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par Marie Brenner | 23 juillet 2015

Le porte-bonheur

À la fin du mois de mai 1944, Robert Capa, photo­­graphe de guerre à Londres pour Life, reçut ses ordres de l’Ar­­mée améri­­caine : « Vous avez inter­­­dic­­tion de quit­­ter votre appar­­te­­ment pour plus d’une heure à la fois. Votre équi­­pe­­ment doit être prêt au départ. »

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Robert Capa par David Scher­­man

Capa était l’un des quatre photo­­graphes sélec­­tion­­nés pour couvrir les premiers jours de l’as­­saut gigan­­tesque de l’Ar­­mée améri­­caine contre l’Eu­­rope d’Hit­­ler. Il avait encore tout juste le temps de quit­­ter à la hâte son appar­­te­­ment de Belgrave Square pour ache­­ter un nouveau manteau Burberry et une flasque en argent Dunhill. Il avait toujours accordé une grande impor­­tance à son aspect exté­­rieur, depuis son enfance à Buda­­pest où l’ap­­pa­­rence et le charme étaient des moyens de survie. Qui n’a pas échangé d’his­­toires sur ce mysté­­rieux réfu­­gié juif hongrois aux cheveux sombres et étin­­ce­­lants, et aux yeux de velours ? D’ap­­pa­­rence enfan­­tine et sédui­­sante, il était de petite taille et se déplaçait rapi­­de­­ment, comme s’il volait, une ciga­­rette constam­­ment pendue au coin des lèvres. Il se cachait sous une appa­­rente noncha­­lance. Apatride, il se glis­­sait à travers les zones de combat avec de faux papiers. À 30 ans, il avait déjà réalisé certains des clichés les plus remarquables du XXe siècle : les visages hagards de la Guerre civile espa­­gnole, les air wardens jouf­­flus qui servaient le thé dans les stations de métro londo­­niennes pendant le Blitz, ou encore les enfants italiens perdus dans les ruines de Naples. Enfant, Capa voulait deve­­nir écri­­vain. Ses meilleures œuvres sont impré­­gnées du regard intime et de la passion du conteur. « Il n’au­­rait jamais couvert un conflit dans lequel il n’au­­rait pas profon­­dé­­ment aimé un belli­­gé­­rant et détesté l’autre », remarque son biographe Richard Whelan, mais sa compas­­sion ne prenait pas parti. Le génie de Capa était de parve­­nir à se rendre invi­­sible sur le champ de bataille, tout en campant osten­­si­­ble­­ment un person­­nage déme­­suré dès qu’il le quit­­tait. Le casque qu’il a porté durant la campagne d’Ita­­lie en 1943 portait l’ins­­crip­­tion « Propriété de Robert Capa, grand corres­­pon­­dant de guerre et amant fougueux ». Personne n’a jamais contesté ces deux affir­­ma­­tions. En partant pour le Jour J, Capa avait bien l’in­­ten­­tion de faire honneur à sa répu­­ta­­tion. « J’étais le plus élégant de tous les enva­­his­­seurs », écrira-t-il en 1947 dans ses  mémoires, Slightly Out of Focus. Quand il quitta préci­­pi­­tam­­ment son appar­­te­­ment le 29 mai, il n’eut pas le temps de lais­­ser un mot pour expliquer son départ. Il y laissa un chèque en blanc, sur lequel était posée une grande bouteille d’Ar­­pège. Le chèque était destiné à son proprié­­taire, le parfum à celle qui fut sa maîtresse pendant la guerre, Elaine Justin, une fragile blonde véni­­tienne qu’il surnom­­mait « Pinky ». Elle était alors en conva­­les­­cence hors de Londres, soignée pour une appen­­di­­cite. Capa n’était pas gêné de ne pas lui faire ses adieux. Il était opposé à l’idée de perma­­nence. En plus de son Burberry, il empor­­tait deux appa­­reils Contax. Ils lui assu­­re­­raient une rela­­tive sécu­­rité sur le champ de bataille, parce qu’il n’avait pas besoin de s’ar­­rê­­ter pour regar­­der à travers l’objec­­tif. Il trans­­por­­tait égale­­ment ses appa­­reils Rollei et Speed Graphic, ainsi qu’un objec­­tif à longue focale, le tout emballé dans des sacs en toile cirée. À Weymouth, il fut frappé par la vue du port : des milliers de navires de guerre, de trans­­ports de troupes, de cargos et de barges d’in­­va­­sion – 5 000 au total. La plus grande armada jamais assem­­blée. Capa reçut une enve­­loppe de billets d’in­­va­­sion, un paquet de préser­­va­­tifs, ainsi qu’un recueil d’ex­­pres­­sions françaises qui lui suggé­­rait de s’adres­­ser aux jeunes françaises en leur deman­­dant : « Bonjour, Made­­moi­­selle, voulez-vous faire une prome­­nade avec moi ? »

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La carte de presse de Robert Capa

