par jj39111 | 0 min | 9 février 2017

Les deux caïds

Au prin­­temps 2006, Dorde Zdrale a 29 ans et il est déjà une figure incon­­tour­­nable de la pègre bosniaque. Il a passé sept ans en prison, période durant laquelle il a tout de même réussi à tuer l’an­­cien chef des « Panthères », une unité d’élite de l’ar­­mée de la Répu­­blique serbe de Bosnie pendant la guerre de séces­­sion. Le 7 juin 2000, entre 20 h 30 et 20 h 50, Zdrale a en effet profité d’une permis­­sion de sortie pour déchar­­ger une arme auto­­ma­­tique sur la voiture de l’an­­cien para­­mi­­li­­taire, à un carre­­four de la petite ville de Bijeljina. Treize balles ont été tirées ; six ont atteint leur cible, la tuant sur le coup. Mais la permis­­sion de sortie de Dorde Zdrale n’a pas été enre­­gis­­trée par les auto­­ri­­tés péni­­ten­­tiaires et judi­­ciaires, ce qui lui four­­nit un alibi impa­­rable : « il était en prison au moment du meurtre ». C’est la raison pour laquelle il répond en homme libre à l’ap­­pel de Slobo­­danka Tosic le 13 avril 2006.

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Dorde Zdrale

De dix ans la cadette de Dorde Zdrale, cette brune aux yeux bleus a fini deuxième au concours de beauté Miss Bosnie-Herzé­­go­­vine en 2005, et remporté le titre de Miss Photo­­gé­­nique. Sous le charme, le crimi­­nel accepte bien volon­­tiers de passer un moment avec elle. Lorsqu’il la rejoint, elle lui demande de la conduire chez une amie pour qu’elle puisse récu­­pé­­rer des livres. Une fois arri­­vée à desti­­na­­tion, dans la banlieue-est de Sarajevo, Slobo­­danka Tosic fait mine de descendre de la voiture mais elle est gênée par la boue macu­­lant le sol. Dorde Zdrale s’ap­­proche encore un peu de la maison. Elle sort, fran­­chit les quelques mètres qui la séparent de la maison, se tourne vers lui et pose la main sur sa propre bouche. Surgissent alors des hommes armés qui ouvrent le feu sur la voiture. L’un d’eux est une autre figure incon­­tour­­nable de la pègre bosniaque, Darko Elez. Lui non plus n’a pas 30 ans en avril 2006, et il en a déjà passé cinq derrière les barreaux. Il a commencé sa carrière de crimi­­nel dans la contre­­bande de ciga­­rettes à la fin de la guerre de Bosnie, avant de se recon­­ver­­tir dans la vente d’armes, puis dans le vol et la vente de véhi­­cules, et enfin dans le trafic de cocaïne et d’hé­­roïne. Il menace Dorde Zdrale depuis le mois de janvier.

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Darko Elez

Les deux caïds se sont rencon­­trés en prison. Après avoir été roué de coups par un autre détenu, Elez avait demandé à Zdrale, qui jouit d’une carrure impo­­sante, de le proté­­ger. Il lui a par la suite demandé d’être le parrain de son fils. Ils ont ainsi entre­­tenu  des rela­­tions amicales, quoique super­­­fi­­cielles. Toujours est-il que leur riva­­lité au sein du milieu crimi­­nel a eu raison de cette cordia­­lité. Blessé au dos et au bras, Dorde Zdrale parvient à échap­­per à ses assaillants et à se réfu­­gier dans un café. Couvert de sang, il est trans­­porté à l’hô­­pi­­tal. Ne béné­­fi­­ciant pas d’une protec­­tion poli­­cière, Zdrale reprend la fuite, de peur d’être nouveau attaqué. Il est persuadé d’avoir été piégé par Miss Photo­­gé­­nique. La cour de Bosnie-Herzé­­go­­vine lui donnera raison dix ans plus tard. Entre-temps, Slobo­­danka Tosic devient une véri­­table star­­lette des Balkans.

