par Mara Shalhoup | 28 avril 2016

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The World Is BMF’s

Le PDG de BMF Enter­­tain­­ment Deme­­trius « Big Meech » Flenory est assis sur une massive table en marbre. La situa­­tion le rend méfiant, ça se voit. Un homme qui porte un tee-shirt blanc – le seul à ne pas être tout de noir vêtu dans la pièce – se met à parler. « Yo Meech, j’ai conclu un deal en or », dit-il tout excité, en se penchant vers la table.


tumblr_mvse10ggUD1su331so1_500De hautes piles de billets sont empi­­lées devant le PDG. À sa gauche, son direc­­teur d’ex­­ploi­­ta­­tion Chad « J-Bo » restait de marbre. Deux hommes se trouvent à leurs côtés, l’un à droite et l’autre à gauche de la table. L’obs­­cu­­rité qui règne dans le fond de la pièce permet tout de même de distin­­guer deux femmes en petite tenue, et un mec qui porte un tee-shirt sur lequel on peut lire « Free Meech ». Meech met rapi­­de­­ment fin aux négo­­cia­­tions. « Écoute mec, ton contrat je m’en contre­­fous », répond-il d’une voix traî­­nante, rauque et basse. « Je ne suis même pas censé parler à ce type », dit-il au mec qui se trou­­vait juste à sa droite, avant de se tour­­ner du côté de J-Bo pour lui crier dessus : « Appelle-moi Bleu. Que quelqu’un appelle Bleu mec. » Bleu DaVinci, le seul artiste du label BMF Enter­­tain­­ment (« BMF » étant l’acro­­nyme de « Black Mafia Family », mais égale­­ment de « Big Meech Flenory ») décroche son télé­­phone. « — Ouais ? — Bleu, ce type inter­­­fère avec mon busi­­ness. Il faut que tu viennes lui parler mec. Je sais pas pourquoi on l’a laissé entrer, pour qu’il voit ce qu’il se passe ou quoi ?? lui dit Meech, l’air de plus en plus agité, voire hysté­­rique. — OK, lui répond Bleu. Je vais juste heu… y aller vite fait et véri­­fier le petit colis dont je te parlais hier, ensuite j’ar­­rive. D’ici quelques minutes. » Quelques instants plus tard, Bleu fait son entrée. Il chante, et roule des méca­­niques. Il arbore plusieurs gros colliers, et un bandana noir sur sa tête tres­­sée. « Cause I’m a boss… When I’m runnin’… » Le mec en tee-shirt blanc n’est plus là. Bleu lève briè­­ve­­ment les yeux pour saluer Meech : « Yo. » Meech marmonne dans sa barbe. Il parle de musique, d’argent, puis enfin du problème auquel il fait face. Il tourne la tête vers Bleu et lui dit : « Tu ne peux pas faire venir ce mec ici pour parler musique, il a vu tout le fric mec. Il faut que tu apprennes à sépa­­rer tout ça. Tu ne peux pas faire ça. On ne peut pas faire ça mec. » Tout ce qui vient de se dérou­­ler, ce n’est pas ce que vous pensez. À moins que… si ?

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Big Meech et Bleu (à droite)
Crédits : BMF Enter­­tain­­ment

Ces deux scènes – Meech en train d’ap­­pe­­ler Bleu DaVinci et l’ar­­ri­­vée de ce dernier dans leur planque – sont l’in­­tro et la conclu­­sion du clip du morceau de Bleu sorti en 2004, « Still Here ». Il a été réalisé par le célèbre vidéaste hip-hop Benny Boom et financé par Meech. Grâce à des invi­­tés comme le rappeur de Brook­­lyn Fabo­­lous, son confrère cali­­for­­nien E-40 (le protégé de Bleu), et Lil Oowee, un adoles­cent aussi beau gosse que flip­­pant, la vidéo a un rendu très ciné­­ma­­to­­gra­­phique ; presque proche de ce qui se fait de mieux à Holly­­wood. Il y a un arc narra­­tif, des prises de vue aériennes du centre-ville d’At­­lanta très classes, une scène de danse choré­­gra­­phiée dans un entre­­pôt savam­­ment décoré, tandis que Meech orchestre cette impres­­sion­­nante produc­­tion depuis la Rolls-Royce métal­­li­­sée sur laquelle il est confor­­ta­­ble­­ment installé la plupart du temps. On ne pouvait pas faire plus provocs qu’eux, car en 2004, au moment du tour­­nage du clip, Meech s’était déjà retrouvé impliqué dans des crimes qui n’étaient pas sans rappe­­ler le deal imagi­­naire auquel ils se sont livrés devant les camé­­ras. Meech avait été accusé d’avoir joué un rôle dans le tris­­te­­ment célèbre double homi­­cide perpé­­tré derrière la boîte de nuit dans le quar­­tier de Buck­­head, avant d’être libéré sous caution en décembre 2003. Quelques mois plus tard, les enquê­­teurs ont commencé à penser qu’il avait financé sa toute jeune maison de disque, BMF Enter­­tain­­ment, avec l’argent d’une présu­­mée entre­­prise de vente de cocaïne appe­­lée Black Mafia Family. Les fédé­­raux avaient égale­­ment saisi une Limou­­sine dans laquelle ils avaient trouvé pas loin de 600 000 $, et un 4×4 conte­­nant 100 kilos de cocaïne. Pour eux, les deux véhi­­cules appar­­te­­naient à la Black Mafia Family, et ils soupçon­­naient Meech d’être à la fois le PDG de la maison de disque d’At­­lanta et le chef de ce présumé trafic de drogue. En fait, au moment où le clip a été réalisé, cela faisait déjà plusieurs années que des enquê­­teurs locaux et fédé­­raux surveillaient acti­­ve­­ment Meech. En retour, ce dernier faisait dili­­gem­­ment étalage de la richesse de la BMF, et ce pratique­­ment sous leur nez. ulyces-bmf-meech-28La BMF Enter­­tai­­ne­­ment a fait ériger un immense panneau noir de 6 sur 18 mètres entre la I-75 et Peach­­tree Road. Le message que la BMF voulait faire passer était une réfé­­rence au film Scar­­face, une source d’ins­­pi­­ra­­tion récur­­rente pour la Black Mafia Family, qui avait utilisé des lettres majus­­cules pour témoi­­gner de sa toute-puis­­sance. Dans une scène du film, le baron de la drogue cubain Tony Montana regarde le ciel de Miami et y voit un message inscrit sur le côté d’un ballon diri­­geable : « The World is Yours ». De la même manière, les panneaux instal­­lés par la BMF un peu partout en ville procla­­maient : « The World Is BMF’s », le monde appar­­tient à la BMF.

