par Jo Marchant | 27 février 2017

Ana Maria n’a jamais été au Machu Picchu. Cette femme de 61 ans a toujours voulu visi­­ter les ruines de cette montagne mais elle souffre d’hy­­per­­ten­­sion, et les méde­­cins l’ont mise en garde contre la haute alti­­tude, qui risque­­rait de faire dange­­reu­­se­­ment monter sa pres­­sion sanguine. Aujourd’­­hui, vêtue d’une chemise de nuit blanche et la tête recou­­verte d’un filet pour les cheveux, elle va visi­­ter ces murailles anciennes et ces pyra­­mides pour la première fois. Elle se trouve dans une clinique privée de Mexico et rit nerveu­­se­­ment alors qu’on pousse son fauteuil roulant dans une salle d’opé­­ra­­tion sans fenêtre. Le chirur­­gien trace un grand cercle sur sa cuisse à l’aide d‘un marqueur indé­­lé­­bile, ajoute plusieurs couches de Béta­­dine et injecte un anes­­thé­­siant local sous la peau. Dans le cercle se trouve une protu­­bé­­rance grais­­seuse, un lipome de 6 cm de diamètre qu’il s’ap­­prête à extraire. Ana va rester éveillée pendant l’opé­­ra­­tion, et elle a peur. Alors que le chirur­­gien prépare le scal­­pel, sa pres­­sion sanguine est à 183/93, encore plus haute que d’ha­­bi­­tude. Les patients subis­­sant ce genre d’in­­ter­­ven­­tion se voient souvent admi­­nis­­trer des séda­­tifs afin de suppor­­ter la douleur et l’an­xiété géné­­rées par l’opé­­ra­­tion, mais pas aujourd’­­hui. À la place, José Luis Mosso Vazquez, qui super­­­vise la procé­­dure, place un casque lisse et noir sur les yeux d’Ana et ajuste les bandes velcro.

Crédits : Ches­­ter Holme

Le chirur­­gien fait la première inci­­sion et le sang coule en un filet carmin le long de la jambe d’Ana. Elle est entou­­rée d’équi­­pe­­ments médi­­caux – des tabou­­rets, des chariots, des cotons, des seringues. De puis­­santes lampes chirur­­gi­­cales sont suspen­­dues au dessus d’elle et ses signes vitaux sont affi­­chés sur un moni­­teur juste derrière elle. Mais Ana ne s’en rend pas compte. Elle est plon­­gée dans une repro­­duc­­tion du Machu Picchu en trois dimen­­sions. Elle commence son périple par une vue aérienne à couper le souffle de l’an­­cienne ville accro­­chée à flanc de montagne, avant de plon­­ger en avant pour aller admi­­rer les détails des terrasses, des murs couverts de mousse et des petites huttes en pierre. Mosso la surveille atten­­ti­­ve­­ment. Ce chirur­­gien de l’uni­­ver­­sité panamé­­ri­­caine de Mexico, âgé de 54 ans, s’est donné pour mission de faire entrer la réalité virtuelle dans les salles d’opé­­ra­­tion. Il utilise cette tech­­no­­lo­­gie couplée à de simples anes­­thé­­sies locales pour mener à bien des opéra­­tions chirur­­gi­­cales qui demandent d’ha­­bi­­tude de puis­­sants anti­­dou­­leurs et séda­­tifs. Il essaye de prou­­ver que la réduc­­tion de l’uti­­li­­sa­­tion de substances chimiques permet­­trait non seule­­ment de réduire les coûts pour les hôpi­­taux dému­­nis du Mexique, mais aussi de simpli­­fier consi­­dé­­ra­­ble­­ment les effets secon­­daires et le temps de conva­­les­­cence pour les patients. Ce jour-là, il n’est pas sûr que le casque va suffire. Il espère que la réalité virtuelle va permettre à Ana de se passer des médi­­ca­­ments super­­­flus, mais si elle angoisse pendant l’opé­­ra­­tion, ses signes vitaux déjà alar­­mants risquent de s’ag­­gra­­ver. Il a préparé une intra­­vei­­neuse, au cas où il faudrait lui faire une injec­­tion en urgence. Le chirur­­gien dégage un large morceau de chair de la cuisse d’Ana, ses doigts glis­­sant sous la peau alors qu’il le libère douce­­ment. Il essuie ensuite le sang et recoud la bles­­sure. La procé­­dure prend 20 minutes et tout le monde sourit pendant qu’Ana remer­­cie l’équipe. Grâce à la réalité virtuelle, elle explique qu’elle à peine senti le scal­­pel péné­­trer sa peau : « J’étais trans­­por­­tée. D’ha­­bi­­tude je suis très stres­­sée, mais là je me sens très relaxée. » Les moni­­teurs confirment ses dires. Au cours de l’in­­ter­­ven­­tion, sa tension a même baissé.

