Wim Hof, l'homme de glace ; Marine Leleu, l'Enduro woman n°1 ; et l'apnéiste de l'extrême Adam Stern nous donnent le mode d'emploi pour devenir surhumains.

par Malaurie Chokoualé | 11 min | 26/07/2018

Le commun des mortels pourrait penser qu’un triple Ballon d’or ne rencontrerait pas le genre de casse-têtes qu’entraînent un déménagement, mais il a tort. Les lèvres pincées, Cristiano Ronaldo a vécu son arrivée à la mi-juillet dans sa nouvelle team de la Juventus Turin avec le sentiment d’avoir oublié un léger détail. En effet, il n’a pas encore réussi à transporter sa machine d’entraînement fétiche – l’Anti-Gravity Treadmill conçu d’après une technologie de la NASA – depuis Madrid. Cette machine à deux millions de dollars permet à CR7 de s’entraîner sans gravité ou encore d’augmenter son poids artificiellement pour se muscler plus rapidement.

À 33 ans, le Portugais semble toujours aussi frais qu’à l’aube de sa carrière et, avec cet engin, on pourrait bien avoir découvert l’un des secrets de ses aptitudes hors du commun. Mais le commun des mortels, justement, peut-il développer des capacités aussi extraordinaires sans avoir deux millions en banque ? D’autres super-héros du monde réel en sont convaincus, et partagent leur savoir avec le plus grand nombre.

Crédits : Wim Hof Method

La méthode Wim Hof

Appuyé contre la rambarde de l’une des terrasses de l’Hôtel W de Barcelone, un couple de vacanciers, enveloppés dans des peignoirs blancs, jettent un regard incrédule vers la scène qui se déroule sous leurs pantoufles. Un homme en short avec des perruches, à la barbe fournie, semble mener la bataille, un ukulélé sous le bras. « Who let the dogs out ? » crie-t-il d’une voix caverneuse. « HOU-HOU-HOU-HOU ! » lui répondent en beuglant des silhouettes tremblotantes, assises dans une piscine gonflable, avec de l’eau glacée jusqu’à la poitrine. Après une trentaine de secondes de respirations profondes et de chants entraînants, la quinzaine de participants se relève en vitesse avant d’aller rejoindre un autre groupe qui se balance déjà, trempés eux aussi, de gauche à droite. Pour se réchauffer, leurs bras balaient l’air comme s’ils tenaient une boule de pétanque, suivant les mouvements de leur torse.

« C’était une belle journée, non ? Incroyable, le nombre de gens qu’il y avait, avec de si bonnes énergies. J’apprends beaucoup de l’énergie des gens », s’enthousiasme Wim Hof. La grande salle de conférence de l’hôtel est à présent vidée et Wim Hof, son ukulélé posé derrière lui, est assis en tailleur sur l’estrade. On l’appelle « l’Homme de glace ». Ce Hollandais de 59 ans n’est pas grand, mais la force qu’on lit dans ce regard d’un bleu profond en dit long sur son imposant palmarès.

Wim a toujours été passionné par les liens qu’entretiennent le corps et l’esprit. En 1979, il a 20 ans et se promène dans un parc enneigé d’Amsterdam. Au fil de sa balade, il aperçoit des canaux recouverts d’une fine couche de glace. Pris d’une soudaine curiosité, il retire rapidement ses vêtements et se dirige, nu comme un vers, vers l’eau gelée. Il plonge. Le choc est violent, mais rapidement, le temps se ralentit, il se sent bien. Il trouve d’instinct une respiration bien particulière qui ne le quittera plus. Jusqu’à aujourd’hui, cette exposition au froid est quotidienne.

Une expérience réalisée sur Wim Hof
Crédits : Henny Boogert

Pendant quinze ans, il a expérimenté, seul dans son coin, ses nouvelles capacités. Il s’est attelé sans cesse à repousser ses limites, à apprendre à contrôler ses émotions et son corps afin de connaître la paix et la plénitude. Mais il y a plus de dix ans, il a commencé à devenir l’objet de toutes les curiosités aux Pays-Bas, volant de plateaux de télévision en performances publiques. En 2007, il a fait la une des journaux du monde entier en se lançant dans l’ascension de l’Everest uniquement vêtu d’un short et de chaussures de randonnée. Aujourd’hui, Wim Hof est détenteur d’une vingtaine de records du monde et les gens viennent de loin pour le rencontrer, comprendre la clé de sa réussite et, si possible, en prélever un morceau.

La méthode qu’il a mise au point est une technique d’épanouissement personnel qui repose sur trois piliers : des techniques de respiration profonde et rapide, une thérapie par le froid, et ce qu’il appelle l’ « engagement ». Wim assure que la combinaison de ces trois éléments est bénéfique pour la santé physique et mentale. Elle offrirait par exemple un meilleur sommeil, une énergie accrue, des performances sportives améliorées, une réduction du stress, une plus grande tolérance au froid, ou bien encore un renforcement du système immunitaire.