Il plai­­santa par la suite à propos de ce livre, mais jamais à propos du 6 juin 1944. Ses 11 clichés flous et granu­­leux du Débarque­­ment allaient deve­­nir la vision collec­­tive du Jour le plus long, le tour­­nant de la Deuxième guerre mondiale, vu de l’in­­té­­rieur. « J » était le code de l’ar­­mée pour le jour où devait commen­­cer l’in­­va­­sion. En 24 heures, une unité d’élite de l’Ar­­mée améri­­caine, le 16e Régi­­ment d’In­­fan­­te­­rie amphi­­bie de la Première Divi­­sion d’In­­fan­­te­­rie, allait prendre d’as­­saut les plages situées sous les falaises normandes. L’is­­sue du Jour J, la plus grande inva­­sion navale de l’his­­toire, lancée il y a 70 ans, allait déci­­der de celle de la guerre. La présence de Robert Capa dans une divi­­sion d’in­­fan­­te­­rie était perçue comme un talis­­man, un porte-bonheur.

The Big Red One

Le 5 juin 1944, Capa parcou­­rait le bateau de trans­­port de troupes USS Henrico avec son Contax, conscient que le bureau de Life à Londres atten­­dait déjà impa­­tiem­­ment ses pelli­­cules. Des centaines de soldats des troupes d’as­­saut atten­­daient égale­­ment. Pour Capa, c’étaient « les plani­­fi­­ca­­teurs, les parieurs, et ceux qui écri­­vaient leurs dernières lettres ». Capa immor­­ta­­lisa dans un cliché aérien des soldats jouant au craps, assem­­blés comme dans un tableau de Cézanne. Sur le pont supé­­rieur, Capa rencon­­tra Sam Fuller, un jeune capo­­ral de Brook­­lyn engagé avec la « Big Red One », le surnom donné à la Première Divi­­sion d’In­­fan­­te­­rie comman­­dée par le colo­­nel George Taylor. Fuller, scéna­­riste et auteur de nouvelles bon marché, était étalé sur une caisse de muni­­tions, tâchant de se repo­­ser, le visage creusé par la peur de l’aube à venir. La censure masque­­rait par la suite la côte à l’ar­­rière-plan de la photo de Capa repré­­sen­­tant Fuller, avec de l’encre rouge vif. L’un des films de Fuller, The Big Red One (Au-delà de la gloire), sorti en 1980, célé­­brera la Première Divi­­sion d’In­­fan­­te­­rie. Pour l’in­­va­­sion, Capa fut trans­­féré à bord de l’USS Samuel Chase. À deux heures du matin, le mardi 6 juin, le haut-parleur du bateau inter­­­rom­­pit la partie de poker de Capa. Il plaça ses billets d’in­­va­­sion dans sa cein­­ture étanche, attrapa son masque à gaz et canot de sauve­­tage gonflable, et reçut un petit-déjeu­­ner pré-inva­­sion composé de pancakes, d’œufs brouillés et de saucisses, servi par les cuisi­­niers du Chase, impec­­ca­­ble­­ment vêtus dans leurs uniformes d’un blanc imma­­culé. Par la suite, de nombreux hommes de la Big Red One diront de Capa qu’il était fou de débarquer avec la première vague alors qu’il n’y était pas obligé.

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Crédits : Cornell Capa

À Londres, le matin du 6 juin, John Morris, le respon­­sable de la photo­­gra­­phie de Life, se réveilla tôt. Il ouvrit les rideaux opaques de sont appar­­te­­ment situé sur Upper Wimpole Street, et écouta la BBC : « Sous le comman­­de­­ment du géné­­ral Eisen­­ho­­wer, les forces navales alliées, soute­­nues en force par les forces aériennes, ont commencé à débarquer les armées alliées ce matin sur la côte septen­­trio­­nale de la France. » « Ça y est », murmura Morris, s’adres­­sant à lui-même en utili­­sant la phrase qu’A.J. Leibling, du New Yorker, appela « le grand cliché de la Seconde Guerre mondiale », comme le notera Morris dans ses mémoires, Get the Picture. Alors qu’il se rendait à toute vitesse aux bureaux de Life, sur Dean Street à Soho, Morris s’inquié­­tait à la fois pour Capa et pour les délais de publi­­ca­­tion du maga­­zine. Pour le monde comme pour Life, le Jour J était le jour le plus impor­­tant de toute la guerre. Le seul espoir pour Morris de respec­­ter le délai de clôture du samedi et d’of­­frir un scoop au monde était de pouvoir mettre les clichés origi­­naux et les néga­­tifs dans un paquet qui quit­­te­­rait Gros­­ve­­nor Square à 9 heures du matin le jeudi 8 juin, trans­­porté d’abord par un cour­­rier à moto, avant d’être char­­gés sur un vol trans­at­­lan­­tique. On ne savait jamais très bien quand Bob Capa – ou ses bobines de films – arri­­ve­­raient au bureau londo­­nien de Life. « Il ne se présen­­tait jamais au télé­­phone », m’a récem­­ment dit Morris, âgé aujourd’­­hui de 97 ans. « Il n’en avait pas besoin. » De langue mater­­nelle hongroise, Capa – né Endre Fried­­mann à Buda­­pest en 1913 – parlait un alle­­mand impec­­cable, un français bancal et un anglais composé de phrases confuses que ses collègues appe­­laient le « Capa­­nais ». Sauter en para­­chute sous le feu ennemi avec la 82e divi­­sion aéro­­por­­tée en Algé­­rie, traver­­ser l’Ita­­lie en jeep avec John Hersey et Ernie Pyle, suppor­­ter le feu ennemi avec Ernest Heming­­way : Capa rentrait et enjo­­li­­vait ces histoires de sa gouaille typique de Buda­­pest.