Spider-Man

En 2004, Mosso a acheté un jeu Spider-Man pour son fils aîné – sa vie et sa carrière en ont été boule­­ver­­sées. Le jeu compre­­nait des images proje­­tées dans une struc­­ture fixée sur la tête du joueur, une des premières formes de réalité virtuelle (VR). Mosso a été frappé par la façon dont son fils était absorbé par le jeu. « Sa mère l’ap­­pe­­lait pour passer à table et il ne l’en­­ten­­dait pas, rien. Je me suis dit : et si j’uti­­li­­sais ça sur un patient ? » Mosso a alors commencé à utili­­ser le jeu pendant des endo­s­co­­pies gastro-intes­­ti­­nales, pendant lesquelles un tube flexible doté d’une caméra est intro­­duit dans la gorge du patient pour atteindre son esto­­mac. L’in­­ter­­ven­­tion est désa­­gréable et stres­­sante. Les gens demandent souvent à être anes­­thé­­siés, mais Mosso leur a proposé de jouer au jeu Spider-Man à la place, pour se distraire. Il a demandé aux patients d’éva­­luer leur douleur et leur stress pendant la procé­­dure, et en 2006 il a présenté ses résul­­tats durant la confé­­rence Mede­­cine Meets Virtual Reality (« la méde­­cine rencontre la VR »), en Cali­­for­­nie. L’idée d’uti­­li­­ser la VR pour faire bais­­ser l’an­xiété lors des inter­­­ven­­tions médi­­cales a d’abord été explo­­rée à l’uni­­ver­­sité de Seat­tle, dans l’État de Washing­­ton, où le psycho­­logue cogni­­tif Hunter Hoff­­man et ses collègues ont déve­­loppé un jeu inti­­tulé SnowWorld afin d’ai­­der les grands brûlés à suppor­­ter les soins.

Un extrait de SnowWorld 2003
Crédits : Daga­­da­­kis/Hoff­­man

Les cher­­cheurs espé­­raient que l’illu­­sion d’être physique­­ment immergé dans un monde en trois dimen­­sions généré par ordi­­na­­teur aide­­rait les patients à oublier la douleur ressen­­tie dans le monde réel. Ça a marché : l’équipe d’Hoff­­man a depuis démon­­tré lors d’es­­sais que le jeu permet­­tait aux patients de voir leur douleur réduite de moitié pendant les soins. Ils ont aussi constaté une baisse de l’ac­­ti­­vité céré­­brale dans les zones liées à la douleur. Mais à part ça, il n’y a pas eu beau­­coup d’autres recherches dans le secteur médi­­cal. Lors de la confé­­rence de 2006, Mosso a rencon­­tré Albert « Skip » Rizzo, psycho­­logue à l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie du Sud (et aujourd’­­hui réali­­sa­­teur de VR médi­­cale), qui avait lui aussi mené ce genre de recherches avec des endo­s­co­­pies. « Il a présenté dix cas », raconte Mosso. « J’en ai présenté 200. » Rizzo a montré à Mosso le casque coûteux et dernier cri qu’il utili­­sait. « C’était un autre monde », dit Mosso. Mais ensuite, Rizzo lui a montré l’équi­­pe­­ment avec lequel il avait débuté : il s’agis­­sait du même jeu Spider-Man. « À ce moment là, ma vie a changé », dit Mosso. « Skip m’a sauvé. »

Impres­­sionné par le travail de Mosso, Rizzo lui a donné un casque et persuadé une de ses collègues travaillant au Centre médi­­cal de réalité virtuelle de San Diego, Brenda Wiede­­rhold, de le lais­­ser utili­­ser les mondes virtuels qu’elle avait créés spécia­­le­­ment pour soula­­ger la douleur. Mosso est rentré au Mexique avec son nouvel équi­­pe­­ment et a commencé a utili­­ser la VR dans une variété de situa­­tions de plus en plus impor­­tante, allant de l’ac­­cou­­che­­ment à la conva­­les­­cence après des opéra­­tions cardiaques. Ça aidait globa­­le­­ment les patients à se détendre, mais ses résul­­tats les plus probants étaient surtout obte­­nus lors de petites chirur­­gies ambu­­la­­toires, comme l’ex­­trac­­tion de lipomes, de kystes et de hernies, pendant lesquelles les patients restaient éveillés mais sous légère séda­­tion. Il utili­­sait un scéna­­rio virtuel déve­­loppé par Wiede­­rhold et inti­­tulé La Forêt enchan­­tée, dans lequel les patients peuvent explo­­rer rivières, lacs, arbres et montagnes. (Le monde virtuel doit être relaxant pour que cela fonc­­tionne, note Mosso. Un jeu de combat, même s’il est distrayant, peut augmen­­ter le risque de saigne­­ments exces­­sif si l’ex­­ci­­ta­­tion influe sur la pres­­sion sanguine du patient.)

Un extrait de La Forêt enchan­­tée
Crédits : Wiede­­rhold

La VR est à présent étudiée par des équipes dans le monde entier pour soula­­ger la douleur dans des situa­­tions aussi variées que le trai­­te­­ment de bles­­sures, les soins dentaires ou encore le trai­­te­­ment de patho­­lo­­gies chro­­niques, comme les douleurs fantômes après ampu­­ta­­tion. Mais Mosso reste le seul cher­­cheur à avoir publié des résul­­tats sur l’uti­­li­­sa­­tion de la VR en chirur­­gie. Sur 140 patients étudiés, il a révélé que ceux ayant utilisé la VR avaient ressenti 24 % de douleur et de stress en moins pendant l’opé­­ra­­tion, en compa­­rai­­son à un groupe témoin. Il a obtenu des résul­­tats simi­­laires lors d’un test à échelle réduite.