La respiration, tout d’abord, doit être profonde et s’accélérer progressivement. Elle consiste à « inspirer pleinement et rapidement de l’oxygène et expirer du dioxyde de carbone lentement 30 fois ; puis à retenir sa respiration pendant une minute les poumons vides, puis les poumons pleins ». Ensuite, la thérapie par le froid permet de créer de la graisse brune. Cette fameuse graisse a longtemps été ignorée par la science et sert en fait à protéger les organes vitaux. Les nourrissons ou les humains vivants dans des environnements froids en possèdent au niveau du torse, mais sur nos corps d’Européens douillets, cette graisse a complètement disparu.

Grâce à cette graisse, l’être humain dispose d’une capacité innée à résister aux éléments. Le corps de Wim contient plus de graisse brune qu’un homme « normal » et c’est en faisant des scanners qu’il a compris son importance et l’intérêt de sa technique.

Enfin, l’engagement, ou plutôt, le « pouvoir de l’intention » est un pilier essentiel de la méthode de Wim Hof. Car il affirme que c’est par la volonté que l’on peut arriver à contrôler son corps.

Le pouvoir de l’intention

Les yeux brillants de fatigue et d’émotion, Marine Leleu pousse avec toute la force qui lui reste sur les pédales de son Liv. L’Arc de Triomphe n’est pas loin et n’a pour elle jamais aussi bien porté son nom. Encouragée par des followers, sa famille, son équipe et son coach, elle porte à bout de guidon une nouvelle victoire. Il est trois heures du matin, mais une foule joyeuse est bien là pour l’acclamer. Après 140 km de course à pied, 40 km de nage pour traverser la Manche et 289,7 km de vélo, elle vient de relier Londres et Paris en 69 heures et 52 minutes. Le 26 juin 2018, elle est devenue la première Française à s’être lancée dans l’aventure de l’Enduroman et seulement la 28e personne à accomplir cet exploit. « Je n’ai jamais douté que je n’allais pas réussir l’Enduroman », explique-t-elle plusieurs semaines après l’effort, un brin de fierté compréhensible dans la voix.

Marine Leleu vit à mille à l’heure. Coach sportive et releveuse de défis de l’extrême depuis 2014, l’année de son premier marathon, la jeune femme de 26 ans semble n’avoir aucune limite et elle est en outre portée par 448 000 abonnés sur Instagram, près de 112 000 sur Facebook et plus du double sur YouTube. Influenceuse sur les réseaux sociaux, Marine y partage ses défis, ses entraînements et tente d’inciter les jeunes de sa génération à faire du sport. Officiellement, elle a sept marathons, quatre demi-Ironman et trois Ironman à son actif.

Crédits : Marine Leleu/Facebook

Pour se préparer à l’Enduroman, deux ans de travail ont été nécessaires. « Mais j’ai été au repos pendant huit mois parce que l’été dernier je me suis cassée l’épaule, et j’ai repris en février de cette année », raconte-t-elle. Entourée d’une équipe bienveillante et à l’écoute, Marine est coachée durant toute la préparation. « Par exemple, pour la natation, j’ai eu la chance d’être entraînée par Magali Merino, entraîneuse du champion du monde des 25 km de natation de l’équipe. Je ne me blesse presque jamais parce que je fais des blocs de travail, par discipline. Et je fais toujours attention à ce qu’il n’y ait pas trop d’impact. »

La science est semble-t-il en mesure d’expliquer les capacités extraordinaires de Wim et Marine. Depuis plus de dix ans, Wim prête son corps et ses aptitudes à son examen. Une étude réalisée en 2011 par le Centre médical universitaire de Radboud, aux Pays-Bas, change tout. Après de nombreux tests, les chercheurs ont constaté que Wim Hof était capable d’avoir une influence volontaire sur son système nerveux autonome, ce que personne n’avait jamais cru possible. « Normalement, le cortex insulaire ne s’active que dans un état d’euphorie ou de profonde méditation. Mais les scientifiques ont pu observer que chez moi, quand je me trouve dans de l’eau très froide, elle est très active. Il s’agit de notre capacité innée de gérer le stress. Cela signifie que nous pouvons lutter contre l’anxiété. Que nous pouvons contrôler notre corps. C’est incroyable. Nous allons supprimer la dépression de la face du monde ! Ils ont dû réécrire les livres de science », jubile Wim.

Cette étude a véritablement repoussé les limites de ce que les scientifiques croyaient savoir du cerveau. Elle sera suivie par une farandole d’autres, toutes à l’initiative de Wim et financées par des mécènes curieux et généreux. « Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, finance par exemple une étude sur l’impact de ma méthode sur la bipolarité », explique-t-il. Six études de la sorte sont actuellement en cours dans différents laboratoires à travers le monde, dont une étude australienne qui tente d’évaluer l’effet de la « Méthode Wim Hof » sur les participants.

Crédits : Marine Leleu/Facebook

Contrairement à Wim Hof, Marine Leleu n’a jamais été étudiée par la science. Mais le pouvoir de l’intention professé par Wim est une notion qui lui est familière. « Nous ne connaissons presque rien des capacités du mental, mais j’ai l’intuition que c’est la chose la plus importante qu’un être humain puisse avoir. Il nous faut être à l’écoute et nous y intéresser. Le mental m’a énormément aidée pour la traversée de la Manche. C’est là que les entraînements avec mon coach, qui ne me disait jamais quand l’entraînement allait se terminer, ont payé. » Car en plus du mental, tout est une question d’entraînement, de travail.

