Que sait-on vraiment de lui ?

par Mark Bowden | 13 juin 2016

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L’exé­­cu­­tion

Jean H. Lee, une Coréano-Améri­­caine qui a ouvert le bureau d’As­­so­­cia­­ted Press à Pyon­­gyang en 2012, a passé beau­­coup plus de temps en Corée du Nord que la plupart des jour­­na­­listes occi­­den­­taux. Les seuls repor­­ters étran­­gers auto­­ri­­sés à vivre à Pyon­­gyang sont russes et chinois. Après avoir installé le bureau, Lee a commencé à « visi­­ter » la capi­­tale sur des périodes de trois à cinq semaines. Elle allait ensuite passer une semaine aux States ou à Séoul, pour échap­­per à la pres­­sion de la surveillance constante, avant de retour­­ner en Corée du Nord pour une nouvelle séquence. Contrai­­re­­ment à la plupart des repor­­ters occi­­den­­taux, qui ne découvrent le pays qu’à travers des voyages de presse habi­­le­­ment orches­­trés, Lee a eu la chance de voir les Nord-Coréens dans leur vie de tous les jours, dans leurs « entre-deux », comme elle dit. Elle n’a pas observé la dévo­­tion servile qu’on attend d’eux en public, mais quelque chose qui s’en approche. Elle a vu un peuple fier, déter­­miné à se présen­­ter sous son meilleur jour face aux étran­­gers – une popu­­la­­tion vigou­­reuse, complexe et travailleuse, qui ne sait pas grand-chose du monde exté­­rieur et endure sans rechi­­gner les diffi­­cul­­tés inté­­rieures. Un peuple doté qui plus est d’un grand sens de l’hu­­mour. Les Nord-Coréens recourent fréquem­­ment au sarcasme ou aux grimaces pour expri­­mer leurs senti­­ments profonds, un univers bien plus riche que ne le dit le discours offi­­ciel. Mais Kim fait excep­­tion. Personne ne se moque du Leader Suprême.

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Ceci est une image de propa­­gande
Crédits : KCNA

« Il est haute­­ment illé­­gal de critiquer ou de dégra­­der l’image de tout ce qui est en rapport avec le leader », dit-elle. « Je ne parle pas de ce que ressentent les gens, je parle de la façon dont on exige qu’ils se comportent. Il est fréquent de voir les visages des gens se défaire briè­­ve­­ment, ils veulent que vous sachiez qu’ils ont des choses à vous dire, mais très peu de Nord-Coréens seraient assez impru­­dents pour se risquer à critiquer ouver­­te­­ment le régime. » C’est peut-être la chose qu’il nous est le plus diffi­­cile de comprendre à propos du monde de Kim Jong-un. En Occi­dent, au fil des ans, les rois sont deve­­nus des genres de mascottes natio­­nales. En Corée du Nord, Kim règne dans les faits à la manière d’un monarque euro­­péen du XVIe ou du XVIIe siècle – de droit divin. Nous avons perdu le sens de l’État royal, qui requiert davan­­tage de croyance publique que de croyance privée. Les êtres humains ont toujours eu leurs propres opinions sur les choses, mais au sein d’un royaume, faire semblant en public est essen­­tiel.

En 2012, Lee a reçu une rare invi­­ta­­tion à assis­­ter à un conclave des leaders du parti à Pyon­­gyang. Kim était au pouvoir depuis moins d’un an, et après avoir vu de nombreuses images de propa­­gande le montrant débor­­dant de jeunesse et de vita­­lité, elle a été frap­­pée par la façon dont il est entré dans le hall. « Il marchait comme un vieil homme, c’était très bizarre », se souvient-elle. « Pas dans le sens où il avait des diffi­­cul­­tés à marcher. Plutôt comme s’il avait adopté une démarche parti­­cu­­lière, très consciente de son auto­­rité. » Autre chose a retenu son atten­­tion durant ce rassem­­ble­­ment, durant lequel elle a eu l’op­­por­­tu­­nité d’ob­­ser­­ver les diri­­geants du pays de plus près que presque tout autre étran­­ger aupa­­ra­­vant. Quand Kim a fait son entrée, toutes les personnes présentes se sont mises pres­­te­­ment debout et ont commencé à applau­­dir vigou­­reu­­se­­ment – tout le monde sauf son oncle Jang Song-thaek. Initia­­le­­ment, on pensait que ce serait Jang qui pren­­drait le relais du pouvoir nord-coréen après la mort de son beau-frère, Kim II.