Capa reçut un appel des urgences : c’était Heming­­way, le crâne fendu en deux et du sang coulant dans sa barbe.

Il appor­­tait toujours des fleurs et des bonbons pour les assis­­tantes qui passaient des heures à essayer d’ « angli­­ci­­ser » les légendes de ses photos, et il aimait les emme­­ner au pub d’à côté pour passer l’après-midi à boire des pink gins. Une part impor­­tante de l’as­­pect séduc­­teur de Capa rési­­dait dans la part d’ombre qui se cachait derrière le person­­nage qu’il s’était inventé : il avait fui les fascistes à Buda­­pest alors qu’il avait 16 ans, il avait connu la faim à Berlin et Paris alors qu’il tentait de s’éta­­blir, et il avait perdu l’amour de sa vie, Greda Taro, pendant la Guerre civile espa­­gnole. Le Life d’Henry Luce, avec ses cinq millions de lecteurs et sa mise en page extra­­­va­­gante, était l’équi­­valent du mont Olympe pour un photo­­graphe. Les plus grands photo­­graphes du monde – Marga­­ret Bourke-White, Carl Mydans, W. Eugene Smith, Alfred Eisens­­taedt – se battaient pour y être publiés. Capa photo­­gra­­phiait pour le maga­­zine depuis 1938. Rien qu’en Italie, il avait produit huit articles complets et s’était distin­­gué au milieu du carnage de la bataille d’An­­zio. Mais Life conti­­nuait de le payer aux tarifs stan­­dards et, malgré sa célé­­brité, au prin­­temps 1944, Capa cher­­chait toujours déses­­pé­­ré­­ment à décro­­cher un contrat à long terme.

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Au mois de mai 1944, Ernest Heming­­way se rendit à Londres, attiré par les rumeurs et les grands titres des jour­­naux annonçant l’in­­va­­sion. Capa décida de fêter l’évé­­ne­­ment. « J’ai acheté un bocal à pois­­son rouge, une caisse de cham­­pagne, du cognac, et une demi-douzaine de pêches fraîches. J’ai trempé les pêches dans le cognac, versé le cham­­pagne par-dessus, et tout était prêt. » Capa avait préparé cette mixture dans son appar­­te­­ment de Belgrave Square. « À quatre heures du matin, on a attaqué les pêches. Les bouteilles étaient vides, le bocal à pois­­son était sec. » Après la fête, la voiture d’He­­ming­­way s’est encas­­trée dans une citerne d’eau en métal. Capa reçut un appel des urgences : c’était Heming­­way, le crâne fendu en deux et du sang coulant dans sa barbe. « Après quarante-huit petits points de suture, la tête de Papa était comme neuve », a noté Capa. À l’hô­­pi­­tal, la petite amie de Capa, Pinky, a ouvert la chemise d’hô­­pi­­tal d’He­­ming­­way, lais­­sant le photo­­graphe immor­­ta­­li­­ser l’ar­­rière-train de Papa en long et en large. « J’ai juste mis l’ap­­pa­­reil au-dessus de ma tête… et j’ai pris la photo… et quand je suis rentré, j’étais un photo­­graphe très célèbre. » La voix qu’on peut entendre dans les archives de l’In­­ter­­na­­tio­­nal Center of Photo­­gra­­phy est un chara­­bia des Carpates : le seul enre­­gis­­tre­­ment connu de la voix de Robert Capa. De façon à peine incroyable, l’en­­re­­gis­­tre­­ment s’est retrouvé à vendre sur eBay récem­­ment, et y a été décou­­vert par un conser­­va­­teur de l’ICP, qui le cher­­chait depuis des années. On y entend Capa en octobre 1947, dans l’émis­­sion de radio alors la plus popu­­laire, Hi Jinx, avec Tex McCrary et Jinx Falken­­burg. À l’an­­tenne, il parle de façon très claire du moment qu’il consi­­dère comme le tour­­nant de sa vie. « Cet appa­­reil que j’ai tenu au-dessus de ma tête a juste capturé un homme au moment précis où il se faisait tirer dessus… C’était proba­­ble­­ment la meilleure photo que j’ai jamais prise. » Capa parle ici de sa photo la plus célèbre – et peut-être la plus contro­­ver­­sée – une image tragique prise le 5 septembre 1936, appe­­lée The Falling Soldier (Mort d’un soldat répu­­bli­­cain). Qui n’a jamais vu cette photo ? Le volon­­taire loya­­liste, dans sa chemise blanche aux manches retrous­­sées, se tient debout avec son fusil et est abattu, tombant en arrière sous l’im­­pact.