Propo­­ser la VR aux patients a égale­­ment permis de dimi­­nuer de moitié l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion de séda­­tifs, et dans beau­­coup de cas ils ont même complè­­te­­ment été évités. Cela repré­­sente une grosse écono­­mie pour les cliniques dans lesquelles travaille Mosso. Des séda­­tifs comme le Fenta­­nyl ou le Mida­­zo­­lam sont « très, très chers », dit-il. Il estime avoir réduit le coût d’une inter­­­ven­­tion d’en­­vi­­ron 25 %, même s’il n’a pas encore combiné les données pour arri­­ver à un chiffre exact. Dimi­­nuer les doses de médi­­ca­­ments devrait aussi réduire les risques de compli­­ca­­tions et le temps de conva­­les­­cence des patients. Mosso veut faire plus de tests, mais en géné­­ral, explique-t-il, les patients n’ayant reçu qu’une anes­­thé­­sie locale peuvent rentrer chez eux une heure après l’in­­ter­­ven­­tion, alors que ceux ayant été complè­­te­­ment endor­­mis ont besoin de toute une jour­­née pour récu­­pé­­rer. « Cela fait bais­­ser le coût, le temps de conva­­les­­cence et les compli­­ca­­tions », dit Wiede­­rhold. « C’est incroyable. On n’a pas encore atteint ça aux États-Unis. » Grego­­rio Obra­­dor, doyen en méde­­cine à l’uni­­ver­­sité panamé­­ri­­caine, est impres­­sionné lui aussi. « Je pensais que c’était un peu ridi­­cule », admet-il. « Je suis habi­­tué à pres­­crire des anti­­dou­­leurs. » Mais après s’être docu­­menté sur la VR et le soula­­ge­­ment de la douleur, il est « convaincu que ça marche ». Mosso a accom­­pli plus de 350 opéra­­tions chirur­­gi­­cales en utili­­sant la VR et dit à présent qu’il aime­­rait voir cette tech­­no­­lo­­gie deve­­nir une compo­­sante habi­­tuelle du soula­­ge­­ment de la douleur en salle d’opé­­ra­­tion. Offerte en complé­­ment des médi­­ca­­ments, il pense que la tech­­no­­lo­­gie pour­­rait trans­­for­­mer la façon dont les patients sont soignés dans un large éven­­tail de procé­­dures médi­­cales. Mais il voit plus grand. Et si la VR deve­­nait plus qu’une simple alter­­na­­tive à la séda­­tion durant les opéra­­tions chirur­­gi­­cales ? Pour­­rait-elle aider à appor­­ter la chirur­­gie à des patients en des lieux où la séda­­tion est impos­­sible, où il n’y a pas du tout d’hô­­pi­­taux ?

El Tepeyac

Le moteur de la Jeep Chero­­kee de Mosso tourne à plein régime. Le moindre espace dispo­­nible est rempli de tentes, de boîtes en plas­­tique pleines de nour­­ri­­tures, d’équi­­pe­­ment chirur­­gi­­cal, de médi­­ca­­ments, de produits sani­­taires, et des sacs de vête­­ments, de pulls et de chaus­­sures ont été fice­­lés à la hâte sommai­­re­­ment sur le toit. À l’ar­­rière sont assis la femme de Mosso, gyné­­co­­logue, et leur plus jeune fils, Olivier. Pour distraire le garçon de neuf ans, deux bébés iguanes, captu­­rés dans la forêt près d’Aca­­pulco, font le voyage dans un sac en filet vert.

José Luis Mosso Vazquez
Crédits : DR

La route s’an­­nonce longue. Nous allons à El Tepeyac, un village isolé, situé à des centaines de kilo­­mètres dans les montagnes de l’État de Guer­­rero. C’est là que vit une commu­­nauté d’in­­di­­gènes appe­­lée Me’phaa (souvent nommée Tlapa­­neco par les étran­­gers), l’une des plus pauvres du Mexique. « Ils ont été oubliés », dit Mosso. « Ils vivent dans le froid, en haut d’une montagne. Ils n’ont ni hôpi­­taux, ni cliniques, ni rien. » Alors que les hauts immeubles de Mexico s’éloignent et font place à des bidon­­villes, puis à des montagnes recou­­vertes de forêts, Mosso me parle de son père, Victo­­rio. Il est né près d’El Tepeyac, mais il a quitté son village à l’âge de 13 ans avant de deve­­nir profes­­seur dans la région d’Aca­­pulco. Après son mariage, il est rapi­­de­­ment passé voir la maison de sa nais­­sance mais n’y est plus retourné avant que Mosso ne l’y emmène, 40 ans plus tard. Ils ont alors retrouvé Faus­­tino, le plus jeune frère de Victo­­rio. Au début, les deux frères ne se sont pas recon­­nus. « Ils ont dit “tu as l’air trop vieux” », se souvient Mosso. « Ensuite ils se sont pris dans les bras et ont pleuré, il y avait beau­­coup d’émo­­tion. C’était la première fois que je voyais mon père pleu­­rer. » Mosso a été choqué de décou­­vrir une telle pauvreté : les maisons n’en avaient que le nom. Les villa­­geois lui ont demandé d’exa­­mi­­ner un patient, une vieille femme fiévreuse qui était éten­­due dans une flaque d’eau, par terre (il venait d’y avoir une inon­­da­­tion et c’était le seul espace près du feu de chemi­­née). Elle avait une pneu­­mo­­nie. Mosso leur a dit qu’il ne pouvait rien faire. « C’était ma tante », dit-il. « C’est la dernière fois que je l’ai vue. Elle est morte quelques semaines après. » Il marque une pause, les yeux fixés sur la route. « C’est pour ça que j’y retourne. Pour ma tante. »