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Jang Song-thaek est arrêté durant la séance
Crédits : KRT

« Son oncle est resté assis, il ne s’est pas vrai­­ment levé », dit-elle. « Du moins, il a été très lent à le faire, jusqu’à la dernière minute. Et ensuite il ne s’est pas joint aux applau­­dis­­se­­ments. » Ce refus de se joindre à l’en­­thou­­siasme géné­­ral a été inter­­­prété par Lee et par d’autres comme un signe du statut parti­­cu­­lier de Jang – on suppo­­sait que lui seul parmi les rangs des fidèles pour­­rait s’en tirer. Mais l’at­­ti­­tude de Jang lui a été fatale. En décembre 2013, durant une réunion du polit­­buro, il a été relevé de ses fonc­­tions et mis aux arrêts. L’hu­­mi­­lia­­tion était totale : l’évé­­ne­­ment a été diffusé en direct sur la télé­­vi­­sion d’État. Quelques jours plus tard, le régime a annoncé que Jang avait été jugé par un tribu­­nal spécial et exécuté dans la foulée.

Réformes dicta­­to­­riales

Les présen­­ta­­teurs télé et les tabloïds adorent se moquer de Kim, mais nombre de ceux qui l’ob­­servent atten­­ti­­ve­­ment se disent plus volon­­tiers impres­­sion­­nés. Quelles sont les choses auxquelles un dicta­­teur doit excel­­ler ? Il lui faut pouvoir diri­­ger son système – la struc­­ture du parti, l’ar­­mée, l’éco­­no­­mie et les forces de sécu­­rité – de façon à s’as­­su­­rer la loyauté du peuple. Il y parvient en adop­­tant des poli­­tiques qui assurent la pros­­pé­­rité, sinon de tout le monde, au moins d’une bonne partie de la popu­­la­­tion ; en récom­­pen­­sant habi­­le­­ment les sujets les plus loyaux et les plus capables ; et en rétro­­gra­­dant ceux qui se montrent capables mais déloyaux. Toute menace à l’en­­contre du pouvoir doit être élimi­­née impla­­ca­­ble­­ment. Un dicta­­teur doit savoir comment se présen­­ter en public, et Kim III excelle déjà à cela. Il a une voix profonde et c’est un orateur plutôt doué. « De ce que j’ai pu voir, il se déplace avec l’ai­­sance d’un poli­­ti­­cien », dit Bill Richard­­son. « Il est bien meilleur à ce jeu-là que son père. Il sourit, il n’hé­­site pas à serrer des mains. » Daniel Pinks­­ton, direc­­teur adjoint d’un projet pour l’Inter­­na­­tio­­nal Crisis Group, qui étudie atten­­ti­­ve­­ment la Corée du Nord, ajoute : « Je n’ai aucune sympa­­thie pour les dicta­­tures, mais en tant que dicta­­teur, il faut avouer qu’il est très bon. »

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Jong-un et Ri Yong-ho
Crédits : KCNA

Un bon dicta­­teur doit avoir à offrir davan­­tage qu’une voix impres­­sion­­nante et une posture parti­­cu­­lière. Il doit savoir prendre des déci­­sions et inspi­­rer la peur. Au cours des trois premières années de son règne, Kim s’est débar­­rassé des deux hommes qui repré­­sen­­taient les menaces les plus sérieuses vis-à-vis du pouvoir. Le premier à partir a été le vice-maré­­chal Ri Yong-ho, chef du person­­nel géné­­ral de l’Ar­­mée popu­­laire de Corée et membre du prési­­dium du polit­­buro du Comité central du parti des travailleurs. Ri était proche de Kim II. Il avait la respon­­sa­­bi­­lité de proté­­ger Pyon­­gyang et, peut-être plus impor­­tant encore, la famille Kim. C’était une des étoiles mili­­taires de sa géné­­ra­­tion.

En juillet 2012, Kim III a convoqué une réunion domi­­ni­­cale excep­­tion­­nelle du polit­­buro du Comité central du parti des travailleurs, durant laquelle il a abrup­­te­­ment démis Ri de ses fonc­­tions. Sa desti­­tu­­tion a consti­­tué le premier signe indiquant que Kim voulait tenir la barre lui-même. Après ça, Ri a disparu. Son sort reste inconnu, mais personne ne s’at­­tend à le voir reve­­nir. La seconde menace était l’oncle Jang, dont Kim s’est débar­­rassé d’une façon plus spec­­ta­­cu­­laire encore, compte tenu de son statut de membre de la famille et du fait qu’il incar­­nait au sein du régime une figure encore plus puis­­sante que Ri. Kim a fait de l’évé­­ne­­ment un véri­­table feuille­­ton télé­­visé, faisant preuve de davan­­tage d’in­­tui­­tion et d’im­­pul­­si­­vité que son père pour trai­­ter ce genre d’af­­faires. Kim II se conten­­tait de descendre discrè­­te­­ment les géné­­raux hors des clous, de les empri­­son­­ner ou bien de les exiler de force dans des contrées rurales recu­­lées. La chute de Jang rappe­­lait pour sa part les vieux procès-spec­­tacles des Sovié­­tiques et les excès flam­­boyants de Saddam Hussein, qui aimait monter à la tribune avec un gros cigare face à l’as­­sem­­blée, avant de dési­­gner person­­nel­­le­­ment du doigt ceux qui seraient emme­­nés dans le couloir et abat­­tus. Pourquoi Kim a-t-il fait cela ? Il était crucial de faire le ménage au sein de l’ar­­mée, en remplaçant les vieux diri­­geants loyaux envers son père par ceux qui lui étaient fidèles, dont la plupart étaient des jeunes. Ces actes n’ont pas seule­­ment eu pour effet d’as­­su­­rer que le comman­­de­­ment de l’ar­­mée lui serait dévoué, cela a égale­­ment permis d’injec­­ter dans les rangs un état d’es­­prit plus moderne à la place de celui hérité de la guerre froide, plus réti­cent au chan­­ge­­ment.