Les règles du jeu

Au cours de l’été 2004, Meech a loué l’im­­mense boîte de nuit du quar­­tier de West­­side, le « Compound » pour y fêter son 36e anni­­ver­­saire. De la grande cour jusqu’au bar ultra-moderne, « Meech » trônait sur les murs en lettres de néon blanc de 1,80 m de haut. Le blason de la BMF avait été sculpté dans un bloc de glace, des femmes à moitié nues arbo­­raient des biki­­nis peints sur leurs corps, et des animaux – notam­­ment un éléphant, quelques zèbres et deux lions – avaient été loués pour la modique somme de 100 000 $. Les fêtards étaient hypno­­ti­­sés par les gros chats qui faisaient les cent pas dans leur cage. La manière dont les membres de la BMF se compor­­taient en boîte, et surtout dans les clubs de strip-tease, donnait un petit aperçu de leur folie des gran­­deurs. Ils se vantaient d’avoir inventé le phéno­­mène de mode qui consiste à « faire pleu­­voir » des poignées de billets, qui retombent tels des gouttes de pluie et mettent une ambiance déli­­rante. « Beau­­coup de mecs n’aiment pas dépen­­ser leur argent. Nous, on adore dépen­­ser notre fric, a expliqué Meech au maga­­zine Smack DVD. Il faut être idiot pour ne pas dépen­­ser son fric. Quand on va dans ces putains de boîtes le soir, on ne dépense que 50 000 ou 100 000 $ car on ne peut quand même pas amener tout notre fric avec nous. C’est aussi simple que ça. » Il voulait dire par là qu’ils ne pouvaient pas risquer leurs vies avec tout leur fric sur eux. Mais le fait que Meech attire autant l’at­­ten­­tion dans le milieu du hip-hop n’était pas sans inquié­­ter son grand frère Terry « South­­west T » Flenory, qui avait peur qu’ils finissent tous deux dans un endroit où on ne peut guère entrer avec son argent : en prison.

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Les frères Flenory

Selon les agents fédé­­raux, South­­west T avait emmé­­nagé à Los Angeles en 2000, avec sa copine et ses enfants. À priori, il vivait dans un ranch d’une valeur de 3 millions de dollars sur Mulhol­­land Drive, mais il était tout de même le plus discret des frères Flenory. Les fédé­­raux le soupçon­­naient plus ou moins d’être en charge de la plaque tour­­nante de la BMF sur la côte ouest, mais lui au moins, essayait de se faire rela­­ti­­ve­­ment petit. À peu près au moment de la fête d’an­­ni­­ver­­saire de Meech, South­­west T a confié à sa sœur qu’il en avait marre de voir à quel point son frère cher­­chait à atti­­rer l’at­­ten­­tion du monde entier. Il n’était pas non plus très fan de cette bande qui n’au­­gu­­rait rien de bon pour « la famille ». Il a ajouté que lui et Meech avaient toujours été des parte­­naires qui font moitié-moitié, mais selon lui il ne prenait plus ce partage équi­­table au sérieux. Ses excès – et son style de vie qui n’avait rien à voir avec celui de South­­west T – pouvaient poten­­tiel­­le­­ment atti­­rer l’at­­ten­­tion et leur nuire à tous les deux. Il ne voulait pas passer plusieurs décen­­nies en prison. « Je ne veux pas en prendre pour 20 ans », avait-il dit à sa sœur. Et ses soupçons étaient plus encore fondés que prévu, car les fédé­­raux avaient placé son télé­­phone sur écoute. Cette discus­­sion fait partie des centaines de conver­­sa­­tions télé­­pho­­niques passées au cours des six derniers mois par South­­west T. Elles avaient été inter­­­cep­­tées par les agents de la DEA, qui ont entre autres entendu dire qu’il comp­­tait mettre le prix pour avoir de bons tickets pour un match des Lakers. (« Tu vois ce que je veux dire, si tu y vas en groupe, il faut débour­­ser entre 50 et 60 000 $ pour avoir les meilleurs places. ») ; qui l’ont entendu donner son feu vert pour l’achat d’une Bent­­ley à 159 000 $. (Il a dit qu’il paie­­rait avec le chéquier de son entre­­prise le lende­­main.)

Puis ils sont deve­­nus suspi­­cieux quand il a parlé de donner un coup de main au frère de « Play­­boy », un des deux hommes qui s’étaient fait arrê­­ter sur une auto­­route du Missouri en posses­­sion de cocaïne – à priori liée à la BMF. (Le frère de Play­­boy a dit à South­­west T qu’il avait peur que l’autre mec qui s’était fait arrê­­ter, « Pig », décide d’en­­trer dans le programme de protec­­tion des témoins pour témoi­­gner contre Play­­boy. South­­west T lui a dit de ne pas s’inquié­­ter ; Pig allait « assu­­mer ses respon­­sa­­bi­­li­­tés ».) Mais toutes ces heures de conver­­sa­­tions écou­­tées par les fédé­­raux ne leur auront permis d’en­­tendre parler de Meech en des termes lourds de sens qu’une seule fois – quand South­­west T s’est inquiété de voir que les fêtes de Meech étaient en train de dégé­­né­­rer, et que ça risquait de mal se finir. Ce qui n’était pas vrai­­ment un scoop. Meech avait beau mener une vie tapa­­geuse, South­­west T s’avé­­rait être une cible plus facile à atteindre que son tape-à-l’œil de frère. Mais au cours des mois qui ont suivi, une autre série d’écoutes allait aider les enquê­­teurs à se rappro­­cher de Meech. Durant l’Au­­tomne 2004, des membres du bureau du procu­­reur du district de Fulton County et une cellule inter-agences anti­­drogue ont commencé à surveiller et écou­­ter les appels de deux membres présu­­més de la BMF. Les enquê­­teurs ont fini par arrê­­ter Jeffery Leahr en posses­­sion de 10 kilos d’une cocaïne qui selon eux appar­­te­­nait à l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. L’autre homme, Omari McCree, s’est enfui. La police a réussi à l’ar­­rê­­ter un an plus tard, en 2005. Cette arres­­ta­­tion – et la décla­­ra­­tion suscep­­tible d’in­­cri­­mi­­ner Meech qui s’est ensui­­vie – consti­­tue la cerise sur le gâteau de cet été d’ex­­cès en tout genre qui a laissé la Black Mafia Family complè­­te­­ment sonnée.

