou une inter­­­ven­­tion exté­­rieure pour amener l’équipe à réflé­­chir à l’éven­­tua­­lité d’uti­­li­­ser leur machine pour un homme dont l’épine dorsale aurait été rompue. En 2004, peu après qu’Har­­ding et Angold eurent commencé à travailler sur leurs exosque­­lettes, le frère d’An­­gold se brisa la nuque. L’an­­cien SEAL finit par retrou­­ver une motri­­cité complète – « Aujourd’­­hui, il peut faire un million de pompes », dit Angold –, mais l’ac­­ci­dent fit rentrer dans la vie des ingé­­nieurs les consé­quences drama­­tiques d’un handi­­cap partiel ou total. Deux ans plus tard, un docteur envoya aux scien­­ti­­fiques la vidéo d’un patient qui s’était cassé le dos et qui essayait de marcher à nouveau en utili­­sant une prothèse ortho­­pé­­dique qui s’en­­fi­­lait autour du torse. « Nous avons tous regardé la vidéo », raconte Angold, « et après trois mètres dans un couloir, le mec était épuisé. Le docteur nous a dit que c’était ce qu’il se faisait de mieux dans le domaine médi­­cal. On s’est regardé, et on s’est dit : “Putain, on peut faire mieux que ça.” »

Incas­­sable

Quand Pollock ouvrit les yeux aux soins inten­­sifs, on lui apprit qu’il s’était frac­­turé le crâne, et que son cerveau saignait en trois endroits diffé­­rents. Sa poitrine était gorgée de sang, et les IRM qu’il avait passées montrèrent au méde­­cin que son aorte avait été gran­­de­­ment fragi­­li­­sée dans sa chute. Plusieurs de ses côtes étaient cassées, et son épine dorsale était touchée. Il ne se rappe­­lait toujours pas ce qui s’était passé. Il était réveillé, et avait horri­­ble­­ment mal – sans comp­­ter qu’il ne ressen­­tait rien en dessous de la cein­­ture. Les méde­­cins étaient pessi­­mistes, mais il devait patien­­ter un mois avant de savoir s’il allait pouvoir marcher à nouveau.

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Soins inten­­sifs
Hôpi­­tal Stoke Mande­­ville, en 2010
Crédits : The Mark Pollock Trust

Une fois son état stabi­­lisé, Pollock fut trans­­féré dans l’unité spécia­­li­­sée en chirur­­gie dorsale de l’hô­­pi­­tal Stoke Mande­­ville en Angle­­terre, où on lui ouvrit le dos pour lui poser des broches sur deux de ses vertèbres. À l’ins­­tar des ophtal­­mo­­lo­­gistes, les chirur­­giens ne lui dirent jamais le pire : qu’il ne pour­­rait jamais marcher à nouveau. Ils lui annon­­cèrent simple­­ment qu’ils ne pouvaient rien pour lui. Au cours de cette période de grand doute, entre deux crises de vomis­­se­­ments et ses diffi­­cul­­tés respi­­ra­­toires, Pollock parvint à ouvrir un blog. « Depuis [ma dernière inter­­­ven­­tion] », écri­­vait-il le 18 août 2010, « je souffre énor­­mé­­ment, je vomis, j’ai contracté une infec­­tion non-iden­­ti­­fiée, je prends une quan­­tité infi­­nie de médi­­ca­­ments, je subis des trans­­fu­­sions sanguines quoti­­diennes, et du fluide entre dans mon corps par intra-veineuse. Et quand les veines de mes poignets ne peuvent plus accueillir les aiguilles qui m’ali­­mentent, on passe aux chevilles. J’ai des idées noires. Je n’ai jamais rien vécu d’aussi diffi­­cile que ce je vis depuis ces dernières semaines. » Pollock passa six mois à récu­­pé­­rer. « J’étais aveugle, para­­lysé et brisé », dit-il. « Physique­­ment aveugle, physique­­ment para­­lysé, mais brisé menta­­le­­ment. » Un an et demi plus tôt, il était debout sur le Pôle Sud, célé­­brant l’ac­­com­­plis­­se­­ment d’un de ses plus grands défis. Un docu­­men­­taire le suivant dans son voyage – Blind Man Walking – passa à la télé­­vi­­sion alors qu’il était cloué sur son lit d’hô­­pi­­tal. Pour Pollock, c’était une autre vie que diffu­­sait l’écran.

Pour l’homme qui a repoussé les limites du corps humain et parti­­cipé aux courses les plus diffi­­ciles, ce nouveau chapitre de sa vie est sans doute son plus grand défi.