Kim Jong-un a choisi de fermer les yeux sur le marché noir.

Il a égale­­ment entre­­pris des réformes écono­­miques consi­­dé­­rables. Son père se diri­­geait lente­­ment vers certaines d’entre elles durant les dernières années de son règne, mais les chan­­ge­­ments ont été si brutaux que leur prin­­ci­­pal moteur doit être Kim lui-même. Nombre d’entre elles sont conçues pour bâtir une écono­­mie nord-coréenne fondée sur l’argent, ce qui semble bête à dire, puisque l’éco­­no­­mie est par défi­­ni­­tion basée sur l’argent. Eh bien pas en Corée du Nord. Par le passé, la seule voie vers la pros­­pé­­rité en Corée du Nord était la pureté idéo­­lo­­gique. Si vous viviez dans un plus bel appar­­te­­ment, que vous condui­­siez une voiture plus agréable et que vous viviez dans les quar­­tiers les plus dyna­­miques de Pyon­­gyang, cela voulait dire que vous aviez l’aval du régime. Mais de plus en plus, les Nord-Coréens peuvent amélio­­rer leur train de vie en gagnant plus d’argent, comme c’est le cas ailleurs dans le monde. Les direc­­teurs des usines et des maga­­sins ont reçu des inci­­ta­­tions finan­­cières pour amélio­­rer leur rende­­ment. Le succès, désor­­mais, signi­­fie qu’ils peuvent rému­­né­­rer davan­­tage leurs employés, et gonfler leurs salaires. Kim a encou­­ragé le déve­­lop­­pe­­ment de zones écono­­miques spéciales dans chacune des provinces du pays, dans le but d’ins­­tau­­rer une concur­­rence interne et un système de récom­­penses, afin que le fruit du labeur d’une zone parti­­cu­­lière ne doive plus être tota­­le­­ment reversé à l’État. Cela fait partie d’un effort géné­­ral pour donner un coup de fouet à la produc­­ti­­vité.

Dans le secteur agri­­cole, Kim a égale­­ment mis en place des réformes qui se sont montrées diable­­ment effi­­caces. « Il a fait ce que son père avait une peur panique de faire », dit Andreï Lankov, le spécia­­liste russe de la Corée. « Il a permis aux fermiers de garder la main sur une partie des récoltes. À présent, ils ne travaillent plus comme des esclaves sur une plan­­ta­­tion. Tech­­nique­­ment, le champ est encore la propriété de l’État, mais en tant que famille de fermier on peut être déclaré comme “équipe de produc­­tion”. On travaille ensuite sur le même champ pendant plusieurs années d’af­­fi­­lée, en étant auto­­risé à garder 30 % des récoltes pour soi. Et il semble­­rait d’après certains rapports non-confir­­més qu’ils puissent aujourd’­­hui garder entre 40 et 60 % de la récolte. Ce ne sont plus des esclaves, ce sont des métayers. » Il n’y a pas eu d’an­­nonce spec­­ta­­cu­­laire d’un chan­­ge­­ment de poli­­tique, et peu sont ceux qui ont remarqué ce revi­­re­­ment. La malnu­­tri­­tion chro­­nique demeure néan­­moins un problème. Mais en 2013, d’après Lankov, pour la première fois en 25 ans la Corée du Nord a récolté presque assez pour nour­­rir sa popu­­la­­tion toute entière.

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Kim Jong-un inspecte les champs du pays
Crédits : KCNA

Effets secon­­daires

Bien qu’une part plus impor­­tante de sa popu­­la­­tion ait le ventre plein aujourd’­­hui et de l’argent à dépen­­ser, Kim ne s’est pas attaqué aux marchés noirs nord-coréens, tech­­nique­­ment illé­­gaux. Son père était conscient de l’exis­­tence de cette écono­­mie souter­­raine tandis que la famine sévis­­sait, dans les années 1990, mais il hési­­tait entre trai­­ter les marchands illé­­gaux comme des crimi­­nels, ou les tolé­­rer. Dans cette période de pros­­pé­­rité rela­­tive, Kim, lui, a choisi de fermer les yeux sur le marché noir. Ces marchés repré­­sentent aujourd’­­hui une part substan­­tielle de l’éco­­no­­mie de la nation, qui a connu un boom dans la consom­­ma­­tion de biens, la plupart impor­­tés de Chine. Les visi­­teurs de Pyon­­gyang font état d’un grand nombre de télé­­phones mobiles en circu­­la­­tion, de plus de voitures et de camions dans ses rues, ainsi que de vête­­ments plus colo­­rés portés par les femmes. La femme de Kim est deve­­nue un modèle de style, appa­­rais­­sant en public avec des talons hauts et des robes élégantes qui reflètent les tendances de la Chine. Il y a seule­­ment quelques années, ces chan­­ge­­ments auraient été inima­­gi­­nables, on peut donc imagi­­ner qu’ils n’ont pas été accueillis chaleu­­reu­­se­­ment par l’en­­semble de l’élite du pays.