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Fini les visons
Crédits : BMF Enter­­tain­­ment

Il y a de fortes chances pour que Big Meech Flenory l’ait vu venir, même en 2004. Mais en dépit des signes avant-coureurs, lui et sa bande n’ont pas voulu se calmer. Ils ont passé le Prin­­temps et l’Été 2005 à boire du cham­­pagne et à lais­­ser des cartouches de balles derrière eux. Ils n’ont pas respecté les règles du jeu.

Thug moti­­va­­tion

Cette période d’ex­­cès a démarré par une vague de violence qui a duré deux semaines, et qui d’une manière ou d’une autre était toujours en lien avec la BMF. Ça a commencé par une viola­­tion de domi­­cile à DeKalb County le 10 mai 2005, en début de soirée. Un des agres­­seurs présu­­més a été tué par le rappeur Gucci Mane, qui se trou­­vait avec Young Jeezy – un rappeur plus connu qui entre­­te­­nait des liens avec la BMF – ce soir-là. Les deux rappeurs faisaient une impro de rap quand tout a démarré. Les avocats de Gucci ont par la suite affirmé que la BMF était à l’ori­­gine de cette viola­­tion de domi­­cile, et le bureau du procu­­reur du district de DeKalb County a annoncé que le FBI enquê­­tait sur l’im­­pli­­ca­­tion présu­­mée de la BMF. Le lende­­main, un autre crime allait être imputé à un membre de la BMF. Une cellule de recherche des fugi­­tifs est allé cueillir un trafiquant de drogue présumé du nom de Deron Gatling au domi­­cile de sa petite amie à Cham­­blee. Les agents de la cellule ont formé un péri­­mètre autour de la maison avant d’an­­non­­cer leur présence. Ils ont trouvé Gatling caché derrière un panneau de maté­­riau isolant dans le grenier. À ce moment-là, sept tirs ont retenti dehors, dont un qui a manqué de peu d’at­­teindre un agent. Les enquê­­teurs affir­­me­­raient plus tard que Gatling avait crié avant de se mettre à tirer sur eux aussi vite que possible.

Bobby Brown a pris Shayne dans ses bras et l’a emmené aussi vite qu’il le pouvait à l’hô­­pi­­tal.

Moins de deux semaines plus tard, des membres de la BMF ont été accu­­sés d’avoir perpé­­tré un troi­­sième acte violent – cette fois c’est la famille d’une pop star assez connue qui en a fait les frais dans un restau­­rant tenu par le magnat du hip-hop P. Diddy sur Peach­­tree Street. De longs rideaux couleur ivoire et un énorme chan­­de­­lier avaient été instal­­lés au Justin’s, le restau­­rant qui connais­­sait un succès gran­­dis­­sant, pour célé­­brer une fête d’an­­ni­­ver­­saire le 22 mai 2005. Le rappeur de Brook­­lyn Fabo­­lous, qui avait fait une appa­­ri­­tion dans le clip de Bleu DaVinci, figu­­rait dans la liste des invi­­tés, tout comme Bobby Brown, un musi­­cien immanquable à Atlanta. Le restau­­rant était bondé, et les choses étaient sur le point de deve­­nir inté­­res­­santes. Brown et sa famille s’ap­­prê­­taient à dîner, après quoi le patriarche des pop stars allait monter sur la scène au fond de la salle à manger. Quelques heures plus tard, aux alen­­tours de 1h45 du matin, Bobby Brown, sa sœur, sa nièce et ses deux neveux se sont frayé un chemin vers l’un des deux bars du restau­­rant. Le frère et la sœur ont rapi­­de­­ment trouvé un siège, tandis que les plus jeunes prenaient un bain de foule, quand un type a bous­­culé Shayne. « C’est pas très respec­­tueux, il faut que tu t’ex­­cuses », lui a dit le neveu de Bobby, Shayne Brown. Le cousin de Shayne, Kelsey Brown, a senti que ça allait mal finir, alors il est inter­­­venu – au même moment qu’une armoire à glace, un ami du mec qui avait bous­­culé Shayne. Un des deux hommes a dit aux deux cousins : « Les mecs comme vous, on les bute. » En voyant ce qui se passait, Bobby Brown s’est mis debout sur son siège et a crié : « Vous faites quoi les mecs ? C’est mon neveu. » L’at­­taque qui s’en est suivie a été brutale. ulyces-bmf-meech-31Sa famille a accouru pour tenter d’ex­­tir­­per Shayne de la baston, mais il était déjà à terre, et il perdait beau­­coup de sang.

Par la suite, les méde­­cins ont dit que ses bles­­sures au visage et dans le cou étaient proba­­ble­­ment l’œuvre d’un pic à glace. La nièce de Bobby Brown a couru après les agres­­seurs qui s’étaient réfu­­giés vers le stand des voitu­­riers. Elle a dit à la police qu’elle les avait vus partir à bord d’un 4×4 avec Fabo­­lous, son mana­­ger et des membres de l’en­­tou­­rage du rappeur. Elle a eu le temps de deman­­der à un voitu­­rier de noter le numéro de la plaque d’im­­ma­­tri­­cu­­la­­tion avant qu’ils ne quittent le parking. Bobby Brown a pris Shayne dans ses bras et l’a emmené aussi vite qu’il le pouvait à l’hô­­pi­­tal Pied­­mont, accom­­pa­­gné du reste de la famille. L’agres­­seur avait manqué sa jugu­­laire de peu, et plusieurs nerfs et muscles avaient été section­­nés. Il était défi­­guré, et il ne serait plus jamais capable d’avoir des expres­­sions faciales normales. Kelsey avait lui aussi reçu un coup de pic à glace dans le cou, mais sa bles­­sure n’était pas aussi grave que celle de son cousin. Il a dit à la police qu’il a réalisé qu’il était blessé seule­­ment quand il a vu le sang couler. Lui et les autres témoins ont égale­­ment dit avoir reconnu le plus petit des agres­­seurs, un mec qui se faisait appe­­ler « Baby Bleu ».