Mais l’es­­poir est subtil, il plante ses graines. La fian­­cée de Pollock, Simone George, resta auprès de lui au cours de ces longs mois, lui remon­­tant le moral et l’ai­­dant à se proje­­ter dans le futur, lui assu­­rant qu’il serait radieux. Ses amis lui faisaient parve­­nir les derniers articles sur les avan­­cées de la chirur­­gie dorsale, et sur les progrès tech­­no­­lo­­giques qui aide­­raient, un jour, les para­­ly­­sés à marcher à nouveau. Il apprit l’exis­­tence d’une société néo-zélan­­daise, Red Bionics, et d’une entre­­prise israé­­lienne, du nom de ReWalk. En novembre 2010, il lut dans le Time que l’exosque­­lette d’Ekso Bionics avait été élu parmi les cinquante meilleures inven­­tions de l’an­­née. Pollock prit contact avec plusieurs socié­­tés en 2011, mais les choses avançaient très lente­­ment. L’in­­té­­rêt pour les exosque­­lettes allait gran­­dis­­sant, mais les démons­­tra­­tions étaient diffi­­ciles à orga­­ni­­ser. Il eut fina­­le­­ment la chance de visi­­ter les locaux d’Ekso en janvier 2012. « J’avais peur que ma cécité m’em­­pêche de gérer cette nouvelle infir­­mité », dit-il. Il est déjà diffi­­cile pour des patients para­­plé­­giques d’avan­­cer avec un exosque­­lette, et les ingé­­nieurs igno­­raient le niveau diffi­­culté qu’al­­lait affron­­ter ce candi­­dat aveugle. En Cali­­for­­nie, Pollock subit une batte­­rie de tests auprès de divers physio­­thé­­ra­­peutes, puis il enfila son premier exosque­­lette. En posi­­tion assise, il écouta atten­­ti­­ve­­ment les instruc­­teurs. Compte à rebours. Puis Pollock fit bascu­­ler son poids en avant – et il se tint debout, souriant. « Je gagne combien de centi­­mètres avec ça ? » demanda-t-il. « Je fais 1 m 77, et je lève la tête pour vous parler », lui répon­­dit un théra­­peute. Une fois de retour en Irlande, Pollock commença à passer des coups de fil dans l’es­­poir d’ache­­ter un Ekso. Un exosque­­lette coûte 100 000 dollars, bien que la société garde l’es­­poir de faire rapi­­de­­ment bais­­ser les coûts de produc­­tion, et ainsi le prix de vente de moitié, dans les prochaines années. La demande actuelle est encore basse, et les maté­­riaux néces­­saires à sa fabri­­ca­­tion valent une fortune. Mais si la demande augmente, Harding s’at­­tend à ce qu’ils deviennent moins onéreux. Il compare Ekso à une compa­­gnie qui fabrique­­rait des motos ultra-perfor­­mantes : si on en construit qu’une, elle est inabor­­dable, mais plus on en assemble, plus les écono­­mies d’échelle appa­­raissent. Envi­­ron quarante exosque­­lettes Ekso sont en cours d’uti­­li­­sa­­tion dans des cliniques de réédu­­ca­­tion en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique du Sud. Aujourd’­­hui, le robot est proposé comme un outil théra­­peu­­tique pour réduire les compli­­ca­­tions secon­­daires qui font leur appa­­ri­­tion lorsqu’un patient reste assis sur un fauteuil roulant toute la jour­­née. Certains modèles ont été présen­­tés à des patients pour leur procu­­rer les sensa­­tions de la marche, avant d’en­­ta­­mer un programme de réédu­­ca­­tion plus inten­­sif, suite logique d’un léger AVC ou d’une bles­­sure mineure à l’épine dorsale. Les exosque­­lettes ne sont pas encore en vente – la société reste prudente. Comme toute nouvelle tech­­no­­lo­­gie médi­­cale, intro­­duire les Ekso sur le marché aujourd’­­hui expo­­se­­rait l’en­­tre­­prise à des risques incon­­si­­dé­­rés. C’est tout simple­­ment beau­­coup trop tôt. Les respon­­sables d’Ekso Bionics veulent s’as­­su­­rer que leurs robots sont opti­­mi­­sés pour une utili­­sa­­tion régu­­lière avant de les présen­­ter comme un substi­­tut au fauteuil roulant.