Dans ce contexte, le commu­­niqué de 2 700 mots remarqua­­ble­­ment détaillé de l’exé­­cu­­tion de Jang Song-thaek, dans lequel il est décrit comme un « mépri­­sable déchet humain » a été révé­­la­­teur. Il commence de façon très théâ­­trale : « En enten­­dant le rapport sur la réunion élar­­gie du Bureau poli­­tique du Comité central du parti des travailleurs de Corée, le person­­nel de service et le peuple aux quatre coins du pays ont poussé des cris de colère, deman­­dant qu’un juge­­ment sévère soit réservé aux enne­­mis du parti et aux éléments contre-révo­­lu­­tion­­naires. » La suite conti­­nue dans la même veine, et parle des « actes de traî­­trise trois fois maudits » de Jang, faisant de lui un « traître de la nation pour les siècles des siècles » avant de lister les péchés qu’il a commis contre le régime et l’hu­­ma­­nité. Jang aurait comploté pour renver­­ser « la gran­­deur inéga­­lable des hommes du mont Paektu » – les Kim – et négligé de jouer le rôle qui lui avait été assi­­gné sur l’échiquier natio­­nal en « s’ima­­gi­­nant inté­­rieu­­re­­ment et exté­­rieu­­re­­ment être quelqu’un de spécial ». Il y est égale­­ment accusé de jeu, d’avoir distri­­bué de la porno­­gra­­phie à ses « confi­­dents », et d’avoir mené une « vie disso­­lue et dépra­­vée ». C’était une mauvaise personne, en somme. Le rapport de la réunion du polit­­buro indique, de façon plus signi­­fi­­ca­­tive, que Jang était accusé de faire obstruc­­tion « aux affaires écono­­miques du pays et à l’amé­­lio­­ra­­tion des condi­­tions de vie du peuple ». Voilà ce qu’im­­pliquait plus exac­­te­­ment le sort réservé à Jang. Son exécu­­tion a servi de message au reste des diri­­geants de la Corée du Nord : il n’était plus temps de discu­­ter la réforme écono­­mique du pays.

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Pyon­­gyang
Crédits : Reuben­­teo

« Les indi­­ca­­teurs écono­­miques approxi­­ma­­tifs du pays auxquels nous avons accès font état d’une crois­­sance perma­­nente », dit John Delury, spécia­­liste de la Corée du Nord qui enseigne à l’uni­­ver­­sité Yonsei de Séoul. « Elle est anémique comparé à l’Asie de l’Est et à son énorme poten­­tiel de déve­­lop­­pe­­ment. La Corée du Nord devrait se situer dans la tranche d’aug­­men­­ta­­tion du PIB de 10 % et plus. Mais ils doivent être aux alen­­tours de 2. Les choses ne vont pas de mal en pis, mais c’est une marche pénible. » Delury estime que le commerce avec la Chine a au mini­­mum triplé au cours de la dernière décen­­nie. Lors de son plus récent séjour à Pyon­­gyang, en 2013, il a été frappé par le nombre de gens qui possé­­daient des télé­­phones portables. Au cours de ses précé­­dentes visites, il pouvait aisé­­ment comp­­ter le nombre de voitures qu’il voyait dans les rues. Désor­­mais, c’est impos­­sible. « On assiste à l’émer­­gence d’une culture de la consom­­ma­­tion », dit-il. « À l’ap­­pa­­ri­­tion d’une classe moyenne, si vous voulez, si on utilise une accep­­tion très large de ce qu’est une classe moyenne. Le terme le plus appro­­prié serait peut-être de dire qu’il s’agit d’une classe de consom­­ma­­teurs. Ils repré­­sentent un soutien impor­­tant pour Kim Jong-un. Quand il fait une appa­­ri­­tion publique, il fait souvent des choses pour eux. Il leur donne des trucs, il nour­­rit ce senti­­ment. » Mais paral­­lè­­le­­ment à cela, Kim a renforcé les méca­­nismes répres­­sifs de l’État. Sous Kim II, la fron­­tière entre la Corée du Nord et la Chine était pratique­­ment grande ouverte. Aujourd’­­hui, elle est bien plus diffi­­cile à traver­­ser.