Au moment où les enquê­­teurs ont rempli la pape­­rasse plusieurs heures plus tard, ils semblaient rela­­ti­­ve­­ment confiants quant à l’iden­­tité des suspects. Ils ont synthé­­tisé les événe­­ments de cette soirée comme suit : « L’af­­faire dans laquelle Bobby Brown et des membres de la BMF sont impliqués. » Dans les heures qui ont suivi l’agres­­sion, la police d’At­­lanta a trouvé à qui appar­­te­­nait la voiture grâce au numéro de plaque relevé par le voitu­­rier. Le proprié­­taire de la Cadillac Esca­­lade de 2002 était un homme de 62 ans qui vivait à College Park. Le lende­­main, la police a inter­­­rogé son fils, un ancien videur de boîte de nuit qui s’ap­­pe­­lait Cleve­­land David Hall – et qui mesu­­rait deux mètres et pesait dans les 160 kilos. Hall a expliqué à la police que oui, il se trou­­vait au Justin’s la veille au soir, mais il a affirmé qu’il n’avait rien à voir avec l’agres­­sion. Il a dit qu’il avait en réalité tenté de sépa­­rer des gens qui se battaient. Quand il a vu le sang, il a décidé de s’en­­fuir avec Fabo­­lous, son mana­­ger et des amis du rappeur.

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Fabo­­lous
Crédits : MTV

« — Connais­­sez-vous les personnes impliquées dans l’al­­ter­­ca­­tion ? Lui demande le poli­­cier.  — Non, répond-il. — Fabolous [sic] ou ses amis ont-ils joué un rôle dans cette alter­­ca­­tion ? — Non, aucune personne présente dans ma voiture n’a pris part à cette alter­­ca­­tion. — Êtes-vous impliqué ou affi­­lié à un gang de la ville d’At­­lanta ou d’ailleurs ? — Non. » Les enquê­­teurs avaient du mal à y croire. En se fondant sur le fait que Hall était le conduc­­teur du 4×4 qui, selon un témoin, était le véhi­­cule qui avait permis aux agres­­seurs de prendre la fuite – et que Shayne Brown avait iden­­ti­­fié un de ses agres­­seurs en poin­­tant du doigt la photo de Hall –, ce dernier fût arrêté et accusé de voie de faits graves et de parti­­ci­­pa­­tion à des acti­­vi­­tés crimi­­nelles. Mais moins d’un mois plus tard, la plainte contre Hall était reti­­rée. En dépit du fait que Hall était soupçonné d’avoir pris la fuite avec les agres­­seurs présu­­més ; en dépit du fait que l’enquête n’avait démarré qu’un mois plus tôt, et qu’elle n’en était qu’à ses débuts ; et en dépit du fait qu’un grand jury avait déjà inculpé Hall, les charges rete­­nues contre lui ont été aban­­don­­nées à la demande du bureau du procu­­reur du district de Fulton County. Pour quelle raison ? « Les victimes et les témoins de cette affaire ne se sont guère montrés dispo­­sés à coopé­­rer avec l’État dans le cadre de l’enquête se rappor­­tant à cette affaire, par consé­quent, l’État dispose de trop peu de preuves pour l’in­­cul­­per à l’heure actuelle. » Mais la plainte contre la deuxième personne accu­­sée, « Baby Bleu » – le petit frère du rappeur Bleu DaVinci du label BMF Enter­­tain­­ment – a été rete­­nue. Et les fédé­­raux ainsi que le bureau du procu­­reur du district le surveillaient lui aussi de près. Plusieurs mois plus tard, les retom­­bées de l’in­­ci­dent du Justin’s ne semblaient pas avoir décon­­te­­nancé la BMF plus que cela – mais peut-on vrai­­ment parler de retom­­bées ?

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Crédits : BMF Enter­­tain­­ment

On était en plein mois de juillet. Les membres de la BMF claquaient leur fric comme si leur vie en dépen­­dait en ce jour de fête orga­­ni­­sée par Young Jeezy, à l’oc­­ca­­sion de la sortie de son premier album, Let’s Get It: Thug Moti­­va­­tion 101, au Vision, la boîte de nuit du quar­­tier de Midtown. Ils faisaient « pleu­­voir » les billets – leur marque de fabrique –, et buvaient du cham­­pagne à gogo. Puis ils sont montés sur scène pour montrer à Jeezy qu’ils l’ai­­maient et peut-être aussi pour montrer qu’ils avaient joué un rôle dans l’as­­cen­­sion de la star qui faisait partie de la famille. Ce fût l’une des dernières victoires pour les hauts gradés de la BMF : au cours des trois mois qui ont suivi, des dizaines de membres présu­­més de la BMF allaient se retrou­­ver derrière les barreaux. Le 3 mai 2005, Marque « Baby Bleu » Dixson était inter­­­pellé au cours d’un concert à Centen­­nial Park. L’ac­­cu­­sa­­tion de voie de faits graves rela­­tive à l’in­­ci­dent qui avait eu lieu au Justin’s était déjà assez grave en soi, mais il s’est avéré qu’entre-temps, Baby Bleu s’était mis dans le pétrin. Selon un docu­­ment produit par le procu­­reur le lende­­main : « La libé­­ra­­tion [sous caution] de cet accusé n’est pas recom­­man­­dée car il est sous le coup d’un mandat d’ar­­rêt déli­­vré par le FBI ». Le procès d’un des membres présu­­més de la BMF dont le télé­­phone avait été placé sur écoute – et qui avait parlé du fait que Meech était un impor­­tant trafiquant de drogue – a été plani­­fié au cours de la semaine. Le jour J, Omari McCree a préféré plai­­der coupable. De toutes les accu­­sa­­tions de crimes en rapport avec la BMF dans l’État de Géor­­gie, ce fût l’une des seules pour­­suites judi­­ciaires en rapport avec la BMF menées à bien.