Travailler dur

À quelques centimètres de son visage, seul le filin guide se détache dans l’obscurité. La tête en bas, Adam, les yeux fermés, ne le voit pas défiler à bonne vitesse. Le Trou Bleu de Dean est calme et quelques poissons nagent paisiblement à distance mesurée. Comme à chaque fois qu’il plonge, Adam se sent aussi léger qu’une plume. Les mètres se déroulent, puis Adam atteint la profondeur qu’il avait officiellement annoncé la veille : 94 mètres. « Là en bas, on ne risque rien. C’est plutôt quand on remonte, près de la surface, que l’on risque l’hypoxie par exemple [le manque d’oxygène] et qu’il faut vraiment faire attention », raconte-t-il depuis les Bahamas. Adam émerge de l’eau après 3 min 13 s d’apnée. Il prend une gorgée d’air, enlève son pince-nez et formule un « I am OK! » tout en joignant le pouce et l’index 👌, comme l’exige le protocole. Quelques secondes plus tard, les juges valident sa performance sous les applaudissements : l’Australien vient de battre son propre record national et il lui reste encore cinq autres plongées à réaliser.

Du 16 au 28 juillet 2018, 46 des meilleurs apnéistes de la planète se retrouvent sur l’île de Long Island pour une compétition exceptionnelle : Vertical Blue. Les participants vont descendre dans l’un des trous bleus les plus profonds du monde : 202 mètres sous le niveau de la mer. Adam Stern a grandi au bord de l’eau, avec le surf comme activité parascolaire. Il a toujours adoré les vagues, « mais je n’ai découvert la plongée qu’à 23 ans », précise-t-il. Il a développé une relation très étroite avec son corps. Il a appris à l’écouter, à le respecter. La compétition s’est petit à petit imposée à lui, mais il n’avait jamais imaginé qu’il voyagerait à travers le monde pour participer à des compétitions. Aujourd’hui, il bat ses propres records nationaux et il est devenu une pointure dans le milieu.

Crédits : Adam Stern

Les entraînements quotidiens d’Adam se font en deux temps. « Les trois quarts du temps, je m’entraîne en piscine, et le reste du temps, je voyage pour aller faire de la plongée libre à travers le monde », raconte-t-il. Il donne également des cours de plongée et organise des camps. « Il n’y a pas un profil type de gens intéressés ; les gens viennent de partout, ils sont de tous les âges et de toutes les conditions physiques. Chacun va à son rythme et l’objectif est vraiment de se dépasser soi-même. »

Wim, Marine et Adam ont tous les trois à cœur de partager leur passion et de montrer à tous qu’il est possible de les imiter. Ces aptitudes en apparence extraordinaires n’ont-elles donc rien de surhumain ? « L’apnée reste quelque chose de très mystérieux et beaucoup de gens pensent que nous avons des super-pouvoirs », avoue-t-il en riant. « Mais rien n’est inné. C’est du travail, du travail et encore du travail. Tout le monde peut arriver à faire ce que je fais », assure Adam. C’est dans cette idée que tous les trois diffusent leurs défis et leurs conseils. Adam et Marine ont créé des chaînes YouTube pour répondre aux questions de leurs followers et les aider dans leur pratique sportive.

Outre le programme payant qu’il propose en ligne, Wim Hof organise pour sa part des camps d’une semaine dans la campagne polonaise où il invite les participants à tenter de prendre le contrôle de processus corporels normalement autonomes. Aujourd’hui, il y aurait environ 100 000 pratiquants de la « Méthode Wim Hof » en France, et Wim a formé des coachs pour l’aider à partager ses compétences avec le plus grand nombre. Selon lui, en quelques jours d’entraînement, les participants seront capables de pouvoir contrôler leur système immunitaire pour lutter contre des maladies voire d’en supprimer totalement certaines, comme l’arthrite ou le lupus.

Après le mental et le travail, voici donc finalement le troisième ingrédient pour une performance surhumaine : le soutien. Wim, Marine ou Adam ont tous les trois été soutenus par leurs proches et par une équipe. « Il faut s’entourer des bonnes personnes, celles qui croient en vous. Pour l’Enduroman, ça a été le cas. Sans cette équipe qui m’a suivie tout au long de la préparation, je n’aurais pas réussi. C’était une course d’équipe », confirme Marine.

Crédits : Adam Stern/Facebook

Alors que Wim court le monde pour donner des ateliers de bain glacé comme celui de Barcelone, que Marine déplace des foules ébahies – réelles comme virtuelles –, et qu’Adam continue d’explorer les trous bleus les plus impressionnants de notre planète, nul doute que Ronaldo réussira à déplacer sa fabuleuse machine, peut-être pas si surhumaine que ça finalement.


Couverture : Adam Stern/Wim Hof Method/Marine Leleu by Germain Hazard.


 

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