Au cours des quatre années qui se sont écou­­lées depuis l’ar­­ri­­vée de Kim au pouvoir, le nombre de déser­­teurs passés en Corée du Sud par la Chine a été réduit de près de moitié – de presque 3 000 par an à envi­­ron 1 500. Ceux qui sont pris à tenter de traver­­ser illé­­ga­­le­­ment risquent l’em­­pri­­son­­ne­­ment et s’ex­­posent aux coups, à la torture, et parfois même à l’exé­­cu­­tion. Kim améliore le quoti­­dien de ceux qui acceptent le régime. Mais dans le même temps, il se montre plus dur envers ceux qui ne l’ac­­ceptent pas. ulyces-kimjongun-13« Le régime a toujours le soutien du grand public, qui vient en grande partie de l’at­­trait provoqué par le mythe offi­­ciel », écrit Brian Myers. Une partie du mythe natio­­nal veut que la Corée du Nord soit constam­­ment en danger. Les États-Unis, le Japon et les autres puis­­sances mondiales sont en posi­­tion d’at­­taque. Le monde exté­­rieur joue un rôle invo­­lon­­taire dans leur histoire. Le gouver­­ne­­ment nord-coréen ne laisse filtrer que très peu d’in­­for­­ma­­tions, ce qui a eu pour effet de créer une aura de mystère et de menace autour de Kim, irré­­sis­­tible pour les médias inter­­­na­­tio­­naux. Il se passe rare­­ment une semaine sans qu’on lise une inven­­tion ou des spécu­­la­­tions à son propos dans les titres mondiaux. Les Nord-Coréens qui ont accès aux médias inter­­­na­­tio­­naux (ils ne sont pas nombreux) ne peuvent pas s’em­­pê­­cher d’être fiers de leur leader, dont on parle partout et tout le temps. En outre, le fait que Kim soit inju­­rié et ridi­­cu­­lisé ne fait que confir­­mer pour les Nord-Coréens la convic­­tion que le monde veut les détruire.

La récep­­tion

La façon la plus opti­­miste de voir le règne de Kim jusqu’ici est qu’il est peut-être – je dis bien peut-être – sur la voie de deve­­nir un dicta­­teur rela­­ti­­ve­­ment bien­­veillant envers son peuple, du moins comparé à son père et à son grand-père. Quand les obser­­va­­teurs de la Corée du Nord évoquent le meilleur des cas possibles, ça donne ça : Kim va sortir lente­­ment son pays du Moyen Âge et vivre  long­­temps, super­­­vi­­sant des décen­­nies d’une pros­­pé­­rité modeste et ouvrant peut-être la porte à plus de liberté à l’in­­té­­rieur du pays et à de meilleures rela­­tions avec l’Oc­­ci­dent. Le problème avec ce genre de scéna­­rios, c’est que la réalité vient souvent s’en mêler. L’une des choses les plus inquié­­tantes à propos de Kim Jong-un, c’est sa tendance à agir de façon impré­­vi­­sible, et même carré­­ment bizarre. C’est peut-être, d’après Pinks­­ton, que Kim est « tota­­le­­ment au-dessus de ça » et que « les gens le sous-estiment à leur péril ». Mais il est aussi vrai qu’il donne l’im­­pres­­sion d’ha­­bi­­ter dans un monde imagi­­naire. Prenez la station de ski, par exemple. Sous ses ordres, le régime a construit un complexe trois étoiles sur les pentes du mont Masik, dans le sud-est du pays, vendu comme « la station de ski la plus exotique de la Terre ». Projet exces­­si­­ve­­ment coûteux dans un pays où la plupart des gens sont plus concer­­nés par leur prochain repas que par l’épais­­seur de la neige, le station de Masik ne peut être vue que comme un geste d’es­­poir. L’idée n’est pas seule­­ment d’at­­ti­­rer des touristes étran­­gers (cela semble peu probable), mais aussi les Nord-Coréens les plus pros­­pères. Ce que le projet reflète clai­­re­­ment, ce sont les idées chimé­­riques de Kim. Skier était appa­­rem­­ment un de ses passe-temps favo­­ris lorsqu’il était en Suisse, durant son adoles­­cence. Il y a une photo offi­­cielle prise en 2013, spec­­ta­­cu­­laire mais un peu triste, qui montre Kim en manteau noir assis sur un remonte-pente. Le paysage est magni­­fique, mais le dicta­­teur est tout seul sur le remonte-pente. Celui de derrière est vide. Le Soleil du XXIe siècle est seul dans sa cour de récréa­­tion à plusieurs millions de dollars.