À ce jour, les seuls à avoir connu le même sort sont les co-accu­­sés Jeffery Leahr et sa petite amie Court­­ney Williams. ulyces-bmf-meech-34L’en­­tente de plai­­doyer d’Omari contient des éléments de langage inté­­res­­sants, comme : « L’ac­­cusé ne sera pas nommé/accusé dans le cadre d’af­­faires se basant sur la loi RICO sur les orga­­ni­­sa­­tions moti­­vées par le racket et la corrup­­tion. » Il a été condamné à 15 ans de prison. L’an­­cien assis­­tant du procu­­reur de district du comté de Fulton Rand Csehy, qui avait intenté l’ac­­tion contre Omari et ses co-accu­­sés et dirigé l’enquête sur la BMF, a confié à Crea­­tive Lounge qu’il voulait accu­­ser Meech et la Black Mafia Family de racket et de corrup­­tion, mais que les fédé­­raux ne lui en ont pas laissé le temps. Un agent de police qui a accepté de parler à Crea­­tive Lounge sous couvert d’ano­­ny­­mat nous a dépeint Csehy comme un procu­­reur agres­­sif qui faisait tout pour accé­­lé­­rer la cadence des accu­­sa­­tions à l’en­­contre de la BMF. Ce qui ne rendait pas les choses simples selon notre source. « Quand un crime est perpé­­tré, les témoins sont caté­­go­­riques quand ils affirment que c’est ce qui s’est produit. Mais quand ils apprennent que c’est la BMF qui se cache derrière tout ça, ils se rétractent. Et le manque de coopé­­ra­­tion des témoins est extrê­­me­­ment problé­­ma­­tique quand il s’agit d’en­­ga­­ger des pour­­suites. Ils connaissent le genre d’ac­­ti­­vité auquel la BMF s’adonne. » Au cours des trois dernières années, six affaires de meurtres perpé­­trés dans Atlanta et ses envi­­rons, et liées d’une manière ou d’une autre à la BMF, sont restées non réso­­lues. Le 11 novembre 2003, Wolf et son ami d’en­­fance Lamont « Riz » Girdy ont été tués au cours d’une fusillade dans le quar­­tier de Buck­­head. Meech a fait face à deux accu­­sa­­tions d’ho­­mi­­cide volon­­taire, mais le seul témoin qui avait fait le lien entre Meech et ces crimes ne s’est jamais montré. Selon la police, c’est la peur qui l’em­­pê­­chait de donner son nom.

Trois ans après ces crimes, personne n’a été inculpé pour ce double homi­­cide, et encore moins Meech. Pour l’avo­­cat de Meech, Drew Find­­ling, le fait que l’État ne soit pas en mesure de présen­­ter son témoin remet en ques­­tion sa présence en boîte le soir là ; sans parler de sa crédi­­bi­­lité. « On ne nous a donné aucun nom, aucune preuve que sa présence pouvait être corro­­bo­­rée par une personne qui l’ac­­com­­pa­­gnait. C’était juste comique. » Le 25 juillet 2004, Rashan­­ni­­bal « Prince » Drum­­mond était tué par balles dans le quar­­tier de Midtown. Deux offi­­ciers de police affirment que Meech et d’autres membres de la BMF étaient présents sur la scène du crime, et un troi­­sième que les enquê­­teurs étaient « convain­­cus » que l’ho­­mi­­cide était à impu­­ter à la BMF. Mais selon Find­­ling, on peut douter du fait que la BMF soit impliquée : « Je n’ai jamais entendu dire que mon client avait quoi que ce soit à voir avec cette affaire jusqu’à ce que vous me posiez la ques­­tion. Et j’ima­­gine que si ça avait été le cas, on l’au­­rait su. » Personne n’a été arrêté pour la mort de Prince – même si une action civile a été inten­­tée. Debbie Morgan, la mère de Prince, a intenté des pour­­suites contre la boîte de nuit dans laquelle le meurtre a eu lieu pour avoir manqué à son devoir de proté­­ger son fils, mais la BMF et ses membres présu­­més ne sont pas cités dans cette affaire.

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Gucci Mane n’a pas été condamné

Le 5 septembre 2004, Ulysses Hackett et sa petite amie Misty Carter étaient tués par balles dans l’ap­­par­­te­­ment de cette dernière, alors qu’ils se trou­­vaient au lit. Au moment des faits, huit co-accu­­sés et Hackett atten­­daient d’être jugés – dont celui qui était encore le beau-fils de la maire Shir­­ley Frank­­lin – pour avoir vendu de la cocaïne pour la BMF. Selon la police, Hackett songeait à entrer dans le programme de protec­­tion des témoins pour témoi­­gner contre eux. Une fois de plus, personne n’a été inculpé pour avoir tué Hackett et Carter. Et le 10 mai 2005, le rappeur Gucci Mane a tué un des cinq hommes entrés par effrac­­tion dans la maison. Il a été arrêté, et fina­­le­­ment mis hors de cause. Mais aucun des présu­­més assaillants de Gucci n’ont été arrê­­tés. Les deux avocats de Gucci ont affirmé que la BMF était en lien avec l’in­­ci­dent, et le bureau du procu­­reur du district de DeKalb a confié à Crea­­tive Lounge que le FBI enquê­­tait sur ces allé­­ga­­tions. Mais pour Find­­ling et deux hommes proches de l’homme tué par Gucci, c’est trop facile de mettre sur le dos d’une orga­­ni­­sa­­tion aussi peu formelle que la BMF tous les crimes s’étant dérou­­lés dans des boîtes de nuit et dans le milieu du hip-hop à Atlanta. Find­­ling l’a dit haut et fort : « Je ne vais pas me conten­­ter de m’at­­taquer au cas de la BMF juste parce que ça permet aux avocats de la défense de procé­­der à leurs recou­­pe­­ments. Je n’en ai vrai­­ment rien à foutre. » Cibler la BMF en se basant sur des allé­­ga­­tions de violence n’était pas chose aisée, mais il exis­­tait d’autres moyens de tenter de faire tomber l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Fina­­le­­ment, s’en prendre à la BMF en utili­­sant les lois fédé­­rales rela­­tives à la drogue allait s’avé­­rer plus utile.

Le mythe

L’après-midi du 20 octobre 2005, des poli­­ciers ont débarqué dans un manoir d’une valeur de un million de dollars dans la banlieue de Dallas. Ils ont trouvé une Bent­­ley GT de 2004 dans le garage, et dans la maison, des petites quan­­ti­­tés de canna­­bis et d’ecs­­tasy, et des bijoux dont la valeur s’éle­­vait presque à 700 000 $. Ils ont égale­­ment décou­­vert une arme semi-auto­­ma­­tique pour muni­­tions à haut vélo­­cité, une « tueuse de flics » capable de traver­­ser un gilet pare-balles.