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Gerda Taro et Robert Capa en 1935

Dans les années 1970, un jour­­na­­liste britan­­nique a remis en ques­­tion l’au­­then­­ti­­cité de cette photo, affir­­mant qu’elle avait été mise en scène, ce qui a été débattu par la suite. Une autre théo­­rie suggère que c’est en réalité Gerda Taro – la femme respon­­sable de sa trans­­for­­ma­­tion d’Endre Fried­­mann en Robert Capa, le mysté­­rieux « photo­­graphe améri­­cain » – qui a pris la photo. Cette théo­­rie est forte­­ment contes­­tée par les experts. Taro est morte en Espagne en 1937, elle fut la première femme corres­­pon­­dante tuée au combat. Capa ne s’est jamais remis de cette perte. « Capa détes­­tait cette photo. Il ne voulait pas avoir quoique ce soit à faire avec une photo qui exploi­­tait la mort », m’a confié Morris.

Le Débarque­­ment

À l’aube du 6 juin 1944, Capa était sur le pont du Chase. Fuller, juste derrière sur le Henrico, sortait un préser­­va­­tif et le dérou­­lait sur le canon de son fusil, essayant déses­­pé­­ré­­ment de le proté­­ger de l’eau. Dans la lumière grisâtre se dessi­­nait la silhouette de la grande flotte alliée, en route pour les cinq plages d’in­­va­­sion en Norman­­die. Personne n’était préparé au bruit – le vrom­­bis­­se­­ment de centaines de moteurs, les bombar­­diers au-dessus de leurs têtes, les hurle­­ments des hommes char­­gés de maté­­riel pesant jusqu’à 150 kilos, tombant des barges de débarque­­ment dans les hautes vagues, comme l’a observé l’au­­teur Corne­­lius Ryan dans The Longest Day. Capa et Fuller étaient pétri­­fiés alors que les haut-parleurs criaient : « Restez en ligne, restez en ligne ! N’ou­­bliez pas que la Big Red One vous ouvre le chemin. » Les fantas­­sins encom­­braient le bastin­­gage du Chase, atten­­dant de descendre le long des filets vers les barges secouées par le courant, remuant de haut en bas sur les hautes vagues, pendant que d’autres glis­­saient le long des échelles avec leurs fusils, leurs pelles et leurs sacs de couchage. L’eau glacée remplis­­sait les barges, et les victimes du mal de mer étaient couvertes de vomi, le leur et celui de tous les autres. Tentant de saisir la scène, Capa fit abstrac­­tion du bruit : « Deux mille hommes se tenaient là, dans un silence parfait », a-t-il écrit par la suite. « L’Heure H », le moment de l’in­­va­­sion, était prévu pour 6 h 30, et les vagues succes­­sives de barges de débarque­­ment devaient se succé­­der à un inter­­­valle de quinze minutes. Les 3 000 hommes de la première vague n’ima­­gi­­naient pas qu’ils seraient accueillis par une avalanche de mines, de roquettes, de lance-flammes. Personne n’avait prévu que le vent ferait dévier les bombar­­diers de leur cap et qu’ils n’en­­ta­­me­­raient pas les défenses alle­­mandes. Personne n’avait prévu non plus que le jour précé­dent, une divi­­sion d’élite de troupes alle­­mandes s’ins­­tal­­le­­rait à Omaha pour des exer­­cices de manœuvres.

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Crédits : Cornell Capa

La côte normande était encore à des kilo­­mètres lorsque le bruit des premiers coups de canon plaqua Capa contre le fond de sa barge. Face à lui, une masse de poutres en acier croi­­sées formaient une barri­­cade infran­­chis­­sable, qui s’éten­­dait sur toute la longueur de la Norman­­die. Elles étaient garnies de six millions de mines, mises en place sur ordre d’Hit­­ler par des travailleurs forcés. Alors que Capa appro­­chait, d’énormes explo­­sions commen­­cèrent à secouer la plage. La fumée s’éle­­vait de partout, en large panaches. Des hommes, brûlant vifs, tentaient de fuir l’en­­fer de feu. Alors qu’il sautait à son tour, Capa s’ar­­rêta pour prendre la célèbre photo du pelo­­ton de sa barge s’avançant vers le carnage qui les atten­­dait dans l’eau. Ayant mal compris l’hé­­si­­ta­­tion de Capa, le maître d’équi­­page lui donna un coup de pied au derrière. « Les balles déchi­­raient l’eau tout autour de moi », écri­­vit Capa. La plage était à 100 mètres, et les barrières en acier se dres­­saient comme les ruines d’une cité fantôme dans le brouillard. Capa courut à travers un nuage d’obus avec son Contax, et atten­­dit derrière l’obs­­tacle métal­­lique le plus proche. « Il était encore très tôt, il faisait très gris pour prendre de bonnes photos, mais les petits hommes cher­­chant à se proté­­ger sous ces construc­­tions surréa­­lis­­tes… très effi­­cace », écri­­vit-il encore. Il se tenait au poteau, les mains trem­­blantes, prenant photo sur photo. Face à lui, sur la plage, gisait un tank amphi­­bie à moitié calciné. Capa jeta son manteau Burberry à l’eau et se préci­­pita vers le tank. Tout autour de lui, des corps flot­­taient dans une mer de sang et de vomi. Il était impos­­sible de repê­­cher les morts, et les vivants ne pouvaient pas avan­­cer. En rampant, il put rejoindre deux amis, un prêtre irlan­­dais et un méde­­cin juif, et commença à photo­­gra­­phier avec son deuxième Contax. « L’avant-plan de mes images était rempli de bottes mouillées et de visages verdâtres », écri­­vit-il. Soudain, dans les vagues de cet océan rouge, Capa captura le visage d’un jeune soldat casqué, tenant sa posi­­tion sous le feu ennemi et à moitié submergé, surplombé par les formes sinistres des obstacles alle­­mand derrière lui. Capa leva son appa­­reil et prit l’image qui, depuis Omaha Beach, devien­­drait le symbole de la guerre. « Je n’osais pas reti­­rer le doigt du déclen­­cheur de mon Contax, et je prenais photo après photo, fréné­­tique­­ment. » C’est là que son appa­­reil s’en­­raya.