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« I’m so rone­­ry… »
Crédits : KCNA

Certains voient la station comme un inves­­tis­­se­­ment terri­­ble­­ment peu judi­­cieux, un signe de l’im­­pul­­si­­vité de Kim. « Il se laisse souvent dicter ses actes par ses émotions », explique Lankov, pour qui la station est un de ses « projets commer­­ciaux abso­­lu­­ment déli­­rants ». Kim veut être popu­­laire, pour­­suit Lankov, mais il cherche aussi la gloire. On raconte qu’il a ordonné à ses subor­­don­­nés d’at­­ti­­rer un million de touristes à la station chaque année. « Ils n’ont aucune chance d’y parve­­nir. Ils n’ont pas les ressources pour ça ; ils n’ont pas l’in­­fra­s­truc­­ture ; et ils n’ont pas le climat. »

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La plus étrange tenta­­tive d’ou­­ver­­ture en date a été l’épi­­sode de Dennis Rodman. Leur rencontre est certai­­ne­­ment le contact le plus signi­­fi­­ca­­tif qu’un groupe d’Amé­­ri­­cains ait eu avec la Corée du Nord depuis l’ar­­ri­­vée de Kim au pouvoir. L’af­­faire a été conçue comme un coup spec­­ta­­cu­­laire par Shane Smith, le co-fonda­­teur et CEO tatoué et barbu de Vice Media. Il y a quelques années, Smith a suggéré à son équipe de trou­­ver le moyen de les renvoyer en Corée du Nord. De nombreuses approches ont été lancées avant qu’il ne soit décidé de tenter d’ex­­ploi­­ter la fasci­­na­­tion de Kim Jong-un pour Michael Jordan et les Bulls. Vice Media a contacté les repré­­sen­­tants de Jordan, en leur propo­­sant de l’en­­voyer à Pyon­­gyang avec leur équipe. Ils ont été accueillis par un mélange de silence et d’in­­cré­­du­­lité. « Quelqu’un avait lancé l’idée de Dennis Rodman, une idée vrai­­ment barge », raconte Jason Mojica, à l’époque produc­­teur pour VICE et désor­­mais rédac­­teur en chef de VICE News.  « Et puis quelqu’un qui avait entendu l’idée a tout simple­­ment contacté son agent. » L’agent a fait savoir que son client était géné­­ra­­le­­ment partant pour n’im­­porte quoi du moment qu’il y avait du blé à se faire – il avait récem­­ment fait une appa­­ri­­tion à un congrès de dentistes –, et Rodman a été engagé. Ils avaient leur Chicago Bull. « Il a été parfait », dit Mojica.

« Si on conti­­nue à ce rythme, je vais finir à poil à la fin de la soirée. » — Jason Mojica

Avec ses cheveux colo­­rés, ses pier­­cings et ses tatouages – sans comp­­ter sa sexua­­lité au sujet de laquelle il brouille les pistes de manière flam­­boyante (il portait une robe de mariée pour faire la promo­­tion de son auto­­bio­­gra­­phie en 1996) et sa répu­­ta­­tion pour abuser des substances illi­­cites –, Rodman était parfait dans son rôle d’af­­fiche pour la déca­­dence liber­­tine du capi­­ta­­lisme. On n’au­­rait jamais imaginé avoir un tel ambas­­sa­­deur étran­­ger en Corée. Mais son nom a ouvert les portes comme par magie. VICE a proposé à Rodman de prendre la direc­­tion d’un camp d’été de basket­­ball pour enfants, si possible avec l’aide d’autres joueurs pros. Les joueurs en ques­­tion étaient trois Harlem Globe­­trot­­ters, ce qui ajou­­tait encore une dose de surréa­­lisme à l’évé­­ne­­ment. Le climax de la visite serait un match de démons­­tra­­tion entre deux équipes mélan­­gées compo­­sées d’Amé­­ri­­cains et de Nord-Coréens. « On s’at­­ten­­dait à ce que le match se déroule dans un petit gymnase sous les yeux d’une centaine de gamins, juste un truc qu’on ferait pour les camé­­ras », raconte Mojica. Le groupe de VICE dit dans l’in­­tro qu’ils auraient adoré rencon­­trer Kim Jong-un : « Un coucou, un bonjour, peut-être même qu’on aurait pu lui serrer la main avant qu’il dispa­­raisse. Mais on ne s’at­­ten­­dait pas à ce que cela arrive réel­­le­­ment. » Sûre­­ment pas de la façon dont ça s’est passé en tout cas.