Le Guer­­rero, avec un des taux de meurtres les plus élevés au monde, est l’État le plus violent du pays.

En 2000, Mosso et Vero­­nica ont commencé à se rendre régu­­liè­­re­­ment à El Tepeyac. Ils ont aidé les villa­­geois à construire et appro­­vi­­sion­­ner une petite réserve de néces­­saire médi­­cal de base, et ont procédé à de petites opéra­­tions chirur­­gi­­cales. Mais il y a quelques années, ils ont dû cesser leurs visites suite à une pous­­sée de violence de la part des cartels. Les violences étaient habi­­tuel­­le­­ment diri­­gées vers les auto­­ri­­tés et vice-versa, mais depuis 2009, les cartels se sont mis à viser la popu­­la­­tion en pratiquant extor­­sions et kidnap­­pings. La violence est deve­­nue une routine pour beau­­coup de Mexi­­cains. Les infor­­ma­­tions, ici, sont pleines de déca­­pi­­ta­­tions, de muti­­la­­tions et de dispa­­ri­­tions. La veille, sur l’au­­to­­route aux abords de Mexico, nous sommes passés devant un groupe de quatre hommes traver­­sant calme­­ment la route à pieds, entre les voitures. L’un d’eux portait une jeune femme sur ses épaules, morte ou incons­­ciente, sa cheve­­lure sombre pendant sous sa taille. Mosso a haussé les épaules : pour lui, cette vision n’avait rien d’in­­ha­­bi­­tuel. Il travaille dans un hôpi­­tal de cette zone pendant les week-ends et raconte qu’une fois, il a dû ordon­­ner à son équipe de fuir la salle d’opé­­ra­­tion quand un homme armé a débarqué dans l’im­­meuble avec l’in­­ten­­tion de tuer son patient. La situa­­tion sécu­­ri­­taire est parti­­cu­­liè­­re­­ment mauvaise dans le Guer­­rero, l’État le plus violent du pays, qui affiche un des taux d’ho­­mi­­cides les plus élevés au monde. D’après un rapport de 2015 de l’an­­thro­­po­­logue de l’uni­­ver­­sité d’Ala­­bama Chris Kyle, les barrages routiers illé­­gaux, les vols de voitures et les kidnap­­pings sont monnaie courante dans cette région. D’après Kyle, la police a perdu le contrôle et les crimi­­nels vivent « dans la plus complète impu­­nité ».

En 2009, Mosso et Vero­­nica ont décidé à contre-cœur qu’il était trop dange­­reux de prendre la route. « Nous allions à El Tepeyac quatre fois par an », dit-il. « Quand les narcos ont commencé, on a complè­­te­­ment arrêté. » Mais il n’en peut plus, il veut revoir sa famille et s’inquiète pour la santé des villa­­geois. Alors même si la situa­­tion ne s’est pas amélio­­rée, il tente à nouveau le voyage. Depuis Mexico, la route la plus simple consiste à prendre l’au­­to­­route en passant par la capi­­tale du Guer­­rero, Chil­­pan­­cingo, puis d’al­­ler de Tlapa à Comon­­fort, la ville la plus proche d’El Tepeyac. Mais la route qui va de Chil­­pan­­cingo à Tlapa – le prin­­ci­­pal axe de trans­­port d’opium pour l’ex­­por­­ta­­tion – est « un enfer », dit Mosso, avec beau­­coup de fusillades et de kidnap­­pings. À la place, nous faisons un détour à travers les États de More­­los et Puebla. Nous voya­­geons de jour et mangeons en roulant, ne nous arrê­­tant briè­­ve­­ment qu’une seule fois en neuf heures de route sur une aire déserte.