Devant Capa, des centaines d’hommes hurlaient et mouraient, des morceaux de corps humains volaient de tous les côtés. Sam Fuller, dans la barge de débarque­­ment qui suivait celle de Capa, perdit tempo­­rai­­re­­ment le sens de l’ouïe sous l’ef­­fet du bruit. Dans ses mémoires, il décri­­vit Capa sortant son objec­­tif à large focale pour photo­­gra­­phier un offi­­cier alle­­mand sur la colline, les mains sur les hanches, hurlant des ordres. « J’ai levé mon appa­­reil au-dessus de ma tête… J’ai mis les pieds dans la mer, entre deux cada­­vres… et d’un coup j’ai su que je m’en­­fuyais », écri­­vit Capa. Alors qu’il attei­­gnait un bateau de trans­­port médi­­cal, il ressen­­tit une explo­­sion, et se retrouva couvert par les plumes des vestes rembour­­rées des hommes qui venaient d’être souf­­flés par l’obus. Alors que le bateau s’éloi­­gnait de la plage, le capi­­taine pleu­­rait : il était litté­­ra­­le­­ment couvert des restes de son assis­­tant, épar­­pillés par l’ex­­plo­­sion.

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Crédits : Cornell Capa

Pendant le trans­­port vers Weymouth, alors que Capa aidait à char­­ger les civières, les cuisi­­niers avec leurs chemises et leurs gants blancs désor­­mais couverts de sang cousaient les sacs mortuaires des victimes. Capa sortit un nouveau film pour prendre une dernière photo. Il utilisa son Rollei­­flex pour immor­­ta­­li­­ser une trans­­fu­­sion de plasma en urgence sur le pont, puis s’écroula. Il se réveilla plus tard, dans un lit super­­­posé, avec un morceau de papier autour du cou : « Cas d’épui­­se­­ment, pas de plaques d’iden­­ti­­fi­­ca­­tion ». Au total, Capa passa approxi­­ma­­ti­­ve­­ment 90 minutes sur Omaha Beach.

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À Weymouth, Capa s’ins­­talla de façon à pouvoir photo­­gra­­phier les secou­­ristes venant au secours des bles­­sés. Au lieu de cela, lorsque les portes s’ou­­vrirent, c’est un autre photo­­graphe de Life, David Scher­­man, qui atten­­dait pour captu­­rer le visage des bles­­sés. Scher­­man le serra dans ses bras et prit la photo de Capa avec sa ciga­­rette dans la main, son casque penché de façon désin­­volte, un sourire triom­­phant sur le visage. Capa gribouilla une note pour Morris, lui indiquant que tout se trou­­vait sur les films de 35 mm, puis monta à bord du prochain trans­­port vers la Norman­­die. Capa, qui se vantait de ne jamais savoir ce qu’il photo­­gra­­phiait, savait exac­­te­­ment ce qu’il avait ce jour-là : quatre bobines pleines de ce qui pouvait bien être les images de guerre les plus vibrantes jamais prises.

« Le photo­­graphe est mort ! »

Je suis allée en Norman­­die avec John Morris, un jour enso­­leillé de novembre, pour marcher dans les traces de Capa sur Omaha. Morris, élégam­­ment vêtu de tweed et toujours inépui­­sable, raconte l’his­­toire de Capa lors du Jour J. Il en a fait son métier, rappe­­lant au monde le pouvoir moral d’une grande photo­­gra­­phie, ainsi que l’ar­­bi­­traire injuste qui décide de qui va survivre, et qui va mourir. Morris a visité la Norman­­die à de nombreuses reprises, et le 6 juin lui vient en perma­­nence à l’es­­prit. Alors que les nouvelles de l’in­­va­­sion se répan­­daient, Morris, comme le reste du monde, avait alors l’es­­prit chargé. « Toute cette jour­­née, j’ai attendu et attendu. Je n’avais pas de nouvelles. Tout le monde était prêt dans la chambre noire. Je n’ai pas dormi de la nuit, j’at­­ten­­dais Capa et ses films. »

On estime que Capa a fait un total de 106 prises de vue à Omaha.