Lutka

Juste après avoir tenté d’as­­sas­­si­­ner Dorde Zdrale, Slobo­­danka Tosic quitte la Bosnie et s’ins­­talle en Serbie, à Belgrade. Là, elle étudie le mana­­ge­­ment du sport, qu’elle pratique inten­­sé­­ment, à en croire les tenues de gym et le corps affûté qu’elle exhi­­bera long­­temps sur les réseaux sociaux. Tosic pour­­suit égale­­ment la carrière de mannequin débu­­tée avec les concours Miss Bosnie-Herzé­­go­­vine et Miss Photo­­gé­­nique. Elle pose pour plusieurs publi­­ca­­tions, dont la version serbe du célèbre maga­­zine de charme Play­­boy, qui la consacre « play­­mate du mois » en novembre 2008.

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Slobo­­danka Tosic

Sur la couver­­ture du numéro en ques­­tion, elle appa­­raît à demie-allon­­gée sur une plage, son corps nu et hâlé partiel­­le­­ment couvert de sable. Le visage mangé par ses cheveux bruns humides et emmê­­lés, elle lance un regard à la fois sombre et conqué­­rant à l’objec­­tif. Sur d’autres photo­­gra­­phies, la jeune femme, très maquillée et les cheveux teints en blond, prend la pose à côté d’une grosse moto verte. Tour à tour languis­­sante ou vague­­ment menaçante, elle est alors vêtue d’un t-shirt retroussé au-dessus d’un soutien-gorge plein à craquer et d’un minus­­cule short en jean. Slobo­­danka Tosic parti­­cipe aussi à la version serbe de l’émis­­sion de télé-réalité Koh Lanta, qui est tour­­née au Panama. Élimi­­née dès le deuxième épisode, elle se retrouve néan­­moins au centre de l’at­­ten­­tion. C’est à ce moment-là que son passé la rattrape : le public découvre avec effa­­re­­ment que la jeune femme est suspec­­tée d’avoir servi d’ap­­pât lors d’une tenta­­tive d’as­­sas­­si­­nat dans son pays. Or Slobo­­danka Tosic ne serait pas seule­­ment la complice de Darko Elez, elle serait égale­­ment sa petite amie. Et un membre actif du groupe qui porte son nom, devenu « l’or­­ga­­ni­­sa­­tion crimi­­nelle la plus puis­­sante des Balkans ». La plus puis­­sante, et la plus crainte. Entre 2006 et l’ar­­res­­ta­­tion de son chef en 2009, le groupe abat deux hommes et fait explo­­ser une voiture, tuant trois personnes. Il déleste aussi des four­­gons blin­­dés de 2,1 millions d’eu­­ros, et en dérobe des centaines de milliers d’autres dans un bureau de poste. Le montant total des vols commis par l’or­­ga­­ni­­sa­­tion est estimé à plus de trois millions d’eu­­ros. En 2010, Darko Elez est condamné à une peine de neuf ans d’em­­pri­­son­­ne­­ment par le tribu­­nal de Belgrade. De son côté, Slobo­­danka Tosic conti­­nue de se faire photo­­gra­­phier. Puis, en août 2013, elle est arrê­­tée en même temps que 31 autres membres suppo­­sés du groupe « Darko Elez ». Parmi eux se trouvent des poids lourds du milieu crimi­­nel et des agents de police bosniaques, mais la play­­mate semble être une des prin­­ci­­pales cibles de l’opé­­ra­­tion. C’est du moins ce que suggère son nom de code : « Lutka », qui signi­­fie « Poupée ». Extra­­dée vers la Bosnie-Herzé­­go­­vine, Tosic ne doit pas beau­­coup goûter ce trait d’hu­­mour : elle risque dix ans d’em­­pri­­son­­ne­­ment. Son procès a débuté lorsque, en juillet 2014, la jeune femme prend la fuite. Slobodanka-Tosic-pleure-des-larmes-de-sang-le-13-mars-2014-et-se-dit-chanceuse-Un-indice-de-son-passe-funebre_exact1024x768_l