Crédits : Ches­­ter Holme

Ses précau­­tions payent ; le seul problème poten­­tiel que nous croi­­sons est un convoi de trois voitures – « quand tu vois des véhi­­cules voya­­geant de cette façon, ce sont les narcos », dit Mosso en passant. Lorsque nous attei­­gnons enfin les rues escar­­pées de Tlapa, il se détend. C’est une zone presque exclu­­si­­ve­­ment indi­­gène et des groupes de vigi­­lantes ont jusque-là réussi à y limi­­ter la violence des cartels. De Tlapa, la route prend de l’al­­ti­­tude et devient plus diffi­­cile. À mesure que le soleil baisse, elle devient plus étroite pour ne finir par n’être plus qu’une piste faite de boue et de pierres. Dans le noir, nous parve­­nons tout de même à trou­­ver El Tepeyac. La seule ligne élec­­trique a récem­­ment été détruite par un orage. Les villa­­geois sont alignés pour nous accueillir avec des lampes torches. Leurs grands yeux et leurs sourires émergent de l’obs­­cu­­rité. L’ac­­cueil est d’abord un peu étrange – beau­­coup d’entre eux ne parlent pas espa­­gnol et Mosso ne parle pas le Me’phaa – jusqu’à ce qu’ils nous guident vers une longue table en plas­­tique située sous un abri et nous offrent de la soupe de poulet, des tortillas fraî­­che­­ment cuites au feu de bois et du thé au citron fumant. À l’aube, le soleil révèle le centre du village d’El Tepeyac : un groupe de bâti­­ments de ciment colo­­rés entou­­rant un terrain de basket-ball couvert, où se tiennent aussi les réunions commu­­nau­­taires et les repas. Envi­­ron 150 personnes vivent ici. Leurs maisons sont épar­­pillées sur le flanc de la montagne alen­­tour et chacun dispose d’un espace pour culti­­ver des légumes et élever vaches et poulets, ainsi que d’une large gout­­tière pour recueillir l’eau de pluie. La vue est à couper le souffle : les pentes sont recou­­vertes de forêts de pins et d’eu­­ca­­lyp­­tus, et chaque espace libre est occupé par des plants de maïs. (Le terrain se prête aussi parfai­­te­­ment à la culture du pavot et bien que nous n’en voyons pas la preuve à El Tepeyac, la plupart des commu­­nau­­tés de la région augmentent leurs reve­­nus de cette façon.)

El Tepeyac

Mosso montre du doigt des villages envi­­ron­­nants – si la majo­­rité des habi­­tants d’El Tepeyac sont Me’phaa, ceux du village voisin appar­­tiennent à un autre groupe indi­­gène, les Mixteco. Le suivant est peuplé de Nahuati, les descen­­dants des Aztèques. Aucun signal de télé­­phone ou de télé­­vi­­sion n’at­­teint cette zone, et ces commu­­nau­­tés n’ont que des contacts limi­­tés avec le monde exté­­rieur. Ils commu­­niquent entre eux par radio et via une télé­­vi­­sion en circuit fermé, qui ne diffuse que dans les dialectes locaux. Juste après le petit déjeu­­ner, Mosso rend visite à une autre de ses tantes. Elle est petite, trapue, persque éden­­tée, et vit avec son fils et sa belle-fille dans une maison de briques de boue rouge, avec un toit en taule ondu­­lée. Elle tient son neveu dans ses bras et pleure. Son mari, le frère de Victo­­rio, est décédé depuis la dernière visite de Mosso. Des dix frères et sœurs, seul un est encore en vie. Il est l’heure de se mettre au travail. Nous marchons le long d’une piste boueuse jusqu’à une bâtisse qui compte deux pièces, un sol en ciment et des étagères pleines de pots de compri­­més. « On dit que c’est une clinique », dit Mosso, « mais c’est juste une maison. » Les patients – certains sont d’El Tepeyac, d’autres sont venus à pieds des villages voisins – patientent sous un porche à l’ex­­té­­rieur pendant que Mosso et Vero­­nica installent des tables et des chaises à l’in­­té­­rieur.

Ce matin, les deux méde­­cins font clinique ouverte. La première patiente de Mosso est une jeune mère. Son bébé de sept mois, Hector, a le front aplati et pleure. Mosso diagnos­­tique une micro­­cé­­pha­­lie : le cerveau du bébé ne s’est pas déve­­loppé correc­­te­­ment. Le virus Zika provoque des cas de micro­­cé­­pha­­lie un peu partout en Amérique centrale et en Amérique du sud, mais Mosso ne pense pas que ce soit le respon­­sable dans le cas présent. Le mous­­tique qui trans­­porte le virus ne vit habi­­tuel­­le­­ment pas à de telles alti­­tudes (2 300 mètres) et la femme affirme ne pas s’être rendue sur la côte. Elle n’ex­­prime aucune émotion à l’énoncé du diagnos­­tic, remer­­cie Mosso et s’en va.