La propo­­si­­tion a été accep­­tée, et Rodman s’est envolé pour Pyon­­gyang en février 2013 avec les Globe­­trot­­ters et l’équipe de VICE. À leurs côtés se trou­­vait Mark Barthe­­lemy, un vieil ami de Mojica qu’il avait choisi pour ses compé­­tences linguis­­tiques – ils étaient ensemble à l’uni­­ver­­sité de Chicago dans les années 1990 et jouaient dans des groupes. Barthe­­lemy a déve­­loppé par la suite un inté­­rêt pour la Corée – qu’il appelle son « obses­­sion » – qui l’a poussé à apprendre la langue à Séoul pendant six ans, en travaillant comme analyste finan­­cier. Mojica voulait quelqu’un en qui il pouvait avoir confiance et qui compre­­nait la langue. Les Améri­­cains ont eu le droit à tout le Potem­­kine – avec visite d’un centre commer­­cial flam­­bant neuf, centre de fitness, spec­­tacle avec des dauphins et palais du Soleil Kumsu­­san. Le jour du match, l’équipe est tombée à la renverse quand, au lieu d’être conduits dans un petit gymnase, ils ont été escor­­tés dans un stade ressem­­blant davan­­tage au Madi­­son Square Garden, plein à craquer de Nord-Coréens en uniformes. « On s’est rapi­­de­­ment mis en place, et tout d’un coup il y a eu un rugis­­se­­ment incroyable. On a compris que Kim Jong-un venait d’ar­­ri­­ver », raconte Mojica. « C’était choquant, je n’ar­­ri­­vais pas à le croire. » ulyces-kimjongun-15 Le moment a été immor­­ta­­lisé dans l’épi­­sode que VICE a filmé pour HBO. La foule de spec­­ta­­teurs en uniformes se lève comme un seul homme et lâche un tonnerre d’ap­­plau­­dis­­se­­ments et de cris de joie. Puis la caméra se tourne pour filmer M. et Mme Kim. « Je marchais le long du terrain pour prendre des photos quand soudain j’ai entendu les gens se lever et se mettre à crier », se souvient Barthe­­lemy. « Il est entré et il s’est assis, puis Rodman est allé s’as­­seoir à côté de lui, et l’at­­mo­­sphère est deve­­nue complè­­te­­ment élec­­trique pendant un moment… On pouvait sentir ces milliers d’yeux braqués sur la scène. » Une fois les inter­­­prètes en place, Rodman s’est assis et a discuté avec le Leader Suprême durant l’évé­­ne­­ment. Après le match, les Améri­­cains ont été invi­­tés à une récep­­tion. Il y avait un open bar, où Mojica a commandé un scotch. « C’était comme la récep­­tion d’un mariage, il y avait une queue », se rappelle Mojica. « J’ai fini par me retour­­ner et là, la première personne dans la file d’at­­tente était Kim Jong-un. Il était juste à ma droite, je me suis dit “oh putain !”, j’ai posé mon verre de scotch et je me suis dirigé vers lui. Tout d’un coup les flashs ont crépité et j’ai eu mon moment à la Saddam-Rumsfeld. Donc voilà, j’ai une photo de ma poignée de main avec le dicta­­teur malé­­fique qui revien­­dra me hanter dans quelques années. » Quand Mojica s’est installé à table, un serveur lui a rapporté son verre ainsi qu’une grande bouteille de scotch. Le dîner a été ponc­­tué de toasts, et à un moment donné Rodman a forcé la main à Mojica en lui tendant le micro. Mojica avait préparé quelques remarques à l’avance, afin qu’elles puissent être relues par un des gardes nord-coréens. Il s’est donc levé avec le micro dans une main et un verre plein de whisky dans l’autre. Il a dit à l’as­­sem­­blée que la partie la plus diffi­­cile du voyage avait été d’es­­sayer de faire en sorte que Rodman, l’an­­cien bad boy de la NBA, s’en­­tende avec les Globe­­trot­­ters, qui passent pour être des boy scouts. « Et je pense qu’on y est arrivé », a dit Mojica. « Ça prouve que tout est possible, même la paix dans le monde ! »

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Crédits : KCNA

Il y a eu des rires et des applau­­dis­­se­­ments, d’abord ceux des Améri­­cains, puis, un instant plus tard, ceux des Nord-Coréens à qui on avait traduit ses paroles. Mojica a levé son verre à la santé de Kim et a pris une gorgée de scotch avant de repo­­ser le micro. À ce moment-là, il a entendu une voix qui l’ap­­pe­­lait à l’autre bout de la table prin­­ci­­pale. Il a relevé les yeux et réalisé que c’était Kim, assis au bout de sa chaise, criant et gesti­­cu­­lant en levant sa main gauche. Mojica restait sans bouger, ne sachant que faire. Puis l’in­­ter­­prète de Kim a crié les mots du Leader Suprême en anglais : « Cul sec ! Vous devez finir votre verre ! » Mojica a baissé les yeux sur son verre rempli de liquide brun. Ça allait être une véri­­table perfor­­mance. « J’étais invité, donc il fallait que je le fasse », dit-il. « J’ai donc englouti mon verre et quand j’ai fini, j’avais la tête qui tour­­nait. » Il a repris le micro pour ajou­­ter quelques mots, se surpre­­nant lui-même : « Si on conti­­nue à ce rythme, je vais finir à poil à la fin de la soirée. » Certaines femmes de l’as­­sis­­tance, qui compre­­naient l’an­­glais, ont semblé conster­­nées.