À 18 h 30, le mercredi 7 juin, un appel arriva, depuis la Manche : « Vous devriez les rece­­voir dans une heure ou deux. » Puis la ligne fut coupée et on n’en­­ten­­dit plus que des para­­sites. Vers 21 h 00, un petit colis fut fina­­le­­ment livré : il conte­­nait les quatre films de 35 mm et six bobines de 120 que Capa avaient pris en Angle­­terre, pendant la traver­­sée de la Manche, et à Omaha. On les apporta à toute vitesse au chef du déve­­lop­­pe­­ment, qui les donna à un jeune assis­­tant du nom de Dennis Banks. Un nom qui allait entrer dans l’his­­toire de la photo­­gra­­phie. Morris atten­­dait à l’étage, essayant de ne pas regar­­der l’hor­­loge. Puis, le photo­­graphe Hans Wild appela depuis la chambre noire. Il avait vu les images incroyables sur le film et dit : « Fabu­­leux ! » Morris n’avait plus le temps : « On a besoin des tirages ! Foncez, foncez, foncez ! » Un peu plus tard, Dennis Banks entra en coup de vent dans le bureau de Morris, en larmes : « Ils sont foutus ! Foutus ! Les films de Capa sont tous foutus. » Banks avait mis les films de Capa à sécher comme d’ha­­bi­­tude, mais il était si excité qu’il avait fermé la porte du tiroir de séchage en augmen­­tant la tempé­­ra­­ture, pensant que cela accé­­lé­­re­­rait le proces­­sus. Sans venti­­la­­tion, la chaleur fit fondre la solu­­tion du film. Morris prit en main les trois longues bandes de film, une par une. « Ça ressem­­blait à une soupe grise », me dit-il. Mais sur le quatrième rouleau, onze images avaient mira­­cu­­leu­­se­­ment survécu, et Morris fut abasourdi par leur puis­­sance. On estime que Capa a fait un total de 106 prises de vue à Omaha. Le flou­­tage dû au tiroir de séchage ajou­­tait aux images un aspect trem­­blant, drama­­tique. Capa avait dit lui-même que secouer son appa­­reil rendait l’im­­pact plus impres­­sion­­nant. Morris vit pour la première fois les hommes de la Big Red One de dos, tentant d’avan­­cer au milieu des champs de mines et du mur d’acier fanto­­ma­­tique qui émer­­geait de la Manche, alors qu’ils cher­­chaient à se proté­­ger d’une avalanche de balles et d’obus ; les petits groupes d’in­­fan­­te­­rie coin­­cés sous les barri­­cades de croix de fer ; le visage d’un soldat inconnu, à moitié recou­­vert d’eau, déter­­miné à avan­­cer en ce jour qui verrait mourir 4 414 soldats alliés en Norman­­die. Morris savait que ces clichés étaient remarquables, mais il n’avait pas le temps de les étudier en détails. Il saisit les épreuves des 11 images exploi­­tables, les plaça dans des enve­­loppes en glas­­sine, en quatre exem­­plaires – un pour le bureau londo­­nien de Life, un pour le gouver­­ne­­ment britan­­nique, un pour le Penta­­gone et un pour le bureau de New York, qui rece­­vrait aussi les néga­­tifs. Ensuite, Morris fila à toute allure à bord de son Austin dans les rues désertes de Londres. Il était 3 h 30 du matin, le jeudi. Au minis­­tère de l’In­­for­­ma­­tion, il atten­­dit que les images soient vali­­dées, et il se retint avec peine d’ex­­plo­­ser lorsque le rouleau de cello­­phane du censeur se coinça.

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Life, édition du 19 juin 1944