Crédits : Ches­­ter Holme

Le méde­­cin voit défi­­ler envi­­ron 20 patients ce matin-là. Un homme angoissé porte des marques rouges sur la cuisse, lais­­sées par les mâchoires d’une taren­­tule qui a grimpé dans son panta­­lon pendant qu’il travaillait dans les champs. Depuis, il a déve­­loppé des troubles cuta­­nés et une douleur au dos, et il a peur que le poison n’en soit respon­­sable. Mosso pres­­crit des anti­­bio­­tiques pour parer à un cas de para­­si­­tose et à une infec­­tion des reins, et trouve des caries dentaires à presque tout le monde. Les gens de cette région sont peu éduqués en matière d’hy­­giène buccale. Le diabète est égale­­ment monnaie courante car les villa­­geois boivent beau­­coup de bois­­sons sucrées à la place de l’eau. Mosso les sermonne un par un : « Pas de Coca-Cola », dit-il, « une seule tortilla, pas cinq. » Un vieil homme vient le voir avec une hernie qui n’a pas été trai­­tée en 20 ans. Le docteur le plus proche est à Tlapa, explique Mosso ; en voiture, il faut une heure pour s’y rendre, mais à pieds c’est un long trajet. Le gouver­­ne­­ment prétend subven­­tion­­ner les soins médi­­caux pour les groupes indi­­gènes, dit-il, mais même quand ils parviennent à atteindre les cabi­­nets des méde­­cins, ils subissent parfois de la discri­­mi­­na­­tion, ils inter­­­rompent les trai­­te­­ments, ou ne savent simple­­ment pas qui aller voir ou quels soins existent. Mosso rédige plusieurs lettres pour recom­­man­­der les patients à ses collègue de Tlapa, en espé­­rant que cela accé­­lé­­rera leur accès aux soins néces­­saires. Il distingue aussi plusieurs cas dans lesquels une inter­­­ven­­tion chirur­­gi­­cale sur place est envi­­sa­­geable. Mais il y a un problème : il n’y a toujours pas d’élec­­tri­­cité dans le village.

Le monde sous-marin

Après un déjeu­­ner dans la maison de la nièce de Mosso, nichée à flanc de montagne, au bout d’une piste boueuse si escar­­pée que les roues de la jeep ont du mal à la gravir, la lumière revient. Les opéra­­tions chirur­­gi­­cales vont fina­­le­­ment pouvoir avoir lieu. Le sol de la clinique est sommai­­re­­ment passé à la serpillière, tandis que Mosso et Vero­­nica revêtent des blouses stériles et sortent les scal­­pels. Une fillette de neuf ans du nom de Joanna est allon­­gée sur un lit près de la fenêtre et crie en appe­­lant sa mère. Mosso va reti­­rer une excrois­­sance de carti­­lage de derrière son oreille. Elle porte des jeans et un t-shirt, ses pieds sont sales et nus. À travers la fenêtre, on aperçoit des enfants qui jouent, des adultes assis sur des chaises qui partagent de la tequila faite maison, et les montagnes qui s’étendent à perte de vue. Une mouche vole lente­­ment au dessus du sol écla­­boussé de pein­­ture.

Sous l’eau
Crédits : Google Play

Vero­­nica ajuste le casque de VR et la fille retrouve immé­­dia­­te­­ment son calme. « Je vois des pois­­sons », dit-elle. « Je vois l’eau. » Mosso a sélec­­tionné pour elle un univers insu­­laire, avec des ruines de pierre et des pois­­sons tropi­­caux sous l’eau. Elle reste immo­­bile et calme jusqu’à ce que Mosso ait terminé les points de suture, et décrit ensuite son expé­­rience. « Je n’avais jamais vu la mer », dit-elle. « J’ai aimé. J’ai trouvé que l’eau était tiède. » Suivent plusieurs cas de lipomes à reti­­rer. Ces tumeurs bénignes sont inof­­fen­­sives mais si elles sont doulou­­reuses, Mosso recom­­mande la chirur­­gie. Il opère une maîtresse d’école mater­­nelle de 54 ans qui a deux lipomes sur le bras, et un homme de 20 ans qui a étudié à Tlapa et déjà joué à des jeux vidéo. L’homme est d’abord scep­­tique face à la VR, mais après l’opé­­ra­­tion, il déclare : « C’était mieux que ce à quoi je m’at­­ten­­dais. » Vient ensuite le tour d’Oli­­ve­­ria, 31 ans, dont les cheveux bruns frisés sont rete­­nus par des barrettes en formes de papillons argen­­tés. Elle a quatre enfants, travaille dans les champs et a fait une heure et demie de marche pour venir depuis son village, situé plus au sud. Elle a un lipome dans le bas du dos, qui la fait souf­­frir quand elle bouge. Ce cas est légè­­re­­ment plus compliqué, mais il semble­­rait que le lipome peut encore gran­­dir et Mosso pense qu’il vaut mieux le reti­­rer au plus vite. Olive­­ria est à plat ventre dans son jean noir et son soutien gorge lorsque Vero­­nica lui met le casque. Elle regarde le même monde sous-marin que Joanna. Mosso injecte un anes­­thé­­siant local, fait une inci­­sion et enfonce ses doigts. Il tâte. « Je vais devoir ouvrir le muscle », conclut-il. Il élar­­git l’in­­ci­­sion et ouvre la chair avec un écar­­teur en métal avant d’al­­ler plus profond. Il finit par réus­­sir à extraire la boule de graisse. Vero­­nica la tient bien avec une pince, tandis que Mosso se réjouit : l’opé­­ra­­tion est un succès. Mais le monde sous-marin est soudai­­ne­­ment remplacé par un message d’er­­reur. L’or­­di­­na­­teur portable n’était pas bran­­ché et la batte­­rie s’ap­­prête à flan­­cher. Quelques secondes plus tard, Mosso et Vero­­nica réalisent que Olive­­ria a perdu conscience.