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Big Meech au tribu­­nal

Et ils ont trouvé Deme­­trius « Big Meech » Flenory dans l’une des chambres. Il n’a pas tenté de se débattre, et il n’a pas dit un mot. Une semaine plus tard, des agents fédé­­raux sont allés dans la banlieue de St. Louis. Ils ont dit qu’ils pouvaient sentir l’odeur du canna­­bis alors qu’ils étaient encore à l’ex­­té­­rieur de la maison. Ils ont frappé à la porte – et entendu pas mal de gens courir en criant que la police était là. Ils sont entrés, et ils sont direc­­te­­ment tombés sur South­­west T. Une fois les frères Flenory derrière les barreaux, 11 mises en accu­­sa­­tion pour des chefs d’in­­cul­­pa­­tion impliquant 25 préve­­nus ont été dépo­­sées auprès du tribu­­nal fédé­­ral en début de semaine ; et vali­­dées quelques jours plus tard. Les fédé­­raux n’ont pas parlé de ces mises en accu­­sa­­tion tout de suite, car « les États-Unis craignent que si les incul­­pés ont connais­­sance de leur mise en accu­­sa­­tion avant même de se faire arrê­­ter, les témoins proté­­gés par le gouver­­ne­­ment vont courir un risque. »

Au cours de la même semaine, six haut gradés de la BMF ont été incul­­pés et pris en chasse (et pour la plupart retrou­­vés dans des coins recu­­lés du monde). Et l’af­­faire qui allait bien­­tôt comp­­ter 13 mises en accu­­sa­­tion impliquant 41 préve­­nus, dont le direc­­teur d’ex­­ploi­­ta­­tion de la BMF Enter­­tain­­ment Chad « J Bo » Brown, était « sans doute le plus énorme trafic de drogue jamais vu dans ce district », selon les mots de l’as­­sis­­tant du procu­­reur géné­­ral Dawn Ison. Cette mise en accu­­sa­­tion dépo­­sée à Détroit, la ville d’ori­­gine des frères Flenory, les incul­­paient en vertu de la loi – trop rare­­ment invoquée – sur « l’en­­tre­­prise crimi­­nelle conti­­nue » (ndlt : CCE, pour Conti­­nuing Crimi­­nal Enter­­prise). La loi sur l’en­­tre­­prise crimi­­nelle conti­­nue est simi­­laire à la loi sur les orga­­ni­­sa­­tions moti­­vées par le racket et la corrup­­tion (RICO), dans le sens où les deux sont utili­­sées pour faire tomber des réseaux de crime orga­­nisé. La diffé­­rence, c’est qu’une accu­­sa­­tion en vertu de la CCE limite la portée des allé­­ga­­tions au trafic de drogue, alors que la loi RICO englobe un vaste éven­­tail d’ac­­ti­­vi­­tés crimi­­nelles orga­­ni­­sées. La mise en accu­­sa­­tion ne contient aucune allé­­ga­­tion de violence perpé­­trée par la BMF, mais les preuves recueillies démontrent que c’est un énorme réseau de trafic de cocaïne qui a redou­­blé de créa­­ti­­vité pour blan­­chir au moins 270 millions de dollars pendant 15 ans. On y apprend que Meech diri­­geait une entre­­prise illé­­gale qui regrou­­pait un réseau du crime orga­­nisé, couplé à une société qui travaillait avec la crème du hip-hop – la maison de disques de Meech, la BMF Enter­­tain­­ment –, et qui était finan­­cée par l’argent de la cocaïne. Les fédé­­raux affir­­maient avoir rassem­­blé au moins 10 témoins en mesure de témoi­­gner du fait que Meech était impliqué dans un trafic de drogue. « Un témoin me vient à l’es­­prit, celui qui a dit qu’il ou elle avait distri­­bué plusieurs kilos de cocaïne pour Deme­­trius Flenory », a affirmé l’agent de la DEA Bob Bell lors de l’au­­di­­tion pour sa libé­­ra­­tion sous caution. « Et un autre témoin dit qu’il ou elle a vu de la cocaïne passer des mains de Deme­­trius Flenory à celles de plusieurs autres personnes, et inver­­se­­ment. »

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Deme­­trius en prison

Mais au cours de cette même audi­­tion, Find­­ling, l’avo­­cat de Meech a souli­­gné que l’in­­cul­­pa­­tion de son client présen­­tait plusieurs lacunes, et notam­­ment le fait qu’au­­cun des témoins qui auraient pu témoi­­gner contre lui n’avait été appelé à la barre. Selon Find­­ling, « les preuves démontrent tout au plus que l’ac­­cusé traî­­nait avec des membres de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, et qu’il béné­­fi­­ciait de leurs profits en vivant dans de belles maisons et en condui­­sant de belles voitures. Les témoins présu­­més qui ont paraît-il vu l’ac­­cusé procé­­der à des tran­­sac­­tions illé­­gales de drogue n’ont jamais été appe­­lés à la barre. » Il affirme égale­­ment que les fédé­­raux n’ont pas été capable de citer un seul cas précis de tran­­sac­­tion de cocaïne dans lequel Meech était impliqué. Et quand le juge fédé­­ral Steven Whalen a du déter­­mi­­ner si oui ou non Meech pouvait être libéré sous caution, il s’est avéré que l’ar­­gu­­ment de Find­­ling était le plus convain­­cant. « Je ne vois aucune preuve de compor­­te­­ment dange­­reux ou de menace à l’en­­contre des témoins dans l’af­­faire Flenory », a dit le juge, avant d’ajou­­ter qu’ « à bien des égards, Mr. Flenory est lui-même son pire ennemi, avec tous ces articles dans les maga­­zines, ces panneaux publi­­ci­­taires, sa grande gueule et son style de vie extra­­­va­­gant ». Puis quelques instants plus tard, il a résumé l’af­­faire dans un langage qui n’est pas sans évoquer celui de Find­­ling : « Beau­­coup de preuves démontrent qu’il gravite autour de cette orga­­ni­­sa­­tion. Son frère est sans aucun doute décrit comme étant le diri­­geant de cette orga­­ni­­sa­­tion, et l’ac­­cusé est un mec qui selon moi béné­­fi­­cie des profits engran­­gés par ladite orga­­ni­­sa­­tion. » « Mais en ce qui concerne ce qu’il a réel­­le­­ment fait, pour moi, ça reste ambigu. Et une fois de plus, bien que cela soit probable, je ne pense pas qu’il existe des preuves formel­­le­­ment acca­­blantes si je me base sur ce que j’ai entendu aujourd’­­hui. Et c’est unique­­ment sur ces points que je dois statuer. »

Meech a été libéré sous caution pour 100 000 $ et assi­­gné à rési­­dence à Détroit, chez sa mère. Le bureau du procu­­reur d’État a rapi­­de­­ment fait appel de la déci­­sion de Whalen – et a obtenu gain de cause. Mais les ques­­tions soule­­vées par le juge n’étaient pas réglées.