Fina­­le­­ment, il lui restait 15 minutes pour rejoindre Gros­­ve­­nor Square à temps pour la levée du cour­­rier de 9 heures du matin. Zigza­­gant à travers les ruelles, Morris parcou­­rut les 50 derniers mètres en courant. Le facteur était en train de fermer son sac. « Atten­­dez ! », cria Morris, juste à temps. Le film allait ensuite être chargé à bord d’un vol trans­at­­lan­­tique, qui s’ar­­rê­­te­­rait deux fois (en Écosse et à Terre-Neuve) pour faire le plein de carbu­­rant, avant d’at­­teindre Washing­­ton. « Parfois, la météo le forçait à s’ar­­rê­­ter aux Açores, à Labra­­dor ou même au Groen­­land », m’a dit Morris. « Sitôt l’avion posé, le film irait droit au Penta­­gone pour qu’ils y jettent un coup d’œil. » Là, les images seraient vali­­dées par les censeurs, puis dépê­­chées par train ou par avion vers le bureau de New York. Juste après la ferme­­ture de Life, le samedi, les éditeurs ont écrit : « C’était un des grands jours pour la photo­­gra­­phie de Life, quand les clichés de Capa sur le Débarque­­ment et le reste sont arri­­vés. » Les images étaient arri­­vées à temps. Le numéro de Life du 19 juin 1944 titrait : « Les têtes de pont de Norman­­die : la Bataille déci­­sive pour l’Eu­­rope se déroule sur mer et dans les airs. » L’ar­­ticle qui accom­­pa­­gnait les photos racon­­tait comment Capa avait pu prendre ces photos : « L’im­­mense agita­­tion du moment a poussé le photo­­graphe Robert Capa à bouger son appa­­reil, ce qui a trou­­blé l’ima­­ge… Alors qu’il s’ef­­forçait à monter à bord, ses appa­­reils ont été complè­­te­­ment trem­­pés. » Dans le chaos du débarque­­ment du Jour J, les 11 photos de Capa sont pratique­­ment les seules images qui ont survécu. Leur survie est entiè­­re­­ment due au fait qu’il les a rappor­­tées en Angle­­terre lui-même. Il a fallu des années pour iden­­ti­­fier le soldat anonyme submergé dans l’eau. On a d’abord cru, par erreur, qu’il s’agis­­sait d’Ed­­ward Regan mais en 1990, on décou­­vrit qu’il s’agis­­sait du soldat de 1e classe Huston « Hu » Riley, de la Compa­­gnie F du 16e Régi­­ment, qui avait débarqué sur un banc de sable près de Capa. Immo­­bi­­lisé pendant près d’une demi-heure, le soldat Riley avait tenté de joindre la plage en courant, et avait été touché à l’épaule par une balle de mitrailleuse. Dans le livre This Is War! de Richard Whelan, Riley a dit avoir été sauvé par « un simple sergent… et un photo­­graphe avec un appa­­reil photo autour du cou… La seule chose que je pensais, c’était : “Mais qu’est-ce que ce type fout ici ?” » « Je ne crois pas que Capa m’ait jamais tout à fait pardonné », dit Morris. Quand Capa est rentré à Londres un mois plus tard, il apprit ce qui était arrivé à ses quatre bobines prises à Omaha. « Le peu qu’on a pu impri­­mer n’est rien par rapport à ce qui a été perdu », a-t-il écrit dans une lettre à son frère Cornell à New York. Mais Capa est devenu membre à part entière du person­­nel de Life. « M. Wilson Hicks, à ma grande surprise, m’a fait l’im­­mense honneur de me deman­­der de rejoindre l’équipe, et m’a offert, croyez-le ou non, 9 000 dollars par an, aussi j’ai dû accep­­ter. Je n’aime pas telle­­ment l’idée, mais je n’avais pas vrai­­ment le choix. »

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Capa allait encore immor­­ta­­li­­ser un moment symbo­­lique de la Deuxième Guerre mondiale. Alors que les Alliés avançaient à travers l’Eu­­rope en 1945, il avait déjà pris sa photo­­gra­­phie remarquable des crânes rasés des colla­­bo­­ra­­trices de Chartres. (Arri­­vant de Paris avec l’ar­­mée, Capa recon­­nut celle qui était sa concierge avant la guerre dans la foule en liesse. « C’est moi ! C’est moi ! », hurla Capa depuis sa jeep.) Mais il ne voyait aucun inté­­rêt, écri­­vait-il, à couvrir la « guerre du pillage ». De même, il ne s’in­­té­­res­­sait pas à photo­­gra­­phier les camps de concen­­tra­­tion, parce qu’ils « grouillaient de photo­­graphes, et que chaque nouvelle image de cette horreur ne servait qu’à en dimi­­nuer l’im­­pact total ».

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Des soldats améri­­cains se battent à Leip­­zig
Crédits : Cornell Capa