Un groupe d’hommes armés en tenues mili­­taires nous fait signe de nous arrê­­ter.

Tout le monde s’af­­faire. Ils mettent la patiente sur le dos, Mosso lui fric­­tionne la poitrine en criant : « On rentre à la maison ! » pendant que Vero­­nica agite des cotons imbi­­bés d’al­­cool sous son nez. La douleur a fait brusque­­ment bais­­ser la tension d’Oli­­ve­­ria et elle s’est évanouie, explique Mosso. Il installe une intra­­vei­­neuse avec un liquide destiné à faire remon­­ter sa pres­­sion sanguine. Peu après, Olivie­­ria gémit et repousse le coton d’al­­cool. « Respire douce­­ment », lui dit Vero­­nica. Mosso chasse une mouche de son visage. Quelques minutes plus tard, ils mettent Olivie­­ria sur le côté afin de recoudre sa bles­­sure. Mosso n’a pas le maté­­riel pour l’anes­­thé­­sier, ou lui propo­­ser d’an­­ti­­dou­­leurs plus puis­­sant que le petit anes­­thé­­siant local qu’il a déjà injecté. Il rebranche donc l’or­­di­­na­­teur et relance la VR. Vero­­nica conti­­nue de faire parler Olive­­ria pendant que Mosso travaille. « Qu’est-ce que tu vois ? » demande-t-elle. « Des pois­­sons, de l’eau, des pierres », répond-elle. Ils l’aident ensuite à se rele­­ver et à marcher jusqu’à un lit dans la salle atte­­nante. Il n’y a rien pour accro­­cher le sac de l’in­­tra­­vei­­neuse alors Mosso finit par l’ac­­cro­­cher à une vieille lampe qu’il fixe à la table près du lit et des iguanes d’Oli­­vier, qui mange joyeu­­se­­ment de la salade verte dans une assiette. Est-ce qu’il trouve que ces risques valent le coup ? « Oui », dit-il sans hési­­ta­­tion. « Ils n’ont aucune autre oppor­­tu­­nité de subir des opéra­­tions. Et le risque est très bas. Sur 350 patients, je n’en ai eu qu’un seul avec des compli­­ca­­tions. Ça a l’air facile, mais on ne sait jamais ce qui peut arri­­ver », dit Mosso quand la crise est passée. « À l’hô­­pi­­tal je suis détendu, parce que les moni­­teurs me donnent le rythme cardiaque du patient, son rythme respi­­ra­­toire, son taux d’oxy­­gène dans le sang… Il y a un anes­­thé­­siste, des infir­­mières en blouses stériles, d’autres chirur­­giens. Mais ici, on est loin des hôpi­­taux et de mes collègues. Avec ou sans surprise, je suis inquiet. Qu’ar­­ri­­ve­­rait-il s’il se passait quelque chose et que je n’avais pas de solu­­tion ? Tlapa est loin d’ici. »

Une demi-heure plus tard, Olive­­ria est prête à partir. « Je ne savais pas qu’on allait m’opé­­rer aujourd’­­hui », dit-elle à Mosso et Vero­­nica. « Merci. » Mosso lui donne du para­­cé­­ta­­mol et des anti­­bio­­tiques, et lui dit de prendre un taxi pour rentrer. Elle a demandé à garder le lipome – il lui tend le lobe entor­­tillé et taché de sang dans un petit pot d’al­­cool. Ses mains tremblent quand elle le prend. Le lende­­main matin, une fête d’adieux impromp­­tue est orga­­ni­­sée sur le terrain de basket. L’or­­chestre du village accom­­pagne une série de danses tradi­­tion­­nelles mexi­­caines, dont une au cours de laquelle Mosso effec­­tue une imita­­tion athlé­­tique et impres­­sion­­nante d’un iguane.

Crédits : Ches­­ter Holme

Il veut partir tôt – ce jour-là, nous devons conduire jusqu’à Acapulco, où il prévoit de rendre visite à de la famille (et de relâ­­cher les vrais iguanes) avant de rentrer à Mexico. Malgré l’iti­­né­­raire tortueux qu’il envi­­sage, il n’est pas prudent d’être sur la route aux envi­­rons d’Aca­­pulco après la tombée de la nuit. Mais une nouvelle file d’at­­tente s’est formée devant la clinique. Vero­­nica donne aux villa­­geois les vête­­ments et les provi­­sions qui étaient dans la jeep (des dons venus de l’école d’Oli­­vier) pendant que Mosso voit les patients. Il y a un cas de plus qui doit subir une opéra­­tion : un garçon présen­­tant un héman­­giome (une tumeur bénigne des vais­­seaux sanguins) sur la tête. Sur le plan médi­­cal, il n’est pas abso­­lu­­ment néces­­saire de l’en­­le­­ver, mais le garçon est la risée de ses copains – « Ils disent que c’est un insecte », traduit Mosso – et sa mère est déses­­pé­­rée. Mosso accepte de l’opé­­rer, mais une fois qu’il a terminé, d’autres patients arrivent. Ils ont marché une heure pour venir le voir. Mosso refuse.