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Pollock et sa fian­­cée, Simone
Crédits : The Mark Pollock Trust

La bonne nouvelle est que cela devrait arri­­ver inces­­sam­­ment sous peu. « Dans envi­­ron cinq ans, on verra quelqu’un entrer dans un avion et s’ins­­tal­­ler en classe éco, sans savoir si cette personne est para­­ly­­sée ou non », spécule Harding. « Tout va sembler terri­­ble­­ment simple. » Mark Pollock travaille pour rendre ce jour possible. En octobre 2012, il est devenu le premier homme à possé­­der un Ekso – ils sont six aujourd’­­hui. Harding et Angold pensent que l’an­­cien rameur utilise leur appa­­reil  plus qu’au­­cun autre indi­­vidu sur la planète – jusqu’à plusieurs heures par jour. Chaque pas que Pollock effec­­tue est enre­­gis­­tré et les données sont récu­­pé­­rées par un ordi­­na­­teur situé dans les locaux d’Ekso Bionics. Son objec­­tif de février 2013, qui a marqué l’an­­ni­­ver­­saire de son acqui­­si­­tion de l’exosque­­lette, était de faire 2 200 pas en une heure. Il en avait fait 2 196, et il était très déçu. Un an plus tard, il est parvenu à pulvé­­ri­­ser son propre record – établi à 3 207 pas par heure. En pous­­sant son exosque­­lette dans ses retran­­che­­ments, Pollock permet aux ingé­­nieurs d’en­­tre­­voir les problèmes qui pour­­raient appa­­raître lorsque les Ekso seront utili­­sés quoti­­dien­­ne­­ment. Quand il a grillé l’un des moteurs de son appa­­reil, les ingé­­nieurs ont repensé le système de propul­­sion, et rappelé l’en­­semble de leur flotte pour rempla­­cer le maté­­riau en cause. Il aide égale­­ment la société à comprendre les effets du robot sur l’hu­­main, envoyant régu­­liè­­re­­ment ses notes et ses rapports médi­­caux jusqu’en Cali­­for­­nie. Les données rejoignent le corpus d’une étude en cours visant à repé­­rer les douleurs neuro­­pa­­thiques et à scru­­ter le fonc­­tion­­ne­­ment des intes­­tins et de la vessie chez les utili­­sa­­teurs d’exosque­­lettes, comme on le fait pour des patients qui se déplacent en fauteuil.

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Le voyage de Pollock dans le monde de la para­­plé­­gie n’en est qu’à ses début, mais déjà, il se sent légi­­time pour porter la parole de cette commu­­nauté. Peu après son acci­dent, ses amis et sa famille ont monté le Mark Pollock Trust, pour récol­­ter suffi­­sam­­ment de fonds afin de pouvoir faire face aux énormes frais qui accom­­pagnent le retour à la vie normale de patients handi­­ca­­pés. Pollock utilise le fonds pour tisser des liens avec d’autres groupes travaillant avec des handi­­ca­­pés – notam­­ment pour faire connaître les décou­­vertes d’Har­­ding et Angold, et mettre en contact patients, ingé­­nieurs et para­­plé­­giques avec les méde­­cins qui luttent pour éradiquer ce handi­­cap.

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Incas­­sable
Unbrea­­kable, un docu­­men­­taire de Ross Whita­­ker
Crédits : True­­films.tv

Pollock l’ath­­lète pense aussi que l’exer­­cice physique peut rame­­ner ceux qui souffrent d’un endom­­ma­­ge­­ment de leur épine dorsale à la vie. Ses spon­­sors orga­­nisent des courses pour récol­­ter des fonds pour la recherche, et pour promou­­voir l’en­­vie de certains para­­plé­­giques de quit­­ter leur fauteuil roulant. À l’été 2013, Pollock et sa fian­­cée ont rejoint le conseil d’ad­­mi­­nis­­tra­­tion de la fonda­­tion de Chris­­to­­pher et Dana Reeve, où ils travaillent au soutien d’un projet visant à explo­­rer comment la stimu­­la­­tion épidu­­rale peut combattre les effets secon­­daires d’une para­­ly­­sie, comme la perte des fonc­­tions urinaires, intes­­ti­­nales et sexuelles. Pour l’homme qui a repoussé les limites du corps humain et parti­­cipé aux courses les plus diffi­­ciles, ce nouveau chapitre de sa vie est sans doute son plus grand défi. « Quand je parti­­ci­­pais à une course, même dans des envi­­ron­­ne­­ments hostiles, j’en­­trais dans un événe­­ment struc­­turé, avec un départ et une arri­­vée », dit Pollock. « Là, je me sens davan­­tage comme un explo­­ra­­teur, encore plus que lorsque j’ai atteint le Pôle Sud. Les Shacke­­ton, les Scott et les Amund­­sen explo­­raient les fron­­tières d’un envi­­ron­­ne­­ment qui avait des fins physiques. » « Aujourd’­­hui, j’ex­­plore les fron­­tières d’un autre monde : celui de la rémis­­sion d’une bles­­sure à l’épine dorsale. »


Traduit de l’an­­glais par Benoit Marchi­­sio d’après l’ar­­ticle « The Incre­­dible Bionic Man », paru dans San Fran­­cisco Maga­­zine. Couver­­ture : L’exosque­­lette Ekso Bionics de Mark Pollock.

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