Mais il était déter­­miné à atteindre Leip­­zig avec la Deuxième Divi­­sion, alors qu’elle combat­­tait pour se frayer un chemin sur le pont Zeppe­­lin. Leip­­zig était la ville natale de l’amour de sa vie, Gerda Taro. Arrivé au pont, Capa repéra un élégant immeuble de quatre étages. Il monta au dernier étage « pour voir si la dernière image de fantas­­sins rampant et avançant pouvait être la dernière photo­­gra­­phie de la guerre pour mon appa­­reil ». Alors qu’il était là-haut, un jeune sergent près de lui fut abattu par un sniper alle­­mand. Dans la terri­­fiante séquence de photo­­gra­­phies prise par Capa, le sang du soldat mourant devient une marre sur le sol. Comme l’a observé l’au­­teure Kati Marton, ce moment refer­­mait la décen­­nie de guerre de Capa, qui avait commencé avec Taro et La Mort d’un soldat répu­­bli­­cain. Peu après, Ingrid Berg­­man passa par Paris alors qu’elle se rendait en Alle­­magne pour diver­­tir les troupes alliées. Sur un coup de tête, Capa et le roman­­cier Irwin Shaw écri­­virent à Berg­­man, à son hôtel, le 6 juin 1945, près d’un mois après le V-E Day (le jour de la victoire en Europe, ndt), et un an jour pour jour après le Débarque­­ment du Jour J : « Nous avions l’in­­ten­­tion de vous envoyer des fleurs avec ce mot vous invi­­tant à dîner, mais après nous être consul­­tés, nous avons décou­­vert qu’il ne nous était possible de payer que pour les fleurs ou le dîner. Nous avons voté, et le dîner l’a emporté d’une courte tête. » Ils signèrent : « Préoc­­cu­­pés. » Berg­­man n’avait jamais entendu parler de Capa ou de Shaw, mais elle fut char­­mée par leur trait d’es­­prit, et se rendit au dîner. Dans son auto­­bio­­gra­­phie, elle explique à quel point elle s’est amusée ce soir-là, passé « à boire et à danser » ; elle partit le lende­­main pour Berlin. Deux mois plus tard, Capa se rendit à Berlin pour photo­­gra­­phier les ruines, et y rencon­­tra Berg­­man, déses­­pé­­rée par son mariage avec le tyran Petter Lind­s­trom. Capa lui rappe­­lait son père, un bon vivant, mort quand elle avait 13 ans. Elle tomba folle­­ment amou­­reuse de lui et voulut quit­­ter son mari. Capa résista. Mais durant tout cet été, Capa et Berg­­man étaient ensemble alors qu’il photo­­gra­­phiait les marchés noirs de Berlin, gagnant tout juste assez d’argent pour payer ses dettes et suivre Berg­­man à Holly­­wood.

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Ingrid Berg­­man par Robert Capa
Crédits : Cornell Capa

Capa se sentit à l’écart dans le monde de Berg­­man, dont il dédai­­gnait la frivo­­lité. Life le char­­gea de suivre Berg­­man, qui allait main­­te­­nant jouer dans le Noto­­rious (Les Enchaî­­nés) de Hitch­­cock, mais il devint très vite clair que Capa ne pouvait vivre sans l’adré­­na­­line de la guerre. Hitch­­cock utili­­se­­rait plus tard la romance entre Berg­­man et Capa comme base pour Rear Window (Fenêtre sur cour), dans lequel James Stewart jouait le rôle d’un photo­­graphe de guerre de Life. En 1947, Capa reçut la médaille de la Liberté, et vit l’abou­­tis­­se­­ment d’un rêve qu’il pour­­sui­­vait depuis long­­temps : une coopé­­ra­­tive de photo­­graphes appe­­lée Magnum. Au début des années 1950, il confiait au photo­­graphe Marc Riboud : « La photo­­gra­­phie est morte. L’ave­­nir, c’est la télé­­vi­­sion. » Il s’inquié­­tait de ce que ses voyages profes­­sion­­nels en URSS avec John Stein­­beck pour­­raient le faire black­­lis­­ter. En 1954, à l’âge de 40 ans et endetté auprès de Magnum à cause de frais médi­­caux, Capa accepta d’être envoyé au Japon par Life. Alors qu’il se trou­­vait là-bas, John Morris suggéra à Capa de couvrir les combats en Indo­­chine, qui culmi­­ne­­raient avec la guerre du Viet­­nam. Capa ne pouvait pas refu­­ser cette offre, ni la paye : 2 000 dollars. « Un montant sujet à forte augmen­­ta­­tion », lui signi­­fia Morris, « si la mission s’avé­­rait dange­­reuse ». Sur la plage d’Omaha, Morris ne peut rete­­nir ses larmes. Après avoir envoyé Capa en Indo­­chine, il eut des remords. « Je l’ai appelé. Je lui ai dit : “Bob, tu n’es pas obligé de le faire. Ce n’est pas notre guerre.” » Morris a souvent parlé de cette conver­­sa­­tion. Mais Capa avait pris sa déci­­sion. « Ça va être un article génial », lança-t-il à deux repor­­ters qui se rendaient dans le delta du fleuve Rouge, dans le nord du Viet­­nam. Il sauta de la jeep pour photo­­gra­­phier des artilleurs français qui tirait des obus vers le Viet­­minh. Quelques minutes plus tard, une explo­­sion secoua le convoi. Puis, un Viet­­na­­mien cria : « Le photo­­graphe est mort ! » Capa, son bras gauche serrant son appa­­reil photo, était devenu le premier corres­­pon­­dant de guerre tué au Viet­­nam. Dans une des dernières photos prises de son vivant, on le voit marcher aux côtés d’un offi­­cier français près d’une piste d’avia­­tion, son appa­­reil autour du cou.

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Un soldat signale que les troupes pénètrent dans un champ de mines
Sur la route de Nam Dinh à Thai Binh, au Viet­­nam
Crédits : Cornell Capa

Traduit de l’an­­glais par Benja­­min Bertho d’après l’ar­­ticle « Robert Capa’s Longest Day », paru dans Vanity Fair. Couver­­ture : Le Débarque­­ment, par Robert Capa.

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