C’est déjà le début d’après-midi, il faut partir. Nous roulons sept heures sans nous arrê­­ter. L’air se réchauffe à mesure que nous quit­­tons les montagnes pour redes­­cendre vers la mer. Mosso est nerveux et accé­­lère jusqu’à 150 km/h sur la longue route côtière, mais ce n’est pas suffi­­sant. Le soleil se couche et nous roulons à toute allure vers la ville dans l’obs­­cu­­rité. Des voitures venant en sens inverse commencent à faire cligno­­ter leurs phares, et peu après un groupe d’hommes armés en tenues mili­­taires nous fait signe de nous arrê­­ter. Mosso connaît la chan­­son. Il ouvre rapi­­de­­ment la fenêtre, allume la lampe du plafon­­nier et fait passer son fils à l’avant. Il explique qu’ils cherchent des narcos. Du moment qu’ils voient que nous ne cachons rien, ils devraient nous lais­­ser passer. L’homme armé inspecte l’in­­té­­rieur de la voiture et nous fait signe de partir. Une fois arrivé à Acapulco, dans un complexe d’ap­­par­­te­­ments sécu­­ri­­sés, Mosso fait le bilan de l’ex­­pé­­di­­tion. Mis à part l’épi­­sode de l’éva­­nouis­­se­­ment, les patients s’en sont tous bien tirés et notre voyage s’est bien passé. « C’est un succès », dit-il. « Je suis content du résul­­tat. » Il garde les données de toutes les opéra­­tions qu’il a effec­­tuées, et espère que son expé­­rience encou­­ra­­gera l’uti­­li­­sa­­tion de la VR pour aider les patients d’autres commu­­nau­­tés dému­­nies à travers le monde. Le coût des casques de VR était prohi­­bi­­tif mais depuis deux ans, des outils abor­­dables sont sortis, comme le Samsung Gear VR (qui coûte moins de 120 €), le Google Card­­board (3,50 €), ainsi qu’un nombre toujours plus impor­­tant de mondes virtuels dispo­­nibles gratui­­te­­ment en ligne. Ces nouveau­­tés ont révo­­lu­­tionné l’ac­­cès à cette tech­­no­­lo­­gie. « Quand on a commencé, la réalité virtuelle coûtait très cher, c’était diffi­­cile à acqué­­rir et diffi­­cile à instal­­ler », dit Mosso. « Aujourd’­­hui, tout le monde peut s’en servir. » Même si Mosso a connecté son casque à un ordi­­na­­teur à El Tepeyac, il a montré par le passé que cela fonc­­tion­­nait aussi bien en utili­­sant un télé­­phone mobile, parfait pour soula­­ger la douleur dans des zones diffi­­ciles. « L’équi­­pe­­ment ne pèse rien », dit-il. « C’est très facile à utili­­ser. »

First Life VR, par Sir David Atten­­bo­­rough
Crédits : Atlan­­tic Produc­­tions

Mosso prévoit déjà de retour­­ner à El Tepeyac. Pendant notre voyage, il a rencon­­tré un repré­­sen­­tant local du gouver­­ne­­ment qui lui a demandé de rendre visite à d’autres commu­­nau­­tés indi­­gènes de la région. Cela néces­­site du temps et de l’argent que Mosso n’a pas. Mais il essaye de convaincre ses collègues de Mexico de l’ai­­der et espère pouvoir retour­­ner bien­­tôt dans l’État de Guer­­rero avec une équipe de chirur­­giens, peut-être au prin­­temps. Il rêve de pouvoir atteindre un jour des commu­­nau­­tés encore plus recu­­lées. Des villages au fin fond des montagnes dont il a entendu parler mais où il n’est jamais allé, qui n’ont pratique­­ment aucun contact avec le monde exté­­rieur. Mosso est une des personnes les plus enjouées que je connaisse, mais ce soir, son opti­­misme est tempéré. Il explique que son senti­­ment domi­­nant en quit­­tant El Tepeyac était la colère. « J’ai vu un certain déve­­lop­­pe­­ment écono­­mique », dit-il. « Mais ma famille vit dans la même maison, ils portent les mêmes vête­­ments. Tout ce que j’ai donné n’est rien. Quand je leur ai dit au revoir, j’étais en colère contre moi-même parce que je ne peux rien faire pour eux. » Mosso est doulou­­reu­­se­­ment conscient du fait qu’il faudra plus que de la VR et des dons de sweat-shirts pour résoudre les problèmes des habi­­tants d’El Tepeyac, et de son pays. Mais il travaille à les aider de la seule façon qu’il connaît.


Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret d’après l’ar­­ticle « Virtually pain­­less – how VR is making surgery simpler », paru dans Mosaic Couver­­ture : Réalité virtuelle et chirur­­gie. (Ulyces.co)


 

Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
Premium WordP­ress Themes Down­load
Down­load Premium WordP­ress Themes Free
Down­load WordP­ress Themes
free down­load udemy course
Download WordPress Themes Free
Download Nulled WordPress Themes
Download Premium WordPress Themes Free
Download WordPress Themes
udemy course download free

PLUS DE SCIENCE