Le silence est retombé le temps que ses paroles soient traduites à Kim. « Il était assis avec la bouche entrou­­verte et les yeux ronds », se souvient Mojica. « Il écoute, il écoute, opinant du chef, et fina­­le­­ment il fait : “Oooh !” en tapant sur la table, et tout le monde a ri avec lui, c’était un grand soula­­ge­­ment. » Mojica dit qu’à partir de là, sa mémoire se trouble. Il se rappelle qu’un groupe de rock nord-coréen entiè­­re­­ment composé de filles a repris les thèmes de Dallas et de Rocky. Un des inter­­­prètes améri­­cains du groupe est monté sur scène pour jouer du saxo. Les choses ont un peu échappé à son contrôle. Les gens se déchaî­­naient sur la piste. Un ami de Rodman s’est battu, complè­­te­­ment ivre, avec quelqu’un de l’en­­tou­­rage des Globe­­trot­­ters. Un des hôtes nord-coréens est allé voir Mojica avec un message de la part de Rodman. « Il voulait qu’on se calme un peu », dit-il. C’était alar­­mant. Les choses avaient dégé­­néré un peu plus que ce que le produc­­teur avait pensé. Combien de gens peuvent dire que Dennis Rodman leur a demandé de calmer le jeu à une fête ? À un moment donné de la soirée, avant que les choses ne deviennent trop floues, Mojica se rappelle être resté à dévi­­sa­­ger Kim pendant un long moment, « juste parce qu’il était là ». Assis trois mètres plus loin, Mojica a tenté de saisir le moindre détail de son appa­­rence, sachant combien il était rare pour un Améri­­cain d’avoir l’op­­por­­tu­­nité d’ob­­ser­­ver Kim Jong-un de si près. Le Leader Suprême semblait parfai­­te­­ment relaxé. Pas ivre du tout. Amical. Souriant. Gros. Il inter­­a­gis­­sait avec ses invi­­tés, tout en conser­­vant des manières très formelles. Pour Mojica, il était diffi­­cile de croire que ce jeune homme était ici de façon complète, abso­­lue, et d’une manière incom­­pré­­hen­­sible pour beau­­coup d’oc­­ci­­den­­taux, le chef.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Unders­­tan­­ding Kim Jong Un, The World’s Most Enig­­ma­­tic and Unpre­­dic­­table Dicta­­tor », paru dans Vanity Fair. Couver­­ture : Kim Jong-Un et son armée. (KCNA)


LA MAISON HUSSEIN

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Plon­­gée dans la vie quoti­­dienne de Saddam Hussein, entre folie para­­noïaque et affaires de famille. Par l’au­­teur de La Chute du faucon noir.

Shakh­­suh (Sa personne)

« Ce jour est un nouveau jour de la Bataille Suprême, la Mère immor­­telle de toutes les Batailles. C’est un magni­­fique jour de gloire pour le fier peuple irakien et pour son histoire, et c’est le début de l’op­­probre pour nos agres­­seurs. Voici venu le premier jour de cette bataille. Ou plutôt, voici le premier jour de cette bataille, puisque c’est la volonté d’Al­­lah que la Mère de toutes les Batailles se pour­­suive jusqu’à ce jour. » — Saddam Hussein, lors d’un discours télé­­visé adressé au peuple irakien le 17 janvier 2002. Le tyran doit voler son sommeil. Il ne peut jamais dormir au même endroit ; il ne peut jamais se coucher à la même heure. Il ne dort jamais dans les palais qui sont les siens. Il navigue d’un lit secret à un autre. Le sommeil et une routine immuable, voilà deux des rares luxes qui lui sont refu­­sés. Être prévi­­sible, là est le danger – dès qu’il ferme les yeux, la nation part à la dérive : son étreinte de fer se relâche, des conspi­­ra­­tions se trament dans l’ombre. Pendant ces heures-là, il est obligé de s’en remettre à quelqu’un, et rien n’est plus dange­­reux aux yeux du tyran que de faire confiance.

L'un des palais de Saddam HusseinCrédits : Brian Hillegas
L’un des palais de Saddam Hussein
Crédits : Brian Hille­­gas

Saddam Hussein, Celui qui a été Consa­­cré, le Chef Glorieux, Descen­­dant Direct du Prophète, Président de l’Irak, Président du Conseil de Comman­­de­­ment de la Révo­­lu­­tion, Maré­­chal des Armées de l’Irak, Docteur des Lois de l’Irak et Grand Oncle de toute la nation irakienne, se lève vers trois heures du matin. Il ne dort que trois à quatre heures par nuit. Sitôt levé, il va nager ; tous ses palais et ses rési­­dences sont équi­­pés de piscines. L’eau est un symbole de richesse et de pouvoir dans un pays comme l’Irak, et Saddam en fait partout étalage : elle jaillit de ses fontaines et de ses cascades, elle stagne dans ses piscines et ses ruis­­seaux d’in­­té­­rieur. L’eau est un thème récur­rent de son archi­­tec­­ture. Ses piscines sont scru­­pu­­leu­­se­­ment entre­­te­­nues et testées toutes les heures. Cela pour s’as­­su­­rer que leur tempé­­ra­­ture, leur teneur en chlore et leur pH lui conviennent plus que pour détec­­ter un quel­­conque poison capable de l’at­­taquer par les pores, les yeux, la bouche, le nez, les oreilles, le pénis ou l’anus — bien que cette inquié­­tude plane toujours.

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