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En prison

Plus impor­­tant encore, les témoins n’avaient pas été appe­­lés à la barre ; et on ne sait pas si cela arri­­vera un jour. Plus d’un an après l’ar­­res­­ta­­tion de Meech et South­­west T, aucune date de procès n’a été annon­­cée. Mais si les décla­­ra­­tions faites par Find­­ling au cours de l’au­­di­­tion de janvier 2006 indiquent une chose, c’est surtout que dans cette affaire, la défense pourra utili­­ser le fait que les preuves ne font que nous rame­­ner au mythe qui entoure Big Meech, et non à sa culpa­­bi­­lité. Au cours de l’au­­di­­tion, Find­­ling a énoncé certaines des raisons pour lesquelles il pense que les fédé­­raux penchaient pour Meech ; et ce qu’il a à dire à ce propos ressemble étran­­ge­­ment à ce qu’en disent les membres de la Black Mafia Family et leurs amis. « C’est tout simple­­ment l’aura de Deme­­trius Flenory, l’aura de ses maisons et de ses voitures. L’aura de son argent. » « L’aura du rap. »

 

Da Vinci

Par une belle jour­­née de l’été 2006, dans un quar­­tier de Cali­­for­­nie du Sud, Bleu DaVinci condui­­sait sa Dodge Magnum tout en parlant de l’ac­­tua­­lité de la BMF Enter­­tain­­ment au came­­ra­­man assis sur le siège passa­­ger. Meech était derrière les barreaux, et c’est Bleu qui avait endossé le rôle du PDG de l’en­­tre­­prise qui l’avait rendu célèbre. D’abord, les fédé­­raux s’en étaient pris à la BMF, puis peu de temps après, un énième contre­­temps allait retar­­der la sortie du deuxième album de Bleu, The World Is BMF’s, Vol. 2. Le 9 mars 2006 aux premières heures du jour, le petit frère de Bleu, Baby Bleu, qui avait été libéré sous caution pour l’agres­­sion par arme blanche au Justin’s, s’est disputé avec son ex-petite amie au Living Room, la boîte de nuit du quar­­tier de Buck­­head. Ils s’en­­gueu­­laient toujours quand ils sont arri­­vés sur un parking envi­­ron­­nant. Ça ne faisait qu’em­­pi­­rer, quand soudain un ami de son ex a abattu Baby Bleu. « On a mis la campagne de promo­­tion pour mon nouvel album sur pause quand mon petit frère est mort », a dit Bleu. Malgré les sommes fara­­mi­­neuses dépen­­sées pour le clip de la chan­­son de Bleu, « Still Here », ainsi que pour l’avan­­ce­­ment de sa carrière, les ventes de son premier album, The World Is BMF’s, Vol. 1, étaient loin d’être impres­­sion­­nantes – et celles du volume 2 ne furent pas mieux.

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« Baby Bleu »

Les deux autres rappeurs d’At­­lanta notoi­­re­­ment connus pour être asso­­ciés à la Black Mafia Family, bien que ce soit pour d’autres raisons, allaient mieux s’en sortir que Bleu. C’est un peu comme si le succès que Meech souhai­­tait pour Bleu avait été réaf­­fecté – en partie à Young Jeezy, qui s’était disso­­cié de la BMF, et de manière assez perverse, à Gucci Mane, qui lui aussi avait vu sa carrière décol­­ler grâce à la BMF. Le 24 mai 2005, Gucci, qui avait été accusé d’avoir parti­­cipé à la viola­­tion de domi­­cile que l’on impu­­tait à la BMF, a payé sa caution pour sortir de la prison de DeKalb County. Or, il se trouve que son premier album, Trap House, sortait le même jour. Ses démê­­lés avec Jeezy et la BMF lui avaient fait de la pub, et son album était ultra média­­tisé. Pendant cette semaine-là, son morceau « Icy » a démarré en 24e place des charts dans la caté­­go­­rie hip-hop – ce qui était tout à fait respec­­table. Le deuxième album (le bien nommé Hard to Kill) de Gucci Mane, sorti en octobre 2006, était mieux que le premier. Dans la chan­­son « Every­­body Know Me », il fait allu­­sion au chemin tortueux qu’il a emprunté avant de rencon­­trer le succès : « Qui a dit que c’était facile de se faire du fric ? J’ai eu des soucis avec la BMF et des problèmes avec Jeezy. » Quant à Jeezy, son album sorti en 2005, Let’s Get It: Thug Moti­­va­­tion 101, l’a cata­­pulté au sommet de la renom­­mée hip-hop ; il a démarré à la 2ème place du chart Bill­­board, et la presse a riva­­lisé d’éloges à son propos. « La voix éraillée et apathique de Young Jeezy évoque à la fois une inson­­dable cruauté et une lassi­­tude incu­­rable », a résumé un jour­­na­­liste du New York Times d’un ton flagor­­neur.