En cavale

En juillet 2015, Slobo­­danka Tosic est de nouveau arrê­­tée, de nouveau extra­­­dée, et de nouveau jugée. Pour l’oc­­ca­­sion, Dorde Zdarle est invité à témoi­­gner. Il est extrait de la cellule où il purge enfin sa peine pour le meurtre de l’an­­cien para­­mi­­li­­taire de la Répu­­blique serbe de Bosnie. Et il semble­­rait que le caïd en veuille toujours à Miss Photo­­gé­­nique. Son témoi­­gnage est acca­­blant. Non seule­­ment Dorde Zdarle raconte avec minu­­tie comment Slobo­­danka Tosic l’a attiré jusqu’à la maison où il a essuyé les coups de feu de Darko Elez, mais il décrit aussi la rela­­tion de Tosic et Elez en ces termes : « Elle ferait tout pour lui. Elle l’ai­­mait, elle l’aime encore aujourd’­­hui. » En mars 2016, la Cour de Bosnie condamne Slobo­­danka Tosic à deux ans et demi d’em­­pri­­son­­ne­­ment. Celle-ci fait appel de la déci­­sion. Au second procès, Slobo­­danka Tosic se défend avec vigueur. Si la jeune femme concède connaître Darko Elez et Dorde Zdrale, elle nie avoir entre­­tenu des rela­­tions amou­­reuses avec les deux caïds, ou parti­­cipé à leurs acti­­vi­­tés crimi­­nelles : « Je ne savais pas ce qu’é­­tait la crimi­­na­­lité. Peut-être que je les inté­­res­­sais à cause de ce titre de Miss… » Elle nie égale­­ment avoir piégé Zdarle : « Je ne suis pas à la hauteur pour être impliquée dans cette histoire. »

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Slobo­­danka Tosic au sortir du procès

Assi­­gnée à rési­­dence, la jeune femme attend le verdict dans l’im­­meuble déla­­bré qu’ha­­bitent ses parents à Han Pije­­sak, petite ville d’une région monta­­gneuse de Bosnie orien­­tale. Loin, très loin, des paillettes de sa vie de star­­lette à Belgrade. Elle a main­­te­­nant 30 ans et « des problèmes de thyroïde » qui, a-t-elle dit au juge lors d’une audience, ferait de sa vie en déten­­tion un véri­­table « calvaire ». Ni cet argu­­ment ni les autres ne convainquent : en juillet 2016, Slobo­­danka Tosic est de nouveau condam­­née à deux ans et demi d’em­­pri­­son­­ne­­ment. Mais elle refuse de se plier à la déci­­sion du juge et s’échappe de la maison d’ar­­rêt avant que les auto­­ri­­tés aient pu la trans­­fé­­rer en prison. Malgré le message d’alerte diffusé par Inter­­pol, Slobo­­danka Tosic est toujours en cavale. Elle se terre quelque part en Serbie. En son absence, c’est sa mère, Jadranka, qui assure sa défense dans les médias. « Ma fille n’est pas une fugi­­tive », déclare-t-elle au tabloïd serbe Blic le 1er février 2017. « Elle est allée en Serbie parce qu’elle avait perdu confiance dans le système judi­­ciaire de la Bosnie-Herzé­­go­­vine. Ma fille ne se cache pas, mais elle était fati­­guée de tout cela. Elle se sent impuis­­sante. » Jadranka Tosic affirme que sa fille est inno­­cente et suggère que les caïds de la pègre ont essayé de se servir de sa popu­­la­­rité. Elle espère que « tout va bien­­tôt se termi­­ner par une fin heureuse ». Cepen­­dant, l’avo­­cat de Slobo­­danka Tosic, Vlado Adamo­­vic, est en train d’es­­sayer de prou­­ver que Dorde Zdarle est un témoin peu fiable et ce proces­­sus pour­­rait prendre trois ans.

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Détail d’une photo de Play­­boy
Crédits : Play­­boy

Couver­­ture : Slobo­­danka Tosic, assi­­gnée à rési­­dence.
 
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