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Jeezy en 2013

Son deuxième album, The Inspi­­ra­­tion: Thug Moti­­va­­tion 102, est sorti le 12 décembre, et a reçu un accueil plus mitigé – mais sa renom­­mée ne l’était pas. Et bien qu’on ait dit qu’il n’était plus en lien avec la BMF, il a écrit un couplet du remix de « Hust­­lin », le morceau de Rick Ross qui rend hommage à une de ses sources d’ins­­pi­­ra­­tion. « Je connais Big Meech, le vrai Big Meech,  Dès que mes soss seront dans la rue, ce sera fini pour vous bande de clowns. » Quant à savoir si Meech pourra de nouveau se montrer dans la rue, la ques­­tion demeure entière : s’il est déclaré coupable, il se pour­­rait qu’il passe le reste de ses jours en prison. Mais les efforts déployés par les fédé­­raux en vue de briser la Black Mafia Family n’ont pas vrai­­ment inti­­midé les membres de l’en­­tre­­prise crimi­­nelle. « Elle n’a pas été déman­­te­­lée », selon une source interne aux forces de l’ordre qui estime que la BMF compte encore plusieurs centaines de membres rien qu’à Atlanta. « Ils sont encore en acti­­vité, il y a encore de l’ac­­tion du côté d’At­­lanta. Ils ne sont juste plus aussi extra­­­va­­gants qu’a­­vant. » Les messages et commen­­taires rele­­vés en ligne – notam­­ment après la paru­­tion des deux premières parties de ce repor­­tage – témoignent de la péren­­ni­­sa­­tion du mythe qui entoure la BMF. « Meech a prouvé qu’il était un mec crédible que ce soit dans le domaine de la musique ou dans la rue, c’est la raison pour laquelle vous n’en­­ten­­drez JAMAIS parler de lui en mal », a écrit un homme sur le forum du site SOHH.com. « Il était un génie de la diplo­­ma­­tie, et sa capa­­cité à réseau­­ter dans des univers aussi divers que variés reste inéga­­lée. » black-mafia-family-official-docuComme Meech l’a dit lui-même – dans une lettre écrite dans sa cellule de la prison de St. Clair County, dans le Michi­­gan, et postée sur sa page Myspace –, la partie est loin d’être finie : « Comme vous pouvez le consta­­ter, ils ont pu enfer­­mer mon corps, mais pas mon esprit ! Le monde appar­­tient toujours à la BMF. Je reste concen­­tré sur ma vision, ce qui fait que mes problèmes sont tempo­­raires, mais ma vision, elle, est perma­­nente. » Quelle que soit la manière dont le procès fédé­­ral se termi­­nera, Meech conti­­nuera d’ins­­pi­­rer le respect – chose que certains ne compren­­dront jamais. Ses multiples acti­­vi­­tés, qu’elles soient conve­­nables ou incon­­ve­­nantes, seront toujours véné­­rées. Et il conti­­nuera d’être connu pour être parti de rien et avoir décro­­ché la timbale. Du moins pendant un temps.


Traduit de l’an­­glais par Elodie Chate­­lais d’après l’ar­­ticle « Hip-hop’s shadowy empire », paru dans Crea­­tive Loafing ATL. Couver­­ture : Une fête orga­­ni­­sée par Meech.


LA TENTATIVE D’ASSASSINAT DE 50 CENT RACONTÉE PAR L’ENSEMBLE DES PROTAGONISTES

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Comment un beef entre Murder Inc. Records et 50 Cent s’est trans­­formé en une tenta­­tive d’as­­sas­­si­­nat par un gang légen­­daire, dans les bas-fonds du Queens.

D’un côté, il y avait la Supreme Team, un gang de dealers du Queens fondé dans les années 1980 par Kenneth « Supreme » McGriff. Ils opéraient depuis Jamaica, l’un des quar­­tiers les plus pauvres de la ville. À la fin des années 1990, alors que le gang se déli­­tait, Supreme – ou « Preme », comme ils l’ap­­pe­­laient – ne s’est pas rangé pour autant, car il avait le gang­s­té­­risme dans le sang. De l’autre, il y avait Murder Inc. Records, un label fondé en 1997 par les frères Irv et Chris Gotti, qui voulaient jouer aux gang­s­ters eux aussi. Mais tandis que pour Preme, cela rimait avec trafic de drogue et maccha­­bées, pour Murder Inc. ça n’al­­lait pas plus loin que les embrouilles entre rappeurs, dans lesquelles ils gonflaient le torse pour avoir l’air méchant.

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Curtis Jack­­son en 1994

Autour d’eux gravi­­tait un rappeur encore confi­­den­­tiel à l’époque, qui n’a pas tardé à s’at­­ti­­rer la colère de Murder Inc. et de Preme. Il se faisait appe­­ler 50 Cent. Curtis Jack­­son, qui vivait avec ses grands-parents dans le Queens, avait adopté le surnom de 50 Cent en réfé­­rence à jeune crimi­­nel à la Billy the Kid dont le nom de baptême était Kelvin Martin. Ce dernier venait des cités de Fort Green, à Brook­­lyn, où il s’était forgé une solide répu­­ta­­tion de braqueur de rappeurs. Il s’est fait descendre à l’âge de 22 ans. « J’ai pris le nom de 50 Cent parce qu’il repré­­sente tout ce qui m’im­­porte », explique-t-il. « Je suis le même genre de gars. Tous les moyens sont bons pour subve­­nir à mes besoins. » Dans le Queens, 50 Cent se construi­­sait peu à peu une répu­­ta­­tion de rappeur qui n’avait peur de rien, et surtout pas de la contro­­verse. Au sein de l’in­­dus­­trie musi­­cale, il pouvait comp­­ter sur le soutien de Jam Master Jay, de Run DMC et de Chaz Williams, de Black Hand Enter­­tain­­ment. 50 avait goûté une première fois au succès et à la noto­­riété grâce à la bande-origi­­nale de Black Gang­s­ter, et il en voulait davan­­tage.

Il est apparu sur les radars en 1999 avec le morceau « How to Rob » ou, comme on l’ap­­pe­­lait dans le quar­­tier, How to Rob an Indus­­try Nigga (« comment braquer un mec de l’in­­dus­­trie »). Avec ce premier single, 50 a écrit le morceau ultime pour s’at­­ti­­rer des problèmes : dans ses lyrics, il s’en prenait à tous les rappeurs en vogue à l’époque, décri­­vant comment il les dépouille­­rait violem­­ment. « How to Rob » l’a instan­­ta­­né­­ment rendu célèbre dans le milieu, mais il a aussi fait de lui une cible. 50 voulait utili­­ser le beef pour faire avan­­cer sa carrière, et les membres de Murder Inc. ont été les premiers à mordre à l’ha­­meçon. « Je crois que ça a commencé avec un clip que je tour­­nais sur Jamaica Avenue », se souvient Ja Rule. « On vient tous les deux du même coin. Quand il a vu que les gens du quar­­tier l’ado­­raient, il n’a pas supporté le fait qu’ils m’ai­­maient aussi. »

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